S’installer au Cap-Vert fait rêver : douceur du climat, coût de la vie attractif, ambiance décontractée, paysages volcaniques et plages infinies. Mais pour un expatrié, la qualité et l’accessibilité des soins de santé sont un sujet bien moins exotique… et absolument central. Le système de santé cap-verdien a fait des progrès spectaculaires en quelques décennies, pourtant il reste fragile, inégal selon les îles et limité pour les pathologies complexes. Pour un étranger, le choix du lieu de résidence, du médecin, de l’assurance et la gestion du risque d’évacuation médicale ne s’improvisent pas.
Cet article fournit un panorama complet et réaliste des soins de santé pour les expatriés au Cap-Vert, basé sur les données les plus récentes. Il vise à aider à préparer un projet d’installation en évitant à la fois l’idéalisation et la dramatisation de la situation.
Comprendre le système de santé cap-verdien
Le Cap-Vert dispose d’un système de santé à double vitesse, articulé entre un secteur public universel mais limité et un secteur privé en plein développement, centré sur les grandes villes et les zones touristiques.
Le cadre général est plutôt encourageant : le pays consacre environ 10 % de son budget national à la santé, les dépenses publiques de santé sont passées d’environ 1,9 % du PIB en 2012 à 3 % en 2019, et l’espérance de vie atteint 74,1 ans, nettement supérieure à celle de nombreux pays africains. L’infantilité a été divisée par plus de six depuis l’indépendance. Ces progrès traduisent de réels investissements dans les infrastructures, l’équipement et la formation.
Mais derrière ces bons indicateurs se cache une réalité plus contrastée pour un expatrié : les soins sont jugés « basiques et limités », l’offre varie fortement d’une île à l’autre, et les cas complexes sont très souvent orientés vers l’étranger, principalement le Portugal.
Public vs privé : deux mondes complémentaires
Le secteur public, piloté par le ministère de la Santé et de la Sécurité sociale, repose sur un maillage de centres de santé, postes sanitaires ruraux et quelques hôpitaux régionaux et centraux. Il offre un « panier de base » : urgences, maternité, suivi VIH, tuberculose, maladies chroniques courantes, avec une forte subvention de l’État. Les citoyens et résidents affiliés à l’Institut national de sécurité sociale (INPS) voient en général environ 70 % de leurs frais pris en charge. Beaucoup de services sont gratuits ou quasi symboliques pour les nationaux.
Le secteur privé de la santé cible principalement les classes moyennes urbaines, les touristes et les expatriés. Ses avantages incluent des consultations plus rapides, un environnement plus confortable, des équipements plus modernes, une plus grande probabilité de trouver un médecin parlant anglais et une organisation adaptée aux assurances internationales. Bien que les prix y soient généralement inférieurs à ceux de l’Europe occidentale, ils restent nettement plus élevés que dans le système public local.
Pour un expatrié, la réalité est simple : le public peut dépanner pour les problèmes simples, mais le privé devient très vite incontournable dès qu’on cherche un niveau de confort, de réactivité et de communication compatible avec les standards occidentaux.
Une qualité très variable selon les îles
L’archipel compte dix îles principales, mais toutes ne jouent pas dans la même catégorie sur le plan sanitaire. Praia (sur l’île de Santiago) et Mindelo (sur São Vicente) concentrent l’essentiel des équipements lourds et des spécialistes. Sal bénéficie d’un développement accéléré grâce au tourisme, avec plusieurs cliniques privées. Fogo, Santo Antão, Maio ou São Nicolau disposent d’hôpitaux ou de centres régionaux, mais aux moyens plus restreints.
Certaines îles cumulent des handicaps structurels critiques. Boa Vista, bien que pilier du tourisme balnéaire, dispose de structures de soins très limitées, inadaptées aux résidents souffrant de pathologies chroniques ou aux familles. De plus, Brava et Santo Antão n’ont plus d’aéroport fonctionnel, ce qui rend toute évacuation médicale aérienne extrêmement compliquée en cas d’urgence grave.
Pour un expatrié, le message est clair : le choix de l’île de résidence a un impact direct sur la sécurité sanitaire.
