Créer une société en Andorre ou dans un autre pays de l’UE : que choisir en 2026 ?

Monter une entreprise en Europe en 2026 ne se résume plus à comparer un taux d’impôt sur les sociétés sur une brochure fiscale. Entre harmonisation partielle des règles au sein de l’Union européenne, durcissement mondial des exigences de « substance » économique, digitalisation des procédures et montée en gamme des exigences bancaires, le choix de la juridiction devient une décision stratégique lourde de conséquences.

Bon à savoir :

Andorre offre un environnement fiscal très favorable mais n’est ni dans l’UE, ni dans l’EEE, ni dans la zone TVA de l’Union. L’UE propose une intégration fiscale renforcée avec des régimes avantageux dans plusieurs États membres.

Cet article propose un tour d’horizon détaillé et chiffré pour aider à arbitrer entre ces deux grandes options en 2026.

Un paysage européen transformé par les réformes fiscales et réglementaires

L’environnement réglementaire européen a profondément changé. L’UE a fait entrer en vigueur un ensemble de dispositifs qui reconfigurent la façon de choisir un pays d’implantation. La logique ancienne—chercher la plus petite ligne de taux d’IS dans un tableau comparatif—est moins pertinente que jamais.

Attention :

Les règles BEFIT harmonisent progressivement le calcul de l’impôt sur les sociétés dans l’UE, tandis que le dispositif mondial de taux minimum de 15 % (Pillar Two) s’applique aux grands groupes. Parallèlement, la directive Unshell cible strictement les sociétés « coquilles vides » sans bureaux, salariés ni décisions locales, et l’AMLA basée à Francfort renforce la surveillance des montages artificiels et des structures boîte-aux-lettres.

Au‑delà de la fiscalité, l’UE a mis en place un cadre d’incorporation ultra‑rapide avec le nouveau statut « EU Inc. » : constitution en moins de 48 heures, coût inférieur à 100 €, zéro capital minimum, numéros fiscaux et TVA délivrés automatiquement, et même un régime harmonisé de stock‑options au niveau européen. Pour un fondateur purement digital, cela réduit considérablement la friction administrative.

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Andorre dispose déjà de 24 conventions de non-double imposition effectives, notamment avec la France et l’Espagne.

La conséquence pratique, autant pour Andorre que pour l’UE, est la même : sans activité réelle, bureaux, salariés, décisions prises sur place et flux bancaires économiques, un schéma de société est très vulnérable.

Andorre : fiscalité ultra‑compétitive, contraintes de substance élevées

Andorre attire depuis des années des créateurs d’entreprise européens en quête de pression fiscale modérée, tout en restant à quelques heures de route de Barcelone ou Toulouse. Mais créer une société dans la Principauté en 2026 signifie entrer dans un environnement où la fiscalité est douce, mais l’exigence de réalité économique très forte.

Un impôt sur les sociétés plafonné à 10 %, avec un plancher effectif de 3 %

Le régime d’imposition des sociétés andorran reste l’un des plus bas d’Europe. Le taux nominal de l’impôt sur les sociétés (IS) est de 10 % sur la base imposable (résultat comptable corrigé des ajustements fiscaux). Quelques régimes spéciaux, soumis à autorisation du ministère des Finances et à des exigences de substance très strictes, permettent d’abaisser l’impôt effectif à 2 % sur certains revenus : exploitation internationale d’actifs immatériels (patent box), sociétés de négoce international ou holdings de titres étrangers (ETVE) alignées sur les standards BEPS.

Depuis la réforme adoptée par la Loi 5/2023, une règle limite toutefois toute optimisation : tout bénéfice positif supporte au minimum un impôt effectif de 3 % du résultat comptable. Même si des déductions ou régimes spéciaux abaissent théoriquement l’IS en dessous de ce plancher, la société doit au moins acquitter ce minimum. Ce plancher s’applique à partir de l’exercice 2024.

Concrètement, sur un bénéfice de 200 000 €, la facture andorrane classique à 10 % s’élèverait à 20 000 €. En Espagne, au taux général de 25 %, la même base générerait 50 000 € d’IS. Le différentiel reste conséquent, même si certains pays de l’UE offrent des réductions temporaires pour micro‑entreprises ou entités nouvellement créées.

