S’installer en Islande, y travailler ou y acheter un logement attire de plus en plus d’expatriés européens, et notamment français. Mais derrière les paysages volcaniques et la qualité de vie élevée se cache un système fiscal très structuré, à la fois simple dans son fonctionnement quotidien et exigeant dans ses obligations. Comprendre comment fonctionne l’impôt sur le revenu, la taxe foncière et les conventions internationales est indispensable pour éviter les mauvaises surprises, en particulier si l’on reste fiscalement lié à la France.
Cet article détaille les règles pratiques de l’impôt sur le revenu et de la taxe foncière en Islande pour les expatriés. Il s’appuie sur les données officielles et les dispositions de la convention fiscale franco-islandaise.
Devenir résident fiscal en Islande : le seuil des 183 jours
La première question à trancher quand on s’expatrie en Islande concerne la résidence fiscale. C’est elle qui détermine si l’on sera imposé sur ses seuls revenus islandais ou sur l’ensemble de ses revenus mondiaux.
En Islande, la règle est claire : une personne qui séjourne dans le pays plus de 183 jours sur une période de 12 mois est considérée comme résidente fiscale. À partir de ce seuil, l’administration considère que l’essentiel de la vie économique de l’intéressé se déroule sur place, et elle impose alors tous ses revenus, quelle que soit leur origine géographique. En deçà, les personnes restent non-résidentes et ne sont taxées que sur leurs revenus de source islandaise.
Une personne qui garde un logement en France tout en vivant principalement en Islande pourrait être considérée comme résidente fiscale des deux pays. Les conventions fiscales, comme celle signée entre la France et l’Islande, prévoient des mécanismes d’arbitrage pour résoudre ces conflits et éviter que le même revenu ne soit imposé deux fois.
Dans ce cas de « double résidence », la convention franco-islandaise détermine la résidence fiscale en plusieurs étapes : d’abord le pays où se trouve le foyer permanent, puis celui où sont les intérêts vitaux (famille, travail, patrimoine), puis le lieu de séjour habituel, et enfin, en dernier recours, un accord entre les administrations des deux États.
Architecture générale de l’impôt sur le revenu en Islande
L’impôt sur le revenu en Islande combine deux niveaux : un impôt national et un impôt municipal. Le système est progressif : plus le revenu augmente, plus le taux marginal appliqué est élevé. Il fonctionne surtout en « prélèvement à la source » : l’impôt est retenu chaque mois sur le salaire, directement par l’employeur, et reversé à l’administration fiscale, Skatturinn.
Le processus fiscal annuel, identique pour les résidents et les expatriés, implique le dépôt d’une déclaration en ligne en mars pour les revenus de l’année précédente. Cette déclaration détaille tous les revenus, le patrimoine et les dettes. L’administration calcule ensuite l’impôt définitif et procède à une régularisation en juillet, sous forme d’un remboursement ou d’un solde à payer, pour corriger les écarts avec les prélèvements mensuels.
Les employeurs jouent un rôle central dans ce système. Ils doivent non seulement prélever l’impôt sur les salaires, mais aussi verser les cotisations sociales, tenir des fiches de paie détaillant les retenues, et fournir en début d’année un récapitulatif des rémunérations versées. Pour l’expatrié salarié, ces documents sont précieux : ils servent de justificatifs en cas de contrôle et facilitent la préparation de la déclaration annuelle.
Barèmes d’imposition : des taux élevés mais lisibles
Les barèmes d’imposition islandais associent un taux d’impôt national et un taux municipal, qui varie d’une commune à l’autre mais gravite autour de 14 à 15 %. Pour les années récentes, les tranches intégrant impôt d’État et impôt municipal tournent autour de trois paliers principaux. Plusieurs sources de barèmes coexistent, mais elles convergent vers les mêmes ordres de grandeur.
Un exemple de structure de barème indique :
– un premier palier autour de 31,45 à 31,49 % pour les revenus mensuels situés dans la tranche basse ;
– un deuxième palier voisin de 37,95 à 37,99 % pour les revenus intermédiaires ;
– un troisième palier tournant autour de 46,25 à 46,29 % pour les plus hauts revenus.
Il s’agit du taux marginal supérieur de l’impôt sur le revenu en Islande, applicable aux revenus dépassant environ 1,28 million ISK par mois.
