Au moment où Bali bat de nouveaux record touristiques, l’immobilier de villas ne se limite plus aux plages de Canggu ou de Seminyak. Ubud et les hauts plateaux balinais attirent une nouvelle génération d’investisseurs étrangers, à la recherche de rendements solides mais aussi de stabilité, de nature et de sens. Entre règles foncières complexes, nouvelles contraintes environnementales et appétit intact pour les retraites bien‑être, le terrain de jeu est prometteur, à condition de ne pas s’y aventurer à l’aveugle.
Ce guide structuré s’appuie sur les données récentes du marché balinais et le cadre légal indonésien pour expliquer comment investir dans l’immobilier à Ubud et sur les hauts plateaux balinais en respectant la réglementation.
Pourquoi Ubud et les hauts plateaux balinais intéressent les investisseurs
Ubud est aujourd’hui l’un des marchés les plus singuliers et les plus résilients de Bali. Contrairement aux zones purement balnéaires, la demande y repose moins sur le tourisme de plage à court séjour que sur trois piliers complémentaires : le bien‑être, le long séjour et la résidence semi‑permanente.
Les visiteurs orientés bien‑être, spiritualité et nature ont tendance à rester plus longtemps et privilégient les zones calmes. Ubud capte précisément ce public, avec un taux d’occupation annuel qui dépasse régulièrement 75 % pour les villas bien positionnées, et qui monte même au‑dessus de 80 % dans certains secteurs comme Pejeng ou Tampaksiring. Ces voyageurs acceptent aussi des tarifs nocturnes plus élevés pour bénéficier d’un environnement “sanctuaire”, ce qui soutient les rendements.
Les hauts plateaux autour d’Ubud — Sayan, Pejeng, Tampaksiring, Tegallalang ou les zones rurales vers le nord — prolongent ce modèle avec davantage de foncier disponible, des paysages spectaculaires de rizières ou de jungle, et une densité bâtie plus faible. Ce cadre attire les digital nomads en location de 1 à 3 ans, les retraites yoga ou detox, et les familles expatriées cherchant calme et espace.
Dans ce contexte, Ubud est souvent décrit comme un marché “défensif” à l’échelle de Bali : la croissance des prix est soutenue (environ +30 % entre 2022 et 2026), mais moins explosive que celle de certains spots ultra‑tendance du sud, et les rendements locatifs montrent une remarquable stabilité. Pour un investisseur étranger qui cherche un couple rendement/sécurité plutôt qu’un pari spéculatif, c’est une combinaison rare.
Comprendre les chiffres : prix, loyers, rendements
Pour se repérer, il faut d’abord situer Ubud par rapport aux autres pôles de Bali, tant en prix qu’en performance locative.
En termes de valeurs de transaction, le marché balinais dans son ensemble affiche un prix médian avoisinant 4,7 milliards de roupies (environ 258 000 USD), pour un prix moyen d’environ 33 millions IDR/m². Ubud se situe nettement en dessous des zones prime de la côte sud, tout en restant au‑dessus des régions encore émergentes de l’ouest.
Sur les villas en leasehold (bail), Ubud et ses environs offrent un ticket d’entrée particulièrement accessible pour les deux chambres, le produit star du marché balinais. Sur des baux de 25 ans, les fourchettes constatées sont les suivantes :
| Segment | Localisation | Type / surface | Fourchette de prix (USD) | Observations |
|---|---|---|---|---|
| Villa 2 ch. leasehold | Ubud & alentours | Jungle / rizières | 120 000 – 220 000 | 25 ans de bail typiques |
| Villa 3 ch. leasehold | Ubud & alentours | Vue nature | 200 000 – 380 000 | Idéales pour retraites et familles |
| Retraite bien‑être multi‑unités | Ubud | Terrain ≥ 2 000 m² | 400 000 – 900 000 | Produits “resort boutique” |
Le contraste avec les zones plus mûres du sud est net : à Canggu/Berawa, une simple villa de 2 chambres en leasehold de 25 ans sur 200–300 m² se traite entre 220 000 et 350 000 USD, et la barre du million est fréquente pour les propriétés premium. À Uluwatu et Seminyak, les villas premium peuvent grimper jusqu’à 1,2 million de dollars, et les produits cliff‑top dépasser les 5 millions.