Un environnement de fiscalité personnelle très léger

Pour un entrepreneur qui vit et se rémunère en Andorre, la fiscalité personnelle compte autant que celle de la société. Là encore, la Principauté se distingue par sa douceur :

l’impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPF) est plafonné à 10 % ;

les premiers 24 000 € de revenu annuel sont exonérés ;

la tranche suivante, de 24 001 à 40 000 €, n’est taxée qu’à 5 % ;

au‑delà de 40 000 €, le taux est de 10 %.

Astuce :

L’Andorre offre une fiscalité avantageuse avec l’absence d’impôt sur la fortune, de droits de succession et de donation, et généralement pas d’imposition sur les plus-values de portefeuille. Les dividendes versés aux résidents andorrans sont exonérés d’IRPF. Ainsi, un dirigeant se rémunérant principalement par dividendes peut bénéficier d’un gain net après impôt très élevé, contrairement à des pays comme la France où l’IS combiné à la flat tax peut dépasser 45 % du bénéfice initial.

L’indirect tax andorran (IGI), équivalent local de la TVA, n’est que de 4,5 %, plus bas que le taux standard de 7,7 % en Suisse, sans parler des 20 % français ou 22 % portugais. Les services financiers sont à un taux majoré de 9,5 % d’IGI, mais dans l’ensemble la consommation reste faiblement taxée.

Capital social, coûts d’installation et frais récurrents

Le véhicule le plus courant pour un entrepreneur étranger est la Societat Limitada (SL), équivalent d’une SARL. Le capital minimum est de 3 000 €, à déposer sur un compte andorran avant la signature de l’acte notarié. La SLU (SL unipersonnelle) est possible pour les projets à associé unique. La Societat Anònima (SA), plus adaptée aux opérations lourdes ou multipartenaires, impose un capital minimum de 60 000 €, dont 25 % libérés à la constitution (15 000 €).

Le capital n’est pas une charge : il reste un actif de la société. En revanche, les frais de mise en place sont significatifs. En pratique, pour une SL :

les frais administratifs (réservation de nom, autorisations, registre des sociétés) tournent autour de 2 000–2 500 € ;

– les honoraires professionnels (avocats, conseils) se situent en général entre 3 000 et 4 000 € ;

– les frais de notaire pour l’acte constitutif varient typiquement de 500 à 800 € pour un dossier simple, mais peuvent monter jusqu’à 3 000 € pour des structures plus complexes ;

– l’ouverture de compte et les frais bancaires initiaux représentent 200–400 €.

Selon les sources, le coût total de constitution d’une SL se situe dans une fourchette de 4 500 à 9 000 €, hors capital social, certains professionnels recommandant de prévoir 5 000 à 6 500 €. Pour une SA, la facture peut atteindre 8 000 à 9 000 € (hors capital). D’autres estimations, plus prudentes, suggèrent de budgéter 7 000 à 12 000 € de coûts d’entrée (toujours hors dépôt éventuel lié au permis de résidence et hors capital de 3 000 €).

Exemple :

Prenons l’exemple d’une société à responsabilité limitée (SARL) au Luxembourg. En plus des frais de constitution, elle doit payer chaque année environ 200 € de taxe de registre, des droits de maintenance auprès des registres de 850 à 950 € selon qu’il s’agit d’une SARL ou d’une SA, des honoraires comptables et déclaratifs, et des cotisations sociales à la CASS si elle emploie ou rémunère un dirigeant résident.

Pour visualiser, on peut résumer les principaux éléments de coût andorrans par rapport à quelques juridictions de l’UE.

