Depuis les premiers ports phéniciens jusqu’au Liban indépendant plongé dans une crise économique sans précédent, l’histoire du pays au Liban est celle d’un territoire minuscule qui n’a cessé d’être au cœur des grands bouleversements du Proche‑Orient. Entre empires, mandats, guerres civiles, prospérité financière et effondrement monétaire, ce petit État de 10 452 km² a souvent été présenté comme un laboratoire politique et économique à ciel ouvert. Retracer cette histoire, c’est comprendre comment se sont tissés, puis fissurés, les équilibres qui structurent encore aujourd’hui la société libanaise.
Des racines cananéennes à l’âge phénicien
Bien avant l’apparition du Liban moderne, la bande côtière qui correspond en grande partie au territoire actuel abrite des communautés humaines depuis des dizaines de milliers d’années. Les fouilles menées à Beyrouth ont permis d’identifier des sites préhistoriques contenant des outils en silex du Paléolithique moyen et supérieur, du Néolithique puis de l’âge du Bronze. Ces vestiges confirment la continuité d’occupation sur un espace qui deviendra l’un des pivots de la Méditerranée orientale.
Dès le IIe millénaire av. J.-C., des cités cananéennes, ancêtres directs des cités phéniciennes, se développent. Byblos (Jbeil), l’une des plus anciennes villes continuellement habitées, est un centre urbain structuré. Dès l’Ancien Empire égyptien, elle entretient des liens commerciaux avec la vallée du Nil, notamment pour l’exportation du bois de cèdre du Liban.
L’appellation « Phéniciens » vient plus tard, par la langue grecque, et désigne ces populations de marins‑commerçants installées sur le littoral levantin, de l’actuelle Arwad au nord jusqu’au mont Carmel. Tyre, Sidon, Byblos, Berytus (future Beyrouth) ou Tripoli fonctionnent alors comme des cités‑États autonomes, chacune avec son roi, ses élites marchandes et son panthéon de divinités, dominé par Baal et Astarté.
L’alphabet linéaire inventé par les Phéniciens au XIe siècle av. J.-C. était composé de 22 consonnes.
Entre empires : de la conquête romaine à l’islam
L’espace libanais n’échappe à aucun des grands cycles impériaux de l’Antiquité. Les Phéniciens subissent tour à tour la tutelle assyrienne, babylonienne puis perse, avant d’être happés par les conquêtes d’Alexandre le Grand. Tyre est assiégée et détruite par les troupes macédoniennes en 332 av. J.‑C., événement qui marque symboliquement la fin de l’indépendance phénicienne.
Sous les Séleucides et les Ptolémées, l’arrière-pays libanais est disputé. Beyrouth, reconstruite sur un plan grec après sa destruction au IIe siècle av. J.-C., est brièvement nommée Laodicée de Phénicie. Annexée par Pompée en 64 av. J.-C., elle passe sous autorité romaine et reprend le nom de Berytus.
Avec Rome, le pays entre dans une nouvelle phase. Berytus est dotée du statut prestigieux de colonie, avec le ius italicum qui accorde à ses colons des privilèges fiscaux comparables à ceux des citoyens de la péninsule italienne. La cité accueille massivement des vétérans romains, se romanise en profondeur et devient un îlot de langue latine au sein d’une province majoritairement grecophone. Le Bekaa, intégré au territoire de Berytus, nourrit en céréales la Syrie‑Phénicie et, au-delà, d’autres provinces de l’Empire.
Les fouilles de Beyrouth révèlent des vestiges romains majeurs (thermes, théâtre, cirque, rues à colonnades), témoignant d’un important investissement impérial. La ville abritait une prestigieuse école de droit, influente dans tout l’Empire jusqu’au VIe siècle. Un violent séisme en 551 apr. J.-C., suivi d’un incendie quelques années plus tard, dévasta la cité et causa des dizaines de milliers de morts, marquant un coup d’arrêt sévère à son développement.
L’arrivée des armées musulmanes au VIIe siècle change à nouveau le cadre politique. En 635, Beyrouth tombe aux mains des troupes commandées par Yazid ibn Abi Soufyan et son demi‑frère Mu’awiya. La ville s’insère dans le système administratif des califats omeyyade puis abbasside, tout en restant un point d’interface stratégique entre Méditerranée et arrière‑pays syrien. À l’époque d’Al‑Awzaï, grand juriste de Baalbek qui réside à Beyrouth au VIIIe siècle, la ville connaît un rayonnement religieux particulier. Les côtes restent toutefois exposées aux raids byzantins, signe de la fragilité des frontières maritimes.
Montagnes, émirs et empire ottoman
L’originalité historique du pays se renforce à partir du moment où les montagnes libanaises acquièrent un statut distinct de celui des plaines environnantes. Sous les Mamelouks puis les Ottomans, la bande côtière et les grandes villes – Beyrouth, Tripoli, Sidon – sont intégrées à des provinces impériales classiques, tandis que les massifs du Mont‑Liban sont confiés à des lignages locaux selon un système d’iqta’. Les grandes familles – Ma’n puis Shihab, notamment – prélèvent l’impôt, rendent la justice et lèvent des hommes pour le compte de la Sublime Porte, tout en conservant une large autonomie de fait.
