S’installer en Mongolie, c’est entrer dans un univers où la spiritualité imprègne presque tout : le paysage, la manière de dire bonjour, la façon de manger, de voyager, de fêter le Nouvel An ou de franchir un simple col de montagne. Pour un expatrié, comprendre ces codes n’est pas qu’une curiosité culturelle : c’est la clé pour éviter les faux pas, gagner la confiance des Mongols et, surtout, mieux saisir ce qui structure leur vision du monde.
Ce guide pratique détaille les comportements à adopter face aux différentes religions en Mongolie (bouddhisme, chamanisme, islam, christianisme). Il couvre les rites quotidiens, les grandes fêtes et les situations spécifiques (monastère, ger, ovoo), en s’appuyant sur des informations de terrain et des études récentes.
Un paysage religieux pluriel, marqué par l’histoire
La Mongolie d’aujourd’hui n’est pas monolithique sur le plan religieux. Les chiffres du recensement de 2020 le montrent bien : le bouddhisme domine, mais l’athéisme hérité de l’époque communiste reste massif, et les minorités musulmanes, chrétiennes et shamanistes sont bien présentes.
Voici un aperçu des grandes familles religieuses, d’après le recensement national de 2020 :
| Croyance principale | Part de la population | Estimation en personnes |
|---|---|---|
| Bouddhisme | 51,7 % | 1 704 480 |
| Sans religion déclarée | 40,6 % | 1 338 528 |
| Islam | 3,2 % | 105 500 |
| Shamanisme mongol (« Böö Mörgöl ») | 2,5 % | 82 422 |
| Christianisme (toutes confessions) | 1,3 % | 42 859 |
| Autres religions | 0,7 % | 23 078 |
En parallèle, d’autres sources donnent des pourcentages légèrement différents, mais toutes convergent sur un point : plus de la moitié des Mongols se disent bouddhistes, et une minorité significative se réclame encore du shamanisme.
De Tengri au bouddhisme tibétain : une longue sédimentation spirituelle
La spiritualité mongole s’est construite par couches successives. À l’origine se trouve le culte du Ciel éternel, Tengri ou Tenger, au cœur du Tengerisme et du shamanisme. La nature entière est alors habitée d’esprits – montagnes, rivières, forêts, animaux – avec lesquels il faut composer.
À partir du XVIᵉ siècle, le bouddhisme devient la religion officielle en Mongolie, avec la venue du bouddhisme tibétain de l’école Gelug, une forme de Vajrayana rattachée au Mahayana.
Le prince Altan Khan et le 3ᵉ Dalaï-Lama, Sonam Gyatso
Les monastères (khiid en mongol) deviennent alors des centres spirituels, intellectuels et médicaux. Des figures comme Undur Gegeen Zanabazar jouent un rôle majeur dans la diffusion du bouddhisme et la création d’un art religieux proprement mongol.
Plus de 20 000 moines bouddhistes ont été tués sous le régime communiste au XXᵉ siècle.
Aujourd’hui, on observe une forte renaissance simultanée du bouddhisme et du shamanisme, un développement rapide des Églises chrétiennes et la continuité d’un islam bien implanté dans l’ouest du pays.
Bouddhisme mongol : temples, rituels et codes de conduite
Pour un expatrié, le bouddhisme est sans doute la facette religieuse la plus visible : temples en ville, drapeaux de prières, statues, autels domestiques, cérémonies publiques, grands festivals comme Danshig Naadam.
Un bouddhisme teinté de shamanisme et de culte de la nature
Le bouddhisme pratiqué en Mongolie n’est pas un simple copier-coller du Tibet. Il intègre de nombreuses croyances plus anciennes : culte du Ciel bleu, respect des esprits de la terre (gazryn ezen) et de l’eau (lus savdag), vénération des ancêtres, rituels autour des montagnes sacrées. Cette hybridation est telle que beaucoup de Mongols se disent à la fois bouddhistes et shamanistes, s’adressant au lama pour certaines questions, au shaman pour d’autres.
Les grands monastères – Gandan à Oulan-Bator, Erdene Zuu près de l’ancienne capitale, Dashchoilin, Samya Khiid, Geser Sum, Manzushir en ruine dans le massif du Bogd Khan – concentrent ce mélange : architecture tibétaine, statues et thangkas bouddhiques, mais aussi ovoos à proximité, hadag bleus et références aux esprits tutélaires locaux.
