S’installer à Madère séduit de plus en plus de Français et d’Européens : climat doux, coût de la vie raisonnable, cadre naturel spectaculaire. Mais derrière les cartes postales, une question revient très vite : comment sont imposés les revenus et la propriété immobilière sur l’archipel pour un expatrié ?
Madère est une région autonome portugaise de l’UE, bénéficiant d’une autonomie fiscale. Avant de s’y installer, d’y acquérir un bien ou d’y structurer son patrimoine, il est essentiel de comprendre les impôts applicables : l’impôt sur le revenu (IRS), les taxes immobilières (IMI, AIMI, IMT, droits de timbre), ainsi que les régimes spécifiques pour les résidents et les investisseurs.
Cet article propose un panorama complet, en langage clair, de la fiscalité à Madère pour les expatriés, en s’appuyant exclusivement sur les données issues du rapport de recherche.
Madère, région autonome et laboratoire fiscal du Portugal
Madère est un archipel portugais classé Région Ultrapériphérique de l’Union européenne. Ce statut permet à l’île de bénéficier d’un cadre juridique particulier pour compenser les surcoûts liés à l’insularité et stimuler l’investissement, notamment étranger.
Concrètement, cela se traduit par deux réalités fiscales importantes pour les expatriés et les investisseurs :
Madère bénéficie de deux principaux dispositifs fiscaux avantageux : le Centre International d’Affaires de Madère et un code régional des investissements.
Madère reste néanmoins soumise au droit fiscal portugais de base, aux conventions de non-double imposition – notamment avec la France – et aux directives européennes. Les conventions, bâties sur le modèle OCDE, encadrent notamment la résidence fiscale, la taxation des pensions, des revenus immobiliers, des dividendes ou encore des plus-values, afin d’éviter la double imposition.
Résidence fiscale à Madère : quand devient-on imposable sur ses revenus mondiaux ?
Pour un expatrié, la première ligne à clarifier est celle du statut de résident fiscal portugais. La règle est nationale : elle vaut pour Madère comme pour le Portugal continental.
Deux critères principaux déclenchent la résidence fiscale :
– Séjour effectif de plus de 183 jours (consécutifs ou non) sur une période de 12 mois débutant ou se terminant dans l’année fiscale concernée.
– Ou détention d’un logement en Portugal, utilisé ou destiné à être utilisé comme résidence habituelle dans les 12 mois, ce qui révèle une intention de s’y établir.
La détention de certains titres de séjour portugais (comme le visa D7 pour revenus passifs, le visa D8 pour nomades numériques ou un permis de résidence pour emploi) constitue généralement un indice fort d’une intention de s’établir en tant que résident fiscal au Portugal.
Une fois considéré résident fiscal portugais, on devient imposable à l’IRS sur l’ensemble de ses revenus mondiaux (salaires, pensions, revenus mobiliers, loyers, plus-values, etc.). Les non-résidents, eux, ne sont taxés que sur leurs revenus de source portugaise.
En cas de conflit de résidence (par exemple, France et Portugal revendiquant chacun la résidence), la convention fiscale franco‑portugaise joue un rôle d’arbitre, en examinant successivement le lieu du foyer d’habitation permanent, le centre des intérêts vitaux, le lieu de séjour habituel, puis la nationalité.
Impôt sur le revenu à Madère : mêmes règles, taux plus doux
L’impôt sur le revenu portugais (IRS) est un impôt progressif en neuf tranches. Madère reprend les mêmes tranches et le même mécanisme de calcul que le continent, mais applique des taux plus bas.
Deux éléments sont déterminants pour un expatrié :
– Le taux marginal maximum atteint à Madère est de 33,6 %, et seulement au-delà de 86 634 € de revenu imposable.
– Sur le continent, la tranche haute monte à 48 %, et est atteinte dès un niveau de revenu plus bas.
Autrement dit, à structure de revenus équivalente, un résident fiscal à Madère paiera, à barème identique, une IRS plus faible que s’il résidait à Lisbonne ou Porto, tous les paliers bénéficiant de taux marginaux et moyens plus doux.
Madère se distingue également pour la taxation de certains revenus du capital – un point crucial si vous vivez principalement de placements.
Dividendes, intérêts et autres revenus de capitaux
Au Portugal continental, les dividendes et intérêts perçus par un résident sont, par défaut, soumis à une taxation autonome de 28 % (avec possibilité d’agrégation au barème, dans certains cas).