Profitant de la distraction de l’Empire ottoman, occupé par les guerres contre les Safavides et les Habsbourg, il bâtit une quasi‑principauté, étend son territoire du nord de la Palestine jusqu’aux confins de la Cilicie et noue des alliances avec la Toscane au tournant des XVIe et XVIIe siècles.
Fakhr al‑Din II, émir druze de la famille Ma’n
Cette montée en puissance alarme Istanbul. Après un exil en Italie et un retour triomphal dans le Chouf, Fakhr al‑Din est finalement capturé et exécuté à Constantinople dans les années 1630. Son expérience laisse pourtant une trace profonde : pour de nombreux historiens, elle marque une première esquisse d’entité politique libanaise articulée autour du Mont‑Liban, dotée d’une armée multiconfessionnelle et ouverte aux influences européennes.
Les Ma’n disparaissent à la fin du XVIIe siècle, remplacés par les Shihab qui dirigent le Mont-Liban jusqu’au milieu du XIXe siècle. Cette dynastie sunnite voit certains de ses membres se convertir au maronitisme, renforçant le caractère composite du leadership. Leur capitale est Deir el-Qamar. Sous Bachir II, au début du XIXe siècle, le pouvoir shihabite s’étend et s’appuie sur Muhammad Ali d’Égypte. Le retrait des troupes égyptiennes dans les années 1830, sous la pression ottomane et européenne, laisse une situation politique profondément fracturée.
Les tensions sociales et confessionnelles, attisées par les rivalités de grandes puissances qui soutiennent tel ou tel groupe (la France auprès des maronites, la Grande‑Bretagne auprès des Druzes), débouchent sur les violences de 1860. Des milliers de chrétiens sont massacrés dans le Mont‑Liban et à Damas. L’intervention d’un corps expéditionnaire français, autorisée par le sultan Abdülmecid, conduit à la mise en place d’un nouveau régime pour la montagne.
De la Mutasarrifiya à l’ombre des puissances
En 1861, après négociations entre l’Empire ottoman et cinq puissances européennes (France, Royaume‑Uni, Russie, Autriche, Prusse), est instaurée la Mutasarrifiya du Mont‑Liban, province autonome dirigée par un gouverneur chrétien non libanais, nommé par Istanbul mais agréé par les capitales européennes. Il s’appuie sur un conseil représentatif des différentes communautés religieuses. Ce compromis institutionnel, amendé en 1864, limite l’emprise directe de l’Empire tout en offrant un cadre de coexistence confessionnelle inédit.
Ce système, qui durera jusqu’à la Première Guerre mondiale, introduit plusieurs éléments qui pèseront lourd sur la future histoire du pays. D’abord, il consacre le rôle politique des communautés religieuses comme acteurs institutionnels. Ensuite, il associe étroitement la question libanaise à l’ingérence des puissances européennes, en particulier de la France, qui se pose en protectrice des maronites. Enfin, il transforme le Mont‑Liban en laboratoire d’un proto‑autogouvernement, distinct du reste de la Syrie ottomane.
La période ottomane tardive voit Beyrouth et le littoral se transformer en un pôle économique et intellectuel majeur, grâce au commerce et aux institutions éducatives.
Les vers à soie du Mont-Liban alimentent les filatures de Lyon et de Marseille, dynamisant l’économie locale et renforçant les liens commerciaux avec l’Europe.
Multiplication des établissements scolaires missionnaires. Fondation de l’American University of Beirut (Syrian Protestant College) en 1866, puis de l’Université Saint-Joseph en 1875.
Promue capitale de vilayet en 1888, Beyrouth s’impose comme le centre intellectuel et commercial incontournable de la région.
Ce dynamisme s’accompagne d’une émigration massive : des centaines de milliers de Libanais, surtout chrétiens, quittent les montagnes au tournant du XXe siècle pour l’Égypte, l’Amérique du Nord et du Sud ou l’Afrique de l’Ouest. Les remises financières de cette diaspora jouent un rôle essentiel dans l’économie locale et nourrissent l’image, déjà bien installée, des Libanais comme « peuple de commerçants ».
La guerre, la famine et la fin de l’Empire ottoman
La Première Guerre mondiale brise cet équilibre fragile. L’Empire ottoman, allié de l’Allemagne, impose en 1915 un régime de loi martiale sur le Mont‑Liban, abolit la Mutasarrifiya et place la région sous l’autorité directe du gouverneur militaire Jamal Pacha. Le blocus allié en Méditerranée, conjugué à la réquisition des denrées par l’armée ottomane, provoque une famine d’ampleur tragique. Plus d’un tiers de la population du Mont‑Liban périt entre 1915 et 1918. Les forêts de cèdres sont en grande partie abattues pour alimenter les locomotives et l’effort de guerre.