Les prix du foncier libre autour d’Ubud augmentent de 200 dollars par mètre carré à mesure que l’on se rapproche du centre.
| Zone | Type de droit | Prix au “are” (100 m²) | Profil de marché |
|---|---|---|---|
| Tampaksiring / Tegallalang | Freehold | 250 – 500 M IDR | Haut potentiel, encore abordable |
| Pejeng / Sayan | Freehold | 600 – 900 M IDR | Fort intérêt pour villas vue jungle |
| Ubud centre (prime) | Freehold | 1,5 – 2,5 Mds IDR | Rare, très recherché, offre limitée |
Là où Ubud se distingue vraiment, c’est sur la performance locative des villas bien gérées. Pour une 2 chambres en leasehold dans des micro‑secteurs prisés comme Penestanan ou la zone de Bisma, les données convergent :
Synthèse des principaux ratios financiers pour un investissement locatif meublé, basée sur les données du marché.
Entre 210 et 240 USD, avec un pic de référence à 220 USD.
Taux d’occupation réaliste de 70 % sur l’année pour une gestion professionnelle.
Recettes brutes annuelles situées entre 45 000 et 65 000 USD.
Rendement net après frais de gestion et charges d’exploitation, généralement compris entre 9 % et 12 %.
On peut résumer une configuration type pour ce profil d’actif :
| Paramètre | 2 ch. Ubud (Penestanan / Bisma) | Hypothèse réaliste 2026 |
|---|---|---|
| Investissement initial | 200 000 – 250 000 USD (leasehold 25 ans) | Hors frais de transaction |
| Tarif moyen | ~220 USD / nuit | Ajusté selon saison |
| Taux d’occupation | ~70 % | Avec gestionnaire performant |
| Revenu brut annuel | 45 000 – 65 000 USD | Selon positionnement et design |
| Coûts d’exploitation | 13 000 – 16 000 USD | Utilités, maintenance, staff |
| Frais OTA | 15 – 17 % du CA | Booking, Airbnb, etc. |
| Gestion locative | 18 – 22 % du CA | Full service management |
| Revenu net | ~20 000 – 24 000 USD | Après tous frais |
| Rendement net | 9 – 12 % | Avant fiscalité du pays de résidence |
À l’échelle de Bali, les villas bien opérées dans de bons micro‑emplacements délivrent en moyenne 7–12 % de rendement net, avec parfois 18–20 % pour des produits exceptionnels à Canggu ou Uluwatu. Ubud se situe dans le haut de cette fourchette en termes de stabilité, moins en termes de pics spéculatifs.
À qui s’adresse ce marché : nomades digitaux, retraites et long séjour
Le virage du marché balinais depuis la pandémie est net : la demande se déplace progressivement des séjours courts vers des formules de long séjour, soutenues par la montée du travail à distance et de visas spécifiques comme le e‑visa pour travailleurs à distance (E33G) ou le visa “Second Home” valable jusqu’à 10 ans.
Les nomades digitaux représentent environ 20% de la demande de location longue durée à Bali. Ils recherchent des villas meublées avec internet fiable, espace de travail et contrats de 1 à 3 ans. Leurs quartiers favoris sont Ubud, Pererenan et Canggu, avec un avantage pour Ubud pour ceux qui fuient l’agitation des plages.
Les visiteurs orientés bien‑être et spiritualité, eux, restent souvent plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Ubud concentre retraites de yoga, centres de méditation, complexes detox, ce qui crée une demande structurelle pour des villas ou petits resorts pouvant accueillir des groupes, avec des espaces partagés (shala, piscine, zones de restauration) et des vues nature spectaculaires.
Cette clientèle se traduit par plusieurs tendances fortes pour un investisseur :
Privilégiez les villas de 2 à 3 chambres avec espace home‑office, très demandées. Misez sur des certifications écologiques pour facturer 20 à 30 % plus cher et obtenir des taux d’occupation supérieurs de plus de 20 % à la moyenne. À Ubud, la saisonnalité réduite garantit des revenus stables toute l’année.
