Créer son entreprise en Islande quand on est expatrié

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’installer en Islande pour entreprendre, c’est accepter un double pari : celui d’un marché minuscule mais très solvable, et celui d’un environnement naturel et économique à la fois exigeant et exceptionnel. Pour un expatrié, le pays offre un mélange rare de stabilité, de transparence et d’innovation, avec un écosystème très accueillant pour les projets technologiques, durables et créatifs.

Bon à savoir :

Ce guide aborde les aspects essentiels pour évaluer la création d’entreprise en Islande : conditions de résidence, choix de la structure juridique, régime fiscal, coûts associés, marché de l’immobilier commercial, culture des affaires et écosystème startup. Il vise à fournir les repères nécessaires pour juger de la cohérence de ce projet avec votre expatriation et pour initier les démarches.

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Comprendre le contexte islandais avant de se lancer

Avant de parler formulaires et statuts, il faut mesurer ce que représente le pays pour un entrepreneur étranger. L’Islande, c’est moins de 400 000 habitants, une capitale qui concentre l’essentiel de l’activité, une économie très ouverte mais structurellement volatile, et une société à la fois ultra-moderne et profondément marquée par l’égalité et la proximité.

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Six nouveaux secteurs, dont le tourisme et la tech, se sont ajoutés aux piliers traditionnels de l’économie.

La petite taille du marché impose presque toujours de penser international dès le départ. C’est l’un des traits marquants de l’écosystème : les startups locales, qu’elles soient dans le jeu vidéo, la fintech ou la medtech, raisonnent très vite export, que ce soit vers l’Europe ou l’Amérique du Nord, auxquelles l’Islande est idéalement reliée géographiquement et numériquement (câbles à fibre optique à haut débit).

Un environnement pro-business mais coûteux

Le pays est souvent décrit comme l’un des plus chers au monde. Les salaires moyens sont élevés, les loyers commerciaux et résidentiels pèsent lourd, et l’importation de biens renchérit pratiquement tout. En contrepartie, le pouvoir d’achat local est élevé, la demande en services de qualité est réelle, et l’énergie – 100 % renouvelable – reste extrêmement compétitive, ce qui fait de l’Islande un terrain de jeu intéressant pour des activités énergivores (data centers, industrie, process gourmands en chaleur industrielle, etc.).

Astuce :

Pour un expatrié, la réussite entrepreneuriale nécessite une préparation rigoureuse. Il est essentiel d’arriver avec un business plan solide, un financement suffisant et une vision claire de sa clientèle cible. Celle-ci peut être locale et haut de gamme, orientée B2B, touristique, ou totalement internationale (par exemple via du SaaS, du conseil à distance ou la vente de produits numériques).

Statut de séjour, visa et lien avec l’entrepreneuriat

Créer une société en Islande n’ouvre pas automatiquement un droit de résidence. Les chemins sont distincts et il faut penser le projet entrepreneurial en parallèle de son statut migratoire.

EEE/EFTA, non-EEE : deux cadres très différents

Les citoyens de l’Espace économique européen (EEE) et de l’AELE peuvent séjourner en Islande jusqu’à trois mois sans formalité particulière, puis s’enregistrer pour un séjour plus long. Ils ont le droit de créer une entreprise et d’exercer une activité économique sans visa spécifique, même si certaines formalités demeurent (enregistrement, numéro d’identification, etc.).

Attention :

Pour les ressortissants hors EEE/EFTA, il n’existe aucun programme de résidence par investissement. L’obtention d’un titre de séjour passe uniquement par les voies classiques : emploi, regroupement familial, études ou entrepreneuriat. Pour ce dernier, la simple création d’une entreprise ne suffit pas ; il faut déposer un dossier de permis démontrant la viabilité du projet, son intérêt pour l’économie islandaise et les moyens financiers du demandeur.

Le temps de traitement d’un permis de résidence basé sur l’emploi est en général de l’ordre de 90 jours à partir du moment où le dossier est complet, ce qui impose de bien anticiper si vous conditionnez la création de la société à votre présence physique dans le pays.