À Madère, le régime fiscal est nettement plus favorable par rapport à d’autres territoires, offrant des conditions avantageuses pour les entreprises et les investisseurs.
– Les dividendes et intérêts sont taxés à un taux spécifique de 19,6 %.
– En cas d’option pour l’agrégation au barème, un taux effectif d’environ 16,8 % peut être atteint selon le niveau global de revenus.
Pour un expatrié vivant de placements financiers (dividendes, coupons), la différence entre 28 % et 19,6 % – voire 16,8 % – est loin d’être marginale. Elle s’ajoute à la pression fiscale déjà réduite sur les revenus professionnels ou de pensions grâce au plafond de 33,6 %.
Location immobilière et plus-values
Les revenus locatifs perçus par un particulier sont, en principe, soumis à un taux forfaitaire de 28 %. Un résident peut, toutefois, opter pour l’agrégation au barème progressif, ce qui peut être pertinent si son revenu global est modéré ou bénéficie d’abattements.
Informations essentielles sur la fiscalité des plus-values réalisées lors de la vente d’un bien immobilier à Madère.
Le taux d’imposition sur les plus-values immobilières à Madère est de 50% du gain réalisé, intégré au revenu global et imposé selon le barème progressif de l’impôt sur le revenu (IRS).
La plus-value est calculée comme la différence entre le prix de vente et la valeur d’acquisition du bien, majorée des coûts d’amélioration et d’acquisition, après application d’un coefficient de correction monétaire.
Exonération totale si le bien est la résidence principale et que le produit de la vente est réinvesti dans l’acquisition d’une nouvelle résidence principale dans l’Union Européenne, sous certaines conditions de délai.
Les non-résidents fiscaux au Portugal sont soumis à une retenue à la source de 28% sur la plus-value brute, avec possibilité d’opter pour l’intégration au barème progressif.
– Pour un résident, seule la moitié de la plus-value nette est intégrée dans la base imposable et taxée au barème progressif IRS.
– Pour un non‑résident, la plus-value est soumise à un taux forfaitaire de 28 %.
Certaines dépenses viennent diminuer la plus-value imposable : IMT et droits de timbre payés à l’achat, frais de notaire et de registre, commissions d’agence, travaux de valorisation réalisés dans les 12 dernières années (factures à l’appui), certificat énergétique, etc.
Un mécanisme d’exonération par remploi existe pour le résident qui vend sa résidence principale et réinvestit le produit dans une autre résidence principale située dans l’UE ou l’EEE, dans un délai de 36 mois. Si le nouveau bien est moins cher, seule la différence sera, en pratique, taxée.
La fin de l’ancien régime RNH et l’arrivée de l’IFICI
L’archipel a largement bénéficié de l’ancienne régime des Résidents Non Habituels (RNH), instauré en 2009 et désormais fermé aux nouveaux candidats. Ce dispositif offrait pendant 10 ans :
– De larges exonérations sur les revenus de source étrangère (pensions, dividendes, intérêts, loyers, etc.) ;
– Un taux forfaitaire de 20 % sur certains revenus professionnels liés à des activités dites à « haute valeur ajoutée » ;
– Un taux très favorable de 10 % sur les pensions étrangères depuis la réforme de 2020.
Le RNH a été officiellement fermé aux nouvelles inscriptions, mais :
Les bénéficiaires déjà enregistrés conservent leurs droits pendant toute la période de 10 ans. De plus, une clause transitoire permet aux candidats ayant engagé leur projet d’installation avant fin 2023 de déposer une demande jusqu’au 31 mars 2025 pour bénéficier du régime sur 10 ans.
Pour les nouveaux expatriés, le paysage a changé. Le Portugal a remplacé le RNH par un dispositif plus ciblé : l’IFICI (Incentivo Fiscal à Investigação Científica et Inovação), qui certains appellent « RNH 2.0 ». Ce régime :
Le régime fiscal portugais pour les non-résidents s’adresse à des profils très spécifiques comme les chercheurs, ingénieurs, experts en innovation ou certains managers de projets d’investissement. Il accorde un taux fixe de 20 % pendant 10 ans sur les revenus d’emploi ou d’activité indépendante issus d’activités éligibles exercées au Portugal. Il peut également exonérer de nombreux revenus de source étrangère (salaires, honoraires, dividendes, etc.) sous certaines conditions, notamment si le pays d’origine n’est pas une juridiction à régime fiscal « nettement plus favorable ». Il exclut clairement les retraités et les investisseurs purement passifs, les pensions étrangères étant taxées au barème normal.