Comment se comporter dans un monastère ou un temple
Visiter un temple en Mongolie est souvent simple, à condition de respecter quelques règles implicites. Elles sont proches des codes en vigueur ailleurs en Asie, avec quelques nuances locales importantes.
Dès l’entrée, une tenue correcte est requise : épaules et jambes doivent être couvertes, avec des vêtements ni trop moulants ni trop révélateurs. Il est également d’usage d’enlever ses chaussures, son chapeau et ses lunettes de soleil avant d’entrer dans la salle de prière principale.
À l’intérieur, plusieurs gestes sont à éviter absolument. Il ne faut jamais tourner le dos à un autel bouddhique ou à une statue de Bouddha : on se retire plutôt en se décalant latéralement, voire en s’inclinant légèrement. Il est également malvenu de pointer du doigt une statue ou un lama ; on désigne avec la main entière, paume vers le haut.
Les textes sacrés (souvent empilés sous forme de volumes rectangulaires) et les objets de culte (comme les mani stones, les drapeaux de prière, les hadag et les offrandes) ne doivent pas être touchés de manière irrespectueuse. Des actions telles que poser un livre religieux au sol, enjamber une robe monastique ou retirer un objet d’un autel sont considérées comme des manquements graves au respect dû à ces éléments.
La circulation se fait presque toujours dans le sens des aiguilles d’une montre : autour des stupas, des temples, des moulins à prières et des ovoos. Ce détail, récurrent en Mongolie, est très remarqué par les locaux : suivre ce sens est une façon silencieuse de montrer que l’on respecte les lieux.
Pour les photos, le principe est simple : demander la permission, surtout pendant les prières ou les méditations. Dans de nombreux monastères, la photographie est totalement interdite pendant les offices, et l’usage du flash est proscrit partout.
Un exemple concret : les ovoos, autels de pierre du voyageur
Les ovoos sont ces amas de pierres, parfois surmontés de branches et de foulards bleus, que l’on voit sur les cols, les crêtes et les points stratégiques du paysage. Ils sont au cœur du système de croyances mongol, à la croisée du bouddhisme et du shamanisme.
Un ovoo est un amas de pierres ou un cairn utilisé dans les traditions mongoles pour honorer les esprits des lieux et assurer la protection des voyageurs. La pratique consiste à s’arrêter devant, à en faire trois fois le tour dans le sens des aiguilles d’une montre en ajoutant à chaque passage une pierre ou un petit objet. Il est également courant d’y laisser une offrande telle qu’une pièce de monnaie, un bonbon, des cigarettes, du lait ou de la vodka. Certains ovoos, plus élaborés, sont surmontés de crânes d’animaux et servent de lieu pour des cérémonies de culte du Ciel à la fin de l’été.
Cette séquence – offrande, circumambulation, prière – est profondément ancrée. Ne pas s’y plier, ou pire, enlever une pierre ou détruire un ovoo, est perçu comme un affront direct, susceptible d’attirer malchance, accidents ou tempêtes. De nombreuses histoires circulent, parfois rattachées à des passages de montagne réputés dangereux, sur des voyageurs imprudents qui auraient « offensé » un ovoo.
Si l’on voyage en voiture et qu’on est pressé, un coup de klaxon en passant à proximité est considéré comme une manière minimale de saluer les esprits : mieux que rien, mais clairement en dessous de ce que fera un Mongol s’il a le temps de s’arrêter.
Vivre dans un ger : un espace domestique hautement symbolique
Quiconque séjourne en dehors d’Oulan-Bator finira tôt ou tard dans un ger, la yourte traditionnelle mongole. C’est à la fois un lieu de vie, un microcosme cosmologique et un concentré de règles tacites. Pour un expatrié, maîtriser l’étiquette du ger est probablement l’effort de politesse le plus apprécié par les familles nomades.
Franchir la porte : quelques secondes où tout se joue
Avant même de toucher la porte, la coutume veut que l’on annonce sa présence par un appel « Nokhoi khor ! », littéralement « Tenez les chiens ! ». Ce cri, hérité d’une époque où chaque campement était gardé par des chiens, vaut demande de permission. On ne frappe pas à la porte, on se signale.
