Résidence en Thaïlande : l’autre visage de l’immobilier pour les investisseurs

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Longtemps, l’équation semblait simple : soleil, coût de la vie raisonnable, rendements locatifs solides et visas relativement souples. Résider en Thaïlande tout en y investissant dans la pierre apparaissait comme une évidence pour de nombreux étrangers. Depuis quelques années pourtant, le paysage se complexifie. Les règles de séjour se durcissent pour les touristes, de nouveaux programmes de résidence longue durée apparaissent, la demande étrangère se recompose et le marché immobilier traverse sa plus grave crise depuis la fin des années 1990.

Bon à savoir :

La définition de la résidence en Thaïlande a un impact concret sur l’immobilier et les investisseurs, qu’ils soient déjà installés ou en phase de projet.

De la tolérance aux « visa runs » à une gestion beaucoup plus encadrée

Pendant des années, une partie des étrangers vivant en Thaïlande jouait avec les règles : allers-retours réguliers aux frontières, exemptions de visa en chaîne, petites extensions ponctuelles… Sans statut de résident, mais sans non plus être de simples touristes. Cette zone grise est en train de disparaître.

Les autorités migratoires ont désormais pour ligne directrice une gestion plus structurée et segmentée des étrangers : d’un côté les « visiteurs », de l’autre les « résidents » clairement identifiés. Dans ce cadre, les allers-retours constants pour prolonger indéfiniment un séjour touristique font l’objet d’une répression active.

Attention :

Les nouvelles règles durcissent les contrôles aux frontières : les entrées successives avec visas touristiques sont profilées, les refus d’entrée augmentent pour ceux qui enchaînent les séjours sans programme de long séjour approprié. Pour les propriétaires et investisseurs vivant ‘à l’ancienne’ sur des tampons touristiques, cette époque est terminée.

Pour autant, la Thaïlande ne ferme pas la porte aux étrangers. Elle cherche au contraire à favoriser des résidents solvables, identifiés, qui s’inscrivent dans l’économie locale via des visas formalisés. C’est tout le sens de l’essor de dispositifs comme les visas LTR (Long-Term Resident), Thailand Privilege (nouveau nom du Thailand Elite), les visas « Destination Thailand » (DTV) pour travailleurs à distance, ou encore les programmes liant investissement immobilier et droit au séjour.

Propriété et résidence : deux mondes séparés par la loi

Un point de départ fondamental, souvent mal compris hors du pays, est que l’immobilier et le droit au séjour obéissent à deux logiques juridiques différentes. Acheter un bien n’accorde aucun droit automatique à un visa, ni a fortiori à la résidence permanente ou à la citoyenneté. Inversement, obtenir un visa longue durée n’ouvre pas magiquement les portes de la propriété foncière.

Bon à savoir :

Le Land Code Act interdit généralement la propriété directe de terrain par un étranger, sauf exception rare (investissement de 40 millions de baht pour un rai à usage résidentiel, non transmissible et viager). La majorité des investisseurs privés doivent donc opter pour la copropriété.

La loi sur les condominiums autorise les étrangers à détenir en pleine propriété des appartements, à condition que la surface détenue par des non-Thaïs ne dépasse pas 49 % de la surface vendable totale de l’immeuble. Ce fameux « quota étranger » est calculé en mètres carrés, et non en nombre de lots, ce qui a des conséquences pratiques importantes : dans certains ensembles haut de gamme de Bangkok ou Phuket, les unités destinées aux acheteurs étrangers se vendent rapidement et se paient plus cher que les lots du quota thaï.

Attention :

Pour qu’un étranger puisse enregistrer un achat en pleine propriété en Thaïlande, les fonds doivent obligatoirement provenir de l’étranger et être déclarés via un formulaire de transaction de change auprès d’une banque thaïlandaise. Sans cette preuve d’entrée de devises, le titre de propriété ne peut être enregistré au Land Office.

Pour les maisons individuelles et villas, le schéma classique reste une structure en usufruit, en bail de 30 ans (renouvelable contractuellement) ou en droit de superficie : le terrain reste thaï, la construction peut appartenir à l’étranger. Les montages via sociétés thaïes à actionnariat de prête-noms sont, eux, de plus en plus dans le viseur des autorités, avec un renforcement marqué des contrôles sur les sociétés à l’actionnariat majoritairement étranger.

En résumé, la Thaïlande reste ouverte à l’investissement, mais sur des rails légaux précis. Or, ces rails se croisent désormais de plus en plus avec la politique de visas.

