Histoire du pays en Islande : de la terre de lave aux guerres de la morue

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

L’Islande aime à se raconter comme un pays né des sagas, forgé par un parlement de plein air et grandi au rythme de la mer. Derrière cette image, il y a une histoire étonnamment cohérente : un territoire presque vide devenu, en un peu plus d’un millénaire, une république prospère, passée par la domination norvégienne puis danoise, par l’épreuve des famines et par des confrontations aussi singulières que les guerres de la morue. Retracer l’histoire du pays en Islande, c’est suivre le fil continu qui va des premiers colons vikings aux crises financières contemporaines, en passant par la conversion au christianisme, le long âge de la monarchie étrangère et la lente conquête de l’indépendance.

Des ermites irlandais aux premiers Vikings

Lorsque l’histoire écrite commence, l’Islande n’a pas de passé humain connu. Les sources médiévales islandaises affirment qu’avant les colons norvégiens, des moines chrétiens venus d’Irlande – les papar – vivaient déjà sur l’île. Ils auraient laissé derrière eux des livres, des cloches et des crosses épiscopales, puis seraient repartis en voyant arriver des païens armés.

Bon à savoir :

Des découvertes archéologiques, comme des sédiments datant d’environ 800 et des croix de style hiberno-écossais dans la grotte Kverkarhellir, ainsi qu’une cabane abandonnée à Hafnir entre 770 et 880, suggèrent qu’ermites ou marins chrétiens ont brièvement occupé l’Islande avant la colonisation norvégienne, sans toutefois établir d’installation durable.

Les premiers Vikings, eux, découvrent l’île presque par hasard. Un navigateur des Féroé, Naddodd, dévie de sa route vers la Norvège et tombe sur cette terre enneigée qu’il baptise _Snæland_, « pays de neige ». Peu après, un Suédois, Garðar Svavarsson, fait le tour de l’île, prouvant qu’il s’agit bien d’une île et la rebaptise _Garðarshólmi_, l’îlot de Garðar. Il hiverne à Húsavík, dans le nord, et laisse sur place quelques hommes, dont Náttfari, sans que l’on sache s’ils restent durablement.

Exemple :

Le Norvégien Hrafna-Flóki, surnommé ‘Flóki aux corbeaux’ pour son utilisation de corneilles comme instrument de navigation, est le premier à s’installer volontairement et durablement en Islande. Après avoir passé un hiver rigoureux dans l’ouest du pays, où tout son bétail périt, il est profondément marqué par le spectacle des fjords couverts de glace. Cette expérience le conduit à donner à l’île le nom d’*Ísland* (l’Islande), une appellation qui perdurera.

Ingólfur Arnarson et l’âge du peuplement

La tradition islandaise retient un nom comme celui du premier colon permanent : Ingólfur Arnarson. Vers 874, ce chef venu de Norvège jette à la mer ses piliers de haut siège en promettant de fonder sa ferme là où la mer les rejettera. On les retrouve dans une baie fumante de vapeur géothermale : il baptise l’endroit Reykjavík, « la baie des fumées ». Il s’y installe avec sa femme Hallveig Fróðadóttir. Des fouilles menées au centre de l’actuelle capitale ont confirmé l’existence d’une grande ferme de cette époque.

400

C’est le nombre de colons principaux, majoritairement norvégiens, répertoriés dans le Landnámabók lors de la colonisation de l’Islande entre 870 et 930.

Les généticiens retrouvent cette double origine : environ 80 % des lignées masculines remontent à la Scandinavie, tandis qu’environ 62 % des lignées féminines viennent des îles britanniques. Autrement dit, les hommes sont majoritairement des Norvégiens, les femmes souvent d’origine irlandaise ou écossaise, et pas toujours de leur plein gré.

Attention :

Le départ massif des Vikings de Norvège est motivé par des raisons politiques, comme le refus de se soumettre à l’unification du royaume par Harald à la Belle Chevelure, et par des facteurs socio-économiques, incluant la recherche de nouvelles terres agricoles, la pression démographique et la diminution des opportunités de pillage en Europe.

Vers 930, selon Íslendingabók (« Le Livre des Islandais ») d’Ari le Savant, la colonisation est achevée et la population avoisine 25 000 personnes. C’est à ce moment que se met en place l’une des institutions les plus originales de l’histoire du pays en Islande.

Le Commonwealth : un État sans roi ni police

Au lieu de créer une monarchie, les colons mettent sur pied un système politique sans équivalent en Europe médiévale : la Communauté islandaise, ou Commonwealth. Environ en 930, les chefs du pays se réunissent pour établir une assemblée nationale : l’Althing (Alþingi), qui se tiendra chaque été à Þingvellir, la « plaine de l’assemblée », à une quarantaine de kilomètres de la future Reykjavik.