L’IFICI exige en outre des preuves de substance : existence d’un employeur ou d’une structure d’activité réelle au Portugal, contrôle renforcé par des agences comme la FCT, l’AICEP ou l’IAPMEI, et justification annuelle de l’éligibilité. Le régime ne peut être utilisé qu’une seule fois par contribuable et reste accessible uniquement à ceux qui n’ont jamais bénéficié du RNH ni d’autres programmes de retour.
Pour les expatriés s’établissant à Madère, l’IFICI peut se combiner avec les avantages structurels de l’île (taux IRS plus bas, fiscalité immobilière locale allégée pour certains projets, etc.), mais il repose sur une logique d’activité réelle et non plus de simple choix de résidence.
Comparaison IRS Madère vs continent : pourquoi l’archipel reste compétitif
Au-delà des régimes spéciaux, Madère a consolidé une fiscalité personnelle structurellement plus attractive que celle du reste du pays.
Quelques éléments clés :
– Plafond marginal : 33,6 % à Madère (au‑delà de 86 634 €) contre 48 % sur le continent, avec une surtaxe de solidarité entre 2,5 % et 5 % sur les hauts revenus.
– Taux de capital : 19,6 % sur dividendes et intérêts à Madère (16,8 % possible en cas d’agrégation), contre 28 % sur le continent.
– Barème complet : toutes les tranches d’IRS sur l’archipel bénéficient de taux marginaux et moyens inférieurs à ceux du continent.
Cette différence est particulièrement notable pour :
– Les professionnels à hauts revenus (salariés ou indépendants) ;
– Les investisseurs avec un volume significatif de dividendes et de revenus de placements ;
– Les entrepreneurs qui se versent à la fois salaires et dividendes, notamment via des sociétés intégrées dans le MIBC.
Madère ne remplace donc pas l’ancien RNH, mais propose une plateforme durable où impôt sur le revenu, fiscalité des sociétés et impôts locaux convergent vers un niveau de pression inférieur à la moyenne portugaise, dans le respect du droit européen.
Fiscalité immobilière à Madère : IMI, AIMI, IMT et droits de timbre
Pour un expatrié, la « taxe foncière » à Madère ne se résume pas à un impôt unique. Le système se compose de plusieurs couches :
– IMI : impôt municipal annuel sur les immeubles, équivalent de la taxe foncière.
– AIMI : surtaxe annuelle sur les patrimoines immobiliers élevés.
– IMT : taxe de mutation payée à l’achat d’un bien.
– Droits de timbre (Imposto do Selo) : prélèvement fixe de 0,8 % à l’acquisition, et 1 % sur les biens de très grande valeur.
IMI : la « taxe foncière » annuelle sur la valeur patrimoniale (VPT)
L’IMI (Imposto Municipal sobre Imóveis) est un impôt annuel dû par tout propriétaire d’un bien immobilier au Portugal, donc à Madère. Il frappe :
– Les immeubles bâtis (maisons, appartements, commerces, bureaux) ;
– Les terrains, y compris les terres agricoles.
La base imposable est la Valeur Patrimoniale Tributaire (VPT), un équivalent de la valeur cadastrale, déterminée par l’administration fiscale via une formule tenant compte de plusieurs paramètres :
– Coût moyen de construction au mètre carré (actuellement 665 €) ;
– Surface brute de construction ;
– Coefficient d’usage (résidentiel, commercial, industriel, parking, stockage, services, etc.) ;
– Coefficient de localisation (services, accessibilité, attractivité du quartier) ;
– Coefficient de qualité et confort (présence de piscine, ascenseur, garage, climatisation, etc.) ;
– Coefficient d’âge (dépréciation selon l’ancienneté).
En pratique, la VPT est souvent 3 à 4 fois inférieure à la valeur de marché. On peut la consulter gratuitement sur le Caderneta Predial via le Portal das Finanças.