Pour un étranger qui envisage d’alterner usage personnel et location (modèle “lifestyle + rendement”), c’est un cadre particulièrement confortable : la probabilité de remplir les semaines non utilisées reste élevée, tant que le produit est bien positionné et correctement géré.
Les règles du jeu pour un étranger : ce que l’on peut posséder… et ce qui est interdit
L’une des spécificités majeures du marché balinais est juridique : les étrangers ne peuvent tout simplement pas détenir de propriété foncière en pleine propriété (Hak Milik) en leur nom. C’est un principe ancré dans la Loi agraire de 1960, renforcé ces dernières années, et désormais associé à des sanctions pénales via une nouvelle réglementation régionale.
Pour investir à Ubud ou sur les hauts plateaux balinais en restant dans la légalité, plusieurs structures sont donc possibles, chacune avec ses avantages, contraintes et tickets d’entrée.
Le leasehold (Hak Sewa) : le plus simple et le plus utilisé
Le leasehold, ou droit de bail (Hak Sewa), est la voie la plus courante pour un investisseur individuel. Il s’agit d’un contrat de location de longue durée passé avec le propriétaire indonésien du terrain (généralement un titulaire de Hak Milik).
Les caractéristiques les plus fréquentes sont les suivantes :
– Durée initiale de 25 à 30 ans pour les villas gérées en location saisonnière.
– Possibilité de prolongation, souvent via une ou deux options supplémentaires de 20 à 25 ans, ce qui permet d’atteindre 50–75 ans au total.
– Paiement de la prime de bail en une fois, à la signature de l’acte notarié.
– Droit d’utiliser le terrain et les constructions pendant toute la durée du bail, avec liberté d’exploitation touristique si le zonage l’autorise.
– Reversion du bien au propriétaire local à l’expiration du bail, sauf accord de prolongation.
Le leasehold présente plusieurs atouts pour un étranger :
– Aucun capital minimum imposé par la loi.
– Aucun besoin de créer de société ni de trouver un associé local.
– Documentation relativement simple, sous la forme d’un contrat de bail notarialisé.
– Fiscalité généralement plus légère qu’en freehold.
– Localisation souvent en zones touristiques légales (Pink ou mixtes), idéales pour la location courte durée.
En contrepartie, un bail arrivant à échéance perd progressivement de la valeur à la revente, surtout une fois passée la barre des 20 ans restants. Il faut donc intégrer, dès le départ, les conditions d’extension (prix, indexation ou montant fixe) dans la négociation.
Le Hak Pakai : un droit de jouissance enregistré au nom de l’étranger
Pour les étrangers disposant d’un titre de séjour en Indonésie (KITAS ou KITAP), la loi permet de détenir directement un droit de jouissance enregistré, le Hak Pakai, sur un bien résidentiel. Ce droit, plus solide qu’un simple bail, est inscrit au registre foncier et peut avoir une durée totale approchant 80 ans (30 ans initiaux, prolongés de 20 ans, puis renouvelables de 30 ans).
Le prix minimum d’une maison individuelle à Bali pour pouvoir enregistrer un Hak Pakai à son nom est de 5 milliards IDR.
Le Hak Pakai est la solution privilégiée pour des budgets déjà assez conséquents, souvent supérieurs à 300 000 USD dans les secteurs attractifs d’Ubud ou de ses environs, et pour des profils qui envisagent de résider plusieurs mois par an en Indonésie.
Le PT PMA : la société d’investissement qui détient le foncier
Pour des projets plus ambitieux — portefeuilles de villas, resort de bien‑être, parc immobilier à long terme — la structure reine est le PT PMA (société à capital étranger). Ce véhicule peut détenir un droit de construire (Hak Guna Bangunan, HGB) ou un Hak Pakai, avec une durée totale comparable à celle du Hak Pakai individuel (jusqu’à 80 ans).
Le cadre a été assoupli au niveau national : la plupart des secteurs sont désormais ouverts à 100 % de capital étranger, y compris l’immobilier via un PT PMA consacré à l’hébergement touristique ou à la location. Mais le ticket d’entrée est, lui, strictement encadré :
– Investissement total minimal de 10 milliards IDR par activité et par site (le prix du terrain et des constructions entre dans ce calcul).
