S’implanter au Paraguay n’est plus une idée exotique réservée à quelques initiés. Avec un impôt sur les sociétés plafonné à 10 %, un régime territorial qui laisse les revenus de source étrangère à 0 %, un accès direct au marché du Mercosur (260 millions de consommateurs) et une vague de réformes pro‑investisseurs adoptées en 2025, le pays est en train de devenir l’un des terrains de jeu favoris des entrepreneurs internationaux.
Ce guide fournit une feuille de route concrète pour lancer une structure au Paraguay, incluant les options juridiques, les coûts réels, et les nouveaux régimes d’incitation comme la Loi 7548/25, le nouveau régime Maquila, l’EAS, le SUACE et l’Investor Pass, tout en aidant à éviter les écueils de conformité fiscale et bancaire.
Pourquoi choisir le Paraguay pour créer une société
Le pari paraguayen repose sur trois piliers : fiscalité attractive, cadre légal pro‑investisseurs, et procédures de création d’entreprise de plus en plus digitalisées.
Sur le plan fiscal, le pays applique une combinaison souvent désignée comme « triple 10 » : 10 % d’impôt sur les sociétés (IRE), 10 % de TVA standard, 10 % de taxe sur les dividendes dans certains cas. Ce schéma est encore renforcé par une règle clé : seuls les revenus de source paraguayenne sont imposables, les revenus générés hors du territoire étant, en pratique, à 0 %.
Les lois d’investissement (117/91, 5542/15, 60/90 et désormais 7548/25) garantissent l’égalité de traitement entre investisseurs locaux et étrangers, la liberté de transfert de capitaux et la protection des droits de propriété, sans autorisation préalable sauf pour certains régimes d’incitation.
Côté climat des affaires, le pays affiche une stabilité monétaire, un faible niveau d’inflation, une notation investment‑grade récente et un réseau de conventions fiscales qui commence à s’étoffer (notamment avec l’Espagne et le Chili). Le gouvernement pousse les réformes pour rapprocher la place financière et boursière des standards OCDE, avec la nouvelle loi sur les marchés de capitaux (7572/2025).
Enfin, pour l’entrepreneur étranger, l’atout stratégique est double : il est possible de posséder 100 % du capital d’une société paraguayenne, et la création d’entreprise peut être combinée avec une résidence permanente via le système SUACE ou le « Pase de Inversor » (Investor Pass), avec, dans certains cas, une obligation d’investissement de 70 000 USD et la création de cinq emplois locaux.
Choisir la bonne forme juridique
La première décision structurante est le choix de la forme de société. Au Paraguay, trois types dominent pour les investisseurs étrangers : la société anonyme (S.A.), la société à responsabilité limitée (S.R.L.) et la société par actions simplifiée/électronique (S.A.S. et surtout EAS). À ces structures s’ajoutent les succursales de sociétés étrangères et quelques formes de partenariat plus classiques.
Panorama des principales structures
Le tableau suivant résume les profils types des trois véhicules les plus utilisés par les entrepreneurs internationaux :
| Forme | Profil idéal | Nombre d’associés | Capital minimum légal | Complexité / Délai | Points forts principaux |
|---|---|---|---|---|---|
| S.A. | Grandes entreprises, projets industriels lourds, introduction en bourse, participation à des appels d’offres publics | ≥ 2 actionnaires | En pratique souvent 1 000 salaires min. (≈ 368 000 USD) selon plusieurs sources, ou capital « adéquat » | Processus lourd, souvent 10–21+ semaines | Structure robuste, transfert d’actions aisé, adaptée aux grands investisseurs |
| S.R.L. | PME, affaires familiales, filiales opérationnelles, exportateurs de taille moyenne | 2 à 25 associés | Aucun minimum légal strict ; capital nominal à déclarer, souvent modeste | 10–12 semaines en moyenne | Gestion simplifiée, grande flexibilité sur le capital, responsabilité limitée des associés |
| EAS / S.A.S. | Startups, freelances, nomades digitaux, services en ligne, petites équipes internationales | 1 ou plusieurs actionnaires | 0 USD de capital minimum | 72 heures à 15–30 jours selon les cas | 100 % digital, pas de publicité obligatoire, gouvernance ultra‑souple, en passe de devenir la forme la plus populaire |
Pour un investisseur qui souhaite avant tout tester le marché, limiter les coûts et profiter du régime territorial, une S.R.L. ou une EAS sera, dans la plupart des cas, plus pertinente qu’une S.A. traditionnelle, qui exige conseil d’administration formel, commissaire aux comptes (síndico) et souvent des audits récurrents.