Le visa « remote work » : utile, mais pas pour entreprendre localement

Pour les nomades numériques, l’Islande a mis en place un « Long-Term Visa for Remote Work » (souvent appelé visa digital nomad), qui permet à un non-EEE/EFTA de vivre jusqu’à 180 jours dans le pays en travaillant à distance pour des employeurs ou clients à l’étranger. Les conditions sont strictes : revenu mensuel minimum d’environ 1 000 000 ISK pour une personne seule, pas d’activité sur le marché du travail islandais, ni accès au numéro d’identification national ni aux services publics.

Bon à savoir :

Ce visa ne permet pas de travailler pour des clients islandais ni d’être salarié localement. Il n’est donc pas adapté pour créer une entreprise ancrée en Islande, mais sert plutôt à tester la vie sur place tout en conservant une activité professionnelle entièrement à l’étranger.

Choisir la bonne forme juridique pour sa société

Le droit islandais propose plusieurs formes d’organisation. Pour un expatrié, il est crucial de choisir un véhicule compatible avec son projet, sa fiscalité et son exposition au risque.

Panorama des formes possibles

Voici une synthèse des principales structures accessibles :

Forme juridiqueCapital minimumResponsabilitéTaux d’IS / impôt sur bénéfices
Société privée à responsabilité limitée (ehf.)500 000 ISKLimitée aux apports20 %
Société publique (hf.)4 000 000 ISKLimitée aux apports20 %
Entreprise individuelleAucunIllimitéeImposé au niveau de la personne
Société de personnes (partnership)AucunIllimitée en principe36–37,6 % ou chez les associés
CoopérativeVariable, min. 15 membresLimitée à la part sociale20 %
Filiale étrangère immatriculée (branch)Pas de capital minimumConfondue avec la maison-mèreTaux selon statut de la maison-mère

La grande majorité des entrepreneurs, islandais comme étrangers, optent pour la société privée à responsabilité limitée (ehf.), souple, bien connue des banques et investisseurs, et fiscalement attractive.

La société privée (ehf.) : l’outil standard de l’expatrié

La société privée à responsabilité limitée concentre plusieurs atouts pour un expatrié :

Un seul fondateur et un seul actionnaire suffisent.

Le capital minimum (500 000 ISK) reste relativement accessible.

– La responsabilité est limitée aux apports.

– Le taux d’impôt sur les bénéfices est de 20 %, parmi les plus bas d’Europe.

– Les règles de gouvernance sont relativement légères, surtout avec un nombre restreint d’actionnaires.

Bon à savoir :

L’intégralité du capital social doit être versée avant l’immatriculation de l’entreprise. Bien que cette somme puisse représenter un effort financier initial, notamment pour les très petits projets, elle devient ensuite disponible pour financer les besoins de l’entreprise après son enregistrement.

Point important : au moins un fondateur d’une société à responsabilité limitée doit être résident en Islande, citoyen et résident des îles Féroé, ou citoyen et résident d’un pays de l’EEE ou de l’AELE (avec des dérogations possibles accordées par le ministre du Commerce). En pratique, un expatrié hors EEE devra souvent s’associer à un partenaire répondant à ce critère ou recourir à un service de nominee director légalement structuré.

Société publique, partenariats et autres options

La société publique (hf.) s’adresse plutôt à des projets nécessitant beaucoup de capitaux et de nombreux actionnaires (introduction en Bourse, levée de fonds publique). Les exigences en capital (4 000 000 ISK), en gouvernance (au minimum trois administrateurs, un directeur général) et en transparence sont nettement plus élevées. Pour un expatrié qui débute, ce n’est généralement pas la bonne porte d’entrée.

Attention :

Les sociétés de personnes et entreprises individuelles, avec une responsabilité illimitée, doivent être utilisées avec prudence en cas de forte exposition aux risques (locaux commerciaux, salariés, contrats B2B). Elles sont généralement adaptées aux activités de très petite taille ou fortement professionnalisées, et leur régime fiscal peut s’avérer moins avantageux selon les situations.

Enfin, la filiale d’une société étrangère peut être une bonne option si vous possédez déjà une structure dans un autre pays et souhaitez simplement ouvrir une branche. La branche n’est pas une entité juridique distincte : la maison-mère reste responsable, ce qui simplifie certains aspects mais augmente le risque direct.

Parcours d’immatriculation et formalités de base

Ouvrir une société en Islande est réputé relativement simple et rapide, à condition d’avoir les bons prérequis (statut de séjour, partenaire local si besoin, documents complets).