L’Althing est à la fois législatif et judiciaire, mais reste dépourvu de pouvoir exécutif. Pas de roi, pas d’armée, pas de police. Le cœur du système repose sur les goðar (singulier goði), des chefs de district possédant un office appelé goðorð. Cet office, loin d’être une fonction publique, est une propriété privée qui peut être vendue, héritée ou transmise. Initialement, on compte 39 goðorð, avec autant de goðar siégeant à la Lögrétta, le conseil législatif de l’Althing.

Astuce :

Dans la société islandaise médiévale, les hommes libres propriétaires (bœndir ou fermiers) doivent choisir de s’attacher à un chef (goði). Cette alliance est volontaire et révocable : un fermier peut changer d’allégeance et suivre un autre chef lors de l’assemblée. En échange de leur soutien militaire, ces Þingmenn (« gens de l’assemblée ») reçoivent protection et représentation juridique. Ce système crée une société hiérarchisée mais fluide, où le pouvoir d’un chef dépend de sa richesse, de son réseau familial et du nombre de fermiers qui le soutiennent.

Un parlement de plein air

Chaque été, pendant environ deux semaines à partir de la mi‑juin, la vallée de Þingvellir se couvre de campements temporaires, les búðir. Paysans, artisans, marchands, conteurs de sagas, plaideurs, tout le pays converge vers ce site pour régler des affaires, conclure des contrats, négocier des mariages ou écouter les nouvelles venues de l’extérieur.

De là, le lögsögumaður – le « Lawspeaker », récitant de la loi – proclame les règles en vigueur, annonce l’ouverture et la clôture de l’assemblée, et arbitre les procédures. Choisi pour trois ans, il est la mémoire vivante d’un droit d’abord non écrit.

Lögsögumaður (récitant de la loi)

Sur le plan judiciaire, le pays est divisé dès 965 en quatre « quartiers » (fjörðungar), chacun doté d’un tribunal de 36 juges siégeant à l’Althing. Un cinquième tribunal, la Cour des Cinq (fimmtardómur), créée au début du XIᵉ siècle, fait office de cour suprême pour les affaires les plus complexes.

Cette expérience de société presque sans État fascine encore les historiens et les théoriciens du droit : pas de pouvoir central, mais une loi commune, appliquée par des particuliers. Le système fonctionne pendant près de quatre siècles, non sans tensions croissantes.

Le tournant du christianisme

À l’origine, les Islandais vénèrent les dieux nordiques : Odin, Thor, Freyr, Freyja. Certains colons sont déjà chrétiens, en particulier ceux qui viennent des îles britanniques, mais la religion officielle reste païenne, d’autant que les goðar cumulent souvent rôle de chef politique et de responsable du culte.

À partir de la fin du Xe siècle, la pression du continent s’intensifie. Le roi norvégien Olaf Tryggvason, lui‑même fraîchement converti, entend faire de la nouvelle foi un outil d’unification. Il envoie missionnaires après missionnaires en Islande : d’abord un islandais baptisé à l’étranger, Thorvald Kodransson, accompagné d’un évêque saxon, Fridrek. Le duo se heurte aux moqueries, aux bagarres – Thorvald tue deux opposants – et finit par renoncer.

Attention :

Le roi Olaf de Norvège utilise une double stratégie pour imposer le christianisme en Islande : l’envoi de missionnaires violents, qui provoquent des tensions armées, et la prise en otage des fils de chefs islandais, combinée à la menace d’un embargo commercial, pour faire plier la résistance païenne.

En 999 ou 1000, au sommet de la tension, l’Althing se réunit une nouvelle fois à Þingvellir. Les pagans et les chrétiens arrivent armés, chacun prêts à en découdre. Plutôt que de laisser éclater la violence, les deux camps acceptent de confier la décision à un arbitre unique : le lögsögumaður Þorgeir, pourtant païen. Après une journée et une nuit passées à réfléchir sous sa cape, il annonce sa sentence : pour préserver l’unité du pays, « une seule loi et une seule foi ». L’Islande adoptera officiellement le christianisme, et tous les Islandais devront être baptisés, mais certains usages païens – sacrifices privés, consommation de viande de cheval, exposition d’enfants – pourront se maintenir discrètement pendant un temps.

Cette décision évite l’affrontement armé et donne au pays une conversion par compromis politique plutôt que par conquête. Quelques années plus tard, sous l’influence du roi Olaf II de Norvège, les concessions restantes sont abandonnées. Deux évêchés voient le jour au XIᵉ siècle, à Skálholt dans le sud et Hólar dans le nord. Le premier évêque islandais, Ísleifur Gissurarson, obtient l’instauration de la dîme en 1097, assurant à l’Église des revenus stables… et renforçant souvent les familles de goðar qui contrôlent les terres d’église.

