Investir en immobilier aux Seychelles fait rêver : plages de carte postale, marché haut de gamme, rendement locatif porté par un tourisme international solide. Mais derrière l’image paradisiaque se cache un environnement juridique, fiscal, environnemental et macroéconomique beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. Une série de pièges attendent les investisseurs mal préparés, avec à la clé des retards, des surcoûts, voire la perte pure et simple de l’investissement.
Cet article détaille, à partir de données officielles, les principales erreurs à ne pas commettre lors d’un achat immobilier aux Seychelles et fournit des repères chiffrés pour évaluer les risques.
Ne pas vérifier son éligibilité à l’achat : la faute numéro un
La première erreur, et sans doute la plus lourde de conséquences, consiste à partir du principe qu’en payant le prix demandé, on est automatiquement autorisé à acheter n’importe quel bien. Aux Seychelles, c’est faux.
Le cadre légal encadrant l’acquisition par les non‑Seychellois est particulièrement strict. Un non‑résident ne peut pas acheter « n’importe quelle » propriété, y compris lorsqu’elle est mise en vente par un particulier. En pratique, plusieurs filtres s’appliquent.
De nombreux biens immobiliers sont inaccessibles aux étrangers aux Seychelles : terrains et logements subventionnés réservés aux citoyens, interdiction d’acquérir des terres domaniales en pleine propriété (sauf exceptions rares), et prohibition de la pleine propriété sur les îles extérieures où seul un bail longue durée est autorisé.
Ensuite, l’État limite la nature et la valeur des biens accessibles aux non‑citoyens. Pour un usage résidentiel en dehors d’un régime spécifique de villas, la réglementation impose par exemple une valeur minimale de marché de 10 millions de roupies seychelloises (SCR) pour une maison, et de 4 000 SCR par mètre carré pour un terrain nu. Les parcelles doivent en outre respecter des surfaces comprises entre 2 000 et 4 000 m², sauf exceptions justifiées par des contraintes de topographie ou de sécurité.
Un non‑Seychellois ne peut pas acheter une unité de condominium dont la valeur au mètre carré est inférieure à 30 000 SCR.
Enfin, il faut garder en tête que la loi encadre aussi le nombre de résidences qu’un étranger peut détenir. Le principe général est de limiter la multiplicité d’achats pour contenir la pression spéculative sur le marché résidentiel.
Ignorer ces contraintes, ou se contenter d’une vague assurance verbale de l’agent ou du vendeur, expose à des déconvenues majeures. Une transaction conclue en violation de la loi peut être frappée de nullité, et la propriété simplement confisquée au profit de l’État, sans garantie de remboursement. Avant même de parler de prix, il est donc essentiel de vérifier noir sur blanc que le type de bien, sa valeur, sa localisation et l’usage envisagé entrent bien dans les catégories ouvertes aux non‑Seychellois.
Négliger l’obligation de sanction gouvernementale
Deuxième piège : acheter en pensant qu’un simple acte notarié suffira. Aux Seychelles, tout non‑citoyen (ou société dont un actionnaire n’est pas seychellois) doit obtenir une autorisation formelle du gouvernement – la « sanction » – avant d’acquérir un bien immobilier ou même un droit réel équivalent.
Cette sanction ne concerne pas seulement les achats directs. Elle est nécessaire aussi pour la prise en bail de longue durée, la détention d’une option d’achat sur un bien, ou l’acquisition de parts dans une société qui possède un immeuble. L’autorisation est délivrée pour une durée limitée – en règle générale un an – et la transaction doit être finalisée et enregistrée dans ce délai.
La procédure est lourde, avec un volet de conformité financière et de lutte contre le blanchiment renforcé. Pour un particulier, il faut notamment fournir :
Fournir une copie certifiée conforme du passeport en cours de validité avec les coordonnées du notaire ou avocat certificateur, deux factures de services de moins de trois mois pour le justificatif d’adresse, un extrait de casier judiciaire de moins de six mois pour le pays de résidence des deux dernières années, une déclaration signée indiquant le statut de personne politiquement exposée (PEP), ainsi qu’une attestation sur l’origine des fonds incluant une déclaration et un justificatif bancaire confirmant la disponibilité des montants nécessaires.