Où se faire soigner : panorama des structures
Pour bien se repérer, il faut distinguer grands hôpitaux publics, hôpitaux régionaux, centres de santé de proximité et réseau privé.
Les grands hôpitaux publics : Praia, Mindelo, Fogo, Sal, Santo Antão
Le cœur du système public se concentre autour de quelques établissements de référence.
| Ville / Île | Établissement public principal | Rôle pour un expatrié |
|---|---|---|
| Praia, Santiago | Hospital Agostinho Neto | Référence nationale, maternité, urgences complexes |
| Mindelo, São Vicente | Hospital Dr. Baptista de Sousa | Référence pour les îles du Nord |
| Assomada, Santiago | Hospital Regional de Santiago | Hôpital régional, médecine générale, maternité |
| São Filipe, Fogo | Hospital Regional S. Francisco de Assis | Hôpital régional pour Fogo |
| Espargos, Sal | Hospital Regional Ramiro Figueira | Hôpital régional sur île très touristique |
| Santo Antão | Hospital Regional Dr. João Morais | Hôpital régional, accès évacuation compliqué |
| Boa Vista | Hôpital de Sal Rei (capacités limitées) | Structure fragile, fort recours à l’évacuation |
L’Hospital Agostinho Neto, à Praia, est considéré comme l’établissement public le mieux doté du pays, notamment pour les accouchements et certaines chirurgies. Hospital Baptista de Sousa, à Mindelo, joue un rôle semblable pour le Nord, avec imagerie (scanner, écho) et quelques spécialités.
Même dans les hôpitaux de référence, des défaillances importantes persistent : équipements parfois obsolètes ou en nombre insuffisant, stocks de médicaments irréguliers, pénuries de personnel, surpeuplement, pannes fréquentes d’eau ou d’électricité, et manque de plateaux techniques pour les chirurgies spécialisées. Conséquence directe, de nombreux patients nécessitant des soins complexes (neurochirurgie, oncologie avancée, actes techniques pointus) doivent être évacués vers l’étranger pour être traités.
Centres de santé et délégations sanitaires
En dessous des hôpitaux, une myriade de centres de santé publics assurent les consultations de base, vaccinations, soins de premiers recours et surveillance des maladies chroniques. Ils sont généralement ouverts en journée, avec des horaires parfois restreints, et ne sont pas destinés aux grandes urgences ou aux interventions lourdes.
Dans ces structures, l’anglais est rare. Les consultations se déroulent quasi exclusivement en portugais ou en créole cap-verdien. Le modèle est pensé pour la population locale, pas pour une patientèle internationale.
Pour un expatrié, ces centres peuvent servir de porte d’entrée pour des petits problèmes (rhumes, petites infections, renouvellement de traitement simple) ou pour un certificat médical, mais il ne faut pas compter sur eux pour une prise en charge sophistiquée.
Le secteur privé : Praia, Mindelo et Sal en tête
Le privé concentre l’essentiel de l’offre « expat friendly ». À Praia, Mindelo et Sal, on trouve des cliniques pluridisciplinaires, des cabinets de spécialistes et des centres d’imagerie, souvent mieux équipés que le public, et habitués à travailler avec des assurances internationales.
Quelques acteurs emblématiques illustrent cette montée en gamme :
| Clinique / Hôpital privé | Localisation principale | Spécialités et atouts pour expatriés |
|---|---|---|
| Cardiomed Polyclinic | Praia, Espargos (Sal) | Cardiologie, imagerie, chirurgie, ambulance, orientation vers Sal/Boa Vista/São Nicolau |
| Clínica Santa Maria | Praia | Clinique généraliste appréciée des étrangers |
| Clínica de Praia | Praia | Médecine générale et spécialistes, clientèle internationale |
| Clinica Boa Esperança | Sal Rei, Boa Vista | Soins de base pour touristes et résidents, personnel parlant souvent anglais |
| Clinitur | Santa Maria, Sal | Soins aux touristes, généralistes, urgences simples |
| X-Eco, Clínica Da Murdeira | Sal | Centres médicaux privés en zone touristique |
| Cliniques dentaires (Sorridente, La Sourire, Polidente) | Espargos, Sal | Soins dentaires variés, tarifs inférieurs à l’Europe |
Les consultations privées restent abordables dans l’absolu : à Praia, une consultation simple peut débuter autour de 20–30 euros, là où elle coûte souvent plus du double dans une grande ville européenne. Sur les îles très touristiques comme Sal ou Boa Vista, les prix montent, notamment parce que les cliniques anticipent un remboursement par les assurances de voyage.