L’âge des sagas : quand l’Islande se raconte

C’est dans ce contexte de Commonwealth chrétien que naît ce qui deviendra la marque culturelle la plus célèbre de l’Islande : les sagas. Entre le XIIIᵉ et le XIVᵉ siècle, des auteurs anonymes rédigent, sur parchemin, de longs récits en prose racontant la vie des premières générations de colons aux IXᵉ‑XIᵉ siècles. Ces « Sagas des Islandais » ou sagas familiales mêlent faits historiques, généalogies détaillées, descriptions précises de fermes et de fjords, et épisodes plus légendaires, voire surnaturels.

Bon à savoir :

Les sagas islandaises sont écrites en vieux islandais sur des peaux de veau. Environ 40 manuscrits sont parvenus intacts jusqu’à nous. Leur particularité est de s’ancrer dans des lieux géographiques réels, encore visibles aujourd’hui et signalés par des panneaux ‘Sögustaður’ sur les routes.

Parmi les plus célèbres, Egil’s saga suit les exploits d’Egill Skallagrímsson, poète‑guerrier du Borgarfjörður, qui compose à York un poème sauvant sa vie auprès du roi Erik Hache‑de‑Sang. Njál’s saga, peut‑être la plus renommée, met en scène l’amitié entre le guerrier Gunnar Hámundarson, de la ferme de Hlíðarendi, et le juriste sage Njáll Þorgeirsson, avec en toile de fond le site de l’Althing à Þingvellir. Laxdæla saga raconte un triangle amoureux dans la région de Dalir et autour du Breiðafjörður, tandis que Gísla saga suit la cavale d’un hors‑la‑loi traqué dans les fjords de l’Ouest.

Bon à savoir :

Ces textes sont considérés comme les premiers grands romans en prose d’Europe. Ils constituent une source essentielle pour comprendre la société, le droit, les valeurs et les tensions religieuses du Commonwealth islandais. Inspirant des auteurs comme Tolkien, ils restent centraux pour l’identité culturelle islandaise. La stabilité de la langue permet encore aujourd’hui aux Islandais de les lire facilement, renforçant un lien unique entre le passé et le présent.

De la guerre civile au joug norvégien puis danois

Le système sans roi du Commonwealth finit pourtant par se fissurer. À partir du XIIIᵉ siècle, les goðorð se concentrent entre les mains de quelques familles puissantes, tandis que l’Église, enrichie par la dîme et les domaines, devient un acteur politique à part entière. La période dite de l’Âge des Sturlungar, du nom d’une grande lignée de chefs, est marquée par des guerres privées, des alliances changeantes et des batailles rangées, dont la plus grande de l’histoire islandaise à Örlygsstaðir en 1238.

Dans le même temps, la Norvège, sous le règne du roi Håkon IV, cherche à étendre son contrôle. Certains chefs islandais, affaiblis par la lutte interne, se tournent vers lui pour obtenir soutien et légitimité. Snorri Sturluson, l’un des plus brillants écrivains et politiciens de son temps, auteur de la Heimskringla (histoire des rois de Norvège) et de l’Edda en prose, navigue entre loyauté au roi et ambitions personnelles, jusqu’à être assassiné dans sa demeure de Reykholt en 1241, sur ordre venu de Norvège.

Finalement, entre 1262 et 1264, les principaux chefs islandais signent avec le roi Haakon ce que l’on appelle le Gamli sáttmáli, l’Ancien Pacte. Par ce texte, l’Islande renonce à son indépendance et devient un territoire soumis à la couronne norvégienne. Une nouvelle codification juridique, Jónsbók (1281), vient entériner ce changement. L’Althing continue d’exister, mais partage désormais la fonction législative avec le roi : toute loi votée à Þingvellir doit être ratifiée par le souverain, et les lois royales nécessitent en principe le consentement de l’assemblée.

À la fin du XIVᵉ siècle, un nouveau basculement a lieu : la Norvège, puis l’Islande avec elle, passe sous l’autorité du roi du Danemark dans le cadre de l’Union de Kalmar. Avec l’instauration de la monarchie absolue danoise en 1660, confirmée en Islande en 1662, l’Althing perd l’essentiel de son rôle politique et devient surtout une instance judiciaire.

Pendant ces longs siècles, la vie en Islande reste rude. Le « Petit Âge glaciaire » refroidit le climat, les saisons de croissance raccourcissent, la culture de l’orge devient incertaine, l’élevage dépend davantage du fourrage hivernal. Un système de quasi‑servage, le vistarband, attache les travailleurs ruraux aux fermes, limitant leur mobilité. La population affronte épidémies (peste, variole), éruptions volcaniques meurtrières, tempêtes dévastant les pâturages.

1786

Année à partir de laquelle le monopole commercial danois sur l’Islande commence à être assoupli, avant son abolition totale en 1855.

Au XVIᵉ siècle, la Réforme protestante atteint tardivement le pays. Le roi Christian III impose le luthéranisme contre la résistance des derniers évêques catholiques : Ögmundur Pálsson à Skálholt est déporté en 1541, et Jón Arason, prélat charismatique de Hólar, finit capturé après la bataille de Sauðafell. Lui et deux de ses fils sont décapités à Skálholt en 1550. L’Église devient luthérienne et reste, jusqu’à aujourd’hui, Église nationale.