Pour une société, le dossier s’étoffe encore : statuts, certificat d’immatriculation, registre des associés et administrateurs, déclarations sur les bénéficiaires effectifs, pièces d’identité et justificatifs d’adresse de ces derniers, casiers judiciaires, preuves de fonds, etc. Toute documentation qui n’est ni en français ni en anglais doit être traduite et accompagnée des coordonnées complètes du traducteur.
Lors d’une acquisition immobilière aux Philippines, des frais de dossier non remboursables s’appliquent, auxquels s’ajoute une « sanction duty » en pourcentage de la valeur marchande. Pour une résidence hors condominium, ce droit est passé d’environ 11 % à 12 % du prix, tandis que pour les condos, un taux favorable de 1,5 % est appliqué pour encourager ce type de développement.
Un résumé des principaux coûts liés à la sanction pour un acheteur non‑résident peut se présenter ainsi :
| Nature du coût | Base de calcul | Ordre de grandeur indiqué |
|---|---|---|
| Frais de dossier (achat) | Forfait par demande | ~ 3 000 SCR (non remboursable) |
| Sanction duty (résidentiel) | Pourcentage de la valeur de marché | ≈ 12 % |
| Sanction duty (condominium) | Pourcentage de la valeur de marché | ≈ 1,5 % |
| Frais de traitement bail | % de la valeur locative annuelle | ≈ 1,5 % |
| Frais de traitement (parts société) | Forfait par demande | ≈ 3 000 SCR |
À ces montants s’ajoutent les droits d’enregistrement et de timbre, ainsi que les honoraires du notaire et de l’avocat. Globalement, les différentes sources convergent : un investisseur étranger doit anticiper entre 12 % et 15 % de coûts de transaction supplémentaires par rapport au prix d’achat.
Ne pas intégrer cette réalité, ou sous‑estimer les délais et la complexité du processus, est une erreur classique. Elle conduit à des calendriers irréalistes, à des clauses contractuelles intenables et, parfois, à la perte du dépôt lorsque la transaction n’est pas finalisée dans le délai légal de validité de la sanction.
Sous‑estimer les coûts annexes et la fiscalité spécifique
Autre maladresse fréquente : raisonner uniquement en termes de prix d’achat, sans intégrer la structure complète des coûts et des impôts liés à l’immobilier aux Seychelles.
Pour un non‑Seychellois, l’addition comprend au minimum :
Synthèse des principaux coûts supportés par un acquéreur étranger
Environ 5% de la valeur du bien pour les étrangers
Environ 5% de la valeur de marché
Proportionnelle au prix de vente, taux variable selon l’usage
Généralement 1% à 2% du montant de la transaction
Souvent 1% à 2% du prix selon la complexité
Spreads de 0,5% à 3% en cas de financement local
Une fois propriétaire, d’autres prélèvements entrent en jeu. Depuis l’introduction d’un impôt annuel sur la propriété immobilière pour les non‑citoyens, la plupart des détenteurs étrangers sont soumis à une taxe d’environ 0,25 % de la valeur du bien chaque année, en plus de la redevance foncière, des charges de copropriété ou de gestion, et, le cas échéant, des impôts sur les revenus locatifs.
En plus du paiement de l’impôt, le propriétaire doit s’enregistrer au registre foncier et au service des impôts, fournir périodiquement des valeurs vénales actualisées et déclarer ces biens dans son pays de résidence. Tout défaut de déclaration, retard ou information inexacte peut entraîner des amendes allant jusqu’à plusieurs dizaines de milliers de roupies ou un doublement de l’impôt dû.
Un tableau simplifié permet d’illustrer l’empilement des coûts initiaux pour un achat résidentiel par un étranger (hors frais privés type voyage, inspection, etc.) :
| Poste de dépense | Fourchette ou ordre de grandeur |
|---|---|
| Droits d’enregistrement | ≈ 5 % de la valeur du bien |
| Droit de timbre | ≈ 5 % de la valeur du bien |
| Sanction duty (résidentiel) | ≈ 12 % de la valeur de marché* |
| Honoraires de notaire | 1–2 % du prix |
| Honoraires d’avocat | 1–2 % du prix |
| Frais de dossier de sanction | Forfaits (quelques milliers SCR) |
| Frais techniques (inspection, bornage) | Quelques centaines à quelques milliers USD |
– Certains régimes ou secteurs bénéficient d’exemptions partielles (tourisme, industriel, villas sous politiques spécifiques), mais ces cas restent encadrés.
