Résidence aux Bahamas : quels effets réels sur l’immobilier et la stratégie des investisseurs ?

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’installer ou obtenir une résidence aux Bahamas n’est plus seulement une affaire de soleil et d’eau turquoise. Derrière l’image de carte postale se joue une transformation profonde du marché immobilier, des équilibres sociaux et des stratégies patrimoniales des investisseurs internationaux. Fiscalité zéro, cadre juridique très ouvert, programmes de résidence économique, boom touristique et tension sur le logement local s’imbriquent dans un même système.

Bon à savoir :

Le choix d’acquérir une résidence aux Bahamas, soutenu par des données et des lois, alimente la hausse des prix, modifie la répartition des investissements et transforme la dynamique entre acheteurs étrangers et ménages bahamiens.

Sommaire de l'article masquer

Un cadre juridique et fiscal taillé pour les résidents-investisseurs

Le point de départ de l’attractivité bahamienne tient en deux réalités : un droit de propriété très protecteur pour les étrangers et un environnement fiscal quasiment unique.

L’International Persons Landholding Act : la porte d’entrée des non-résidents

Depuis le début des années 1990, le pays a profondément libéralisé l’accès à la propriété pour les non-Bahamiens. L’ancienne Immovable Property Act, beaucoup plus restrictive, a été abrogée et remplacée par l’International Persons Landholding Act. C’est ce texte qui structure aujourd’hui l’acquisition immobilière par les étrangers.

Son esprit est clair : simplifier au maximum les démarches pour un usage résidentiel, tout en gardant un contrôle sur les grands projets commerciaux ou les acquisitions foncières de grande ampleur.

En pratique, deux grandes catégories d’achats existent pour un non-Bahamien :

– les acquisitions simplement enregistrées après la vente

– les acquisitions nécessitant un permis avant la transaction

Pour un étranger qui achète une maison individuelle ou un appartement pour y habiter, sur un terrain inférieur à deux acres, l’acquisition se fait en régime allégé. Il n’a pas besoin de permis préalable ; il doit seulement faire enregistrer l’opération auprès des autorités (via le Bahamas Investment Authority ou l’Investment Board), généralement par l’intermédiaire de son avocat. Cette logique vaut aussi pour un terrain non bâti de moins de deux acres destiné à construire une résidence personnelle.

Attention :

Au-delà d’un terrain résidentiel simple, tout terrain non bâti de plus de deux acres, tout projet de location commerciale ou tout développement immobilier économique nécessite un permit avant signature. La demande passe par le Bahamas Investment Authority puis, pour les gros dossiers, par le National Economic Council. Sans ce permit, l’acquisition est juridiquement nulle, bien que l’acheteur puisse en principe récupérer les sommes versées.

Ce découpage a un effet direct sur l’immobilier : il met un tapis rouge procédural sous les pieds des acheteurs étrangers qui visent une résidence secondaire ou un pied-à-terre, tout en gardant la main sur les projets susceptibles de remodeler le marché ou d’avoir des impacts économiques majeurs.

Des droits de propriété quasi identiques pour locaux et étrangers

Autre particularité clé : un étranger qui achète une résidence bénéficie en pratique des mêmes droits de pleine propriété qu’un citoyen bahamien. Pas de bail emphytéotique, pas de durée limitée, pas de clause de réversion – la structure dominante est la freehold ownership.

En clair, un investisseur américain, canadien ou européen peut acquérir une villa en front de mer, un appartement dans un resort ou un lot constructible dans une communauté fermée avec le même niveau de protection juridique qu’un Bahamien. Associé à un système juridique fondé sur le common law anglais, cela rassure fortement les investisseurs internationaux qui voient dans l’archipel un environnement familier sur le plan contractuel.

Résidence, Home Owner Card et résidence économique : un continuum

La loi et la pratique administrative ont construit un continuum entre simple propriété de résidence et résidence durable.

Carte de Résident Propriétaire

Un non-Bahamien propriétaire peut obtenir cette carte annuelle pour lui et sa famille proche, permettant des séjours libres dans le pays, sous réserve de non-interdiction d’entrée. Outil souple pour résidents saisonniers ou multi-résidents.

Accès et Séjour

Permet l’entrée et le séjour libre pour le titulaire et sa famille proche pendant la durée du permis.

Flexibilité Résidentielle

Conçue comme un outil souple pour les résidents saisonniers ou les multi-résidents, sous réserve de la législation migratoire.