Cette période est aussi marquée par des intrusions extérieures inattendues : en 1627, des pirates venus d’Afrique du Nord, connus sous le nom de corsaires barbaresques, enlèvent environ 300 Islandais pour les vendre comme esclaves, lors d’un épisode encore appelé « rapts turcs ». Copenhague, lointaine et peu concernée, réagit faiblement.

Réveil national et reconquête de l’Althing

À la fin du XVIIIᵉ siècle, le vieux parlement de plein air de Þingvellir vit ses dernières sessions. En 1800, un décret royal l’abolit officiellement. Une Haute Cour, siégeant à Reykjavik – qui n’est alors qu’un bourg de 300 habitants – reprend ses fonctions. Le lien avec la vieille tradition parlementaire semble rompu.

Bon à savoir :

Au XIXᵉ siècle, influencés par le romantisme et le nationalisme européens, des étudiants islandais à Copenhague se sont passionnés pour leur patrimoine. Autour de la revue *Fjölnir*, le groupe des *Fjölnismenn* a utilisé l’étude des sagas et des manuscrits anciens collectés par Árni Magnússon pour promouvoir une conscience nationale islandaise, la préservation de la langue et un retour aux institutions de l’ancien Commonwealth.

Figure centrale de ce renouveau, Jón Sigurðsson, historien et homme politique, incarne la lutte pour l’autonomie. En 1843, sous la pression des élites islandaises, le roi consent à rétablir une assemblée, mais consultative : l’Althing renaît, cette fois en salle, à Reykjavik, et tient sa première séance en 1845. Le débat fait rage sur son implantation : certains nationalistes veulent rester à Þingvellir, symbole d’indépendance, d’autres, comme Jón Sigurðsson lui‑même, estiment qu’installer le parlement dans la ville contribuera à « islandiser » une capitale encore très danoise.

Exemple :

Progressivement, les pouvoirs de l’Althing augmentent. En 1874, lors du millénaire symbolique de la colonisation, le roi Christian IX se rend en Islande (première visite d’un souverain danois) et octroie une Constitution. L’Althing obtient alors un rôle législatif sur les affaires intérieures, partageant ce pouvoir avec la couronne, qui conserve un droit de veto. En 1903, une nouvelle réforme instaure un régime de « Home Rule » : un ministre pour les affaires islandaises est nommé, basé à Reykjavik et politiquement responsable devant l’Althing. Hannes Hafstein, issu du mouvement autonomiste, est le premier à occuper ce poste en 1904.

Un demi‑siècle plus tard, la boucle sera bouclée : en 1944, c’est à nouveau à Þingvellir, devant les falaises basaltiques, que la République d’Islande sera proclamée.

Les étapes de l’autonomie politique

Pour mieux suivre cette montée en puissance progressive, le tableau suivant synthétise quelques jalons politiques clefs.

Période / acteStatut politique de l’IslandeRôle de l’Althing
930–1262 – CommonwealthÉtat sans roi, souverain, loi commune sans exécutif centralParlement national législatif et judiciaire
1262–1380 – Union avec la NorvègeSoumission au roi de Norvège (skattland)Partage du pouvoir législatif avec le roi
1380–1814 – Union avec le DanemarkIntégrée à la monarchie danoise (Kalmar puis Danemark‑Norvège)Rôle surtout judiciaire, autonomie réduite
1800–1843 – Althing aboliProvince danoiseHaute Cour royale à Reykjavik
1845–1874 – Althing consultatifDépendance danoise, début de revendications nationalesAssemblée consultative, pas de pouvoir de loi
1874 – Constitution octroyéeAutonomie limitée sur affaires intérieuresPouvoir législatif conjoint avec la Couronne
1904 – Home RuleGouvernement autonome, ministre islandais responsable à ReykjavikParlementarisme naissant
1918 – Acte d’UnionRoyaume souverain en union personnelle avec le DanemarkPlein pouvoir législatif interne
1944 – Proclamation de la RépubliqueÉtat entièrement indépendantParlement d’un État souverain

Une économie longtemps sous contrainte, puis en pleine mutation

Sur le plan économique, l’Islande commence le XXᵉ siècle dans la pauvreté. Elle est alors l’un des pays les plus démunis d’Europe occidentale : population clairsemée, essentiellement rurale, vivant de l’élevage et de la pêche de subsistance. L’urbanisation est retardée par des choix politiques danois qui favorisent l’agriculture et maintiennent de lourdes contraintes sur la mobilité de la main‑d’œuvre.

Au tournant du siècle, un premier basculement s’opère : à partir des années 1880, les exportations de produits de la mer dépassent celles de l’élevage, renversant un équilibre ancestral. L’introduction de bateaux à voile spécialisés, puis l’arrivée en 1905 du premier navire de pêche motorisé, ouvrent l’ère d’une industrie de la pêche moderne. En 1885, la création de la première banque d’État, Landsbanki, permet de financer cette mutation capitalistique. L’Islande commence à exporter du poisson frais vers la Grande‑Bretagne et de la morue salée vers l’Europe du Sud, notamment le Portugal, marquant déjà la centralité de la morue dans son destin.