Pour mémoire, des barèmes plus anciens mentionnent aussi :
| Palier de revenu | Taux global indicatif (État + commune) |
|---|---|
| Revenu mensuel bas (0 à ~464 000 ISK) | ≈ 31,45 % |
| Revenu mensuel intermédiaire (~464 000 à ~1 280 000 ISK) | ≈ 37,95 % |
| Revenu mensuel élevé (au‑delà de ~1 280 000 ISK) | ≈ 46,25 % |
Ces taux s’appliquent après déduction des cotisations obligatoires au fonds de pension, ce qui revient, dans les faits, à imposer un revenu net de retraite plutôt que le salaire brut.
Pour un expatrié, cela signifie que la charge fiscale sur les revenus d’activité peut paraître lourde, mais le système est transparent, largement automatisé, et atténué par un mécanisme central : le crédit d’impôt personnel.
Le crédit d’impôt personnel : la clé du système
En Islande, tout résident de plus de 16 ans bénéficie chaque mois d’un crédit d’impôt personnel qui vient réduire directement l’impôt prélevé sur son salaire. Ce crédit n’est pas une déduction du revenu, mais bien une réduction d’impôt calculée en valeur absolue. Autrement dit, il s’agit d’un montant fixe, imputable sur l’impôt dû.
Les montants mentionnés dans les sources récentes varient selon les années, mais donnent une fourchette claire :
| Année de référence | Crédit d’impôt personnel (mensuel) |
|---|---|
| Valeur historique (exemple) | 52 907 ISK |
| Estimation courante (résidents de plus de 16 ans) | ≈ 70 000 ISK |
| Projection/tarification récente | 69 288 ISK |
| Autre valeur citée pour une année donnée | 75 762 ISK |
Dans la pratique, ce crédit d’impôt réduit sensiblement la charge fiscale réelle pour les bas et moyens revenus. L’expatrié salarié doit en revanche effectuer une démarche simple mais indispensable : indiquer à son employeur qu’il souhaite utiliser ce crédit, soit en totalité sur son emploi principal, soit en le répartissant entre plusieurs employeurs le cas échéant. Tant que cette information n’est pas communiquée, l’employeur est tenu d’appliquer la retenue maximale sans crédit d’impôt, ce qui alourdit le prélèvement mensuel.
Pour les couples mariés ou en concubinage reconnu, le crédit d’impôt inutilisé par l’un des partenaires peut être intégralement transféré à l’autre. Ce mécanisme permet d’éviter qu’une personne avec un faible revenu ne perde une partie de son avantage fiscal et optimise ainsi la charge fiscale globale du foyer.
En plus de l’impôt sur le revenu, les salaires en Islande supportent un ensemble de cotisations obligatoires, principalement liées aux retraites et à la sécurité sociale. Le socle incontournable est la contribution au fonds de pension, qui atteint au minimum 15,5 % du salaire brut. Cette contribution est partagée entre le salarié, qui verse 4 %, et l’employeur, qui apporte au moins 11,5 %. La part salariale est déductible du revenu imposable.
Un dispositif d’épargne-retraite supplémentaire existe en parallèle. Si le salarié choisit de cotiser jusqu’à 4 % de plus sur un plan volontaire, l’employeur ajoute souvent une contribution complémentaire d’environ 2 %. Ce mécanisme augmente le taux d’épargne-retraite global, en échange d’un avantage fiscal à l’entrée.
Les employeurs islandais paient une taxe sur la masse salariale (tryggingagjald), généralement entre 6,35 % et 6,90 %, avec des taux réduits pour certains secteurs comme la pêche ou l’agriculture. Les travailleurs indépendants doivent quant à eux verser eux-mêmes une cotisation sociale d’environ 6,35 % sur leurs revenus.
Outre ces éléments principaux, d’autres contributions obligatoires existent, par exemple une redevance de radiodiffusion nationale ainsi qu’une contribution au fonds de construction de logements pour personnes âgées, toutes deux prélevées dès qu’un certain seuil de revenu est franchi. Là encore, ces prélèvements concernent sans distinction citoyens islandais et expatriés devenus résidents fiscaux.
Revenus du capital et loyers : une fiscalité spécifique
Pour un expatrié disposant d’un patrimoine financier ou immobilier, la fiscalité islandaise sur le capital mérite une attention particulière. Contrirement à certains pays qui intègrent les revenus du capital dans le barème progressif de l’impôt sur le revenu, l’Islande applique un taux proportionnel spécifique.
Les revenus de capitaux mobiliers (intérêts, dividendes, plus-values sur titres) sont généralement imposés à un taux fixe de 22 % pour les particuliers. Les dividendes versés à des personnes physiques sont soumis à une retenue à la source à ce même taux, qui constitue en principe l’impôt définitif, sauf cas de convention fiscale particulière.