Au-dessus, le pays a mis en place un dispositif de résidence permanente économique (Economic Permanent Residency – EPR). Le principe est simple : en échange d’un investissement significatif – en immobilier ou en obligations d’État sans coupon de la Banque centrale – l’investisseur obtient une résidence permanente, à condition de conserver l’actif au moins dix ans.

Depuis le 1er janvier 2025, le seuil minimal pour l’EPR a été relevé à 1 million BSD (soit 1 million USD), contre 750 000 BSD auparavant. Là encore, le message est double : filtrer vers le haut le profil économique des nouveaux résidents, tout en continuant d’attirer un public très aisé.

Une part considérable des expatriés fortunés présents dans le pays s’engage d’ailleurs dans ce type de démarche. La proportion de riches expatriés devenus résidents permanents aurait bondi, passant d’environ 20 % avant la pandémie à près de 50 % aujourd’hui. La résidence ne sert donc plus seulement de plan B fiscal ou géopolitique ; elle devient un choix installé dans la durée, avec toutes les conséquences immobilières qui en découlent.

Un paradis (presque) total pour la fiscalité des résidents

Le second pilier de l’équation est fiscal. Pour un investisseur qui vise à la fois résidence et optimisation patrimoniale, difficile de trouver plus attractif :

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Le nombre d’impôts applicables est de zéro, car aucun impôt sur le revenu, sur les plus-values, sur les successions ou donations, ni de retenue à la source sur les flux sortants n’est prélevé.

En pratique, tout le revenu locatif net reste dans la poche du propriétaire, tout comme la totalité de la plus-value à la revente. Cette absence d’impôt sur le revenu et sur les gains en capital bénéficie autant aux résidents fiscaux bahamiens qu’aux non-résidents pour leurs revenus locaux.

La fiscalité immobilière se concentre essentiellement sur la Real Property Tax (taxe foncière) et les taxes de transfert (stamp duty / droit de mutation). La taxe foncière est modérée au regard des standards internationaux, avec des exonérations pour les résidences occupées par leur propriétaire dans les tranches basses de valeur, puis des taux progressifs autour de 0,75 à 1 % pour le résidentiel au-delà de certains seuils. Pour les biens d’investissement ou les propriétés commerciales, les taux vont jusqu’à 2 % de la valeur.

Les droits de mutation, eux, atteignent généralement 10 % de la valeur pour les non-Bahamiens, ce qui représente un coût d’entrée non négligeable. Mais ce « ticket d’entrée » fiscal unique est jugé acceptable par nombre d’investisseurs face à la perspective d’années de revenus et de plus-values non imposés.

Ce cocktail droit de propriété sécurisé + fiscalité ultra légère est au cœur de l’impact de la résidence aux Bahamas : il change complètement la manière dont l’immobilier est perçu par les acheteurs internationaux. Il devient simultanément logement, outil d’optimisation fiscale et actif de préservation de richesse.

Quand la résidence étrangère refaçonne la carte du marché immobilier

L’attractivité résidentielle et fiscale n’est pas un phénomène théorique. Elle se lit très concrètement dans les chiffres, les localisations et la structure du marché.

Un marché à deux vitesses : luxe étranger vs logement local

Les données disponibles montrent un dualisme très net du secteur résidentiel : un segment haut de gamme dominé par les acheteurs étrangers, et un marché de l’accession plus abordable, tourné vers les Bahamiens.

Les zones comme Nassau, Paradise Island ou Exuma concentrent l’essentiel de l’activité luxe : villas de bord de mer, résidences de marque, condos en resort, propriétés de plusieurs millions de dollars. C’est là que se situe le cœur du marché des résidents étrangers fortunés et des candidats à l’EPR.

Dans le même temps, le marché « domestique » se heurte à des réalités bien moins glamour : pénurie de logements abordables, stagnation des salaires et difficultés d’accès au crédit. Entre 2012 et 2022, l’indice des prix de l’immobilier résidentiel (occupé par le propriétaire et loyers effectifs) a progressé d’environ 14 %, alors que la rémunération des salariés par tête n’aurait augmenté que de 2 % sur la même période. Le fossé entre la dynamique des prix et celle des revenus frappe d’abord les ménages les plus vulnérables.

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Les étrangers ne détiennent qu’environ 10 % du parc résidentiel, ce qui souligne leur part minoritaire en volume.

Hausse des prix : l’effet levier des résidents-investisseurs étrangers

Le ministre du Logement Keith Bell lui-même a reconnu publiquement que la montée en puissance des acheteurs étrangers contribue à tirer les prix vers le haut, au point de compliquer fortement l’accession à la propriété pour les Bahamiens.