Le « kennitala » : sésame administratif

Toute personne et toute société en Islande se voit attribuer un numéro d’identification à dix chiffres, le kennitala. Pour un entrepreneur expatrié, il faut distinguer :

– le kennitala personnel, nécessaire pour presque tout (banque, fiscalité, assurances, contrats, téléphone, etc.) ;

– le kennitala de la société, créé lors de l’enregistrement.

Les ressortissants EEE/AELE demandent ce numéro auprès de Registers Iceland. Les non-EEE/EFTA passent par la Direction de l’immigration, souvent en lien avec leur dossier de résidence. Le traitement prend en général une dizaine de jours dès que les documents sont complets.

Un second outil clé est l’identification électronique (Auðkenni), liée à une SIM islandaise ou à un dispositif bancaire. Elle est indispensable pour signer numériquement, faire des démarches fiscales en ligne, ouvrir un compte bancaire, etc.

Étapes-types pour une société privée (ehf.)

Le parcours ressemble grosso modo à ceci :

Exemple :

Pour créer une ehf. (einkahlutafélag) en Islande, le nom de la société doit obligatoirement se terminer par « einkahlutafélag » ou son abréviation « ehf. ». Il doit être conforme à la langue islandaise, ne pas induire en erreur, éviter d’être trop générique et se distinguer suffisamment des noms déjà existants. Si une version étrangère du nom est utilisée, celle-ci doit être une traduction littérale du nom islandais principal.

2. Rédaction des statuts et constitution L’enregistrement se fait auprès de la Direction des impôts (Ríkisskattstjóri / RSK) – registre des sociétés. En utilisant l’identification électronique, il est possible de générer automatiquement statuts, acte constitutif et formulaires nécessaires.

3. Libération du capital social Les 500 000 ISK minimum doivent être déposés sur un compte bancaire (ou attestés), sachant que les frais d’enregistrement (environ 131 000 ISK pour une ehf.) peuvent être prélevés sur ce montant.

4. Dépôt du dossier et paiement des frais Le dossier (formulaire d’immatriculation, informations sur les bénéficiaires effectifs – formulaire RSK 17.27, justificatifs de capital, etc.) est transmis à RSK, avec règlement des frais au compte bancaire indiqué par l’administration.

3 à 5

C’est le délai, en jours ouvrés, pour obtenir le kennitala après un dépôt électronique complet.

6. Immatriculation TVA si nécessaire Dès que le chiffre d’affaires taxable sur 12 mois dépasse 2 000 000 ISK, l’enregistrement à la TVA devient obligatoire. Certaines activités sont directement soumises, d’autres en sont exonérées ou à taux réduit.

7. Ouverture d’un compte bancaire professionnel Il faut un domicile légal en Islande, le kennitala de la société, la preuve d’enregistrement et, pour les non-EEE, un permis de séjour/travail valide. Non-résidents et non-titulaires de kennitala ne peuvent pas ouvrir de compte dans une banque islandaise classique, d’où l’importance de caler le calendrier visa + société + banque.

Délais, coûts et accompagnement

En pratique, une société simple (ehf.) peut être opérationnelle administrativement en une à deux semaines, hors délais de permis de séjour. Pour un étranger ne maîtrisant ni la langue ni les codes locaux, faire appel à un avocat, un cabinet comptable ou un prestataire spécialisé (qui peut proposer des forfaits incluant siège social, secrétariat, accompagnement bancaire, voire dirigeant nominee) est souvent judicieux.

Des organismes comme Business Iceland ou KLAK – Icelandic Startups orientent gratuitement vers les bons interlocuteurs et fournissent des guides en anglais.

Fiscalité des entreprises : une structure simple et compétitive

La fiscalité islandaise des sociétés est relativement transparente, avec un taux de base modéré et des dispositifs incitatifs pour l’innovation et certains secteurs.

Impôt sur les sociétés et dividendes

Les sociétés résidentes – c’est-à-dire incorporées en Islande ou gérées depuis l’Islande – sont imposées sur leurs revenus mondiaux. Le taux standard pour les sociétés à responsabilité limitée (ehf. et hf.) est de 20 %. Certaines entités assimilées à des partenariats et soumises comme entités distinctes peuvent être taxées à 37,6 %, ce qui rend la forme ehf. d’autant plus attractive.

