S’installer au Venezuela en tant qu’expatrié : mode d’emploi complet

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’installer au Venezuela aujourd’hui n’a rien d’un projet d’expatriation « classique ». Le pays cumule la plus grande réserve de pétrole au monde, une culture chaleureuse, des paysages spectaculaires… et l’une des crises économiques, sécuritaires et humanitaires les plus graves au niveau mondial. Pour beaucoup de gouvernements, la consigne est claire : ne pas s’y rendre. Pourtant, une petite communauté d’expatriés continue d’y vivre, essentiellement dans le cadre de missions diplomatiques, humanitaires ou de contrats très encadrés.

Bon à savoir :

Ce guide a pour but de présenter des faits, chiffres et réalités sur le Venezuela, sans chercher à influencer la décision de s’y installer. Il s’adresse spécifiquement aux personnes qui, malgré les risques, envisagent sérieusement un départ, souvent pour des raisons professionnelles précises.

Comprendre le contexte avant de partir

Avant de penser logement ou scolarité, il faut mesurer l’ampleur du contexte.

Le Venezuela compte environ 28,5 millions d’habitants. Sa capitale, Caracas, réunit près de 3 millions de personnes et reste le principal pôle économique, politique et culturel. Plus de 7,7 millions de Vénézuéliens, soit près d’un quart de la population, ont quitté le pays ces dernières années. Environ 80 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Les indicateurs de crise sont partout : hyperinflation passée, économie largement informelle, infrastructures dégradées, pénuries, système de santé au bord de l’effondrement.

Attention :

Les États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni recommandent officiellement d’éviter tout voyage au Venezuela, classé au niveau d’alerte maximal « ne pas voyager ». Caracas est régulièrement classée parmi les villes les plus dangereuses au monde, avec des taux très élevés d’homicides, de braquages armés et d’enlèvements. Plusieurs chancelleries signalent également des risques de détention arbitraire sans accès consulaire.

Pour autant, une petite communauté étrangère persiste, principalement à Caracas, Maracaibo, Puerto La Cruz, Anaco et Valencia. Elle réunit surtout des personnels diplomatiques, des employés d’ONG, quelques cadres de l’industrie pétrolière et des expatriés disposant de revenus en devises étrangères (souvent à distance). Dans ce contexte, chaque décision doit intégrer trois paramètres majeurs : sécurité, santé et finances.

Visas, entrée sur le territoire et statut de résident

L’une des premières difficultés d’un projet d’expatriation au Venezuela est tout simplement… d’obtenir un visa.

Les ambassades et consulats vénézuéliens ont réduit ou suspendu nombre de leurs services dans le monde. Dans plusieurs pays, il n’est plus possible de déposer une demande de visa de manière classique. Certaines candidats doivent passer par l’ambassade à Mexico ou par des représentations au sein d’États voisins (comme la République dominicaine), avec des délais qui peuvent dépasser six semaines. Une présence physique au consulat pour la délivrance du visa est souvent exigée.

Astuce :

Le régime de visas est strict : aucun visa n’est délivré à l’arrivée. Entrer sans visa valable expose à des mesures sévères telles que la détention, l’expulsion, voire des poursuites. Pour un long séjour ou une expatriation professionnelle, un visa de résidence ou de travail est nécessaire, accompagné d’un permis correspondant à l’activité. Les autorités exigent généralement un passeport valable au moins six mois, des preuves de ressources, un casier judiciaire, un certificat de santé, des justificatifs d’hébergement, des documents apostillés et, pour les salariés, une lettre de l’employeur.

Pour un séjour court, certains profils (touristes, travailleurs à distance) envisagent un visa touristique. Il est généralement valable 90 jours, parfois renouvelable, mais ne donne pas droit à l’exercice d’un emploi local. Le travail à distance pour des clients étrangers reste théoriquement possible, à condition de ne pas percevoir de rémunération vénézuélienne. Là encore, la délivrance de ce type de visa dépend de la politique de la représentation consulaire concernée.

Attention :

Pour obtenir un statut de résident, il faut suivre la procédure officielle auprès du SAIME, incluant un rendez-vous et une signature personnelle sur place pour les visas et permis, ainsi que des renouvellements anticipés obligatoires. Les autorités avertissent contre l’utilisation d’intermédiaires promettant ces documents, car des étrangers ont été arrêtés pour possession de faux papiers obtenus via ces réseaux frauduleux.