Le 6 mai 1916, quatorze nationalistes arabes et libanais, chrétiens et musulmans, favorables à l’autonomie ou à l’arabisme, sont exécutés par pendaison à Beyrouth et Damas. Cette répression politique, commémorée comme la Journée des Martyrs, a contribué à resserrer les liens entre les élites arabes et libanaises dans leur contestation commune de la tutelle ottomane.
À la fin du conflit, les armées britanniques et les forces arabes de Fayçal entrent en Syrie et au Liban. Mais les promesses d’indépendance faites aux Arabes se heurtent aux accords secrets conclus entre Londres et Paris. L’accord Sykes‑Picot (1916), confirmé par la conférence de San Remo (1920), partage les provinces arabes de l’Empire ottoman entre influence britannique et française. Le futur Liban se retrouve au cœur d’un vaste ensemble placé sous mandat français.
La création du Grand Liban : un tournant majeur
L’un des actes fondateurs de l’histoire du pays au Liban moderne survient le 1er septembre 1920. Ce jour‑là, depuis la Résidence des Pins à Beyrouth, le général Henri Gouraud, haut‑commissaire français, proclame la création de l’État du Grand Liban. Cette nouvelle entité, dont la capitale est Beyrouth, agrège à l’ancien territoire autonome du Mont‑Liban les villes côtières (Beyrouth, Tripoli, Sidon, Tyr), le Bekaa et des régions du nord et du sud. Le décret 318, signé la veille, fixe les frontières de ce nouveau tracé, étendues du Ras Naqoura au sud jusqu’au Nahr el‑Kabir au nord, et de la mer aux contreforts de l’Anti‑Liban.
Cette extension répond en partie aux revendications de la hiérarchie maronite, incarnée par le patriarche Elias al‑Huwayyik, qui insiste notamment pour inclure la fertile vallée de la Bekaa, traumatisé par les souvenirs de la famine. Elle bouleverse aussi la démographie : un territoire jusque‑là majoritairement chrétien intègre désormais d’importantes populations sunnites et chiites, ainsi que des Druzes. Le futur État devra composer avec une diversité confessionnelle et régionale beaucoup plus marquée.
Très vite, le Grand Liban se dote de symboles propres. Il adopte un drapeau associant les bandes tricolores françaises à un cèdre vert, arbre montagneux qui devient l’emblème national. Le graphiste Naoum Mokarzel, figure de la diaspora libanaise aux États‑Unis, conçoit cette bannière qui articule héritage local et présence mandataire. L’État obtient également une constitution, en 1926, qui fait de lui une « République libanaise » en gestation, même si la souveraineté effective reste aux mains du haut‑commissaire français.
Naoum Mokarzel, graphiste de la diaspora libanaise
Encadrer un pays composite : le mandat français
Le mandat attribué à la France par la Société des Nations, formalisé en 1923, confie à Paris la mission de guider la population vers l’« autonomie ». Dans les faits, l’administration reste fortement centralisée. Un haut‑commissaire, relayé par un appareil bureaucratique civil et militaire, prend les grandes décisions politiques, économiques et sécuritaires depuis Beyrouth. Plusieurs personnalités se succèdent à ce poste : Henri Gouraud, Maxime Weygand, Maurice Sarrail, Henri de Jouvenel, puis à la veille de la Seconde Guerre mondiale Gabriel Puaux et enfin, sous Vichy, le général Dentz.
Le Liban, créé en 1920, n’est pas un État isolé mais fait partie de la recomposition du Bilad al-Sham sous mandat français. La France administre également la Syrie, la région alaouite de Lattaquié, le Djebel Druze et le sandjak d’Alexandrette (cédé à la Turquie en 1939). Ces entités, parfois fédérées, illustrent l’intégration du Grand Liban dans un dispositif régional plus large.
Sur le plan intérieur, la IIIe République introduit institutions, langue et système scolaire français. Le port de Beyrouth, détruit pendant la guerre, est reconstruit et redevient un hub commercial régional dès 1920. Une nouvelle trame urbaine est dessinée pour le centre‑ville. Mais si certaines infrastructures se développent, les ressources fiscales sont en grande partie captées pour financer l’appareil militaire et sécuritaire du mandat. L’éducation et la santé demeurent principalement le domaine des congrégations et institutions privées, souvent chrétiennes, ce qui accentue les déséquilibres entre populations.
Les monopoles concédés à des intérêts français – dans les transports, l’électricité ou d’autres services – nourrissent un capitalisme de rente critiqué par les élites locales. Les mécontentements se traduisent par des formes de protestation nouvelles : grèves, boycotts, comme celui du tramway de Beyrouth en 1931, devenu emblématique de la contestation de ce que certains appellent l’« impérialisme concessionnaire ».
