Créer votre société en Andorre : le vrai guide de l’expatriation fiscale

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

L’Andorre fascine de plus en plus d’entrepreneurs français, belges, espagnols ou luxembourgeois qui cherchent à alléger leur fiscalité sans tomber dans l’illégalité ou le bricolage offshore. Ce petit État niché dans les Pyrénées n’est plus un « paradis fiscal » au sens des listes noires de l’OCDE ou de l’Union européenne, mais une juridiction à fiscalité modérée, ultra-contrôlée et de plus en plus alignée sur les standards internationaux.

Bon à savoir :

Créer une société en Andorre en 2026 offre un cadre fiscal attractif avec un impôt sur les sociétés et sur le revenu plafonnés à 10%, une TVA à 4.5%, une sécurité juridique solide et des banques bien capitalisées. Cependant, cette démarche implique également des procédures administratives complexes, l’obligation de démontrer une substance économique réelle et une transparence fiscale totale.

Ce guide propose une vision concrète et structurée de ce que signifie, en pratique, « s’expatrier fiscalement » en Andorre en 2026 via la création d’une société.

Sommaire de l'article masquer

Pourquoi l’Andorre est devenue une place fiscale « acceptable »

Pendant longtemps, l’Andorre traînait l’étiquette de paradis fiscal. Ce temps est révolu. Le pays a été retiré de la liste des juridictions non coopératives de l’OCDE dès 2009 et de celle de l’UE fin 2018. Il a adopté l’échange automatique d’informations (CRS), mis en œuvre le plan BEPS contre l’érosion des bases fiscales, signé une vingtaine de conventions de non-double imposition et des accords d’échange d’informations avec plus d’une vingtaine d’États.

Astuce :

L’Andorre a évolué d’un paradis fiscal opaque vers une place financière régulée, combinant transparence accrue, normes anti-blanchiment, échange automatique de données et reporting détaillé avec des avantages attractifs : des taux d’imposition bas, un environnement économique stable et une bureaucratie plus lisible qu’en France ou en Espagne, malgré certaines lourdeurs administratives.

Une fiscalité basse mais encadrée

Le cœur de l’attractivité fiscale andorrane se résume à quelques chiffres clés :

Impôt / taxeAndorre (taux max)France (ordre de grandeur)Espagne (ordre de grandeur)Royaume‑Uni (ordre de grandeur)
Impôt sur le revenu des personnes physiques10 %> 45 %> 45 %> 45 %
Impôt sur les sociétés10 %25–33 %25 %25 %
TVA / IGI (taux normal)4,5 %20 %21 %20 %
Impôt sur la fortune0 %OuiOui (patrimoine)Non national
Droits de succession0 %OuiOuiOui

Derrière ces pourcentages se cache un détail crucial pour un projet d’expatriation fiscale : ces avantages ne sont accordés qu’aux contribuables – personnes physiques et sociétés – qui deviennent réellement résidents fiscaux andorrans, au sens des règles internes et des conventions. Autrement dit, tout montage artificiel ou « société boîte aux lettres » est de plus en plus risqué et, à moyen terme, condamné.

Comprendre l’impôt sur les sociétés andorran

L’impôt sur les sociétés (Impost de Societats – IS) est le pilier de la planification fiscale des entrepreneurs qui installent leur structure en Andorre.

Taux, base et minimum effectif

Le taux nominal est plafonné à 10 %. La base imposable part du résultat comptable, corrigé selon des règles fiscales. Depuis 2023, une réforme a instauré un taux effectif minimal de 3 % pour les sociétés bénéficiaires, pour éviter que l’usage de niches ne fasse tomber l’imposition à zéro.

Certaines activités peuvent bénéficier de taux réduits :

0

Le taux d’imposition des sociétés de gestion de SICAV et des organismes de placement collectif régis par la loi 10/2008 au Luxembourg.

Les pertes fiscales sont reportables jusqu’à 10 ans, permettant de lisser les années de démarrage.

Régimes de faveur : holdings, IP box, PME

Pour un entrepreneur qui veut structurer un portefeuille d’actifs ou un groupe international, l’Andorre propose des régimes spécialisés.