Pour les binationaux, la règle est claire : l’entrée et la sortie du pays doivent se faire avec le passeport vénézuélien, tandis que l’accès au pays d’origine se fait avec le passeport correspondant. Les mineurs binationaux ne peuvent quitter le territoire qu’avec l’accord des deux parents ou une autorisation notariée.

Dans les faits, obtenir un visa de longue durée est désormais décrit par beaucoup comme « quasi impossible » si l’on ne relève pas d’une organisation internationale, d’une ambassade ou d’un employeur majeur déjà implanté.

Sécurité : vivre dans l’un des pays les plus dangereux du monde

S’installer au Venezuela impose d’accepter un niveau de risque que l’on ne retrouve que dans très peu de pays. La violence est diffuse : homicides, enlèvements courts (« express kidnappings » destinés à vider vos comptes), carjackings, braquages à main armée, agressions dans les transports ou autour des distributeurs, crimes commis par des bandes armées, parfois dans une quasi-impunité.

Exemple :

Caracas illustre une fracture urbaine marquée en matière de sécurité. L’ouest de la ville et certains quartiers populaires, comme Petare, Cota 905 ou Catia, concentrent une délinquance extrême et sont considérés comme totalement déconseillés. À l’inverse, l’est (Chacao, Altamira, Los Palos Grandes, La Castellana, Las Mercedes, El Rosal) rassemble des quartiers plus aisés, mieux surveillés, où se concentrent expatriés, commerces haut de gamme et immeubles sécurisés. Toutefois, même dans ces zones, le risque n’est jamais totalement absent.

À l’échelle du pays, les régions frontalières avec la Colombie, le Brésil et le Guyana sont particulièrement instables : présence de groupes armés, trafic de drogue, contrebande, enlèvements. Les autorités étrangères déconseillent fortement tout déplacement dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres autour de ces frontières.

Bon à savoir :

La route reliant l’aéroport international Simón Bolívar à Caracas est réputée dangereuse, avec des risques d’agressions, vols et extorsions (parfois par de faux chauffeurs de taxi ou de faux policiers). Il est fortement recommandé de n’effectuer ce trajet qu’en journée et dans un véhicule identifié et sécurisé à l’avance, souvent organisé par un employeur ou une agence de relocation.

Au quotidien, les expatriés appliquent une sorte de « protocole de survie » : éviter de marcher la nuit, limiter au strict minimum l’usage des transports publics, ne jamais exhiber montres, bijoux, sacs ou smartphones coûteux, varier les trajets et les horaires, prévenir quelqu’un de ses déplacements, refuser les retraits d’espèces dans la rue, ne pas résister en cas d’agression, équiper les véhicules de GPS et parfois de films teintés ou anti-effraction. La sécurité du logement devient aussi la première variable de choix, devant le confort ou la proximité.

Santé : un système public effondré, un privé en dollars

La crise vénézuélienne est aussi sanitaire. Le système public, financé par l’État (SPNS), a subi des années de sous-investissement, de fuites de personnel et de pénuries. Selon certaines estimations, plus de la moitié des hôpitaux n’ont pas d’eau courante de manière régulière. La fédération pharmaceutique évoquait des ruptures de stock dépassant 80 % pour de nombreux médicaments. De nombreux équipements sont hors d’usage, des blocs opératoires fermés, des services spécialisés inexistants hors des grandes villes.

Conséquence directe : pour un expatrié, l’hôpital public ne peut pas être considéré comme une solution fiable, sauf pour des soins très basiques et encore, selon la localisation. Les étrangers n’ont d’ailleurs pas accès à la gratuité accordée aux citoyens.

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Le coût maximum en dollars d’une simple consultation spécialisée dans une clinique privée au Venezuela.