Société anonyme (S.A.)
La S.A. est l’outil historique des grandes entreprises paraguayennes. Elle constitue une personne morale distincte, avec responsabilité limitée des actionnaires à hauteur de leurs apports. Elle permet un nombre illimité d’actionnaires et est adaptée à la levée de fonds à grande échelle, aux projets immobiliers lourds et à la participation à des marchés publics.
Le capital minimal exigé pour une SA est d’environ 368 000 USD, soit 1 000 fois le salaire minimum.
En contrepartie, la S.A. est parfaitement alignée avec les attentes des investisseurs institutionnels et des autorités de marchés (sous la supervision de la Superintendencia de Valores, SIV), et elle s’intègre bien avec les réformes de 2025 visant à moderniser le marché des capitaux.
Société à responsabilité limitée (S.R.L.)
La S.R.L. est l’équivalent d’une SARL/LLC et concentre l’essentiel des nouvelles implantations de PME et d’entreprises familiales. Elle requiert au moins deux associés et au plus 25, qui peuvent être des personnes physiques ou morales, de n’importe quelle nationalité. La responsabilité reste limitée aux apports.
Le droit paraguayen ne fixe pas, en pratique, de capital minimum élevé pour une S.R.L. : on trouve dans les sources des exemples de capital nominal symbolique, bien que, dans les faits, le capital doive être « cohérent » avec l’objet social. Au moins 50 % du capital souscrit doit être libéré au moment de la constitution et déposé provisoirement à la Banque Nationale de Fomento jusqu’à l’achèvement de la procédure.
La S.R.L. impose la désignation d’un gérant (gerente), qui peut être l’un des associés, et d’un représentant légal résident au Paraguay, capable de signer les documents fiscaux et administratifs. Elle est moins contrainte que la S.A. en matière de gouvernance et d’audit, bien qu’elle doive, elle aussi, respecter les obligations de tenue de comptabilité, de dépôt de comptes et de déclarations fiscales.
EAS et S.A.S. : la génération digitale
La grande innovation des dernières années est l’apparition de l’Empresa por Acciones Simplificada (EAS), parfois désignée comme S.A.S. électronique. Elle est pensée pour simplifier au maximum la vie des entrepreneurs digitaux, freelances, startups et petits prestataires de services.
L’EAS se caractérise par : les effets indésirables liés aux médicaments, la gravité des produits de santé, et les enjeux de santé publique.
– une constitution 100 % numérique, via le système unifié SUACE, souvent en moins de 72 heures (et en tout cas dans une fenêtre allant de 72 heures à 10 jours dans la pratique) ;
– l’absence totale de capital minimum légal ;
– la possibilité d’avoir un seul actionnaire (personne physique ou morale, locale ou étrangère), ce qui en fait le seul véhicule paraguayen pleinement unipersonnel de ce type ;
– des statuts pouvant être signés par acte public ou même privé, à condition que les signatures soient certifiées ;
– une gouvernance ultra‑flexible : pas d’obligation de conseil d’administration ni de síndico, toutes les fonctions pouvant être concentrées dans les mains du représentant légal.
L’EAS acquiert la personnalité morale par son enregistrement au Ministère des Finances via SUACE, sans nécessité d’inscription au Registre Public du Commerce ni de publication d’avis de constitution, réduisant ainsi les coûts et délais.
Dans les faits, l’EAS est en train de devenir la forme de société favorite pour les créateurs de contenu, développeurs, consultants et entrepreneurs en ligne qui souhaitent une structure légère, un accès rapide au système bancaire et fiscal paraguayen, et une fiscalité à 10 % sur les revenus de source locale – tout en laissant leurs revenus étrangers hors du champ de l’impôt.