Investir sans tableur détaillé, sans scénario conservateur de rendement (notamment en cas de location meublée touristique) et sans avis d’un fiscaliste connaissant à la fois le droit seychellois et celui du pays de résidence, revient à prendre un risque majeur de mauvaise surprise de trésorerie.
Se laisser aveugler par l’emplacement ou les rendements promis
« Emplacement, emplacement, emplacement » reste un adage valable, mais dans un micro‑État insulaire comme les Seychelles, le choix du lieu est bien plus subtil qu’une simple proximité avec une plage.
La demande immobilière est certes tirée par le tourisme, qui représente plus de 60 % du PIB avant la pandémie. Mais ce secteur est lui‑même soumis à de fortes tensions : maturation progressive (les années de forte croissance des arrivées entre 2010 et 2019 ne se reproduiront pas à l’infini), limites physiques en termes de capacité d’accueil, vulnérabilité aux chocs exogènes (conflits géopolitiques affectant les liaisons aériennes ou maritimes, flambée des prix des carburants, événements climatiques extrêmes, pandémie).
La croissance du PIB seychellois reste positive mais ralentie (3-4 %), avec un compte courant déficitaire (7-9 % du PIB). L’économie dépend fortement des importations et la roupie est sensible aux variations des recettes touristiques. Une baisse du tourisme déprécie la monnaie, alimente l’inflation et augmente les coûts d’exploitation (énergie, matières importées, salaires).
Dans ce contexte, croire sur parole des projections de rendement locatif à deux chiffres, ou des promesses de plus‑value rapide, est l’une des pires erreurs. Certains intermédiaires n’hésitent pas à exagérer les perspectives de valorisation ou les taux d’occupation pour faire signer en urgence. Or la rareté de l’offre haut de gamme, les coûts de fonctionnement élevés et la dépendance extrême au tourisme international créent un équilibre très fin, où le moindre choc (épidémie, conflit bloquant une route aérienne clé, hausse des prix du carburant) peut faire dévier les chiffres.
Avant de s’engager, il est indispensable de :
– comparer les prix de biens comparables sur plusieurs îles et zones (Mahé, Praslin, La Digue, Eden Island, etc.) ;
– confronter les promesses de l’agent aux statistiques de fréquentation touristique, aux scénarios macroéconomiques et aux estimations de croissance à moyen terme ;
– faire valider tout business plan locatif par un ou plusieurs gestionnaires locaux indépendants, capables d’apporter des données sur les taux de remplissage réalistes, les saisonnalités, les frais de commercialisation et de gestion.
La pression touristique a déjà fait bondir les prix résidentiels, de l’ordre de 5 à 8 % par an depuis 2020, avec des pics encore plus marqués dans les zones les plus prisées. Cela fragilise l’accessibilité au logement pour les locaux, mais rend également plus risqué tout pari spéculatif basé sur l’idée que « les prix ne peuvent que monter ». Sur un marché de petite taille, avec un bassin de revente limité, la liquidité en sortie d’investissement n’a rien d’assuré.
Faire l’impasse sur la due diligence juridique et foncière
Dans un marché aussi réglementé et historiquement marqué par des évolutions législatives, négliger la due diligence constitue un véritable suicide financier.
Plusieurs niveaux d’analyse sont essentiels.
Vérification du titre et de la chaîne de propriété
Le système foncier seychellois combine des parcelles régies par la Land Registration Act et d’autres par des textes plus anciens, avec parfois de la copropriété, des charges ou des droits coutumiers mal documentés. Un simple certificat de titre ne suffit pas. L’avocat mandaté par l’acheteur doit :
– récupérer l’historique complet du titre auprès du registre foncier ;
– s’assurer que le propriétaire inscrit correspond bien au vendeur, et que ce dernier a capacité juridique à vendre (personne physique majeure, société régulièrement constituée, absence d’incapacité légale) ;
– identifier toutes les charges, hypothèques, servitudes, ou procès en cours affectant le bien ;
– vérifier que la description cadastrale (bornage, limites) correspond à la réalité physique sur le terrain.
Un notaire a finalisé un transfert immobilier sans vérifier que le terrain était libre de toutes charges. L’acheteur s’est retrouvé sans titre définitif ni possession, et a dû saisir la justice pour obtenir la restitution du prix ou l’annulation de la vente.
