Les projets de développement urbain à venir en Ouzbékistan

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

L’urbanisation accélérée de l’Ouzbékistan est en train de redessiner la carte du pays. Entre nouvelles villes, modernisation des réseaux de transport, mise à niveau des centres historiques et virage assumé vers la construction « verte », le territoire se transforme à grande vitesse. Cette mutation ne se limite pas à la capitale : des villes secondaires comme Khiva, Namangan, Andijan, Djizzak ou Bukhara deviennent des laboratoires à ciel ouvert de la nouvelle politique urbaine.

Bon à savoir :

La transformation des villes ouzbèkes vise à en faire des moteurs de croissance économique. Elles doivent absorber une population en augmentation rapide, tout en restant habitables, attractives pour les investisseurs et alignées avec les engagements climatiques du pays.

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Un tournant national vers la ville, le tourisme et la « green economy »

La stratégie nationale fixe le cadre : l’Ouzbékistan veut à la fois augmenter la part de la population urbaine, faire des services un pilier de l’économie et réduire l’empreinte carbone de sa croissance. La population, déjà passée d’environ 30,7 millions en 2015 à 36,3 millions à mi‑2024, pourrait atteindre 41 millions d’habitants d’ici 2030. Le gouvernement prévoit que 60 % des habitants vivront en ville à cet horizon.

Cette transition se joue sur plusieurs tableaux simultanément : le tourisme, les services urbains, l’efficacité énergétique, mais aussi l’aménagement de nouvelles centralités pour éviter que Tashkent ne sature complètement.

Pour mesurer l’ambition, il suffit de regarder quelques grands objectifs structurants.

Des objectifs économiques et touristiques très offensifs

L’État veut hisser les recettes de services touristiques à 20 milliards de dollars d’ici 2030, tout en portant la valeur globale du secteur des services à 100 milliards de dollars à l’horizon 2026 (contre 82 milliards lors de l’année de référence mentionnée dans les données). Le pays compte doubler le nombre de visiteurs étrangers en cinq ans et lancer 3 500 nouveaux projets de services pour un investissement total de 4 milliards de dollars.

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Montant en milliards de soums de crédits publics mobilisés pour soutenir le développement du secteur touristique.

On peut résumer ainsi quelques cibles nationales majeures :

Objectif nationalValeur / horizonSecteur concerné
Recettes touristiques annuelles20 Mds USD d’ici 2030Tourisme
Valeur du secteur des services100 Mds USD en 2026Services urbains / économie
Nombre de nouveaux projets de services3 500 projets pour 4 Mds USDServices, tourisme, commerce
Crédits dédiés aux services85 000 Mds soumsFinancement
Terrains pour projets touristiques5 000 ha d’ici 2028Aménagement / tourisme

Le tourisme, loin de se limiter à quelques monuments ou circuits classiques, irrigue désormais la planification urbaine elle-même : quartiers entiers sont repensés autour de complexes hôteliers, de centres de congrès, de parcs ethnographiques ou de corridors patrimoniaux intégrés dans le tissu contemporain.

Une stratégie urbaine résolument verte

En parallèle, l’Ouzbékistan s’est doté d’une « Green Economy Strategy » pour 2019‑2030. Elle prévoit notamment de doubler l’efficacité énergétique et de réduire l’intensité carbone du PIB de 10 % par rapport à 2010, avec un engagement plus global de baisse de 35 % des émissions de gaz à effet de serre par unité de PIB d’ici 2030 dans le cadre de l’Accord de Paris.

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Pourcentage d’augmentation des espaces verts urbains visé par l’initiative ‘Yashil Makon’ d’ici 2030.

Ce virage écologique se traduit très concrètement dans les projets urbains à Tashkent, dans les nouveaux quartiers résidentiels en région, mais aussi dans les grandes opérations touristiques comme à Samarkand ou Bukhara.

Tashkent et « New Tashkent » : laboratoire géant de la nouvelle ville ouzbèke

Au centre de cette recomposition se trouve la capitale. Tashkent fait l’objet d’un double mouvement : densification maîtrisée et modernisation au sein de l’agglomération existante, et construction, à l’est, d’une véritable nouvelle ville jumelle : New Tashkent.

Un plan directeur jusqu’en 2045 pour maîtriser la croissance de la capitale

Le plan directeur de Tashkent, enfin approuvé fin 2024 après des années de reports, fixe la trajectoire de développement de la ville jusqu’en 2045. Il repose sur une idée simple : organiser l’expansion plutôt que la subir.