Comparatif synthétique des coûts de constitution et de fonctionnement (année 1)

Juridiction Type courant Capital min. Coût 1ère année (approx.) Délai de création Taux IS standard
Andorre SL 3 000 € 4 500–9 000 € (hors capital) ~4–6 semaines (10 étapes) 10 % (min. effectif 3 %)
Roumanie (UE) SRL faible (≈ 1 €) 1 400 € (cas simple) 3–7 jours 1 % micro (<100 k€ CA) / 16 %
Bulgarie (UE) OOD ≈ 1 € 450–900 € 3–5 jours 10 %
Estonie (UE) modeste (habituellement 2 500–3 000 €) 350–800 € (structure simple) 1–2 jours (en ligne) 0 % bénéfices réinvestis, 22 % distribués
Irlande (UE) Ltd faible 600–1 300 € 5–10 jours 12,5 % (trading)
Luxembourg (UE) SARL/S.A. 12 000 € (SARL) 3 000–6 500 € 1–3 semaines ≈ 24 % effectif

Les chiffres pour l’UE sont des fourchettes issues de tableaux comparatifs de 25 juridictions européennes et assimilées, avec des coûts de formation et de conformité annuels estimatifs. Ils montrent que, d’un point de vue purement financier, certains pays de l’UE restent beaucoup moins chers qu’Andorre pour la simple constitution.

Procédure andorrane : une dizaine d’étapes très encadrées

Créer une société en Andorre nécessite de suivre un cheminement précis, plus lourd que dans la plupart des États membres de l’UE :

Les 10 étapes clés pour créer une société en Andorre

Guide synthétique des démarches administratives et juridiques obligatoires pour un investisseur étranger non résident souhaitant immatriculer une société en Andorre.

NIA

Obtention du Numéro d’Identificació Administrativa, première brique indispensable pour tout actionnaire étranger non résident.

Certificat électronique

Obtention d’un certificat électronique individuel (obligatoire depuis fin 2025, les anciens identifiants MIL ne sont plus acceptés).

Dénomination sociale

Réservation du nom auprès du registre compétent (chambre de commerce ou e‑Tràmits). Validité 6 mois, délai usuel 3 à 10 jours. Déposer plusieurs options.

Autorisation d’investissement

Autorisation du ministère de l’Économie si la participation non résidente dépasse 10 % du capital. Dossier : passeport et casier judiciaire apostillés, plan d’affaires, origine des fonds, bénéficiaires effectifs. Délai 20–30 jours.

Compte bancaire et capital

Ouverture d’un compte andorran dédié au capital social. Dépôt minimum : 3 000 € (SL) ou 60 000 € (SA). Obtention d’une attestation de dépôt.

Statuts et pacte

Rédaction des statuts et du pacte d’associés en catalan, avec un conseil local pour intégrer les exigences de substance et la gouvernance.

Acte constitutif

Signature devant notaire andorran. Frais variables selon la complexité et le nombre d’associés.

Registre et NRT

Inscription au Registre des Sociétés, obtention du NRT (numéro de registre fiscal) et publication au BOPA.

Licence commerciale

Demande et obtention de la licence municipale auprès du Comú de la paroisse, plus autorisations sectorielles si nécessaire.

Immatriculation CASS

Immatriculation à la sécurité sociale andorrane (CASS) pour tout salarié ou gérant rémunéré.

En pratique, un projet bien préparé (documents apostillés, business plan, justificatifs fiscaux) peut aboutir en 4 à 6 semaines, mais la moindre lacune documentaire ou interrogation bancaire sur l’origine des fonds rallonge facilement ce délai.

Substance économique : bureaux réels, présence humaine et décisions locales

La vraie pierre d’achoppement pour un entrepreneur qui envisage Andorre est aujourd’hui la substance. La Principauté a clairement positionné sa politique sur le triptyque : infrastructures physiques, ressources humaines, direction effective.

Pour qu’une société soit reconnue comme pleinement andorrane sur le plan fiscal et réglementaire, elle doit :

disposer d’un siège social réel, avec un local ou bureau d’au moins 20 m² généralement, doté d’abonnements électricité et internet au nom de la société, simple boîte aux lettres exclue ;

employer au moins une personne à temps plein ou un administrateur résidant effectivement en Andorre, qui peut être l’associé‑gérant si celui‑ci est présent 183 jours par an ;

prouver une véritable activité économique : flux bancaires traçables, clients, fournisseurs, parfois stocks ou immobilisations selon le secteur.

Le non‑respect de ces exigences peut entraîner des amendes de 12 000 €, la remise en cause du statut fiscal andorran voire une requalification par une administration étrangère (notamment espagnole) comme résident fiscal dans un autre pays, avec perte des bénéfices liés au régime andorran. La loi andorrane va jusqu’à exiger un local réel pour la quasi‑totalité des sociétés actives, ce qui bannit de fait les « sociétés boîtes postales ».