Au moment d’entrer, plusieurs gestes sont essentiels. Il ne faut jamais poser le pied sur le seuil : on enjambe la bordure, ce qui équivaut à ne pas « écraser » symboliquement la chance du foyer. De même, on passe la porte avec le pied droit en premier, en soulevant le battant ou le rideau par la droite avec la main droite.
Pour respecter les symboles et l’équilibre du foyer, certaines postures sont à proscrire dès le seuil franchi.
Évitez de vous arrêter et de stationner dans l’encadrement de la porte d’entrée.
Il est déconseillé de s’appuyer contre les montants de la porte.
À l’intérieur, ne touchez pas et ne vous appuyez pas sur les deux piliers centraux. Ils symbolisent le couple et la stabilité du foyer.
L’intérieur du ger : un plan sacralisé
Le ger est organisé selon un axe symbolique. Le fond, opposé à la porte, est l’espace le plus respecté : on y installe l’autel bouddhique, les photos de famille, les objets sacrés. C’est là que s’assoient les aînés et les invités de marque. Les visiteurs ordinaires sont dirigés plutôt à gauche en entrant, tandis que la famille occupe la partie droite.
Il faut éviter plusieurs choses : traverser l’axe central pour aller se coller au fond, circuler entre les deux piliers, s’asseoir sur la table, ou étendre ses jambes vers l’autel ou vers les personnes. Comme dans beaucoup de cultures d’Asie centrale, les pieds sont considérés comme la partie la plus impure du corps ; les pointer vers quelqu’un ou vers un autel est particulièrement mal vu.
À l’intérieur, on enlève normalement son chapeau, ses gants et son manteau, surtout si un repas est servi. Rester engoncé dans ses vêtements extérieurs peut être interprété comme un signal de départ imminent ou un manque de confort avec la famille. On ne siffle pas non plus dans un ger : la croyance veut que ce son attire les serpents ou les forces malveillantes.
La circulation se fait, là encore, dans le sens des aiguilles d’une montre. En dormant, on oriente ses pieds vers la porte, jamais vers l’autel. Quant au feu, au centre du ger, il est sacré : on n’y jette ni ordures, ni eau sale, ni lait.
Dialogue, cadeaux et gestes du quotidien
L’hospitalité mongole est proverbiale, mais elle répond à des codes précis. Lorsqu’on arrive dans un ger, poser une petite offrande sur la table – produits laitiers, bonbons, thé, jouet pour un enfant – est une délicate attention. On donne le cadeau avec la main droite, si possible soutenue par la main gauche sous le coude : ce geste, très mongol, est une marque visible de respect.
Pour établir un contact significatif, initiez la conversation autour des sujets centraux de la vie locale : la santé de la famille, l’état des troupeaux et la qualité des pâturages. Poser quelques questions simples sur ces thèmes, que ce soit directement ou par l’intermédiaire d’un interprète, démontre une compréhension authentique de leurs préoccupations quotidiennes et de ce qui compte réellement pour eux.
Accepter tout ce qui est offert est capital. Refuser une tasse de thé au lait, un bol de soupe ou un morceau de viande est l’un des rares vrais affronts dans la culture mongole. Même si vous n’avez plus faim, il est préférable de goûter un peu, ou au moins de porter le bol à vos lèvres. Là encore, la main droite, éventuellement tenue à deux mains, est de rigueur pour saisir la nourriture ou la boisson.
Si par mégarde vous touchez quelqu’un avec votre pied, ou marchez sur son pied, il est attendu que vous vous excusiez avec insistance et que vous serriez la main de la personne, pour « réparer » symboliquement l’incident.
Shamanisme : l’autre colonne vertébrale spirituelle
Derrière la façade bouddhiste, la Mongolie reste l’un des derniers grands foyers de shamanisme vivant. Pour beaucoup de Mongols, surtout dans le nord et dans certaines minorités (Darkhad, Tsaatan, Bouriates…), consulter un shaman fait partie des recours normaux lors d’une maladie inexpliquée, de problèmes familiaux ou de projets importants.
