Comprendre les pratiques religieuses locales au Cap-Vert : guide pratique pour expatriés

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’installer au Cap-Vert, c’est entrer dans un univers où la foi, les traditions africaines et l’héritage portugais se croisent au quotidien. Pour un expatrié, la religion n’est pas qu’un sujet « spirituel » abstrait : elle structure le calendrier, inspire les fêtes de quartier, façonne certains codes vestimentaires et pèse souvent dans la manière de se comporter en société. Sans la comprendre, il est difficile de vraiment s’intégrer.

Bon à savoir :

Ce guide décrypte les pratiques religieuses locales pour aider les expatriés à respecter les codes, profiter des fêtes et tisser des liens sans maladresse.

Un paysage religieux très chrétien… mais plus nuancé qu’il n’y paraît

À première vue, le décor religieux au Cap-Vert semble simple : une nation très majoritairement chrétienne, à dominante catholique. Dans les faits, le tableau est plus nuancé, à la fois dans les chiffres et dans les pratiques.

Les différentes sources statistiques ne convergent pas toutes, mais elles dessinent un ordre de grandeur clair : la grande majorité de la population se revendique chrétienne, avec une prédominance du catholicisme.

Voici un résumé des principales estimations :

IndicateurValeur approximative
Part de la population chrétienneplus de 84 % à plus de 94 %
Part de catholiques77 % à ~90 % selon les sources
Part de protestants / évangéliques~5 % à 10 %
Part de musulmans~1,8 % (autre estimation : ~80 000 personnes)
Athéisme / agnosticismejusqu’à ~10,8 %
Autres croyances (Bahá’í, etc.)1–2 % environ

Au-delà des chiffres, il est important de comprendre la hiérarchie symbolique : le catholicisme est largement majoritaire et occupe une place de référence dans la vie publique, même si l’État est officiellement laïc. Les Églises protestantes – notamment l’Église du Nazaréen, les Adventistes, les Assemblées de Dieu et d’autres groupes évangéliques – gagnent en importance, surtout parmi les jeunes et dans certains centres urbains. Une petite communauté musulmane, en majorité issue de l’immigration ouest-africaine (Sénégal, Guinée-Bissau, etc.), se développe discrètement, surtout à Praia.

Bon à savoir :

Pour un expatrié, il est important de savoir que la culture catholique influence de nombreux codes sociaux par défaut. Cependant, le pays se caractérise par une grande diversité de courants, à la fois chrétiens et non chrétiens, qui coexistent dans un climat général de très grande tolérance.

Un cadre légal protecteur et une société tolérante

L’un des points clés qui rassure de nombreux expatriés : au Cap-Vert, la liberté de religion est garantie par la Constitution. Le texte fondamental prévoit la séparation de l’Église et de l’État et interdit à l’État d’imposer des croyances ou des pratiques religieuses. Il n’existe pas de religion officielle.

Attention :

Le Code pénal réprime les atteintes à la liberté religieuse par des peines de prison de trois mois à trois ans. Par ailleurs, les associations religieuses doivent se déclarer au ministère de la Justice pour obtenir une personnalité juridique et accéder à des prêts ou aides. L’absence d’enregistrement n’interdit pas la pratique de la foi, mais restreint les capacités administratives du groupe.

L’important, pour un expatrié, est de saisir ce double mouvement : d’un côté, un État laïc protecteur de toutes les confessions, de l’autre, un catholicisme doté d’un certain « privilège historique ». Le gouvernement accorde, par exemple, du temps d’antenne gratuit à l’Église catholique pour la diffusion de messes à la télévision. Plusieurs jours fériés nationaux sont directement liés au calendrier catholique : Mercredi des Cendres, Vendredi saint, Pâques, Toussaint, Noël. Chaque municipalité dispose aussi d’un jour férié local pour fêter son saint patron.