La ville, qui compte déjà plus de 3 millions d’habitants, pourrait atteindre 7,5 millions d’ici 2045. Pour absorber ce choc démographique, une grille de lecture en trois grands types de zones a été adoptée : conservation, reconstruction et rénovation.

Attention :

Dans les zones de conservation, toute nouvelle construction est interdite pour préserver le patrimoine bâti et naturel. Les secteurs de reconstruction autorisent une densification sous réserve de respecter les paramètres du plan d’urbanisme. Les zones de rénovation, couvrant d’anciens quartiers ou des friches, sont destinées à une transformation profonde avec de nouvelles constructions et infrastructures.

Plus de 300 sites de rénovation ont été identifiés, dont 65 doivent être traités en priorité dans une première phase couvrant 2025‑2026. L’idée n’est pas seulement d’augmenter l’offre de logements, mais aussi de verdir la ville, alors que la température moyenne à Tashkent a déjà augmenté d’un degré au cours des dix dernières années.

L’effort de végétalisation est massif : la ville et ses environs doivent passer d’environ 7 100 hectares d’espaces verts à 25 000 hectares, avec un « anneau vert » de 15 000 hectares ceinturant l’agglomération et cinq grandes artères paysagères aménagées le long des canaux. La surface verte par habitant doit doubler, passant de 3 m² à entre 6 et 8 m².

Transport : métro, rail et bus au cœur de la ville de demain

Autre pilier du plan : le transport. Tashkent a vu le nombre de voitures doubler en dix ans (de 250 000 à plus de 500 000 véhicules), alors que seulement un tiers de la population utilise aujourd’hui les transports collectifs. Pour éviter l’asphyxie, la ville joue la carte du rail et des bus rapides.

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Le métro de Tachkent est passé de 38 km en 2017 à plus de 71 km en 2024, doublant presque sa taille.

Ces prolongements s’ajoutent à la poursuite des travaux sur la ligne circulaire surélevée (52,1 km et 35 stations prévues) et à l’extension de la branche de Sergeli. Les intervalles de passage se resserrent progressivement sur les lignes existantes, tandis que la flotte de trains est renouvelée à marche forcée.

Au‑delà du métro, une nouvelle ligne ferroviaire électrifiée reliera Baytkurgan à Parkent sur près de 24 km, avec ponts, viaducs, tunnel et passages à niveau modernisés. Elle devrait transporter jusqu’à 275 000 passagers par jour et s’inscrire dans la logique de développement d’une « éco‑ville » résidentielle le long du cours d’eau Parkentsoy.

Stratégie de Déplacements de Surface

Plan d’action pour améliorer les transports publics et la mobilité urbaine, visant à atteindre 60% d’utilisation des transports en commun.

Voies Réservées

Création de 100 km de voies dédiées aux bus et trams rapides pour fluidifier le trafic.

Pôles d’Échanges Multimodaux

Construction de 28 pôles facilitant les correspondances entre différents modes de transport.

Parkings Relais

Implantation de 27 parkings aux entrées de ville pour encourager l’intermodalité.

Stationnement en Centre-Ville

Instauration de parkings payants en centre-ville pour réguler la circulation.

Les études montrent le potentiel de ces réorganisations : l’optimisation de 24 carrefours majeurs pourrait, à elle seule, réduire de 71 % le nombre d’arrêts, de 48 % le temps d’arrêt, de 64 % les congestions et de 34 % la consommation de carburant sur ces axes.

Tashkent devient aussi une ville intelligente

Côté gestion des flux, Tashkent se projette résolument dans l’ère de la ville intelligente. Un mémorandum signé avec Huawei prévoit le déploiement d’un système de transport intelligent : caméras, analyse vidéo, reconnaissance d’image, collecte de données en temps réel pour ajuster les fréquences, surveiller les infractions ou optimiser les itinéraires. L’objectif est de passer d’une exploitation basée sur le simple planning à une gestion pilotée par la donnée.

Dans le même esprit, le projet « Digital Uzbekistan – 2030 » et la création d’un centre international de technologies numériques « Enterprise Uzbekistan » sous droit anglais indiquent la volonté d’attirer des acteurs de la tech mondiale. Les data centers durables de Data Volt (plus de 4,6 milliards d’euros d’investissement prévus entre Tashkent, Bukhara et New Tashkent) complètent cette orientation, avec des infrastructures dimensionnées pour les charges de calcul liées à l’intelligence artificielle, alimentées par un mix solaire‑éolien‑batteries.