– Capital libéré minimal de 2,5 milliards IDR à verser dans la société.
– Nécessité d’une activité économique réelle, avec déclarations fiscales, licences d’exploitation, etc.
Pour un projet de retraite bien-être de plusieurs villas sur plus de 2 000 m² à Ubud, cette voie est incontournable. Elle permet de sécuriser la détention foncière, et de développer, exploiter et revendre l’actif avec une vision à long terme.
Ce qui est désormais interdit : les “nominees”
Pendant des années, de nombreux investisseurs étrangers ont eu recours à des “nominees” : un Indonésien de confiance, en apparence propriétaire de la parcelle en Hak Milik, signait en coulisse une série de procurations et d’accords pour garantir l’usage et la revente au bénéfice de l’étranger. Juridiquement, ce montage est nul depuis 1960, mais la pratique a subsisté, avec une tolérance de fait et des risques considérables.
Les autorités balinaises ont décidé d’y mettre fin frontalement. Un nouveau règlement régional adopté en 2026 interdit explicitement ces montages de prête‑nom et ajoute, pour la première fois, un volet pénal. Non seulement le contrat de base est nul, mais les deux parties (étranger et “nominee”), ainsi que les intermédiaires, peuvent être poursuivis.
Pour un investisseur sérieux à Ubud ou sur les hauts plateaux, la conclusion est sans ambiguïté : mieux vaut renoncer à un deal, même très attractif, que de s’exposer à la perte totale de l’actif et à des poursuites pénales. Les seules voies durables sont le leasehold, le Hak Pakai ou le PT PMA.
Zoning et protection des paysages : un enjeu majeur sur les hauts plateaux
À Ubud et dans les zones de montagne, la question du zonage est encore plus cruciale que sur la côte. Les cartes officielles de planification spatiale découpent chaque hectare en plusieurs catégories (tourisme, résidentiel, agricole, conservation, mixte), avec des règles strictes sur ce qu’il est possible de construire, d’exploiter et de louer.
Les grandes catégories à connaître sont les suivantes :
| Couleur (schéma courant) | Usage principal | Particularités à Ubud et hauts plateaux |
|---|---|---|
| Rose (tourisme) | Hôtels, resorts, villas touristiques, restos | Corridors touristiques sélectionnés autour d’Ubud, indispensable pour la location courte durée légale |
| Jaune (résidentiel) | Maisons, villas privées | Location touristique limitée, possible si requalification ou permis adaptés |
| Vert (agricole) | Rizières, plantations | Construction résidentielle ou touristique en principe interdite, forte protection à Ubud et dans les hautes terres |
| Vert foncé / brun (conservation) | Zones sacrées, forêts, rivières | Interdiction quasi totale de construire, risques de démolition en cas d’infraction |
| Orange (mixte) | Résidentiel + commerce | Axes routiers, shophouses, cafés, petites résidences |
Dans et autour d’Ubud, une part très importante des rizières et des paysages de montagne est classée en zone verte ou de conservation. Le but est double : préserver le système traditionnel d’irrigation (subak) et protéger les sites sacrés, les temples et les zones naturelles sensibles (rivières, gorges, forêts).
Cela se traduit pour un investisseur par plusieurs conséquences concrètes.
– Acheter un terrain ou une villa érigée illégalement sur une zone verte expose à des sanctions allant jusqu’à la démolition et des amendes lourdes.
– Le gouvernement provincial a annoncé une politique de tolérance zéro sur la conversion des terres agricoles productives en hébergements touristiques, précisément après les inondations et glissements de terrain récents.
– De nouvelles règles de recul imposent des distances minimales vis‑à‑vis des rivières (jusqu’à 50 m pour les berges non protégées et 100 m en zone de marée), des plages (100 m à partir de la ligne de marée haute) et des temples (périmètres d’exclusion variables selon le type de temple).
À Ubud et dans les hauts plateaux, des terrains au panorama idyllique sont inconstructibles légalement. Bien que des constructions illégales aient été tolérées par le passé, les nouvelles régulations et la pression publique renforcent désormais les contrôles.