Astuce :

Malgré la place centrale du catholicisme, le Cap-Vert obtient la note maximale dans les rapports internationaux sur la liberté religieuse, sans discriminations ou violences systématiques signalées. La société est décrite comme ouverte, spirituelle et globalement tolérante. Un expatrié d’une autre confession, ou sans religion, n’est pas perçu comme une menace, à condition de respecter les codes de bienséance de base.

Les grandes familles religieuses sur l’archipel

Pour mieux s’orienter, il est utile de distinguer les principales familles religieuses présentes au Cap-Vert et leur rôle dans la société.

Le catholicisme, colonne vertébrale historique

Le catholicisme a été introduit par les Portugais au XVe siècle, via les premiers missionnaires franciscains, puis les jésuites et les capucins. Les esclaves débarquant sur l’archipel étaient systématiquement baptisés, parfois pour des raisons économiques (un esclave chrétien était considéré comme ayant plus de valeur). Pendant plusieurs siècles, l’Église catholique a eu le monopole légal du religieux. Ce n’est qu’au début du XXe siècle que d’autres confessions ont pu s’installer.

Institutionnellement, l’Église catholique est structurée en deux diocèses :

DiocèseÎles concernées
Diocèse de Santiago de Cabo VerdeSantiago, Fogo, Brava, Maio
Diocèse de MindeloSanto Antão, São Vicente, São Nicolau, Sal, Boa Vista

Les prêtres sont en grande majorité des nationaux, formés au séminaire São José. L’Église catholique a joué un rôle majeur dans l’éducation, la santé, l’enregistrement des naissances et même la vie politique et culturelle. Encore aujourd’hui, on retrouve son empreinte dans les écoles catholiques, les œuvres de charité, les actions sociales de proximité.

Pour un expatrié, cela signifie notamment que :

Exemple :

Dans de nombreux contextes, la visibilité du catholicisme est marquante : la plupart des grandes églises et cathédrales sont catholiques, et ses processions animent l’espace public. Son influence culturelle est profonde, les grandes fêtes de saints et de la Vierge structurant souvent le calendrier local plus que certaines fêtes civiles. Enfin, son engagement social est concret, de nombreuses associations caritatives et projets sociaux de terrain étant portés par des paroisses ou des congrégations religieuses.

Les Églises protestantes et évangéliques, très dynamiques

À partir de la fin du XIXe siècle, puis au XXe siècle, différentes Églises protestantes se sont implantées, souvent par le biais de missions américaines et de Cap-Verdiens revenus de la diaspora. L’Église du Nazaréen, très présente, est d’ailleurs arrivée via des émigrés revenus de Brava après un séjour aux États-Unis. Elle est aujourd’hui la plus importante dénomination protestante de l’archipel.

On trouve également : les résultats d’études, les témoignages des participants, et les analyses des experts.

Principales confessions chrétiennes non-catholiques

Panorama des principales Églises et mouvements chrétiens présents, en dehors de l’Église catholique romaine.

Mouvements Pentecôtistes et Évangéliques

Inclut les Assemblées de Dieu et diverses Églises pentecôtistes et évangéliques, caractérisées par l’importance donnée au Saint-Esprit.

Église Adventiste du Septième Jour

Très active, notamment dans les domaines de l’éducation et de la santé, avec une observance du sabbat le samedi.

Baptistes Indépendants

Courant baptiste non affilié à une union nationale, mettant l’accent sur l’autonomie de chaque congrégation locale.

Universal Church of the Kingdom of God

Mouvement d’origine brésilienne, connu pour son prosélytisme médiatique et ses grands rassemblements.

Communautés Mormones

Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, avec une théologie distincte et une organisation missionnaire très structurée.

Témoins de Jéhovah

Mouvement millénariste connu pour son porte-à-porte évangélique et son refus de certaines doctrines chrétiennes traditionnelles.