En revanche, dès qu’on bascule sur de l’hospitalisation, de l’imagerie lourde ou de la chirurgie, la facture grimpe vite pour un non‑assuré. D’où l’importance centrale de l’assurance santé pour un expatrié.
L’assurance santé : un pilier indispensable
Juridiquement, rien n’impose à un étranger de souscrire une assurance santé pour vivre au Cap-Vert, sauf dans certains cas précis comme le visa de travail à distance. Mais sur le plan pratique, la quasi-totalité des experts considèrent une couverture santé internationale avec évacuation comme essentielle.
Pourquoi l’assurance est incontournable
Plusieurs réalités convergent :
– le système public ne couvre pas, en principe, les touristes et les expatriés non affiliés à l’INPS ;
– même pour les résidents, une part des soins reste à charge, notamment certains médicaments, examens spécifiques ou évacuations ;
– le privé est payant à 100 %, avec paiement comptant dans la majorité des cas, avant d’être éventuellement remboursé par l’assureur ;
– les soins complexes ne sont souvent pas réalisables dans le pays : il faut financer un transport médicalisé vers le Portugal ou un autre pays, ce qui peut coûter de 15 000 à 30 000 dollars (ou beaucoup plus selon la distance et la gravité).
Nombre de patients évacués médicalement à l’étranger chaque année par le Cap-Vert.
Assurances locales vs internationales
On distingue deux grandes familles de contrats :
– Assurances locales : plus économiques, elles couvrent souvent les soins de base au Cap-Vert, parfois dans un réseau restreint de cliniques. Elles excluent fréquemment les soins à l’étranger, les évacuations internationales ou certaines spécialités coûteuses. On peut trouver des contrats à partir de quelques centaines d’euros par an, mais avec de nombreuses limites.
– Assurances internationales pour expatriés : plus chères, mais beaucoup plus protectrices. Elles couvrent en général les consultations, l’hospitalisation, parfois les soin dentaires et optiques, la maternité (avec délais de carence), et surtout les évacuations médicales et la prise en charge dans d’autres pays.
Pour un séjour long ou en famille, les contrats internationaux sont les plus adaptés. Des courtiers spécialisés proposent des plans calibrés pour cette destination.
Pacific Prime et Expat Financial travaillent avec des assureurs reconnus pour proposer des plans adaptés.
Allianz, Cigna, April International, MSH International, NOW Health International, et Indigo Expat.
Un ordre de grandeur utile : un bon contrat international coûte souvent entre 1 000 euros et plusieurs milliers d’euros par an. Beaucoup de spécialistes recommandent de prévoir un budget de 100 à 200 euros par mois pour une couverture de qualité.
Ce qu’il faut vérifier dans un contrat
Au-delà du prix, plusieurs points méritent d’être passés au crible :
– l’inclusion explicite du Cap-Vert dans la zone de couverture ;
– la prise en charge des évacuations médicales et rapatriements, avec assistance 24h/24 ;
– la couverture en hospitalisation (plafonds, franchises, possible choix d’hôpital) ;
– le traitement des pathologies préexistantes (souvent exclues ou limitées) ;
– les options maternité, dentaire, optique, si pertinentes pour votre situation ;
– les exclusions (sports à risque, maladies spécifiques, périodes de carence, etc.) ;
– l’existence d’un réseau de cliniques partenaires à Praia, Mindelo ou Sal, permettant une prise en charge directe sans avancer les frais.
Beaucoup de cliniques privées cap-verdiennes acceptent les grandes assurances internationales, mais il reste fréquent qu’on vous demande de payer d’abord et de vous faire rembourser ensuite. Mieux vaut clarifier ce point avec l’assureur et la clinique avant d’en avoir besoin en urgence.