New Tashkent : une nouvelle capitale administrative verte et connectée

Le projet emblématique de la nouvelle phase urbaine ouzbèke reste toutefois New Tashkent, désignée aussi sous le nom de « Yangi Toshkent ». Il ne s’agit pas seulement d’un nouveau quartier, mais d’une véritable ville jumelle destinée à accueillir, à terme, l’essentiel des ministères et des grandes administrations.

Une ville de 20 000 hectares entre deux rivières

New Tashkent s’étend sur quelque 20 000 hectares de terres agricoles situées à l’est de la capitale actuelle, entre les rivières Chirchiq et Korasuv. Ce territoire, détaché des districts de Yukorichirchik et Urtachirchik, est devenu le 13e district administratif de la capitale.

L’ambition démographique varie selon les sources officielles : certaines évoquent un million d’habitants, d’autres jusqu’à deux millions à terme. La première phase, dont les travaux de terrassement sont déjà en cours sur 6 000 hectares, est conçue pour 600 000 résidents. À terme, la ville pourrait accueillir 2,5 millions de personnes supplémentaires par rapport à la métropole actuelle.

Bon à savoir :

Le plan, élaboré par Cross Works avec l’expertise de Buro Happold, vise à transformer Tashkent en une agglomération cohérente et polycentrique d’ici 2045. Il prévoit l’intégration de l’ancienne et de la nouvelle ville autour de plusieurs pôles d’attraction : un quartier gouvernemental, un centre d’affaires, un district commercial, une zone aéroportuaire, ainsi que des pôles universitaires et culturels.

Une capitale administrative allégée, un vieux centre tourné vers le tourisme

Le président Shavkat Mirziyoyev a annoncé son intention de transférer l’ensemble des organes exécutifs – ministères et grandes agences – à New Tashkent. Un Conseil de coordination dirigé par le Premier ministre Abdulla Aripov est notamment chargé de piloter cette relocalisation, avec un calendrier qui s’étend jusqu’aux environs de 2050 pour le déménagement complet.

Les bâtiments gouvernementaux de l’ancienne capitale ne seront pas abandonnés pour autant : ils doivent être reconvertis en hôtels, centres commerciaux, bureaux et équipements de services. L’objectif est clair : transformer le cœur historique de Tashkent en un hub touristique et d’affaires, tandis que la nouvelle ville deviendra une capitale administrative et technologique plus ordonnée.

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La vente aux enchères de 24 lots commerciaux à New Tashkent a généré des contrats d’investissement d’une valeur de 1,72 milliard d’euros.

Une « ville de 15 minutes » verte, intelligente et hautement connectée

Sur le terrain, New Tashkent est pensée comme une vitrine de la ville durable. Le plan adopte le modèle de la « ville du quart d’heure », où l’essentiel des services (écoles, commerces, santé, loisirs) doit être accessible à pied ou à vélo en un quart d’heure. Le maillage privilégie les corridors piétons et cyclables aux grands axes routiers, avec une priorité donnée aux modes doux et aux transports en commun.

Au moins 20 % de la surface de la nouvelle ville sera dévolue aux espaces verts, avec un immense parc central de 420 hectares, des canaux et lacs artificiels, et un important programme de plantation (environ 200 000 arbres). La rivière Chirchiq, qui irrigue aujourd’hui des terres agricoles, doit devenir un véritable atout paysager, aménagée en berges accessibles et intégrée à l’espace public.

Bon à savoir :

Les projets de construction suivent les standards internationaux (LEED, BREEAM, EDGE) et intègrent toitures végétalisées, gestion des eaux pluviales, efficacité énergétique et matériaux bas carbone. L’urbanisme est régulé par un « Tashkent Code » spécifique, et une plateforme de jumeau numérique permet de simuler et d’optimiser en temps réel le fonctionnement de la ville.

Pour l’énergie, la ville s’appuie sur un bouquet articulé autour de centrales solaires (dont une ferme de 400 MW en construction, complétée par 100 MW supplémentaires au sein de la ville), d’un développement de l’éolien et d’une unité de tri‑génération valorisant les déchets pour produire chaleur et électricité. L’amélioration de 20 % de l’efficacité énergétique des bâtiments pourrait, à elle seule, économiser plus de 900 millions de kWh par an.