Conformité urbanistique et environnementale
Les Seychelles appliquent des règles de zonage et de construction strictes, notamment dans les zones côtières sensibles, dans ou à proximité de parcs nationaux, réserves naturelles, zones de beauté remarquable ou périmètres de protection de captages d’eau. De nombreuses activités (lotissements importants, projets touristiques, travaux sur les mangroves, construction de digues, remblaiement côtier, etc.) sont soumises à autorisation environnementale préalable, assortie d’une étude d’impact (EIA) et parfois d’un plan de gestion environnementale.
Les textes prévoient des interdictions radicales dans certains périmètres : impossibilité de construire, d’effectuer des travaux modifiant la configuration des sols, d’exploiter des ressources naturelles, ou même de pénétrer une réserve sans autorisation. Entamer un projet de rénovation lourde ou d’extension sans avoir vérifié tous les permis de construire antérieurs, les autorisations environnementales et les limitations de hauteur ou d’emprise au sol expose à des sanctions pénales, voire à l’obligation de démolir à ses frais.
Pour tout nouveau développement, il est prudent de demander les permis d’urbanisme et les autorisations environnementales au vendeur ou promoteur, de les faire vérifier par un avocat et un spécialiste de l’environnement si nécessaire. Les autorités de planification doivent consulter le ministère de l’Environnement pour les projets en zone désignée. Ignorer ce volet est un pari très risqué.
Attention accrue pour l’immobilier en construction ou sur plan
Les biens vendus en état futur d’achèvement ou sur plan cumulent les fragilités : dépendance financière du projet à la commercialisation, risques de retard ou d’abandon, variabilité possible de la qualité de construction. Les recommandations issues d’expériences régionales sont claires : il faut examiner en détail les garanties offertes par le promoteur, son bilan passé (projets livrés, retards éventuels, litiges), sa solidité financière (financement bancaire de la construction vs autofinancement par les dépôts des acheteurs).
Il est également essentiel de s’assurer que les dépôts sont consignés sur des comptes séquestres indépendants, non confondus avec les comptes d’exploitation du promoteur, et que les conditions de restitution en cas de non‑réalisation ou de retard excessif sont clairement encadrées dans le contrat, qui devra être relu par un avocat indépendant du vendeur.
Se reposer sur des intermédiaires non agréés ou sur « l’avocat du vendeur »
Le paysage de l’intermédiation immobilière aux Seychelles est marqué par une tension croissante entre acteurs réglementés et informels. Le pays ne compte qu’une poignée d’agences dûment licenciées, soumises à des obligations strictes en matière de lutte contre le blanchiment et de déclaration des opérations suspectes. Parallèlement, les autorités et l’unité de renseignement financier (FIU) ont observé une multiplication de personnes non autorisées se présentant comme agents, diffusant des annonces pour le compte de tiers, parfois sans contrôle ni obligations AML/CFT.
L’informalité facilite les montages opaques, les détournements de fonds et le blanchiment via l’acquisition de biens, et expose à l’ignorance des procédures légales au détriment de la sécurité des transactions.
S’ajoute à cela un autre travers : la tentation, pour l’acheteur étranger, de s’en remettre entièrement à l’avocat désigné pour dresser l’acte de transfert – souvent choisi par le vendeur – en pensant qu’il s’agit d’un « avocat neutre ». Dans la pratique, l’avocat qui gère formellement la mutation peut se contenter de la rédaction de l’acte et de quelques vérifications minimales, sans mener une due diligence complète sur la situation du terrain, la conformité du projet, ou la réalité des risques.
L’acheteur doit impérativement mandater un avocat local indépendant, sans conflit d’intérêts avec le vendeur ou le promoteur. Ce conseil pilotera la vérification du titre, des charges, des autorisations et des risques fiscaux, et pourra négocier des clauses de garantie ou d’indemnisation en cas de défaut caché ou de misrepresentation.
De la même manière, il est prudent de travailler avec un agent immobilier licencié, dont l’immatriculation peut être vérifiée auprès du conseil ou de l’autorité de régulation compétente, et qui tient un compte de fiducie contrôlé pour les dépôts. Opérer en direct ou via des « connaissances » non agréées, c’est accepter de renoncer à une partie des protections prévues par le droit.