MécanismeEffet principalConditions essentielles
Régime de holdingExonération des dividendes reçus et des plus‑values de cessionDemande d’agrément, filiales soumises à un impôt comparable
Participation exemptionExonération sur dividendes/plus‑values de participations qualifiéesSeuil minimal de détention (en pratique ≥ 5 %)
IP / Patent BoxAllègement sur revenus de R&D effectuée en AndorreActivités de recherche réellement menées dans le pays
Taux réduit PME < 100 k€ de chiffre5 % jusqu’à 50 000 € de base, 10 % au‑delà pendant 3 ansNouveau business, revenus sous 100 000 €, critères de substance

Depuis 2025, des incitations spécifiques récompensent aussi le mécénat culturel, scientifique ou social.

Délais déclaratifs

Le calendrier fiscal des sociétés est lui aussi très codifié. L’exercice est généralement calé sur l’année civile, mais peut être différent tant qu’il ne dépasse pas 12 mois. La déclaration annuelle doit être déposée dans le mois qui suit l’expiration d’un délai de six mois après la fin de l’exercice. En pratique, pour un exercice clos au 31 décembre, la déclaration IS se fait courant juillet.

Attention :

Un acompte unique, égal à 50 % de l’impôt sur les sociétés (IS) de l’année précédente, doit être versé le premier jour du neuvième mois suivant le début de l’exercice. Un retard de paiement entraîne des pénalités et intérêts.

L’impôt sur le revenu : devenir résident fiscal andorran

L’expatriation fiscale ne fonctionne que si vous devenez résident fiscal d’Andorre au sens du droit local et, surtout, au regard des conventions de non‑double imposition conclues avec votre pays d’origine.

Comment l’Andorre définit le résident fiscal

Une personne physique est considérée comme résidente fiscale andorrane si :

elle séjourne plus de 183 jours par période de 12 mois dans le pays, ou

l’Andorre est le centre de ses intérêts économiques et vitaux.

Bon à savoir :

Pour prouver son centre d’intérêts vitaux en Andorre face aux administrations française et espagnole, il est préférable de s’appuyer sur des preuves concrètes plutôt que sur des montages à distance. Les critères déterminants incluent un séjour effectif de plus de 183 jours dans l’année, la scolarisation des enfants sur place, la détention d’un logement principal en Andorre et le développement d’activités économiques locales.

Barème et structure de l’IRPF

L’impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPF) fonctionne sur deux bases (générale et épargne), avec un barème progressif très simple :

Tranche de revenus (base générale)Taux effectif
0 à 24 000 €0 %
24 001 à 40 000 €5 %
Au‑delà de 40 000 €10 %

La base « épargne » (intérêts, dividendes, plus‑values mobilières) bénéficie d’une franchise de 3 000 €, puis est taxée à 10 %. Les dividendes versés par une société andorrane à un résident andorran sont quant à eux exonérés d’IRPF, ce qui est central dans une stratégie de rémunération via dividendes.

Chaque contribuable déclare individuellement ; il n’existe pas de déclaration commune pour les couples mariés. Des déductions existent pour les personnes à charge ou les intérêts d’emprunts immobiliers.

Sociétés : choisir la bonne structure en Andorre

Pour monter son activité en Andorre, deux formes dominent très largement : la Societat Limitada (SL) et la Societat Anònima (SA). Les partenariats classiques (SC) ou les succursales restent très minoritaires.

La SL, outil standard de l’entrepreneur

La SL est l’équivalent d’une SARL ou d’une LLC. Plus de 95 % des créations de sociétés passent par cette forme. Elle est adaptée aux consultants, agences digitales, e‑commerçants, holdings familiales, structures immobilières, etc.

Données clés :

Bon à savoir :

Le capital minimum est de 3 000 €, à déposer avant l’acte notarié. Depuis 2025, il est possible de démarrer avec 1 €, mais les fondateurs restent responsables jusqu’à atteindre les 3 000 €. La société requiert en principe deux associés, mais une version unipersonnelle (SLU) existe. La responsabilité des associés est limitée à leurs apports. Les parts sociales sont nominatives. La direction peut être assurée par un administrateur unique, plusieurs co-administrateurs ou un conseil d’administration facultatif.

Dans la pratique, la très grande majorité des entrepreneurs étrangers créent une SL unipersonnelle dont ils sont à la fois associé et administrateur, ce qui permet de piloter le business et de demander un permis de résidence active.

La SA, pour les projets plus lourds

La SA est pensée pour les entreprises amenées à lever des capitaux significatifs, à ouvrir largement le capital ou à mener des opérations complexes.