Dans les faits, cette contrainte n’est pas insurmontable : le coût de location d’un bureau démarre autour de 430 € par mois, ce qui reste faible comparé à beaucoup de capitales européennes. Mais il faudra assumer ce coût et organiser une gestion réellement centrée sur Andorre.

Résidence, permis et lien personne/société en Andorre

Créer une société en Andorre ne confère pas automatiquement un statut de résident. L’articulation entre société et permis de séjour est cruciale pour un fondateur qui envisage de piloter son activité depuis la Principauté.

Résidence active (compte propi) : socle du modèle « je vis et je dirige en Andorre »

Le schéma devenu classique consiste à créer une SL dont on détient au moins 20 % et à solliciter une résidence active par compte propre. Ce statut autorise le travail, permet de cotiser à la CASS (22 % du salaire brut, dont 15,5 % à la charge de l’employeur et 6,5 % retenus sur le salaire) et donne accès au régime fiscal andorran personnel et aux services locaux.

Longtemps, cette résidence active s’accompagnait d’un dépôt de 50 000 € auprès de l’Autorité financière andorrane (AFA), remboursable en cas de départ. Depuis la « Loi de continuité et de consolidation des mesures pour la croissance durable » et la Loi 2/2026 entrée en vigueur en février 2026, ce montant est devenu une contribution non remboursable dans plusieurs schémas. On ne parle donc plus d’une simple caution récupérable, mais d’un coût définitif à intégrer dans le business plan, selon le canal de résidence utilisé.

Ce changement a renforcé l’intérêt de monter un dossier suffisamment solide auprès du ministère de l’Économie pour tenter d’obtenir, dans les cas éligibles (secteurs jugés stratégiques, innovation digitale), une résidence active sans exigence de ce dépôt AFA. Cela suppose toutefois de démontrer une contribution significative au tissu économique local (création d’emplois, investissement, ancrage dans l’économie numérique, etc.).

Entrepreneur

Résidence passive : une porte d’entrée réservée aux gros patrimoines

La résidence passive, historiquement prisée par les retraités fortunés et rentiers, a été nettement durcie. Depuis début 2026, l’investissement minimum requis passe à 1 000 000 € dans des actifs andorrans éligibles (immobilier, dépôts bancaires, obligations publiques, fonds locaux), avec une possibilité de réduire cette barre à 400 000 € si l’on investit dans le fonds public de logement, destiné au développement du parc locatif.

Ce régime exige également un dépôt non rémunéré à l’AFA (50 000 € pour le demandeur principal, plus 12 000 € par personne à charge), devenu non remboursable après la réforme de 2026 dans certaines configurations. La présence physique minimale reste de 90 jours par an, ce qui est relativement faible pour quelqu’un qui organise sa vie autour de plusieurs pays. En contrepartie, on ne peut pas exercer d’activité professionnelle locale ; les revenus sont censés provenir de l’étranger ou du patrimoine.

Ce statut peut intéresser un entrepreneur déjà doté d’un portefeuille conséquent, qui souhaite simplement loger sa personne et éventuellement ses revenus de dividendes et placements dans un environnement fiscal léger, sans pour autant développer de grande structure andorrane. Mais ce n’est plus un produit de masse : le ticket d’entrée d’1 million d’euros exclut beaucoup de fondateurs en phase de démarrage.

Disparition de la « digital nomad visa » : un canal qui se ferme

Andorre avait lancé en 2023 un permis spécifique pour télétravailleurs internationaux, dans le cadre de sa loi sur l’économie numérique (Llei 42/2022) et de son programme « Horitzó 23 ». Ce permis visait trois profils : salariés d’employeurs étrangers, freelances avec clients hors Andorre et dirigeants de sociétés étrangères dont ils détenaient une part. Il offrait des avantages notables : absence de dépôt AFA de 50 000 €, pas d’obligation de créer une société andorrane, pas de cotisations CASS, seulement 90 jours de présence annuelle, et possibilité de devenir résident fiscal si les conditions de l’IRPF étaient remplies.