Succursale et autres formes
En complément, la succursale (sucursal) permet à une société étrangère d’opérer directement au Paraguay sans créer une nouvelle personne morale. Elle agit comme simple extension de la maison‑mère, qui reste responsable solidairement de ses dettes. La succursale doit désigner un représentant légal résident, disposer d’une adresse fiscale au Paraguay, et s’enregistrer au Registre Public du Commerce et au RUC.
Des structures de partenariat plus classiques existent aussi : société en nom collectif (responsabilité illimitée de tous les associés), société en commandite par actions (combinant associés commandités illimités et commanditaires limités), mais elles sont nettement moins utilisées par les investisseurs étrangers.
Étapes concrètes pour ouvrir une société
Le processus d’ouverture d’une société paraguayenne peut se découper en quatre grandes étapes pratiques, qui se combinent avec les séquences plus détaillées de la procédure classique (nom, statuts, registre, RUC, banque, licences, sécurité sociale).
1. Choisir la structure et réserver le nom
Tout commence par le choix du véhicule (S.A., S.R.L., EAS/S.A.S., succursale) et la définition des éléments de base : activité principale, capital, répartition des participations, gouvernance. La loi impose que la dénomination sociale soit unique et disponible, sans risque de confusion avec des entités existantes.
La vérification et réservation du nom se font auprès de la Dirección General de los Registros Públicos et, pour les vérifications plus fines, via la direction de propriété intellectuelle et de gestion des entreprises (DIPYGE). La réservation est en général valable 30 jours, renouvelable.
Le coût de cette étape est modeste, souvent limité à des frais administratifs symboliques. Le délai est, selon les cas, de 1 à 2 jours ouvrables pour la simple vérification, voire quelques jours supplémentaires pour la formalisation de la réservation.
2. Rédiger l’acte constitutif et passer chez le notaire
La rédaction des statuts et de l’acte de constitution (Escritura Pública) est un moment clé. Elle doit être confiée à un avocat paraguayen ou à un notaire (escribano) qui s’assure de la conformité à la législation locale : objet social, capital et modalités de libération, droits et obligations des associés, organes de gestion, pouvoirs de représentation, durée de la société, règles de cession de parts ou d’actions.
Le coût d’un acte standard non complexe chez un notaire peut être inférieur à 500 USD, incluant l’authentification des signatures des associés fondateurs.
Une fois l’acte signé, le notaire se charge normalement de déposer les documents auprès du Registro de Personas Jurídicas y Asociaciones et du Registro Público de Comercio. C’est cette inscription qui donne naissance à la personnalité juridique (pour les S.A. et S.R.L., notamment). Sans confirmation de cette inscription, il est impossible de passer à l’étape fiscale (RUC).
3. Obtenir le RUC et s’enregistrer auprès des autorités
Le RUC (Registro Único del Contribuyente) est le numéro d’identification fiscale de toute personne physique ou morale imposable au Paraguay. Il est indispensable pour facturer, payer des impôts, ouvrir un compte bancaire, embaucher, et, depuis 2025, pour émettre des factures électroniques (systèmes e‑Kuatia et e‑Kuatia’i).
L’inscription se fait auprès de la Subsecretaría de Estado de Tributación (SET), souvent via la plateforme en ligne Marangatu. Pour une société déjà inscrite au Registre du Commerce, la procédure est guidée en cinq étapes.
– fourniture des informations générales (dénomination, forme, capital, activités) ;
– choix de l’activité principale dans la nomenclature SET ;
– désignation des représentants légaux et de l’adresse fiscale ;
– téléversement des documents justificatifs (statuts notariés, confirmation d’inscription au registre public, pièces d’identité des associés et représentants, justificatif de domicile, pouvoirs de représentation) ;
– formalisation de la demande.
Dans la pratique, l’obtention du RUC prend de 3 à 10 jours ouvrables pour une société classique ; pour certaines démarches simplifiées, la SET évoque des délais inférieurs à une demi‑heure pour compléter le formulaire en ligne, mais l’examen des pièces peut prolonger le processus.
