S’installer au Liban, c’est entrer dans un pays où l’on vous jugera assez vite sur un critère inattendu : votre capacité à manger, à partager, à apprécier ce qu’il y a dans l’assiette. La gastronomie est partout, dans les rues de Beyrouth comme dans les villages de montagne, et elle structure la vie sociale au point de devenir une véritable porte d’entrée dans la culture locale. Pour un expatrié, comprendre comment on mange, quoi goûter, où aller, comment se comporter à table, est presque aussi important que de déchiffrer un contrat de location.
Ce guide complet vous accompagne pour découvrir la culture libanaise à travers sa gastronomie. Il aborde les codes de la table, les plats emblématiques, les quartiers de Beyrouth, les spécialités régionales, les boissons, les régimes alimentaires et les courses du quotidien. Son objectif est de vous permettre de vous intégrer authentiquement au Liban, en dépassant les simples clichés touristiques.
Comprendre la culture de la table au Liban
Au Liban, la table est un espace sacré. Elle cristallise la générosité — le fameux karam — et le plaisir d’être ensemble, ce que les Libanais appellent aussi le tarab, cette joie collective que l’on vit dans un repas qui s’éternise, un air de oud, un éclat de rire autour d’un plat qu’on fait tourner.
Partager un repas est un honneur, autant pour celui qui reçoit que pour celui qui est invité. Les invitations à déjeuner ou dîner tombent vite, parfois dès les premières rencontres. Pour un expatrié, les accepter — ou au moins en accepter certaines — est un puissant accélérateur d’intégration.
Un repas libanais traditionnel est basé sur le partage. Plutôt que de commander un plat individuel, on choisit une multitude de petites assiettes placées au centre de la table pour que chacun puisse picorer, goûter et échanger. Il est important de noter qu’il est mal vu de refuser de la nourriture qui vous est offerte : même si vous n’avez plus faim, accepter une petite portion est considéré comme un signe de respect envers vos hôtes.
Un détail qui surprend parfois : il est fréquent que les conversations pendant le repas deviennent très animées, voire passionnées, surtout quand la politique s’invite à table. Pourtant, les éclats de voix ne remettent pas en cause la convivialité du moment. Le repas reste un endroit où l’on se confronte… mais toujours en partageant un plat.
Horaires, rythmes et rituels
Le déjeuner se prend en général autour de 13 heures, le dîner rarement avant 20 heures. Le week-end, surtout le dimanche, est réservé aux repas marathons en famille ou entre amis, où les plats s’enchaînent pendant des heures. Si vous êtes convié à un « déjeuner » un samedi, partez du principe que vous n’aurez plus besoin de dîner.
Au Liban, la ponctualité est souple et il est courant d’arriver avec quelques minutes de retard. Quitter un repas immédiatement après avoir mangé est considéré comme impoli. Il est normal et apprécié de prolonger la soirée après le dessert pour prendre un café, un verre d’arak ou fumer la chicha, ce qui est vu comme un signe de respect et de plaisir partagé.
Les bases incontournables de la cuisine libanaise
La cuisine libanaise appartient à la grande famille méditerranéenne : beaucoup de légumes, de légumineuses, de céréales, de poisson et de volaille, l’huile d’olive en colonne vertébrale, l’ail et le citron comme refrain permanent. Le beurre et la crème sont peu utilisés hors pâtisseries, ce qui rend cette cuisine à la fois savoureuse et généralement considérée comme saine.
La cuisine libanaise est un mélange d’influences ottomane (avec l’importance de l’agneau, des épices et de plats comme le pastirma), arabe et française. Elle possède cependant une forte identité propre, caractérisée par l’abondance de persil et de menthe, la grande place accordée au pain plat, l’omniprésence des mezzés et d’un plat national emblématique : le kibbeh.
