Le marché immobilier helvétique aborde 2026 avec une configuration paradoxale : une économie en croissance modérée, des taux d’intérêt au plancher, une pénurie chronique de logements et, malgré tout, un optimisme rarement observé chez les investisseurs. La Suisse reste perçue comme une place sûre, à la fois résiliente face aux chocs externes et capable d’offrir des rendements réels positifs sur le long terme.
Le contexte actuel présente une opportunité pour les investisseurs, mais nécessite une analyse plus rigoureuse qu’il y a 10 à 15 ans. Plusieurs facteurs doivent être pris en compte : la pénurie de biens, un durcissement réglementaire, une fiscalité en évolution et une sélectivité accrue des banques. Un investissement rentable en 2026 devra être le résultat d’une stratégie réfléchie et non du hasard.
Un contexte macroéconomique et monétaire taillé pour la pierre
L’un des éléments clés pour comprendre les perspectives du marché immobilier suisse est la politique monétaire de la Banque nationale suisse (BNS). Depuis l’été 2025, le taux directeur est maintenu à 0 %, niveau confirmé lors des dernières décisions de 2025 et de début 2026. Après six baisses successives, la BNS a clairement signalé sa volonté de stabiliser sa politique, l’inflation évoluant dans le bas de sa cible, autour de 0,2 à 0,3 %.
Les crédits immobiliers à taux fixe sur cinq ans se négocient souvent autour de 1,3 à 1,5 %, un niveau historiquement bas.
Ces conditions transforment durablement l’arbitrage entre achat et location. Dans une grande partie du territoire, et particulièrement dans les marchés où les loyers ont flambé, acheter redevient financièrement plus avantageux que louer, surtout pour les ménages capables d’apporter les 20 à 25 % de fonds propres exigés par les banques. La BNS n’envisage pas un retour rapide à des taux négatifs, mais ne prépare pas non plus un cycle brutal de resserrement : 2026 s’annonce comme une année de plateau monétaire, très favorable à la pierre.
Une croissance modeste mais un marché jugé « très attractif »
Du côté de la conjoncture, la Suisse n’est pas en pleine euphorie : la croissance du PIB tourne autour de 1 %, en dessous de la moyenne historique, et l’économie a connu plusieurs années de progression modérée. Pourtant, malgré ce contexte peu flamboyant, le sentiment des grands investisseurs immobiliers est exceptionnellement positif.
des investisseurs considèrent que la Suisse restera un marché attractif ou très attractif pour l’immobilier dans les prochains mois.
Cette confiance ne repose pas sur une croissance spectaculaire, mais sur un ensemble de fondamentaux très solides : stabilité institutionnelle, sécurité juridique, monnaie forte, inflation quasi nulle et, surtout, une demande soutenue liée à la démographie et à la pénurie de logements.
Une démographie porteuse et un besoin structurel de logements
La Suisse a passé le cap symbolique des 9 millions d’habitants. La population augmente d’environ 1 % par an, essentiellement grâce à l’immigration nette, qui devrait rester autour de 75 000 à 80 000 personnes par an à court terme. À cela s’ajoute un phénomène souvent sous-estimé : l’augmentation continue de la surface habitable par personne, passée de 27 m² en 1970 à plus de 46 m² aujourd’hui.
Même avec un ralentissement démographique, la demande en logements continuera de croître. Cette pression est principalement due à l’augmentation du nombre de ménages (hausse des foyers monoparentaux et des séparations) et au vieillissement de la population. D’ici 2045, le nombre de personnes de plus de 65 ans devrait augmenter de près de 750 000, une tranche d’âge qui privilégie majoritairement le maintien à domicile plutôt qu’un hébergement en institution.
Dans ce contexte, la demande de logements ne faiblit pas. Or, l’offre, elle, ne suit absolument pas. Depuis 2018, le nombre de logements construits diminue chaque année. Les autorisations de construire pour de nouveaux logements sont tombées à un peu plus de 42 000 unités en 2022, le plus bas niveau depuis 2003, alors que l’Office fédéral du logement estime qu’il en faudrait au minimum 50 000 par an pour équilibrer le marché.
Les prévisions pour 2025–2026 annoncent une légère reprise de la construction, avec une progression estimée autour de 3 à 4 % des investissements dans le neuf. Mais même avec environ 44 000 à 45 000 nouveaux logements par an, le déficit structurel demeure : il manquerait environ 6 000 unités par an pour simplement stabiliser le taux de vacance. Cette sous-production cumulative entretient mécaniquement la tension sur les prix et les loyers.
