La géographie du pays au Pakistan est celle d’un immense patchwork de reliefs, de climats et de peuples. Entre les sommets de plus de 8 000 mètres du Karakoram, les plaines fertiles de l’Indus et les déserts arides du sud, le pays concentre à lui seul une bonne partie des grands paysages de l’Asie. Sa mosaïque physique se double d’une diversité humaine impressionnante, structurée par des provinces vastes et inégales, un réseau de fleuves vitaux et des villes qui grossissent à un rythme spectaculaire.
Pour bien comprendre la géographie du Pakistan, il est nécessaire de l’appréhender à travers plusieurs cartes interconnectées : physique, administrative, démographique et linguistique. Ces différentes dimensions sont intimement liées et offrent une lecture complète du pays.
Un pays-charnière, au croisement des plaques et des régions
Inscrit entre 24° et 37° de latitude nord et 61° et 77°50 de longitude est, le Pakistan occupe une position charnière entre Asie du Sud, Asie centrale et Moyen-Orient. Le pays s’étire sur environ 1 300 à 1 500 kilomètres du nord au sud, des confins du Pamir jusqu’aux rivages de la mer d’Arabie, pour une superficie proche de 796 000 à 882 000 km² selon les sources, ce qui le classe autour du 33ᵉ rang mondial.
La géographie du Pakistan est principalement déterminée par la collision de trois plaques tectoniques : la plaque indienne, la plaque eurasienne et la plaque arabique. Le Sindh et le Pendjab reposent sur le coin nord-ouest de la plaque indienne, tandis que le Khyber Pakhtunkhwa, le Balochistan et le Gilgit‑Baltistan se situent sur la plaque eurasienne. Cette collision a donné naissance à l’arc montagneux de l’Himalaya, du Karakoram et de l’Hindou Kouch, et est responsable d’une importante activité sismique, comme en témoignent les violents séismes qui ont régulièrement frappé la région de Quetta au XXᵉ siècle.
Au nord, le pays touche la Chine ; à l’est, il est bordé par l’Inde ; à l’ouest, par l’Afghanistan et l’Iran. Le long de la frontière afghane court la fameuse ligne Durand, et une étroite bande de territoire afghan, le corridor du Wakhan, le sépare du Tadjikistan. Au sud, le littoral s’étend sur environ 1 046 km le long de la mer d’Arabie, avec une zone économique exclusive de l’ordre de 290 000 km².
Trois grands ensembles physiques : montagnes, plaines de l’Indus et plateau du Balochistan
La géographie du pays au Pakistan se laisse d’abord lire à travers trois grands ensembles physiques : les hautes terres du Nord, la plaine de l’Indus et le plateau du Balochistan, auxquels s’ajoutent les zones désertiques et côtières.
Les hautes terres du Nord : le “toit du monde”
Au nord, Gilgit‑Baltistan et les régions montagneuses du Khyber Pakhtunkhwa et d’Azad Jammu and Kashmir forment l’un des paysages les plus spectaculaires du globe. C’est là que se rencontrent les massifs de l’Himalaya, du Karakoram et de l’Hindou Kouch. Plus de cinquante sommets dépassent 6 500 mètres, dont plusieurs “géants” de plus de 8 000 mètres : K2 (8 611 m), deuxième sommet du monde, Nanga Parbat (8 126 m), Gasherbrum I (8 080 m) ou Broad Peak (8 051 m).
Ces montagnes abritent de vastes glaciers, au point qu’on parle parfois de “troisième pôle”. Parmi les plus connus figurent le glacier de Siachen, le glacier Baltoro (environ 63 km), Biafo (67 km) ou encore Batura (57 km). Ils nourrissent les grands fleuves du pays par fonte nivale et glaciaire, faisant de cette région le château d’eau de la plaine de l’Indus.