Ce que croient les Mongols shamanistes
Le shamanisme mongol, souvent appelé Böö Mörgöl ou Tengerisme, repose sur un univers très structuré : 99 cieux (Tenger) au-dessus, 88 niveaux de terre, et une multitude d’esprits : ancêtres, maîtres des lieux, esprits de l’eau, du feu, des montagnes. Le Ciel éternel, Tengri, est la puissance suprême. Des figures comme Genghis Khan sont vus comme des incarnations ou manifestations de ce Ciel.
Le chaman (böö pour un homme, udgan pour une femme) est un intermédiaire entre les humains et les esprits. Ses rituels, utilisant le tambour, le chant, la danse et la transe, lui permettent de poser des diagnostics spirituels, de soigner, de chasser les forces malveillantes, d’interpréter les rêves et de prédire l’avenir. Son tambour, souvent en peau de cheval ou de cerf, est considéré comme une monture symbolique pour voyager entre les mondes.
Dans les régions où le shamanisme est très vivace, les Mongols parlent facilement d’ongons (esprits familiaux), de lieux à éviter, de tabous à respecter (ne pas polluer une source, ne pas arracher l’herbe avec ses racines, ne pas offenser une montagne sacrée…). L’idée centrale est l’équilibre : on cherche moins le salut dans un au-delà que l’harmonie ici et maintenant, pour soi, sa famille, ses troupeaux et son environnement.
Un shamanisme qui coexiste avec le bouddhisme
Depuis des siècles, les deux systèmes se sont imbriqués. Des formes dites de « shamanisme jaune » reprennent certains éléments bouddhistes ; inversement, des lamas accomplissent des rituels autrefois réservés aux shamans. Beaucoup de Mongols consultent indifféremment l’un ou l’autre, selon la nature de leur problème.
Lors d’une séance chamanique, il est impératif de rester en retrait et observateur. Il est interdit de filmer sans autorisation, de toucher aux instruments (tambours), aux costumes ou aux autels domestiques. Si vous offrez un présent (nourriture, vodka), suivez strictement les instructions du chaman ou de son assistant.
Il est préférable de s’abstenir de plaisanter ou de commenter pendant la cérémonie, même entre étrangers. Aux yeux des participants, le rituel est une opération sérieuse, pouvant mettre en jeu la santé ou la protection d’une personne ou d’une famille.
Islam en Mongolie : une minorité bien ancrée
Moins visible dans la capitale que le bouddhisme, l’islam occupe une place importante dans l’ouest du pays, surtout dans la province de Bayan-Ölgii et certaines zones de Khovd. La plupart des musulmans mongols sont des Kazakhs, avec des poches de Khotons et d’ouïghours.
Démographie et implantation
Selon le recensement de 2020, 3,2 % des Mongols se déclarent musulmans, soit un peu plus de 100 000 personnes. D’autres estimations évoquent entre 3 et 3,5 % de la population totale. La Mongolian Muslim Association avance des chiffres plus élevés, distinguant environ 130 000 Kazakhs musulmans et 20 000 Khotons.
C’est le pourcentage de la population musulmane dans la province de Bayan-Ölgii, cœur de l’islam en Mongolie.
Sur le plan institutionnel, le pays compte plusieurs dizaines de mosquées et centres islamiques, avec un organe religieux reconnu par l’État : la Muftiat islamique de Mongolie, fondée en 2004. Les liens avec la Turquie, le Kazakhstan ou encore certains pays du Golfe sont visibles à travers des programmes de formation religieuse, de traduction du Coran et de financement d’écoles coraniques.
Pratiques et étiquette pour un expatrié
Dans la vie quotidienne, l’islam kazakh s’imbrique dans la culture nomade : mariages combinant contrat islamique et festin traditionnel, prénoms arabes donnés aux enfants mais rituels de bénédiction empruntant parfois au shamanisme, célébration de l’Aïd al-Adha (Kurban Ait) avec abattage rituel en plein air.
Pour un expatrié, il est important de respecter certaines pratiques culturelles : éviter l’alcool et ne pas proposer de porc lors de visites dans une famille musulmane, demander avant de serrer la main des femmes, et pendant la prière, éviter de traverser devant une personne en train de prier ou de parler à voix haute.
