Résidence aux Seychelles : quels effets réels sur l’immobilier et les stratégies des investisseurs ?

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’installer durablement aux Seychelles n’a plus rien d’une simple lubie de milliardaire en quête de soleil. Entre nouveaux dispositifs de résidence, réforme du marché foncier et montée en puissance du tourisme haut de gamme, l’archipel est devenu un laboratoire très particulier où se croisent enjeux d’attractivité internationale, flambée des prix et question de l’accès au logement pour les locaux.

Bon à savoir :

Le statut de résidence aux Seychelles, bien que souvent présenté comme un atout, a un impact nuancé sur le marché immobilier. Il est accessible principalement aux gros capitaux et ne constitue pas une transformation profonde du secteur, mais plutôt un sésame symbolique pour une élite financière.

Un régime de résidence atypique dans le paysage mondial

Les Seychelles font partie des rares juridictions à combiner trois éléments rarement réunis : un accès à la résidence permanente via l’investissement dans les affaires, un système fiscal territorial et un cadre réglementaire moderne pour les prestataires de services en actifs virtuels.

La résidence permanente par investissement repose officiellement sur un seuil d’au moins 1 000 000 USD injectés dans une entreprise seychelloise. Le programme est géré par le Department of Immigration and Civil Status, qui est l’unique porte d’entrée officielle pour les investisseurs souhaitant accéder au statut de résident permanent. Contrairement à ce que certains discours commerciaux laissent parfois entendre, il n’existe pas de « voie officielle à 2 millions USD via l’immobilier » publiée par les autorités : le texte de référence parle bien d’un investissement direct dans un business local.

Attention :

L’architecture d’ensemble du système lie la résidence à l’immobilier, tandis que la résidence permanente reste ancrée juridiquement dans l’investissement entrepreneurial, créant un double jeu pour les investisseurs entre un achat de propriété pour une résidence de moyen terme et un investissement entrepreneurial pour la permanence.

Panorama des principaux statuts de séjour liés à l’investissement

Les Seychelles ont mis en place plusieurs permis qui, directement ou indirectement, articulent résidence et investissement (immobilier ou business). Le tableau suivant permet de comparer les contours des principaux dispositifs cités dans les textes officiels et les analyses de marché.

Type de permisBase principaleDurée initialeRenouvelableAvantages clés
Visitor’s PermitAucun investissement3 mois (jusqu’à 1 an)OuiEntrée sans visa, repérage, visites, achat possible
Residence PermitPropriété ≥ 500 000 USD ou business5 ansOuiRésidence légale, famille, multi-entrées
Self-Employed PermitBusiness ≥ 50 000 USD1 anOuiDroit d’exploiter une activité, voie vers résidence
Gainful Occupation Permit (GOP)Emploi local ou activité salariée2 ans typiquesOuiDroit de travailler, famille incluse
Permanent Residence (PR)Invest. business ≥ 1 000 000 USD + anciennetéIndéfinien/aRésidence permanente, flexibilité investissement

Dans ce paysage, le Residence Permit lié à un investissement immobilier d’au moins 500 000 USD est devenu l’outil privilégié des investisseurs immobiliers : cinq ans renouvelables, inclusion de la famille, entrées multiples et base juridique claire pour des séjours prolongés.

Bon à savoir :

Le PR par investissement exige un investissement d’un million de dollars dans une entreprise locale, un lien économique ou de résidence d’au moins cinq ans (association d’affaires, permis de séjour, GOP), et une absence maximale d’un an consécutif sans accord ministériel. La règle informelle des cinq jours de présence annuelle n’est pas inscrite dans les textes, ce qui est important pour les investisseurs planifiant à long terme.

De la résidence à la citoyenneté : un horizon lointain

Le lien résidence–citoyenneté est volontairement étiré dans le temps. L’accès à un passeport seychellois par la voie de l’investisseur, tel que prévu par la Citizenship (Amendment) Act 2013, suppose :

un investissement d’au moins 1 000 000 USD dans un business local,

onze années de résidence légale,

et une maîtrise opérationnelle de l’anglais, du français ou du créole seychellois.

Autrement dit, l’archipel se situe aux antipodes d’un schéma « passeport express contre chèque ». Cette distance assumée avec les schémas caribéens classiques limite les flux de capitaux purement opportunistes, mais renforce l’attractivité pour une clientèle qui cherche un ancrage réel plutôt qu’un simple document de voyage – d’autant que le passeport seychellois ouvre aujourd’hui l’accès sans visa ou avec visa à l’arrivée à environ 156 destinations.