Le relief très accidenté du Gilgit-Baltistan rend les déplacements difficiles, malgré les efforts de l’État pour y développer le tourisme de montagne et de trekking. La région présente un climat montagnard à subarctique (type Dfc de Köppen-Geiger), avec des hivers rigoureux et des étés courts. Le peuplement se concentre dans des vallées isolées et multilingues comme celles de Hunza, de la Neelum et de l’Astore, ainsi que dans les districts de Skardu, Gilgit, Ghanche et Diamer.
La plaine de l’Indus : cœur agricole et démographique
Au centre du pays, la géographie du pays au Pakistan est dominée par la plaine alluviale de l’Indus et de ses affluents, qui recouvre l’essentiel du Pendjab et du Sindh. Le nom même de “Pendjab” signifie “terre des cinq eaux” en référence à cinq grands fleuves – Jhelum, Chenab, Ravi, Sutlej et Indus – qui convergent près de Panjnad avant de rejoindre le tronc principal de l’Indus.
Cet immense éventail alluvial, arrosé par l’un des plus vastes systèmes d’irrigation du monde (l’Indus Basin Irrigation System, avec trois grands réservoirs, 19 barrages, 12 canaux de liaison et plus de 120 000 canaux secondaires), constitue la zone la plus fertile et la plus densément peuplée du pays. Elle est habitée par des sociétés agricoles depuis au moins cinq millénaires, comme en témoignent les sites de la civilisation de l’Indus.
C’est le pourcentage des terres agricoles irriguées par l’Indus dans le bassin.
Cette centralité hydraulique a des conséquences économiques et environnementales majeures : la géographie du pays au Pakistan est littéralement contrainte par le régime de l’Indus. Un traité signé en 1960 avec l’Inde, l’Indus Waters Treaty, attribue à l’Inde l’usage quasi exclusif des rivières orientales (Ravi, Sutlej, Beas) en amont, et au Pakistan les eaux des fleuves occidentaux (Indus, Jhelum, Chenab). Pour compenser la perte des eaux orientales, le Pakistan a construit deux grands barrages (Tarbela sur l’Indus, Mangla sur le Jhelum) et un système de canaux de dérivation.
Le plateau du Balochistan : l’immense arrière-pays aride
À l’ouest et au sud‑ouest, le Balochistan, avec ses 347 190 km², représente près de 48 % de la surface du pays, mais reste la province la moins peuplée. Il s’agit d’un vaste plateau accidenté, situé entre 600 et 3 010 mètres d’altitude, entaillé de chaînes montagneuses (Sulaiman, Kirthar) et de bassins intérieurs. Son climat est largement aride à semi‑désertique, marqué par une forte continentalité, de grands écarts de température et une pluviométrie faible.
La province pakistanaise du Balochistan se caractérise par une géographie diversifiée, incluant le sous‑région côtière du Makran au sud, la région centrale de Kalat et le vaste désert de Kharan au nord‑est. Bien que pauvre en eau de surface, elle est riche en ressources minières stratégiques, telles que le cuivre, le charbon et le gaz naturel (notamment via le gisement clé de Sui). Le district de Chagai abrite également les importants gisements de cuivre‑or de Reko Diq.
Les densités humaines y sont très faibles, parfois inférieures à 10 habitants au km² dans des divisions comme Rakhshan, ce qui tranche avec les centaines, voire milliers d’habitants au km² des plaines de l’Indus.
Déserts et zones côtières : Thar, Cholistan, Makran
La géographie du pays au Pakistan comporte aussi plusieurs grands déserts. Le Thar, prolongement du désert indien éponyme, couvre une partie du Sindh et du sud‑est du pays. Plus à l’ouest, le désert du Cholistan (“Rohi”) s’étend sur environ 16 000 km², tandis que le Kharan se développe en Balochistan, et le Thal occupe un couloir semi‑aride entre l’Indus et le Jhelum.