Les taux d’IMI sont fixés chaque année par les municipalités, dans un cadre national :
| Type de bien | Taux IMI à Madère (fourchettes générales) |
|---|---|
| Urbain résidentiel (ancien) | 0,3 % à 0,45 % de la VPT |
| Urbain commercial / industriel / autres | 0,4 % à 0,8 % |
| Urbain récemment évalué (après 13/11/2003) | 0,2 % à 0,5 % (0,35 % à Funchal) |
| Rural / agricole | 0,8 % (taux fixe) |
| Bien détenu par entité en « paradis fiscal » | 7,5 % (taux punitif) |
À Funchal, un taux de 0,8 % est cité pour certains immeubles urbains, ce qui illustre la marge de variation locale.
Le paiement de l’IMI est échelonné selon le montant annuel :
| IMI annuel dû | Modalité de paiement |
|---|---|
| < 100 € | 1 versement en mai |
| 100 à 500 € | 2 versements (mai et novembre) |
| > 500 € | 3 versements (mai, août, novembre) |
Le contribuable peut néanmoins choisir de tout régler en mai.
Délai en jours pour déposer la déclaration Modèle 1 IMI après l’acquisition d’un bien.
Exonérations et réductions d’IMI : résidence principale, revenus modestes, enfants
Plusieurs mécanismes viennent alléger la facture :
– Résidence principale nouvellement acquise : exonération temporaire d’IMI jusqu’à 3 ans, parfois prolongeable à 5 ans selon les cas.
– Logement permanent de valeur modeste : si le bien est destiné à résidence principale, que sa valeur ne dépasse pas 125 000 € et que le revenu fiscal de référence du foyer est inférieur à 153 300 €, une exonération de 3 ans est possible.
– Exonération à vie pour ménages très modestes : lorsque le revenu annuel du foyer ne dépasse pas environ 15 469,85 €, une exonération permanente peut s’appliquer, sous conditions.
– Aides pour foyers à bas revenus : si le revenu est inférieur à 15 295 € et la valeur du bien inférieure à 66 500 €, une réduction d’IMI est prévue, à condition que l’adresse fiscale corresponde à celle du bien.
– IMI Familiar : les municipalités peuvent accorder des réductions en fonction du nombre d’enfants à charge. À Madère, les montants suivants sont cités :
| Nombre d’enfants à charge | Réduction annuelle d’IMI |
|---|---|
| 1 enfant | 30 € |
| 2 enfants | 70 € |
| 3 enfants ou plus | 140 € |
Pour en bénéficier, les expatriés doivent veiller à ce que leur résidence fiscale et la composition de leur foyer soient correctement enregistrées.
– Réhabilitation urbaine, rénovation ou mise en location : des exonérations de 3 à 5 ans peuvent être accordées pour les biens faisant l’objet de travaux de réhabilitation dans certaines zones, ou destinés à la location longue durée après rénovation.
– Bâtiments classés et propriétés occupées par leur propriétaire peuvent également bénéficier de taux réduits.
À l’inverse, les biens vacants depuis plus d’un an dans des zones de forte pression immobilière peuvent supporter une surtaxe allant de 3 à 12 fois le taux normal d’IMI, pour lutter contre la vacance.
AIMI : la surtaxe sur les patrimoines immobiliers élevés
L’AIMI (Adicional ao IMI) est une surtaxe annuelle qui vient s’ajouter à l’IMI pour les détenteurs d’un patrimoine immobilier résidentiel important (biens urbains d’habitation et terrains à bâtir). Elle est calculée sur la somme des VPT de tous les biens concernés au niveau national.
Pour les personnes physiques :
– Un abattement de 600 000 € s’applique par contribuable.
– Les couples mariés ou en union de fait qui optent pour une déclaration conjointe peuvent doubler l’abattement à 1 200 000 €.
Les taux par tranche sont les suivants pour un individu :
| Base AIMI (VPT total) | Taux appliqué |
|---|---|
| Jusqu’à 600 000 € | 0 % (exonéré) |
| 600 001 à 1 000 000 € | 0,7 % |
| 1 000 001 à 2 000 000 € | 1,0 % |
| Au‑delà de 2 000 000 € | 1,5 % |
Pour un couple déclarant conjointement :
| Base AIMI (VPT total) | Taux appliqué |
|---|---|
| Jusqu’à 1 200 000 € | 0 % (exonéré) |
| 1 200 001 à 2 000 000 € | 0,7 % |
| 2 000 001 à 4 000 000 € | 1,0 % |
| Au‑delà de 4 000 000 € | 1,5 % |
Pour les personnes morales (sociétés), le taux est forfaitaire de 0,4 %, sans abattement, appliqué dès le premier euro de VPT, sauf si les biens sont affectés à l’usage privé des dirigeants ou associés, auquel cas le barème des personnes physiques s’applique.