Caractéristiques principales :

capital minimum : 60 000 € intégralement libéré ;

actionnaires : deux au minimum, sauf version unipersonnelle (SAU) ;

gestion par conseil d’administration avec au moins trois membres ;

obligation d’audit annuel ;

actions nominatives, pas de titres au porteur (sauf quelques anciennes sociétés antérieures à 1983).

Exemple :

Pour un freelancer IT ou une agence de marketing en ligne, la Société à Responsabilité Limitée (SARL ou équivalent) est généralement suffisante. En revanche, la Société Anonyme (SA) devient pertinente pour des structures comme une fintech régulée, un véhicule de financement, une société industrielle ou un projet visant une introduction en bourse.

Les autres formes : SC, succursale, structures spécifiques

La Societat Colectiva (SC) est un partenariat dans lequel les associés sont personnellement et solidairement responsables des dettes. Elle reste marginale, d’autant qu’elle ne correspond ni à la logique de limitation de responsabilité ni à celle de l’expatriation fiscale.

Les succursales de sociétés étrangères sont désormais réservées aux compagnies d’assurance ou à des projets jugés « stratégiques » pour l’économie andorrane. Dans la pratique, il est presque toujours plus pertinent de créer une filiale SL ou SA.

La loi andorrane prévoit en outre des catégories plus techniques (sociétés d’actifs incorporels, sociétés de commerce international, holdings, sociétés de gestion d’investissements). Elles permettent d’ajuster le régime fiscal, mais requièrent un accompagnement spécialisé.

Monter sa société en Andorre : le parcours réel

La création d’une société andorrane n’est pas une simple formalité en ligne réglée en 48 heures. Il faut compter, selon les dossiers, entre 2 et 4 mois, parfois davantage si la banque ou l’autorisation commerciale prennent du temps. La grande force du système est qu’il est structurée, normé… et strict.

Vue d’ensemble des grandes étapes

On peut découper le processus en dix phases principales :

1. obtention d’un numéro d’identification administrative (NIA) ; 2. réservation du nom de la société ; 3. autorisation d’investissement étranger ; 4. ouverture de compte bancaire et dépôt du capital ; 5. rédaction des statuts (en catalan) ; 6. signature de l’acte de constitution chez le notaire ; 7. immatriculation au Registre de Sociétés ; 8. obtention du numéro fiscal (NRT) ; 9. autorisation de commerce et licence d’exploitation ; 10. affiliation à la CASS (sécurité sociale).

Chacune de ces étapes a ses propres délais, coûts et exigences documentaires.

Les premières démarches : NIA et nom de société

Pour un fondateur non résident, la première formalité consiste à obtenir un NIA (Número d’Identificació Administrativa). Il s’agit d’un identifiant administratif provisoire, délivré sur simple présentation d’un passeport ou d’une carte d’identité et d’un justificatif de domicile. Le délai est généralement de un à deux jours ouvrés.

Parallèlement, il faut réserver la dénomination sociale auprès du gouvernement. Trois noms sont proposés par ordre de préférence. Le nom doit être distinctif, non trompeur et ne peut pas utiliser certaines mentions comme « Andorra » sans autorisation spéciale. Le certificat de réservation coûte environ 5,69 € et reste valable six mois. Le gouvernement répond en principe sous dix jours, la validation totale prenant environ deux semaines.

L’autorisation d’investissement étranger : filtre clé pour les expatriés

Toute détention de plus de 10 % du capital par un non résident est soumise à l’autorisation préalable du gouvernement, sur la base de la loi sur l’investissement étranger. Depuis la grande réforme adoptée début 2026 (Llei 2/2026, dite Omnibus 2), les critères se sont durcis : le projet doit contribuer réellement à l’économie andorrane, créer de l’activité et, autant que possible, de l’emploi qualifié.

Bon à savoir :

Le dossier de candidature est conséquent et doit inclure notamment des pièces d’identité apostillées, un extrait de casier judiciaire légalisé de moins de 3 mois, un CV, un business plan détaillé, des preuves de l’origine des fonds et le schéma de l’actionnariat. Le délai légal maximum d’instruction est de deux mois, prolongeable d’un mois, avec un principe de « silence négatif » (l’absence de réponse vaut rejet). En pratique, pour un projet clair et bien documenté, le délai observé est généralement de 3 à 6 semaines.

Important : cette étape est déjà l’occasion pour les autorités de filtrer les dossiers purement « fiscaux » sans substance réelle. Un business model crédible, cohérent avec votre profil, fait une différence.