S’installer : choisir son île et sa stratégie de soins
Au Cap-Vert, santé et géographie vont de pair. Le même problème médical n’aura pas du tout les mêmes implications si vous vivez à Praia ou dans un village isolé de Brava.
Les zones les plus favorables pour les expatriés
Les recommandations convergent : pour maximiser l’accès à des soins acceptables, il est conseillé aux étrangers de privilégier trois pôles principaux.
Praia, capitale politique et économique, concentre :
– le principal hôpital public, Hospital Agostinho Neto ;
– plusieurs cliniques privées réputées (Clínica Santa Maria, Clínica de Praia, Cardiomed, Clínica São Jorge, Policlínica d’Achada Grande, etc.) ;
– la plus grande diversité de spécialistes et de services (imagerie, maternité, chirurgie, etc.) ;
– quelques rares médecins parlant anglais.
Mindelo, seconde ville du pays, offre :
– Hospital Dr. Baptista de Sousa comme hôpital de référence pour le Nord ;
– un tissu de cliniques privées de bonne réputation, comme Clínica das Ilhas ou Clínica Santé, avec cardiologie, gastroentérologie, neurologie, rhumatologie, rééducation, etc. ;
– un environnement urbain vivant, attractif pour les expatriés.
Sal, île touristique majeure, combine :
L’île de Sal, au Cap-Vert, dispose de plusieurs établissements de santé, allant de l’hôpital public à des cliniques privées et dentaires, offrant des services adaptés aux résidents et aux touristes.
L’hôpital public principal de l’île, situé à Espargos, offrant une gamme de services médicaux généraux pour la population locale.
Plusieurs cliniques privées comme Clinitur, Clinique du Sal, X-Eco et Clínica Da Murdeira, spécialement orientées vers la prise en charge des touristes.
Plusieurs cliniques dentaires bien équipées, proposant des soins de qualité à des tarifs attractifs comparés à ceux pratiqués en Europe.
Pour un expatrié ayant des besoins médicaux réguliers (maladie chronique, grossesse à prévoir, enfants en bas âge), ces trois pôles offrent de loin les meilleures garanties.
Les îles à risque pour la santé
Certaines îles ne sont pas forcément à éviter pour un voyage de quelques jours, mais posent question pour un projet d’expatriation, surtout en cas de fragilité de santé.
Boa Vista est souvent pointée comme île problématique en termes d’offre de soins : une infrastructure limitée, dépendante d’éventuelles évacuations vers Sal ou Santiago, ce qui peut prendre du temps et suppose des liaisons aériennes ou maritimes fiables. Pour un résident souffrant de diabète compliqué, de cardiopathie ou ayant des enfants asthmatiques, c’est un vrai sujet.
Les îles de Brava et Santo Antão ne disposent pas d’aéroport opérationnel. En cas d’urgence médicale nécessitant une évacuation aérienne (AVC, infarctus, polytraumatisme), les délais et les contraintes logistiques deviennent considérables. Le recours aux ferries est possible mais dépend de la météo et des horaires, et reste loin des standards d’un transfert médicalisé rapide.
De façon générale, plus vous vous éloignez des grands centres, plus la prise en charge repose sur de petites structures de santé de base, sans imagerie avancée, ni blocs opératoires sophistiqués, ni lits de soins intensifs.
Tester avant de s’engager
Beaucoup de spécialistes de l’expatriation recommandent de passer au moins un à trois mois sur place, dans les conditions réelles, avant un déménagement définitif. C’est aussi valable pour la santé :
– identifier un médecin ou une clinique de référence dès votre arrivée ;
– visiter l’hôpital ou la clinique la plus proche pour constater l’ambiance, les équipements, les langues parlées ;
– simuler une situation (prise de sang, consultation spécialiste) pour tester les délais, les procédures, les coûts ;
– vérifier la disponibilité locale de vos médicaments habituels.
Cette phase d’essai permet de mesurer concrètement à quel point l’environnement médical correspond (ou non) à vos besoins.
Urgences, évacuation et télé‑médecine
Même bien couvert, même à proximité d’une clinique privée, un expatrié au Cap-Vert doit vivre avec l’idée que certaines situations dépasseront les capacités locales.