Les entités situées dans des juridictions considérées comme « paradis fiscaux » subissent un taux punitif de 7,5 %.
L’AIMI est calculée en juin, sur la base de la situation au 1er janvier, et est payée en une seule fois en septembre.
IMT : la taxe de mutation immobilière à l’achat
L’IMT (Imposto Municipal sobre as Transmissões Onerosas) est la taxe due lors de l’acquisition d’un bien immobilier. C’est souvent le coût fiscal le plus lourd au moment de l’achat.
Elle se calcule sur la valeur la plus élevée entre :
– le prix déclaré dans l’acte de vente,
– et la VPT cadastrale.
L’IMT doit être réglée avant la signature de l’acte notarié, via le Portal das Finanças, chez certains notaires ou par paiement électronique.
Les barèmes diffèrent selon que le bien est : immobilier ou mobilier.
– une résidence principale (habitation propre et permanente),
– une résidence secondaire ou un investissement,
– un terrain, un local commercial, un entrepôt, etc.
Pour les logements à usage d’habitation à Madère, un tableau de 2012, toujours utilisé comme référence de structure, donne une idée des taux :
| Tranche de valeur (Madère) | Taux marginal | Remise (parcela a abater) |
|---|---|---|
| Jusqu’à 115 509 € | 0 % | 0 € |
| 115 509 à 158 004 € | 2 % | 2 310,18 € |
| 158 004 à 215 435 € | 5 % | 7 050,29 € |
| 215 435 à 359 016 € | 7 % | 11 358,99 € |
| 359 016,25 à 717 903,75 € | 8 % | 14 949,15 € |
| Au‑delà de 717 904 € | 6 % (taux unique) | — |
| Tranche de valeur (Madère) | Taux marginal | Remise (parcela a abater) |
|---|---|---|
| Jusqu’à 115 509 € | 1 % | 0 € |
| 115 509 à 158 004 € | 2 % | 1 155,09 € |
| 158 004 à 215 435 € | 5 % | 5 895,20 € |
| 215 435 à 359 016 € | 7 % | 10 203,90 € |
| 359 016 à 688 544 € | 8 % | 13 794,06 € |
| Au‑delà de 688 545 € | 6 % (taux unique) | — |
Des régimes spéciaux existent :
L’Impôt Municipal sur les Transmissions (IMT) prévoit une exonération pour l’achat d’une résidence principale dont le prix est inférieur à un seuil spécifique (ex: 106 346 € sur le continent, 115 509 € ou 132 933 € à Madère et aux Açores). Les taux varient selon le type de bien : environ 6,5% pour les terrains constructibles, commerces, bureaux et parkings isolés, et 5% pour les terrains agricoles. Un taux punitif de 10% s’applique aux acquéreurs domiciliés dans des territoires non coopératifs.
IMT Jovem : exonération pour les jeunes acheteurs
Une mesure récente renforce l’attractivité de la propriété pour les moins de 35 ans : le régime IMT Jovem, valable de 2024 à 2026.
Pour un primo‑accédant de moins de 35 ans achetant sa première résidence principale :
– Exonération totale d’IMT et de droits de timbre de 0,8 % sur la partie du prix jusqu’à 413 174 € à Madère (et aux Açores).
– Sur la tranche de prix entre ce seuil et un plafond supérieur (par exemple autour de 660 982 €), application d’un taux réduit avec un abattement renforcé.
– Obligation d’occuper le bien comme résidence principale pendant au moins 6 ans (sauf exceptions : mutation professionnelle à plus de 100 km, changement de composition du ménage, etc.).
– En cas d’achat par deux personnes dont une seule remplit les critères d’âge, l’exonération s’applique au prorata de la quote-part de l’acheteur éligible.
Pour les expatriés jeunes actifs ou couples mixtes (un Portugais, un étranger), ce dispositif peut réduire drastiquement le coût fiscal de l’accession à la propriété.