La naissance d’un système politique confessionnel
La République libanaise proclamée en 1926, encore sous tutelle, doit se doter de règles du jeu politique. Celles‑ci vont durablement associer institutions modernes et reconnaissance des communautés religieuses comme structures incontournables de représentation. Il ne s’agit pas seulement d’un héritage du Mont‑Liban ottoman ou de la Mutasarrifiya : le mandat français lui donne une nouvelle dimension en articulant, dans la constitution, répartition confessionnelle et compromis avec les notables.
Premiers présidents et montée des élites locales
Le premier président du Liban, Charles Debbas, est un grec‑orthodoxe. Élu en 1926, il reste en fonction jusqu’en 1934, sous contrôle étroit du haut‑commissariat. C’est sous sa présidence que se discute l’architecture institutionnelle de la République et que l’on pose les jalons de la future répartition confessionnelle des charges publiques. Après lui se succèdent Habib Pacha Saad, Émile Eddé, Alfred Naqqache, Ayoub Tabet, Petro Trad… Une valse de chefs d’État souvent provisoires, qui révèle la mainmise permanente de Paris sur la vie politique.
La scène politique locale commence pourtant à se structurer autour de partis et de blocs. Émile Eddé fonde le Bloc national, plutôt favorable à la France et attaché à une identité libanaise distincte de son environnement arabe. À l’inverse, Bechara El Khoury crée en 1932 le Bloc constitutionnel, plus ouvert à l’idée d’une arabité partagée. En toile de fond, le débat ne porte pas encore sur l’indépendance immédiate, mais sur la forme qu’elle devra prendre et sur le degré de proximité avec la Syrie voisine.
Année du dernier recensement officiel au Liban, ayant établi la répartition démographique et politique entre les communautés.
L’indépendance, un processus en deux temps
La Seconde Guerre mondiale vient bouleverser les rapports de force. Après la défaite française de 1940, le Liban tombe sous le contrôle du régime de Vichy. Le haut‑commissaire Dentz permet aux Allemands d’utiliser les aérodromes syriens pour ravitailler les troupes pro‑nazies en Irak. Inquiet, le Royaume‑Uni lance, avec les Forces françaises libres, une offensive sur la Syrie et le Liban en 1941. Les forces vichystes capitulent, et le général Georges Catroux, représentant de la France libre, proclame l’« indépendance » du Liban en novembre 1941.
Cette déclaration reste d’abord symbolique. Paris conserve l’essentiel des leviers de décision. Ce n’est qu’à partir de 1943 que le rapport de forces bascule réellement, lorsque des élections législatives libres portent au pouvoir une majorité nationaliste. Le Parlement choisit Bechara El Khoury comme président et Riad al‑Solh comme Premier ministre. Les deux hommes s’accordent sur un compromis fondateur, resté célèbre sous le nom de Pacte national.
Le Pacte national : un compromis fondateur et ambigu
En 1943, le Pacte national n’est pas un texte écrit, mais un arrangement politique entre élites. Il scelle plusieurs principes clés qui vont façonner l’histoire du pays au Liban indépendant. Sur le plan interne, il institutionnalise la répartition confessionnelle des trois fonctions souveraines : la présidence revient à un maronite, la primature à un sunnite et la présidence de la Chambre des députés à un chiite. Les sièges parlementaires, quant à eux, sont distribués selon un ratio de 6 chrétiens pour 5 musulmans, sur la base du recensement de 1932.
Sur le plan identitaire, le Pacte propose une ligne de crête résumée par la formule souvent reprise de « ni Occident ni Orient ». Les chrétiens acceptent de renoncer à des projets visant à se placer sous la protection exclusive de l’Occident, tandis qu’une partie des musulmans renonce à l’objectif d’une union avec un grand ensemble arabe (comme la Syrie). Le Liban est reconnu comme entité indépendante à part entière, avec une double appartenance : arabe par sa langue et sa culture, singulier par son pluralisme confessionnel et ses liens étroits avec l’Europe.
En réponse à l’abrogation unilatérale par la Chambre libanaise des articles constitutionnels relatifs au mandat français le 8 novembre 1943, les autorités françaises arrêtent le président Béchara El Khoury, le Premier ministre Riad al-Solh et la plupart des ministres. Leur détention à la citadelle de Rashaya en fait un symbole puissant de l’indépendance confisquée du Liban.
La réaction intérieure est immédiate : manifestations massives, convergence des leaders chrétiens et musulmans, constitution d’un gouvernement provisoire à Bechamoun qui refuse de reconnaître l’autorité française tant que les prisonniers ne sont pas libérés. Sous pression britannique, américaine et arabe, la France finit par céder. Les prisonniers sont relâchés le 22 novembre 1943, date désormais célébrée comme fête de l’Indépendance. Trois ans plus tard, le 31 décembre 1946, les dernières troupes françaises quittent le territoire.