En contrepartie, cette discipline du zonage constitue un puissant moteur de valorisation pour les actifs déjà conformes : les villas et resorts disposant d’un permis complet en zone touristique ou résidentielle admise bénéficient d’une “prime de légalité”, se louent plus cher, se revendent mieux, et souffriront moins des futurs tours de vis réglementaires.
Ubud : un marché défensif dans un Bali en surchauffe
À l’échelle de Bali, les indicateurs montrent un marché dans une phase de grande activité, parfois à la limite de la surchauffe. La fréquentation internationale a dépassé les niveaux pré‑Covid, avec près de 7 millions de visiteurs étrangers et une croissance à deux chiffres sur les années récentes. Les villas représentent l’un des grands gagnants de cette reprise, avec une demande qui a bondi de plus de 20 % en 2024, portée notamment par les Australiens, les Indiens et les marchés de la CEI.
Le stock de villas dans certains corridors est estimé 20 à 30 % au-dessus de son niveau pré-Covid, ce qui entraîne des tensions croissantes sur l’île.
– Risques de surdéveloppement sur certaines zones (Canggu, Bukit, etc.).
– Projets immobiliers “gris” juridiquement, sans zonage clair ni permis touristique.
– Pression sur les rizières et les paysages naturels, avec une flambée des loyers pour les locaux.
Le gouvernement indonésien et les autorités balinaises ont réagi, en particulier par un projet de moratoire de deux ans sur les nouvelles constructions d’hébergements touristiques dans plusieurs régences (Badung, Gianyar, Denpasar, Tabanan), et par le renforcement des contrôles sur les hébergements non déclarés.
Dans ce contexte agité, Ubud joue un rôle à part. Le marché y a connu une hausse significative des prix (environ +30 % entre 2022 et 2026), mais sans la volatilité de certaines zones de plage. La demande y est soutenue par un socle plus stable : retraites, séjours bien‑être, nomades digitaux, familles en installation semi‑permanente.
Analyse du marché immobilier à Ubud
Les perspectives de croissance combinent ainsi :
– Appréciation du foncier, en particulier dans les zones périphériques comme Tampaksiring ou Tegallalang, où les hausses annuelles de 15–20 % ont été constatées depuis 2022.
– Rendements locatifs nets durables, dans la fourchette 8–12 %, voire davantage pour des projets éco‑dessinés.
– Bénéfice potentiel du “choc de rareté” lié au durcissement des moratoires et des interdictions de construction sur terres productives, qui limitera l’émergence de nouveaux concurrents directs.
Pour un investisseur étranger, Ubud et ses hauts plateaux constituent donc une sorte de refuge au sein d’un Bali très dynamique, mais soumis à des tensions de plus en plus fortes entre tourisme de masse et protection de l’île.
Les risques spécifiques : droit, environnement, marché
L’attractivité des rendements ne doit pas occulter les risques, d’autant que certains sont propres à Bali et prennent, à Ubud, une dimension particulière.
Sur le plan juridique, la combinaison d’un cadre légal complexe et d’une pratique encore très informelle peut piéger les investisseurs mal conseillés. Les écueils classiques sont nombreux : titres fonciers mal enregistrés, double certificats, baux signés par des héritiers non autorisés, absence de PBG (permis de construire) ou de SLF (certificat de conformité), licences touristiques manquantes pour des villas exploitées en Airbnb, ou encore recours à des nominees désormais pénalisés.
Sur les hauts plateaux balinais, les risques de glissements de terrain, d’érosion de berges, d’inondations soudaines et d’effets sismiques doivent être anticipés lors du choix du terrain. Les autorités exigent des études d’impact (AMDAL) ou des engagements (UKL-UPL, SPPL) pour la gestion des eaux, déchets et nuisances.
Enfin, sur le plan purement économique, même un marché réputé défensif comme Ubud peut voir ses performances fluctuer. Une saturation temporaire de l’offre de villas génériques (par exemple, 4–6 chambres sans identité forte) ou une gestion locative médiocre peuvent faire chuter rendement et taux d’occupation. À l’inverse, les villas conçues avec soin — design apaisant, vues dégagées, storytelling clair (bien‑être, déconnexion, créativité) — maintiennent beaucoup mieux leurs tarifs et leur taux de remplissage.