Quelques piliers du garde-manger libanais
Les ingrédients qui reviennent partout servent de boussole aux expatriés qui débutent :
| Ingrédient clé | Rôle dans la cuisine libanaise |
|---|---|
| Huile d’olive | Matière grasse principale, pour cuire, assaisonner, conserver |
| Citron | Source d’acidité dans salades, marinades, sauces |
| Ail | Base aromatique omniprésente (toum, marinades, soupes, grillades) |
| Persil, menthe, coriandre | Herbes fraîches au cœur des salades, beignets, farces |
| Pois chiches, lentilles | Base de plats iconiques (hummus, falafel, mujadara, balila) |
| Blé concassé (bourghoul) | Céréale reine (taboulé, kibbeh, pilafs) |
| Sumac | Épice acidulée, star du fattoush et de beaucoup de salades |
| Za’atar | Mélange thym/origan, sésame, sumac, sel ; roi des manakish |
| Mélange « sept épices » | Baharat libanais pour viandes, kebbé, ragoûts |
Le pain plat, le khobz, est omniprésent. On ne le « beurre » pas, on s’en sert comme cuillère pour attraper le houmous, le moutabbal ou un morceau de kebbeh. On le rompt en morceaux et on les pose au bord de l’assiette, jamais directement sur la nappe, et encore moins à l’envers, ce qui serait considéré comme irrespectueux.
Apprivoiser les mezzés : le cœur de l’expérience libanaise
Pour un expatrié, la meilleure porte d’entrée est le mezzé. On pourrait le comparer aux tapas espagnoles, mais avec une diversité et un rôle encore plus central : dans de nombreux repas, les mezzés remplacent purement et simplement le plat principal.
À la maison, un mezzé peut se limiter à trois ou quatre plats. Au restaurant, on peut facilement se retrouver avec des dizaines de petites assiettes, surtout lors de grandes occasions.
Mezzé froid : les grands classiques à connaître
Pour éviter d’être perdu face à un menu interminable, il suffit de mémoriser quelques noms essentiels.
Le duo emblématique se compose du hummus, une purée crémeuse de pois chiches, tahini, citron et ail, dont la texture dépend de l’ajout progressif d’eau très froide, et du baba ghanoush (ou mutabbal), une purée d’aubergine grillée, tahini et citron, réputée pour son goût fumé et sa texture soyeuse, distincte du ‘caviar d’aubergine’.
Viennent ensuite les salades de caractère. Le taboulé est bien plus qu’un simple « taboulé à la française » : c’est une véritable ode au persil frais, auquel s’ajoutent menthe, tomate, oignon, un peu de bourghoul, citron et huile d’olive. Le blé concassé reste en arrière-plan, contrairement aux versions occidentales où il domine. Le fattoush, lui, se distingue par ses morceaux de pain frit ou grillé, croquants, et sa vinaigrette au sumac et parfois au mélasse de grenade qui lui donne ce côté acidulé typique.
Le labneh (yaourt égoutté proche du fromage frais, souvent arrosé d’huile et saupoudré de za’atar), les olives, les cornichons et les légumes crus ne sont pas de simples décorations, mais des éléments constitutifs à part entière du repas.
Mezzé chaud : textures, parfums et convivialité
Les mezzés chauds apportent le croustillant et le fondant. Les falafels, boulettes de pois chiches (parfois mêlés de fèves), frites et très parfumées, sont à la fois un classique de rue et une valeur sûre au restaurant. Accompagnés de tahini, de crudités et de pain, ils peuvent faire un repas complet.
Les batata harra, pommes de terre sautées avec ail, coriandre et piment, assument leur nom de « pommes de terre piquantes ». Servies brûlantes, elles disparaissent souvent en quelques minutes au milieu de la table.
Les sambouseks ou fatayers sont ces petits chaussons farcis. Les versions aux épinards, à la viande ou au fromage font partie des bouchées les plus accessibles pour un palais non initié.
Et puis il y a le monde, quasi infini, du kibbeh.
Kibbeh : le plat national à apprivoiser
Le kibbeh est officiellement considéré comme le plat national du Liban. C’est aussi un formidable révélateur de la diversité du pays : chaque région, chaque ville, parfois chaque famille, en possède une version différente.
La base reste la même : de la viande (agneau ou bœuf), du bourghoul très fin, des oignons et un mélange d’épices, notamment le fameux mélange de « sept épices ». À partir de là, tout est possible.
Les grandes familles de kibbeh
On peut distinguer plusieurs formes majeures :
| Type de kibbeh | Description et contexte de dégustation |
|---|---|
| Kibbeh nayyeh | Viande crue mélangée à du bourghoul et des épices, servie avec huile d’olive |
| Kibbeh frit (a’raas) | Croquettes ovoïdes farcies de viande hachée et pignons, croustillantes |
| Kibbeh au four | Gratin en couches : kibbeh – farce – kibbeh, cuit au four |
| Kibbeh en sauce | Boulettes de kibbeh pochées dans une sauce au yaourt ou au kishk |
Le kibbeh nayyeh — la version crue — est sans doute la plus déroutante pour un expatrié. On la mange avec de l’huile d’olive, des oignons et du pain, parfois accompagnée d’arak. C’est un plat de confiance absolue : confiance dans la fraîcheur de la viande, dans le boucher, dans la cuisinière. Pour un premier essai, il vaut mieux se laisser guider par des amis libanais dans un restaurant réputé, comme Al Halabi pour les plateaux de viande crue ou Mounir pour l’ensemble du mezzé.