Un État indépendant, mais structuré par le confessionnalisme
À partir de 1943, la République libanaise entre officiellement dans sa phase indépendante. Le Pacte national et la constitution de 1926, amendée, organisent un système que les politologues qualifieront plus tard de « consociationnel » : un partage du pouvoir entre segments communautaires, garanti par des règles explicites de répartition des offices et des postes administratifs.
Répartition institutionnelle et logique de « non‑victoire »
Le principe fondamental du système est celui de l’équilibre entre composantes. Le président maronite dispose, dans la première phase de la République, de pouvoirs étendus : il nomme le Premier ministre, peut dissoudre le Parlement et exerce une influence décisive sur l’armée et la haute fonction publique. Le Premier ministre sunnite et le président chiite de la Chambre jouent des rôles complémentaires, mais de moindre poids.
Au Liban, la représentation équilibrée des 18 communautés religieuses reconnues est garantie dans tout l’appareil d’État, incluant l’armée et la fonction publique. Ce système, fondé sur le principe « ni vainqueur ni vaincu », vise à empêcher la domination d’un groupe sur les autres et à préserver la stabilité.
Dans la pratique, ce mécanisme produit un système à la fois stable et fragile. Stable, parce qu’il permet au pays de traverser, pendant plusieurs décennies, des crises régionales majeures – création de l’État d’Israël, guerre de 1958, montée du nationalisme arabe, conflit israélo‑palestinien – sans éclater complètement. Fragile, parce qu’il fige des rapports de force démographiques et politiques amenés à évoluer, et qu’il consacre le rôle de notables qui contrôlent leurs clientèles communautaires grâce à l’accès aux ressources de l’État.
Le « miracle » économique et ses revers
Sur le plan économique, les années 1950 et 1960 sont souvent présentées comme l’âge d’or. Le Liban, doté d’un régime de liberté économique largement hérité du mandat et conforté par une fiscalité légère, attire capitaux et entrepreneurs. Son système bancaire, fondé sur la confidentialité et l’absence de contrôle des changes, fait de Beyrouth le centre financier du Proche‑Orient. Les dépôts bancaires, alimentés par les pétrodollars des monarchies du Golfe et l’épargne de la diaspora, gonflent de manière spectaculaire.
Durant cette période de prospérité, le Liban connaît une modernisation rapide, symbolisée par Beyrouth et sa côte. Le port de Beyrouth devient un point de transit clé pour les hydrocarbures du Golfe vers l’Europe, grâce aux pipelines IPC et Tapline. Le développement s’illustre aussi par les raffineries de Tripoli et Zahrani, les hôtels de luxe et les immeubles modernes de la corniche, reflétant l’essor d’une société de consommation. La presse internationale surnomme alors le pays ‘la Suisse du Moyen-Orient’ ou ‘la République des marchands’.
Pour autant, cette réussite reste partielle. La croissance, centrée sur la finance, le commerce et le tourisme, bénéficie surtout à Beyrouth et au Mont‑Liban. Le Sud chiite et la vallée de la Bekaa, plus agricoles, demeurent marginalisés. Les inégalités sociales se creusent, en particulier dans les périphéries urbaines et rurales. Le modèle reste très dépendant des capitaux extérieurs, des importations et du contexte géopolitique régional.
La crise du système et la descente vers la guerre civile
À partir de la fin des années 1960, plusieurs facteurs convergent pour fragiliser le compromis du Pacte national. Les déséquilibres socio‑économiques, l’absence de réforme politique sérieuse et l’arrivée massive de réfugiés palestiniens après 1948 puis 1967 alimentent un malaise croissant, notamment chez les musulmans et la gauche libanaise.
La question palestinienne comme accélérateur
Après avoir été expulsée de Jordanie en 1970, l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) transfère le cœur de son dispositif militaire au Liban, principalement dans le Sud et dans les camps autour de Beyrouth. L’accord du Caire de 1969, signé entre l’armée libanaise et Yasser Arafat, encadre officiellement la présence armée palestinienne, lui accordant une marge de manœuvre importante dans le Sud. Pour de nombreux Libanais, en particulier dans les milieux chrétiens, cette situation équivaut à la création d’un « État dans l’État ».
Les tensions se multiplient entre milices palestiniennes, armée israélienne et villages du Sud. Israël mène des raids répétés en territoire libanais. Dans ce contexte, la ligne de fracture interne se durcit : d’un côté, des formations chrétiennes, réunies au sein du « Front libanais », voient dans l’OLP une menace existentielle et défendent le statu quo politique. De l’autre, des partis musulmans, druzes et de gauche, réunis dans le Mouvement national libanais, réclament une réforme en profondeur de la structure confessionnelle et se solidarisent avec la cause palestinienne.
L’implosion de 1975 et quinze ans de guerre
Le 13 avril 1975, une fusillade visant Pierre Gemayel, leader du parti Kataëb, puis l’attaque d’un bus transportant des Palestiniens à Ain el‑Rummaneh, déclenchent une spirale de violence que la mémoire collective retient comme point de départ de la guerre civile. En réalité, les affrontements entre milices et la contestation du système politico‑confessionnel s’intensifiaient déjà depuis plusieurs années. Mais l’épisode du bus cristallise la rupture.