Visas de résidence longue durée : un nouveau moteur pour le haut de gamme

La grande nouveauté de ces dernières années tient à l’émergence de visas explicitement pensés pour attirer des résidents étrangers aisés, en lien direct – ou indirect – avec l’investissement immobilier.

Le visa LTR (Long-Term Resident), lancé en 2022 puis assoupli en 2025, vise différents profils : « Wealthy Global Citizens », rentiers de plus de 50 ansWealthy Pensioners »), professionnels qualifiés et nomades à hauts revenus. Sans être un « visa doré » pur immobilier, il intègre l’investissement dans la pierre comme une des voies d’éligibilité majeures.

Pour les « Wealthy Global Citizens », il s’agit de démontrer un patrimoine mondial d’au moins 1 million de dollars et de consacrer 500 000 dollars à des actifs thaïlandais : obligations d’État, entreprises soutenues par le Board of Investment, fonds réglementés ou condominiums en pleine propriété. Pour les retraités aisés, le seuil d’investissement exigé descend à 250 000 dollars si leur revenu annuel se situe entre 40 000 et 80 000 dollars.

7000

Plus de 7 000 permis LTR avaient été délivrés fin 2025, générant un impact économique cumulé de 23 milliards de baht.

Ces nouveaux résidents ne viennent pas pour « tester » le pays quelques mois. Ils s’installent, scolarisent leurs enfants, s’équipent, recherchent des logements pérennes plutôt que des studios de vacances. Cela se traduit très concrètement sur certains segments du marché.

Quand les résidents longue durée soutiennent les prix du luxe

À Bangkok, le marché est profondément dissocié : d’un côté un vaste segment de masse soumis à la faiblesse du pouvoir d’achat local et au durcissement du crédit ; de l’autre, un noyau dur de produits prime et super-prime – souvent autour de Sukhumvit et Sathorn – dont la demande reste portée par des acheteurs internationaux solvables, dont une part de titulaires de LTR ou de Thailand Privilege.

235,000

La ville compte entre 235 000 et 350 000 unités de condominium invendues, soulignant un décrochage du marché.

À Phuket, l’impact est encore plus net. L’île conjugue deux forces : une reprise touristique vigoureuse et l’installation durable d’expatriés et de familles internationales, encouragée par l’extension d’écoles internationales et de services médicaux privés. Les analystes anticipent une hausse annuelle des prix de 8 à 10 % sur les emplacements prime d’ici 2026, supérieure aux 5 à 7 % projetés pour Bangkok. Les villas en bord de mer ont vu leurs prix s’envoler de près de 20 % depuis 2022.

Dans ce contexte, la résidence longue durée n’est pas seulement un confort administratif : c’est un facteur qui soutient les prix et la liquidité sur les produits moyens et haut de gamme, précisément au moment où d’autres segments du marché souffrent.

Le nouveau chemin des 3 millions de baht : un pont direct entre bien immobilier et droit au séjour

Un dispositif symbolise cette nouvelle logique : l’« extension de séjour par investissement de 3 millions de baht ». Prévu par des instructions migratoires adoptées fin 2025, il permet à un étranger d’obtenir des extensions annuelles de séjour sur la base d’un investissement immobilier relativement modeste à l’échelle internationale.

Le principe est simple sur le papier : acheter en pleine propriété un condominium achevé d’au moins 3 millions de baht (en respectant le quota étranger) ou conclure un bail de long terme / location haut de gamme équivalent, puis faire certifier par le ministère du Tourisme que l’on est un « soutien du tourisme de long séjour ». À partir de là, des extensions d’un an, renouvelables, deviennent accessibles.

Astuce :

Ce chemin d’investissement est attrayant pour les investisseurs cherchant un pied-à-terre à Phuket ou Bangkok tout en évitant le stress des visas touristiques renouvelables. Il se révèle également plus accessible qu’un visa investissement standard exigeant 10 millions de bahts ou qu’un visa LTR nécessitant entre 250 000 et 500 000 dollars.

Mais le diable se cache dans les détails. Au printemps 2026, la mise en œuvre concrète de ce programme reste floue : procédures incomplètes, certification ministérielle non pleinement opérationnelle, contradictions entre annonces politiques et textes d’application. Des voix officielles appellent à la prudence face à certaines promesses commerciales trop enthousiastes vendant ce dispositif comme un « passeport automatique » pour résider indéfiniment en échange de 3 millions de baht.