S’ajoutent des risques sanitaires spécifiques : maladies vectorielles (dengue, chikungunya, Zika, paludisme dans certaines zones rurales), flambées de rougeole, tuberculose en progression, épisodes de diphtérie ou d’hépatite A sur fond de problèmes d’eau et d’assainissement. L’eau du robinet n’est pas potable, même dans les grandes villes. Les expatriés n’utilisent que de l’eau filtrée ou en bouteille et évitent les crudités mal lavées, la glace d’origine incertaine et une bonne partie de la street food.

Attention :

Au Venezuela, une assurance santé internationale couvrant les soins privés, l’évacuation médicale (vers la Colombie, les États-Unis ou l’Europe) et le rapatriement est une condition de base. Les primes démarrent autour de 300 USD/mois. Il est crucial de vérifier les clauses géographiques, car de nombreux assureurs excluent explicitement le Venezuela, et de s’assurer de l’inclusion d’un volet évacuation.

Un expatrié prudent part également avec au moins six mois de traitements chroniques, une trousse de premiers secours étoffée, un carnet vaccinal à jour (fièvre jaune, hépatites A et B, typhoïde, éventuellement rage et autres vaccins selon les recommandations) et un plan clair pour des bilans médicaux réguliers lors d’escapades dans un pays voisin mieux doté.

Coût de la vie : vivre « bien » en devises, dans un pays appauvri

Le paradoxe vénézuélien est flagrant : pour un résident payé en monnaie locale, la vie est extrêmement difficile, avec un salaire moyen autour de 211 USD, un minimum légal autour de 5 à 10 USD par mois et des millions de personnes dans la pauvreté. Pour un expatrié rémunéré en dollars ou en euros, en revanche, le coût de la vie peut paraître relativement bas, notamment comparé à d’autres grandes villes d’Amérique latine.

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Le coût de la vie au Venezuela est inférieur à celui de plus des trois quarts des pays du monde pour les détenteurs de devises fortes.

Les fourchettes suivantes donnent un ordre de grandeur en dollars :

Poste de dépenseFourchette mensuelle pour 1 personne
Logement (appartement sécurisé)800 – 1 500 USD
Courses alimentaires≈ 300 USD
Utilités (eau, électricité, gaz, etc.)≈ 150 USD
Transport (carburant, taxi, etc.)≈ 200 USD
Loisirs et sorties≈ 100 USD
Assurance santé internationale≈ 300 USD
Dispositifs de sécurité (gardiennage…)≈ 100 USD

Pour une famille, ces montants explosent, surtout en intégrant la scolarité internationale : entre 1 500 et 2 500 USD par mois et par enfant dans certains établissements, auxquels s’ajoutent droits d’inscription et frais annexes.

Les dépenses quotidiennes, elles, restent contrastées. Quelques exemples de prix courants illustrent ce décalage :

Bien ou servicePrix moyen (USD)
Menu déjeuner en quartier d’affaires10 – 20
Menu fast‑food type combo9 – 10
Dîner simple pour deux dans un pub de quartier17 – 33
Cappuccino (zone fréquentée par les expatriés)2,3 – 4,3
Bière locale (0,5 L) dans un bar1,5 – 1,6
Cinéma (2 billets)5 – 8
Abonnement mensuel à une salle de sport38 – 79
Consultation courte chez un médecin privé37 – 46
Essence (1 L)0,49 – 0,55 (quand disponible)
Pass de transport public mensuel25 – 34,3
Internet fixe (≈ 8 Mbps)22 – 27

Ces prix restent très déconnectés des revenus locaux, mais donnent une idée de la vie d’un expatrié payé en devises. Il faut cependant ajouter ce que beaucoup appellent les « coûts cachés de la crise » : groupes électrogènes, cuves d’eau, onduleurs, équipements de sécurité, surcoûts liés à l’instabilité (retards, pertes, vols, solutions de rechange), qui peuvent ajouter 20 à 30 % au budget.

Monnaie, banques et fiscalité : l’empire du cash en dollars

Le bolivar souverain (VES) reste la monnaie officielle, mais l’économie s’est largement « dollarisée » de fait. La plupart des loyers, des actes médicaux, des scolarités, une bonne partie de la restauration et des commerces de l’est de Caracas se paient en dollars cash. Les petites coupures (20, 50, 100 USD) sont les plus pratiques. Les transactions électroniques en monnaie locale existent, mais restent fragiles et fortement plafonnées.