L’exemple qu’il donne est parlant : dans un quartier favorisé, une maison estimée à 100 000 dollars peut susciter l’intérêt d’une société étrangère cherchant à assembler un grand terrain par acquisitions successives. Pour sécuriser la parcelle, l’acheteur est prêt à offrir 200 000 dollars, soit le double de la valeur initiale. À partir du moment où cette transaction se réalise, toutes les valeurs de référence du voisinage sont rehaussées.

Ce phénomène est particulièrement marqué à l’est et à l’ouest de New Providence, dans les Family Islands, et dans des îles emblématiques comme Harbour Island, où les maisons se négocient désormais couramment à plusieurs millions. Les prix ont explosé au point de transformer en profondeur la sociologie locale de ces territoires.

Exemple :

Le tableau ci-dessous illustre, pour quelques marchés phares, la combinaison prix moyen, rendement locatif et croissance du capital, qui alimente l’appétit des investisseurs étrangers résidents ou candidats à la résidence.

MarchéPrix moyen/m² (BSD)Rendement locatif (%)Croissance annuelle du capital (%)Profil dominant d’acheteur
Paradise Island~5 175–7 500+4,1–5,013–18UHNW & investisseurs internationaux
Exuma~4 140–6 000+5,2–6,015–16HNW & recherche de style de vie
Harbour Island~3 450–5 000+5,8–9,510–12Investisseurs & expatriés

Dans ces micro-marchés, les taux d’appréciation dépassent souvent les moyennes nationales, parfois de deux à trois fois. Pour un investisseur résident, ces trajectoires de prix, combinées à l’absence d’impôt sur les plus-values, transforment la propriété immobilière en véritable actif de croissance globale, déconnecté de la seule fonction résidentielle.

La montée en puissance de la demande internationale de résidence

La clientèle étrangère s’est également sophistiquée. Les études de marché indiquent que les acheteurs américains dominent largement le segment international, suivis des Canadiens et des Européens. Plus récemment, une montée de l’intérêt asiatique est signalée, ce qui modifie subtilement la composition de la demande.

Ces acheteurs viennent de plus en plus dans une logique de multi-résidence structurée :

une résidence principale dans leur pays d’origine

une ou plusieurs résidences secondaires dans des juridictions à fiscalité douce comme les Bahamas

– parfois une résidence permanente économique, qui leur offre un « plan de repli » géopolitique et fiscal

Astuce :

Le profil type de l’acheteur de résidence dans les îles évolue : il ne s’agit plus seulement du propriétaire de « trophy home » utilisé quelques semaines par an. Désormais, les acheteurs comparent finement les îles, les niveaux de prix, la demande locative et le potentiel d’appréciation future. La résidence devient indissociable d’une stratégie de migration de style de vie et d’optimisation patrimoniale.

Or, cette sophistication de la demande internationale pèse sur les prix et sur l’offre. Le luxe reste largement un marché de cash-buyers, moins sensibles aux taux d’intérêt. Les politiques monétaires de la Fed influencent surtout le crédit résidentiel local, mais le segment prime répond davantage à la dynamique de création de richesse mondiale, aux flux de capitaux en quête de refuge et aux stratégies de mobilité fiscale.

Des prix qui montent plus vite que le reste de la Caraïbe

Les chiffres comparatifs confirment que le pays ne suit pas simplement la tendance régionale ; il l’amplifie. Les prix immobiliers aux Bahamas seraient en moyenne 37 % plus élevés que ceux du reste des Caraïbes. Sur le segment résidentiel prime, la croissance annuelle a atteint environ 15 % lors du pic post-pandémique, avant de retomber vers 5,1 % – un rythme certes plus modéré, mais toujours supérieur à la moyenne mondiale (3,6 %) et à celle des autres destinations soleil de premier plan (3,7 %).

Le marché a connu une forme de normalisation, mais la trajectoire reste clairement haussière, avec des prévisions de croissance des prix de l’ordre de 5 à 10 % par an au niveau national en 2026, plus dans certaines enclaves de luxe. Pour les investisseurs qui couplent résidence et placement, le message est clair : la fenêtre d’entrée reste porteuse à moyen terme, malgré une base de prix déjà très élevée.

Résidence, tourisme et location : un triangle explosif pour les prix

La résidence aux Bahamas ne peut être analysée isolément du tourisme, véritable moteur économique et catalyseur immobilier.