Bon à savoir :

Ce mécanisme, même abouti, ne donne qu’un droit d’extension annuelle contrôlé régulièrement et ne permet pas de contourner l’interdiction de détenir directement du terrain.

Pour autant, il illustre bien le virage politique : lier la résidence à un volume d’investissement, certes modeste mais traçable, et remplacer la tolérance implicite à la présence de semi-résidents sans visa adapté par des canaux plus officiels.

Tableau : principales voies de résidence liées (directement ou indirectement) à l’investissement

ProgrammeMontant d’investissement immobilier possible ou requisDurée de séjour viséeProfil ciblé
LTR – Wealthy Global Citizen500 000 USD (condos, obligations, fonds, BOI…)10 ans renouvelablesHNWI, entrepreneurs internationaux
LTR – Wealthy Pensioner250 000 USD (si revenu 40–80 000 USD/an)10 ans renouvelablesRetraités aisés 50+
Visa investissement 10 M THB≥ 10 M THB (condos, bons, dépôts, baux)Extensions annuellesInvestisseurs immobiliers classiques
Extension 3 M THB3 M THB (condo achevé ou bail/loyer haut de gamme)Extensions annuellesRésidents de long séjour « milieu »
Thailand Privilege (Elite)Pas de seuil immobilier, mais packages de 500k–2M THB5 à 20 ansHNWI à la recherche de confort

Ce tableau rappelle une réalité centrale : la Thaïlande ne propose pas un unique « visa doré » indexé sur un achat immobilier, mais une palette de statuts combinant critères d’actifs, de revenus, d’assurance, et parfois d’investissement dans la pierre. Pour l’investisseur, l’important est de voir l’immobilier comme un élément d’un dossier de résidence, non comme un sésame automatique.

Demande étrangère : la fin de l’hégémonie chinoise, l’essor de nouvelles nationalités

Au-delà des textes, l’impact de la résidence sur l’immobilier se lit surtout dans la composition des acheteurs. Avant la pandémie, les acheteurs chinois dominaient le marché des condominiums thaïlandais. À Bangkok, ils représentaient environ 25 à 30 % des achats étrangers, et jusqu’à 60–70 % des ventes sur certains lancements en plan sur Sukhumvit ou Rama 9. À Phuket, dans les zones de Bang Tao, Laguna ou Surin, 60 à 70 % du stock en pré-vente partait vers des investisseurs chinois continentaux.

Cette époque est révolue. Le Real Estate Information Center constate une baisse structurelle de la demande chinoise : en 2024, les achats chinois chutent de plus de 14 % en volume et de plus de 22 % en valeur, avec un prix moyen par unité en baisse. L’année suivante, les transferts de propriété aux ressortissants chinois reculent encore de près de 39 % en valeur au premier trimestre 2026, dans un contexte de contrôles de capitaux renforcés et de ralentissement économique en Chine.

Bon à savoir :

Tout virement sortant supérieur à 1 000 $ nécessite une vérification renforcée, en plus du plafond annuel de 50 000 $ par personne. Le cumul de quotas familiaux pour financer des achats immobiliers à l’étranger devient risqué, ce qui réduit les flux vers la Thaïlande.

Cette baisse a des conséquences directes sur des marchés très dépendants de ce flux, comme certains quartiers de Pattaya ou des programmes de condos « de masse » à Bangkok. Mais elle ne signifie pas pour autant la fin de la demande étrangère.

Une demande plus diversifiée, mais plus sélective

D’autres nationalités montent en puissance. Les acheteurs de Birmanie ont vu leurs achats de condos bondir de plus de 140 % en 2024, avec une progression de près de 90 % en valeur. Les investisseurs taïwanais augmentent leurs acquisitions de plus de 50 % en unités et de presque 48 % en valeur, aidés par des politiques de visas plus souples. Les Indiens entrent, eux, pour la première fois dans le top 10 des investisseurs, privilégiant des unités plus grandes, souvent au-delà de 70 m², avec un ticket moyen d’environ 5,9 millions de baht.

Bon à savoir :

Les Chinois restent le premier groupe d’acheteurs mais leur part relative diminue. En parallèle, les parts des acheteurs du Myanmar, de Russie, de Taïwan, d’Inde et des pays du Golfe augmentent, réduisant la dépendance à un seul pays. Cependant, cette diversification ne compense pas entièrement, en valeur, la perte du pouvoir d’achat chinois d’avant 2020.