Bon à savoir :

Le système fiscal est classique : l’entreprise paie l’impôt sur ses bénéfices, puis les actionnaires sont imposés sur les dividendes perçus. Des mécanismes existent pour limiter cette double imposition, notamment la déductibilité des dividendes provenant de certaines filiales et une exonération totale des plus-values sur la vente de participations dans des sociétés islandaises ou étrangères qualifiées, pour les EHF et HF.

Les dividendes distribués sont soumis à retenue à la source :

22 % en principe ;

20 % pour les actionnaires personnes morales non résidentes ;

0 % pour les sociétés islandaises (publiques ou privées) recevant des dividendes, sous conditions de déclaration fiscale.

Pour les sociétés résidentes d’un pays de l’EEE, des îles Féroé ou du Royaume-Uni, la retenue n’est pas nécessairement définitive : en déposant une déclaration en Islande, le taux effectif sur dividendes peut être ramené à 0 %.

TVA et autres prélèvements

Le système de TVA est à deux étages :

Type de TVATaux nominalTaux « effectif » depuis un prix TTC
Taux standard24 %19,35 %
Taux réduit (certains biens/services, tourisme…)11 %9,91 %

L’enregistrement TVA est obligatoire au-delà de 2 000 000 ISK de chiffre d’affaires taxable sur 12 mois, avec des obligations de déclaration et de facturation classiques. Certains services (longue durée de location résidentielle, par exemple) sont exonérés.

Les sociétés supportent aussi :

une taxe sur la masse salariale (6,35 % des rémunérations de 2022 à 2026, avec 0,65 % additionnel pour les pêcheurs) ;

des contributions retraite patronales (au moins 11,5 % du salaire brut, auxquelles s’ajoutent 4 % à la charge du salarié, soit un minimum de 15,5 % au total) ;

– éventuellement, une taxe sur les activités financières pour les entités concernées.

Incitations fiscales : innovation, vert, audiovisuel

L’Islande a construit un arsenal d’incitations ciblées, utile si votre projet touche à la R&D, au numérique, au cinéma ou à la musique.

Quelques dispositifs clés :

Type d’incitationBénéficiairesAvantage principal
Crédit d’impôt R&D (entreprises innovantes reconnues)PME et grandes entreprisesDéduction de 35 % (PME) ou 25 % (grandes) des dépenses de projet, jusqu’à 1,1 Md ISK/an
Incitation R&D « innovation définie »Entreprises labelliséesDéduction de 15 % des dépenses de R&D sur l’IS, avec remboursement si crédit excédentaire
Suramortissement d’actifs vertsSociétés à responsabilité limitéeAmortissement additionnel de 25 % sur certains investissements verts
Remboursement cinéma/TVProductions audiovisuellesRemboursement de 25 % des dépenses de production en Islande (35 % pour les films pour enfants)
Remboursement enregistrement musicalEnregistrements publiésRemboursement de 25 % des coûts d’enregistrement en Islande

Pour les expatriés positionnés sur le film, la musique, le jeu vidéo ou la deeptech, ces leviers peuvent considérablement améliorer la rentabilité d’un projet, à condition de respecter des critères stricts (niveau de dépenses en Islande, dépôt de dossier en amont, reconnaissance par le Centre islandais de la recherche, etc.).

Coûts d’implantation et de fonctionnement : anticiper la cherté

L’un des principaux pièges pour un entrepreneur étranger est de sous-estimer les coûts réels, en particulier à Reykjavik et dans sa région. Les salaires, les loyers commerciaux et la vie quotidienne sont nettement supérieurs à la moyenne européenne.

Salaires et charges sociales

Le salaire brut moyen dépasse 750 000 ISK par mois, avec des variations fortes selon les secteurs (un ouvrier de fabrique de poisson tourne autour de 380 000–480 000 ISK avant impôts). L’impôt sur le revenu des personnes physiques est progressif, avec plusieurs tranches et une réduction via un crédit d’impôt personnel.

L’employeur supporte en sus la taxe sur salaires (6,35 %) et au moins 11,5 % de cotisation retraite, ce qui rend le coût total chargé très supérieur au brut. À l’échelle d’une startup, chaque recrutement doit donc être soigneusement calibré.