Un marché résidentiel sous tension : loyers en hausse, vacance en baisse
L’effet le plus visible de cette pénurie est la chute spectaculaire du taux de vacance. Au niveau national, seulement 1 % du parc de logements était vacant à l’été 2025, contre plus de 1,7 % en 2020. Dans certains cantons, la situation est presque caricaturale : Genève affiche un taux de vacance d’environ 0,34 %, Schwyz et Zoug évoluent autour de 0,4 %.
Augmentation moyenne des loyers pour les nouveaux baux entre fin 2024 et fin 2025 en Suisse.
Les experts s’attendent à ce que cette dynamique se poursuive en 2026, mais à un rythme plus modéré : selon Wüest Partner, les loyers offerts pourraient encore progresser autour de 0,7 %, tandis que d’autres acteurs comme UBS ou Raiffeisen anticipent plutôt des hausses de 2 à 3 % au niveau du pays, plus marquées dans les grandes agglomérations. Pour un appartement de 2,5 pièces loué 1 800 francs, cela représente une augmentation mensuelle de 36 à 50 francs ; pour un loyer de 2 500 francs, la hausse se situerait entre 50 et 75 francs.
Aggravation pour les revenus modestes
Cette montée des loyers n’a pas le même impact pour tous. Le taux d’effort des ménages locataires – la part du revenu consacrée au logement – est passé d’environ 23 % en 2018 à près de 25 % en 2023 pour l’ensemble des locataires. Mais pour les ménages à bas revenus, la charge grimpe à près de 45 % du revenu disponible, ce qui laisse très peu de marge de manœuvre budgétaire et renforce le risque d’exclusion des centres urbains.
La difficulté d’accès au logement entraîne des changements comportementaux observables : les jeunes quittent plus tardivement le domicile familial, le recours aux colocations augmente et la mobilité résidentielle diminue. Ce phénomène contribue à un gel partiel du marché, où la perspective complexe de trouver un nouveau logement dissuade les ménages de déménager, même lorsque leur logement actuel ne correspond plus à leurs besoins.
Pour l’investisseur, cette situation renforce la sécurité locative, mais elle incite aussi à une grande prudence sur le positionnement du produit : des logements trop chers ou mal adaptés au pouvoir d’achat local peuvent rester vacants, même en période de pénurie.
Propriété du logement : la hausse des prix se poursuit, mais à un rythme plus calme
Sur le segment de la propriété, la tendance reste à la hausse, mais avec un essoufflement progressif. Après l’envolée des années 2020–2022, les prix ont continué à progresser en 2024 puis en 2025 : environ +3,1 % pour les appartements en PPE en 2025, +2,4 % pour les maisons individuelles. Les indices montrent qu’en vingt ans, les prix des maisons ont augmenté de plus de 80 % au niveau national, ceux des appartements de près de 90 %, avec des hausses largement supérieures dans certaines zones comme Genève ou la région lémanique.
Pour 2026, la croissance moyenne des prix immobiliers en Suisse est anticipée autour de 3%, marquant une décélération due à plusieurs facteurs économiques.
Des écarts régionaux très marqués
Derrière la moyenne nationale, les disparités régionales sont considérables. La région lémanique illustre bien ce phénomène.
Comparaison des niveaux de prix observés dans plusieurs cantons romands et alémaniques au printemps 2025, présentée de manière simplifiée.
Aperçu des niveaux de prix dans les cantons francophones de Suisse au printemps 2025.
Aperçu des niveaux de prix dans les cantons germanophones de Suisse au printemps 2025.
| Canton / Région | Prix moyen appartement (CHF/m²) | Prix moyen maison (CHF/m²) |
|---|---|---|
| Genève | ~13 900 | ~14 150 |
| Vaud | ~10 160 | ~9 550 |
| Valais | ~7 080 | ~6 680 |
| Zurich (ville) | ~16 700 | ~16 300 |
| Suisse (moyenne) | ~8 400 | n.d. |
À Genève, le prix des appartements a progressé de plus de 140 % sur vingt ans. À Zurich, les prix dépassent facilement les 12 000 francs par mètre carré dans les quartiers centraux. À l’inverse, des cantons comme le Valais, le Jura ou certaines régions de montagne restent nettement plus abordables en valeur absolue, tout en affichant parfois des taux de croissance élevés sur longue période.
Cette cartographie des prix est centrale pour l’investisseur : elle conditionne à la fois le potentiel de plus-value, la liquidité à la revente et, surtout, la rentabilité locative.