Gérer une urgence sur place
Le numéro unique pour les urgences médicales est le 130. Le 131 pour les pompiers et le 132 pour la police. Dans les faits, les ambulances sont surtout présentes dans les grandes villes, avec un nombre limité de véhicules et de personnel, et des délais de réponse parfois longs.
Hors de Praia, Mindelo ou Sal, nombre de résidents choisissent souvent d’aller eux‑mêmes à l’hôpital ou à la clinique en taxi ou avec un véhicule privé, faute de services d’urgence opérationnels à la manière européenne.
Les urgences graves sont le plus souvent réceptionnées par les hôpitaux publics. Les cliniques privées proposent parfois des consultations d’urgences ou de « garde », mais pas forcément de service de réanimation complet.
Avoir un plan d’urgence clair est donc crucial :
Pour un voyage au Portugal en toute sécurité, il est conseillé de : sauvegarder dans son téléphone les numéros d’urgence, ceux de sa clinique de référence et de son assureur ; repérer à l’avance l’itinéraire le plus rapide vers l’hôpital ou la clinique la plus équipée ; garder sur soi une carte mentionnant son assurance, ses pathologies, ses traitements et ses allergies ; et apprendre quelques expressions portugaises utiles (« douleur », « difficulté à respirer », « allergie », etc.) pour communiquer rapidement en cas de besoin.
L’évacuation médicale : dernier filet de sécurité
Dans les cas où le pays ne peut proposer le niveau de soins nécessaire, l’évacuation vers un autre État (souvent le Portugal) devient la seule option réaliste. Ce recours n’est pas exceptionnel : plusieurs centaines de patients cap-verdiens en bénéficient chaque année via le système public, et de nombreux étrangers via leurs assurances.
Les contraintes sont multiples :
Le rapatriement médical nécessite que l’état de santé du patient soit suffisamment stable pour supporter un transport aérien. Il implique l’organisation d’un vol médicalisé ou d’un vol commercial adapté avec brancard et accompagnement médical. Les coûts sont très élevés (souvent plusieurs dizaines de milliers d’euros) et sont normalement pris en charge par l’assurance si le contrat le prévoit. Les délais d’organisation, incluant les autorisations, la logistique et la réservation hospitalière à l’arrivée, peuvent varier de quelques heures à plus d’une journée.
Pour les expatriés non assurés ou mal assurés, l’évacuation est souvent inaccessible financièrement. C’est ce point qui, plus que tout autre, justifie la souscription d’une police solide avec garantie d’évacuation.
Télé‑médecine et second avis
Le Cap-Vert s’est doté d’un réseau de télémédecine reliant l’ensemble des îles habitées, avec un décollage réel à partir de 2014. Ce dispositif permet de :
– demander des avis de spécialistes à distance depuis des hôpitaux régionaux ;
– limiter certains transferts inter‑îles ;
– proposer de la formation continue aux médecins locaux.
Pour un expatrié, cette télémédecine institutionnelle n’est pas directement accessible. En revanche, il est tout à fait possible d’utiliser des plateformes internationales pour obtenir un deuxième avis sur des examens réalisés au Cap-Vert, ou de consulter son médecin de pays d’origine en visio, en s’appuyant sur les comptes‑rendus et imageries locales. De plus en plus d’assureurs intègrent d’ailleurs des services de télé‑consultation dans leurs offres.
Pharmacies et médicaments : ce qu’il faut anticiper
Les farmácias sont présentes dans toutes les villes, avec une meilleure densité dans les centres urbains et les zones touristiques. Pour les médicaments courants (antalgiques, antipyrétiques, antibiotiques de base, traitements fréquents de l’hypertension, du diabète ou de l’asthme), l’approvisionnement est en général correct, avec des prix souvent inférieurs à ceux pratiqués en Europe pour les génériques.
Mais le système pharmaceutique cap-verdien a ses spécificités et ses limites :
Toutes les pharmacies doivent s’approvisionner via l’importateur unique IMPROFAC. L’agence ERIS supervise l’enregistrement des médicaments, ce qui peut différer des autorisations européennes. Des ruptures de stock sont fréquentes pour les médicaments spécialisés ou certaines formes galéniques. Il est interdit de recevoir des médicaments par la poste (saisie et destruction par la douane). Un patient peut entrer avec ses traitements, muni d’une ordonnance ou d’un justificatif, surtout pour les psychotropes ou opioïdes.