Un quota annuel de 50 autorisations était prévu pour ces nomades digitaux, partagé avec un autre programme pour entrepreneurs innovants, sur un plafond total de 100. Les conditions incluaient un revenu minimum équivalant à 300 % du salaire minimum andorran (autour de 4 000–4 300 € par mois selon les années, plus suppléments pour les familles) et une assurance santé privée.

Attention :

Depuis le 15 novembre 2025, ce dispositif n’accepte plus de nouvelles demandes. Les bénéficiaires actuels conservent leurs droits jusqu’à l’expiration de leur permis, mais aucune nouvelle candidature n’est possible et aucun remplacement n’est prévu avant 2026, ce qui bloque les fondateurs ‘full remote’ souhaitant tester Andorre sans créer de société locale.

Résidence, citoyenneté et horizon de long terme

Un point clé pour arbitrer entre Andorre et l’UE : le statut et les perspectives citoyennes. La Principauté n’est pas membre de l’UE, ni de l’EEE, ni de l’espace Schengen, même si elle bénéficie d’une union douanière avec l’Union sur les produits industriels et d’accords d’échange automatique d’informations. Une fois titulaire d’un permis de séjour, on ne devient pas pour autant citoyen européen.

L’accès à la citoyenneté andorrane est extrêmement long : il faut compter environ 20 ans de résidence continue avant de pouvoir déposer une demande de naturalisation. Même une fois obtenue, la nationalité andorrane ne donne pas le droit de s’installer librement dans les États membres de l’UE sans visas ou permis spécifiques. Pour un entrepreneur qui vise à terme un « passeport‑clef » pour l’espace européen, Andorre n’est pas un raccourci.

À l’inverse, un passeport d’un État membre (France, Portugal, Irlande, Italie, Espagne, etc.) confère la pleine liberté d’établissement dans les 27 pays de l’UE, le droit d’y travailler, étudier, implanter des sociétés, et donne accès à un champ très large de pays en franchise de visa (souvent 160–190 pays).

Création de société dans l’UE : entre optimisation modérée et puissance du marché unique

Face au modèle andorran, plusieurs pays membres de l’UE restent très compétitifs, même après les ajustements imposés par BEFIT, le taux minimum de 15 % pour les grands groupes et le durcissement des règles anti‑abus. L’enjeu n’est pas seulement fiscal : il convient aussi d’évaluer la profondeur du marché intérieur, la crédibilité perçue des sociétés, la facilité de recrutement et l’accès aux régimes d’incitation nationaux.

Roumanie et Bulgarie : coûts planchers pour micro‑structures

Pour un fondateur solo ou une petite équipe en démarrage, les deux champions de la frugalité restent la Roumanie et la Bulgarie.

En Roumanie, la constitution d’une société simple à un seul associé revient à environ 200 € de frais d’État, pour un coût total de première année estimé à 1 400 € (comptabilité et conformité incluses). Des tableaux comparatifs indiquent, pour certains prestataires, une fourchette de 300–600 € de frais de formation et 200–500 € de conformité annuelle, soit 500–1 100 € la première année. Le délai de constitution se situe entre 3 et 7 jours.

Surtout, le régime des micro‑entreprises permet de bénéficier d’un taux d’IS à 1 % tant que le chiffre d’affaires reste inférieur à 100 000 €. Au‑delà, le taux standard de 16 % s’applique. Pour un consultant ou une micro‑structure de services B2B, la combinaison d’un coût d’incorporation bas, d’un fonctionnement abordable et d’une fiscalité ultra‑légère sur les premières tranches de revenus est redoutable.

450-900

Le coût total d’installation et de conformité annuelle pour une structure standard en Bulgarie varie de 450 à 900 € la première année.

Pour un entrepreneur qui n’a pas besoin d’une image haut de gamme auprès d’investisseurs institutionnels ou de grands comptes occidentaux, ces deux pays offrent une porte d’entrée extrêmement économique au marché unique.

Estonie, Lettonie, Irlande, Chypre, Lituanie : des niches très ciblées

D’autres juridictions de l’UE se distinguent par des combinaisons originales de fiscalité et d’infrastructure business.