Loyer et immobilier commercial

Le marché de l’immobilier commercial connaît une croissance soutenue, tirée par la logistique, le tourisme et la demande d’espaces modernes et durables. Les rendements bruts sur l’immobilier commercial oscillent typiquement entre 5,5 % et 7 %, voire davantage pour les petits hôtels ou guesthouses dans les zones touristiques.

Bon à savoir :

Pour un entrepreneur, la sélection d’un bureau ou d’un atelier doit principalement reposer sur deux facteurs : la disponibilité du bien et son coût au mètre carré. Il est important de noter que ces critères varient significativement en fonction de la localisation géographique, par exemple entre le centre de Reykjavik, sa périphérie et les autres régions du pays.

Quelques ordres de grandeur issus du marché (principalement logement, utile pour estimer les loyers commerciaux de taille comparable) :

Type de bien (résidentiel, indicatif)LocalisationLoyer mensuel moyen (approx.)
Appartement 1 chambreCentre de Reykjavik250 000–300 000 ISK
Appartement 3 chambresCentre de Reykjavik400 000 ISK et plus
Appartement 1 chambreAkureyri~220 000 ISK

Les locaux professionnels bien situés, modernes, avec bonne connectivité et parking, se négocient à des niveaux au moins équivalents, souvent supérieurs pour le prime. Le marché logistique, en particulier les entrepôts, est sous-offreur : au printemps 2025, on ne comptait qu’une trentaine de grands entrepôts disponibles à la location dans tout le pays.

À cela s’ajoutent :

5

Le coût total d’une transaction immobilière commerciale en Suisse peut dépasser 5 % du prix d’achat, incluant taxes et frais.

Immobilier d’entreprise : acquisition vs location

Pour certains expatriés, notamment investisseurs, acheter un immeuble (hôtel, petit immeuble de bureaux, entrepôt) et y loger son activité peut paraître séduisant. Mais l’accès à la propriété immobilière par des non-résidents non-EEE est encadré : un permis du ministre de la Justice est requis, avec des limites de surface (jusqu’à 25 hectares pour une activité économique directe comme un hôtel, 3,5 hectares sans projet économique, avec interdiction de posséder d’autres biens). Les terres agricoles sont réservées aux citoyens islandais.

Pour un entrepreneur non-EEE qui commence, la location reste donc en général plus simple, en particulier dans la région de la capitale. Des plateformes spécialisées et des acteurs comme Croisette | Knight Frank facilitent la recherche, et des solutions de coworking dans des hubs comme Gróska permettent de démarrer à moindre coût.

Ouvrir un compte bancaire, gérer la trésorerie

La relation bancaire est un point sensible pour les entrepreneurs étrangers. Les banques islandaises exigent, pour l’ouverture de compte, un kennitala (personnel et/ou de la société) et, en pratique, un domicile local et un statut de séjour clair. Il est très difficile d’ouvrir un compte professionnel à distance avant d’être installé et identifié dans le système islandais.

Les principales banques de détail (Landsbankinn, Íslandsbanki, Arion Bank) proposent des comptes professionnels classiques, avec services en ligne très développés et interfaces souvent disponibles en anglais. Le processus type :

– obtention du kennitala et de l’e-ID ;

– rendez-vous (souvent en présentiel) avec pièce d’identité, justificatifs de domicile, documents de la société, description d’activité ;

– revue de conformité (KYC, lutte anti-blanchiment) ;

– ouverture du compte, puis émission d’une carte après quelques jours.

Pour les flux internationaux, beaucoup d’entrepreneurs combinent un compte islandais (pour les salaires, les charges, les clients locaux) avec un compte européen multi-devises dans une fintech (type IBAN européen non islandais) : cela ne remplace pas un compte local mais facilite les encaissements et paiements transfrontaliers.

Marché, secteurs porteurs et positionnement stratégique

L’Islande ne peut pas être appréhendée comme un marché de masse. La population est faible, concentrée à plus de 65 % dans la région de la capitale, et beaucoup de niches sont déjà occupées par des acteurs locaux très expérimentés. En revanche, certains secteurs sont clairement en tension favorable pour des initiatives nouvelles, surtout si elles sont internationales dans leur ambition.