Le réseau de transport intégré prévoit une nouvelle ligne de métro de 21 km reliant New Tashkent à la capitale, complétée par le retour de lignes de tramway sur site propre et huit hubs multimodaux pour articuler métro, bus, taxis et mobilités douces. Une grande « île culturelle » à l’intersection de canaux doit servir de place centrale vivante, entourée d’un quartier résidentiel majeur, « Sharq Bahori », prévu pour environ 15 000 ménages sur 95 hectares.

La ville accueillera en outre le « New Uzbekistan University » (10 000 étudiants), un stade de 55 000 places aux normes FIFA pour la Coupe du monde U20 de 2027 (co‑organisée avec l’Azerbaïdjan), ainsi qu’un centre culturel d’envergure internationale confié à Zaha Hadid Architects.

Samarkand, Bukhara, Khiva : la ville post‑soviétique se réinvente par le patrimoine

Si Tashkent et New Tashkent écrivent la partition de la modernité, d’autres villes historiques comme Samarkand, Bukhara et Khiva explorent un autre versant de la nouvelle urbanité ouzbèke : faire du patrimoine un moteur de développement, tout en tentant de ne pas le dénaturer.

Samarkand : le tourisme de congrès comme levier d’urbanisme

Samarkand est déjà en pointe avec le complexe « Silk Road Samarkand », qui s’est imposé comme un centre majeur de tourisme d’affaires (MICE) en Asie centrale. Le site, qui regroupe huit hôtels, un centre de congrès, des espaces d’exposition et un parc ethnographique baptisé « Eternal City », a accueilli plus de 150 000 visiteurs en une année de référence récente, dont 80 000 nuitées hôtelières, en forte hausse.

Le complexe a servi de décor à des événements de premier plan – Assemblée générale de la FIA, COP14 de la Convention sur les espèces migratrices, championnats sportifs – et vise à renforcer encore cette vocation, notamment avec l’accueil d’une session de l’UNESCO et la modernisation de plusieurs hôtels existants. Une centrale solaire, des panneaux photovoltaïques et des systèmes de gestion intelligente de l’énergie témoignent de la volonté d’inscrire ce développement dans une logique durable, avec des certifications internationales ISO à la clé.

Mais au‑delà de ce méga‑projet, c’est l’ensemble de la ville qui se reconfigure. Un « Samarkand Heritage Trail » de 6,6 km est en cours de mise en place pour relier à pied les principaux sites historiques (Registan, mosquée Bibi‑Khanym, nécropole de Shah‑i‑Zinda, observatoire d’Ulugh Beg, musée d’Afrosiab). Des passerelles et cheminements piétons modernes doivent fluidifier les flux, désengorger la circulation automobile autour des monuments et offrir au visiteur une expérience plus cohérente.

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C’est le nombre d’hôtels prévus pour offrir 22 000 lits dans la région d’ici 2026.

Dans ce schéma, la ville historique se retrouve au centre d’un maillage de routes touristiques thématiques (gastronomie, pèlerinage, écotourisme), appuyé sur un maillage d’infrastructures rénovées : routes (42 km refaits en une année récente), sites restaurés, réseaux techniques modernisés. La création de l’Université internationale du tourisme « Silk Road », d’un campus « smart » et d’un institut de recherche sur la civilisation de la Route de la soie montre que Samarkand se pense aussi comme un pôle de savoir dédié au tourisme.

Bukhara : concilier park ethnographique, centre administratif et patrimoine mondial

À Bukhara, autre joyau classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, la tension entre développement urbain et préservation culturelle est particulièrement forte. Le centre historique, inscrit en 1993, fait l’objet d’une série de rapports critiques de l’UNESCO sur la gestion des restaurations, l’usage de matériaux inadaptés, la dégradation des maisons traditionnelles et les risques liés à certains grands projets.

La réponse des autorités a été double. D’un côté, un cadre réglementaire beaucoup plus strict a été mis en place : moratoire sur les constructions dans le périmètre inscrit et sa zone tampon, suspension et révision d’un projet de planification détaillée (PDP), élaboration d’un plan de gestion intégré conforme à la recommandation de l’UNESCO sur le paysage urbain historique, renforcement des structures administratives (création d’une Agence pour le patrimoine culturel, d’une Inspection de protection, d’un comité scientifique consultatif local, etc.).