Estonie et Lettonie partagent un modèle d’IS à 0 % tant que les bénéfices restent réinvestis dans la société, et une imposition uniquement au moment de la distribution (22 % en Estonie, 20 % en Lettonie). L’Estonie s’est fait connaître pour son système d’e‑Résidence et la gestion 100 % en ligne des sociétés, avec un délai de constitution pouvant descendre à 1–2 jours.

En pratique, les données de coûts varient selon les sources : certains tableaux avancent une fourchette de 200–400 € de constitution et 150–400 € de conformité annuelle pour l’Estonie, soit 350–800 € en année 1, tandis que d’autres prestataires facturent 1 900–2 500 $ pour des packages plus complets. Reste que pour un fondateur SaaS ou digital qui réinvestit durablement, la charge fiscale effective peut être quasi nulle tant qu’il ne se verse pas de dividendes.

Bon à savoir :

L’Irlande propose un taux d’impôt sur les sociétés de 12,5 % (15 % pour les grands groupes >750 M€ de CA), un écosystème tech-US développé, des coûts de création de 300 à 600 € et une conformité annuelle de 300 à 700 € (soit 600 à 1 300 € en année 1). Son rôle de pont UE-États-Unis est renforcé après le Brexit, ce qui en fait une base idéale pour les structures axées sur les marchés anglophones.

Chypre, de son côté, relève son taux standard à 15 % à partir de 2026 mais continue de proposer une fiscalité de l’ordre de 2,5 % sur revenus de propriété intellectuelle qualifiée et une absence de retenue à la source sur dividendes. Cela en fait un hub intéressant pour des holdings d’IP et des montages de routage de flux sous couvert d’une véritable substance (bureaux, employés, direction effective).

La Lituanie, qui applique un taux standard de 17 % à partir de 2026, met en avant un régime à 0 % d’IS pour les sociétés nouvellement créées pendant deux ans, sous conditions. Elle se positionne particulièrement bien pour les fintechs et établissements de paiement, grâce à une approche pro‑innovation et un régulateur habitué aux modèles digitaux.

Luxembourg, Malte, Portugal : fiscalité plus lourde, mais valeur ajoutée spécifique

Pour des structures nécessitant une expertise financière pointue et un environnement très crédible auprès d’institutionnels, le Luxembourg demeure une place incontournable : taux effectif d’IS autour de 24 %, frais d’installation assez élevés (souvent autour de 5 000 $ ou 2 000–4 000 € pour la constitution, 1 000–2 500 € de conformité annuelle), et un positionnement idéal pour les fonds, les holdings multi‑pays et les véhicules transparents sophistiqués.

Malte, avec un taux nominal d’IS à 35 %, compense par un système de refunds pour les actionnaires qui ramène le taux effectif aux environs de 5 % dans de nombreux cas. Ce modèle demeure attractif pour l’iGaming, la fintech et certains groupes structurés ayant besoin de solutions fiscales élaborées et d’un ancrage dans l’UE.

42000-48000

Le coût réel de l’impôt sur les sociétés au Portugal pour 200 000 € de bénéfice, incluant surtaxes, s’élève entre 42 000 et 48 000 €.

Quand le marché intérieur et le passeport priment sur l’optimisation

Pour un fondateur qui projette, au‑delà de la première année, d’employer du personnel dans différents États membres, de bénéficier de financements publics (subventions R&D, aides à l’innovation) et de bâtir une marque paneuropéenne, inscrire sa société dans un État membre peut avoir plus d’impact que quelques points de fiscalité gagnés à court terme.

Les règles européennes de coordination des systèmes sociaux (Règlements 883/2004 et 987/2009, en cours de révision pour entrer en vigueur à partir de 2026) facilitent par exemple la gestion des salariés détachés et des travailleurs multi‑états, même si elles complexifient certains cas (prise en compte des activités dans des pays tiers pour calculer le régime social applicable, nouvelles exigences de période de « cooling‑off » après 24 mois de détachement, etc.).

À l’inverse, installer sa société hors UE, comme en Andorre, signifie composer avec une couche additionnelle de règles : conventions fiscales bilatérales, accords de sécurité sociale distincts (ou absence d’accord), procédures de visa et permis de travail pour les salariés ressortissants de pays tiers. Le passeport de l’État membre dans lequel on obtient la citoyenneté ouvre une flexibilité incomparable pour réallouer ses équipes et soi‑même au fil du temps, sans avoir à renégocier son droit au séjour.