Sans représentant légal résident disposant d’une cédula paraguayenne (carte d’identité), il n’est pas possible de signer les documents fiscaux ni de finaliser le RUC. C’est une contrainte importante pour les fondateurs étrangers : ils doivent soit obtenir leur propre résidence (temporaire, puis permanente), soit recourir à un directeur ou représentant résident (souvent un avocat ou un prestataire spécialisé).
4. Ouvrir le compte bancaire et déposer le capital
Une fois la société immatriculée et le RUC actif, l’étape suivante est l’ouverture du compte bancaire d’entreprise. Les grandes banques présentes sur ce créneau incluent Itaú, Banco Continental, Sudameris, Banco Regional, Visión Banco, Banco GNB, Banco Familiar, Atlas ou encore Banco Basa. L’ouverture est loin d’être purement formelle : les établissements appliquent des procédures KYC et LBC/FT strictes, sous la supervision de la Banque Centrale et de la cellule anti‑blanchiment (SEPRELAD).
Pièces généralement demandées par les banques pour ouvrir un compte professionnel
Copie de la pièce d’identité des dirigeants et des associés
Statuts signés et datés, parfois accompagnés d’un extrait Kbis récent
Facture récente ou contrat de domiciliation attestant de l’adresse
Extrait Kbis de moins de 3 mois prouvant l’immatriculation
PV d’assemblée ou décision des associés autorisant l’ouverture du compte
Délégation de signature pour les personnes autorisées à opérer sur le compte
– le certificat d’enregistrement délivré par le Registre Public du Commerce ;
– les statuts et l’acte constitutif dûment notariés ;
– le certificat de RUC ;
– les pièces d’identité et parfois les preuves de résidence fiscale des associés et dirigeants ;
– la preuve d’adresse locale de la société (bail, attestation) ;
– les informations sur les bénéficiaires effectifs (UBO), que la loi 6446/2019 impose de déclarer dans les 45 jours ouvrables suivant l’inscription.
Si le dossier est complet et la structure ne présente pas de risques particuliers, un compte peut s’ouvrir en un à deux jours ouvrables. Pour des sociétés détenues uniquement par des étrangers, la présence physique du représentant légal est généralement exigée, et la procédure peut prendre une à trois semaines, selon la politique de conformité de la banque.
Pour les S.A. et S.R.L., une partie du capital doit être déposée sur un compte transitoire (parfois à la Banque Nationale de Fomento) avant le transfert vers le compte opérationnel une fois la société pleinement enregistrée.
Créer la société et ouvrir le compte ne sont que le début. Pour opérer légalement, il faut encore se mettre en conformité avec plusieurs autorités sectorielles et locales.
Toute entreprise disposant de salariés doit s’enregistrer auprès de l’Institut de Prévoyance Sociale (IPS), qui gère la sécurité sociale. L’employeur verse environ 16,5 % de la masse salariale en cotisations, les employés étant eux‑mêmes prélevés d’environ 9 % de leur salaire brut.
La patente municipale (licence commerciale) s’obtient auprès de la municipalité où se situe l’entreprise, avec un montant variable selon la commune et l’activité. Certaines activités exigent des permis additionnels (santé, environnement, télécommunications, finance) délivrés par des autorités sectorielles comme MADES pour l’environnement ou CONATEL pour les télécoms.
En outre, toutes les nouvelles sociétés doivent, depuis 2025, adopter la facturation électronique via les systèmes officiels e‑Kuatia ou e‑Kuatia’i. Les relevés fiscaux et les paiements se font obligatoirement via la plateforme Marangatu.
Coûts réels de création et de fonctionnement
Les chiffres varient d’un prestataire à l’autre, mais les études compilées convergent sur des ordres de grandeur relativement cohérents.