Au sud, le littoral de Sindh et de Balochistan borde la mer d’Arabie. La côte du Makran, relativement peu arrosée (parfois autour de 100 mm de pluie par an), abrite le port en eau profonde de Gwadar, destiné à devenir un pivot des échanges régionaux dans le cadre du corridor économique Chine–Pakistan (CPEC). Plus à l’est, Karachi, adossée à un ensemble d’îlots comme Manora, concentre le principal port et la plus grande agglomération du pays.
Une organisation administrative à plusieurs étages
La géographie du pays au Pakistan ne se résume pas à ses reliefs et ses fleuves : elle passe aussi par un découpage administratif complexe, issu de l’héritage colonial et des recompositions politiques de l’après‑indépendance.
Provinces, territoires et zones contestées
Sur le plan administratif, le Pakistan est organisé en quatre grandes provinces, un territoire fédéral et deux territoires dont le statut reste contesté. Les provinces sont le Pendjab, le Sindh, le Khyber Pakhtunkhwa et le Balochistan. Le territoire fédéral est l’Islamabad Capital Territory (ICT), qui englobe la capitale nationale. Les deux entités administrées mais disputées sont Azad Jammu and Kashmir et Gilgit‑Baltistan. Le pays revendique par ailleurs les régions de Jammu‑et‑Cachemire et Ladakh administrées par l’Inde, héritage du premier conflit du Cachemire à la fin des années 1940, ainsi qu’une revendication historique sur Junagadh, sans jamais y avoir exercé d’autorité effective.
Chaque province présente un profil géographique et démographique très contrasté, comme le montre le tableau suivant.
Superficie, population et capitales des unités de premier rang
| Unité administrative | Superficie (km²) | Population la plus récente | Capitale |
|---|---|---|---|
| Balochistan | 347 190 | 14 894 402 (2023) | Quetta |
| Khyber Pakhtunkhwa | 101 741 | 40 856 097 (2023) | Peshawar |
| Pendjab | 205 345 | 127 688 922 (2023) | Lahore |
| Sindh | 140 914 | 55 696 147 (2023) | Karachi |
| Islamabad Capital Territory | 906 | 2 363 863 (2023) | Islamabad |
| Azad Jammu and Kashmir | 13 297 | 4 045 366 (2017) | Muzaffarabad |
| Gilgit‑Baltistan | 72 496 | 1 492 924 (2017) | Gilgit |
On voit immédiatement le déséquilibre entre le Balochistan, qui représente près de la moitié de la superficie mais une faible part de la population, et le Pendjab, qui concentre plus de la moitié des habitants sur environ un quart du territoire. La géographie du pays au Pakistan est donc profondément déséquilibrée du point de vue de l’occupation humaine.
Structure administrative du pays lors de sa création en 1947, avant les réorganisations territoriales ultérieures.
Capitale : Dacca. Devenue indépendante en 1971 sous le nom de Bangladesh.
Capitale : Lahore. Province majeure du Pakistan actuel.
Capitale : Hyderabad. Région historique du sud-est du pays.
Capitale : Peshawar. Aujourd’hui la province de Khyber Pakhtunkhwa.
Capitale : Quetta. La plus grande province en superficie.
Les anciennes zones tribales fédéralement administrées (FATA), situées le long de la frontière afghane, ont été intégrées en 2018 au Khyber Pakhtunkhwa, bouleversant la carte administrative de cette province montagneuse.
Divisions, districts, tehsils et union councils
Sous l’échelon provincial, la géographie du pays au Pakistan est structurée par un maillage hiérarchisé : divisions, districts, tehsils, puis union councils. Les divisions, dirigées par un commissaire divisionnaire nommé par le gouvernement fédéral, regroupent plusieurs districts. Elles avaient été abolies en 2000 avant d’être rétablies en 2008. On en compte aujourd’hui 37, dont 31 dans les quatre provinces et 6 dans les deux territoires de montagne.
Les provinces abritent respectivement 10 divisions au Pendjab, 6 au Sindh, 7 au Khyber Pakhtunkhwa et 8 au Balochistan. Azad Jammu and Kashmir possède 3 divisions, tout comme Gilgit‑Baltistan. L’Islamabad Capital Territory, en revanche, ne fait partie d’aucune division.