Pour les étrangers, plusieurs règles pratiques s’imposent :
Pour voyager sereinement avec un traitement médical : apportez une réserve suffisante, voire plus large que la durée prévue du séjour. Conservez les médicaments dans leurs boîtes d’origine avec les notices et gardez une copie de l’ordonnance. Prévoyez un plan B (molécule équivalente, forme alternative) au cas où un médicament ne serait pas disponible localement. Anticipez les renouvellements : si un traitement arrive à terme, rendez-vous dans un centre de santé ou un hôpital pour obtenir une ordonnance locale, en sachant que la disponibilité exacte de votre produit n’est pas garantie.
Les prix des médicaments restent globalement modérés, mais certains produits importés spécialisés peuvent revenir très cher. Une bonne assurance incluant les médicaments prescrits est donc un avantage non négligeable.
Spécialités sensibles : maternité, maladies chroniques, dentaire
Au‑delà des urgences et des petits bobos, certaines spécialités méritent une attention particulière de la part des expatriés.
Grossesse et accouchement
Les indicateurs de mortalité maternelle et infantile se sont considérablement améliorés au Cap-Vert. L’accès aux soins prénataux s’est élargi, et Hospital Agostinho Neto à Praia est considéré comme la référence pour les accouchements, avec un plateau de maternité plus développé.
Mais la réalité reste éloignée des standards de grandes cliniques privées européennes :
– matériels incomplets en obstétrique et néonatologie ;
– pénuries périodiques de médicaments ;
– sous-effectifs de sages‑femmes et d’obstétriciens ;
– difficultés croissantes en cas de grossesse à risque ou de prématurité sévère.
De nombreuses femmes expatriées font donc le choix de :
Pour une grossesse au Cap-Vert, il est recommandé de réaliser le suivi initial et les examens simples en clinique privée locale. L’accouchement doit être prévu dans le pays d’origine ou au Portugal, surtout en cas de risques de complications. En dernier recours, un plan détaillé de prise en charge et d’évacuation médicale avec l’assureur est indispensable pour le troisième trimestre.
Une assurance couvrant la maternité, si possible sans exclusions trop restrictives, est essentielle pour ce type de projet.
Maladies chroniques : cardiovasculaire, diabète et autres
Les maladies non transmissibles (cardiovasculaires, diabète, cancers, maladies respiratoires chroniques) représentent environ 70 % des décès au Cap-Vert. Le pays a lancé, avec le soutien de l’OMS, des programmes de formation pour améliorer le dépistage et la prise en charge des facteurs de risque cardiovasculaire dans les centres de soins primaires.
Pour un expatrié souffrant d’hypertension, de diabète de type 2 ou d’hypercholestérolémie, le système permet en général :
– un suivi de base en centre de santé ou en clinique privée ;
– un approvisionnement, plus ou moins régulier, en médicaments de première ligne ;
– la possibilité de consultations spécialisées en cardiologie ou endocrinologie à Praia, Mindelo ou Sal, notamment en clinique privée.
Pour les pathologies lourdes (insuffisance cardiaque sévère, antécédent d’AVC, cancer nécessitant une chimiothérapie complexe), les soins locaux sont souvent insuffisants. Une évacuation médicale programmée vers un pays mieux équipé devient alors nécessaire. Dans ces cas, une assurance santé internationale est indispensable pour organiser et financer cette prise en charge.
Soins dentaires : opportunité et limites
Le dentaire fait figure de relative bonne surprise. Dans les grandes villes et surtout à Sal, plusieurs cliniques dentaires proposent :
– soins courants (détartrage, caries, extractions) à des tarifs souvent inférieurs à ceux d’Europe ;
– traitements plus avancés (implants, prothèses, orthodontie, esthétique dentaire) ;
– équipements modernes et praticiens parfois formés ou certifiés en Europe.