Bon à savoir :

Le système bancaire vénézuélien souffre de graves problèmes chroniques : plafonds de retrait en bolivars très bas, instabilité informatique, terminaux de paiement souvent hors service, et virements internationaux soumis à autorisation et risques de blocage. Certaines banques proposent des comptes en dollars, mais leur fiabilité et l’accès aux fonds restent très aléatoires.

Ouvrir un compte local en tant qu’étranger est, en théorie, possible avec un visa de résident ou de travail, un RIF (numéro fiscal), un justificatif de domicile et une relation d’emploi. Dans la pratique, nombre d’établissements refusent d’ouvrir des comptes aux non‑résidents permanents. Les grandes banques locales incluent Banesco, Banco de Venezuela, Banco Mercantil ou Banco Provincial.

Bon à savoir :

La plupart des expatriés conservent leur compte bancaire principal dans leur pays d’origine ou dans un pays voisin stable comme la Colombie ou le Panama. Sur place, les transactions se font principalement en espèces. L’usage des cartes bancaires étrangères est limité aux rares commerces qui les acceptent encore.

Sur le plan fiscal, le statut de résident est déclenché en général après plus de 183 jours de présence sur une année. Les résidents sont imposables sur leur revenu mondial, avec un barème progressif allant d’environ 6 % à 34 %. La TVA (IVA) de 16 % s’applique à la plupart des biens et services. Pour les citoyens américains, les obligations FATCA continuent de s’appliquer.

Logement : résidences sécurisées, générateurs et réservoirs d’eau

À Caracas, la quasi‑totalité des expatriés habitent dans l’est de la ville, dans des immeubles résidentiels sécurisés avec gardiens 24 heures sur 24, contrôle des entrées, portails, caméras et parfois clôtures électriques. Les quartiers les plus recherchés restent Las Mercedes, Altamira, Los Palos Grandes, La Castellana, El Rosal et, dans une moindre mesure, certaines zones de Chacao ou de Sebucán. Dans d’autres grandes villes (Valencia, Maracaibo, Puerto La Cruz, Maturín), la logique est similaire : choisir des secteurs reconnus pour leur relative sécurité et leur accès aux commodités.

Astuce :

Les loyers sont généralement libellés en dollars et exigent souvent le paiement de plusieurs mois d’avance. Les baux sont couramment signés pour une durée minimale de 6 à 12 mois, avec un dépôt de garantie équivalent à deux ou trois mois de loyer. Le paiement s’effectue habituellement par virement international ou en espèces. Pour faciliter leur recherche, les expatriés ont quasi systématiquement recours à une agence immobilière ou à une société de relocation, à laquelle il est standard de verser une commission équivalente à un mois de loyer.

Les niveaux de loyers dépendent beaucoup du quartier, de la surface et des équipements. Les repères suivants sont fréquemment observés dans les secteurs privilégiés de Caracas :

Type de bien (zone agréable, immeuble correct)Loyer mensuel estimatif (USD)
Studio ou petit 1 chambre dans un immeuble simple300 – 500
Appartement 2 chambres dans un bon immeuble700 – 1 200
Grand appartement 3 chambres dans tour moderne1 500 – 2 500

Les charges (eau, électricité, gaz en bouteille, copropriété, gardiennage, Internet) ne sont que rarement incluses et ajoutent souvent 100 à 300 USD par mois. Dans un studio, les seules factures d’électricité, d’eau et de gaz peuvent rester relativement basses (30 à 50 USD), mais tout dépend de la présence de climatisation et d’équipements.

Bon à savoir :

Face aux coupures de courant et d’eau fréquentes, il est conseillé de privilégier un logement équipé d’un groupe électrogène, d’une réserve d’eau (citerne ou cuve) et d’onduleurs pour protéger les appareils électroniques. Pour un expatrié, les appartements les plus adaptés combinent sécurité renforcée, ces équipements, une bonne connexion internet et, idéalement, la présence d’autres étrangers dans l’immeuble ou le quartier.

