S’installer à l’étranger en tant qu’entrepreneur, c’est toujours un pari : il faut jongler entre fiscalité, visas, financement, bureaucratie et qualité de vie. À Madère, ce pari peut devenir une vraie stratégie de croissance, à condition de bien comprendre l’écosystème local. L’archipel portugais attire de plus en plus de créateurs d’entreprise, de start-up, de freelances et de dirigeants qui veulent conjuguer environnement pro-européen, fiscalité attractive et cadre de vie exceptionnel.
Ce guide pratique explique comment un expatrié peut créer, financer et développer son entreprise à Madère. Il détaille les dispositifs régionaux, le Madeira International Business Centre (MIBC), les programmes européens et les différents visas disponibles pour en bénéficier.
Pourquoi Madère est en train de devenir une base stratégique pour les entrepreneurs
Madère est une région autonome du Portugal, pleinement intégrée à l’Union européenne et à la zone euro. Longtemps tournée principalement vers le tourisme, elle a engagé depuis quelques années un virage assumé vers l’économie de la connaissance, la tech et l’entrepreneuriat.
L’archipel combine plusieurs avantages exceptionnels : un régime fiscal spécifique validé par l’UE, une croissance rapide du secteur numérique, une politique publique très proactive en faveur de l’innovation, une haute qualité de vie à un coût global inférieur à de nombreuses capitales européennes, et un écosystème déjà bien structuré de communautés internationales (startuppers, nomades digitaux, investisseurs).
Un environnement économique en mutation
Le gouvernement régional mise ouvertement sur la diversification. Les chiffres du secteur des technologies de l’information sont révélateurs : entre 2019 et 2022, le chiffre d’affaires et l’emploi de l’ICT à Madère ont progressé de 300 %. En 2021, 419 entreprises opéraient déjà dans ce secteur pour un volume d’affaires d’environ 520 millions d’euros.
C’est le pourcentage des sociétés de la zone franche de Madère déjà positionnées sur les technologies émergentes.
Un coût de la vie encore raisonnable pour un cadre de vie très recherché
Pour un entrepreneur expatrié, le coût de la vie est un facteur clé. Madère n’est pas une destination “low cost” au sens asiatique du terme, mais le rapport qualité-prix y est très compétitif comparé aux grandes villes européennes.
On peut résumer ainsi quelques repères chiffrés à Funchal, principal centre économique de l’archipel :
| Poste de dépense (Funchal) | Ordre de grandeur mensuel / unitaire |
|---|---|
| Loyer T1 centre (gamme courante) | 1 100–1 500 € |
| Loyer T1 hors centre | 800–1 200 € |
| Loyer T3 centre | 1 800–2 500 € |
| Coliving / chambre en espace partagé | 500–1 200 €/mois |
| Électricité + eau + déchets (≈ 85 m²) | 80–160 €/mois |
| Internet fixe haut débit | ≈ 44 €/mois |
| Abonnement mobile (10 Go + appels) | ≈ 15 €/mois |
| Déjeuner au restaurant local | 8–12 € |
| Repas économique | ≈ 12 € |
| Forfait coworking mensuel (Funchal) | ≈ 150 € |
| Pass mensuel transport public | ≈ 30 € |
| Salaire net moyen (ordre de grandeur) | 1 000–1 170 €/mois |
Pour un indépendant seul, un budget de 1 900 à 2 800 € permet déjà un niveau de vie confortable, tandis qu’un couple vise plutôt autour de 3 500 € mensuels. Ce différentiel avec les grandes métropoles européennes crée une fenêtre intéressante : garder des revenus internationaux tout en s’installant dans un environnement plus abordable.
Comprendre les leviers fiscaux : régime général, start-up et International Business Centre
Avant même de parler de visas ou de financements, un expatrié doit choisir sa “case fiscale” à Madère. Trois niveaux se détachent : la fiscalité régionale standard, les dispositifs spécifiques aux start-up et le régime du Madeira International Business Centre (MIBC).