Une machine touristique record… et durable

Le pays affiche des statistiques touristiques spectaculaires : environ 11,2 millions de visiteurs en 2024, puis 12,5 millions en 2025, soit une hausse d’environ 11,4 % en un an, et une troisième année consécutive de records. L’écrasante majorité relève de la croisière (plus de 10 millions), mais les quelque 1,7 million de touristes aériens représentent le cœur de la demande pour les séjours haut de gamme et les locations saisonnières.

45-50 %

Le tourisme de masse soutient entre 45 et 50 % du PIB et dynamise l’ensemble du marché immobilier.

La résidence comme pivot du modèle « buy-to-live & rent »

Pour un nombre croissant d’investisseurs, la frontière entre résidence et investissement locatif s’efface. Un même bien sert à la fois de base de vie saisonnière et de support de location de vacances ou de location à long terme à des expatriés.

Les chiffres nationaux sur les locations de courte durée illustrent l’attrait du modèle : prix journalier moyen autour de 251 dollars, revenu médian annuel d’environ 47 000–48 000 dollars, taux d’occupation proche de 53 %. Sur les segments et les localisations les plus recherchés, les rendements bruts atteignent 5 à 8 %, avec des pointes de 8 à 10 % sur certains marchés comme Grand Bahama, tout en conservant une perspective appréciable d’augmentation de valeur.

Bon à savoir :

Pour un résident, l’absence d’impôt sur les loyers et de taxation sur la plus-value à la revente amplifie les rendements. Par exemple, un duplex côtier à 500 000 dollars générant 42 000 dollars de loyers annuels (8,4 % de rendement brut) offre un cash-flow net bien plus puissant que dans des juridictions fortement fiscalisées.

Des effets de ricochet sur l’accessibilité locale

Le revers de cette médaille est que la logique d’investissement-residence et la pression touristique captent une part significative de l’offre dans certaines zones : maisons en front de mer, condos de centre-ville proches des plages, logements dans les communautés gardées.

Dans un contexte où la construction de nouveaux logements reste relativement limitée, cette captation contribue à la pénurie de logements abordables pour les ménages locaux, et à la hausse des loyers. L’État a multiplié les initiatives pour encourager l’accession à la propriété et l’augmentation de l’offre abordable, mais l’écart entre demande et offre continue de se creuser. De nombreux Bahamiens peinent à trouver un financement ou à suivre l’envolée des prix, en particulier les jeunes ménages.

Ainsi, la résidence aux Bahamas, lorsqu’elle s’appuie massivement sur des modèles de location saisonnière et de spéculation foncière, participe à un déplacement des priorités de développement et à une certaine forme de « touristification » des zones les plus attractives.

Des disparités régionales : Nassau, Paradise Island, Exuma, Harbour Island, Grand Bahama…

L’impact de la résidence aux Bahamas sur l’immobilier ne se lit pas de manière uniforme. Chaque île, chaque marché a sa dynamique propre, liée à son degré de tourisme, à ses infrastructures et à son positionnement fiscal ou résidentiel.

Nassau / New Providence : liquidité, reconnaissance internationale et normalisation

Nassau, sur l’île de New Providence, reste le marché le plus liquide et le plus connu à l’international. On y trouve un large éventail d’offres, des copropriétés de milieu de gamme aux villas de luxe en bord de canal ou d’océan, en passant par les grands projets de condos.

Les derniers chiffres disponibles montrent un marché qui a commencé à se normaliser après le pic post-pandémique : au premier trimestre 2026, les prix médians tournent autour de 514 000 dollars pour Nassau, avec un prix moyen d’environ 1,14 million (contre un pic de 850 000 dollars de médiane au premier trimestre 2025, gonflé par une série de transactions très haut de gamme). Le nombre d’annonces actives progresse, le pipeline de ventes en attente aussi, mais le rythme des ventes conclues ralentit, signe d’une consolidation.

Bon à savoir :

Pour les résidents-investisseurs, Nassau offre liquidité, infrastructures (aéroport, hôpitaux, écoles, services) et demande locative, avec des rendements plus modestes (5–7 %) et des tickets d’entrée élevés dans les quartiers prime.

Paradise Island : vitrine ultra-prime et laboratoire du modèle résident-investisseur

Juste à côté, Paradise Island cristallise l’ADN du marché bahamien : prix par mètre carré parmi les plus élevés de l’archipel, résidences de marque, villas en front de mer à plusieurs millions, clientèle ultra-fortunée internationale, forte croissance du capital (jusqu’à 18 % sur certaines périodes).