S’ensuit un conflit d’une complexité extrême, où s’entremêlent affrontements inter‑libanais, intervention syrienne, invasion israélienne et guerres de camps. De 1975 à 1990, le pays est ravagé. Les lignes de front divisent Beyrouth entre Est chrétien et Ouest majoritairement musulman. Des massacres marquent profondément les mémoires : Black Saturday, Karantina, Damour, Tel al‑Zaatar, Sabra et Chatila, entre autres.
En 1976, l’armée syrienne entre au Liban avec l’aval tacite des États‑Unis et d’Israël, se posant en arbitre armé du conflit. Elle soutient tour à tour différentes factions, en fonction de ses intérêts régionaux. En 1982, Israël envahit le pays, assiège Beyrouth et contraint l’OLP à quitter la capitale. L’assassinat du président élu Bachir Gemayel et le massacre de Sabra et Chatila, commis par des miliciens chrétiens sous l’œil de l’armée israélienne, choquent le monde.
La guerre se fragmente davantage dans les années 1980, avec la montée en puissance de mouvements chiites comme Amal puis le Hezbollah, soutenus par l’Iran post‑révolutionnaire. Des rivalités intra‑chrétiennes éclatent aussi, notamment entre l’armée commandée par Michel Aoun et les Forces libanaises de Samir Geagea. Les institutions étatiques se disloquent, l’économie s’effondre, même si le secteur financier continue un temps de fonctionner grâce aux capitaux de la diaspora.
Au total, la guerre fait entre 120 000 et 150 000 morts et plus d’un million de déplacés. Elle laisse également derrière elle un tissu urbain dévasté, notamment dans le centre de Beyrouth, transformé en no man’s land.
Les accords de Taëf : fin de la guerre, recomposition du système
En 1989, alors que le conflit semble sans issue, la Ligue arabe parvient à réunir à Taëf, en Arabie saoudite, les membres du dernier Parlement élu avant la guerre (en 1972). Après plusieurs semaines de négociations, ceux‑ci adoptent un « Document d’entente nationale », plus connu sous le nom d’Accord de Taëf. Son ambition affichée est double : mettre fin à la guerre et réformer le système politique sans le renverser.
Un partage du pouvoir renégocié
L’une des modifications majeures apportées par Taëf concerne l’équilibre des pouvoirs au sommet de l’État. Si la clé de répartition communautaire des trois hautes fonctions reste inchangée, les prérogatives sont réajustées. Les pouvoirs du président maronite sont réduits au profit d’un Conseil des ministres collégial, dirigé par un Premier ministre sunnite. Le président de la Chambre chiite voit, lui, son rôle consolidé, son mandat passant à quatre ans avec une réelle capacité d’arbitrage politique.
Le nombre de sièges parlementaires attribués à chaque groupe confessionnel (chrétiens et musulmans) suite à la réforme instaurant une parité parfaite.
Enfin, Taëf proclame le principe, à terme, de l’abolition du confessionnalisme politique. Une commission nationale est censée être créée pour préparer cette transition, tandis qu’un Sénat communautaire doit, sur le papier, prendre le relais de la représentation confessionnelle. Ces mécanismes, toutefois, ne verront jamais réellement le jour.
Désarmer les milices, sauf une
Les accords prévoient le démantèlement de toutes les milices, libanaises et non libanaises, dans un délai de six mois. En 1991, une loi d’amnistie générale efface la plupart des crimes commis durant la guerre, permettant aux anciens chefs de guerre de se recycler en leaders politiques. L’armée libanaise, reconstituée sous la supervision du président Elias Hraoui et du commandant Émile Lahoud, procède à plusieurs opérations de désarmement, notamment contre les groupes palestiniens restés armés dans les camps.
Le Hezbollah conserve son arsenal au nom de la résistance contre l’occupation israélienne au Sud-Liban. Cette exception, acceptée et encouragée dans ce contexte, a transformé l’organisation en une force militaro-politique prépondérante, disposant de moyens dépassant largement ceux de l’État dans certains domaines.
Un accord sous tutelle syrienne
L’application de Taëf s’effectue dans le cadre d’une présence syrienne massive. L’armée de Damas, déjà implantée depuis 1976, renforce son contrôle sur le territoire libanais. Les accords prévoient en théorie un retrait progressif vers la vallée de la Bekaa, puis une évacuation complète. Dans la pratique, la Syrie demeure le véritable arbitre de la vie politique libanaise jusqu’en 2005, appuyée par un traité de « fraternité, coordination et coopération » qui engage Beyrouth à ne pas servir de base contre les intérêts syriens.