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La valeur des exportations islandaises a chuté d’un tiers entre 1929 et 1932 pendant la Grande Dépression.

La Seconde Guerre mondiale va tout changer. L’occupation d’abord britannique puis américaine, conjuguée à une envolée des prix du poisson sur les marchés alliés, injecte de l’argent à un niveau inédit dans l’économie insulaire. Des milliers de soldats dépensent leurs soldes dans les commerces locaux, de vastes chantiers sont lancés – routes, ponts, installations portuaires, bases aériennes –, l’emploi est pratiquement plein et les salaires montent. À la fin du conflit, l’Islande a quitté, en quelques années, le club des plus pauvres pour rejoindre celui des pays à revenu parmi les plus élevés au monde.

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L’Islande est le premier bénéficiaire européen du plan Marshall par habitant, recevant près du double de la deuxième nation sur la liste.

La mer, cœur de l’économie du XXᵉ siècle

Jusqu’à la fin du XXᵉ siècle, la pêche reste le poumon économique du pays. En 1980, elle représente encore 59 % des recettes d’exportation. Les investissements, souvent initiés ou soutenus par l’État, modernisent les bateaux, les usines, le marketing à l’international. Mais cette dépendance crée aussi une vulnérabilité aiguë aux fluctuations des stocks halieutiques et des cours mondiaux.

Les autorités gestionnent longtemps cette fragilité par une politique de soutien massif : dans les années 1950, plus de 40 % des dépenses publiques sont consacrées à subventionner l’industrie de la pêche, maintenant à flot une flotte parfois surdimensionnée. La contrepartie est une inflation chronique que les gouvernements tentent de juguler par des dévaluations répétées de la couronne.

Les tensions autour de l’accès aux ressources marines débordent même parfois le strict cadre économique pour se transformer en crise diplomatique, notamment avec le Royaume‑Uni. C’est là qu’apparaissent, dans l’histoire du pays en Islande, un type de conflit unique : les guerres de la morue.

Les guerres de la morue : petites confrontations, grands effets

Entre la fin des années 1950 et 1976, l’Islande affronte à trois reprises le Royaume‑Uni – et, dans une moindre mesure, l’Allemagne de l’Ouest – au sujet des zones de pêche en Atlantique Nord. On les appelle rétrospectivement les guerres de la morue, Þorskastríðin ou Landhelgisstríðin en islandais, Kabeljaukriege en allemand. Malgré leur nom, il ne s’agit pas de guerres au sens classique, mais de « disputes inter‑étatiques militarisées », faits de manœuvres navales, d’éperonnages, de coups de canon, de coupures de filets et de tensions diplomatiques intenses.

L’enjeu est vital pour l’Islande : son économie dépend massivement des exportations de poisson, et ses autorités voient les stocks s’éroder, notamment après l’effondrement du hareng entre 1958 et 1970. Sous la pression des biologistes et des pêcheurs, Reykjavik choisit d’étendre unilatéralement sa zone de pêche, bien au‑delà des trois puis quatre milles marins reconnus jusque‑là.

Trois crises pour 200 milles

La première guerre de la morue éclate en 1958, lorsque l’Islande porte sa zone de pêche à 12 milles marins. Londres refuse de reconnaître cette limite et envoie des frégates protéger ses chalutiers. Les gardes‑côtes islandais abordent les navires étrangers, parfois en tirant des coups de semonce. Dès les premiers jours, l’ICGV Ægir entre en collision avec la frégate HMS Russell, et des garde‑côtes islandais comme le María Júlía ou le Þór tirent sur des chalutiers britanniques, par exemple le Kingston Emerald et le Hackness. Après trois ans de bras de fer, un accord est trouvé : Londres reconnaît la limite des 12 milles, tout en obtenant un régime transitoire de pêche pendant trois ans dans certaines zones.

Exemple :

En 1972, l’Islande étend sa zone de pêche exclusive à 50 milles marins et utilise des ‘coupeurs de chaluts’ pour sectionner les câbles des navires étrangers, affectant au moins 69 chalutiers britanniques et 15 allemands. La tension monte avec des manifestations à Reykjavik, des tirs réels de la garde-côtière islandaise et un décès accidentel. Un compromis en 1973 accorde à Londres un quota annuel d’environ 130 000 tonnes de poissons en échange de l’acceptation de la limite.