Bon à savoir :

L’île combine résidence haut de gamme, location de luxe et optimisation fiscale. Les étrangers possèdent une grande part des logements en bord de mer, ce qui, avec une offre limitée et une construction restreinte, crée une prime de rareté inaccessible aux ménages locaux.

Exuma et Harbour Island : la montée en puissance des Family Islands

Les Family Islands comme Exuma, Abaco, Eleuthera ou Harbour Island connaissent une hausse rapide de l’intérêt international, à mesure que les prix de Nassau et Paradise Island atteignent des niveaux stratosphériques.

Exuma affiche des prix moyens au mètre carré encore inférieurs à Paradise Island, mais des taux de croissance du capital supérieurs (jusqu’à 15–16 % annuels dans certaines poches) et des rendements locatifs autour de 5,2–6 %. Les investisseurs y voient une combinaison de ticket d’entrée plus bas et de fort potentiel d’appréciation, particulièrement intéressante pour les candidats à la résidence à moyen budget (dans l’échelle internationale).

Attention :

Harbour Island est devenue une icône mondiale grâce à ses plages de sable rose, la présence de célébrités et une offre très limitée. Les maisons y valent de plusieurs centaines de milliers à plusieurs millions de dollars, et les lots rares se négocient à prix d’or. La forte proportion de résidences secondaires et de biens détenus par des expatriés résidents bouleverse l’équilibre local.

Grand Bahama : fiscalité locale ultra attractive et rendement locatif

Grand Bahama présente un cas particulier. L’île abrite une zone franche – Freeport – où les biens sont exonérés de taxe foncière, ce qui en fait un terrain de jeu privilégié pour certains modèles d’investissement-résidence. Combiné à des prix encore largement en dessous de leur niveau d’avant l’ouragan Dorian (20–30 % de décote par rapport aux pics), ce régime fiscal a permis le développement de stratégies de build-to-rent offrant des rendements bruts de 8 à 10 %, supérieurs à ceux de Nassau ou Eleuthera.

Pour un investisseur qui envisage également une résidence, Grand Bahama ajoute une couche d’optimisation : coût d’acquisition plus bas, exonération de taxe foncière, rendement locatif élevé, et toujours aucune imposition sur les revenus et les plus-values. C’est un contre-exemple intéressant à l’image des Bahamas réduite à Nassau et Paradise Island, et une illustration de la façon dont la géographie fiscale interne du pays peut orienter les choix de localisation des futurs résidents.

Impact social et politique : jusqu’où aller dans l’ouverture aux résidents étrangers ?

L’essor de la résidence étrangère et l’envolée corrélative des prix ont alimenté un débat politique interne. Le ministre du Logement a ainsi appelé à réexaminer l’impact qu’a eu la suppression, dans les années 1990, du régime plus restrictif de l’Immovable Property Act et son remplacement par l’International Persons Landholding Act actuel.

Les critiques formulent plusieurs griefs :

– l’alimentation d’une hausse structurelle des prix dans les segments recherchés

– l’encouragement de stratégies spéculatives de détention foncière, parfois sur de longues durées, sans mise en valeur

– une réorientation des priorités de développement vers les segments touristiques et de luxe

– une inaccessibilité croissante de la propriété pour les jeunes Bahamiens

Face à ces constats, la question centrale pour le pays devient : comment capter les bénéfices économiques des résidents étrangers tout en préservant l’accès au logement pour la population locale ?

Les autorités ont commencé à introduire des réformes (amendements à l’International Persons Landholding Act, futurs registres fonciers nationaux pour plus de transparence, montée des seuils d’investissement pour la résidence permanente) qui visent à mieux encadrer la relation entre capital étranger, résidence et terre. Mais elles n’ont pas pour autant remis en cause le principe d’un accueil massif des résidents-investisseurs étrangers, compte tenu de leur importance pour l’activité du BTP, le tourisme, les finances publiques (droits de mutation, TVA sur services, etc.) et la visibilité internationale du pays.

Ce que cela change concrètement pour les investisseurs qui visent la résidence

Pour un investisseur étranger qui veut combiner installation (pleine ou partielle) et investissement immobilier aux Bahamas, les implications concrètes sont nombreuses.