Tech, innovation et startups

Le pays figure parmi les tout premiers au monde en nombre de startups par habitant. Reykjavik s’affirme comme un hub de startups « purpose-driven » dans :

les énergies propres et le climat ;

la fintech et les services financiers numériques ;

le gaming et les industries créatives ;

les biotechs et medtech.

De grandes réussites illustrent cette dynamique : un éditeur de jeu vidéo en ligne maintenu en service depuis plus de vingt ans et devenu un véritable produit d’exportation, ou encore une medtech spécialisée dans la régénération tissulaire à partir de peau de poisson, devenue licorne à la faveur d’une acquisition à plus d’un milliard de dollars par un industriel étranger.

Pour un expatrié, entrer dans cet écosystème passe souvent par une intégration aux structures d’accompagnement :

KLAK – Icelandic Startups : accompagnement gratuit, accélérateurs thématiques (Startup SuperNova, Hringiða pour l’économie circulaire), concours d’idées (Gulleggið), réseau nordique.

Startup Reykjavik : programme de 10 semaines avec mentorat intensif et investissement de seed, soutenu par une grande banque locale.

Startup Energy Reykjavik : pour les projets énergie et climat, avec ticket de démarrage.

Startup Social, incubateurs universitaires, hubs comme Gróska ou Innovation House, etc.

Les fonds de capital-risque comme Crowberry Capital, Brunnur Ventures ou Frumtak Ventures complètent ce paysage, souvent en syndication avec des investisseurs nordiques ou européens.

Tourisme, hôtellerie, loisirs

Le tourisme est devenu la première industrie d’exportation du pays avant la pandémie, avec plusieurs millions de visiteurs par an et une forte reprise depuis. L’essentiel des flux passe par la région de Reykjavik et les circuits classiques (Cercle d’or, Côte sud, etc.).

Les opportunités pour un expatrié :

Opportunités touristiques ciblées

Trois axes stratégiques pour développer une offre touristique distinctive et à forte valeur ajoutée.

Hébergement de niche

Développement de boutiques-hôtels, guesthouses scénarisées et séjours thématiques dans des zones où l’offre est encore limitée.

Expériences premium

Organisation d’activités à forte valeur ajoutée : guiding spécialisé, bien-être, aventure en petit groupe ou tourisme scientifique.

Services aux professionnels (B2B)

Proposition de solutions aux acteurs du secteur : services de réservation, outils numériques et marketing international.

Le cadre réglementaire des locations de courte durée est strict (nombre de jours limité, licences obligatoires), et l’immobilier touristique est très surveillé par les autorités, en particulier pour éviter des distorsions sur le marché résidentiel. Il faut donc aborder ce secteur avec une stratégie de long terme, bien documentée et conforme aux règles locales.

Logistique, data centers, industries durables

Avec son énergie quasi exclusivement géothermique et hydraulique, à des prix très compétitifs pour les gros consommateurs (2 à 3 cents US/kWh pour certains industriels), l’Islande attire depuis plusieurs années des data centers et des industries lourdes « vertes ». Les parcs industriels adossés à des sources géothermiques permettent de valoriser chaleur et électricité, dans une logique de symbiose industrielle (économie circulaire, utilisation du CO₂, valorisation des rejets).

Pour un entrepreneur étranger, les tickets d’entrée capitalistiques sont élevés, mais il existe de la place pour des activités connexes : services aux data centers, logiciels d’optimisation énergétique, solutions de monitoring environnemental, projets pilotes dans l’hydrogène, l’ammoniac vert, les biotechnologies liées aux micro-algues, etc.

Culture d’affaires : ce qu’un expatrié doit savoir

La réussite en Islande ne repose pas uniquement sur la qualité de l’idée ou du business plan : la culture d’affaires locale compte énormément. Elle repose sur quelques principes structurants.

Égalitarisme, horizontalité et confiance

La société islandaise se décrit souvent comme « sans classes », avec des hiérarchies très peu marquées. Au bureau, il est parfois difficile de distinguer le CEO du reste de l’équipe. Le tutoiement implicite, l’accès facile aux dirigeants, la remise en question ouverte des décisions et la recherche de consensus sont la norme.

Pour un expatrié habitué à des cultures très hiérarchisées, cela implique :

d’accepter qu’un employé junior conteste une décision frontalement sans que ce soit perçu comme une insubordination ;

de ne pas se reposer sur le statut formel mais sur la compétence et la capacité à apporter des solutions ;

– de favoriser la transparence et le partage d’information.