Les divisions sont elles-mêmes subdivisées en 145 districts au total, considérés comme l’échelon clé de l’administration locale. Les districts se décomposent en tehsils, puis en union councils, plus petites unités de gouvernance.
La diversité de ces divisions illustre la géographie du pays au Pakistan, tant par les superficies que par les densités et les niveaux d’urbanisation ou d’instruction. Quelques exemples suffisent à prendre la mesure de ces écarts.
Contrastes territoriaux : exemples de divisions
Dans le Balochistan, la division de Kalat couvre plus de 91 000 km² pour à peine 2,7 millions d’habitants, soit une densité inférieure à 30 habitants/km². Rakhshan va encore plus loin dans la faible densité, avec environ 940 000 habitants sur près de 100 000 km², soit à peine une dizaine d’habitants au km². À l’inverse, la division de Quetta concentre plus de 4,2 millions d’habitants sur un peu plus de 14 500 km², avec une densité de près de 300 habitants/km², reflet d’une urbanisation régionale dans et autour de la capitale provinciale.
La densité spectaculaire de plus de 1 460 habitants/km² dans la division de Mardan témoigne d’une forte concentration humaine dans la vallée de la Kaboul.
Le Pendjab offre le contraste le plus net entre divisions rurales et grands pôles urbains. Lahore, avec près de 22,8 millions d’habitants sur 11 727 km², affiche une densité proche de 1 942 habitants/km². Gujranwala et Gujrat dépassent également les 900 et 670 habitants/km², avec des taux d’alphabétisation proches ou supérieurs à 75 %, ce qui en fait quelques‑unes des régions les plus éduquées du pays. À l’opposé, une division comme Bahawalpur, englobant une partie du désert de Cholistan, est beaucoup plus étendue (45 588 km²) et moins dense (environ 294 habitants/km²), tout en restant plus peuplée que la plupart des divisions baloutches.
Dans le Sindh, la division de Karachi est un cas extrême : moins de 3 600 km² pour plus de 20,3 millions d’habitants, soit une densité qui frôle les 5 800 habitants au km². C’est l’illustration la plus frappante de l’urbanisation rapide qui marque la géographie du pays au Pakistan. À l’autre bout du spectre, Mirpur Khas ou Hyderabad, bien que plus vastes (jusqu’à près de 50 000 km² pour cette dernière), restent moins denses.
On le voit, la notion même d’“espace pakistanais” recouvre des réalités très différentes, allant de quasi‑déserts humains à des conurbations surpeuplées.
Une géographie humaine marquée par de forts déséquilibres
La géographie du pays au Pakistan ne se comprend pas sans prendre en compte un fait majeur : plus de 241 millions d’habitants recensés en 2023 dans les quatre provinces et l’ICT, ce qui fait du pays le cinquième plus peuplé au monde. Mais cette masse humaine est très inégalement répartie.
Densités et répartition de la population
En 1998, la densité moyenne était de 166 habitants/km². Elle dépasse désormais les 320 habitants/km² selon les estimations pour 2023, mais cette moyenne masque des écarts extrêmes. Le Balochistan ne comptait qu’une vingtaine d’habitants au km² à la fin des années 1990 ; le Pendjab en comptait alors plus de 350, et des districts comme Lahore ou Sialkot dépassent aujourd’hui les 500 habitants/km², voire davantage.
En 1998, près de 56 % de la population vivait au Pendjab, qui ne représente qu’un quart environ de la superficie du pays, contre seulement 5 % dans le Balochistan, qui couvre presque la moitié du territoire. Cette disproportion illustre le rôle structurant de la plaine de l’Indus et des sols alluviaux dans la géographie du pays au Pakistan : les populations se concentrent massivement dans les zones fertiles et irriguées, le long des grands fleuves et des canaux.