Une combinaison rare de sécurité juridique, fiscalité légère et rendement

La résidence aux Bahamas permet de structurer un patrimoine immobilier bénéficiant :

– d’un environnement juridique stable, aligné sur le common law, avec des droits de propriété complets

– d’une absence de fiscalité directe (revenus, plus-values, successions) sur les revenus, loyers et plus-values générés localement

– de rendements locatifs compétitifs (souvent 5–8 %, plus dans certains marchés ciblés)

– d’une appréciation du capital qui, sur le segment prime, dépasse régulièrement les moyennes mondiales

Associer à cela une résidence permanente économique permet de sécuriser un droit de présence de long terme et, dans beaucoup de cas, de jouer également sur des arbitrages fiscaux avec le pays d’origine.

Une sélection de plus en plus stratégique des îles et des segments

Les investisseurs-résidents doivent toutefois naviguer dans un marché hautement segmenté. Les choix à faire ne se résument plus à « Bahamas oui/non », mais à une série de décisions imbriquées :

Astuce :

Pour la liquidité et la profondeur de marché, visez Nassau avec un rendement moindre. Pour le segment ultra-prime, optez pour Paradise Island ou Lyford Cay (prix élevés, demande mondiale solide). Pour un pari croissance et style de vie, ciblez Exuma, Eleuthera, Abaco ou Harbour Island (risque de liquidité plus important, fort potentiel de plus-value). Enfin, explorez Grand Bahama pour un modèle rendement et optimisation fiscale locale, dépendant de la trajectoire économique post-ouragan et de la pérennité du statut de zone franche.

La logique de résidence change aussi l’horizon : un investisseur qui compte passer plusieurs mois par an sur place acceptera parfois un rendement brut légèrement plus faible en échange d’un environnement de vie plus adapté (écoles, services de santé, communauté internationale, etc.) ou d’un projet mieux éligible à la résidence permanente économique.

Prendre en compte le risque politique et la dimension sociale

Même si le pays reste politiquement stable et largement pro-investissement, les signaux envoyés par les autorités – interrogations sur les effets de l’International Persons Landholding Act, débats sur l’accessibilité du logement – rappellent que l’ouverture n’est pas inconditionnelle.

Les investisseurs qui misent sur la résidence aux Bahamas sur 10, 15 ou 20 ans doivent intégrer le risque de :

réajustements réglementaires sur les acquisitions foncières par les non-Bahamiens

– éventuelles nouvelles contraintes sur les locations de courte durée dans certaines zones

renforcement des obligations en matière de transparence foncière et de déclaration des bénéficiaires effectifs

Pour l’instant, la trajectoire reste clairement favorable aux résidents-investisseurs étrangers, avec une politique officielle qui continue de mettre en avant la fiscalité zéro, la facilité d’acquisition et les programmes de résidence économique. Mais la montée des tensions sur le logement et la pression sociale pourraient, à terme, pousser vers une régulation plus fine des usages (par exemple, via des zones à priorité résidentielle locale, des conditions spécifiques pour les projets de location touristique, ou des mécanismes de quotas sur le foncier dans certaines îles très contraintes).

Vers un nouveau contrat entre résidents étrangers, marché immobilier et société bahamienne ?

Résidence aux Bahamas et immobilier ne peuvent plus être considérés séparément. Le pays s’est construit un modèle où la propriété résidentielle des étrangers est simultanément :

– un levier de croissance (investissements, emplois dans la construction, dynamisme du secteur des services, recettes parafiscales)

– un outil d’attraction de capitaux et de talents (EPR, Home Owner Cards, statut fiscal)

– une source de tensions internes (hausse des prix, spéculation foncière, raréfaction du logement abordable, dualisation du marché)

Bon à savoir :

Les investisseurs doivent analyser les compromis pour choisir des localisations non spéculatives, s’engager dans des projets à valeur économique et sociale (location pérenne, développement durable, coopération locale) et anticiper les évolutions réglementaires.

Pour les Bahamiens, le défi consiste à préserver les avantages d’un modèle qui a incontestablement revitalisé le secteur immobilier et attiré plus de 10 milliards de dollars d’investissements directs étrangers récents, sans laisser une partie croissante de la population durablement à l’écart du rêve de la propriété.

En définitive, les Bahamas sont devenus un laboratoire mondial de la résidence fiscale et patrimoniale, où se joue, en temps réel, la question suivante : jusqu’où un pays peut-il ouvrir sa terre à des résidents-investisseurs étrangers sans remettre en cause l’accès au logement de ses propres citoyens ? Les réponses qui y seront apportées dans les années à venir façonneront autant l’avenir de l’immobilier que celui du modèle de résidence internationale que l’archipel incarne aujourd’hui.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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