L’ouverture contrôlée du marché immobilier aux étrangers

C’est l’autre grande évolution récente : la levée du moratoire sur les achats résidentiels par les non-Seychellois en janvier 2025. Ce gel, décidé pour éviter que la puissance d’achat étrangère ne marginalise les ménages locaux, avait réduit en quelques années la part des acheteurs étrangers d’environ 25 % des ventes à seulement 5 %. Sa levée ne signifie pas un retour au laissez-faire : le gouvernement a remplacé le moratoire par un arsenal de garde‑fous particulièrement stricts.

Des seuils de valeur et de superficie qui filtrent l’accès

Les nouvelles règles définissent clairement ce qu’un étranger peut acheter, où, et à quelles conditions. Les chiffres sont sans ambiguïté.

Type de bien pour non-SeychelloisValeur minimaleSuperficie typique autorisée
Maison résidentielle + terrain10 millions SCR (~700 000 USD)1 000 – 4 000 m²
Terrain nu résidentiel4 000 SCR/m² min2 000 – 4 000 m²
Propriétés dans « Designated Areas »10 millions SCR et plusSelon projet approuvé

Les achats ne sont possibles que dans des « Designated Areas » ou des développements approuvés : certains resort intégrés, Eden Island, projets résidentiels haut de gamme ou condominiums spécifiquement validés. Les zones d’habitat abordable, les terres agricoles, les secteurs environnementaux sensibles et les logements subventionnés restent fermement réservés aux Seychellois.

L’architecture de ces seuils a un objectif double : concentrer la présence étrangère sur le segment luxe, tout en sanctuarisant l’accession locale à la propriété et les réserves foncières publiques pour les générations futures.

Ministère des Terres et du Logement

Un coût d’entrée alourdi par la fiscalité de transaction

Pour un investisseur étranger, le ticket d’entrée ne se résume pas à la valeur du bien. Plusieurs couches de taxes et de frais viennent s’ajouter, ce qui a un impact direct sur la rentabilité nette et la liquidité du marché.

Les principaux postes sont les suivants (chiffres issus des textes récents et d’analyses de marché, certains étant indicatifs selon les sources) :

Poste de coûtTaux typique pour étrangersCommentaire
Stamp Duty / droit de transfert5 % du prixPayé à la signature, commun aux locaux et étrangers
Sanction Duty (appr. standard)12 % de la valeur de marchéSpécifique aux non-Seychellois
Frais de traitement de la sanction1,5 % de la valeur (ou forfait)Non remboursables
Frais de notaire et avocat1–2 %Honoraires professionnels
Frais d’enregistrement~0,5 %Inscription au registre foncier
Impôt annuel sur la propriété (IPT)0,50 % de la valeur de marchéPour les non-Seychellois, taux doublé depuis 2024

Les sources les plus récentes indiquent que pour un investisseur étranger, l’ensemble des coûts de transaction se situe généralement entre 12 et 15 % du prix d’achat, la sanction fee et la Stamp Duty formant le morceau principal de la facture. Une source plus ancienne allait jusqu’à des fourchettes de 15 à plus de 40 % en incluant certains schémas de sanction plus lourds et des droits d’enregistrement de 18,5 %, mais la réforme de 2025 a clarifié l’échelle en la structurant autour d’un duo 12 % + 5 %.

0,50%

Le taux de l’impôt annuel sur les immeubles détenus par des étrangers en France, relevé de 0,25 % à 0,50 % depuis janvier 2024, afin de faire contribuer les propriétaires non résidents au financement des infrastructures et d’atténuer la pression foncière.

Résidence et immobilier : un lien étroit mais pas automatique

La spécificité seychelloise tient dans ce subtil jeu d’articulation entre droit au séjour et propriété. La résidence peut découler d’un achat immobilier, mais elle n’est ni automatique ni éternelle : elle reste enfermée dans des cadres précis.

Achat d’un bien : une voie privilégiée vers le Residence Permit

Le message des autorités est explicite : l’acquisition d’un bien résidentiel permet au propriétaire de déposer une demande de Residence Permit. Cette possibilité est ouverte aux personnes physiques, mais aussi aux personnes morales (sociétés locales) qui peuvent désigner jusqu’à six personnes physiques (plus conjoints et enfants) comme bénéficiaires du permis.