La troisième guerre de la morue, de 1975 à 1976, est la plus violente. Reykjavik décrète une zone économique exclusive (ZEE) de 200 milles marins, anticipant en cela ce qui deviendra plus tard la norme mondiale avec la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982. La réaction britannique est vive : frégates et chalutiers se livrent à de véritables « duels de béliers ». En six mois, on recense 35 collisions. En janvier 1976, la frégate HMS Andromeda et le garde‑côtes Þór entrent en collision, ce dernier étant à plusieurs reprises éperonné au point de presque couler. Les gardes‑côtes islandais tirent au canon, notamment sur le chalutier Star Aquarius. En février, l’Islande va jusqu’à rompre ses relations diplomatiques avec Londres.

Pressions de la guerre froide et victoire islandaise

Ce qui pourrait n’être qu’une querelle halieutique entre deux pays prend, en plein cœur de la guerre froide, une dimension stratégique. L’Islande est membre de l’OTAN, sans armée propre, mais héberge une importante base américaine à Keflavik. Sa position contrôle la « GIUK gap », ce couloir entre Groenland, Islande et Royaume‑Uni crucial pour la lutte anti‑sous‑marine entre blocs Est et Ouest. Reykjavik menace à plusieurs reprises de quitter l’OTAN et d’expulser les forces américaines si ses exigences ne sont pas entendues.

Exemple :

Dans les années 1950, l’URSS a commencé à acheter du poisson islandais après que le Royaume-Uni en a interdit le débarquement dans ses ports. En réponse, les États-Unis, alarmés par l’influence soviétique, ont soutenu l’Islande en achetant également son poisson et en encourageant des pays comme l’Italie et l’Espagne à faire de même. Au sein de l’OTAN, le secrétaire général Joseph Luns a joué un rôle de médiateur dans cette situation.

Sous cette double pression – la détermination islandaise et l’insistance américaine –, Londres finit par céder. En juin 1976, un accord est conclu sous l’égide de l’OTAN. Il autorise temporairement 24 chalutiers britanniques à capturer jusqu’à 30 000 tonnes (certains chiffres évoquent 50 000) à l’intérieur de la ZEE islandaise, mais au terme de cette période transitoire, les Britanniques perdent tout droit de pêche dans un rayon de 200 milles autour de l’île, mettant fin à plus de cinq siècles de pratique quasi libre.

200

L’Islande obtient la reconnaissance de sa zone économique exclusive (ZEE) de 200 milles, qui deviendra un standard mondial avec la Convention sur le droit de la mer de 1982.

Le siècle de l’indépendance et du « tigre nordique »

Parallèlement à ces conflits maritimes, l’Islande poursuit sa trajectoire politique vers la pleine souveraineté. L’Acte d’Union de 1918, approuvé par référendum, fait du pays un royaume souverain en union personnelle avec le Danemark : même roi, mais gouvernement propre. Copenhague continue de gérer la diplomatie et la défense, et l’Islande se proclame neutre. La clause de révision de l’Acte prévoit une renégociation après 1940 et une possibilité de rupture après trois ans de blocage.

Lorsque l’Allemagne nazie envahit le Danemark en avril 1940, la situation bascule de fait. Le lendemain, l’Althing décide d’assumer lui‑même les prérogatives jusque‑là dévolues au roi danois : politique étrangère, garde‑côtes, nomination d’un régent, Sveinn Björnsson. L’Islande tente de maintenir sa neutralité, refusant même une offre britannique d’« aide » militaire. Mais Londres, redoutant que l’Allemagne, déjà présente en Norvège, ne prenne l’île pour base dans l’Atlantique, décide d’agir unilatéralement.

L’occupation alliée de l’Islande (1940-1941)

Chronologie des événements clés du débarquement et de la présence militaire britannique, puis américaine, en Islande pendant la Seconde Guerre mondiale.

Opération Fork – 10 mai 1940

Des marines britanniques débarquent à Reykjavik, arrêtent les ressortissants allemands et s’emparent des points stratégiques. Le gouvernement islandais, sans moyens militaires, proteste mais demande à la population de traiter les troupes comme des « invités ».

Renforcement britannique et canadien

En quelques semaines, les effectifs présents sur l’île montent à 25 000 soldats britanniques, bientôt relayés par des unités canadiennes.

Arrivée des forces américaines – Juillet 1941

Un contingent américain prend le relais, avec 4 100 marines débarqués initialement. Leur nombre augmentera jusqu’à atteindre 40 000 soldats, dépassant le nombre d’hommes adultes islandais.

Sur le papier, l’Islande reste neutre pendant tout le conflit, mais coopère de fait avec les Alliés : bases aériennes pour la patrouille anti‑sous‑marine, ports d’escale pour les convois vers Mourmansk, stations d’écoute radio pour traquer les transmissions des U‑Boot dans l’Atlantique Nord. Le prix humain n’est pas nul : environ 230 Islandais meurent dans le conflit, principalement marins victimes de mines, de sous‑marins ou d’attaques aériennes. Quelques civils sont aussi tués par des soldats alliés, incidents rares mais documentés.