Le cas Genève : un laboratoire de rendement et de rareté
La situation de la propriété de rendement à Genève donne une bonne idée des mécanismes à l’œuvre dans les marchés urbains les plus tendus. Le Baromètre GRANGE Investissement pour le quatrième trimestre 2025 montre que le marché immobilier locatif du canton est en phase de stabilisation, voire de reprise, après une période de gel des transactions liée à l’incertitude sur les taux.
Grâce au retour du taux directeur de la BNS à 0 % et à la visibilité retrouvée sur le coût de financement, les investisseurs ont recommencé à se positionner, quitte à accepter des rendements de plus en plus comprimés.
Pour les immeubles résidentiels de qualité, en bon état, les rendements nets attendus se situent désormais autour de 2,99 à 3,86 %. Dans l’hypercentre, certains investisseurs institutionnels descendent même proche de 2,1 % net, niveau historiquement bas qui témoigne d’une rareté extrême de l’offre et d’une prime patrimoniale très forte accordée à ces biens.
Pour les immeubles commerciaux, principalement des bureaux, les rendements nets attendus oscillent entre environ 3,7 et 4,7 %, en légère baisse.
La hiérarchie des rendements en fonction de l’emplacement est éloquente : pour le résidentiel, l’écart de rendement attendu entre un immeuble bien situé et bien desservi au centre, et un bien similaire en périphérie mal connectée, dépasse 20 à 24 %. Pour le commercial, une logique comparable se observe. En clair, les quartiers centraux et les zones de mobilité forte concentrent la demande et acceptent des rendements très comprimés, tandis que les localisations secondaires doivent offrir une prime de rendement significative pour attirer les capitaux.
Rentabilité locative : où se situent les meilleures opportunités ?
À l’échelle du pays, le rendement locatif brut se situe généralement entre 3 % et 6 % selon le type de bien, la région et la tension du marché local. Dans les grandes villes en pénurie comme Genève, Lausanne ou Zurich, les prix d’achat très élevés tirent mécaniquement les rendements bruts vers le bas, souvent entre 2,5 et 3,5 %. Mais la sécurité locative et le potentiel de valorisation sur longue période compensent en partie ce niveau modeste.
Un tableau synthétise les ordres de grandeur pour quelques grandes villes suisses, d’après une base de données de prix et loyers moyens au mètre carré :
| Ville | Prix moyen (CHF/m²) | Loyer moyen (CHF/m²/mois) | Rendement brut estimé |
|---|---|---|---|
| Zurich | ~14 100 | ~28,2 | ~2,4 % |
| Genève | ~13 250 | ~31,1 | ~2,8 % |
| Bâle | ~9 900 | ~23,2 | ~2,8 % |
| Lausanne | ~11 160 | ~23,0 | ~2,5 % |
| Berne | ~8 190 | ~21,2 | ~3,1 % |
| Fribourg | ~6 760 | ~20,8 | 3,5 – 4,0 % |
On constate que les villes où les prix au mètre carré sont un peu moins élevés – Berne, Fribourg – offrent des rendements bruts plus séduisants, autour de 3 à 4 %, tout en profitant d’un marché locatif toujours tendu. À l’inverse, Zurich ou Genève affichent des rendements bruts plus faibles, mais une profondeur de marché, une liquidité et une stabilité des valeurs très recherchées des investisseurs institutionnels.
Rendement net avant impôts d’un investissement locatif, illustrant l’écart significatif avec le rendement brut de 5,07 % après déduction des charges.
Trois modes de location, trois profils de rendement
La rentabilité ne dépend pas seulement du lieu et du prix d’achat, mais aussi du mode de location. En Suisse, trois approches se distinguent pour les investisseurs particuliers :
La location traditionnelle non meublée est un investissement locatif très répandu. Elle offre une grande stabilité des revenus et une gestion relativement simple, bénéficiant d’un cadre légal clair. Cependant, ses rendements bruts sont généralement limités, se situant entre 3 et 5 % par an. Le principal risque à considérer est la vacance locative, qui peut survenir en cas de mauvaise localisation du bien ou d’un loyer fixé trop élevé par rapport au marché.
– La location meublée, moins courante mais en développement dans les centres urbains, permet de facturer des loyers 15 à 30 % plus élevés, avec plus de flexibilité contractuelle. En contrepartie, le turn-over est plus fréquent, l’usure du bien accélérée et l’investissement initial en mobilier à prendre en compte. Les rendements bruts peuvent alors monter entre 5 et 7 %.