Les kibbeh frits, eux, sont plus faciles d’accès : croustillants dehors, moelleux dedans, ils font partie du paysage des buffets, des tables de fête et des repas de famille. La version au four est, elle, un grand classique de la cuisine maison.
Description des kibbeh
Dans les montagnes, dans le sud, dans la vallée de la Bekaa, les variantes se multiplient : kibbeh au k eshek (mélange fermenté de yaourt et de blé), kibbeh de pommes de terre, kibbeh de poisson sur la côte, kibbeh au potiron… L’expatrié curieux peut passer des années à les découvrir.
Street food et petits-déjeuners : manger comme un Beyrouthin
Sortir de chez soi, c’est trouver partout de quoi grignoter. La street food est une école pratique de la cuisine libanaise.
Le shawarma reste le porte-étendard mondial. Les fines tranches de viande marinée (poulet, bœuf ou agneau) sont cuites sur une broche verticale, tranchées et glissées dans un pain libanais avec pickles, crudités et sauce (tahini ou ail pour le poulet). À Beyrouth, Barbar, institution populaire, aligne shawarma, falafel et manakish à toute heure, dans une ambiance bruyante et bon marché.
Le falafel trouve ses meilleurs ambassadeurs dans des enseignes spécialisées comme Falafel Freiha ou The Original Falafel M. Sahyoun. Les file d’attente qui débordent sur le trottoir sont un bon indicateur de qualité.
Manakish et ka’ak : le matin des fours
Pour le petit-déjeuner ou le snack de milieu de matinée, les manakish sont incontournables : pains plats cuits dans des fours communs, garnis de za’atar, de fromage ou de viande. On les achète au four du quartier, on les mange en marchant ou roulés dans du papier.
Le mélange de za’atar est composé de quatre ingrédients principaux : thym ou origan, sumac, sésame et sel.
Le ka’ak, anneau de pain souvent couvert de sésame, vendu par des marchands ambulants, fait aussi partie du décor. Dans certaines villes comme Tripoli, il est généreusement rempli de fromage halloumi fondu, transformant ce simple anneau en bombe calorique très recherchée.
Boissons : du café à l’arak
La boisson raconte autant le pays que ce qu’il y a dans l’assiette.
Le café turc (ou « à la libanaise ») clôt souvent le repas. Fort, non filtré, servi dans de petites tasses, il donne parfois lieu à un rituel : on retourne la tasse pour lire, dans les traces du marc, la « fortune » du convive.
Découvrez une sélection de jus et boissons traditionnelles qui accompagnent et rafraîchissent le quotidien.
Jus d’orange, de grenade, de carotte et mélanges créatifs pour rythmer la journée.
Boisson sucrée à base de caroube, dattes et mélasse de raisin, servie avec glace pilée, pignons et raisins secs.
Yaourt salé dilué, qui accompagne volontiers les plats de grillades.
Arak, le « lait des lions »
Pour comprendre la dimension rituelle de la boisson, il faut s’intéresser à l’arak, boisson nationale. Ce spiritueux à base de raisin et d’anis, transparent, devient laiteux dès qu’on y ajoute de l’eau : c’est l’« effet louche », dû aux huiles essentielles de l’anis qui se troublent au contact de l’eau.
On le sert traditionnellement dans de petits verres, en mélangeant une part d’arak pour deux parts d’eau, puis en ajoutant des glaçons. Toujours dans cet ordre, sous peine de voir les huiles se figer. Une branche de menthe fraîche peut terminer le verre.
L’arak est traditionnellement dégusté lentement lors de longues séances de mezzé, en alternance avec de l’eau pour s’hydrater. Dans la région viticole de la Bekaa, de nombreuses distilleries (comme Château Ksara, Domaine des Tourelles, Massaya, Riachi ou Touma) perpétuent sa production, souvent à partir de cépages autochtones (Obeidi, Dabouki). Certaines maisons le font vieillir plusieurs années en amphores de terre cuite.