D’après les données de 2024–2025, les étrangers ne représentent qu’environ 15 à 18 % des transferts de condos en volume au niveau national, mais près de 30 % en valeur. Ils paient en moyenne 60 % plus cher que les acheteurs thaïs, ce qui leur confère un rôle surdimensionné dans les segments moyen et haut de gamme, malgré leur minorité numérique.

Tableau : structure récente de la demande étrangère en condominiums

Indicateur (2024–Q1 2025)Valeur approximative
Part des étrangers (volumes)15–18 % des transferts de condos
Part des étrangers (valeur)25–30 % de la valeur totale
Prix moyen payé par un étranger~ 60 % de plus qu’un acheteur thaï
Part de la Chine (H1 2024)~40 % des unités étrangères
Part Myanmar / Russie (H1 2024)~9 % / ~8 % des unités étrangères
Part Bangkok / Chonburi / Phuket36–38 % / 38 % / 8–9 % de la valeur étrangère

On le voit : même en retrait, la demande étrangère reste un pilier pour certains marchés. Ce qui change, c’est le profil : moins d’investisseurs spéculatifs achetant en plan pour revendre, plus de résidents de long séjour, de familles et de retraités cherchant à se loger durablement.

Marché immobilier : entre crise de fond et îlots de résistance

Paradoxalement, cette résilience de la demande étrangère coexiste avec un diagnostic très sombre sur l’état général du marché résidentiel thaïlandais. Les chiffres sont brutaux : environ 400 000 unités résidentielles invendues au niveau national, dont une bonne partie concentrée à Bangkok dans la tranche de 5 à 10 millions de baht. Le stock de condos non écoulés à Bangkok s’élèverait à lui seul à près de 220 000–235 000 unités, un niveau proche de celui observé lors de la crise asiatique de 1997.

Les promotions se multiplient, les marges des promoteurs se compressent, et les lancements de nouveaux projets chutent. CBRE anticipe moins de 40 000 nouveaux condos lancés à Bangkok en 2026, puis à peine 20 000 en 2027, bien en dessous des niveaux de la période 2018–2019.

90%

Le niveau d’endettement des ménages thaïlandais dépasse 90 % du PIB, l’un des plus élevés d’Asie, ce qui contribue à la crise du crédit immobilier.

Où la résidence étrangère fait-elle la différence ?

Dans ce contexte morose, les résidents étrangers dotés de visas stables jouent un rôle d’acheteurs « contracycliques » sur certains créneaux. Suivant les estimations, les étrangers représentent 15 à 20 % du marché résidentiel en valeur, mais avec une concentration très forte sur quelques zones : Bangkok central, Phuket, Pattaya, Hua Hin, Chiang Mai et certains corridors touristiques de Chonburi.

Dans ces zones, la combinaison d’une demande locative soutenue (touristes, expatriés, nomades numériques, retraités) et d’acheteurs étrangers disposant de capitaux propres limite les baisses de prix, voire continue à générer de la croissance sur certains produits.

5

Dans le sud du pays, les prix résidentiels ont augmenté de plus de 5 % en glissement annuel à mi-2025.

Dans Bangkok, les quartiers centraux reliés au métro aérien ou souterrain – Sukhumvit, Silom, Sathorn, Ratchada – affichent encore une progression moyenne de 3 à 5 % l’an, là où les périphéries accusent une quasi-stagnation. Les valeurs foncières dans certains secteurs intérieurs ont bondi de près de 18 % en un an, preuve que la rareté de bons emplacements urbains, conjuguée à la demande d’expatriés et de LTR, continue de soutenir le cœur du marché.

Tableau : dynamique régionale des prix résidentiels

Région / MarchéHausse annuelle récente (approx.)Moteurs principaux
Sud (incl. Phuket)+5,5 %Tourisme, expatriés, résidents longue durée
Bangkok métropolitain+2,5–3 %CBD et axes de transport vs périphérie
Centre (hors Bangkok)+3,3 %Classe moyenne domestique, logistique
Nord+1,8–2 %Demande modérée, retraités, étudiants
Nord-Est+2,5 %Croissance progressive, pouvoir d’achat limité

Pour un investisseur étranger muni d’un visa de résidence, cette hétérogénéité est une donnée clé. La résidence ne garantit pas la rentabilité ; elle permet en revanche de cibler sereinement les poches de solidité au sein d’un marché globalement en tension.