La clef, pour un investisseur étranger, sera donc d’aborder Ubud et ses hauts plateaux non pas comme un eldorado sans règles, mais comme un marché mûr où la qualité de la conception, de la conformité légale et de la gestion opérationnelle prime désormais sur le simple “emplacement, emplacement, emplacement”.
Observateur du marché immobilier balinais
Stratégies d’investissement adaptées à Ubud et aux hauts plateaux
Face à ce paysage réglementaire et économique, plusieurs stratégies se dégagent pour un étranger qui souhaite investir spécifiquement dans cette partie de Bali.
Une première approche consiste à viser des villas de taille moyenne, en leasehold, positionnées sur des micro‑marchés au fort contenu paysager (vue rizières ou jungle, proximité raisonnable du centre). Penestanan, Sayan, Pejeng ou les abords de Tampaksiring offrent ce type de combinaison : terrain encore accessible, environnement visuel fort, accès à la clientèle bien‑être, possibilité de louer aussi bien à la nuit qu’au mois. Dans ce cas, la priorité stratégique sera de sécuriser la légalité (zonage, PBG, licence touristique le cas échéant) et de confier l’exploitation à un gestionnaire aguerri, capable de maintenir un taux d’occupation voisin de 70 % et des tarifs nocturnes soutenus.
Pour les grands projets (≥ 2 000 m²) avec plusieurs unités autonomes, la structure PT PMA est indispensable pour acquérir un droit de construire pérenne, structurer le business (licences, personnel, fiscalité) et permettre une revente. Ubud et les hauts plateaux offrent une demande locale déjà axée bien-être.
Une troisième voie, davantage patrimoniale, consiste à viser la détention directe par Hak Pakai pour un bien résidentiel destiné d’abord à l’usage personnel, avec une composante locative secondaire. À Ubud, cette stratégie séduit des expatriés ou des couples souhaitant y passer plusieurs mois par an, tout en couvrant une partie des coûts grâce à la location saisonnière lorsque la villa est inoccupée. Le seuil de prix minimum pour un Hak Pakai en maison (5 milliards IDR) oriente toutefois ce type de projet vers des biens de gamme moyenne à supérieure.
Avant toute signature, un travail juridique et technique rigoureux est indispensable. Cela inclut la vérification du titre foncier auprès de la BPN, la consultation des cartes de zonage officielles, l’examen des permis déjà obtenus, une discussion avec le desa adat local pour confirmer l’acceptation coutumière du projet, et l’assistance d’un notaire/PPAT ainsi que d’un avocat indépendants du vendeur.
Vers un nouveau cycle : Ubud, un pivot entre rendement et durabilité
Tout indique que Bali entre dans un nouveau cycle : celui d’une régulation plus serrée, centrée sur la protection de l’environnement et la lutte contre les structures opaques, alors même que les flux d’investissements étrangers continuent de chercher des rendements à deux chiffres, notamment sur les villas.
La demande pour les retraites et longs séjours à Ubud reste forte, portée par les visas favorables et le télétravail. Cependant, la préservation des paysages emblématiques (rizières, vallées, temples) impose des restrictions croissantes aux nouveaux développements.
Pour un investisseur étranger pragmatique, cela signifie deux choses. D’abord, la fenêtre pour entrer sur ce marché dans de bonnes conditions juridiques se referme progressivement, à mesure que les moratoires et les interdictions de conversion de terres productives s’étendent. Ensuite, les actifs déjà en conformité — notamment les villas et projets en zones touristiques ou résidentielles autorisées, avec permis complets et historique limpide — devraient bénéficier d’une rareté croissante, qui soutiendra autant leurs rendements locatifs que leur valeur à la revente.
L’avantage compétitif réside dans la maîtrise complète de la chaîne : choix du montage juridique (leasehold, Hak Pakai, PT PMA), sélection du terrain ou de la villa, validation du zonage, respect des contraintes culturelles et environnementales, et gestion locative professionnelle pour un public averti.
Ubud et les hauts plateaux balinais resteront alors, pour les années à venir, l’un des rares segments de Bali capables de concilier rendement, pérennité et sens — à condition d’y entrer avec une boussole juridique fiable plutôt qu’avec des promesses de raccourcis.
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