Le passage obligé par la banque andorrane

La banque est souvent le goulet d’étranglement le plus lent. Andorra dispose de trois grands groupes bancaires – Andbank, Creand (ex Crèdit Andorrà) et MoraBanc – qui gèrent un volume de fonds supérieur à 74 milliards d’euros, avec des ratios de solvabilité et de liquidité nettement au‑dessus des standards européens (CET1 autour de 17 %, LCR supérieur à 220 %). Les agences de notation comme Fitch et Moody’s les notent en catégorie « investment grade » (BBB avec perspective stable).

Cette solidité se paie par des procédures KYC/AML rigoureuses. Pour ouvrir un compte professionnel, la banque exige :

Documents requis pour une demande de crédit professionnel

Pour constituer un dossier de financement complet et faciliter son instruction, il est nécessaire de fournir les pièces justificatives suivantes.

Pièces d’identité

Passeport ou carte d’identité en cours de validité pour vérifier l’identité du demandeur.

Justificatif de domicile

Document attestant de l’adresse du demandeur, tel qu’une facture récente.

Justificatifs financiers

Bulletins de salaire, liasses fiscales ou bilans pour évaluer la solvabilité et les revenus.

Origine des fonds

Documentation expliquant la provenance des fonds personnels apportés au projet.

Description du projet

Document détaillant l’activité professionnelle envisagée (business plan, prévisions…).

Pièces complémentaires

Potentiellement une lettre de référence bancaire et des copies notariées de documents.

Une rencontre en personne est en général imposée. Les métiers liés aux cryptoactifs, à certains services financiers ou à des pays à risque peuvent entraîner un examen accru, voire un refus.

Les frais d’ouverture et de tenue de compte restent raisonnables comparés à d’autres places privées : on trouve par exemple des frais d’ouverture autour de 150 €, des frais de tenue trimestriels cumulés à une cinquantaine d’euros et des virements internationaux facturés typiquement 0,20 % (avec un minimum autour de 15 €). Mais la banque n’hésitera pas à fermer la porte si le dossier n’est pas limpide.

Statuts, notaire et immatriculation

Une fois le capital versé et l’attestation bancaire obtenue, il faut rédiger les statuts de la société (en catalan obligatoire), qui préciseront notamment :

la dénomination sociale ;

l’objet (activité) de la société ;

le siège social en Andorre ;

le capital et sa répartition ;

l’organe de gestion (administrateur unique, conseil, etc.).

L’acte de constitution est signé devant notaire, en présence du ou des fondateurs, sur la base des statuts, du certificat bancaire, de l’autorisation d’investissement étranger et de la réservation de nom. Les honoraires du notaire dépendent du capital mais commencent aux alentours de 600 € pour une SL avec 3 000 € de capital.

Le notaire dépose ensuite la société au Registre de Sociétés. C’est cette inscription qui donne l’existence juridique à votre entreprise. Le délai est d’environ deux semaines ; la loi laisse 20 jours ouvrables au notaire pour finaliser la procédure.

1480

Les frais de registre pour créer une Société Anonyme (SA) s’élèvent à environ 1 480 euros.

Numéro fiscal, licence commerciale et CASS

L’immatriculation fiscale (NRT – Número de Registre Tributari) se fait auprès de l’administration des impôts, en général dans la foulée de l’inscription au registre des sociétés. Comptez environ une semaine.

Plus structurante : l’autorisation de commerce (licence d’exploitation). Sans elle, impossible de facturer légalement. Elle est délivrée par le gouvernement et le « comú » (mairie) de la paroisse où sera situé le siège. L’Andorre applique une règle stricte : un seul commerce par adresse déclarée, sauf cas spécifiques. Cette licence nécessite un bail conforme, le respect des normes sectorielles (sécurité, hygiène, etc.) et, pour les activités régulées, des agréments spécifiques. Les délais varient de deux à quatre semaines, plus pour les activités sensibles.

Enfin, la société et son dirigeant doivent s’affilier à la CASS, le système de sécurité sociale andorran. Pour un dirigeant‑associé se déclarant indépendant, la cotisation mensuelle se situe autour de 450 € à 460 €, avec possible réduction de 50 % la première année ou en cas de faible revenu (moins de 12 000 € de bénéfice et 150 000 € de chiffre d’affaires).