Pour un particulier louant un bien d’habitation, une partie du loyer brut bénéficie d’un abattement standard, réduisant la base imposable. Un régime courant taxe 50% du revenu à 20%, soit un taux effectif d’environ 10% du loyer brut. Les règles varient selon le type de location : occasionnelle, courte durée touristique, ou activité commerciale, cette dernière pouvant entraîner des obligations de TVA.
Cette distinction est importante pour les expatriés qui conservent un pied-à-terre en Islande ou qui investissent dans un logement destiné à la location. Au-delà de certains seuils de jours loués ou de loyers perçus, l’activité peut être requalifiée en hébergement touristique et tomber sous un régime plus lourd, avec notamment de la TVA à 11 % sur les locations touristiques et des exigences administratives renforcées.
Taxe foncière en Islande : un impôt municipal sur la valeur cadastrale
La taxe foncière en Islande, souvent appelée fasteignagjald, est un impôt local prélevé par les municipalités sur l’ensemble des biens immobiliers, qu’ils soient utilisés comme résidences, locaux professionnels ou hébergements touristiques. Contrairement à la France où la base est la valeur locative cadastrale, l’Islande s’appuie sur une valeur officielle du bien, censée refléter au mieux sa valeur réelle de marché.
Déterminée annuellement par l’autorité nationale du logement et de la construction (HMS), cette valeur couvre le terrain et le bâtiment.
Les propriétaires reçoivent la nouvelle estimation au début de l’été.
Un délai d’un mois est accordé pour formuler des observations ou contester l’estimation.
La taxe foncière résulte ensuite de l’application d’un taux, fixé chaque année par le conseil municipal, à cette valeur cadastrale officielle. Les taux varient sensiblement selon les villes et surtout selon l’usage du bien. À l’échelle nationale, la fourchette typique se situe entre 0,15 % et 0,50 % de la valeur cadastrale, mais certaines catégories de biens, notamment commerciaux ou touristiques, peuvent être taxées plus lourdement.
La capitale islandaise, Reykjavík, illustre cette différenciation en appliquant des taux de taxe distincts selon la catégorie du bien immobilier.
| Catégorie de bien à Reykjavík | Usage principal | Taux de taxe foncière indicatif |
|---|---|---|
| Catégorie A | Logements, fermes, maisons de vacances, dépendances agricoles | 0,18 % |
| Catégorie B | Écoles, hôpitaux, bibliothèques, gymnases | Autour de 1,32 % |
| Catégorie C | Bureaux, commerces, industries, hébergements touristiques | Jusqu’à 1,60 % |
Pour l’année 2025, un taux global d’environ 0,234 % est évoqué pour certaines propriétés résidentielles à Reykjavík, ce qui reste relativement modéré, surtout en comparaison avec certains niveaux de taxe foncière observés en France dans les grandes agglomérations. Mais pour les biens utilisés à des fins commerciales ou touristiques (comme une maison transformée en location de courte durée pour voyageurs), la facture peut grimper nettement, avec des taux au-delà de 1 % de la valeur cadastrale.
Comment la valeur cadastrale est-elle fixée ?
L’évaluation foncière en Islande repose sur un travail centralisé de l’HMS, qui tient un registre des biens immobiliers (Fasteignaskrá) et actualise chaque année la valeur théorique de chaque propriété. Cette valeur est censée correspondre à la valeur de marché, ou à ce qui s’en rapproche le mieux, selon des méthodes inspirées de la jurisprudence et des comparaisons de ventes.
L’objectif affiché est d’avoir une base la plus proche possible de la réalité, pour éviter les distorsions trop importantes entre la valeur fiscale et la valeur de marché. C’est un contraste notable avec la France, où les valeurs cadastrales datent des années 1960-1970 et font encore l’objet de réformes repoussées.
Objectif de l’évaluation fiscale
Pour un expatrié propriétaire, cela signifie que la taxe foncière islandaise suit de près l’évolution du marché immobilier. Si les prix montent fortement dans une zone donnée, la valeur cadastrale grimpe aussi et, par ricochet, le montant de la taxe foncière augmente. En contrepartie, cette méthode évite les situations où des biens très valorisés bénéficient d’une taxe artificiellement basse au regard du marché.
Expatrié et propriétaire : comment se calcule la taxe foncière ?
Du point de vue d’un expatrié qui achète une maison à Reykjavík, le calcul est relativement simple dans son principe. La base de calcul est la valeur cadastrale. Le taux applicable dépend de l’usage du bien et de la décision annuelle du conseil municipal. Le montant dû correspond au produit des deux.