La fiscalité d’entreprise à Madère hors MIBC
Madère applique un impôt sur les sociétés plus avantageux que le Portugal continental. Pour les sociétés “classiques” situées hors MIBC, les données disponibles indiquent :
| Type d’entreprise à Madère (hors MIBC) | Taux d’IS sur premier palier de bénéfice | Taux au‑delà de ce palier |
|---|---|---|
| PME (toutes sociétés) | ≈ 11,2 % sur les 50 000 € initiaux | ≈ 14 % (ou 14,7 % selon source) |
| Start-up (définition nationale) | 8,75 % sur les 50 000 € initiaux | 14,7 % au-delà |
Les start-up doivent respecter la définition portugaise : moins de 10 ans d’existence, moins de 250 salariés, chiffre d’affaires inférieur à 50 millions d’euros, pas de contrôle majoritaire par un grand groupe, ancrage en Portugal (siège ou effectifs) et caractère innovant ou intensif en R&D (financement VC/business angels, reconnaissance par l’Agence nationale de l’innovation, etc.).
Pour un fondateur qui lance une jeune société innovante depuis Madère, ces taux réduits sur les premiers 50 000 € de bénéfices représentent une optimisation substantielle, surtout dans les premières années.
Le Madeira International Business Centre : une zone franche pleinement “EU‑compatible”
Le MIBC (aussi appelé Madeira Free Zone) est le cœur du dispositif fiscal. Il s’agit d’un régime d’aide régionale approuvé par l’Union européenne, inscrit sur la “liste blanche” de l’OCDE, donc très éloigné des schémas offshore opaques. Juridiquement, les sociétés sont de plein droit portugaises et européennes, simplement soumises à une fiscalité avantageuse sous conditions de substance.
Pour un entrepreneur expatrié, il est essentiel de maîtriser plusieurs éléments clés, notamment la compréhension du marché local, la gestion des aspects juridiques et fiscaux spécifiques au pays d’accueil, l’adaptation culturelle, et la construction d’un réseau professionnel sur place.
– Taux d’impôt sur les sociétés : 5 % sur le bénéfice provenant d’activités internationales avec des clients non résidents (ou d’autres sociétés du MIBC), jusqu’à un plafond dépendant du nombre d’emplois locaux.
– Exonération totale de retenue à la source sur les dividendes versés à des actionnaires non résidents (hors juridictions “liste noire”).
– Exonérations à 80 % sur certains droits de timbre, taxes foncières et de mutation, sous conditions.
– Accès au réseau portugais de plus de 78 conventions de non‑double imposition.
– Stabilité du régime : licences possibles jusqu’au 31 décembre 2026, avec garanties fiscales jusqu’au 31 décembre 2033 pour les entités sous licence.
Les plafonds d’assiette bénéficiant du taux de 5 % sont indexés sur l’emploi :
| Nombre d’emplois locaux à Madère | Plafond annuel de bénéfice à 5 % |
|---|---|
| 1–2 emplois | 2,73 M€ |
| 3–5 emplois | 3,55 M€ |
| 6–30 emplois | 21,87 M€ |
| 31–50 emplois | 35,54 M€ |
| 51–100 emplois | 54,68 M€ |
| > 100 emplois | 205,5 M€ |
Autre contrainte décisive : la substance. Pour obtenir la licence MIBC, il faut :
Nombre d’emplois à temps plein pour résidents fiscaux madériens à créer dans les 6 premiers mois pour bénéficier du régime fiscal.
Ce n’est donc pas un régime pour simple “boîte aux lettres” : l’administration vérifie que l’activité économique est réellement exercée à Madère, avec des équipes sur place.
Quel profil d’expatrié a intérêt à viser le MIBC ?
Ce régime s’adresse surtout :
– aux sociétés de services tournées vers l’international : IT, e‑business, plateformes SaaS, consulting, télécoms, e‑commerce, structures de détention (holding SGPS), shipping, etc. ;
– aux entrepreneurs ayant un volume de bénéfices significatif, pour rentabiliser l’investissement initial de 75 000 € et les coûts de structure locaux ;
– aux fondateurs qui visent un ancrage réel à Madère (recrutement local, direction effective sur l’île).
Un freelance seul ou une micro‑structure qui démarre peut trouver plus simple de rester sur le régime “start-up” à 8,75 %/14,7 %, quitte à migrer vers le MIBC une fois la traction et les moyens de structurer une équipe locales atteints.