Comparer Andorre et l’UE : impôts, coûts, substance, stratégie

Pour aider à structurer le choix, il est utile de juxtaposer quelques grands critères.

Fiscalité comparée des sociétés et des dirigeants

Sur le plan purement arithmétique, Andorre reste redoutable : 10 % maximum d’IS, 0–10 % sur les gains en capital, 0 % sur la fortune, zéro retenue à la source sur dividendes et intérêts versés à l’étranger, 5 % seulement sur les royalties versées à des non‑résidents, et IRPF plafonné à 10 %.

Dans l’UE, des solutions très intéressantes subsistent, mais le spectre est plus large. Quelques points de repère :

Pays / zone IS standard (hors régimes spéciaux) Particularités marquantes
Andorre 10 % (min. effectif 3 %) Régimes à 2 % réservés, 0 % WHT sur dividendes/intérêts
Bulgarie (UE) 10 % Taux uniforme, l’un des plus bas de l’UE
Roumanie (UE) 16 % (1 % micro < 100 k€ CA) Micro‑régime très attractif
Irlande (UE) 12,5 % (trading) 15 % pour très grands groupes
Chypre (UE) 15 % (dès 2026) ~2,5 % sur IP qualifiée, 0 % WHT sur dividendes
Lituanie (UE) 17 % (dès 2026) 0 % pour nouvelles sociétés sur 2 ans
Portugal (UE) 20 % + surtaxes Pression effective plus élevée
Espagne (UE) 25 % Réductions pour petites entités, mais limitées
France (UE) ≈ 32 % Taux élevé, flat tax sur dividendes

Pour un dirigeant, Andorre supprime quasi totalement les frottements sur dividendes domestiques et placements, tandis que beaucoup de pays de l’UE combinent IS et taxation des distributions. En contrepartie, l’UE offre des dispositifs de crédits d’impôt, de déductions pour R&D, de régimes de faveur pour start‑ups et d’incitations à l’innovation dont l’impact peut être très substantiel si la société investit massivement en technologie et en emplois qualifiés.

Coûts de création et de conformité

Sur ce terrain, l’UE bat clairement Andorre dans la plupart des cas, à l’exception des pays très chers comme le Luxembourg ou la Suisse. Pour un simple véhicule corporate sans résidence personnelle du fondateur, les fourchettes de coûts annuels en Roumanie, Bulgarie, Estonie ou Irlande sont sans commune mesure avec les 4 500–9 000 € à prévoir en Andorre la première année, sans compter les dépôts éventuels non remboursables et la nécessité d’un bureau physique.

100

Le coût administratif pour créer une entité numérique dans certains États de l’UE est inférieur à 100 €.

Substance : l’illusion de la boîte‑aux‑lettres partout en recul

Beaucoup d’entrepreneurs imaginent encore pouvoir loger leur activité dans un pays A, tout en vivant dans un pays B, en se contentant d’une adresse de domiciliation. Cette approche est aujourd’hui risquée tant à Andorre que dans l’UE.

Attention :

La directive Unshell et les règles BEPS imposent une présence réelle pour bénéficier des avantages fiscaux. L’Andorre a transposé cette exigence en exigeant des bureaux d’au moins 20 m², un administrateur résident et des coûts d’exploitation cohérents, sous peine de sanctions pour les sociétés boîte aux lettres.

L’UE, de son côté, ne laisse plus beaucoup d’espace pour les schémas purement artificiels. Les règles de coordination en matière de sécurité sociale, les décisions de la Cour de justice (sur la prise en compte d’activités hors EEE dans le calcul de la législation sociale applicable, par exemple), et les évolutions attendues en 2026 sur les certificats A1 montrent que la mobilité des dirigeants et des salariés devra être gérée avec rigueur.

En pratique, cela signifie que le choix Andorre vs État membre ne porte pas uniquement sur « où déclarer les profits », mais bien sur « où s’installer physiquement, où recruter, où prendre les décisions stratégiques ».