Coût d’installation la première année
Pour une société classique (S.A. ou S.R.L.) créée avec l’aide d’un avocat, d’un notaire et d’un agent de formalités, le coût global d’installation la première année se situe généralement dans une fourchette de 12 000 à 15 000 USD, en incluant :
Les principaux coûts à prévoir pour la création d’une société à l’étranger incluent la rédaction des actes, les frais d’enregistrement, les publications, les honoraires juridiques et les services pour non‑résidents.
500–1 500 USD selon la complexité
100–250 USD de droits et frais
150–200 USD dans la gazette ou la presse
500–1 500 USD d’honoraires
Représentation légale et adresse fiscale la 1ʳᵉ année
Assistance parfois facturée séparément
Le tableau ci‑dessous illustre un exemple de budget type :
| Poste de coût | Fourchette indicative (USD) |
|---|---|
| Réservation de nom et frais administratifs | 10–50 |
| Rédaction des statuts (avocat) | 200–500 |
| Notaire (acte + démarches) | 500–1 000 |
| Frais de registre public | 100–250 |
| Publication officielle | 150–205 |
| Assistance RUC et enregistrements SET/IPS | 150–300 |
| Ouverture de compte bancaire (frais divers) | 0–200 |
| Honoraires de coordination / cabinet | 1 000–3 000 |
| Total estimatif mise en place | ≈ 12 000–13 000 (incluant temps de travail et services connexes) |
Pour une EAS ou S.A.S. électronique, les coûts peuvent être sensiblement plus bas, la publication n’étant pas obligatoire et nombre de démarches étant centralisées via SUACE. Certains prestataires annoncent des packages de constitution à partir de quelques centaines de dollars, mais il convient de rester prudent et de vérifier que l’ensemble des registres (fiscal, social, municipal) sont bien couverts.
Coûts de maintenance annuelle
Une fois la société opérationnelle, les principaux postes de dépense récurrents sont :
– la comptabilité et les déclarations fiscales régulières ;
– la tenue et le dépôt des états financiers annuels ;
– la reconduction de l’adresse fiscale et des services de conformité (UBO, registres) ;
– les audits, le cas échéant.
Les chiffres couramment cités font état de 4 000 à 5 000 USD par an pour la comptabilité et les déclarations fiscales d’une structure de taille moyenne, auxquels s’ajoutent 100 à 300 USD pour les frais d’adresse et de conformité de base, et éventuellement un audit si la société dépasse certains seuils de chiffre d’affaires (6 milliards de guaranis sont mentionnés comme seuil pour une obligation d’audit externe).
Un tableau synthétique permet de visualiser ces coûts :
| Poste récurrent | Fourchette indicative (USD/an) |
|---|---|
| Comptabilité et déclarations (IRE, TVA, IRP/IDU) | 4 000–5 000 |
| Renouvellement adresse et registres | 100–300 |
| Audit légal (si S.A. ou seuil dépassé) | 700 et plus |
| Frais de renouvellement de patente municipale | Variable, souvent modeste |
| Total maintenance typique | ≈ 4 400–8 600 |
Ces montants restent très compétitifs comparés à d’autres juridictions d’Amérique latine, surtout si l’on tient compte de la fiscalité (10 % d’IRE, 0 % sur revenus de source étrangère) et des incitations possibles.
Fiscalité des sociétés et dividendes
Le cadre fiscal paraguayen est relativement simple dans sa structure, mais comporte des subtilités importantes, notamment dès qu’on combine activité locale et flux internationaux.
Impôt sur les sociétés (IRE) et régimes simplifiés
L’impôt sur le revenu des entreprises (IRE) s’applique aux sociétés résidentes (S.A., S.R.L., EAS/S.A.S., succursales), à un taux de 10 % sur le bénéfice net fiscal. Il n’y a pas, en tant que tel, de régime séparé pour les plus‑values : celles‑ci sont intégrées dans le résultat.
Pour les petites structures, un régime simplifié, dit « IRE Simple », permet d’alléger encore la charge effective : dans ce cadre, le taux effectif peut descendre à environ 3 % du chiffre d’affaires, via un mécanisme de bénéfice présumé. Ce régime est réservé aux entreprises dont le revenu brut annuel ne dépasse pas un certain seuil (de l’ordre de 2 milliards de guaranis, environ 250 000 à 270 000 USD).