Choisir sa forme juridique et comprendre la mécanique d’incorporation
Le droit portugais offre une palette de structures, mais dans les faits, trois options couvrent 90 % des besoins des expatriés à Madère : la société à responsabilité limitée (Lda), sa version unipersonnelle, et la branche d’une société étrangère.
La “Sociedade por Quotas” (Lda) : le standard pour les créateurs étrangers
C’est la forme la plus utilisée par les fondateurs non résidents. Ses caractéristiques :
– Responsabilité limitée aux apports.
– 1 à 50 associés, personnes physiques ou morales.
– Capital social légalement symbolique (1 € par associé), mais en pratique un montant de 2 000 à 5 000 € est conseillé pour la crédibilité bancaire ; certaines sources mentionnent un “repère” à 5 000 € ou 2 000 € à libérer avant la fin du premier exercice.
– Un ou plusieurs gérants (directeurs) sans obligation de résidence ni de nationalité portugaise.
– Possibilité de “Unipessoal Lda” avec un seul associé.
Pour un entrepreneur qui s’installe seul à Madère ou avec un cofondateur, une Lda est généralement la voie la plus simple, y compris si la société vise à terme une licence MIBC.
Société anonyme (SA) et succursale : pour les projets plus lourds
La “Sociedade Anónima” (SA) est plus adaptée aux opérations de taille importante ou régulées :
Pour créer une SAS, il faut au minimum 5 actionnaires, sauf si l’unique actionnaire est une personne morale. Le capital social minimum est de 50 000 €, dont 30 % doivent être libérés lors de l’immatriculation. La gouvernance est plus encadrée, avec généralement un conseil d’administration ou un organe de supervision obligatoire.
La succursale de société étrangère permet à une maison mère de s’implanter sans créer une entité juridique nouvelle :
– Pas de capital minimum.
– Responsabilité intégrale de la société mère.
– Obligation de reprendre l’activité et la dénomination de la société d’origine (“Sucursal em Portugal”).
Ce modèle peut convenir à un groupe qui veut tester Madère comme hub européen, ou à un entrepreneur déjà propriétaire d’une structure étrangère qu’il souhaite “prolonger” sur l’île.
Procédure d’immatriculation : rapide mais très documentée
Le Portugal a considérablement simplifié la création de société. On distingue deux niveaux :
1. La constitution “standard” ou via Empresa na Hora L’option “Empresa na Hora” permet de tout boucler en une heure au guichet, pour un coût d’environ 360 €. Les étapes essentielles, valables également pour une procédure classique, sont :
Pour créer une société au Portugal, il faut suivre plusieurs étapes administratives essentielles : réserver et faire valider le nom de la société auprès du Registo Nacional de Pessoas Colectivas (RNPC) ou opter pour une dénomination pré‑approuvée ; obtenir un NIF (numéro d’identification fiscale) pour chaque associé et futur gérant ; rédiger les statuts (éventuellement en utilisant un modèle standard) ; ouvrir un compte bancaire professionnel et y déposer le capital social ; procéder à l’enregistrement de la société au Registo Comercial ; puis déclarer le début d’activité auprès de l’administration fiscale et s’enregistrer à la sécurité sociale.
2. Le volet spécifique MIBC (si visé) Pour une société qui souhaite profiter du régime de la zone franche, il faut déposer une demande de licence auprès de la Sociedade de Desenvolvimento da Madeira (S.D.M.), en portugais, avec notamment : description détaillée de l’activité, code NACE, plan d’investissement, nombre d’emplois prévus. Tous les documents étrangers doivent être légalisés (apostille si pays signataire de La Haye) et traduits.
En pratique, un accompagnement par un avocat ou un cabinet spécialisé est très fortement recommandé pour éviter les erreurs sur la structuration, la fiscalité et le volet immigration.
Ouvrir un compte bancaire professionnel : un passage obligé pour opérer dans l’UE
Pour exploiter une société à Madère, il est nécessaire de disposer d’un compte bancaire portugais. C’est un point de friction fréquent pour les expatriés, surtout non européens, en raison des exigences KYC/AML.