Astuce :

L’enveloppe financière pour obtenir ce permis est significative : la valeur du bien doit dépasser 500 000 USD pour être crédible. La procédure inclut un frais professionnel d’environ 1 000 USD, un frais de dossier de 1 000 SCR, et une redevance de permis d’environ 150 000 SCR. Le permis est délivré pour cinq ans, renouvelable, et offre divers avantages au bénéficiaire.

le droit de résider légalement,

la possibilité d’inclure sa famille,

la liberté d’entrées multiples.

Pour un investisseur orienté « maison de vacances + location saisonnière », ce schéma est particulièrement attractif : il permet de basculer progressivement d’une présence touristique à une présence semi‑résidentielle, tout en structurant une stratégie locative.

Quand la résidence bascule vers la permanence

Là où la résidence temporaire est principalement tirée par l’immobilier, la résidence permanente par investissement repose sur une logique entrepreneuriale. L’investisseur doit avoir injecté au moins 1 000 000 USD dans un business local, justifier d’au moins cinq années d’association à cette activité (ou de résidence via d’autres permis) et ne pas avoir passé plus d’un an d’affilée hors du pays sans autorisation.

Bon à savoir :

Le PR offre l’exemption du Gainful Occupation Permit, une réduction de 50 % de la sanction fee sur l’achat de terrains résidentiels auprès de l’État, et le droit de vivre et travailler sans procédures GOP. Cela réduit la facture fiscale et réglementaire pour tout nouvel achat.

Le lien avec l’immobilier n’est donc pas direct, mais profond : c’est souvent en structurant un portefeuille d’actifs locaux (hôtellerie, locations de villas, services associés) que l’investisseur franchit les seuils d’éligibilité au PR, puis éventuellement à la citoyenneté.

Un marché immobilier de niche, tendu et très segmenté

Même sans parler de résidence, le marché immobilier seychellois est en pleine mutation. Sur fond de reprise touristique musclée et d’offre foncière structurellement limitée, les prix se sont envolés sur le segment haut de gamme, tandis que les autorités tentent de préserver un minimum d’accessibilité pour les ménages locaux.

Un archipel exigu, un foncier rare

Les Seychelles comptent 115 îles, mais une part considérable du territoire est protégée : près de la moitié des terres est classée parc national ou zone préservée. La base foncière réellement exploitable pour le résidentiel est donc mince, surtout si l’on y superpose les contraintes topographiques (pentes, relief, érosion côtière) et environnementales.

Exemple :

Exemple: Une étude sur les prix des terrains résidentiels montre que la demande, alimentée par la croissance démographique, les revenus, l’inflation, les taux d’intérêt et le nombre d’acheteurs (y compris les investisseurs étrangers), exerce une pression haussière sur des disponibilités foncières qui évoluent lentement, ce qui rend l’offre inélastique à long terme.

Les données de marché confirment cette tension, surtout dans les îles principales.

MarchéPrix moyen au m² (SCR)Rendement locatif moyenCroissance annuelle du capitalProfil d’acheteurs dominant
Mahé10 9204,2 %+14 %UHNW & internationaux
Praslin8 7365,9 %+14 %HNW & style de vie
La Digue7 2809,8 %+7 %Investisseurs & expatriés
Îles privées5 8248,4 %+8 %Growth investors

Ces chiffres dressent le portrait d’un marché biface : d’un côté, des emplacements prime où la demande – souvent internationale – soutient des hausses de prix à deux chiffres ; de l’autre, des marchés secondaires encore en phase de rattrapage, où des rendements locatifs proches de 6 à 10 % demeurent réalisables sur des produits bien situés.

L’impact réel des acheteurs étrangers sur les prix

Dans le débat public, les investisseurs étrangers sont régulièrement pointés du doigt comme responsables de la flambée des prix. Un article de la Seychelles News Agency en 2014 attribuait ainsi la hausse des prix de certains terrains résidentiels à des achats spéculatifs d’étrangers sur des parcelles de premier choix, dans un contexte de rareté foncière.

Bon à savoir :

Une étude économétrique (2009-2020) basée sur un modèle autorégressif à retards distribués montre qu’il n’existe pas de lien robuste entre les investissements immobiliers directs étrangers et les prix payés par les locaux. L’essentiel de la dynamique des terrains résidentiels est porté par des facteurs domestiques : revenus, inflation, croissance, taux et démographie.