Négliger les risques de fraude et de cybersécurité lors des paiements
Avec des montants de dépôt qui peuvent atteindre 10 % du prix d’achat et des transferts finaux représentant parfois plusieurs millions d’euros, le volet sécurité des paiements est loin d’être anecdotique. Les schémas de fraude observés dans d’autres juridictions commencent à se manifester : interception des échanges entre acheteur, agent et avocat, modification discrète des coordonnées bancaires, usurpation d’identité via des adresses e‑mail quasi identiques, signatures copiées‑collées.
Scénario classique : des pirates infiltrent la messagerie d’une étude ou d’une agence, attendent le moment du solde du prix, et envoient à l’acheteur un message imitant le style et la signature du professionnel, mais avec un RIB modifié. L’acheteur confiant effectue le transfert. Les fonds sont rapidement retirés, les recours limités, et la question de la responsabilité civile se révèle complexe.
Aux Seychelles comme ailleurs, les fonds immobiliers transitent par des comptes de fiducie ou des comptes séquestres dédiés. C’est une protection, mais qui n’a de valeur que si l’acheteur applique une hygiène numérique élémentaire :
Ne jamais exécuter un virement sur la seule base d’un e‑mail contenant des coordonnées bancaires. Toujours vérifier par téléphone, en composant soi‑même le numéro de l’agence ou du cabinet (et non via un lien dans le mail), que les coordonnées sont correctes. Examiner attentivement l’adresse e‑mail de l’expéditeur, les fraudeurs jouant souvent sur une lettre manquante ou ajoutée. Privilégier, pour les informations sensibles, la remise en main propre ou les plateformes sécurisées plutôt que des pièces jointes non chiffrées. Refuser tout paiement vers un compte qui n’appartient pas à un des acteurs formels de la transaction (étude notariale, cabinet d’avocats, agence agréée).
Dans un contexte où le fonds d’indemnisation professionnel ne couvre plus systématiquement ce type de sinistre dans certains pays, la vigilance de l’investisseur reste la meilleure défense.
Sous‑estimer la gestion à distance et le coût opérationnel dans un contexte insulaire
Beaucoup d’acheteurs étrangers imaginent qu’une villa de bord de mer aux Seychelles se gère aussi facilement qu’un appartement urbain en Europe. C’est mal connaître les contraintes locales.
Les conditions climatiques tropicales accélèrent l’usure des constructions. Une inspection approfondie doit inclure évaluation structurelle, contrôle des réseaux d’eau, installations électriques, climatisation, ventilation et systèmes d’assainissement.
Ensuite, l’isolement géographique renchérit tout : salaires du personnel de maison, logistique d’approvisionnement (beaucoup de denrées et de matériaux sont importés), coûts de transport inter‑îles (bateau rapide, avion léger, parfois hélicoptère pour les sites les plus reculés). L’énergie est chère, car la production électrique repose encore largement sur des carburants fossiles importés. L’eau potable peut être rare en saison sèche, nécessitant des systèmes de dessalement.
Les frais de gestion annuels pour une villa dans un complexe haut de gamme peuvent atteindre des dizaines de milliers de dollars.
Ne pas intégrer ces postes dans le calcul de rentabilité, ou sous‑estimer le besoin d’un gestionnaire local fiable, revient à exposer l’actif à une dégradation rapide, voire à des sinistres coûteux (dégâts des eaux, problèmes électriques, infestation parasitaire).
Minimiser l’impact environnemental et réglementaire
L’un des grands risques pour un investisseur inattentif est de se retrouver au cœur d’une zone à forts enjeux environnementaux, sans en mesurer les conséquences sur la constructibilité, la valorisation ou la réputation du projet.
Près de la moitié du territoire des Seychelles est classée parc national ou aire protégée. Un cadre juridique strict (Environment Protection Act, Town and Country Planning Act, etc.) régit la protection de l’environnement et la planification. De nombreuses activités comme l’exploitation minière, le remblaiement de lagons ou la création de grands lotissements nécessitent une autorisation préalable basée sur une étude d’impact environnemental (EIA).
Le changement climatique ajoute une couche de complexité. Les Seychelles font face à la montée du niveau de la mer, à l’érosion côtière, à la salinisation des sols et des nappes, et à une intensification des phénomènes extrêmes (pluies diluviennes, tempêtes). Les infrastructures touristiques et résidentielles en zone côtière seront en première ligne des impacts. Des études sectorielles estiment qu’en l’absence de trajectoire d’adaptation sérieuse, les revenus touristiques globaux pourraient reculer de l’ordre de 11 à 16 % d’ici 2050 du fait des hausses de température et de la dégradation des écosystèmes.