Coûts globaux de création

En agrégeant les principaux postes, on obtient un ordre de grandeur réaliste pour la création d’une SL par un entrepreneur étranger :

PosteFourchette indicative
Capital social (SL)3 000 € (réutilisable)
Frais de notaire (acte de constitution)≥ 600 €
Taxes & droits d’incorporationenv. 1 500 €
Honoraires juridiques / accompagnement3 000 à 10 000 €
Pack « clé en main » complet (exemples)11 500 € et plus
Enregistrement Registre Commerce & Industrie201,53 €
Frais mensuels d’expert‑comptable80 à 100 €

Un entrepreneur confirmé peut donc raisonnablement prévoir entre 7 000 € et 12 000 € de budget initial (hors dépôt éventuel lié au permis de résidence), en plus du capital de 3 000 € qui restera dans la société.

Société et expatriation : articuler création et résidence

Créer une société en Andorre ne suffit absolument pas à devenir résident fiscal andorran. Ce n’est qu’un des piliers d’un projet global, qui passe par l’obtention d’un titre de séjour dans le pays et par une réelle présence physique.

Les grandes familles de résidence

Le droit andorran distingue deux grandes catégories :

résidence active : vous travaillez ou exercez une activité indépendante dans le pays ;

résidence passive : vous vivez de vos revenus ou investissements, sans emploi local.

À côté de ces deux blocs s’ajoutent des statuts spécifiques : regroupement familial, chercheurs, artistes, sportifs, et surtout le nouveau permis pour nomades digitaux, introduit par la loi sur l’économie numérique (Llei 42/2022).

Pour un entrepreneur qui lance une société, trois schémas principaux existent :

Types de résidence fiscale en Andorre

L’Andorre propose plusieurs statuts de résidence fiscale, adaptés à différents profils d’activité et d’investissement. Voici les trois principaux régimes.

Résidence active via société

Souvent appelée « compte propi » ou J.1. Ce statut est destiné aux personnes exerçant une activité professionnelle principale en Andorre via une société locale.

Résidence passive avec investissement

Également connue sous le nom de « catégorie B », ce statut concerne les résidents dont la société est majoritairement tournée vers l’étranger et implique un investissement significatif.

Résidence pour nomade digital

Ce statut est conçu pour les professionnels dont au moins 85 % de l’activité est réalisée en dehors de l’Andorre, permettant une résidence sans imposition locale sur les revenus étrangers.

Résidence active via société : le scénario classique

Ce statut vise le fondateur ou dirigeant qui exploite une entreprise andorrane. Les conditions actuelles sont nettement plus strictes qu’il y a quelques années :

détenir plus de 34 % du capital de la société (le seuil a été relevé) ;

exercer une fonction de gestion (administrateur) ;

– déposer 50 000 € auprès de l’Autorité financière andorrane (AFA), dépôt non rémunéré, généralement remboursable en cas de départ ;

– faire fonctionner réellement la société : substance économique, chiffre d’affaires, clientèles, locaux, au moins un salarié ou une présence réelle ;

– résider au moins 183 jours par an en Andorre.

Des exemptions du dépôt de 50 000 € existent pour certaines professions réglementées (avocats, médecins…) et pour des entrepreneurs « digitaux » ayant obtenu un avis favorable du ministère de l’Économie.

Attention :

La réforme prévoit des contrôles stricts pour vérifier la réalité de l’activité. Après deux ans, si la société ne génère pas au moins 10 000 € de recettes fiscales annuelles, la résidence peut ne pas être renouvelée. À cinq ans, un contrôle approfondi évalue la cohérence entre le plan d’affaires initial et la situation réelle de l’entreprise.

Résidence passive par investissement : pour les patrimoniaux

Pour les profils orientés patrimoine plutôt qu’exploitation, la résidence passive reste le canal privilégié, mais son seuil d’accès a fortement augmenté :

investissement minimum : 1 000 000 € dans des actifs andorrans (immobilier, obligations, produits financiers…) ;

composante immobilière minimale : 800 000 € par logement ;

dépôt à l’AFA : 50 000 € pour le titulaire + 12 000 € par personne à charge ;

obligation de revenus passifs ou de ressources équivalentes à 300 % du salaire minimum pour le titulaire + 100 % par dépendant.

Avec un salaire minimum à 1 525,33 € en 2026, cela représente environ 54 900 € par an pour le titulaire, plus 18 300 € par personne à charge. La présence physique annuelle requise est de 90 jours, mais pour être reconnu comme résident fiscal, il faudra, une fois encore, dépasser 183 jours.