On peut résumer ce fonctionnement dans un tableau synthétique :
| Élément | Règle en Islande |
|---|---|
| Base de calcul | Valeur cadastrale officielle (terrain + bâtiment) fixée par HMS |
| Périodicité | Taxe annuelle |
| Fixation du taux | Décision annuelle de la municipalité |
| Fourchette nationale courante | ≈ 0,15 % à 0,50 % de la valeur cadastrale (résidentiel) |
| Exemple Reykjavík (logement) | ≈ 0,18 % à 0,234 % selon catégorie et année |
| Exemple Reykjavík (tourisme/commercial) | Jusqu’à 1,60 % de la valeur cadastrale |
Le propriétaire expatrié doit donc anticiper cette dépense dans son budget, au même titre que les charges de copropriété ou l’assurance habitation. Il doit aussi rester attentif aux notifications d’évaluation envoyées par les autorités islandaises au début de l’été, afin de pouvoir réagir en cas d’erreur manifeste dans la description ou la valorisation de son bien.
Lien entre taxe foncière, revenus locatifs et fiscalité locale
Pour les expatriés qui mettent leur bien islandais en location, la taxe foncière n’est qu’un volet de la fiscalité immobilière. Les loyers perçus, comme on l’a vu, sont imposables dans la catégorie des revenus du capital, avec un abattement ou une fraction standard exonérée. En parallèle, certains types de locations, notamment touristiques de courte durée, peuvent être soumis à la TVA locale à 11 %. Enfin, la valeur cadastrale utilisée pour la taxe foncière reflète souvent l’attractivité locative du bien : une ville ou un quartier très prisé sur le marché des locations voit généralement ses évaluations et, donc, sa taxe foncière augmenter.
Les expatriés combinant résidence personnelle et location saisonnière d’un même bien doivent surveiller les réglementations locales, souvent renforcées pour limiter la pression sur le marché locatif. Cela peut entraîner un reclassement fiscal du bien (ex: catégorie C à Reykjavík, avec une taxe foncière plus élevée) et des obligations supplémentaires comme la collecte de la TVA.
Déclaration en ligne et suivi des obligations fiscales
L’un des atouts du système fiscal islandais pour un expatrié est sa forte digitalisation. L’essentiel des démarches se fait sur le portail de Skatturinn, accessible en plusieurs langues, dont l’anglais, le polonais, le lituanien, l’islandais, et pour certaines notices, l’espagnol.
Pour remplir une déclaration annuelle, l’identification se fait généralement via une identité électronique (e-ID) liée à la kennitala, le numéro d’identification personnel à 10 chiffres. Les personnes sans e-ID peuvent demander un code d’accès temporaire sur le site de l’administration en fournissant leur kennitala.
La déclaration préremplie reprend en grande partie les informations transmises par les employeurs, les banques, les fonds de pension et, le cas échéant, les autorités locales. Il appartient ensuite au contribuable d’ajouter les éléments manquants, notamment certains revenus de source étrangère ou des modifications de situation. Les expatriés disposent aussi de guides simplifiés, mis en ligne par l’administration, pour les aider à naviguer dans ce système qui, derrière son apparente simplicité, repose sur des règles techniques précises.
Quitter l’Islande : ne pas oublier la dernière déclaration
Un autre point crucial pour les expatriés concerne le départ du pays. L’Islande demande aux personnes qui s’en vont d’informer Registers Iceland et de déposer une déclaration de revenus couvrant la période écoulée avant le départ. Cette démarche permet de solder la situation fiscale locale, d’éviter des rappels d’impôt ultérieurs et de clarifier, le cas échéant, le changement de résidence fiscale.
La déclaration se fait en ligne, avec un ajustement des prélèvements à la source par l’administration en juillet. Les expatriés conservant un bien immobilier en Islande restent soumis à la taxe foncière et à l’impôt sur les revenus locatifs. Ils sont imposables uniquement sur leurs revenus de source islandaise, et non plus sur leurs revenus mondiaux.
Articulation entre l’Islande et la France : la convention fiscale en pratique
Pour les Français qui s’installent en Islande, la convention fiscale signée entre les deux pays joue un rôle déterminant. Elle évite la double imposition sur les mêmes revenus en organisant un partage du pouvoir d’imposer et en prévoyant des mécanismes de crédit d’impôt.
Sur le plan des principes, cette convention prévoit par exemple que : le respect des droits de l’homme doit être garanti.
Les revenus sont imposés selon des règles spécifiques en fonction de leur nature et de la localisation : les revenus immobiliers et les plus-values immobilières sont imposables dans l’État où se situe le bien ; les salaires sont généralement imposables dans l’État où le travail est exercé (avec des exceptions pour les missions de courte durée) ; les dividendes, intérêts et redevances sont en priorité imposables dans l’État de résidence du bénéficiaire, l’État de la source pouvant appliquer une retenue d’impôt limitée.