Stratégie à long terme : passeport, famille, financement

Enfin, le choix de la juridiction doit être mis en perspective avec la trajectoire personnelle du fondateur. Si l’objectif est, à terme, d’obtenir un passeport permettant de s’installer et de travailler librement dans l’ensemble de l’UE, la voie la plus directe reste celle d’un État membre : la citoyenneté, une fois acquise, est définitive, transmissible aux descendants et découple la liberté de mouvement des aléas de permis de séjour conditionnés à des seuils d’investissement ou de revenus.

Bon à savoir :

Andorre offre un cadre de vie attractif (sécurité, système éducatif multilingue, nature, proximité des grandes villes), avec une résidence offrant une fiscalité stable et des accords de non-double imposition, ainsi qu’un accès facilité aux visas de certains pays (États-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande). Cependant, la naturalisation est très longue et la résidence n’accorde pas l’accès au marché intérieur européen ni les droits de citoyenneté d’un État membre.

Pour une famille avec des enfants, l’accès aux systèmes de santé et d’éducation publics d’un grand pays de l’UE, souvent gratuits ou largement subventionnés, peut peser plus lourd que quelques points d’IS en moins.

Dans quels cas privilégier Andorre, et quand opter pour l’UE ?

Les données et tendances décrites ci‑dessus permettent de dégager quelques grandes lignes.

Andorre se justifie particulièrement si l’on se trouve dans un scénario où :

Astuce :

Le fondateur ou le couple fondateur doit s’installer physiquement en Principauté au moins 183 jours par an, diriger effectivement l’activité et accepter les contraintes de substance. Les bénéfices générés et distribués doivent être significatifs pour que la combinaison IS à 10% et IRPF maximal à 10% avec absence de taxation des dividendes domestiques compense les coûts d’entrée. La société doit rester de taille contenue, centrée sur le fondateur et quelques collaborateurs. L’objectif prioritaire est la maximisation de la rente nette après impôts et charges sociales.

À l’inverse, un État membre de l’UE est plus logique lorsque :

Bon à savoir :

Le projet implique des salariés dans plusieurs pays européens, avec mobilité interne, détachement et règles sociales/fiscales européennes. L’accès aux subventions et aides territoriales est clé. La crédibilité auprès des donneurs d’ordres, banques et investisseurs exige une juridiction centrale dans l’UE. Le fondateur vise la naturalisation pour un passeport ouvrant tout le marché intérieur.

Pour un profil créateur de start‑up tech ou SaaS qui réinvestit l’essentiel des bénéfices, des pays comme l’Estonie ou la Lettonie, avec leur IS à 0 % tant que les gains ne sont pas distribués, ou l’Irlande, avec son écosystème tech mature, offriront souvent un compromis idéal entre optimisation fiscale modérée et puissance du marché unique.

Pour un consultant solo, un studio de services digitaux ou une petite agence avec peu de salariés, la Roumanie (1 % d’IS sur micro‑entreprises) ou la Bulgarie (10 % flat) peuvent offrir un avantage financier net tout en gardant les atouts de l’UE (liberté de circulation, accès au marché, possibilités ultérieures de naturalisation).

Conclusion : en 2026, le choix se joue moins sur un taux que sur un projet de vie

En 2026, décider de créer une société en Andorre plutôt que dans un État membre de l’UE ne se résume plus à comparer un 10 % andorran à un 12,5 % irlandais ou un 16 % roumain. La réalité est plus nuancée : partout, les autorités exigent une substance réelle, les accords de non‑double imposition se multiplient, l’échange automatique d’informations se généralise et les montages purement fiscaux se referment.

Bon à savoir :

Andorre offre un cadre fiscal stable et léger pour les entrepreneurs s’y installant réellement, tandis que l’UE propose un marché intérieur de 450 millions de consommateurs et une diversité de juridictions adaptées aux petites structures comme à l’hyper‑croissance.

Le bon arbitrage ne peut donc se faire qu’en partant de la stratégie globale du projet : où seront les clients, où seront les équipes, quelle est l’importance des subventions, quelle est l’horizon patrimonial et familial du fondateur, et surtout, où celui‑ci est prêt à vivre et à prendre ses décisions chaque jour. C’est seulement à cette aune que la question « Créer une société en Andorre ou dans un autre pays de l’UE » trouve une réponse pertinente en 2026.

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