Les mosquées, surtout dans les villes de l’ouest et à Oulan-Bator, restent généralement ouvertes aux visiteurs non musulmans en dehors des heures de prière, à condition d’être habillé modestement et de retirer ses chaussures avant d’entrer dans la salle de prière. Là encore, la discrétion et la demande d’autorisation sont de mise avant toute photo.
Christianismes en Mongolie : un paysage jeune et dynamique
Le christianisme a une histoire ancienne en Mongolie – l’Église nestorienne était présente dès le Moyen Âge – mais la plupart des églises actuelles sont très récentes. Le nombre de chrétiens reste faible à l’échelle du pays, mais leur visibilité est accrue dans la capitale et certaines villes.
Une croissance rapide depuis les années 1990
En 1990, au moment de la démocratisation, on comptait à peine quatre chrétiens mongols connus. Trente ans plus tard, on recense plus de 40 000 chrétiens, plus de 400 églises enregistrées et une démographie essentiellement urbaine, concentrée à Oulan-Bator.
La majorité des chrétiens en Mongolie appartient à des églises protestantes ou évangéliques, souvent fondées avec l’appui de missions occidentales ou coréennes. On y trouve également des catholiques, des orthodoxes et une présence mormone. L’Église catholique, bien que très minoritaire, a gagné en visibilité internationale grâce à la visite du pape François à Oulan-Bator et à la nomination du premier cardinal en poste dans le pays.
Beaucoup de communautés chrétiennes locales sont jeunes, dirigées par des pasteurs de première génération, souvent dans la trentaine ou la quarantaine, avec une formation théologique en cours de structuration. Des institutions comme le Union Bible Theological College jouent un rôle important dans ce travail de formation, parfois soutenu par des réseaux mennonites ou autres missions.
La vie d’église à Oulan-Bator vue de l’intérieur
Pour un expatrié chrétien, il est relativement facile de trouver une communauté à Oulan-Bator. Des églises comme la Mongolian Alliance Church, City Vision Church ou encore divers groupes protestants internationaux proposent des cultes dominicaux avec traduction, parfois entièrement en anglais.
Le culte dominical dure environ deux heures et comprend des chants, des prières et des prédications par des membres. Des classes séparées par âge ou centres d’intérêt sont ensuite proposées, y compris pour les enfants dès 18 mois. Les expatriés sont libres d’y assister sans obligation de participer activement aux sacrements, mais peuvent s’y joindre s’ils le souhaitent.
Les églises locales sont aussi très investies dans l’action sociale : aide aux familles pauvres, distribution de nourriture ou de vêtements en hiver, garderies, soutien scolaire, visites en prison, accompagnement des personnes en situation de dépendance. Pour un expatrié, les rejoindre sur ce terrain est souvent une excellente porte d’entrée pour comprendre les tensions sociales du pays : pauvreté, alcoolisme, isolement dans les quartiers de gers, etc.
On ne peut pas comprendre la vie spirituelle mongole sans parler de Tsagaan Sar, littéralement « Lune blanche », le Nouvel An lunaire. C’est la fête la plus importante du calendrier, un concentré de symbolique bouddhiste et shamanique, mais fêtée par presque tout le monde, quelles que soient les convictions personnelles.
Une fête de purification, de renouveau et d’ancêtres
Tsagaan Sar marque la fin de l’hiver et le début d’un nouveau cycle. On y célèbre la pureté (la « blancheur » du nom), la réconciliation, la prospérité, la protection des ancêtres et des esprits. Le calendrier utilisé repose sur un système lunaire-solaire complexe, héritier de calculs développés par des lamas entre le XVIIᵉ et le XVIIIᵉ siècle.
Les préparatifs commencent un mois à l’avance : grand ménage de la maison ou du ger, réparations, règlement des dettes, excuses présentées à ceux avec qui l’on s’est disputé. Le message est clair : entrer dans la nouvelle année l’esprit et la maison débarrassés des scories de l’année écoulée.
On confectionne alors des quantités impressionnantes de buuz (raviolis vapeur farcis de viande), souvent par centaines voire milliers, en famille. Certains cachent une pièce brillante dans quelques buuz, présage de chance pour celui qui la trouvera.