Ce contexte permet une relative stabilisation sécuritaire et la relance d’une reconstruction ambitieuse, mais il rend toute réforme profonde du système politique illusoire. La logique clientéliste et communautaire est reconduite, cette fois intégrée à un cadre de tutelle régionale. L’État reste faible, fragmenté, incapable de contrôler entièrement son territoire et ses frontières.
Reconstruction, « miracle » financier et crise structurelle
À partir du début des années 1990, le Liban s’engage dans un vaste effort de reconstruction, centré sur Beyrouth. L’homme clé de cette phase est Rafik Hariri, homme d’affaires devenu Premier ministre en 1992, figure d’une nouvelle bourgeoisie sunnite enrichie par les contrats dans le Golfe. Sa vision : faire du Liban, et surtout de sa capitale, une plateforme régionale de services, de finance et de tourisme.
Horizon 2000 et la renaissance de Beyrouth
Au cœur de ce projet se trouve le programme « Horizon 2000 », plan d’investissement de plus de 14 milliards de dollars sur une dizaine d’années, principalement concentré sur Beyrouth et le Mont‑Liban. Infrastructures routières, télécommunications, aéroport, centre‑ville : tout doit être modernisé à marche forcée. La société immobilière Solidere, dont Hariri est l’un des principaux actionnaires, obtient la concession de la reconstruction du centre‑ville de Beyrouth, moyennant expropriation massive de milliers de propriétaires.
Le chantier de transformation de la capitale, bien que lui donnant un nouveau visage, suscite une vive opposition. Des archéologues et historiens dénoncent la destruction d’importantes strates du patrimoine ottoman et médiéval. Parallèlement, des riverains contestent des indemnisations jugées insuffisantes. Les critiques y voient l’illustration d’un capitalisme de connivence, où intérêts privés et décisions publiques s’entremêlent étroitement.
Un modèle fondé sur la dette et la finance
Pour financer cette reconstruction, l’État libanais recourt massivement à l’endettement, tant intérieur qu’extérieur. La Banque du Liban, en coordination avec le gouvernement et sous le regard bienveillant d’institutions comme le FMI et la Banque mondiale, met en place une politique monétaire visant à stabiliser la monnaie et à attirer les capitaux. En 1997, la livre est arrimée au dollar à un taux fixe, ce qui contribue à restaurer la confiance et à juguler une inflation qui dépassait les 100 % au début des années 1990.
En échange de taux d’intérêt élevés sur les titres de la dette publique, elles achètent massivement ces obligations, finançant le déficit budgétaire et engrangeant des profits importants. Les dépôts de la diaspora et des investisseurs arabes alimentent ce cycle, renforçant l’image d’un secteur bancaire solide, qui vaut au Liban de retrouver son surnom de « Suisse de l’Orient ».
Les banques commerciales
Mais cette architecture repose sur un déséquilibre de fond : la dette publique gonfle beaucoup plus vite que le PIB. Entre le début des années 1990 et la fin des années 2010, l’encours de dette passe d’environ 4 milliards à plus de 90 milliards de dollars, soit un bond de plus de 2000 %. Durant la même période, le PIB n’est multiplié qu’environ par quatre. À long terme, ce différentiel ne peut être compensé que par des afflux continus de capitaux extérieurs, condition fragile et soumise à la conjoncture régionale.
Croissance, inégalités et occasions manquées
Les résultats économiques des années 1990 et 2000 sont contrastés. D’un côté, la croissance repart : le PIB est multiplié par plus de cinq entre 1990 et 2000, boosté par les investissements, les flux financiers et un climat perçu comme relativement stable après la guerre. Entre 2007 et 2010, une nouvelle phase de forte croissance moyenne (plus de 8 % par an) suit la fin de la guerre de 2006 avec Israël, portée par une amélioration de la sécurité intérieure et un afflux de capitaux du Golfe.
Un tiers de la population libanaise vivait sous le seuil de pauvreté au début du XXIe siècle.
Les choix fiscaux accentuent ce biais : la réduction des impôts directs pour encourager l’investissement, la mise en place d’une TVA, la privatisation et la libéralisation de plusieurs secteurs pèsent davantage sur les classes moyennes et populaires. La puissance publique, quant à elle, consacre une part croissante de son budget au service de la dette, au détriment de l’investissement productif et des services sociaux.
Du déséquilibre économique à l’effondrement
À partir de 2011, l’environnement régional change radicalement. La guerre en Syrie, l’une des principales partenaires commerciaux du Liban, perturbe les échanges et coupe une partie des routes terrestres vers le Golfe. Le pays accueille plus d’un million de réfugiés syriens, ce qui pèse sur les infrastructures et le marché du travail. En parallèle, la conjoncture internationale devient moins favorable aux placements spéculatifs dans les économies émergentes.
La mécanique de la crise (2019‑…)
Les signes d’essoufflement s’accumulent, mais le système se maintient encore quelques années grâce à de nouvelles injections de capitaux, notamment via des conférences internationales de soutien comme Paris II ou CEDRE. Pourtant, vers 2018, le ratio dette/PIB dépasse déjà les 150 %, plaçant le Liban parmi les pays les plus endettés au monde. Les entrées de capitaux ralentissent, les réserves en devises de la Banque du Liban commencent à s’éroder.