Les sociétés soumises à l’IRE Simple ne paient pas la taxe sur les dividendes (IDU) lors des distributions aux propriétaires, ce qui est particulièrement avantageux pour les petites structures de services à forte marge.
La TVA (IVA) standard est de 10 %, avec un taux réduit de 5 % pour certains biens et services (notamment agricoles ou résidentiels). Les exportations de biens et de services sont en principe exonérées de TVA, avec droit à crédit d’impôt pour les intrants.
La distribution de dividendes et bénéfices est soumise à une retenue (IDU) dont le taux dépend du statut du bénéficiaire :
– 8 % pour un actionnaire résident au Paraguay ;
– 15 % pour un actionnaire non résident, sauf convention fiscale ;
– 5 à 10 % pour certains résidents d’États ayant une convention (par exemple Espagne ou Chili), ce qui abaisse le coût combiné IRE + IDU.
Les employeurs versent environ 16,5 % de la masse salariale à l’IPS au titre des cotisations patronales.
0 % sur les revenus étrangers
L’élément le plus marquant pour les créateurs d’entreprise internationaux est le caractère territorial du système : les revenus de source étrangère ne sont pas imposés au Paraguay. Les dividendes reçus de sociétés étrangères, les plus‑values boursières réalisées hors du pays, les revenus de location de biens immobiliers à l’étranger ou les profits tirés de prestations entièrement exécutées hors du territoire sont, en principe, à 0 %.
La clé réside dans la définition de la « source paraguayenne ». Si une activité de services est de facto réalisée depuis le Paraguay, via une présence significative dans le pays (employés, bureaux, direction effective), l’administration fiscale peut considérer que le revenu est local, même si les clients sont étrangers. À l’inverse, l’usage d’une structure étrangère réellement gérée hors du Paraguay, combinée à une présence limitée dans le pays, permet de conserver un traitement « revenu étranger ».
Nouveaux régimes d’incitation pour 2026
Les réformes de 2025 ont profondément modernisé le paysage des incitations fiscales. Trois textes, en particulier, sont stratégiques pour un investisseur qui planifie un projet significatif au Paraguay.
Nouveau régime d’investissement – Loi 7548/25
La loi 7548/25 remplace l’ancienne loi 60/90 et crée un « nouveau régime » d’incitations pour les investissements nationaux et étrangers. Son objectif est d’encourager la production, emploi formel et intégration technologique, sur des horizons pouvant aller jusqu’à 20 ans.
Parmi les avantages clés :
Ce régime prévoit : l’exonération de droits de douane sur l’importation de biens d’équipement, machines et certains intrants de production ; l’exonération de TVA sur la vente locale ou l’importation de biens d’équipement à usage productif ou agricole direct, ainsi que sur leur première cession entre entreprises bénéficiaires ; la possibilité de créer un trust de garantie sur les actifs concernés ; et l’exonération d’IDU (taxe sur les dividendes) pendant 10 ans pour les investissements d’au moins 13 millions USD, à condition qu’ils ne proviennent pas de juridictions à fiscalité nulle ou très faible et que la taxe ne soit pas créditable dans le pays de résidence.
Les projets doivent être soumis au Conseil d’Investissement, qui réunit représentants des ministères économiques, de la Banque centrale, de l’administration fiscale et des organisations d’employeurs. Ce Conseil dispose de 60 jours pour émettre un avis, suivi de 15 jours supplémentaires pour la publication d’une résolution bi‑ministérielle (MIC et Ministère de l’Économie).
La durée standard des avantages peut aller jusqu’à 20 ans, avec la possibilité de renouveler certains bénéfices pour des projets de très grande ampleur ou en cas de nouveaux investissements.
Maquila 2.0 – Loi 7547/25
Le régime Maquila, en place depuis les années 1990 (Loi 1064/97), a fait du Paraguay une base compétitive pour l’industrie d’assemblage et l’externalisation de services. La réforme de 2025 (Loi 7547/25) modernise ce système et élargit le champ à la « maquila de services » (centres d’appels, BPO, développement logiciel, ingénierie, etc.).