L’achat immobilier, légalement accessible aux étrangers, est à manier avec une extrême prudence. Les prix ont énormément chuté, au point qu’un appartement de 100 m² dans un bon quartier peut se négocier entre 50 000 et 100 000 USD. Mais l’insécurité juridique, la complexité des titres de propriété, la volatilité du marché, les risques de confiscation de fait et l’absence de visibilité politique en font un investissement spéculatif à très haut risque. Beaucoup de spécialistes recommandent de louer uniquement.

Se déplacer : voiture quasi obligatoire, transports publics à éviter

Dans la plupart des grandes villes du pays, et particulièrement à Caracas, posséder sa propre voiture est considéré comme presque indispensable. Le réseau de transports publics, déjà limité, souffre des pénuries de carburant, du manque d’entretien, de l’insécurité et des pannes. Bus et « colectivos » sont bondés, vieillissants, voire dangereux. Le métro de Caracas reste un moyen de transport relativement structuré et bon marché, mais la sécurité, les surcharges et les coupures de service font que les expatriés l’utilisent avec parcimonie, en journée et sur des trajets bien maîtrisés.

Attention :

Les routes présentent des dégradations (nids-de-poule, éclairage et signalisation déficients) et la conduite locale est souvent brusque et peu respectueuse du code de la route, avec des manœuvres inopinées. Il est fortement déconseillé de conduire de nuit en raison de la combinaison des risques d’accidents et de la criminalité.

Les taxis officiels ou les services de VTC locaux (comme Yummy Rides) sont préférables aux taxis informels. De nombreuses entreprises mettent à disposition de leurs salariés expatriés des chauffeurs dédiés ou des voitures avec conducteurs agréés, notamment pour les trajets domicile‑travail et aéroport.

L’essence, très bon marché sur le papier, est souvent indisponible. Des stations peuvent rester fermées plusieurs jours faute de carburant. Les automobilistes font parfois des heures de queue pour faire le plein. Ce phénomène, couplé aux coupures d’électricité (qui affectent les pompes et les feux de circulation), contribue à rendre la mobilité aléatoire.

Travailler, entreprendre, télétravailler

Le marché du travail local est ravagé par la crise. Des dizaines de milliers de médecins, d’ingénieurs et d’enseignants ont quitté le pays. Les salaires dans l’éducation, la santé ou l’ingénierie privée tournent souvent entre 100 et 300 USD par mois, tandis que certains fonctionnaires gagnent moins de 20 USD mensuels. L’économie s’est massivement reportée vers l’informel.

Bon à savoir :

Pour un expatrié, il est raisonnable de privilégier les postes où l’employeur propose un package complet. Celui-ci doit inclure : une rémunération en devises, un logement sécurisé, une assurance santé internationale avec clause d’évacuation, la prise en charge des transports, des mesures de sécurité, un accompagnement administratif et, parfois, la scolarité des enfants. Ces conditions sont principalement offertes par les organisations internationales, certaines compagnies pétrolières et les grandes missions diplomatiques.

L’entrepreneuriat local, quant à lui, se heurte à un environnement très instable : corruption endémique, système juridique imprévisible, contrôles des changes, hyperinflation passée, difficulté à rapatrier les bénéfices, accès compliqué aux importations. Créer une société suppose une inscription au registre du commerce, un enregistrement fiscal (SENIAT), parfois un partenaire local majoritaire selon l’activité, et une capacité à naviguer dans un environnement administratif opaque.

Bon à savoir :

Travailler à distance pour l’étranger est une alternative courante, mais elle est soumise à des défis locaux : coupures de courant fréquentes, connexion internet instable et lente, nécessitant souvent des équipements de secours (onduleurs, batteries, modem 4G) et des déplacements vers des lieux disposant de générateurs pour assurer les communications.

La réalité de nombreux télétravailleurs au Venezuela ressemble à celle de « nomades électriques » : ordinateurs portables dans un sac, multiprises sous le bras, course à la prise disponible dans un café alimenté par groupe électrogène, travail hors‑ligne à domicile en attendant le prochain créneau de connexion.

Éducation : l’international comme quasi passage obligé

Le système éducatif public a subi la même hémorragie que la santé : professeurs sous‑payés, fuites à l’étranger, bâtiments délabrés, manque de matériel, journées de cours écourtées et parfois limitées à quelques jours par semaine. On estime qu’un million d’enfants seraient hors de l’école, tandis que des centaines de milliers d’adolescents n’achèvent pas le cycle secondaire. Pour des enfants d’expatriés, le secteur public n’est pas considéré comme une option.