Exemple :

Le projet ‘Boqiy Bukhoro’ est un parc culturel-ethnographique de 32,6 hectares situé dans la zone tampon près du centre ancien de Boukhara. Il prévoit la démolition de 29 bâtiments publics (stade, administrations, écoles, etc.) pour créer une ‘ville muséifiée’ avec un grand musée ethnographique, des quartiers reconstitués typiques de l’oasis, des maisons de thé, des restaurants, des systèmes hydrauliques traditionnels, des ateliers d’artisans et quatre hôtels cinq étoiles.

Le coût est estimé à 470 millions de dollars, financés en partie par un investisseur singapourien (Enter Engineering Pte. Ltd.), pour une mise en œuvre s’étalant sur trois ans. Les travaux de démolition ont commencé début 2024, malgré des protestations locales et des appels répétés de l’UNESCO à geler le chantier tant que les évaluations d’impact patrimonial ne sont pas validées.

Parallèlement, Bukhara se dote d’un nouveau centre administratif de 46 hectares en périphérie, censé accueillir les administrations régionales et municipales, la justice, des banques, un centre commercial, une médiathèque, des équipements sportifs, une école, des parcs et cafés. Cette délocalisation vise à soulager le centre ancien du trafic et à mieux contrôler les réhabilitations dans la partie historique.

Dans le même temps, plusieurs projets de restauration majeurs – mosquée Kalon, médersas d’Abdulaziz Khan, Mir Arab, Ulugh Bek, Rashid, Amir Olimkhan, citadelle de l’Ark, bassin de Khoja Kalon – font l’objet de revues techniques d’ICOMOS. Des fonds extrabudgétaires de l’UNESCO et d’assistance internationale (environ 130 000 dollars d’aides directes et près de 74 000 dollars de fonds extrabudgétaires) soutiennent certains chantiers emblématiques, comme la médersa Abdullakhan ou le monument de Chor Minor.

À l’échelle micro‑urbaine, un projet pilote de deux ans porté par le World Monuments Fund et l’International Institute for Central Asian Studies tente, lui, de réduire le risque de dégradation des maisons traditionnelles dans les mahallas, en travaillant sur des solutions adaptées à la salinité, aux nappes phréatiques élevées et aux capacités financières limitées des habitants.

Exemple :

Un masterplan porté par la Fondation Art et Culture d’Ouzbékistan et le cabinet waiwai vise à requalifier un secteur de 2,6 hectares autour de la mosquée Magok‑i‑Attari. Le projet propose de créer des parcours piétons, de restaurer des cours et des places, d’installer des pavages inspirés des motifs du Xe siècle, et d’introduire de manière contrôlée du mobilier, de la végétation et un éclairage contemporains utilisant des matériaux traditionnels comme la brique, le plâtre et la terre cuite.

Khiva : petite ville, grandes ambitions touristiques

À l’autre bout du pays, Khiva offre un cas différent. La ville, d’environ 40 000 habitants, abrite dans sa partie intra‑muros – Itchan Kala – un extraordinaire ensemble de mosquées, médersas, minarets et palais, ceint de 2,2 km de remparts en terre crue. Ce noyau ancien, qui fut dès 1967 un « musée à ciel ouvert » à l’époque soviétique, est inscrit au patrimoine mondial depuis 1990.

Plutôt que de multiplier les grands travaux au cœur de la ville ancienne, les autorités ont choisi une stratégie de gestion touristique pilotée avec l’appui de l’UNESCO et de l’Union européenne. Un plan de gestion de destination et une stratégie de tourisme durable pour Itchan Kala et la ville de Khiva ont été élaborés, avec l’objectif de coordonner les investissements publics et privés, d’organiser les flux et de professionnaliser le marketing de la destination. Un projet a ainsi porté sur la création d’une organisation de gestion de destination (DMO), d’une marque, d’un site web et d’un programme de promotion.

Dans le même temps, les infrastructures d’accès sont en plein bouleversement. Le lancement, à partir de 2026, d’une desserte par train à grande vitesse Afrosiab reliant directement Khiva à Bukhara et Samarkand, et réduisant le temps de trajet depuis Tashkent de 15 heures à environ 7 h 40, va changer l’échelle des mobilités dans le pays. Le nouvel aéroport international d’Ourguentch, situé à 37 km, est en cours de rénovation, avec une capacité visée de trois millions de passagers par an.