L’étude insiste toutefois sur un point : la structure même du marché crée des « boucles de rétroaction » où la hausse des prix attire des capitaux à court terme (« hot money ») cherchant à surfer sur l’appréciation. Couplé à une offre foncière rigide, ce comportement peut amplifier les pics de valorisation dans certains micro‑marchés, notamment les fronts de mer et les quartiers touristiques emblématiques.

En pratique, le gouvernement a arbitré en faveur d’un modèle où les étrangers assument une part visible du financement de cette dynamique (via droits de sanction, impôt foncier, critères d’investissement minimum), plutôt que de tenter de les exclure totalement – pari politiquement risqué et économiquement coûteux dans un pays où le tourisme représente environ 25 % du PIB et 30 % de l’emploi.

Tourisme, location et nouvelles préférences post-Covid : des moteurs puissants

Le lien entre résidence, immobilier et investisseurs ne peut se comprendre sans intégrer le rôle fondamental du tourisme. L’archipel accueille plus de 300 000 à 350 000 visiteurs par an pour une population locale inférieure à 100 000 habitants. Cette asymétrie alimente une demande structurelle pour les locations saisonnières, les résidences de tourisme et les villas haut de gamme à la location.

Des rendements locatifs attractifs, mais hétérogènes

Les données compilées sur plusieurs formats de biens montrent une réalité contrastée. Sur des appartements de taille moyenne (70 à 150 m²), les prix d’achat oscillent autour de 1 000 à 1 200 USD/m², avec des rendements bruts compris entre 4,7 % et près de 7 % selon la taille. Sur des biens plus grands, les rendements ont tendance à s’effriter, la clientèle locale et touristique étant plus étroite sur les très grandes surfaces.

En agrégé, les études de marché évoquent des rendements résidentiels moyens de l’ordre de 5 à 7 %, avec des poches plus lucratives sur certaines îles ou typologies. La Digue, par exemple, affiche des rendements moyens proches de 9,8 %, reflet d’un parc locatif limité et d’une demande touristique forte sur un territoire exigu.

72,7

Augmentation cumulée des prix des appartements d’une chambre à Eden Island entre 2006 et 2014

Le choc Covid et la reconfiguration des attentes

La pandémie a temporairement brisé cet élan, en figeant l’industrie touristique et en ralentissant les transactions. Mais la reprise a été rapide, portée par l’image de destination sûre, exclusive et à faible densité. Ce rebond s’est accompagné d’une transformation des goûts des acheteurs :

Évolution des préférences immobilières

Synthèse des nouvelles attentes en matière de logement : espaces extérieurs, surfaces agrandies et smart technologies.

Maisons individuelles avec terrain

Montée en puissance des maisons disposant d’un terrain privé, répondant au besoin d’indépendance et d’espace.

Espaces extérieurs recherchés

Demande accrue pour des jardins ou de grandes terrasses, essentiels pour profiter pleinement de l’extérieur.

Intérieurs spacieux et bureau

Priorité donnée aux logements vastes pouvant intégrer un véritable bureau à domicile pour le télétravail.

Propriétés intelligentes

Intérêt croissant pour les maisons « smart » alliant domotique et efficacité énergétique pour plus de confort.

Quartiers connectés et apaisés

Préférence pour les zones bien desservies en services essentiels, sans surdensification, pour un cadre de vie équilibré.

Les chiffres sont parlants : près de 40 % des acheteurs déclarent désormais considérer comme prioritaire la présence d’un espace dédié ou adaptable en bureau. Les biens combinant grands volumes intérieurs, espace extérieur et connectivité ont vu leur prix au mètre carré augmenter sensiblement, parfois de 15 % par rapport à des logements standard. Entre fin 2024 et début 2025, certaines villes ont vu leur prix moyen au m² atteindre plus de 600 euros, avec des pointes au‑delà de 1 000 euros dans les secteurs les plus recherchés, et bien davantage encore à Victoria, Beau Vallon ou sur des poches littorales premium.

Pour les investisseurs, cette évolution a deux conséquences : d’un côté, elle renchérit le coût d’acquisition des biens « conformes » aux nouvelles attentes ; de l’autre, elle soutient des niveaux de loyers et de taux d’occupation élevés sur ces mêmes biens, ce qui maintient des rendements locatifs compétitifs dans un contexte de valorisations en hausse.

Un environnement fiscal territorial, entre attrait et contrainte

L’autre pilier déterminant pour les investisseurs résidents est la fiscalité. Les Seychelles ont longtemps été perçues comme un centre offshore à très faible imposition. Cette image a évolué : l’archipel s’est aligné sur les standards de l’OCDE et de l’UE, tout en conservant un régime territorial attractif.