Droits de timbre : 0,8 % à l’achat, 1 % sur l’immobilier de luxe
L’Imposto do Selo intervient principalement à deux niveaux :
– À l’achat d’un bien résidentiel, un droit de 0,8 % est dû sur le prix d’acquisition ou la VPT, selon le montant le plus élevé.
– Pour les biens dont la VPT atteint ou dépasse 1 million d’euros, un droit de timbre de 1 % s’applique sur la valeur, assimilable à une forme de taxation du patrimoine immobilier de luxe.
En complément, les crédits immobiliers sont frappés par des taux de droits de timbre spécifiques :
– 0,5 % si la durée de remboursement est inférieure à 5 ans ;
– 0,6 % si elle est supérieure à 5 ans.
Coûts d’acquisition et fiscalité récurrente : que paie concrètement un expatrié ?
Pour un expatrié qui achète un bien à Madère, il est utile de regrouper les principaux postes fiscaux et parafiscaux, hors prix du bien :
L’achat d’un bien immobilier au Portugal implique plusieurs taxes et frais. L’IMT (Impôt Municipal sur les Transactions) varie selon le prix, la destination (résidence principale ou secondaire) et le statut de l’acquéreur. Un droit de timbre de 0,8 % s’applique sur le prix ou la VPT. Il faut prévoir des frais de notaire et de registre d’environ 950 € en moyenne, ainsi que des honoraires d’avocat souvent autour de 1 % du prix (plus TVA). Après l’achat, l’IMI (Impôt Municipal sur l’Immobilier) est annuel et dépend de la VPT, du taux municipal et d’éventuelles réductions. L’AIMI (Impôt Municipal sur l’Immobilier Surnuméraire) ne s’applique que si la valeur globale du patrimoine immobilier résidentiel dépasse 600 000 € pour un individu ou 1 200 000 € pour un couple.
En pratique, pour une maison d’un prix inférieur à 1 million d’euros, on estime que l’ensemble des frais et taxes d’achat (IMT, droit de timbre, notaire, avocat) représente environ 6 % à 8 % du prix. Au‑delà d’1 million, ces coûts peuvent atteindre autour de 10 %, notamment en raison de la tranche haute d’IMT et des droits de timbre.
Entreprise, MIBC et impôts locaux : un levier pour les expatriés entrepreneurs
Même si cet article se concentre sur l’impôt sur le revenu et les taxes foncières, il est difficile d’ignorer le rôle du Madeira International Business Centre (MIBC/CINM/CIAM) dans l’optimisation globale de la charge fiscale d’un expatrié entrepreneur.
Le MIBC est un régime de zone franche, pleinement intégré au droit européen et validé comme aide d’État compatible. Il offre notamment :
Mesures incitatives pour les entreprises éligibles opérant en Italie dans le cadre du régime fiscal des activités internationales.
Application d’un taux d’impôt sur les sociétés (IRC) de 5% sur les bénéfices éligibles issus d’activités internationales, valable jusqu’au 31 décembre 2033. L’un des taux les plus bas de l’UE.
Les bénéfices pouvant bénéficier du taux de 5% sont plafonnés en fonction du nombre d’emplois créés. Exemples : jusqu’à 2,73 M€ pour 1-2 emplois, jusqu’à 205,5 M€ pour plus de 100 emplois.
Exonération pouvant atteindre 80% sur l’IMI (taxe foncière), l’IMT (taxe sur les transactions), les surtaxes régionales/municipales et autres taxes locales applicables aux biens nécessaires à l’activité.
Exonération de retenue à la source sur les dividendes versés à des associés non-résidents (hors paradis fiscaux) jusqu’au 31/12/2028, ainsi que sur certains intérêts, redevances et services.
Pour un expatrié qui structure ses activités via une société dans le MIBC, l’impact fiscal est double :
Taux d’imposition des dividendes et intérêts à Madère, contre 28% sur le continent portugais.
Cette combinaison – société à 5 % et résident à 33,6 % maxi avec 19,6 % sur les dividendes – fait de Madère une plateforme particulièrement intéressante pour les entrepreneurs internationaux, à condition de respecter les exigences de substance (emplois, investissements, structure réelle).
Double imposition : comment s’articulent France et Madère ?