En ville, une nouvelle gare a été construite à moins d’un kilomètre des remparts, assortie d’une zone commerciale. Des hôtels haut de gamme (dont un Mercure cinq étoiles), des complexes de loisirs comme Arda Khiva – avec canal navigable, amphithéâtre de 3 000 places, parc aquatique, centre commercial – ou de nouveaux établissements de restauration panoramiques complètent le tableau.

Pour une petite cité, cette intensification touristique pose de sérieuses questions de capacité et d’authenticité, mais elle illustre aussi un choix assumé : faire de Khiva un « smart city‑museum » où les outils numériques, l’interprétation patrimoniale et les services touristiques de nouvelle génération se greffent sur un tissu urbain historique remarquablement bien conservé.

Andijan, Namangan et la vallée de Ferghana : urbanisation sous tension

L’autre grand front urbain de l’Ouzbékistan se situe dans la vallée de Ferghana, région fertile mais enclavée, densément peuplée et politiquement sensible, partagée entre Ouzbékistan, Kirghizistan et Tadjikistan.

Andijan : ville industrielle dense à la recherche d’air

Andijan, ville la plus densément peuplée du pays (environ 10 000 habitants au km², pour une surface de 74 km² et près de 750 000 habitants), illustre bien les défis d’une urbanisation sous contraintes. Construite en grande partie à l’ère soviétique après un séisme dévastateur en 1902, elle est devenue un centre industriel majeur, notamment dans l’automobile et les pièces détachées (plusieurs entreprises produisent des pièces pour GM Uzbekistan), appuyée sur une agriculture irriguée très intensive (75 % des terres irriguées de la région sont consacrées au coton, dans le premier bassin pétrolier du pays).

Attention :

Les analyses urbaines révèlent un manque d’espaces verts et publics de qualité à Andijan, une ville au double visage agricole/industriel mais conçue pour la voiture. Un projet de planification sur 70 hectares propose la création d’un quartier d’affaires structuré autour d’un grand parc urbain, servant à la fois de lieu de rassemblement et de zone d’assemblée d’urgence sismique.

Dans ce contexte, la généralisation des approches de ville compacte, la réhabilitation des rives des canaux (Andijonsoy, Kara Darya) et la création de parcs à l’échelle de quartier sont des enjeux urbains tout aussi importants que la poursuite de l’industrialisation.

Namangan : future capitale régionale de l’immobilier et des services

Toujours dans la vallée de Ferghana, Namangan confirme son statut d’étoile montante. Ville d’environ 900 000 habitants, dotée d’une base industrielle solide dans le textile, la chimie et la manufacture, elle bénéficie à plein des politiques de décentralisation et de « recentrage » du développement sur les villes de région.

Bon à savoir :

La région bénéficie d’infrastructures modernes (aéroport, routes, eau, énergie) et d’une zone économique franche dynamique. Une population très jeune (plus de 60% a moins de 30 ans) stimule la demande. Les nouveaux projets immobiliers privilégient le concept de « vivre intégré », combinant logements, commerces, écoles et services pour répondre aux besoins des familles élargies.

Les autorités nationales encouragent ce mouvement, en soutenant des projets de logements subventionnés, des programmes hypothécaires favorables aux classes moyennes et populaires, et une stratégie explicite de renforcement des « villes secondaires » pour éviter une hyper‑concentration des opportunités à Tashkent.

Ferghana, Djizzak, Khiva, Yangiyer : l’intégration urbaine vue par la Banque asiatique de développement

Au‑delà de ces cas phares, des villes moyennes moins connues bénéficient aussi d’investissements structurants. Un projet d’« Integrated Urban Development » de la Banque asiatique de développement (ADB), doté de 59 millions de dollars de prêt concessionnel et 500 000 dollars de subvention technologique, cible ainsi Djizzak, Havast, Khiva et Yangiyer.

Attention :

Le projet vise à améliorer la qualité de vie en renforçant l’accès aux services de base (eau, assainissement, déchets), en soutenant une reprise économique verte et inclusive, en accélérant la transformation numérique et en renforçant la résilience climatique. Ceci est crucial dans un contexte où l’eau potable n’est disponible que 4 à 8h/jour, avec des réseaux vétustes (40-50 ans), des pertes dépassant 40% et une couverture d’assainissement très limitée (13 à 37%).