Bituun : la veille dans le calme du foyer
La veille du premier jour est appelée Bituun, la nuit de la lune noire. Tout doit être prêt : plus de grand ménage ni de réparation à ce stade. La famille se réunit autour d’une table de fête dominée par deux éléments : l’idee, pyramide de gâteaux de pâte frite (ul boov) en nombre de niveaux impair, décorée exclusivement d’aliments blancs (produits laitiers, sucre, noix claires), et l’uuts, un dos de mouton entier, peau et queue grasse comprises, symbole visible de la prospérité du foyer.
Cette soirée est régie par des interdits stricts : il est interdit de quitter la maison pour la nuit, de jeter de l’eau sale dehors, de se disputer, et même de prononcer le nom des nourrissons de la famille, considérés comme particulièrement vulnérables aux esprits durant ce moment liminal.
Un détail fascinant de la nuit de Bituun : trois morceaux de glace sont parfois déposés sur le toit du ger ou sur un balcon, comme eau de boisson pour la monture surnaturelle d’une divinité protectrice, Baldanlkham, censée inspecter les foyers à trois reprises dans la nuit.
Le matin du premier jour : salut au soleil, salut aux aînés
Le premier matin commence très tôt. Les hommes partent parfois vers un sommet ou une colline pour accueillir le premier lever de soleil, renouveler leur énergie vitale, et effectuer une marche dans la direction jugée favorable par l’horoscope de l’année. Les femmes préparent un thé au lait dont la première tasse sera offerte symboliquement à la terre et au ciel.
Les salutations rituelles mongoles, appelées zolgolt, obéissent à un protocole précis. Les plus jeunes s’approchent des aînés en tenant leurs mains sous les coudes de ces derniers, paumes vers le haut, dans un geste symbolique de soutien. La formule verbale utilisée diffère également de la salutation courante : on dit « Amar baina uu ? » (« Vis-tu en paix ? ») au lieu de « Sain baina uu ? ». L’aîné répond puis accomplit le « baiser » olfactif traditionnel en approchant son nez de chaque joue du plus jeune.
Certaines règles surprennent souvent les expatriés : les conjoints ne se saluent pas ainsi, car ils sont considérés comme une seule entité – le faire serait de mauvais augure pour le couple. Les femmes enceintes évitent également ce rituel de soutien, accompagnées parfois de justifications symboliques sur le sexe ou la santé du bébé.
Chaque salut aux aînés s’accompagne souvent de la remise d’un khadag, long foulard cérémoniel de soie, presque toujours bleu, couleur du Ciel. On échange aussi des tabatières à priser, selon une gestuelle très codifiée : on desserre trois fois le bouchon dans le sens horaire, on présente le flacon avec la main droite, on le rend bouchon légèrement desserré.
Fête, tabous et survie pour l’expatrié invité
Même sans comprendre tous les sous-entendus, un expatrié invité à Tsagaan Sar doit retenir deux choses : goûter à tout et éviter certains gestes. Sur la table, on trouve une farandole de plats : tsagaalga (riz au lait, beurre et raisins secs), buuz, morceaux de queue grasse, salades, charcuteries, sucreries, produits laitiers, thé au lait, jus d’argousier, voire vodka ou airag (lait de jument fermenté). Dans chaque maison visitée, l’attente implicite est de manger au moins quelques buuz, un peu de gras de mouton et de boire plusieurs gorgées de thé ou de vodka. On comprend vite pourquoi beaucoup parlent d’un « marathon gastronomique » de plusieurs jours.
Le premier jour de l’année lunaire est régi par plusieurs interdits visant à préserver la chance et la pureté : ne pas porter de vêtements noirs, se couper les cheveux, coudre du vieux, prêter ou emprunter des objets. Il faut également éviter la sieste, les pleurs, les disputes, les insultes et les excès d’alcool. Il est interdit de jeter les cendres ou les eaux usées dehors, ainsi que de chasser ou de tuer un animal.
Pour l’expatrié, mieux vaut se renseigner à l’avance sur la manière de se vêtir (un deel neuf ou au moins des vêtements propres et colorés sont idéals), sur les cadeaux à préparer (chocolats, petits objets utiles, argent pour les aînés) et sur la logistique : les déplacements sont massifs à cette période, les routes encombrées et les services publics tournent au ralenti.
Gestes et tabous du quotidien : ce qu’un expatrié ne doit pas ignorer
Au-delà des grandes fêtes, la Mongolie est truffée de petits gestes symboliques qui, bien qu’ils puissent paraître secondaires, structurent le respect mutuel.