Conditions et documents généralement demandés
Le dossier type pour une société inclut : un document d’identité de l’entreprise, un extrait Kbis, les statuts de la société, un compte rendu des décisions des associés, un organigramme, un plan de financement, ainsi que des états financiers récents.
Liste des pièces justificatives et informations nécessaires pour procéder à l’enregistrement légal d’une entreprise.
Certificat de constitution ou Certidão Permanente de la société, ainsi que les Statuts officiels.
NIF (Numéro d’Identification Fiscale) de la société et de tous les dirigeants et associés.
Pièce d’identité (passeport ou carte nationale) et justificatif de domicile récent pour chaque dirigeant et actionnaire.
Description précise de l’activité commerciale et, le cas échéant, les licences sectorielles requises.
Justificatifs des fonds initiaux et des éléments démontrant l’origine de ces fonds.
Pour les associés qui sont des entreprises : extrait du registre du commerce de leur pays d’origine.
Les documents non portugais doivent en général être notariés, apostillés ou légalisés, puis traduits en portugais par un traducteur assermenté (certains établissements acceptent l’anglais).
Processus, délais et obstacles fréquents
Les grandes banques présentes (Millennium BCP, Santander Totta, Caixa Geral de Depósitos, Novo Banco, ActivoBank, etc.) appliquent toutes un processus similaire :
Pour ouvrir un compte bancaire au Portugal, plusieurs étapes sont nécessaires. Il faut d’abord obtenir un NIF (Numéro d’Identification Fiscale) pour chaque partie concernée. Un rendez-vous est souvent requis, surtout pour les structures étrangères, qui inclut un entretien avec un responsable de compte. Un examen de conformité (KYC/AML) est ensuite réalisé et peut durer de quelques jours à plusieurs semaines. Un dépôt initial, variable selon la banque (parfois autour de 250 € ou plus), est exigé. Après validation complète, le compte est généralement activé sous 24 à 48 heures.
Les non‑résidents hors UE sont parfois confrontés à des contrôles plus stricts, voire à des refus, surtout si aucun lien économique clair avec le Portugal n’est démontré. Recourir à un avocat ou à un prestataire spécialisé (cabinet comptable, service d’“e‑residence”, etc.) facilite grandement l’obtention du compte, certains pouvant agir par procuration.
Profiter des aides régionales et européennes pour financer son projet
Créer une entreprise à Madère, ce n’est pas seulement réduire son taux d’imposition. Le territoire est fortement doté en fonds structurels européens et en dispositifs régionaux de soutien à l’investissement, à l’innovation et à la digitalisation.
Les principaux acteurs publics régionaux
Plusieurs organismes structurent le paysage des aides :
– Instituto de Desenvolvimento Empresarial (IDE) : gère la plupart des dispositifs pour l’industrie et les services (secondaire et tertiaire).
– Instituto de Emprego da Madeira (IEM) : focalisé sur l’emploi, avec des programmes de création de postes.
– Secretaria Regional de Agricultura e Desenvolvimento Rural (SRA) : soutien ciblé pour le secteur primaire (agriculture, rural, pêche).
Pour un expatrié, il est utile de cartographier d’emblée quels guichets sont pertinents selon le secteur du projet.
Les grands programmes d’investissement et d’innovation
Plusieurs lignes de financement cofinancées par l’UE sont particulièrement intéressantes pour un entrepreneur à Madère.
Innovation 2030 – Système d’incitations à l’innovation productive
Ce programme, ouvert sous l’intitulé “Inovação 2030”, vise à renforcer la compétitivité externe de l’économie régionale en soutenant l’investissement productif innovant.
Les grandes lignes :
Découvrez les conditions et avantages de cette subvention destinée à soutenir les projets d’investissement des entreprises.
Destinée aux PME et grandes entreprises pour des projets de création d’établissement, d’extension, de diversification de produits ou de transformation du processus de production.
Investissement minimal de 50 000 €. Taux de base de 25% sur les dépenses éligibles, majorable de +10% pour les PME, +5% pour la création d’emplois qualifiés et +5% pour certaines zones géographiques.