Les Islandais valorisent l’action et la résolution de problèmes plus que la planification minutieuse. On résume parfois leur approche en « 10 % de planification, 80 % d’exécution, 10 % de correction des erreurs ». Il faut donc être prêt à itérer rapidement, sans paralyser les projets sous des couches de procédures.

Approche islandaise en gestion de projet

Communication directe mais non agressive

Le style de communication est très direct : on dit les choses telles qu’elles sont, sans détour ni excès de politesse. Les superlatifs, le small talk interminable et la flatterie sont mal vus, mais cela n’autorise pas pour autant l’agressivité. La franchise est un signe de respect, pas une licence pour humilier.

Les accords oraux ont juridiquement du poids, même si les contrats écrits restent indispensables, surtout pour un étranger. Il est donc important d’être précis, de clarifier ce qui est compris et de formaliser rapidement.

Punctualité, équilibre vie pro/vie perso

La ponctualité compte beaucoup : arriver en retard sans prévenir est très mal perçu. Les journées de travail sont généralement concentrées (8h–16h ou 9h–17h), avec un fort accent sur l’équilibre vie professionnelle / vie privée. La flexibilité (télétravail, horaires aménagés) est devenue un droit dans de nombreux cas, encadré par des conventions collectives.

Astuce :

Les périodes de vacances d’été (de mi-juin à mi-août) ainsi que les semaines autour de Noël et de Pâques sont souvent marquées par un ralentissement général de l’activité. Il est crucial d’intégrer ces fenêtres de moindre disponibilité dans la planification d’un calendrier de lancement de produit ou de levée de fonds pour en optimiser l’impact et la réception.

Responsabilité sociale, égalité et environnement

La sensibilité aux enjeux de responsabilité sociale et environnementale est très élevée. Le pays a été longtemps en tête des classements de perception de la corruption, et le secteur privé a été profondément marqué par la crise bancaire de 2008, qui a entraîné une demande sociale forte de transparence et d’éthique.

Sur le plan de l’égalité, l’Islande figure systématiquement parmi les pays les plus avancés, notamment en matière de parité hommes-femmes. Une politique de certification de l’égalité salariale impose aux entreprises de prouver l’absence d’écart injustifié. Ignorer ces sujets, ou pratiquer des politiques RH en décalage, peut rapidement nuire à votre image et compliquer le recrutement.

Recruter localement : atouts et contraintes

Le marché du travail islandais est qualifié, très connecté et largement anglophone. Pour un expatrié, embaucher localement offre de nombreux bénéfices, mais aussi quelques défis.

Main-d’œuvre et cadre légal

La main-d’œuvre est très instruite, avec un taux de maîtrise de l’anglais élevé, notamment dans la tech, la finance, les services. Les Islandais sont familiers des nouvelles technologies, des outils collaboratifs et des méthodes agiles.

Le droit du travail est encadré par un corpus fourni de lois et complété par des conventions collectives très structurantes, qui fixent salaires minimaux par branche, durées de travail, règles d’heures supplémentaires, congés, etc. Il n’existe pas de salaire minimum légal national, mais les minima conventionnels s’appliquent dans la pratique.

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Limite moyenne du temps de travail hebdomadaire, heures supplémentaires incluses, calculée sur une période de quatre mois.

Modalités de recrutement pour une entreprise étrangère

Si votre société est purement islandaise, vous recruterez localement sous ce régime, en déclarant vos salariés auprès des autorités fiscales et sociales, en gérant la paie et les contributions obligatoires. L’utilisation d’un cabinet de paie ou d’un expert-comptable est fortement recommandée pour éviter erreurs de calcul ou de calendrier (les pénalités sur les retards de déclaration peuvent être importantes).

Bon à savoir :

Si votre entreprise est basée à l’étranger et que vous ne souhaitez pas créer immédiatement une entité en Islande, vous pouvez recourir à un Employer of Record (EOR) local. L’EOR agit comme l’employeur légal de vos salariés islandais, prenant en charge les contrats, la paie et la conformité réglementaire, tandis que vous conservez la direction opérationnelle de leur travail. Cette solution permet de tester le marché islandais ou de constituer une petite équipe sans engager les coûts et les démarches liés à la création d’une filiale, moyennant un abonnement mensuel par employé.