La taxe unique payée par une entreprise maquiladora est calculée à 1 % sur la plus grande des deux bases suivantes : la valeur ajoutée locale ou la valeur des exportations mensuelles.
Les avantages supplémentaires incluent :
– exonération d’IRE sur les revenus issus des programmes Maquila approuvés ;
– exonération d’IDU sur les dividendes distribués aux actionnaires étrangers au titre de ces activités ;
– exemption de nombreuses taxes nationales, départementales et municipales ;
– droit explicite à remboursement des crédits de TVA ;
– pour les opérations entre la maquiladora et son entité liée à l’étranger, exclusion du champ des règles de prix de transfert sur ces flux.
Désormais, il est possible de vendre jusqu’à 10 % de la production sur le marché local, contre une exigence quasi totale d’exportation auparavant, à condition de régulariser les droits et taxes correspondants.
Pour un investisseur qui vise une activité industrielle ou de services exportatrice, le régime Maquila peut faire chuter la charge fiscale effective à 1 %, tout en ouvrant l’accès à des incitations additionnelles (zones franches, loi 7546/25 pour l’électronique, etc.).
Régime technologique – Loi 7546/25
La loi 7546/25 vise spécifiquement la production et l’assemblage de biens électriques, électroniques, électromécaniques et numériques. Elle accorde :
– des exonérations de droits de douane sur les biens d’équipement et certains intrants ;
– un mécanisme de TVA à base réduite (la TVA est calculée sur 45 % de l’assiette normale) ;
– des conditions de renouvellement des avantages sur 20 ans, avec la possibilité de prolongation.
Les entreprises doivent atteindre un niveau minimal de valeur ajoutée locale (au moins 20 %) et s’engager dans des transferts de technologie. Ce régime peut se combiner avec certains avantages de l’ancien cadre (loi 60/90) et avec les zones franches.
EOR ou création de société : que choisir ?
Pour les groupes ou entrepreneurs qui souhaitent tester le marché ou embaucher rapidement sans créer de filiale, l’option Employer of Record (EOR) est devenue un outil clé. Un EOR agit comme entité juridique locale qui recrute le personnel pour le compte de l’entreprise étrangère, en assumant la conformité sociale et fiscale.
La comparaison entre EOR et création de société peut se résumer ainsi : l’EOR permet de démarrer rapidement sans structure juridique propre, tandis que la création de société offre une indépendance totale mais implique plus de formalités et de responsabilités.
| Critère | Création de société classique | Employer of Record (EOR) |
|---|---|---|
| Délai de mise en route | 18–21 semaines en moyenne (S.A./S.R.L.) ; 6–10 semaines pour une S.A.S. | Quelques jours à 1–2 semaines |
| Investissement initial | 12 000–15 000 USD de mise en place typique | 0 USD de setup (hors éventuels frais d’onboarding) |
| Contrôle stratégique | Complet : vous contrôlez la structure, la marque, les contrats | Opérationnel seulement : l’EOR détient le contrat de travail |
| Conformité | À gérer en interne (comptable, avocat, RH, fiscalité) | Externalisée au prestataire EOR |
| Scalabilité | Croissance exigeant parfois restructuration et nouveaux enregistrements | Ajout/suppression d’employés quasi instantané |
| Représentant local | Obligatoire (directeur ou représentant légal résident) | Non requis : l’EOR assume ce rôle |
Pour un projet à long terme avec volonté d’optimisation fiscale, de détention d’actifs et de structuration internationale, la création d’une S.R.L. ou d’une EAS reste la solution la plus pertinente. L’EOR est idéal pour une phase pilote ou pour une présence légère centrée sur le recrutement.
Résidence, RUC et réalité de la « résidence fiscale »
Créer une société au Paraguay ne vous transforme pas automatiquement en résident fiscal du pays. La fiscalité des personnes physiques et la reconnaissance de la résidence par l’administration (DNIT/SET) dépendent d’un faisceau de critères.