Urbanisation : la montée des villes le long de l’Indus
Pendant longtemps, le Pakistan est resté largement rural : encore en 1998, environ deux tiers de la population vivait à la campagne. En 2017, près de 65 % des habitants résidaient encore en milieu rural. Mais la tendance est claire : la part de la population urbaine est passée d’environ 17,7 % en 1951 à près de 40 % en 2023, avec un taux de croissance urbain qui reste supérieur à celui des campagnes (2,5 à 3 % par an contre moins de 2 %). Entre 1998 et 2017, la population urbaine a quasiment doublé, passant de 43 à 75 millions de personnes.
Nombre d’habitants vivant en milieu urbain au Pakistan en 2023, dont plus de la moitié se concentre dans quelques grandes villes.
La géographie du pays au Pakistan est donc devenue, en quelques décennies, de plus en plus polarisée autour d’un chapelet de métropoles disposées le long de l’Indus et de ses affluents, de Karachi sur la côte jusqu’à Peshawar dans le nord‑ouest en passant par Lahore, Faisalabad, Multan ou Rawalpindi.
En 2023, le Sindh était la province la plus urbanisée du Pakistan, avec environ 54 % de sa population vivant en ville.
Croissance démographique et pression sur les espaces
La population du pays a été multipliée par plus de sept entre 1951 (environ 34 millions d’habitants) et 2023 (plus de 241 millions pour les seules provinces et l’ICT). Certaines provinces ont connu des croissances fulgurantes : le Balochistan a presque doublé sa population entre 1998 et 2017 (+87,9 %), et l’Islamabad Capital Territory a vu la sienne exploser de près de 149 %. Au total, le pays a enregistré une croissance de l’ordre de 56,5 % sur cette période.
Cette dynamique se traduit par une densification rapide des zones déjà peuplées, une extension anarchique des agglomérations, et une pression accrue sur les terres agricoles, surtout dans les plaines alluviales. Il en résulte une géographie du pays au Pakistan de plus en plus marquée par des phénomènes de “ruralopolisation” : de grands espaces périurbains où la ville s’étale sans pour autant bénéficier de services urbains structurés.
La trame ethnique et linguistique : une mosaïque inscrite dans l’espace
La géographie du pays au Pakistan n’est pas qu’une affaire de relief et de densité : elle recouvre aussi une mosaïque d’ethnies et de langues qui s’inscrivent dans l’espace de manière assez nette, même si les migrations ont complexifié ce tableau.
Correspondance entre provinces et grands groupes ethnolinguistiques
Les grandes provinces correspondent grosso modo à des ensembles ethnolinguistiques majoritaires. Le Pendjab est dominé par les Pendjabis, qui représentent de loin le groupe le plus nombreux du pays. Le Sindh est le foyer historique des Sindhis. Le Khyber Pakhtunkhwa, ainsi que de larges poches de l’ouest du pays et du sud du Balochistan, sont majoritairement peuplés de Pachtounes. Le Balochistan constitue la base territoriale des Baloutches, auxquels se superposent des populations brahouies, parlant une langue dravidienne.
Plusieurs ensembles linguistiques occupent des régions spécifiques du pays : les Seraikis dans le sud du Pendjab et les zones frontalières avec le Sindh et le Balochistan (région du Derajat) ; les Hindkowans ou Hazarewals dans l’ancienne région d’Hazara au nord-est du Khyber Pakhtunkhwa ; les Shina, Balti, Burusho, Kho ou Wakhis dans les vallées du Gilgit-Baltistan ; les Indus Kohistanis et Torwalis dans les vallées reculées du Kohistan et du haut Swat ; et les Khetrans dans la région de Barkhan au Balochistan.
Les grandes migrations consécutives à la Partition de 1947 ont ajouté une autre configuration spatiale : les Muhajirs, musulmans venus d’Inde lors de la création du Pakistan, se sont massivement installés dans les villes du Sindh, en particulier Karachi, mais aussi Hyderabad, Mirpur Khas ou Sukkur, ainsi que dans quelques grands centres du Pendjab comme Lahore ou Multan. Ils constituent aujourd’hui un groupe urbain important, sans base territoriale rurale propre.