Sur le plan intérieur, la présence de dizaines de milliers de soldats bouleverse la société. Le phénomène des liaisons entre femmes islandaises et militaires britanniques ou américains, surnommé ástandið (« la Situation »), déclenche une enquête policière, des listes de noms, des tensions familiales. Environ 255 enfants naîtront de ces unions, baptisés plus tard « enfants de la Situation ». Simultanément, la capitale se transforme : rues nouvelles, commerces, restaurants, services modernes apparaissent, attirant des habitants venus des campagnes.

De la monarchie à la république

Lorsque l’Acte d’Union de 1918 arrive à échéance, en 1943, la guerre rend impossible une renégociation avec un Danemark occupé. Les autorités islandaises décident donc unilatéralement de mettre fin à l’union. Un référendum organisé en mai 1944 enregistre un soutien massif à la rupture avec la Couronne danoise et à la création d’une république : la participation dépasse 98 %, et plus de 95 % des votants approuvent la nouvelle Constitution républicaine.

Exemple :

Le 17 juin 1944, date anniversaire du leader indépendantiste Jón Sigurðsson, la République d’Islande est proclamée à Þingvellir. Sveinn Björnsson en devient le premier président. Depuis Copenhague occupée, le roi Christian X envoie un message de félicitations, mettant ainsi fin symboliquement à près de sept siècles de tutelle norvégienne puis danoise.

Sur la scène internationale, l’Islande s’affirme rapidement. Elle rejoint l’ONU en 1946, l’OCDE en 1948, puis devient membre fondateur de l’OTAN en 1949, malgré des manifestations hostiles à Reykjavik. En 1951, un accord de défense est signé avec les États‑Unis, qui maintiendront une base à Keflavik jusqu’en 2006.

Du dirigisme à la libéralisation

Les décennies d’après‑guerre sont marquées par une croissance rapide – autour de 4 % par an de 1945 à 2007 –, mais aussi par une instabilité macroéconomique spectaculaire : inflation galopante, cycles d’expansion et de récession autonomes par rapport au reste de l’OCDE. La forte dépendance aux ressources naturelles, surtout au poisson, et la tendance de l’État à utiliser la politique monétaire et budgétaire pour soutenir l’emploi en sont les principales causes.

À partir des années 1960, une première vague de réformes commence : dévaluation de la couronne, réduction des subventions à la pêche, création de dispositifs d’indemnisation du chômage. L’État investit massivement dans les infrastructures (routes, ports, énergie hydro‑ et géothermique), et dans de grandes entreprises publiques ou coopératives (banques, centrales électriques, usines laitières, abattoirs). Malgré cela, les années 1970 et 1980 voient l’inflation atteindre des niveaux stratosphériques, alimentée par les chocs pétroliers et par des politiques de soutien intensif à la demande.

Dans les années 1990, une nouvelle orientation s’affirme, sous l’impulsion de gouvernements dominés par le Parti de l’indépendance. L’économie est progressivement déréglementée, de nombreuses entreprises publiques sont privatisées, les contrôles sur les capitaux s’allègent avec l’entrée dans l’Espace économique européen en 1994. L’impôt sur les sociétés passe d’environ 50 % au début de la décennie à 18 % vers sa fin, l’impôt sur la fortune est supprimé, les droits de succession sont réduits. L’inflation, longtemps endémique, retombe à des niveaux « normaux » sous les 4 %.

L’économie se diversifie : logiciels, biotechnologies, services financiers, tourisme nature, industries à forte intensité énergétique adossées aux barrages et aux champs géothermiques (aluminium en particulier). On parle alors de « tigre nordique » pour décrire cette nouvelle Islande, à la fois hautement développée – elle caracole en tête de l’Indice de développement humain – et très libérale, vantée pour son niveau exceptionnel de libertés économiques et civiles.

Du miracle financier à la grande crise, puis à la résilience

La face sombre de ce succès apparaît dans les années 2000. Les banques, privatisées au début de la décennie, se lancent dans une expansion effrénée à l’international, profitant d’un environnement de taux d’intérêt bas dans le monde et d’une réputation en plein essor. En dix ans, la taille du système bancaire passe d’environ 100 % du PIB à… 900 % en 2008. Les trois principaux établissements cumulent alors des actifs neufs fois supérieurs à la richesse produite annuellement dans le pays.

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Le ratio de la dette extérieure de l’Islande par rapport à son PIB lors de la crise financière de 2008.

Les réactions politiques sont vives : Londres va jusqu’à saisir certains actifs islandais et à classer temporairement Reykjavik dans une législation antiterroriste, au grand scandale des Islandais. Les négociations autour du remboursement des dépôts Icesave avec les Pays‑Bas et le Royaume‑Uni empoisonnent plusieurs années la diplomatie du pays.

L’Islande doit solliciter d’urgence l’aide du FMI et de plusieurs pays européens. Le Fonds monétaire, conscient des spécificités de la situation et du contexte social, renonce aux recettes habituelles les plus dures : l’Islande est autorisée à laisser filer les déficits publics en 2009 et à maintenir la plupart des prestations sociales. Des contrôles de capitaux sont réintroduits pour stabiliser la monnaie. La banque centrale porte les taux d’intérêt à 18 % fin 2008 pour tenter de juguler l’inflation.