Rendements locatifs : la résidence, alliée des stratégies de long terme

Le lien entre résidence et immobilier ne se limite pas à l’achat-revente. Il touche aussi la façon dont les biens sont exploités. Un étranger qui ne dispose que de visas touristiques verra sa capacité à signer des baux longs, à gérer sur place ou à optimiser fiscalement ses revenus locatifs fortement limitée. À l’inverse, un résident légal dispose d’un spectre de stratégies bien plus large.

Les données sectorielles indiquent que les rendements bruts sur les appartements et villas bien situés oscillent entre 5 et 8 % par an, avec des pics à 9 % sur certains marchés de location saisonnière (Phuket, Pattaya). Les rendements nets, après prise en compte des charges de copropriété, de la taxe foncière, de la gestion et des périodes de vacance, se situent plus raisonnablement entre 4 et 6 %.

Exemple :

À Phuket, un studio de 30 m² acheté environ 4,2 millions de bahts et exploité en location courte durée dégage un rendement locatif net de 5,3 à 5,8 % par an. Sur cinq ans, avec une appréciation prudente de 4 % par an, le rendement combiné (loyers + plus-value) atteint 45 à 55 % avant impôts dans le pays de résidence de l’investisseur.

À Bangkok, un appartement d’une chambre bien placé le long du BTS peut offrir des rendements bruts de 4 à 6 %, stabilisés par une demande locative quasi permanente de jeunes actifs thaïs, d’expatriés et de travailleurs à distance. Là encore, la résidence de l’investisseur lui permet de gérer plus finement ses baux, de privilégier des contrats annuels plutôt que de passer exclusivement par des plateformes saisonnières, ou encore de se positionner sur des baux d’entreprise mieux rémunérés.

Tableau : ordres de grandeur de rendements par destination

DestinationPrix moyen (THB/m²)Rendement brut typiqueRendement net réaliste
Bangkok (centre)150 000–250 0004–6 %3,5–5 %
Phuket (zones prime)120 000–160 0007–9 % (STR)5–7 %
Pattaya55 000–90 0006–8 %5–7 %
Koh Samui100 000–140 0006–8 %5–6,5 %
Hua Hin60 000–100 0005–7 %4,5–6 %
Chiang Mai50 000–90 0004,5–6 %3,5–5 %

La résidence joue ici à deux niveaux. Elle influence la demande (les titulaires de LTR et de Thailand Privilege viennent alimenter la base de locataires solvables sur le moyen terme) et elle modifie la position de l’investisseur, qui peut lui-même devenir locataire résident ou optimiser son montage fiscal et contractuel sur place.

Exemple :

Un exemple emblématique est celui du visa DTV, conçu pour les personnes travaillant à distance pour des clients étrangers. Un détenteur de DTV peut acheter deux unités de condo, vivre dans l’une et louer l’autre en courte ou moyenne durée, son statut légal lui offrant la possibilité de rester et de gérer de près son investissement, tout en respectant la frontière légale entre emploi local et prestations pour l’étranger.

Politiques publiques : entre soutien ponctuel et absence de « golden visa » massif

Face à un marché en difficulté, le gouvernement a multiplié les mesures ponctuelles : réduction temporaire des droits de mutation et d’enregistrement hypothécaire pour les biens sous un certain seuil (pour les Thaïs), assouplissements des ratios prêt/valeur, campagnes de relance du tourisme… Mais il s’est gardé jusqu’ici d’adopter un programme massif d’échange « résidence contre immobilier » à la manière de certains pays méditerranéens.

Bon à savoir :

Le Thailand Privilege est un club payant (500 000 à 2+ millions de bahts) offrant 5 à 20 ans de séjour sans obligation d’achat immobilier. Certains promoteurs ont lié, temporairement, l’achat d’une unité de 10+ millions de bahts à un package Elite, mais c’était surtout une opération marketing locale, non un dispositif national.

De même, l’ouverture envisagée de la possibilité pour les étrangers de posséder davantage de terrain reste pour l’instant à l’état de signal politique, sans traduction concrète majeure. La sensibilité de l’opinion publique à la question foncière – marquée par l’histoire des concessions territoriales – freine toute libéralisation brusque.

Astuce :

L’approche thaïlandaise repose sur un équilibre : attirer des résidents fortunés via des visas exigeant des investissements significatifs et traçables (LTR, visa investissement de 10 millions de baht, extension 3 millions de baht), tout en maintenant un contrôle strict de la propriété foncière et en encadrant de plus près les structures sociétaires servant de vecteur indirect.