Écoles Internationales à Caracas

Panorama des principaux établissements d’enseignement privé et international proposant des programmes étrangers reconnus.

Programme Britannique

Établissements comme The British School Caracas, délivrant des diplômes tels que l’IGCSE.

Programme Américain

Écoles telles que l’Escuela Campo Alegre et le Colegio Internacional de Caracas.

Baccalauréat International (IB)

Plusieurs structures internationales proposent ce programme reconnu mondialement.

Programmes Européens

Établissements suivant les systèmes éducatifs italiens, allemands ou français, avec des diplômes nationaux.

La contrepartie est double : accès extrêmement limité (classes réduites, priorité aux familles d’entreprises partenaires, de diplomates ou d’anciens élèves) et frais de scolarité très élevés pour le contexte local, facturés en dollars, souvent exigibles à l’année. Pour une école internationale reconnue à Caracas, les frais annuels par enfant dépassent facilement 4 000 USD en primaire et montent bien au‑delà au secondaire.

Pour les familles francophones, l’absence actuelle d’établissement homologué par l’AEFE impose parfois un recours à l’enseignement à distance (CNED), complété par des écoles locales bilingues ou internationales.

En province, l’offre éducative internationale existe encore (Maracaibo, Maturín, Anaco, Puerto La Cruz, etc.) mais en nombre réduit, avec parfois des infrastructures fragilisées par la crise.

Vie quotidienne, culture et adaptation

Au‑delà des chiffres, la vie quotidienne au Venezuela reste marquée par un contraste brutal entre difficultés matérielles et chaleur humaine. La culture mêle influences espagnoles, africaines et indigènes, avec une place importante pour la musique, la danse et la gastronomie. Le pays est notamment connu pour son système d’orchestres de jeunes, « El Sistema », et pour ses plats emblématiques : arepas (galettes de maïs garnies), pabellón criollo (bœuf effiloché, riz, haricots noirs, banane plantain), cachapas, empanadas.

Astuce :

Les Vénézuéliens sont réputés pour leur chaleur humaine et leur ouverture, ce qui peut grandement aider un expatrié. Pour s’intégrer harmonieusement, il est important de respecter certaines conventions sociales : éviter les critiques directes sur le pays, aborder les sujets politiques avec prudence, adopter une tenue appropriée dans les lieux de culte et apprendre les bases de l’espagnol. La vie sociale, marquée par des liens familiaux forts et des repas partagés, est centrale.

Le quotidien n’en reste pas moins rythmé par des contraintes récurrentes : pannes d’électricité de plusieurs heures à plusieurs jours (plus rares à Caracas qu’en province, mais fréquentes tout de même), coupures d’eau, files d’attente, indisponibilité subite de produits de base, retards, Internet qui tombe au plus mauvais moment. La présence de gardes armés devant des boulangeries ou des supermarchés, les sacs poubelles amoncelés, les chiens errants et la précarité visible modifient le rapport à l’espace public.

Bon à savoir :

L’adaptation à l’expatriation suit une courbe en U : une phase de lune de miel, suivie d’un choc culturel intense, puis d’une adaptation progressive et d’une intégration partielle. Dans un contexte tendu, le choc peut être particulièrement fort. Il est important de noter que plus de la moitié des expatriations échouent dans le monde, et près de la moitié de ces échecs sont dus aux difficultés d’adaptation de l’expatrié ou de sa famille, et non au travail lui-même.

Au Venezuela, les obstacles classiquement mentionnés ailleurs (langue, rythme de vie, cuisine, normes sociales) se doublent de facteurs lourds : insécurité, isolement potentiel, difficultés d’accès aux soins, pénuries. Les qualités qui font la différence sont la résilience, la capacité à tolérer l’incertitude, la curiosité pour la culture locale, le sens du réseau et l’aptitude à se créer des routines stables malgré l’instabilité ambiante.

Avant de partir : préparer méticuleusement chaque détail

Vu les risques et la complexité du terrain, un projet d’expatriation au Venezuela exige une préparation amont beaucoup plus poussée que pour d’autres destinations.