Pour un expatrié, une visite dans une cave de la Bekaa, en combinant dégustation de vins et d’arak, permet de mesurer à quel point le Liban se vit aussi dans le verre.
Beyrouth : cartographie gourmande pour expatriés
Beyrouth concentre une grande partie de la scène culinaire libanaise, du snack le plus simple à l’institution gastronomique. Comprendre quelques quartiers aide à choisir ses adresses.
Hamra, avec ses cafés comme T-Marbouta (célèbre pour son kebbé à la citrouille et son houmous) ou les bars de Mezyan et Café Hamra, offre une ambiance étudiante et décontractée, idéale pour un mélange de cuisine traditionnelle et d’influences arméniennes ou marocaines.
Gemmayzeh et Mar Mikhael, eux, mêlent restaurants, bistrots, pubs et street food. On y trouve des institutions comme Le Chef — cantine historique où l’on vient pour un houmous sans fioritures et des plats du jour — et de nombreuses adresses plus « fusion » telles que Frida (cuisine libanaise twistée à la mexicaine).
Le centre-ville, Downtown, abrite des lieux plus chics : Em Sherif, temple du repas libanais façon banquets raffinés, Liza, élégante adresse à mezzés travaillés, ou encore des cafés comme Al Beiruti. À Zaitunay Bay, les terrasses en bord de mer accueillent des restaurants comme Leila Zaitunay Bay, spécialisé dans les grillades et le barbecue libanais.
D’autres enseignes sont devenues des classiques pour qui veut « manger libanais » dans un cadre précis : Al Falamanki, avec ses grands jardins, son ambiance années 60 et ses mezze servis jusqu’au bout de la nuit, Tawlet – Souk el Tayeb, qui applique un concept de « farm-to-table » où des cuisinières venues de différentes régions préparent, à tour de rôle, les plats de leurs villages.
Guide gastronomique libanais
Quelques repères sans faire de « guide resto » exhaustif
| Type de lieu | Quelques exemples à connaître |
|---|---|
| Institution luxueuse | Em Sherif Restaurant, Em Sherif Café, Babel (notamment Babel Bay) |
| Cuisine familiale, locale | Le Chef (Gemmayzeh), Mounir, Bou Melhem, Enab Beirut |
| Street food iconique | Barbar, Falafel Freiha, Original Falafel M. Sahyoun |
| Fusion arméno-libanaise | Mayrig, Onno Bistro, Loris |
| Concept farm-to-table | Tawlet – Souk el Tayeb |
Pour un expatrié, le meilleur réflexe reste d’observer où vont les Libanais eux-mêmes. Les adresses pleines de familles, de groupes bruyants, celles qu’on réserve pour un anniversaire ou un déjeuner dominical, sont de très bons indicateurs de qualité et d’authenticité.
Sortir de Beyrouth : goûter le Liban des régions
Le Liban est petit, mais sa diversité culinaire est frappante. Chaque région a ses spécialités, souvent liées à un terroir bien précis.
La Bekaa, grande plaine agricole, fournit légumes, céréales, raisins pour le vin et l’arak. On y prépare volontiers des plats rustiques à base de bourghoul, de lentilles et de légumes farcis (courgettes, feuilles de vigne, choux). C’est aussi la région reine des sfiha de Baalbek : petites galettes garnies de viande hachée, d’oignons, d’épices, parfois de mélasse de grenade.
Les régions côtières libanaises, telles que Byblos et Saïda, sont réputées pour leur cuisine de la mer. Le festival de fruits de mer de Byblos est l’occasion de découvrir des plats typiques comme le poisson grillé, le poulpe, les crevettes, la sayadieh (poisson cuisiné avec du riz et des oignons caramélisés) ou encore la samke harra, une variante épicée au tahini.
Le nord, et en particulier Tripoli, est considéré comme une capitale du sucré oriental : baklava, halawet el jibn (roulés de fromage et semoule garnis de crème et de pistaches), glaces arabes parfumées à la fleur d’oranger. Des maisons comme Rafaat Hallab ou Abdul Rahman Hallab, très anciennes, perpétuent ces traditions.
Dans les montagnes du Chouf et du nord du Liban, la cuisine se caractérise par des plats réconfortants et ancestraux. On y trouve notamment des ragoûts de légumes, des soupes de lentilles, et des préparations à base de kishk, un mélange fermenté de yaourt et de blé. Le kibbeh, qu’il soit cru ou cuit, y est aussi façonné à la main selon des techniques traditionnelles transmises de génération en génération.