Ces Églises protestantes ont souvent un style liturgique plus « moderne », avec beaucoup de musique, de gospel, de chants en créole, un ton plus direct dans les sermons, et une forte mobilisation de la jeunesse. L’Église du Nazaréen est ainsi réputée pour ses chants joyeux et son atmosphère cosmopolite, qui parlent beaucoup aux jeunes urbains.

En pratique pour l’expatrié :

– il est assez facile de trouver des cultes protestants en ville, parfois avec des traductions ou des dominantes linguistiques adaptées (portugais, créole, et parfois anglais ou espagnol, selon la paroisse) ;

– ces communautés sont souvent porteuses de cours de musique, d’anglais, de soutien scolaire, de projets de santé ou d’actions humanitaires, ouverts aux nouveaux venus.

Islam, Bahá’í, autres minorités et croyants « discrets »

La présence musulmane est modeste mais croissante. Elle s’est renforcée avec l’arrivée de commerçants et travailleurs originaires de pays membres de la CEDEAO (Sénégal, Guinée-Bissau, etc.). Une mosquée a été construite à Praia en 1990, marquant un tournant visible pour cette communauté.

11

Selon certaines estimations, près de 11 % de la population se déclare sans religion, athée ou agnostique.

Enfin, il existe une histoire juive méconnue au Cap-Vert : des juifs convertis de force (conversos) à l’époque ibérique, puis des commerçants marocains au XIXe siècle. Aujourd’hui, presque personne ne pratique ouvertement le judaïsme, mais certaines familles gardent des traces de cette mémoire dans leurs noms de famille, dans des pratiques funéraires ou des coutumes particulières.

Un cas à part : les Rabelados

Sur l’île de Santiago, un groupe singulier appelé les Rabelados vit de manière relativement isolée, très attaché à d’anciennes formes de piété catholique centrée sur la Bible et la vie de Jésus. Ils s’étaient opposés, à l’époque, aux réformes liturgiques contemporaines, préférant conserver des rites plus anciens. Pour un expatrié, il est peu probable de les côtoyer au quotidien, mais leur existence rappelle la variété des expressions religieuses même à l’intérieur du catholicisme.

Le syncrétisme : quand catholicisme, Afrique et diaspora se mélangent

L’une des clés pour ne pas mal interpréter ce que l’on voit au Cap-Vert, c’est d’accepter que les catégories « catholique », « traditionnel », « africain », « brésilien » ou même « juif » ne sont pas étanches. Beaucoup de Cap-Verdiens naviguent entre plusieurs univers symboliques.

Concrètement, cela signifie par exemple qu’une personne se définissant comme catholique pratiquant pourra :

aller à la messe le dimanche,

participer à des rituels africains de protection ou consulter un curandeiro (guérisseur) pour un problème de santé ou de jalousie,

– assister à une cérémonie du mouvement brésilien Racionalismo Cristão pour « chasser le mal » ou déposer ses inquiétudes,

– respecter des pratiques funéraires ou des usages familiaux dont l’origine remonte à des rites africains ou à des traditions juives dissimulées.

Parmi les formes les plus visibles de ce syncrétisme, on peut mentionner :

Bon à savoir :

Les processions de saints intègrent tambours, masques, danses et costumes d’inspiration africaine, notamment sur l’île de Santiago. Des rituels funéraires spécifiques existent pour les enfants, où ce sont d’autres enfants qui accompagnent le cercueil, visant à rompre l’influence d’un esprit malveillant. Pour la protection des nourrissons, on utilise le talisman *conta d’odju* (bille noire à points blancs) avant le baptême. Enfin, certaines coutumes s’apparentent à des pratiques juives : la nomination de l’enfant vers le huitième jour (*sétima noite*), un deuil structuré sur 7, 30 jours et un an, et le jet de nourriture à la mer en début d’année, rappelant le rituel du *Tashlich*.