Pour l’investisseur, cela signifie que le cadre réglementaire est à la fois plus accueillant sur la durée de séjour et plus strict sur la conformité des montages et des flux financiers. La résidence devient un avantage compétitif, mais elle ne doit pas être construite sur des artifices juridiques fragiles.

Quel bilan concret pour les investisseurs étrangers ?

Au croisement de ces tendances – durcissement des visas touristiques, montée en puissance des visas de long séjour orientés vers l’investissement, crise du marché domestique, diversification de la demande étrangère –, l’impact concret sur les investisseurs se décline en opportunités et en contraintes.

Astuce :

La conjoncture actuelle en Thaïlande offre un alignement rare pour les acheteurs étrangers bien capitalisés : un marché globalement en repli avec d’importantes marges de négociation, des rendements locatifs attractifs et des outils de résidence plus clairs. En ciblant des emplacements porteurs comme le cœur de Bangkok, le littoral de Phuket, ou certains secteurs de Pattaya et Hua Hin, les perspectives de rendement net de 4 à 6 % par an, avec une appréciation annuelle raisonnable des prix, restent solides sur un horizon de 5 à 10 ans.

Les visas de résidence longue durée, en particulier le LTR, offrent un cadre stable pour exploiter ce potentiel sans subir les aléas des extensions touristiques, tout en bénéficiant d’avantages fiscaux sur les revenus étrangers pour certaines catégories.

Attention :

Le marché intérieur est fragilisé par une dette record des ménages et une contraction du crédit, augmentant le risque de revente lente, surtout pour les biens standardisés ou mal situés. La baisse de la demande chinoise et le renforcement des contrôles sur les sociétés et transferts de capitaux rendent les montages approximatifs beaucoup plus risqués.

Enfin, la logique même des nouvelles politiques de résidence implique un filtrage économique : la Thaïlande veut des résidents qui apportent des capitaux, des compétences ou des revenus extérieurs, pas des semi-résidents précaires vivant sur des visas de tourisme en enchaînant les « visa runs ». Pour un investisseur, cela suppose de réfléchir à son projet dans son ensemble – statut de séjour, structure d’investissement, réalité de la demande locative sur la zone visée – et non plus seulement au prix au mètre carré.

Vers une nouvelle ère pour la résidence-investissement en Thaïlande

En quelques années, la scène thaïlandaise est passée d’un modèle informel – où l’on pouvait vivre longtemps avec des visas courts, acheter sur plan pour louer ponctuellement ou revendre à des vagues d’acheteurs chinois – à un modèle plus sophistiqué, où la résidence se gagne via des programmes structurés, les flux financiers sont scrutés, et le marché immobilier est traversé par une double dynamique : crise généralisée et vigueur persistante du haut de gamme.

Bon à savoir :

Pour les investisseurs patients, la recomposition du marché offre un environnement plus sain : moins de spéculation de masse, transparence accrue sur les droits de propriété, lien clair entre statut de résident et contribution économique, et opportunités de création de valeur là où la demande de résidents étrangers (nomades, retraités, familles) rencontre des infrastructures et services en amélioration.

La condition, toutefois, est de comprendre que « résider en Thaïlande » ne se résume plus à collectionner des tampons sur un passeport. C’est un choix de trajectoire, à la fois migratoire et patrimoniale, qui engage l’investisseur à respecter un cadre légal de plus en plus exigeant, mais qui, en retour, peut transformer un simple achat d’appartement en véritable ancrage dans une économie et un pays en mutation.

Vous recherchez de l'immobilier rentable : contactez-nous pour des offres sur mesure.

Décharge de responsabilité : Les informations fournies sur ce site web sont présentées à titre informatif uniquement et ne constituent en aucun cas des conseils financiers, juridiques ou professionnels. Nous vous encourageons à consulter des experts qualifiés avant de prendre des décisions d'investissement, immobilières ou d'expatriation. Bien que nous nous efforcions de maintenir des informations à jour et précises, nous ne garantissons pas l'exhaustivité, l'exactitude ou l'actualité des contenus proposés. L'investissement et l'expatriation comportant des risques, nous déclinons toute responsabilité pour les pertes ou dommages éventuels découlant de l'utilisation de ce site. Votre utilisation de ce site confirme votre acceptation de ces conditions et votre compréhension des risques associés.

RETROUVEZ-MOI RÉGULIÈREMENT DANS LA PRESSE

Découvrez mes dernières interventions dans la presse écrite, où j'aborde divers sujets.

A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

Retrouvez-moi sur les réseaux sociaux :
  • LinkedIn
  • Twitter
  • YouTube
Nos guides :