Pour un Français qui s’installe à Madère, la crainte d’être « imposé deux fois » est fréquente. La convention de non‑double imposition France‑Portugal règle précisément cette question.
Le principe est le suivant :
– Chaque catégorie de revenu (salaires, pensions privées, pensions publiques, dividendes, intérêts, loyers, plus-values, etc.) est attribuée prioritairement à l’un des deux États ou partagée.
– Lorsque les deux États peuvent imposer un même revenu, l’un des deux accorde un crédit d’impôt correspondant à l’impôt payé dans l’autre, dans la limite de ce qu’il aurait lui‑même prélevé.
Quelques cas typiques :
Les revenus immobiliers d’un bien situé en France sont imposables en France et déclarés au Portugal uniquement pour le calcul du taux effectif, évitant ainsi une double imposition. Les pensions privées sont généralement imposables au Portugal (État de résidence), avec une exonération ou un crédit d’impôt applicable en France. Les pensions publiques sont souvent imposables en France (État payeur) selon les termes de la convention fiscale. Les dividendes et intérêts de source française font l’objet d’une imposition partagée : une retenue à la source à taux limité est appliquée en France, avec un crédit d’impôt correspondant au Portugal.
Le respect de ces règles suppose : la compréhension des enjeux et la volonté de les appliquer de manière rigoureuse.
– De bien classer les revenus selon le droit portugais (catégories A, B, E, F, G, H) ;
– De conserver les justificatifs d’impôts payés en France (avis d’imposition, attestations de retenue à la source) pour obtenir les crédits d’impôt au Portugal ;
– De remplir correctement la déclaration annuelle portugaise (Modèle 3) et, le cas échéant, la déclaration française pour non‑résidents.
Pour quel profil Madère est‑elle fiscalement intéressante ?
En 2026, avec la fin progressive de l’ancien RNH et la montée en puissance de l’IFICI, Madère se positionne clairement comme une destination pour :
– Des actifs qualifiés ou indépendants pouvant prétendre à l’IFICI ou à un futur régime régional inspiré ;
– Des entrepreneurs souhaitant exploiter le MIBC et la fiscalité sociétaire et personnelle combinée de l’archipel ;
– Des investisseurs immobiliers à la recherche d’un marché attractif où la VPT reste inférieure à la valeur de marché et où l’IMI, bien que récurrent, peut être modéré ou temporairement exonéré ;
– Des contribuables à hauts revenus bénéficiant naturellement du plafond marginal de 33,6 % et de la taxation allégée des dividendes et intérêts.
Pension annuelle moyenne utilisée pour comparer les taux effectifs d’imposition entre la France et le Portugal pour un retraité.
Pour les profils disposant de revenus d’activité, de dividendes et de plus-values importants, l’équation peut être radicalement différente, surtout si l’on exploite les outils offerts par le MIBC et la fiscalité régionale.
Conclusion : Madère, un écosystème fiscal cohérent mais exigeant
La fiscalité de Madère ne se résume ni à un paradis fiscal ni à un régime miraculeux. C’est un écosystème complet où :
Le régime fiscal de Madère se distingue par plusieurs caractéristiques : l’impôt sur le revenu est progressif avec un plafond plus bas que sur le continent ; les revenus de capitaux bénéficient de taux attractifs. Pour l’immobilier, la taxe (VPT) applique des taux raisonnables et des exonérations ou réductions existent (résidence principale, bas revenus, enfants, réhabilitation, jeunes acquéreurs). Les patrimoines immobiliers importants sont soumis à l’AIMI, avec des seuils et taux définis. Enfin, les entreprises et holdings internationales peuvent accéder à une fiscalité très compétitive via le MIBC, sous conditions strictes de substance et d’emploi.
Pour un expatrié, la réussite d’un projet à Madère suppose de planifier soigneusement sa résidence fiscale, d’anticiper les impacts sur ses revenus français ou mondiaux, et d’intégrer la fiscalité immobilière dès la phase de recherche de bien.
L’archipel offre un compromis solide entre qualité de vie et efficacité fiscale, mais requiert un arbitrage fin entre activités, lieux de détention des actifs, statut familial et horizon de temps. Dans ce jeu d’équilibre, Madère est aujourd’hui l’un des territoires les plus compétitifs du Portugal, à condition de respecter scrupuleusement les règles portugaises, européennes et les conventions internationales applicables.
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