Pour un expatrié, organiser des escapades culinaires — un déjeuner dans un palais comme Mir Amin à Beiteddine, un week-end à Bkerzay dans les hauteurs de Baakline, un dîner dans une maison d’hôtes comme Beit el Jabal — permet de découvrir une cuisine moins standardisée que celle des grandes villes.
Végétariens, véganes et régimes spécifiques : un pays étonnamment facile
Pour qui ne consomme pas de viande ou de produits animaux, le Liban est une destination presque idéale. De nombreuses spécialités sont naturellement végétariennes, voire véganes : hummus, baba ghanoush, taboulé, fattoush, mujadara (plat de lentilles et riz ou bourghoul aux oignons caramélisés), ragoûts de haricots verts à l’huile (loubieh bi zeit), aubergines en sauce tomatée, feuilles de vigne farcies de riz sans viande, etc.
Des sites et auteurs spécialisés proposent de nombreuses recettes végétales libanaises, incluant des salades (malfouf, salata, tomates à la menthe), des soupes de lentilles, des plats principaux comme le pilaf de bourghoul aux courgettes, les kibbeh de potiron farcis ou les pois chiches aux épices, ainsi que des desserts tels que le riz au lait à l’eau de rose et les baklavas préparés avec des matières grasses végétales.
Pour un expatrié végétarien ou végane, il suffit souvent de préciser sa préférence et de demander à éviter le bouillon de viande ou le ghee dans certains plats. Beaucoup de restaurants à Beyrouth ont intégré cette demande et proposent des options clairement identifiées.
Attention aux allergies : un sujet encore peu structuré
Les allergies alimentaires, en revanche, sont un terrain plus délicat. Des études montrent une prévalence non négligeable d’allergies aux fruits, aux noix, aux épices, aux œufs ou au lait dans la population libanaise, mais la législation et les pratiques n’ont pas encore complètement suivi.
L’affichage des ingrédients est obligatoire sur les produits emballés, mais les mentions ‘peut contenir’ ne le sont pas clairement. Les fruits et légumes échappent souvent à ces règles, et les codes des additifs (E-code) demeurent peu lisibles pour les consommateurs.
Les personnes allergiques consultent parfois peu les médecins, et les stylos auto-injecteurs d’adrénaline ne sont pas toujours disponibles sur place, ce qui complique la prise en charge des réactions sévères.
Pour un expatrié allergique, quelques réflexes deviennent essentiels : apprendre le vocabulaire de base de son allergène en arabe ou en français, prévenir systématiquement le serveur et, si possible, le chef, poser des questions sur les ingrédients et les risques de contamination croisée (huile de friture, planche, couteaux partagés), privilégier les établissements habitués à gérer ce type de demandes. Dans certains cas, il peut être plus sûr de cuisiner chez soi, surtout pour les allergies multiples ou sévères.
Faire ses courses : du souk paysan aux supermarchés modernes
Vivre au Liban, ce n’est pas seulement fréquenter les restaurants. Les expatriés finissent vite par cuisiner eux-mêmes, ne serait-ce que pour apprivoiser les ingrédients locaux.
Les grandes surfaces — Carrefour, Spinneys, Fahed, Le Charcutier Aoun, Metro, Happy, entre autres — offrent un choix impressionnant de produits libanais et importés. On y trouve bourghoul, za’atar, tahini, sumac, melasse de grenade, légumineuses, mais aussi un rayon frais avec fromages locaux (halloumi, akkawi, baladi, shanklish), pain, légumes souvent issus de la production nationale.
Les malls comme ABC, CityMall ou Beirut City Center regroupent plusieurs enseignes alimentaires et permettent de faire ses courses dans un environnement proche des standards internationaux, ce qui peut rassurer à l’arrivée.
Les marchés paysans, comme le célèbre Souk el Tayeb, sont essentiels pour trouver des produits locaux et artisanaux. Ils mettent en avant une agriculture locale, des préparations traditionnelles (mouneh, kishk, za’atar baladi, huiles d’olive de petits moulins) et une cuisine familiale servie au restaurant Tawlet. Ces marchés incarnent la philosophie farm-to-table depuis longtemps.
Des plateformes en ligne permettent aussi de commander des produits libanais, parfois avec livraison internationale : baklava, maamoul, halawa, za’atar, pignons de pin libanais, huiles d’olive de la Bekaa, vins, mais aussi artisanat, livres de cuisine ou objets pour la maison.