Le tableau suivant donne un ordre d’idée des prix couramment cités (en euros) pour certains actes, susceptibles de varier selon la clinique et la complexité :
| Acte dentaire | Fourchette de prix estimative |
|---|---|
| Détartrage + examen | 40 – 60 € |
| Plombage (obturation) | 35 – 60 € |
| Blanchiment des dents | 100 – 150 € |
| Traitement de canal (endodontie) | 90 – 130 € |
| Couronne céramique | 220 – 280 € |
| Implant dentaire | 500 – 750 € |
| Facette (par dent) | 250 – 400 € |
Pour des soins dentaires lourds, certains expatriés préfèrent malgré tout se faire traiter dans leur pays d’origine, par habitude ou pour profiter d’un réseau de remboursement plus solide. Mais globalement, le dentaire au Cap-Vert fait partie des secteurs les plus compétitifs en rapport qualité/prix.
Risques sanitaires et prévention au quotidien
Vivre au Cap-Vert, ce n’est pas seulement gérer l’offre de soins disponible ; c’est aussi s’adapter à un contexte sanitaire et environnemental spécifique.
Maladies infectieuses : dengue, paludisme, Zika, Shigella…
Le pays a longtemps été considéré comme à risque pour le paludisme sur certaines îles, en particulier Santiago. De récents développements indiquent une forte réduction du risque, voire une certification d’élimination, mais des cas localisés réapparaissent ponctuellement, incluant une petite flambée signalée à Praia. En revanche, la dengue reste bien présente, surtout en zone urbaine, et les autorités ont déjà relevé le niveau d’alerte sur les îles de Santiago, Fogo et Brava. Le virus Zika a également circulé, ce qui pose un problème particulier pour les femmes enceintes ou en projet de grossesse.
À cela s’ajoutent :
– des risques de maladies transmises par l’eau et les aliments (hépatite A, typhoïde, gastro-entérites, infection à Shigella sonnei) ;
– un risque non négligeable de tuberculose ;
– la présence d’infections sexuellement transmissibles, dont le VIH, même si la prévalence reste relativement basse à l’échelle du continent.
La réponse se joue surtout sur la prévention :
Avant votre départ, assurez-vous que vos vaccins de base (tétanos, diphtérie, polio, ROR) sont à jour. Les vaccins contre l’hépatite A et la fièvre typhoïde sont recommandés, surtout si vous mangez dans de petits établissements locaux. Selon votre séjour, envisagez aussi ceux contre l’hépatite B et la rage (pour séjours ruraux prolongés ou contacts fréquents avec les animaux). Adoptez des mesures anti‑moustiques strictes (répulsifs, vêtements couvrants, moustiquaires). Pour l’alimentation, privilégiez l’eau en bouteille ou traitée, les aliments bien cuits, et soyez prudent avec les crudités et la nourriture de rue.
Pour les voyageurs en provenance d’un pays où la fièvre jaune est endémique, un certificat de vaccination valide est exigé à l’arrivée, même si la maladie n’est pas présente sur place.
Soleil, chaleur, relief : les risques « non exotiques »
Le Cap-Vert, c’est aussi un climat chaud et sec, un ensoleillement intense, des vents forts en saison et des reliefs volcaniques. Ce cocktail expose à :
Plusieurs risques sanitaires spécifiques sont à anticiper : la déshydratation (notamment chez les personnes âgées, les enfants et les personnes sous diurétiques), les coups de soleil sévères (favorisés par la proximité de l’équateur et le vent), l’épuisement ou coup de chaleur lors d’efforts en journée, et le mal aigu des montagnes sur l’île de Fogo (sommet à 2 800 m, avec risques de maux de tête, nausées, vertiges, ou œdèmes graves).
Les recommandations sont classiques mais à prendre au sérieux :
– boire abondamment, même sans sensation de soif, en privilégiant l’eau en bouteille ou traitée ;
– limiter les activités physiques aux heures plus fraîches (matin, fin d’après‑midi) ;
– utiliser une protection solaire d’indice élevé, porter des lunettes, un chapeau et des vêtements couvrants ;
– en randonnée, surtout sur Fogo ou Santo Antão, respecter des paliers d’acclimatation, ne pas monter trop vite en altitude et redescendre en cas de symptômes marqués.