– La location saisonnière, surtout dans les régions touristiques (Alpes, lacs), maximise le revenu par nuitée et affiche en théorie les rendements bruts les plus élevés, de l’ordre de 6 à 9 % par an. Mais elle exige une gestion très intensive, une forte dépendance à la demande touristique, et doit composer avec des réglementations locales parfois restrictives.
Le choix du mode de location doit donc être cohérent avec l’emplacement et le profil de risque de l’investisseur. Un studio bien placé en centre-ville, loué meublé à une clientèle internationale ou d’affaires, pourra par exemple combiner forte demande, bonne rotation et rendement intéressant.
2026 : une année charnière pour la fiscalité immobilière
L’un des grands dossiers qui plane sur le marché est la réforme de la valeur locative (valeur locative ou revenu locatif fictif), votée en 2025 et dont l’entrée en vigueur est attendue à partir de 2028. Même si ses effets concrets se matérialiseront au-delà de 2026, les anticipations liées à cette réforme influencent déjà les comportements.
La suppression de l’imposition du revenu théorique du logement pour les propriétaires occupants s’accompagne de la fin des déductions d’intérêts hypothécaires et de la plupart des frais d’entretien au niveau fédéral. Les cantons pourront conserver certaines incitations pour les rénovations énergétiques. Cette réforme impacte significativement les stratégies d’optimisation fiscale basées sur la déductibilité des intérêts.
À court terme, cette perspective incite beaucoup de propriétaires à avancer leurs travaux de rénovation avant la fin de la possibilité de déduction intégrale, ce qui devrait provoquer un pic d’activité dans le bâtiment en 2026–2027. Les spécialistes s’attendent à une hausse de 14 à 17 % des rénovations dans les maisons individuelles et de 9 à 12 % pour les PPE durant cette période.
À plus long terme, l’impact sur le marché pourrait être multiple :
– Les propriétaires très endettés verront diminuer l’intérêt de maintenir un fort levier, ce qui pourrait les inciter à amortir plus rapidement leurs hypothèques.
Les biens nécessitant de lourds travaux pourraient devenir moins attractifs, faute de levier fiscal. Ce risque de frein pour une partie de la rénovation énergétique constitue un point sensible pour la stratégie climatique nationale.
– Pour les propriétaires quasi désendettés, la suppression de la valeur locative sera plutôt un allègement et renforcera l’attrait de la détention longue.
Pour l’investisseur locatif pur, en particulier via des sociétés ou des fonds, la situation reste toutefois plus stable : la taxation se fait sur les loyers réellement perçus, les intérêts demeurent déductibles et la logique économique de long terme – rendement courant plus plus-value – ne change pas fondamentalement.
Immobilier direct, fonds cotés ou placements collectifs : quelles stratégies de rendement ?
L’investissement direct dans un logement ou un immeuble n’est pas la seule façon de profiter du marché immobilier suisse. Les placements indirects – fonds immobiliers cotés, sociétés immobilières ou groupes de placement – ont vécu une année 2025 exceptionnelle, avec des performances totales supérieures à 10 % pour certains indices (plus de 10 % pour l’indice SWIIT, plus de 20 % pour un indice comme SREAL).
Performance moyenne totale des investissements immobiliers directs en Suisse en 2025, en hausse par rapport à 2024.
Les fonds immobiliers cotés, eux, distribuent en moyenne un dividende autour de 2,3 à 2,7 %, mais bénéficient d’une plus-value régulière de leurs actifs. Sur longue période, un portefeuille diversifié de fonds immobiliers suisses affiche un total return voisin de 6 % par an en francs, avec une volatilité sensiblement inférieure à celle des actions pures.
Prime, décote et écart de rendement
La question de la valorisation de ces véhicules est centrale. Depuis la baisse des taux, de nombreux fonds résidentiels se négocient avec des primes élevées par rapport à la valeur nette d’inventaire (VNI) de leurs immeubles. En moyenne, la prime sur les fonds résidentiels tourne aujourd’hui autour de 40 %, certaines stratégies très prisées dépassant 50 %. Les fonds plus orientés bureaux ou commerces se paient avec des primes beaucoup plus modestes, voire avec de légères décotes dans certains cas.