Le tableau suivant résume, de manière approximative, la répartition géographique de quelques principaux groupes.
| Groupe ethnolinguistique | Région de prédilection principale |
|---|---|
| Pendjabis | Pendjab (nord‑est, centre et est du pays) |
| Pachtounes | Khyber Pakhtunkhwa, ouest du pays, sud du Balochistan |
| Sindhis | Sindh (sud‑est), vallée de l’Indus inférieur |
| Seraikis | Sud du Pendjab, zones de contact avec Sindh et Balochistan |
| Baloutches | Balochistan, zones voisines du Sindh et du sud Pendjab |
| Brahouis | Balochistan central, souvent assimilés culturellement aux Baloutches |
| Muhajirs | Grandes villes du Sindh, surtout Karachi, mais aussi d’autres villes |
| Shina, Balti, Burusho… | Vallées de Gilgit‑Baltistan |
| Hindkowans/Hazarewals | Région d’Hazara (nord Khyber Pakhtunkhwa) |
Diversité linguistique et rôles des langues
La géographie du pays au Pakistan est aussi celle de plus de 60 à 80 langues parlées, selon les estimations. Au plan institutionnel, l’ourdou est la langue nationale, partagée comme lingua franca par environ 80 % de la population, mais n’est langue maternelle que pour une petite minorité (autour de 8 %). L’anglais, hérité de la période coloniale, reste langue officielle de l’élite, de l’administration supérieure et du monde des affaires.
Environ la moitié de la population pakistanaise s’exprime d’abord en pendjabi, la principale langue régionale du pays.
Les aires linguistiques épousent en grande partie la géographie des grands ensembles physiques et des provinces. Le pendjabi, par exemple, domine dans la plaine centrale, mais reste longtemps cantonné à l’oral dans le Pakistan contemporain, malgré des efforts récents pour en développer l’usage écrit en écriture ourdou. Le sindhi s’ancre dans la basse vallée de l’Indus et son delta, avec une forte coloration soufie visible dans les cultures locales. Le pachto, langue à tradition orale riche, accompagne les vallées et hauts plateaux du nord‑ouest jusqu’aux marges du Balochistan. Le baloutchi et le brahoui organisent le paysage linguistique du plateau baloutche.
La question linguistique a d’ailleurs régulièrement recoupé des tensions territoriales : mouvement bengali pour la reconnaissance du bengali dans le Pakistan oriental d’alors, émeutes linguistiques au Sindh au début des années 1970 redoutant une marginalisation de la langue sindhi par l’ourdou, mobilisations en faveur de langues minoritaires perçues comme “simples dialectes”. La géographie du pays au Pakistan est donc traversée par ces lignes de fracture symboliques autant que physiques.
Les fleuves, ossature hydrologique et spatiale
Il est impossible de parler de la géographie du pays au Pakistan sans revenir plus en détail sur son système fluvial. Les grands fleuves structurent non seulement le relief, mais aussi les villes, les terres cultivées et la répartition de la population.
L’Indus, long de près de 3 180 km, est un fleuve majeur d’Asie.
Ce réseau forme le squelette de l’Indus Basin Irrigation System qui, en arrosant plus de 170 000 km² de terres irrigables, a permis l’essor de cultures de rente comme le coton, le riz ou la canne à sucre, ainsi qu’une production céréalière importante (le pays est un très gros producteur de blé et un grand exportateur de riz, notamment de basmati). Mais cette dépendance hydrologique rend aussi le pays vulnérable : la surexploitation des nappes d’eau souterraines, le colmatage et l’envasement des canaux, les pollutions agricoles et urbaines, ainsi que le recul des glaciers sous l’effet du changement climatique fragilisent le système.