Savoir-vivre à table et chez l’habitant
Au-delà des plats, la gastronomie libanaise repose sur des codes relationnels très précis. Les maîtriser facilite les invitations et permet d’éviter les faux pas.
Lorsque vous êtes invité, il est d’usage d’apporter un présent, comme des pâtisseries, des fleurs ou une spécialité de votre région. Si vous optez pour une bouteille de vin, assurez-vous au préalable que l’hôte consomme de l’alcool, et évitez-en l’offrande dans un foyer musulman pratiquant. Présentez toujours le cadeau de la main droite ou avec les deux mains. Enfin, il est poli de contester avec courtoisie si votre hôte s’excuse de n’avoir « rien fait de spécial », une formule habituelle mais rarement sincère.
On enlève ses chaussures à l’entrée si les hôtes le font, on accepte le café ou le thé proposé — refuser catégoriquement serait perçu comme une offense —, on laisse l’hôte indiquer la place à table. On attend qu’il invite tout le monde à commencer avant de se servir.
Il est poli de goûter à tous les plats, sauf contre-indication médicale. L’hôte peut insister pour resservir ses invités. Pour éviter la surcharge, servez-vous modérément lors du premier service afin de pouvoir accepter poliment un deuxième. Pour indiquer que vous êtes rassasié, laissez une petite quantité de nourriture dans votre assiette. Finir absolument tout peut être interprété comme un signe que vous avez encore faim.
La conversation, elle, navigue librement. Les sujets sensibles comme la politique ou la guerre civile peuvent surgir, mais mieux vaut les aborder avec prudence tant que l’on ne connaît pas bien ses interlocuteurs. En revanche, s’extasier sincèrement sur un plat, demander une recette, s’intéresser aux produits d’une région, sont des passerelles infaillibles.
Festivals, cours et expériences culinaires
Pour les expatriés qui veulent aller plus loin, la scène culinaire libanaise ne se résume pas aux restaurants.
Des festivals comme le Beirut International Food Festival réunissent chefs, stands de mezze, démonstrations de kibbeh nayyeh ou de taboulé, ateliers d’enroulage de feuilles de vigne ou de cuisson de manakish. On peut y déguster des vins et de l’arak, découvrir de petites maisons de production, voir comment se perpétuent des recettes familiales dans des « coins patrimoine » dédiés.
Ce festival met en lumière les chefs, les produits (des grandes marques aux artisans), les vins et l’équipement de cuisine. Il propose un espace de démonstration culinaire et un food court pour goûter des plats libanais et des cuisines voisines. C’est également un lieu pour identifier les tendances, comme la végétalisation des menus, le retour de recettes régionales oubliées et les interprétations contemporaines du mezzé.
Souk el Tayeb et d’autres écoles ou ateliers à Beyrouth proposent des cours de cuisine : apprendre à monter une table de mezzé, à réussir un houmous digne de ce nom, à rouler des feuilles de chou pour des malfouf, ou à sortir un kibbeh au four digne d’une grand-mère de village. Pour un expatrié, ces moments permettent autant de se perfectionner derrière les fourneaux que de rencontrer d’autres passionnés, locaux comme étrangers.
Utiliser la cuisine comme langage d’intégration
Pour un expatrié au Liban, la cuisine n’est pas un simple agrément. C’est une clé d’entrée dans la société. Savoir nommer quelques plats en arabe, connaître la différence entre taboulé et fattoush, savoir qu’un plat de kibbeh nayyeh mérite respect et qu’on ne plaisante pas avec la fraîcheur de la viande, reconnaître une bonne manakish au parfum de son za’atar, tout cela alimente des conversations, des complicités, des invitations.
Préparer et partager des plats libanais, comme un houmous pour des collègues, une salade fattoush pour un pique-nique ou des maamouls d’un pâtissier réputé, démontre un intérêt authentique pour le pays d’accueil et favorise les échanges culturels.
Le Liban est souvent décrit comme une « capitale culinaire » du Levant. Pour celui ou celle qui y vit, la bonne nouvelle est simple : ce patrimoine extraordinairement riche n’est pas réservé aux livres de cuisine ni aux restaurants haut de gamme. Il se vit au quotidien, dans le sandwich acheté au coin de la rue, dans le plateau de mezze improvisé chez des amis, dans le verre d’arak partagé un dimanche en montagne.
Apprendre à y naviguer, c’est apprendre à parler la langue la plus universelle du pays : celle de la table.
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