La situation en matière de déchets solides – avec une couverture de collecte allant de 41 à 91 %, sans dispositif de recyclage formel – et le manque d’espaces publics verts font de ce programme un levier de modernisation crucial. Les premiers marchés de travaux ont été attribués fin 2024, notamment pour des parcs communautaires à Havast, un centre multifonctionnel, la réhabilitation de conduites d’eau à Djizzak ou la mise en place d’un centre visiteurs à Khiva.

Vers un système urbain polycentré et résilient

En filigrane de tous ces projets, une logique commune se dessine : faire émerger, aux côtés de Tashkent et de New Tashkent, un réseau de villes fortes – Samarkand, Bukhara, Namangan, Andijan, Khiva, et d’autres – articulées par des corridors de transport modernes (autoroutes, lignes ferroviaires rapides, aéroports régionaux).

La Stratégie de développement urbain durable à 2030 évoque clairement la volonté de construire un système polycentrique où la concurrence territoriale reste encadrée, grâce à des outils de maîtrise de la croissance (zones de croissance urbaine, densification autour des transports collectifs) et à des quotas destinés à réserver au moins 10 % de la production de logements à des formules abordables. Les projections de coût d’un étalement urbain non maîtrisé – 1,2 milliard de dollars de surcoût en infrastructures dans les dix principales villes sur trente ans – renforcent la détermination des autorités à encourager des formes urbaines plus compactes.

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Pourcentage de la population qui pourrait être touchée par une crue centennale selon les études.

Les principaux indicateurs de cette réorientation peuvent être synthétisés ainsi :

Enjeu urbainSituation actuelle (ordre de grandeur)Cible / évolution visée
Part de population urbaine≈ 51 % (19,3 M sur 36 M)60 % d’ici 2030
Espaces verts à Tashkent7 120,9 ha25 000 ha (y compris ceinture verte)
Part des déplacements en transport public (Tashkent)≈ 33 %60 % (objectif plan directeur)
Consommation eau par habitant280 L/j (2018) → 389 L/j (2022)Réduction via WSD et efficacité
Bâtiments verts certifiésQuelques projets phares (Parkent Plaza, IT Park, NUR, Trilliant, musées)Diffusion des standards LEED/BREEAM/EDGE

Un urbanisme en tension permanente

Reste que la mise en œuvre de ces ambitions se joue dans un contexte parfois conflictuel. À Bukhara, le parc « Eternal Bukhara » se fait au prix de destructions massives d’architecture des années 1960‑1980, en dépit des alertes de l’UNESCO et de collectifs comme « Alerte Héritage ». À Khiva, la multiplication des hôtels et des complexes de loisirs aux abords d’Itchan Kala questionne la capacité de la ville à absorber un flux touristique en forte croissance sans perdre son âme.

Bon à savoir :

À Tachkent, la rénovation des quartiers anciens, les projets de ‘smart city’ avec des partenaires étrangers et la conversion de terres agricoles périphériques soulèvent des questions sur la conciliation entre sécurité alimentaire, justice sociale et adaptation au changement climatique.

C’est précisément là que se situe, aujourd’hui, le cœur de l’expérience urbaine ouzbèke : réussir à articuler une montée en gamme économique, un rattrapage d’infrastructures longtemps sous‑investies, un tourisme en plein essor et des exigences de durabilité environnementale et patrimoniale de plus en plus fortes. La trajectoire prise par les projets de développement urbain à venir en Ouzbékistan dira si ce pari peut être tenu.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine financier déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel en Ouzbékistan pour chercher du rendement locatif et une exposition au som ouzbek. Budget alloué : l’équivalent de 400 000 à 600 000 dollars, sans recours au crédit.

Après analyse de plusieurs marchés (Tachkent, Samarcande, Boukhara), la stratégie retenue a consisté à cibler un appartement ou une maison individuelle à Tachkent, dans un quartier en forte urbanisation, combinant un rendement locatif brut cible proche de 10 % – « plus le rendement est grand, plus le risque est important » – et un potentiel de valorisation à moyen terme, avec un ticket global (acquisition + frais + travaux légers) d’environ l’équivalent de 500 000 dollars. La mission a inclus : sélection du marché et du quartier, mise en relation avec un réseau local (agent immobilier, avocat, fiscaliste), choix de la structure la plus adaptée (propriété directe ou via société locale) et définition d’un plan de diversification dans le temps, en intégrant cet actif dans une stratégie patrimoniale globale.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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