Bon à savoir :

Pour qu’une société puisse bénéficier de ce régime, elle doit répondre à deux critères principaux : au moins 85 % de son activité doit être réalisée en dehors d’Andorre, et elle ne peut employer qu’un seul salarié local.

Permis nomade digital : l’alternative sans dépôt AFA

Le permis de résidence pour nomades digitaux, effectif depuis 2023, s’adresse aux indépendants et salariés travaillant entièrement en ligne pour des clients étrangers. Il présente deux avantages majeurs : aucun dépôt de 50 000 € à l’AFA et aucune obligation de créer une société andorrane.

Les conditions sont néanmoins exigeantes :

au moins 85 % des prestations fournies à l’étranger ;

revenu mensuel minimum égal à trois fois le salaire minimum (soit un peu plus de 4 100 € en 2025, et davantage en 2026) ;

– logement conforme en Andorre ;

– assurance santé privée couvrant le pays ;

– casier judiciaire vierge, documents apostillés ;

– présence effective d’au moins 90 jours par an ;

– examen de catalan niveau A1 pour les renouvellements.

Ce permis s’inscrit surtout dans une logique de « base de vie » à faible fiscalité pour des freelances internationaux, pas forcément dans une stratégie de structuration via une société andorrane. Mais un nomade peut, à terme, décider de basculer vers une résidence active avec création d’entreprise.

Banques, finance et fiscalité internationale : assembler le puzzle

Monter une société en Andorre en 2026 ne peut plus se faire en vase clos. Le pays est intégré à l’espace SEPA pour les paiements, a signé un accord monétaire avec l’UE, applique l’échange automatique de données et étend progressivement son réseau de conventions de non‑double imposition.

Un secteur bancaire solide et sous haute surveillance

Le secteur bancaire andorran, réduit à trois groupes universels, reste un pilier économique majeur : près de 13 % du PIB et 4 % des emplois salariés. Ces banques se sont spécialisées dans :

la banque commerciale pour particuliers et entreprises ;

la banque privée et la gestion de patrimoine (portefeuilles, planification successorale) ;

les produits d’assurance ;

l’accompagnement des entrepreneurs.

163

En 2023, les bénéfices dégagés s’élèvent à 163 millions d’euros, soit une hausse de 44 % sur un an.

Les autorités de supervision – principalement l’AFA – appliquent des standards proches de ceux de l’UE : ratios de fonds propres, gestion des risques, lutte anti‑blanchiment, audit, résolution bancaire (avec un fonds de garantie des dépôts, FAGADI, couvrant jusqu’à 100 000 € par déposant et par banque).

Conventions de non‑double imposition : sécuriser ses flux

Pour un entrepreneur français, belge ou britannique, l’existence d’une convention de non‑double imposition avec l’Andorre est un élément clé. Ces accords, calqués sur le modèle OCDE, évitent qu’un même revenu soit imposé dans deux pays différents et répartissent le droit d’imposer (dividendes, intérêts, redevances, revenus immobiliers).

L’Andorre a signé ou mis en vigueur des conventions avec, notamment :

France, Espagne, Portugal, Luxembourg, Liechtenstein, Monaco ;

Émirats arabes unis, Malte, Chypre, San Marin, Hongrie, Croatie, Tchéquie ;

Pays‑Bas, Islande, Corée du Sud, Royaume‑Uni, Lituanie, Lettonie, Monténégro, Roumanie, Estonie, etc.

Ces textes s’imposent en droit interne dès leur publication au Bulletin officiel (BOPA) et priment sur la loi fiscale andorrane en cas de conflit.

Pour un dirigeant actionnaire qui place une holding en Andorre pour détenir des filiales européennes, l’intérêt est double : profiter d’une fiscalité andorrane faible et de retenues à la source réduites à l’entrée (par exemple 5 % sur certains dividendes français, selon les conventions).

Substance économique : la fin des sociétés coquilles vides

Depuis quelques années, le mot clé dans tout projet d’expatriation via l’Andorre est « substance ». Les administrations – locales comme étrangères – ne se contentent plus d’une adresse postale et d’un compte bancaire.