6.5

Le PIB de l’Islande a reculé de 6,5 % en 2009 suite à la crise financière.

Simultanément, un nouveau moteur se met en marche : le tourisme. Les paysages spectaculaires de l’île – volcans, glaciers, aurores boréales – conjugués à une image globale de pays créatif et sûr, attirent des visiteurs par millions. Dès le milieu des années 2010, les recettes touristiques dépassent celles de la pêche. Parallèlement, l’Islande exporte de plus en plus de services basés sur la connaissance : logiciels, produits pharmaceutiques, équipements de haute technologie, musique, design.

En 2025, le pays affiche un PIB d’environ 35 milliards de dollars, avec un niveau de richesse par habitant parmi les plus élevés du monde, une électricité produite à 100 % par des sources renouvelables – hydroélectricité et géothermie – et un taux de jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation parmi les plus faibles de l’OCDE. Le « tigre nordique » a connu une violente chute, mais s’est relevé plus vite que beaucoup ne l’auraient cru.

Le tableau ci‑dessous résume quelques caractéristiques économiques emblématiques à trois moments clés.

PériodeCaractéristiques économiques principalesPosition relative
Début XXᵉ sièclePays parmi les plus pauvres d’Europe de l’Ouest, économie rurale, pêche en mutationPIB par habitant très faible
Fin des années 2000« Tigre nordique », banques hypertrophiées, diversification, haut niveau de vieTête de l’IDH, forte liberté économique
Après 2010Économie mixte, tourisme > 10 % du PIB, services de connaissance, énergie 100 % renouvelable5ᵉ PIB/hab. nominal, 1er à l’IDH (2025)

Histoire du pays en Islande : une continuité malgré les ruptures

De la première cabane norvégienne près des sources chaudes de Reykjavik aux gratte‑ciel de verre des banques, de l’Althing à ciel ouvert aux écrans des traders, de la hutte de tourbe isolée au musée high‑tech sur la bataille d’Örlygsstaðir, l’histoire du pays en Islande a connu des ruptures profondes. Mais elle présente aussi des fils continus étonnants.

Le premier est la centralité du droit et de la délibération collective. L’Althing, né en 930, aboli en 1800, restauré en 1845, transformé en parlement moderne en 1874, reste au cœur de la légitimité politique. C’est devant lui que se décide la conversion au christianisme, qu’est évoqué le projet d’indépendance, qu’est déclarée la République. Même privé de pouvoir sous l’absolutisme danois, il survit comme symbole, avant d’être réinvesti au XIXᵉ siècle.

Bon à savoir :

Les sagas familiales médiévales structurent toujours la mémoire nationale. Leurs lieux sont balisés et muséifiés. Les manuscrits anciens, conservés à Copenhague, ont fait l’objet d’une bataille diplomatique pour leur restitution partielle à Reykjavik. L’Islande contemporaine habite ainsi ses textes anciens, ne vivant pas seulement dans le présent.

Le troisième fil est celui de la mer. C’est par elle que viennent les premiers colons, les moines égarés, les corsaires barbaresques, les baleiniers britanniques, les marins allemands, les troupes britanniques et américaines, les touristes des ferries. C’est elle qui nourrit le pays pendant des siècles, qui fonde sa puissance économique au XXᵉ siècle, qui est au cœur des guerres de la morue, qui attire aujourd’hui les amateurs d’observation de baleines ou de pêche sportive.

Exemple :

Les guerres de la morue opposant l’Islande au Royaume-Uni dans les années 1950-1970 illustrent la relation constante et parfois conflictuelle de l’île avec des puissances plus grandes. Ce bras de fer asymétrique, remporté par l’Islande, démontre sa capacité à utiliser sa position géostratégique, son rôle au sein de l’OTAN et une détermination nationale farouche pour défendre ses intérêts vitaux, en l’occurrence l’extension de ses zones de pêche exclusives. Cette résistance s’inscrit dans une longue histoire de négociations pour préserver sa marge de manœuvre, face aux prétentions norvégiennes puis danoises historiques, ou aux intérêts stratégiques américains durant la Guerre froide, avec la base de Keflavik.

L’histoire du pays en Islande n’est donc pas seulement une succession de dates ou de dominations subies. C’est le récit continu d’une petite société, née sur une île de lave et de glace sans autochtones à soumettre, qui a inventé précocement un parlement, consigné sa propre naissance dans des sagas, enduré les famines et les monopoles, et su, à plusieurs reprises – en 1000, en 1262, en 1845, en 1918, en 1944, en 1976, en 2008 – transformer des crises en tournants décisifs. Une histoire où la morue, les manuscrits de veau et les champs de lave comptent autant que les traités et les canons.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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