Le corps : la tête sacrée, les pieds impurs
La tête est considérée comme la partie la plus noble du corps. Toucher la tête de quelqu’un, et plus encore celle d’un enfant, est un geste à éviter. À l’inverse, les pieds sont tenus pour la partie la plus sale : on évite de les pointer vers une personne, un autel ou un feu, on ne pose pas les pieds sur une chaise ou la table.
S’asseoir jambes tendues face à quelqu’un, croiser les jambes en tournant ostensiblement la plante du pied vers une statue de Bouddha ou un aîné, est une faute de goût certaine. Mieux vaut adopter une posture plus contenue, jambes pliées ou croisées sans exposer la plante des pieds.
Donner, recevoir, montrer
La main droite est la main de référence. On donne et on prend les objets avec la droite, idéalement soutenue sous le coude par la gauche. Ce geste, que l’on retrouve lors des salutations de Tsagaan Sar, est apprécié dans toutes les situations : pour tendre un passeport, une carte de visite, de l’argent, un cadeau.
Montrer quelqu’un du doigt, index tendu, est considéré comme impoli. Pour désigner une personne ou un objet de manière appropriée, il est préférable d’utiliser la main entière, paume tournée vers le haut, avec un mouvement ample et doux.
Écrire le nom d’une personne en rouge, lever le petit doigt de manière ostentatoire, enjamber de la nourriture, des ustensiles ou des livres sont autant de micro-agressions culturelles qui peuvent faire tiquer votre entourage mongol.
Eau, feu, terre : des éléments sacralisés
Dans la cosmologie mongole, l’eau est sacrée. Uriner dans une rivière, y déverser du lait ou des produits laitiers est perçu comme une insulte aux esprits des eaux. De même, on ne jette pas de détritus dans une source, on ne pollue pas les cours d’eau – au-delà des raisons environnementales évidentes, le geste a une dimension religieuse.
Le feu domestique, particulièrement dans un ger, est sacré : il est interdit d’y jeter des déchets ou d’y renverser de l’eau ou du lait, car il réchauffe, nourrit et unit la famille. De même, la terre est habitée par des esprits (maîtres des lieux, esprits de montagne ou de steppe) : par respect, il faut éviter de demander le nom d’une montagne tant qu’elle est encore en vue, pour ne pas risquer de l’irriter.
Chevaux, lassos et autres détails qui comptent
Dans un pays où le cheval occupe une place centrale, certains gestes relèvent autant du bon sens que du respect religieux ou symbolique. On monte toujours à cheval par la gauche ; marcher ou poser le pied sur un urgaa – le lasso utilisé pour attraper les chevaux – est un manque de respect.
Beaucoup de superstitions entourent les voyages : demander le temps restant avant d’arriver est perçu comme attirer la malchance, parler de catastrophes potentielles aussi. Mieux vaut se laisser porter par le rythme mongol du déplacement, souvent peu cadré dans le temps.
Coexister avec la pluralité religieuse
En pratique, la Mongolie est un pays de grande tolérance religieuse. Il n’est pas rare qu’une même personne allume une bougie devant un autel bouddhique, consulte un shaman pour un problème familial et accompagne des voisins à une réunion d’église évangélique, tout en ayant des cousins kazakhs musulmans dans l’ouest du pays.
Pour un expatrié, la clé est d’observer, de demander et d’accepter d’apprendre. L’effort d’utiliser quelques mots de mongol (comme ‘Sain uu’ pour bonjour, ‘Bayarlalaa’ pour merci, ‘Bayartai’ pour au revoir) et un intérêt sincère pour les croyances locales sont très appréciés.
La spiritualité mongole n’est pas confinée aux temples : elle se lit dans la manière d’ériger un ovoo sur un col de montagne, de servir un bol de thé au lait dans un ger, de choisir la direction dans laquelle on marche au premier matin de Tsagaan Sar, ou de planter un arbre en pensant aux esprits de la terre. En vous inscrivant humblement dans ce système de signes, vous découvrirez que la Mongolie n’est pas seulement un vaste pays entre Chine et Russie, mais un immense espace de conversation entre humains, dieux, ancêtres et paysages.
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