La majorité des grandes villes pakistanaises sont situées le long de l’axe hydrologique principal, formant un corridor fluvial urbain. Karachi et Hyderabad se trouvent sur le bas Indus, Sukkur près de barrages stratégiques, Multan et Bahawalpur dans le sud du Pendjab. Plus en amont, Faisalabad et Lahore s’alignent le long du réseau de canaux, tandis que Rawalpindi et Islamabad dominent les bassins de la Soan et du Jhelum, et Peshawar est située dans la vallée de la Kabul.
Climat et risques naturels : des montagnes enneigées aux plaines surchauffées
Du point de vue climatique, la géographie du pays au Pakistan est marquée par une grande diversité. Le pays, situé juste au nord du tropique du Cancer, connaît principalement des climats continentaux, avec peu d’influence maritime en dehors de la bande côtière.
Les hautes vallées de Gilgit‑Baltistan disposent d’un climat subarctique : hivers très rigoureux, étés frais, précipitations souvent sous forme de neige. L’Azad Jammu and Kashmir et les régions montagneuses du Khyber Pakhtunkhwa présentent des climats subtropicaux humides (type Cfa) avec mousson estivale et hiver froid. Le Pendjab et la vallée de l’Indus connaissent un climat subtropical chaud, avec des étés caniculaires (des maxima proches de 47 à plus de 50 °C sont courants dans les plaines et déserts) et des hivers plus frais mais secs. Des villes comme Jacobabad ou Turbat figurent régulièrement parmi les plus chaudes du monde, Turbat ayant enregistré près de 53,7 °C en 2017.
Ces régions sont majoritairement désertiques ou semi-désertiques, avec des précipitations annuelles souvent inférieures à 200 mm, concentrées sur quelques mois, et une forte évaporation. Seule la côte, notamment autour de Karachi, bénéficie d’une modération par les brises marines, malgré une chaleur et une humidité estivales éprouvantes.
Mousson, sécheresse et inondations
La dynamique saisonnière repose sur quatre grandes phases : un hiver frais et sec (décembre–février), un printemps chaud et sec (mars–mai), la mousson d’été (juin–septembre) et un automne plus sec (octobre–novembre). Deux systèmes modulent ces saisons : la mousson de sud‑ouest, qui apporte des pluies parfois diluviennes du golfe du Bengale et de la mer d’Arabie vers le nord du sous‑continent, et les perturbations d’ouest, qui amènent en hiver des pluies et de la neige sur les montagnes.
Les montagnes du nord peuvent recevoir plus de 200 mm de pluie par mois en été, tandis que la côte baloutche reste quasiment sèche. Islamabad reçoit chaque année près de 1 250 mm de pluie, dont environ la moitié concentrée sur juillet‑août, alors que Karachi n’en reçoit guère plus de 200 sur l’année.
Nombre de millions de personnes touchées par les inondations dévastatrices au Pakistan en 2022.
Les villes, en pleine expansion, sont particulièrement vulnérables à ces phénomènes, que ce soit par les crues des rivières (fluvial flooding) ou par les ruissellements urbains (pluvial flooding) amplifiés par l’imperméabilisation des sols. Lahore, par exemple, présente de grandes surfaces bâties exposées à ces deux types de risques.
Réponses et limites
Face à ces défis, la géographie du pays au Pakistan se redessine aussi à travers des projets d’infrastructures (comme le barrage de Diamer‑Bhasha sur l’Indus supérieur, qui ambitionne de stocker plus de 6 MAF d’eau), des plans de gestion intégrée du bassin de l’Indus, des programmes de reforestation (Billion Tree Tsunami, augmentation notable des mangroves depuis les années 1990), ou encore des politiques de conservation des terres pour limiter la dégradation et la désertification. Mais ces réponses doivent composer avec des contraintes budgétaires fortes, une gouvernance complexe et une urbanisation “désordonnée” qui excède souvent la capacité des pouvoirs publics à planifier.