Plafond de subvention non remboursable fixé à 500 000 € pour la plupart des secteurs et à 750 000 € pour les projets dans le secteur du tourisme.
Machines, équipements, informatique, brevets, licences, logiciels, études, plans marketing, honoraires d’architecte et travaux de construction ou rénovation (dans certaines limites).
Les plafonds relatifs aux travaux de construction (60 % en zone d’accueil d’activités et dans quelques communes spécifiques, 40 % pour le tourisme, 30 % pour les autres secteurs) obligent les entrepreneurs à faire des arbitrages précis entre “brique” et “outil productif”. Les dépenses de conseil (expert‑comptable, auditeur, études “Do No Significant Harm”) sont plafonnées à 5 000 € chacune.
Pour un expatrié lançant un projet touristique ou une activité exportatrice à forte valeur ajoutée (tech, industrie, services B2B), ce programme peut financer de 25 % à 45 % des investissements matériels et immatériels.
REACT‑EU DIGITAL Madeira : accélérer la transformation numérique des PME
Ce programme, désormais clôturé, illustre néanmoins la logique régionale en matière de digitalisation des entreprises.
Ses paramètres principaux :
– Cible : uniquement les PME, tous secteurs confondus.
– Subvention non remboursable : 60 % des dépenses, avec un plafond de :
– 25 000 € pour une microenterprise ;
– 40 000 € pour une petite société ;
– 50 000 € pour une entreprise de taille moyenne.
– Ticket d’entrée : investissement minimal de 5 000 €.
– Dépenses éligibles : matériel informatique, logiciels standards ou spécifiques, vitrines digitales, e‑commerce, interfaces M2M/H2M, outils MaaS, systèmes de production intelligents.
Même si cette ligne est close, d’autres appels à projets, souvent construits sur des logiques similaires, sont régulièrement ouverts sous Madeira 2030. Pour un fondateur étranger, cela signifie qu’un plan d’investissement orienté digital a de bonnes chances de trouver son financement partiel.
Reindustrializar / IFIC et INTERNACIONALIZAR 2030
La ligne “Reindustrializar”, intégrée à l’Instrumento Financeiro para a Inovação e a Competitividade (IFIC) et gérée par la Banco Português de Fomento, cible des investissements plus lourds dans les régions de Madère et des Açores.
Pourcentage de subvention non remboursable accordé aux micro et petites entreprises sur leurs dépenses éligibles.
Parallèlement, le dispositif “Internacionalizar 2030” – cofinancé par le FEDER – finance le renforcement des capacités d’internationalisation des PME madériennes. Un exemple récent : 4 projets ont été approuvés pour un investissement total de 667 000 € et une aide de 227 000 €. Pour un expatrié qui veut faire de Madère son hub d’export (logiciel, services, produits), ce type de ligne est particulièrement stratégique.
Un flux massif de fonds européens sur 2014–2020 et au‑delà
Le cadre financier 2014–2020 illustre l’importance des fonds structurels pour Madère :
| Programme / enveloppe (2014–2020) | Montant destiné à Madère | Objectif principal |
|---|---|---|
| Fonds UE pour Madère (global) | 595 M€ | Doubler l’investissement public en % du PIB |
| Programme opérationnel régional | 403 M€ (dont 274 M€ FEDER, 129 M€ FSE) | Compétitivité, durable, cohésion interne |
| Coopération Azores–Madère–Canaries | 127 M€ | Coopération région ultrapériphérique |
| Fonds maritime et pêche (Azores+Madère) | 102 M€ | Économie bleue, pêche, littoral |
Sur ce total, plus de 10 % ont servi à la compétitivité des entreprises, 8 % à la R&D et l’innovation, 11 % à l’emploi et aux ressources endogènes, plus de 21 % à l’éducation et la qualification. Les nouveaux programmes 2021–2027 prolongent cette tendance, même si tous les détails ne sont pas encore publiés.
Pour un entrepreneur expatrié, la conclusion est simple : Madère est un territoire structurellement dopé par l’argent européen, où des guichets existent pour la plupart des projets sérieux, qu’ils soient digitaux, touristiques, industriels, “bleu économie” ou axés sur la transition climatique.