Pour être considéré comme résident fiscal, il faut :
– détenir un titre de séjour (temporaire, puis permanent) et une cédula paraguayenne ;
– obtenir un RUC personnel (au‑delà du RUC de la société) ;
– remplir au moins une fois par an les obligations de déclaration, même à zéro ;
– démontrer que le centre de vos intérêts vitaux et économiques se trouve au Paraguay (famille, activités, patrimoine, présence physique raisonnable).
Les pratiques internationales (comme les échanges CRS et le futur cadre CARF) imposent des preuves concrètes de présence économique : logement effectif, dépenses locales, factures et contrats de travail. Un simple certificat de résidence ou une carte sans usage ne suffit plus à éviter les risques de double résidence ou de contestation de la non-imposition.
D’un point de vue pratique, de nombreux investisseurs combinent donc la création de société, l’obtention d’un RUC, et une résidence permanente via SUACE ou via l’Investor Pass, qui permet l’accès direct à la permanence a priori, sans phase temporaire, en contrepartie d’un investissement réel et, souvent, de la création d’emplois.
Conformité continue : ne pas sous‑estimer la partie « back‑office »
Le Paraguay simplifie beaucoup la création de sociétés, mais il n’est pas un « no man’s land » réglementaire. La DNIT (Direction Nationale des Recettes Fiscales) est de plus en plus active dans l’audit des entreprises, et la plateforme Marangatu impose un calendrier précis de déclarations : TVA mensuelle, IR annuel, dépôt des états financiers dans les six mois suivant la clôture, fichier prix de transfert pour les opérations intragroupe importantes, mise à jour des bénéficiaires effectifs dans les 15 jours suivant toute modification, renouvellement annuel de la patente municipale…
Certaines catégories de sociétés, comme les S.A. à fort chiffre d’affaires, les maquiladoras et les entreprises en zone franche, doivent se soumettre à un audit fiscal externe dont les rapports sont directement transmis à la DNIT.
Depuis 2026, un nouveau front de conformité s’est ouvert dans le domaine des crypto‑actifs, avec la résolution DNIT 47/2026 qui impose aux plateformes et aux résidents dépassant un seuil d’activité (5 000 USD par an) de déclarer en détail toutes les transactions crypto. Même si cette réforme ne crée pas à elle seule un nouvel impôt, elle signale clairement la volonté de l’administration d’anticiper le futur cadre OCDE (CARF) et de suivre les flux numériques.
Pour un entrepreneur étranger, la leçon est simple : s’entourer d’un comptable et d’un avocat paraguayens compétents n’est pas un luxe, mais une condition pour que l’avantage fiscal et réglementaire du pays reste durablement défendable face aux administrations étrangères et aux banques internationales.
Conclusion : bâtir une stratégie cohérente au Paraguay
Créer une société au Paraguay en 2026, ce n’est plus seulement « ouvrir une boîte » à 10 % d’IS. C’est articuler plusieurs couches :
Pour réussir l’implantation, il faut : 1) choisir le véhicule adapté (S.R.L., S.A., EAS/S.A.S., succursale) selon la taille, le financement et les partenaires ; 2) utiliser intelligemment les régimes d’incitation (nouveau régime d’investissement, Maquila 2.0, loi technologique, zones franches) une fois les seuils atteints ; 3) combiner avec un parcours de résidence et de résidence fiscale crédible aux standards internationaux ; 4) s’intégrer dans la chaîne de valeur du Mercosur et des accords de libre-échange pour la croissance ; 5) mettre en place une architecture bancaire et de conformité robuste (RUC, UBO, Marangatu, e‑facturation).
Si ces pièces sont bien assemblées, le Paraguay offre aujourd’hui l’une des plateformes les plus compétitives au monde pour implanter un siège régional, une usine exportatrice, un hub de services digitaux ou une holding de participation. À condition de respecter la réalité du terrain juridique et fiscal, le « Guide création société Paraguay 2026 » n’est pas seulement un mode d’emploi : c’est la porte d’entrée vers une stratégie latino‑américaine à long terme, fiscalement efficace et juridiquement robuste.
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