Ce que les autorités andorranes attendent d’une « vraie » société

La réforme de 2026 a clarifié les critères de substance. Une société andorrane qui prétend à un régime fiscal avantageux et sert de support à un permis de résidence doit présenter :

Astuce :

Pour établir une société pleinement légitime en Andorre et éviter les requalifications, plusieurs critères substantiels doivent être respectés. Il est nécessaire d’avoir un siège social réel dans le pays, avec des locaux adaptés à l’activité (bail, charges, équipements). L’entreprise doit employer au moins un administrateur ou un salarié résidant en Andorre. Une présence opérationnelle effective doit être démontrée par des contrats, factures, fournisseurs, clients, et le cas échéant, des stocks ou immobilisations. Les décisions importantes (réunions d’administration, signature de contrats, gestion de trésorerie) doivent être prises effectivement en Andorre. L’activité doit générer un chiffre d’affaires cohérent avec des flux bancaires traçables. Enfin, la société doit tenir à jour des registres conformes : registre des associés, des bénéficiaires effectifs et des procès-verbaux.

Les entreprises « dormantes » ou les structures qui, au bout de deux ans, n’ont généré aucun volume significatif sont désormais dans le collimateur. Pour les résidents actifs, cela peut signifier non‑renouvellement du titre, pénalités, obligation d’attendre avant de redéposer un dossier.

Contrôle croisé avec les règles internationales

Au‑delà du droit local, les résidents andorrans sont également confrontés :

Bon à savoir :

Le dispositif français intègre plusieurs mécanismes pour lutter contre l’évasion fiscale internationale : les clauses anti-abus des conventions fiscales, les règles CFC imposant les bénéfices de filiales étrangères peu taxées, et les principes BEPS (comme la substance économique, les prix de transfert et la limitation de la déductibilité des intérêts à 30% de l’EBITDA).

Les autorités andorranes ont intégré ces standards, par exemple en rendant non déductibles les charges financières nettes au‑delà d’un certain seuil (30 % du résultat opérationnel, avec plafond de 500 000 €). Un montage purement artificiel pour accumuler des dettes en Andorre et écraser les bénéfices ne passera plus.

Coût de la vie, main‑d’œuvre et réalité quotidienne

Un projet d’expatriation fiscale ne se juge pas qu’à l’aune des taux d’imposition. Il implique de vivre au quotidien dans un pays de 80 000 habitants, au relief montagneux, à la culture catalane, avec un marché de l’emploi et de l’immobilier très particuliers.

Coût de la vie : ni paradis, ni piège

Le coût de la vie en Andorre est supérieur à la moyenne mondiale, mais reste inférieur à celui des grandes capitales européennes proches. Les postes les plus lourds pour un entrepreneur installé sont le logement et la main‑d’œuvre.

Pour les loyers d’habitation, on observe couramment :

2000

Le loyer mensuel moyen d’un T3 en centre-ville dans cette zone.

Le prix d’achat moyen au mètre carré varie autour de 4 000 à 4 500 € en ville, davantage dans les zones prisées, avec des maisons à partir d’environ 200 000 € pour de petites surfaces, mais des biens familiaux dépassant couramment le demi‑million.

Côté dépenses courantes, la TVA basse (4,5 %, avec des taux réduits à 1 % ou 0 %) aide à contenir le budget alimentaire. Un repas simple au restaurant tourne autour de 15 €, un dîner pour deux dans un bon établissement vers 50 €. Le panier de courses reste globalement comparable à l’Espagne, avec des écarts selon les produits.

Salaires, charges et environnement de travail

Le salaire minimum avoisine 1 200 € par mois, tandis que le salaire moyen net dépasse 2 500 €. Pour un entrepreneur qui recrute, les salaires qualifiés tournent souvent entre 2 000 et 3 000 € pour des profils de bureau.

22

Les charges sociales représentent environ 22 % du salaire total (part employeur et employé) en France, un niveau inférieur à celui de la plupart des grands pays voisins.

L’avantage de l’Andorre tient aussi à son climat des affaires : infrastructures télécoms modernes, fibre optique généralisée, temps de connexion rapide, proximité immédiate avec la France et l’Espagne, cadre de vie très sûr, peu de criminalité, et un environnement naturel exceptionnel.

Stratégie de rémunération : salaires, dividendes, plus‑values

Une fois la société en place et la résidence fiscale assurée, l’enjeu pour un entrepreneur est de structurer sa rémunération de manière équilibrée entre salaire, dividendes et éventuellement plus‑values.