Un système basé sur la territorialité

Le principe central est le suivant : les revenus de source seychelloise sont imposables (impôt sur les sociétés, TVA, taxes sectorielles), tandis que les revenus de source étrangère sont en général hors du champ de l’impôt local, sous réserve du respect de conditions de substance économique.

Bon à savoir :

La Business Tax Act applique un barème à deux tranches : 15 % sur le premier million de roupies seychelloises de bénéfice imposable, puis 25 % au-delà. Pour les entrepreneurs résidents dans l’immobilier ou les services, ces taux sont compétitifs, d’autant qu’il n’y a pas d’impôt sur les plus-values.

Certains secteurs régulés (banques, institutions financières) peuvent être soumis à des taux plus élevés, jusqu’à 33 %, mais cela ne concerne pas les sociétés de gestion immobilière standard. Les prestataires de services d’actifs virtuels (VASPs) licenciés bénéficient même d’un taux privilégié de 1,5 % sur leur revenu seychellois, illustrant la volonté du pays de devenir un hub réglementé sur ce créneau.

Impôt foncier ciblé, mais pas confiscatoire

En matière immobilière, le paysage fiscal est plus nuancé. Les points à retenir pour un investisseur étranger résident ou non résident sont les suivants :

Bon à savoir :

Il n’y a pas d’impôt autonome sur les plus-values immobilières, sauf en cas d’activité commerciale régulière. L’impôt sur les successions est inexistant. Les nationaux ne paient pas de taxe foncière générale, mais à partir de 2026, les étrangers devront s’acquitter d’un Impôt sur la propriété immobilière de 0,50 % de la valeur de marché. Enfin, les revenus locatifs sont taxés au titre de l’impôt sur les bénéfices à environ 15 % du revenu brut, avec possibilité de déduire certaines charges comme l’entretien ou les amortissements.

Ce cadre, combiné à la possibilité de rapatrier librement les loyers et les gains en capital, permet de bâtir des modèles d’investissement relativement efficients, à condition de bien anticiper les coûts de transaction élevés et les dépenses structurelles (assurances, maintenance dans un climat marin, gestion locative).

Pour les Seychellois, une équation d’accessibilité toujours délicate

L’une des grandes questions posées par l’ouverture sélective du marché aux étrangers est celle de l’accessibilité du logement pour les ménages locaux. Les données montrent un contraste fort entre la solvabilité globale des foyers et la barrière d’entrée représentée par les prix de marché.

Des ménages globalement solvables, mais mal arrimés aux prix du marché libre

Une étude sur l’accessibilité au logement souligne qu’une proportion importante des ménages seychellois pourrait accéder à la propriété si les coûts de construction étaient maîtrisés. En réduisant la taille des maisons et en ayant recours à des entrepreneurs moins coûteux, le prix du logement pourrait baisser de plus de moitié, ce qui ferait passer la part des ménages capables de s’acheter une maison de moins de 10 % à environ 45 %.

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Le coût estimé d’une maison neuve standard aux Seychelles, en roupies seychelloises.

Le gouvernement a multiplié les dispositifs pour combler cet écart : la Housing Finance Company (HFC), premier prêteur du pays, a financé plus de 90 % des crédits logement, avec des schémas de prêts et d’épargne permettant à jusqu’à 70 % des Seychellois d’envisager un achat. À cela s’ajoutent des programmes de subventions ciblées (Smart Subsidy Scheme à partir de 2014, logements sociaux pour primo‑accédants, condominiums pour classes moyennes et professions intermédiaires), avec des plafonds de revenus et des tarifs de construction subventionnés par île.

Cette politique a permis de maintenir un taux de propriété élevé : près de 69,3 % de la population vit dans un logement dont elle est propriétaire, contre 10 % seulement qui louent au secteur public et 9 % au privé.

Étrangers : bouc émissaire facile ou vrai facteur d’exclusion ?

Dans ce contexte, la tentation est grande de faire des acheteurs étrangers le principal facteur de renchérissement. La réalité est plus complexe. Les analyses macroéconomiques montrent que les prix résidentiels ont enregistré des hausses moyennes de 5 à 8 % par an depuis 2020, avec des pics bien plus élevés dans les zones balnéaires les plus prisées, comme les plages de Praslin ou certains quartiers huppés de Mahé, où les prix au m² rivalisent désormais avec certaines destinations de luxe européennes ou américaines.