Malgré les primes, l’écart de rendement avec les obligations d’État reste significatif. Avec un rendement moyen distribué de 2,3% à 2,7% contre un taux d’emprunt d’État à 10 ans proche de 0,3%, le spread réel (corrigé d’une inflation quasi nulle) est considéré comme attractif. Sur un horizon de dix ans, de nombreux gérants estiment que ces produits offrent un bon compromis entre sécurité et rendement.
Pourquoi investir encore dans la pierre en 2026 ?
Avec des prix qui ont plus que doublé en vingt ans dans de nombreuses régions, des rendements bruts en apparence modestes dans les grandes villes et une fiscalité moins généreuse qu’avant, la question se pose : pourquoi continuer d’investir dans l’immobilier suisse en 2026 ?
Les raisons restent solides, à condition d’adopter une approche lucide et sélective.
1. Une protection contre l’inflation et les chocs financiers
Même si l’inflation suisse est actuellement proche de zéro, l’immobilier demeure un actif réel qui, historiquement, protège bien contre la hausse des prix. Les loyers s’ajustent à moyen terme, les valeurs des terrains sont limitées par le zonage et les coûts de construction ont fortement augmenté (+27 % en cinq ans). Dans un environnement de taux quasi nuls, la pierre joue aussi un rôle de substitut aux obligations, offrant un rendement régulier supérieur avec un profil de risque maîtrisé.
2. Une volatilité plus faible que les actions
Les cycles de prix de l’immobilier suisse sont beaucoup moins amples que ceux de la Bourse. Sur longue période, les variations annuelles restent généralement contenues entre –4 % et +16 %, loin des montagnes russes boursières. Les études de performance montrent qu’entre 2014 et 2023, l’immobilier résidentiel suisse a généré un rendement annuel moyen d’environ 3 %, contre 0,64 % seulement pour les obligations helvétiques. Pour les investisseurs cherchant un pilier relativement stable dans leur allocation, il s’agit d’un argument de poids.
3. Le levier bancaire : moteur discret de la performance
La véritable force de l’immobilier ne se lit pas seulement dans le rendement net du bien, mais dans le rendement sur fonds propres permis par l’endettement bancaire. En Suisse, pour un investissement locatif classique, les banques exigent souvent 25 % de fonds propres. Avec 200 000 francs d’apport, il est donc possible de contrôler un bien de 800 000 francs.
Pour un bien immobilier générant un rendement net modeste de 2 à 3 %, l’effet de levier du crédit (lorsque son coût est inférieur au rendement brut) peut porter le rendement sur fonds propres de l’investisseur entre 7 et 12 %. Sur une durée de 20 ans, une appréciation annuelle moyenne des prix de 3 à 4 % double la valeur du bien. Cette plus-value, rapportée au capital initialement investi, génère un taux de croissance annualisé bien supérieur au rendement locatif seul.
Les simulations de long terme montrent qu’en combinant un rendement locatif net de l’ordre de 2 à 3 % et une appréciation du capital autour de 3 à 4 % par an, on obtient un total return de l’ordre de 6 % sur la valeur du bien. Avec un levier prudent, ce rendement annualisé sur fonds propres peut dépasser 10 %, parfois davantage, au prix d’un risque évidemment accru en cas de retournement de cycle ou de hausse forte des taux.
4. Stabilité politique, sécurité juridique et rareté du foncier
La Suisse offre un environnement institutionnel exceptionnellement stable, un cadastre fiable, une justice prévisible et un système de garantie des loyers qui limite les impayés. La révision de la loi sur l’aménagement du territoire a restreint les possibilités de créer de nouvelles zones à bâtir, ce qui ancre la rareté foncière dans la durée. Chaque habitant dispose désormais de moins de 280 m² de terrain constructible, contre plus de 300 m² une décennie plus tôt.
69 % des grands investisseurs interrogés anticipent un afflux de capitaux étrangers sur le marché immobilier suisse en 2026.
Comment investir intelligemment en 2026 ?
Le contexte est favorable, mais il ne justifie pas de se jeter sur n’importe quel bien à n’importe quel prix. Les recherches récentes livrent plusieurs enseignements pratiques pour structurer une stratégie d’investissement cohérente en 2026.
Privilégier les emplacements liquides et bien connectés
La carte des rendements à Genève – mais aussi dans d’autres agglomérations – le montre clairement : la localisation est le déterminant numéro un de la rentabilité et de la revalorisation future. Les quartiers centraux, bien desservis par les transports publics, proches des zones d’emploi et des services, affichent des rendements bruts plus faibles, mais des risques de vacance extrêmement bas et une sécurité patrimoniale maximale.