Pour un expatrié, ce syncrétisme peut parfois semer la confusion : une fête à forte dimension carnavalesque, avec alcool, danses sensuelles et tambours, peut malgré tout être perçue localement comme un acte de dévotion à un saint ou à l’Esprit Saint. Il est donc utile de suspendre les jugements à partir de catégories religieuses trop strictes et plutôt d’observer comment les gens donnent sens à ces pratiques.

Religion et vie sociale : ce qu’un expatrié doit savoir

La religion au Cap-Vert déborde largement le cadre des lieux de culte. Elle irrigue la vie quotidienne, les relations de voisinage, la manière de faire la fête, les codes de respect. Cela ne signifie pas que tout le monde est « très pratiquant », mais que les références religieuses sont omniprésentes.

Les valeurs souvent mises en avant – hospitalité (morabeza), respect des anciens, solidarité de quartier, importance de la famille élargie – sont liées à la fois aux traditions africaines, à l’héritage catholique et à l’expérience historique de l’archipel. Les repas partagés (comme la cachupa, plat national) lors de fêtes ou après des funérailles ont presque toujours une dimension à la fois sociale et spirituelle.

Exemple :

Un exemple concret est la période de *Nodjadu*, un deuil structuré pouvant durer une semaine. Elle est marquée par des visites familiales intenses, où la famille endeuillée ne travaille pas, reçoit des condoléances et se fait apporter de la nourriture. Cette pratique mêle christianisme et traditions plus anciennes, comme couvrir les miroirs, porter des vêtements noirs ou s’abstenir de se raser. Pour un expatrié, y participer implique de respecter cette atmosphère recueillie et les codes vestimentaires sobres.

Dans la vie professionnelle et associative, il n’est pas rare que certaines réunions débutent ou se concluent par une prière, même de manière informelle. Loin d’être perçu comme prosélyte, ce geste s’inscrit dans un rapport naturel au religieux. Refuser d’y participer activement ne fera pas de vous un paria, mais écouter en silence avec respect est attendu.

Codes vestimentaires et attitude dans les lieux de culte

Dans un pays au climat chaud et à l’ambiance détendue, on pourrait croire que tout est permis en matière de tenue. C’est vrai sur les plages ou dans certains contextes festifs, mais faux dès que l’on franchit la porte d’une église ou que l’on se rend dans un village rural. L’un des malentendus les plus fréquents pour les expatriés et touristes concerne justement la tenue appropriée pour la messe ou les processions.

Dans les églises, la norme locale est au contraire plutôt formelle :

Bon à savoir :

Pour assister à la messe, les femmes portent généralement des robes ou jupes longues, parfois des tailleurs, avec des chaussures fermées ou des sandales soignées. Les hommes choisissent un pantalon long et une chemise ; le costume complet est fréquent, sans que la cravate soit obligatoire. Les enfants sont souvent habillés avec soin, en tenue du dimanche.

Les attentes implicites sont claires : pas de shorts pour les femmes, ni de débardeurs ou de vêtements très décolletés ou transparents ; pas de t-shirts de plage ou de tenues de sport. En pratique, on considère comme peu respectueux d’entrer dans une église en maillot, en short très court, en top à bretelles ou en tongs sales, même si certains touristes se le permettent encore. Dans certains lieux, on signale explicitement que les épaules doivent être couvertes.

De manière synthétique :

SituationTenue recommandée pour respecter les usages locaux
Messe dominicale en villeRobe ou jupe au genou ou plus / pantalon long, épaules couvertes, chaussures fermées ou sandales correctes
Messe ou fête patronale en villageTenue encore plus sobre et couvrante, éviter les couleurs trop criardes ou les vêtements moulants
Visite touristique d’une égliseÉpaules et genoux couverts, pas de maillot apparent, pas de casquette à l’intérieur
Procession dans la rueTenue décente, éviter short très court, tops très échancrés, slogans provocateurs sur les t-shirts

Contrairement à certaines régions du monde, il n’existe pas de règle stricte imposant le port du voile pour les femmes, ni l’obligation de se déchausser dans les églises. En revanche, garder un ton de voix modéré, éviter de téléphoner, de filmer de très près les fidèles en prière ou de se déplacer sans arrêt pendant la messe fait partie des règles tacites.