21,3 milliards

Ce montant correspond aux investissements directs étrangers dans l’immobilier en 2025, représentant la part la plus importante des IDE totaux.

Pour autant, l’étude économétrique évoquée plus haut rappelle que l’inflation des prix est surtout tirée par des facteurs locaux. Les étrangers agissent davantage comme catalyseur dans des micro‑segments déjà tendus (littoral, resorts, second homes) que comme cause unique de l’inflation. La réponse publique – moratoire, puis ouverture encadrée sur le haut de gamme, impôt foncier ciblé sur les non‑nationaux – vise justement à circonscrire cet effet à la partie supérieure du marché, tout en conservant les bénéfices macroéconomiques (investissements, emplois, recettes fiscales).

Quel profil d’investisseur pour quel type de résidence ?

Pour un investisseur qui envisage une résidence aux Seychelles, la question n’est plus seulement « puis‑je acheter ? », mais « quel statut de séjour sert le mieux ma stratégie immobilière et patrimoniale ? ». Les scénarios types illustrent la diversité des cas de figure.

Un investisseur de rendement, cherchant des revenus locatifs élevés avec un usage personnel limité, sera davantage attiré par des micro‑marchés à fort yield (La Digue, certaines zones de Praslin, programmes de villas avec gestion locative intégrée) et privilégiera un Residence Permit de 5 ans lié à l’achat, éventuellement complété par un Self-Employed Permit pour gérer une petite structure de location. La résidence permanente ne sera pertinente que s’il développe, en parallèle, une activité business d’ampleur.

Bon à savoir :

Pour un investisseur cherchant une seconde résidence avec séjours prolongés, un rendement locatif de 4 à 5 % est acceptable en échange d’une localisation premium (front de mer à Mahé, Eden Island, resorts intégrés). Le Residence Permit offre sécurité juridique et possibilité de présence familiale, sans nécessiter un investissement entrepreneurial massif.

Enfin, un investisseur institutionnel ou ultra fortuné, intéressé par des projets hôteliers, des développements éco‑touristiques ou des opérations sur des îles privées, jouera sur une tout autre échelle : partenariat avec des acteurs locaux, recours au Villas Policy, obtention de longs baux sur des terres étatiques, structuration en société seychelloise à 100 % de capital étranger (après Economic Needs Test), avec en ligne de mire non seulement le PR, mais aussi, à terme, une éventuelle naturalisation.

Une résidence qui pèse vraiment sur l’immobilier

Au terme de ce tour d’horizon, une chose apparaît clairement : la résidence aux Seychelles n’est pas un simple produit administratif détaché du réel. Elle influence profondément la configuration du marché immobilier, et réciproquement.

Exemple :

Elle segmente le marché en réservant l’accès aux biens de luxe aux étrangers, ce qui renforce l’exclusivité du haut de gamme tout en protégeant les segments subventionnés. Elle oriente les flux d’investissement via des permis de résidence liés à des projets spécifiques comme l’hôtellerie ou les villas gérées. Enfin, elle stabilise le cadre juridique grâce à des sanctions claires et une transparence accrue des délais, permettant aux investisseurs de modéliser leurs coûts malgré des droits de mutation élevés.

Pour les Seychellois, le bilan reste ambivalent. L’ouverture contrôlée du marché étranger et la montée en gamme du résidentiel créent de la richesse, des emplois et des recettes qui financent une partie des politiques de logement social et des subventions. Mais elles alimentent aussi une dualisation du marché entre propriétés inaccessibles – villas à plusieurs millions, appartements à plus de 5 000 euros/m² en front de mer – et un parc subventionné sous forte tension.

Attention :

Pour les investisseurs, les Philippines offrent un couple rendement/valorisation attractif combinant résidence et immobilier, avec une stabilité politique, une croissance modérée mais régulière du PIB (3,2 à 4,5 % jusqu’en 2028), un tourisme en rebond et un foncier rare, à condition d’accepter des coûts de transaction élevés et un cadre réglementaire strict interdisant opacité et spéculation pure.

En d’autres termes, la résidence aux Seychelles n’est pas une porte dorée ouverte à tous les capitaux, mais un filtre sophistiqué. Elle sélectionne une catégorie d’investisseurs capables de s’inscrire dans le temps long, de supporter des tickets d’entrée élevés, et d’ancrer leur projet dans la réalité de l’archipel – ses limites foncières, ses priorités sociales et sa volonté affichée de rester, avant tout, un territoire habitable pour ceux qui y sont nés.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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