Les indépendants et freelances existent bien sûr, mais la frontière avec le salariat est surveillée : si un pseudo-indépendant travaille en pratique comme un salarié (horaires, lieu, outils de l’entreprise, subordination), l’administration peut requalifier la relation, avec effet rétroactif sur les cotisations et risques de sanctions.

Tirer parti de l’écosystème et des soutiens publics

L’un des avantages majeurs de l’Islande pour un expatrié entrepreneur réside dans la densité de son écosystème d’accompagnement. Dans un pays où « tout le monde connaît tout le monde », l’accès aux décideurs, aux mentors et aux programmes de soutien est plus simple que dans de grands marchés.

Quelques leviers à activer dès le départ :

Ressources Clés pour S’Implanter en Islande

Principaux organismes et réseaux pour faciliter l’investissement, l’innovation et l’installation en Islande.

Business Iceland

Point d’entrée officiel pour les investisseurs étrangers. Fournit des informations sectorielles, sur les incitations et facilite les contacts avec les collectivités.

KLAK – Icelandic Startups

Offre un accompagnement stratégique, l’accès à des accélérateurs et à un vaste réseau de mentors et d’investisseurs pour les startups.

Universités & Centres de Recherche

Inclut l’Université d’Islande, l’Université de Reykjavik, RANNIS et Reykjavik Science City. Permet des partenariats R&D, l’accès aux talents et le cofinancement de projets.

Programmes Régionaux

Structures comme le Hreiðrið Entrepreneur Center (Sud de l’Islande) proposant espaces de travail, coaching et petits financements, souvent à coûts modérés.

Réseaux d’Expatriés

Plateformes comme InterNations et communautés en ligne pour un soutien informel, des retours d’expérience sur les démarches administratives et la vie quotidienne.

Le paysage des subventions et prêts bonifiés est dense : fonds pour l’emploi en région, soutiens à l’innovation, participation à des programmes européens (EUROSTARS, Horizon Europe) via les agences islandaises. Pour un expatrié, cela représente une courbe d’apprentissage, mais les structures publiques sont habituées à travailler en anglais et à accueillir des porteurs de projet internationaux.

Gérer les risques : taille du marché, volatilité et change

Même avec un environnement favorable, entreprendre en Islande n’est pas sans risques spécifiques.

Attention :

Le marché islandais présente quatre risques majeurs à intégrer dans un modèle économique : sa petite taille impose une internationalisation rapide ; sa volatilité macroéconomique et monétaire expose aux chocs externes et au risque de change ; sa dépendance au tourisme et à la pêche augmente la vulnérabilité sectorielle ; et la faible liquidité de ses marchés immobilier et financier peut compliquer la sortie des investissements.

Les recommandations qui reviennent dans les analyses d’investissement : adopter un horizon de long terme, se focaliser sur des actifs ou secteurs alignés avec les grandes tendances structurelles du pays (tourisme durable, logistique, énergie verte, tech, services aux clusters existants), diversifier les devises et, lorsque c’est pertinent, couvrir les risques de change.

En conclusion : pour quel profil d’expatrié l’Islande fait sens ?

Créer son entreprise en Islande n’est pas un projet de « lifestyle business » facile. Le coût de la vie et du travail, l’exigence fiscale et administrative, la nécessité de gérer son statut de résidence et l’éloignement géographique demandent de la préparation et une vraie résilience.

En revanche, pour un entrepreneur :

Bon à savoir :

Pour s’intégrer et réussir, un partenaire doit être capable d’adhérer à une culture d’entreprise égalitaire et directe, avec un fort engagement en matière de durabilité. Son modèle économique doit pouvoir rayonner à l’international et ne pas dépendre uniquement du volume local. Enfin, il doit être disposé à investir du temps dans le développement de réseaux, les programmes d’accompagnement et les partenariats institutionnels.

l’Islande offre un mélange rare de sécurité juridique, de transparence, d’accès à une énergie verte peu coûteuse, et d’écosystèmes pointus dans la tech, les industries créatives, la santé et les cleantech.

Ce pays de petite taille, mais à très fort capital humain, peut alors devenir bien plus qu’une base d’expatriation : un véritable tremplin pour construire une entreprise ambitieuse à l’échelle nordique et mondiale.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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