Bon à savoir :

Pour un dirigeant résident en Andorre, le salaire est soumis aux cotisations CASS et à l’IRPF selon un barème modéré (0 à 10 %). Il permet de couvrir les besoins courants et de constituer des droits sociaux. Les dividendes provenant d’une société andorrane sont, quant à eux, exonérés d’IRPF, offrant une optimisation majeure après l’imposition des bénéfices à l’IS (maximum 10 %). Les plus-values de cession de titres sont généralement taxées à 10 %, avec des exonérations possibles, notamment pour les participations inférieures à 25 % ou détenues depuis plus de dix ans. Il est crucial de vérifier l’interaction avec la convention de non-double imposition du pays d’origine et les règles CFC.

Pour l’immobilier, la fiscalité est plus nuancée, avec un impôt de plus‑value fortement progressif les premières années (jusqu’à 15 % la première année de détention, puis décroissant jusqu’à 0 % après 13 ans). Des exonérations existent, par exemple en cas de remploi dans la résidence principale dans un délai donné.

Expatriation fiscale en Andorre : opportunité ou mirage ?

En 2026, l’Andorre offre toujours un cocktail très attractif pour l’entrepreneur mobile : impôts modérés, sécurité, environnement bancaire sérieux, système juridique clair, proximité culturelle avec la France et l’Espagne, cadre de vie privilégié. Mais la facilité affichée dans certains discours marketing ne correspond plus à la réalité d’un pays en pleine normalisation internationale.

Monter sa société en Andorre et s’y installer fiscalement suppose désormais :

Bon à savoir :

Pour obtenir et sécuriser le statut de résident fiscal en Andorre, plusieurs conditions doivent être impérativement remplies : une présence physique effective d’au moins 183 jours par an, la démonstration d’une activité économique réelle avec substance et une clientèle, un investissement significatif de 1 M€ d’actifs andorrans pour la résidence passive, l’acceptation des règles de transparence internationale (CRS, BEPS, échanges d’informations) et la préparation minutieuse d’un dossier complet incluant un business plan, une structure juridique adaptée et une stratégie personnelle et familiale.

Pour l’entrepreneur numérique qui réalise de forts bénéfices tout en ayant une activité délocalisable – agence digitale, SaaS, e‑commerce, consulting international – l’Andorre reste un levier de réduction drastique de la pression fiscale : passer de plus de 45 % d’impôt sur le revenu à 10 % d’IS + 0 % sur les dividendes n’a rien d’anecdotique. Des cas concrets évoquent des économies annuelles de plusieurs centaines de milliers d’euros sur des chiffres d’affaires proches du million.

Mais cette optimisation ne fonctionne que si l’on joue selon les règles : présence, substance, conformité. L’époque des sociétés boîtes aux lettres et des allers‑retours occasionnels est close. L’Andorre de 2026 n’est pas un refuge pour l’évasion, c’est une base très compétitive pour ceux qui acceptent d’y vivre, d’y entreprendre et d’y payer un impôt raisonnable, dans un cadre juridiquement sécurisé.

Andorre, 2026

Pour ceux qui sont prêts à franchir ce pas, créer une société en Andorre et s’y expatrier fiscalement peut se révéler l’une des décisions les plus puissantes de leur vie d’entrepreneur, à condition de s’y engager avec réalisme, préparation et accompagnement sérieux.

Vous souhaitez créer une société à l'étranger : contactez-nous pour des offres sur mesure.

Décharge de responsabilité : Les informations fournies sur ce site web sont présentées à titre informatif uniquement et ne constituent en aucun cas des conseils financiers, juridiques ou professionnels. Nous vous encourageons à consulter des experts qualifiés avant de prendre des décisions d'investissement, immobilières ou d'expatriation. Bien que nous nous efforcions de maintenir des informations à jour et précises, nous ne garantissons pas l'exhaustivité, l'exactitude ou l'actualité des contenus proposés. L'investissement et l'expatriation comportant des risques, nous déclinons toute responsabilité pour les pertes ou dommages éventuels découlant de l'utilisation de ce site. Votre utilisation de ce site confirme votre acceptation de ces conditions et votre compréhension des risques associés.

RETROUVEZ-MOI RÉGULIÈREMENT DANS LA PRESSE

Découvrez mes dernières interventions dans la presse écrite, où j'aborde divers sujets.

A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

Retrouvez-moi sur les réseaux sociaux :
  • LinkedIn
  • Twitter
  • YouTube