Sur le plan administratif, il faut un passeport largement valide, le visa adéquat (obtenu avant l’entrée, via une ambassade active), les documents d’état civil et diplômes apostillés et, si besoin, traduits. Un permis de conduire international facilite les démarches locales. Sur le plan financier, ouvrir un compte dans un pays tiers stable, prévoir des réserves en cash (dollars) pour plusieurs mois, sécuriser les moyens d’alimenter ces réserves via son pays d’origine ou une banque offshore sont des prérequis.

Attention :

Pour un séjour à l’étranger, il est crucial de réaliser un bilan de santé complet et de mettre à jour son calendrier vaccinal. Il faut également souscrire une assurance santé internationale incluant une couverture d’évacuation sanitaire, constituer une réserve de médicaments et de produits d’hygiène spécifiques, et prévoir des équipements pratiques comme des lampes torches, des batteries externes, des multiprises, des adaptateurs pour courant 115V/60Hz, des filtres à eau et éventuellement un petit onduleur.

Pour le volet logement, la plupart des employeurs sérieux prévoient un hébergement temporaire sécurisé à l’arrivée (hôtel, appartement meublé dans une résidence gardée) et un accompagnement pour la recherche du logement définitif. Compter deux à quatre semaines sur place pour finaliser baux, inscriptions et premières démarches (RIF, enregistrement local, banque éventuelle). Le recours à une agence de relocation expérimentée dans le pays est vivement conseillé.

Attention :

L’importation d’effets personnels usagés au Chili peut être exonérée de droits sous conditions (résidents de retour, certains étrangers), mais exige un certificat d’usage consulaire et des inventaires détaillés en espagnol. Les risques de vol, de retards et de grèves recommandent fortement de recourir à un transitaire international expérimenté ou d’opter pour un déménagement minimaliste.

Pour qui, dans quelles conditions, et à quel prix humain ?

Au regard de l’ensemble des éléments, le Venezuela n’est plus aujourd’hui une destination « d’expatriation de confort ». Il reste un point de chute possible pour certains profils : agents diplomatiques, humanitaires, experts techniques envoyés par de grandes entreprises, chercheurs, ou encore travailleurs à distance très aguerris, qui acceptent consciemment le risque et disposent d’une marge financière et logistique significative.

Pour ces profils, l’installation reste envisageable si plusieurs conditions sont réunies :

Conditions essentielles pour une expatriation réussie

Pour s’installer et travailler efficacement dans un environnement difficile, plusieurs éléments clés doivent être réunis.

Package d’expatriation complet

Inclut logement sécurisé, assurance santé avec évacuation, salaire en devise, transport, sécurité et accompagnement administratif.

Ancrage dans une structure solide

Ambassade, ONG internationale ou grande entreprise capable de gérer les situations d’urgence.

Préparation psychologique et familiale

Particulièrement cruciale lorsqu’on vient avec des enfants.

Résilience face à l’imprévu

Capacité à supporter un environnement où l’insécurité et la pénurie font partie du quotidien.

À l’inverse, pour un individu isolé souhaitant « tenter sa chance » sans soutien institutionnel, pour une famille en quête d’une expatriation « de qualité de vie », ou pour un retraité désireux de profiter d’un coût de la vie bas, la combinaison des risques (sécurité, santé, accès à l’argent, isolement) fait du projet un pari extrêmement dangereux.

Bon à savoir :

S’installer au Venezuela nécessite une vigilance permanente pour les aspects essentiels de la vie quotidienne (santé, déplacements, logement, connexion). Ce choix implique un engagement en connaissance de cause, où la sécurité personnelle n’est jamais garantie.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale en Venezuela pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal international, formalités migratoires, relocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Venezuela, Uruguay, Panama, République dominicaine), la stratégie retenue a consisté à cibler le Venezuela pour son régime territorial, la possibilité de négocier un train de vie très bas en devise forte (euro), et des opportunités de rendement élevé dans l’immobilier locatif et les actifs réels. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention du titre de séjour avec achat de résidence principale, couverture santé internationale, transfert de résidence bancaire hors France, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local bilingue (avocat, immigration, notariat) et intégration patrimoniale globale.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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