Kit de santé personnel et comportements adaptés
La meilleure assurance reste souvent celle qu’on porte dans son sac. Un kit de base adapté au Cap-Vert devrait inclure :
– antalgiques/antipyrétiques ;
– antidiarrhéiques et solutions de réhydratation orale ;
– antiseptique, pansements, compresses, bandes ;
– répulsif anti‑moustiques à base de DEET ou de picaridine ;
– crème solaire haute protection et crème apaisante post‑soleil ;
– traitements personnels en quantité suffisante.
S’y ajoute un volet « comportement » : hygiène des mains fréquente, prudence dans les bains de mer (courants puissants, absence éventuelle de surveillance), vigilance face aux petits vols dans les zones touristiques, éviter les zones isolées la nuit.
Le futur des soins de santé au Cap-Vert : quel horizon pour les expatriés ?
Le pays ne cache pas ses ambitions : se doter d’un système de santé plus robuste et attractif, non seulement pour ses citoyens mais aussi comme levier d’un certain tourisme médical régional.
Le projet phare de cette stratégie est la construction du Nouveau Hôpital National de Cabo Verde à Praia. Doté d’un budget d’environ 65 millions d’euros (7,2 milliards de CVE), il doit offrir à terme plus d’une centaine de lits (dont une douzaine de lits de soins intensifs), des plateaux de cardiologie, d’oncologie, de neurochirurgie, et des services de diagnostic de pointe. La moitié du budget est consacrée à l’équipement et à la formation des techniciens et médecins, signe d’une volonté de monter réellement en compétence.
L’objectif affiché est double :
– réduire drastiquement le nombre d’évacuations coûteuses vers l’étranger ;
– positionner le Cap-Vert comme un hub régional de soins spécialisés, susceptible d’attirer aussi bien des patients ouest‑africains que des expatriés des environs.
Parallèlement, le pays continue d’investir dans les soins primaires, la télémédecine, la formation aux maladies chroniques (avec les programmes de l’OMS) et la réhabilitation de nombreux centres de santé.
Pour les expatriés, ces évolutions ne transforment pas, à court terme, le Cap-Vert en destination de santé « clé en main » comparable au Portugal ou à l’Espagne. Mais elles ouvrent la perspective, à moyen terme, d’un environnement médical plus dense et plus fiable, au moins dans les grands centres urbains.
En pratique : bâtir une stratégie de santé réaliste
Pour conclure, vivre au Cap-Vert en tant qu’expatrié est tout à fait envisageable sur le plan sanitaire, à condition d’accepter certaines réalités et de se préparer en conséquence. Une approche pragmatique pourrait se résumer ainsi :
Pour un séjour serein, choisissez votre île en fonction des infrastructures médicales, souscrivez une assurance internationale complète, constituez un dossier médical complet, identifiez un médecin de référence sur place, apprenez quelques bases de portugais médical, investissez dans la prévention (vaccins, hygiène) et prévoyez vos médicaments avec un plan de remplacement.
Avec ces précautions, les limites indéniables du système de santé cap-verdien deviennent gérables, et le pays peut alors se vivre pleinement pour ce qu’il offre de meilleur : un cadre de vie insulaire apaisant, une société globalement sûre et une culture accueillante, sans perdre de vue ce qui, pour un expatrié, reste une priorité discrète mais vitale : l’accès à des soins adaptés quand la santé vacille.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Cap-Vert, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler le Cap-Vert pour son cadre fiscal favorable aux revenus étrangers, l’absence d’impôt sur la fortune, un coût de vie nettement inférieur à la France (Praia largement moins chère que Paris) et un environnement stable, lusophone, tourné vers l’Europe et l’Afrique. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence via investissement immobilier résidentiel, détachement CNAS/CPAM, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local (avocat, fiscaliste, intermédiaires bilingues) et intégration patrimoniale. Ce type d’accompagnement permet de réduire significativement la fiscalité, développer des revenus locatifs touristiques au Cap-Vert et optimiser la transmission, tout en maîtrisant les risques (contrôles fiscaux français, double imposition via convention FR–CV, adaptation culturelle insulaire).
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