Pour un expatrié français résident fiscal en Islande qui possède un logement en France, cela signifie que les loyers de ce bien restent imposables en France, mais que l’Islande doit en tenir compte pour déterminer son taux effectif d’imposition sur les autres revenus (méthode dite de l’exemption avec progressivité). Inversement, pour un résident français qui possède un bien en Islande, les revenus fonciers islandais sont imposables dans l’État nordique, mais la France tient compte de ce revenu pour fixer le taux applicable aux autres revenus du foyer tout en accordant un crédit d’impôt destiné à neutraliser la double imposition.
La convention couvre l’impôt national sur le revenu, l’impôt communal, l’impôt ecclésiastique et la taxe funéraire adossée à l’impôt municipal. Tous ces prélèvements sont pris en compte pour le calcul des crédits d’impôt et l’analyse d’un éventuel traitement fiscal discriminatoire envers les résidents de l’autre État.
Cas particulier des Français non-résidents et des liens fiscaux persistants
Du côté français, le changement de résidence fiscale vers l’Islande ne signifie pas nécessairement la fin de toute obligation déclarative. Un Français qui transfère son domicile fiscal hors de France reste tenu de déclarer ses revenus de source française (loyers, salaires français, pensions versées par un organisme français, etc.) via des formulaires spécifiques. Les règles françaises prévoient notamment un taux minimal de 20 % pour les non-résidents sur ces revenus, sauf à démontrer qu’un taux moyen mondial plus faible devrait s’appliquer.
Pour un expatrié, optimiser sa situation globale nécessite de bien articuler les systèmes fiscaux français et islandais, notamment en cas de cumul de revenus professionnels, de patrimoine immobilier dans les deux pays et de placements financiers.
Zoom sur les travailleurs hautement qualifiés : une niche à connaître
Parmi les dispositifs qui intéressent directement les expatriés figure un régime fiscal spécifique destiné aux experts étrangers très qualifiés. Sous conditions, ces derniers peuvent bénéficier pendant leurs trois premières années d’emploi en Islande d’une exonération partielle, puisque seuls 75 % de leur rémunération sont pris en compte pour le calcul de l’impôt islandais. Cet abattement de 25 % s’applique sur le revenu imposable, ce qui peut faire une différence substantielle dans un pays où le taux marginal dépasse 46 %.
Pour bénéficier de l’exonération fiscale, le salarié expatrié doit impérativement déposer sa demande auprès de l’organisme de recherche Rannís dans un délai de trois mois suivant le début de son emploi. Rannís évalue alors si le profil du candidat et les caractéristiques du poste, notamment son caractère à haute valeur ajoutée, entrent dans le cadre du dispositif. Il est donc crucial d’examiner cette possibilité dès le début de l’installation en Islande.
Ce que cela signifie concrètement pour un expatrié en Islande
Au final, la fiscalité islandaise, vue à travers le prisme de l’impôt sur le revenu et de la taxe foncière, présente un visage à la fois exigeant et prévisible pour un expatrié.
Le pays applique un barème d’impôt sur le revenu relativement élevé, mais un crédit d’impôt personnel et un système de précompte très automatisé limitent les régularisations importantes. Les cotisations retraite, bien que conséquentes, constituent un investissement à long terme. Le système est simplifié pour de nombreux contribuables grâce à des déclarations en ligne largement préremplies.
Sur le plan immobilier, la taxe foncière repose sur des valeurs cadastrales actualisées chaque année, avec des taux relativement modérés pour les résidences principales, mais plus lourds pour les biens affectés à une activité économique ou touristique. Pour un expatrié propriétaire, l’Islande propose ainsi un cadre clair où la fiscalité suit de près la valeur réelle du bien, sans décalages historiques majeurs.
Pour un expatrié français en Islande, l’essentiel est de comprendre l’interaction entre le système fiscal local et les règles françaises. Cela implique de maîtriser la convention fiscale entre les deux pays, les critères de résidence fiscale, ainsi que les obligations persistantes envers la France concernant les revenus et le patrimoine conservés sur le territoire français.
Pour ceux qui envisagent un projet de long terme en Islande, qu’il s’agisse d’un emploi stable, d’un investissement immobilier ou d’une activité indépendante, cette compréhension fine de la fiscalité locale et de l’impôt sur le revenu comme de la taxe foncière constitue un passage obligé. C’est à ce prix que l’on peut profiter pleinement des avantages d’une expatriation dans un pays à la fois attractif, structuré et exigeant sur le plan fiscal.
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