S’intégrer dans l’écosystème entrepreneurial : incubateurs, communautés et programmes d’accélération
L’un des principaux risques pour un entrepreneur expatrié est de rester isolé. À Madère, plusieurs institutions et communautés évitent cet écueil en offrant accompagnement, mentoring et connexions.
Startup Madeira : le pivot de l’accompagnement à l’île
Active depuis 1997, Startup Madeira est à la fois incubateur, espace de coworking certifié par le réseau des Business & Innovation Centres européens, et opérateur de nombreux programmes thématiques. Elle propose :
– Sessions thématiques, ateliers, événements de networking.
– Programmes d’idéation et d’accélération pour le tourisme, le gaming, la digitalisation, l’économie bleue, la recherche, etc.
– Mise en relation avec des investisseurs (business angels, fonds comme Portugal Ventures).
– Accompagnement sur les financements publics (appels à projets, fonds UE).
Des success stories locales illustrent la trajectoire possible : Nearsoft (fintech comptant plus de 50 ingénieurs), Mobile Solution Games / WalkMe App (plus de 40 millions de téléchargements), Veganaria Madeira (fromages végétaux), Stay Madeira et MyScooter (croissance x13 depuis leur création), ou encore le studio Kamui Cosplay, qui a relocalisé sa production à Madère tout en conservant une audience mondiale.
Programmes phares : Madeira Startup Retreat, Gaming, Blue Economy
Le “Madeira Startup Retreat” est un accélérateur de 6 semaines dédié au voyage, au tourisme et à l’hospitalité. Il se distingue par plusieurs points :
Ce programme se distingue par l’absence de prise de participation au capital et de frais de scolarité. Il accueille une cohorte internationale, comme en témoignent les 50 start-up de 25 pays et les 155 entrepreneurs de 37 nationalités lors des premières éditions. L’accompagnement repose sur un travail intensif sur le modèle économique, la stratégie, la communication, la data et la croissance, avec l’appui de mentors et d’experts de structures telles que Portugal Ventures, Google Developer Group ou Startup Genome. L’immersion dans l’archipel est complète, avec un coworking dédié, un hôte local et la participation aux grands événements locaux comme le Carnaval de Funchal ou divers festivals.
Pour un entrepreneur expatrié dans le tourisme ou les travel tech, être sélectionné pour ce programme offre un accès direct à l’écosystème madérien et portugais (Turismo de Portugal, NOVA SBE, investisseurs, hôteliers, opérateurs, etc.) sans dilution du capital.
L’écosystème de Madère propose des programmes d’accueil spécifiques pour les startups dans les domaines du jeu vidéo (Gaming Startup Retreat), de l’économie bleue (Blue Madeira Hub) et de l’impact (Madeira Impact Collective). Ces initiatives offrent un flux continu d’opportunités pour les porteurs de projets innovants.
La communauté nomade digitale : un réservoir de talents et de clients
Le projet “Digital Nomads Madeira Islands”, lancé en 2021 par le gouvernement régional et Startup Madeira, a transformé l’archipel en destination majeure pour le travail à distance. Quelques chiffres :
– Plus de 11 000 inscriptions la première année, en provenance de 121 pays.
– Entre 4 600 et 5 000 nomades accueillis sur la période février 2021–février 2022.
– Dépense moyenne estimée par nomade : 1 800 €/mois.
– Impact global évalué à 1,5 million d’euros par mois sur l’économie locale.
Le village numérique de Ponta do Sol, avec son espace de coworking gratuit, accueille 80 à 100 nomades en permanence, 30 à 80 utilisateurs du coworking selon la saison. L’initiative s’est étendue à Funchal, Machico, Santa Cruz, Jardim do Mar et Porto Santo. Pour un entrepreneur, cette population est à la fois une source potentielle de clients, de collaborateurs freelances, de cofondateurs et de visibilité internationale.
Des événements comme Nomad Island Fest (retraite entrepreneuriale annuelle à Ponta do Sol) complètent ce paysage, en réunissant plus de 150 fondateurs et “action‑takers” autour de workshops, coaching et networking intensif.