À l’inverse, les localisations périphériques mal desservies doivent offrir une prime de rendement nette de 20 à 25 % pour compenser le risque de vacance, la moindre profondeur de marché et une liquidité réduite à la revente. À long terme, un « bon » immeuble standard dans un quartier dynamique et accessible a toutes les chances d’offrir une meilleure performance globale qu’un bien de luxe mal situé.
Adapter le type de bien à la demande locale
Les études de marché confirment que, dans un contexte de pénurie, les petites surfaces – studios, 1 ou 2 pièces – se louent souvent plus vite et offrent un meilleur ratio loyer/prix d’achat que les grands appartements. Les immeubles résidentiels entiers permettent en outre de mutualiser le risque de vacance et de rationaliser la gestion (un seul syndic, une maintenance centralisée).
Pour les investisseurs avertis, les segments spécialisés comme les résidences étudiantes, les logements pour seniors et l’immobilier logistique de dernière mile offrent des perspectives de croissance intéressantes. Cependant, ils nécessitent une excellente connaissance des besoins locaux et des exigences réglementaires spécifiques.
Intégrer la dimension énergétique et ESG
Les nouvelles exigences climatiques et énergétiques ne sont plus un sujet de niche. Près de 94 % des investisseurs interrogés déclarent ressentir une pression croissante pour intégrer les critères ESG dans leurs décisions, tandis que 88 % estiment que ces nouvelles normes vont générer un besoin massif de rénovation du parc existant.
Les bâtiments neufs certifiés Minergie, par exemple, se vendent en moyenne 5 à 10 % plus cher que leurs équivalents non certifiés, et peuvent bénéficier de loyers environ 6 % plus élevés. La contrepartie est un surcoût de construction de 10 à 15 %, mais dans un environnement de prix du foncier élevé, cette prime se répercute assez bien sur les loyers et les valeurs de revente.
Un immeuble ancien mal isolé risque des coûts de rénovation élevés et des décotes financières (prêts bancaires, assurances). À l’inverse, un bien performant énergétiquement est plus résilient et attire plus facilement des locataires solvables.
Choisir le bon véhicule d’investissement
Enfin, le choix entre investissement direct et placements indirects est stratégique. Un investisseur disposant d’une épargne de 100 000 francs pourra :
– soit financer environ 500 000 francs d’immobilier direct avec 400 000 francs d’hypothèque, acceptant la gestion locative, les risques de vacance, mais aussi l’effet de levier et la perspective d’une plus-value intégrale sur le bien ;
– soit acheter des parts de fonds immobiliers suisses (SWIIT, SREAL, fonds résidentiels, etc.), bénéficiant d’une diversification immédiate, d’une liquidité en Bourse, de dividendes réguliers, mais sans levier bancaire direct.
Les rendements attendus sont différents : un portefeuille diversifié de fonds immobiliers suisses offre historiquement environ 6 % par an en francs, tandis qu’un investissement direct bien structuré peut viser, sur fonds propres, des rendements à deux chiffres, au prix d’un risque de concentration et d’un engagement opérationnel nettement plus forts.
2026 : opportunités réelles, vigilance obligatoire
Les perspectives du marché immobilier en Suisse en 2026 se dessinent ainsi autour de quelques lignes de force claires : poursuite de la hausse des prix, mais à un rythme plus modéré ; loyers toujours orientés à la hausse dans un contexte de pénurie persistante ; stabilité des taux d’intérêt ; afflux de capitaux vers les actifs réels ; pression croissante des exigences énergétiques et ESG ; incertitudes fiscales à moyen terme.
Pour l’investisseur, les raisons d’investir restent nombreuses : protection contre l’inflation, rendement réel positif dans un univers de taux nuls, levier bancaire puissant, stabilité politique et monétaire, et rareté foncière structurelle. Cependant, la réussite ne découle plus automatiquement d’un simple achat-location. Elle nécessite désormais une analyse fine des micro-marchés, une prise en compte sérieuse des coûts de rénovation énergétique, un choix judicieux de la structure de financement et, éventuellement, une diversification entre immobilier direct et fonds cotés.
Dans un pays où une maison achetée un million au début des années 2000 se revend aujourd’hui près de trois millions, l’histoire récente milite largement en faveur de la pierre. Rien ne garantit que la prochaine décennie sera aussi généreuse, mais les fondamentaux – démographie, pénurie d’offre, stabilité des institutions, attractivité internationale – restent, pour l’heure, largement du côté des investisseurs qui sauront conjuguer prudence et ambition.
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