Vers de nouvelles cartes ? Débats sur la réorganisation territoriale
L’ampleur des déséquilibres démographiques, économiques et géographiques alimente, depuis plusieurs années, des propositions de redécoupage administratif. Des projets de nouvelles provinces sont régulièrement évoqués : province de Bahawalpur, “Sud Pendjab”, “Sud Balochistan”, possible province de Karachi (parfois appelée Jinnahpur), province d’Hazara dans le nord du Khyber Pakhtunkhwa, ou encore transformation de Gilgit‑Baltistan en entité provinciale à part entière.
Certains chercheurs suggèrent d’aller beaucoup plus loin. Un article a ainsi proposé de porter le pays à une vingtaine de provinces ou unités administratives, soit en divisant les grandes provinces actuelles, soit en érigeant la plupart des divisions existantes en provinces autonomes. L’argument principal : rapprocher la gouvernance des citoyens, atténuer le poids démographique écrasant du Pendjab (qui regrouperait autour de 100 millions de personnes), et mieux adapter les politiques publiques à des réalités locales très différentes.
Dr Mehtab S. Karim, chercheur
Cependant, la forte disparité de population entre divisions pose un problème : dans le Pendjab, les divisions vont d’environ 6 à 24 millions d’habitants ; au Sindh, de 4 à 20 millions ; au Khyber Pakhtunkhwa, de 3 à 10 millions ; au Balochistan, de moins d’un million à 4 millions. Un éclatement des provinces en de nombreuses entités de taille très inégale compliquerait la répartition des ressources nationales, notamment les dotations du National Finance Commission, qui déterminent le partage des recettes fédérales.
Des scénarios de réorganisation territoriale prévoient la création de 18 provinces, issues du regroupement de districts, réparties dans les régions existantes. Un point politique central demeure la définition du statut futur des territoires fédéraux actuels, notamment le Gilgit-Baltistan et le territoire de la capitale Islamabad.
La géographie du pays au Pakistan est ainsi appelée, probablement, à se recomposer à moyen terme, au gré de compromis politiques et de contraintes démographiques.
Une géographie économique et environnementale sous tension
Enfin, la géographie du pays au Pakistan se superpose à une géographie économique et environnementale contrastée. L’essentiel de la richesse est produit dans les grandes villes et les régions les plus densément peuplées de la plaine de l’Indus. Les services dominent désormais l’économie, représentant près de 58 % du PIB, tandis que l’agriculture, jadis hégémonique (plus de la moitié du PIB en 1947), ne pèse plus qu’un peu plus d’un cinquième de la richesse créée, même si elle reste vitale en termes d’emplois et de devises.
Les régions rurales de montagne ou de plateau, telles que l’intérieur du Balochistan, le nord du Khyber Pakhtunkhwa ou certaines vallées du Gilgit‑Baltistan, présentent souvent un accès limité aux infrastructures et une faible industrialisation. Cependant, elles disposent d’importantes ressources naturelles, incluant des mines, des ressources en eau, un potentiel hydroélectrique et des paysages propices au tourisme.
Sur le plan environnemental, plus de 80 % du territoire est classé comme aride ou semi‑aride ; près de la moitié des terres souffrent d’une forme de dégradation (déforestation, surpâturage, salinisation, urbanisation non planifiée). La couverture forestière reste modeste (autour de 4 % de la superficie), même si l’on observe des progrès spectaculaires sur certains compartiments, comme la multiplication par plus de trois des mangroves depuis les années 1990.
La géographie du Pakistan est caractérisée par des équilibres et déséquilibres entre montagnes et plaines, eau et désert, densité et vide. Elle présente également des contrastes linguistiques et un écart entre métropoles et arrière-pays. Ce paysage, soumis aux changements climatiques et démographiques, continuera de se transformer selon les politiques d’aménagement, les dynamiques de peuplement et les aléas du climat.
Comprendre la géographie du pays au Pakistan, c’est donc saisir cette imbrication intime entre territoire, population, langue, eau et pouvoir, et mesurer combien chaque décision – un barrage, une autoroute, un redécoupage administratif – peut redessiner, parfois en profondeur, la carte vécue du pays.
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