Visas, résidence et statut personnel : comment sécuriser sa présence à Madère
Madère applique le droit portugais de l’immigration. Les règles diffèrent selon que l’on est citoyen de l’UE/EEE/Suisse ou ressortissant de pays tiers.
Citoyens UE/EEE/Suisse : formalités allégées
Les ressortissants de l’Union européenne (et assimilés) peuvent s’installer à Madère librement. Pour un séjour de plus de 3 mois, il est cependant nécessaire de demander un certificat d’enregistrement auprès de la mairie de résidence. Après 5 ans, ce certificat peut être converti en résidence permanente.
En parallèle, de nombreux expatriés optent pour le régime fiscal des Résidents Non Habituels (NHR) afin de bénéficier, pendant 10 ans, de taux préférentiels sur certains revenus portugais (notamment des activités à haute valeur ajoutée) et d’exemptions sur de nombreux revenus de source étrangère, à condition de remplir les critères de résidence fiscale (présence > 183 jours par an ou logement en propriété/usage exclusif au 31 décembre).
Entrepreneurs non européens : panorama des principaux visas
Pour un créateur d’entreprise étranger hors UE, plusieurs voies permettent d’obtenir un titre de séjour à Madère, en général via un visa national de long séjour obtenu auprès du consulat portugais du pays de résidence.
Les plus pertinents pour un entrepreneur sont :
1. Visa D2 (entrepreneur / indépendant) Adapté aux fondateurs qui veulent créer, acquérir ou développer une activité au Portugal, y participer activement à la gestion, et prouver l’intérêt économique ou social du projet. Il n’existe pas de seuil légal minimum d’investissement, mais dans la pratique, les dossiers crédibles avancent souvent un capital de l’ordre de 50 000 € (ou un montant plus modeste combiné à un engagement bancaire local).
– Conditions structurantes :
– Plan d’affaires détaillé (modèle économique, marché, projections, emplois à créer, contribution à la région).
– Création ou acquisition d’une société portugaise (immatriculation, NIF, compte bancaire, début d’activité).
– Moyens financiers suffisants pour vivre : au moins l’équivalent du salaire minimum portugais annuel pour le demandeur principal, plus 50 % pour le conjoint et 30 % par enfant.
– Logement assuré (bail, acte de propriété, lettre d’hébergement).
– Assurance santé et casier judiciaire vierge ou compatible.
Le visa de long séjour D2 accorde généralement 4 mois pour entrer au Portugal et y demander un permis de séjour initial de 2 ans. Ce permis est ensuite renouvelable par périodes de 3 ans. Après 5 ans de résidence légale, il est possible de solliciter un titre de séjour permanent ou la nationalité portugaise, sous réserve de remplir les conditions de langue et d’intégration.
2. Visa D7 (revenus passifs / retraite) Ciblé sur les personnes disposant de revenus stables de source passive (pensions, loyers, dividendes, intérêts, royalties). Il n’impose pas d’activité économique, mais permet, une fois le titre obtenu, de créer une entreprise et de travailler à Madère, sous réserve de respecter les obligations de présence (6 mois consécutifs ou 8 mois non consécutifs par an).
Il s’agit du seuil de revenu mensuel minimum, équivalent à quatre fois le salaire minimum portugais, requis pour obtenir le Visa Digital Nomad (D8).
4. Start‑up Visa et Tech Visa Destinés respectivement aux porteurs de projets innovants (souvent incubés) et aux talents hautement qualifiés recrutés par des sociétés portugaises internationales. Pour un créateur qui veut associer son projet à une structure comme Startup Madeira ou une université, ces voies offrent un cadre de résidence aligné sur l’innovation.
5. Golden Visa / résidence par investissement Moins directement lié à l’acte d’entreprendre mais pertinent pour certains profils, le dispositif permet d’obtenir un permis de séjour contre un investissement qualifié (capitaux dans des fonds, soutien à la culture, investissement dans la recherche, création d’emplois, etc.). Les voies immobilières classiques ont été fortement restreintes, mais certains canaux subsistent. Le Golden Visa exige une présence très limitée sur le territoire (7 jours la première année, 14 jours pour chaque période de deux ans) et conduit également à la résidence permanente après 5 ans.