À l’automne 2019, la situation bascule. Une série de mesures fiscales impopulaires, sur fond de dépréciation informelle de la livre et de restrictions bancaires, déclenche un mouvement de protestation sans précédent, dépassant les clivages communautaires. Des centaines de milliers de Libanais descendent dans la rue pour dénoncer la corruption, le clientélisme et l’incapacité de la classe politique à réformer.
Les banques limitent drastiquement les retraits en dollars, piégeant les déposants. Le marché parallèle des changes s’envole, tandis que le taux officiel reste artificiellement figé. En mars 2020, l’État fait défaut sur une partie de sa dette extérieure, une première dans l’histoire du pays. Les négociations engagées avec le FMI échouent à produire un accord, faute de consensus interne sur les réformes nécessaires et en raison des intérêts divergents entre banques, Banque du Liban et pouvoir politique.
La pandémie de Covid‑19 vient aggraver un tableau déjà sombre. L’économie se contracte de près de 20 % en 2020. Le taux de change sur le marché noir continue de plonger, entraînant une hyperinflation qui dépasse 100 % par an. Les salaires en livres perdent l’essentiel de leur pouvoir d’achat. Des pans entiers de la classe moyenne basculent dans la pauvreté.
L’explosion du port, symbole d’un État défaillant
Le 4 août 2020, une explosion massive ravage le port de Beyrouth et ses environs, provoquant la mort de centaines de personnes, des milliers de blessés et des milliards de dollars de dégâts. La déflagration est causée par un stock de nitrate d’ammonium entreposé depuis des années sans précaution, malgré des avertissements répétés. L’événement concentre en un instant toutes les caractéristiques d’un État en faillite : incurie administrative, corruption, absence de contrôle, déresponsabilisation généralisée.
La Banque mondiale évalue les besoins de relèvement et de reconstruction du port de Beyrouth, vital pour plus de 70 % des importations du pays, à environ 11 milliards de dollars.
Pendant ce temps, la livre continue de se déprécier, le chômage explose, et plus de 80 % de la population tombe sous le seuil de pauvreté. Les départs à l’étranger se multiplient, rappelant les grandes vagues d’émigration des XIXe et XXe siècles, mais dans un contexte beaucoup plus désespéré. Des organisations internationales n’hésitent plus à qualifier le Liban d’« État failli ».
Une histoire marquée par la continuité des failles
L’histoire du pays au Liban, de la fondation du Grand Liban à la crise actuelle, n’est ni linéaire, ni purement cyclique. Mais certains fils rouges apparaissent nettement.
Le premier est la persistence d’un système politique confessionnel, né au croisement de l’expérience du Mont‑Liban ottoman, du mandat français et du Pacte national de 1943, réaménagé par l’Accord de Taëf sans jamais être réellement dépassé. Ce système a permis d’éviter l’hégémonie totale d’une communauté sur les autres, mais au prix d’une fragmentation durable de l’État et d’une personnalisation extrême des pouvoirs publics autour de chefs de clans communautaires.
L’économie est structurellement orientée vers la finance, l’immobilier et les services, au détriment de l’agriculture et de l’industrie. Ce choix, initié à l’époque des raffineries, renforcé durant l’âge d’or bancaire des années 1960 et érigé en dogme après la guerre civile, a généré des phases de prospérité mais aussi une vulnérabilité chronique aux chocs extérieurs et une dépendance aux flux de capitaux volatils.
Le troisième tient au rôle constant des acteurs externes – empires, puissances coloniales, États régionaux, institutions financières internationales – dans la structuration des rapports de force internes. De l’ingérence franco‑britannique du XIXe siècle à la tutelle syrienne post‑Taëf, de la circulation des pétrodollars aux pressions des bailleurs de fonds, la capacité du Liban à définir de manière autonome ses trajectoires politiques et économiques a toujours été limitée.
L’histoire du Liban est marquée par des innovations politiques et sociales, telles que la création d’un État pluriconfessionnel visant à concilier liberté politique, pluralisme culturel et intégration régionale. De plus, la société civile a plusieurs fois forcé des ruptures, comme en 1943, 2005 et 2019, défiant des élites accrochées à leurs privilèges.
Aujourd’hui, alors que le pays affronte l’une des pires crises économiques de l’histoire moderne, ces ressources historiques ne garantissent rien, mais elles rappellent que le Liban est le produit d’une longue série de compromis, de révoltes, de catastrophes et de rebonds. Comprendre cette trajectoire, c’est aussi saisir que la question centrale n’est pas de savoir si l’histoire se répète, mais comment un petit État, né d’un compromis colonial il y a un siècle, peut encore réinventer un pacte social à la hauteur de ses fractures.
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