Pour le propriétaire, ces tendances se traduisent de plusieurs façons :
Les risques incluent inondations, dégâts de tempête et recul du trait de côte. Les normes de construction ou de recul peuvent se durcir, impactant extensions ou reconstructions. Les primes d’assurance pourraient augmenter ou l’assurance devenir difficile. Des obligations réglementaires (rehaussement, protections) entraîneront des investissements supplémentaires.
Mal appréhender ces enjeux, c’est accepter un risque de dépréciation future, même pour un bien aujourd’hui très prisé. Un projet perçu comme destructeur d’habitats (mangroves, coraux) ou non conforme aux engagements environnementaux du pays pourrait aussi se heurter à une opposition sociale et administrative croissante.
Ignorer les risques macroéconomiques et de change
Dernier angle souvent oublié dans l’enthousiasme : la dimension macroéconomique. Les Seychelles, comme beaucoup de petits États insulaires en développement, sont très vulnérables aux chocs externes. La croissance dépend largement de flux touristiques provenant d’Europe et d’autres régions développées. Les rapports internationaux soulignent que la moindre perturbation – conflit régional affectant les routes aériennes, flambée des prix du fret et des carburants, récession dans les pays émetteurs de touristes – se traduit par une baisse de la croissance (certains scénarios envisagent des ralentissements de l’ordre de 1,5 point de PIB ou plus), un creusement du déficit courant et une pression sur la devise.
La roupie seychelloise peut se déprécier face au dollar ou à l’euro. Si un propriétaire perçoit des loyers en devises et paie ses charges en roupies, cela peut être favorable à court terme. Cependant, en cas de financement en devises ou de remboursement d’emprunt en devises avec des revenus en roupies, le risque de change devient défavorable.
Au surplus, la politique monétaire et budgétaire doit composer avec des objectifs de consolidation et de maintien des réserves internationales, ce qui peut conduire à des ajustements fiscaux ou réglementaires touchant, directement ou indirectement, les investisseurs étrangers (révision de taxes, durcissement de contrôle des capitaux, etc.). Des rapports de notation soulignent notamment l’absence d’« ancrage fiscal ferme » à long terme et les risques liés au changement climatique.
Un investisseur avisé veillera donc à :
– modéliser différents scénarios de taux de change et de taux d’occupation touristiques ;
– s’informer sur l’évolution du déficit courant et des réserves de change ;
– intégrer la possibilité de modifications des règles de propriété des non‑citoyens, déjà revues à plusieurs reprises (moratoires, changement de barèmes de taxes, restriction sur certains types de biens).
Vers une approche professionnelle et prudente de l’investissement
Au final, les Seychelles restent un marché immobilier singulier : très haut de gamme dans ses segments phares, extrêmement régulé pour les étrangers, dépendant d’un tourisme lui‑même soumis à des vents contraires géopolitiques, climatiques et économiques, et ancré dans un environnement naturel à la fois son principal atout et son point de fragilité.
Ne pas vérifier son éligibilité, sous-estimer les coûts annexes, se laisser séduire par des promesses sans analyse, négliger la due diligence, utiliser des intermédiaires non agréés, ignorer la cybersécurité, minimiser la gestion à distance et oublier les dimensions environnementale et macroéconomique sont des erreurs fréquentes qui découlent toutes d’une vision trop simpliste d’un soi-disant marché paradisiaque.
Adopter une démarche inverse, rigoureuse et professionnelle, signifie :
– cartographier précisément le cadre légal applicable à son profil et à son projet ;
– bâtir un budget incluant l’ensemble des coûts de transaction et de détention, avec marges de sécurité ;
– exiger une due diligence juridique, technique, financière et environnementale approfondie confiée à des professionnels locaux indépendants ;
– privilégier la transparence des montages, la simplicité des structures de détention et la traçabilité des flux financiers ;
– anticiper les risques climatiques, de change et de conjoncture touristique à moyen et long terme.
Ce n’est qu’à ce prix qu’un investissement immobilier aux Seychelles peut espérer concilier plaisir, rendement et pérennité, sans se transformer en source de contentieux, de stress ou de pertes financières inattendues.
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