Pour toutes ces voies, la logique est constante : la résidence découle d’un projet réel (économique, professionnel, patrimonial ou scientifique), pas de la seule détention passive d’une société.
Construire une activité à Madère : coûts opérationnels, recrutement et marché
Une fois l’entreprise enregistrée et le statut de séjour sécurisé, reste à faire vivre le projet. Madère présente des spécificités opérationnelles qu’il est utile d’intégrer dès la phase de business plan.
Coûts salariaux et emploi local
Les salaires moyens nets tournent autour de 1 000–1 170 € par mois, avec un salaire minimum légèrement supérieur à 700 € nets, versé 14 fois dans l’année (primes de vacances et de Noël comprises). Pour un employeur, les charges sociales s’élèvent à environ 23,75 % du brut (11 % à la charge du salarié).
Les salaires pour les postes juniors qualifiés sont souvent inférieurs à ceux des capitales européennes, offrant un avantage compétitif aux entreprises. Cependant, le marché local étant restreint, il est crucial de s’intégrer aux réseaux comme l’université, les incubateurs et les communautés tech pour attirer les bons talents.
Infrastructures numériques et mobilité
Pour un fondateur dans le numérique, la connectivité est un point clé. Madère a investi massivement dans la fibre optique : l’île est souvent citée comme disposant des meilleurs débits au Portugal, avec des offres allant de 50 Mbps à 1 Gbps, y compris dans des localités secondaires. Les espaces de coworking (Cowork Funchal, Ponta do Sol, Madeira Tecnopolo, etc.) capitalisent sur cette infrastructure.
Plus de 4 millions de passagers ont transité par l’aéroport international Cristiano Ronaldo en 2022.
Marché local vs marché international
Avec environ 250 000 habitants, Madère ne constitue pas un marché de masse. La plupart des modèles économiques viables se structurent donc autour :
– d’un marché international (SaaS, e‑commerce, services B2B, consulting, gaming, fintech) en utilisant Madère comme base fiscale, juridique et opérationnelle dans l’UE ;
– ou d’un double marché : local (tourisme, hôtellerie, services à la population, mobilité, restauration, loisirs) et international (export de produits, marques digitales, contenus).
La combinaison d’un secteur touristique toujours puissant et d’un afflux continu de nomades, d’expatriés et de retraités crée néanmoins un tissu de niches très concrètes pour des entrepreneurs étrangers : hébergement alternatif, restauration spécialisée (végane, santé, gastronomique), services de mobilité, expériences outdoor premium, conseils en relocation, services juridiques/fiscaux pour anglophones, etc.
Conclusion : Madère, laboratoire européen pour entrepreneurs mobiles
Créer son entreprise à l’étranger suppose d’aligner de nombreux paramètres : fiscalité, droit du travail, coût de la vie, accès au financement, qualité de l’écosystème, procédures d’immigration. À Madère, cet alignement est particulièrement favorable à ceux qui portent des projets sérieux, orientés innovation ou services internationaux.
La combinaison d’un taux d’impôt sur les sociétés potentiellement à 5 % sous le régime MIBC, de multiples subventions européennes, d’un incubateur très actif, d’une communauté internationale dense et d’une qualité de vie exceptionnelle fait de l’archipel plus qu’une simple destination ‘soleil et fibre optique’. C’est un véritable laboratoire européen pour les entrepreneurs mobiles.
Régime MIBC et écosystème entrepreneurial
Pour un expatrié, la clé sera de préparer en amont :
– un projet structuré répondant aux priorités régionales (innovation, digital, tourisme durable, économie bleue, transition verte) ;
– une stratégie claire sur le choix du régime fiscal (start-up, MIBC ou régime général) en tenant compte des exigences de substance ;
– un parcours de résidence adapté (D2, D7, Digital Nomad, Start-up Visa), en respectant scrupuleusement les exigences de moyens, de documentation et de présence.
Avec cet arsenal maîtrisé, “créer son entreprise à l’étranger” à Madère cesse d’être une aventure approximative pour devenir un véritable levier de croissance, durable et aligné avec les règles européennes.
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