Astuce :

Pour la communauté musulmane, les codes vestimentaires sont proches de ceux d’autres pays d’Afrique de l’Ouest : une tenue modeste est attendue, surtout pour la prière. Les femmes portent souvent un foulard et les hommes des boubous ou vêtements amples. Si vous êtes invité dans une mosquée, il est essentiel d’enlever vos chaussures avant d’entrer dans l’espace de prière et de porter une tenue couvrante (épaules et jambes) comme marque de respect élémentaire.

Participer aux grandes fêtes : comprendre avant de plonger

L’un des meilleurs moyens de comprendre la dimension religieuse du Cap-Vert reste de participer – avec tact – aux grandes fêtes patronales, processions, pèlerinages et festivals. Mais là encore, mieux vaut savoir où l’on met les pieds : ce que l’étranger perçoit comme un festival « culturel » peut être avant tout un événement religieux pour les habitants.

Sur pratiquement chaque île, chaque municipalité a sa fête de saint patron, avec une messe, une procession et toute une série d’animations : repas de quartier, tombolas, tournois sportifs, concerts, bals populaires.

Quelques exemples illustrent bien cette imbrication du religieux et du festif :

Exemple :

Les festivités au Cap-Vert sont diverses et ancrées dans l’histoire et la culture locales. À Boa Vista, la fête municipale de Sal Rei honore Nha Santa Isabel avec une procession, un repas populaire, des tournois de football, des foires et des concerts. Sur l’île de Santiago, la Tabanka, festival lié à la libération des esclaves, combine processions, culte, musique, danses, costumes inspirés des cours royales africaines et des rappels de l’histoire de l’esclavage. La Festa de São João, le 24 juin, est célébrée sur plusieurs îles avec des feux de joie, des danses, des processions et parfois des rituels de « purification » comme sauter par-dessus les flammes. Enfin, la Festa do Espírito Santo, notamment sur Brava et Fogo, allie une forte dimension dévotionnelle (processions, prière, couronne symbolique) à de grands repas collectifs.

Dans ces contextes, un expatrié qui souhaite participer gagnera à :

Bon à savoir :

Pour participer à une fête religieuse locale, il est conseillé de se renseigner auprès de l’entourage sur le déroulement et les moments sacrés. Il faut adapter sa tenue, notamment pour la messe et la procession, avant de se détendre lors de la partie festive. Il est essentiel d’éviter tout comportement irrespectueux, comme l’ivresse visible pendant les rites, les moqueries sur les croyances ou les perturbations durant les prières.

Les pratiques du quotidien : prière, guérisseurs, superstitions

Au-delà des grandes manifestations, la religiosité cap-verdienne se manifeste dans une multitude de petits gestes et de croyances intégrés à la vie de tous les jours.

Beaucoup de familles débutent ou terminent la journée par une prière, bénissent le repas, invoquent Dieu ou un saint devant une difficulté. Cette référence constante à Dieu, à Nossa Senhora (Notre-Dame) ou à un saint particulier est fréquente dans les conversations : on remercie Dieu pour une bonne nouvelle, on demande sa protection avant un voyage, on confie un malade à l’intercession d’un saint.

Parallèlement, survivant aux côtés du christianisme, on trouve tout un univers de croyances :

Astuce :

Dans certaines communautés, il est courant de recourir à des *curandeiros* ou *jacabouces* (guérisseurs, devins) pour des questions de santé, de fertilité, de conflits ou de jalousie. Les craintes liées au « mauvais œil » sont répandues, avec l’usage d’amulettes de protection comme le *conta d’odju*. Des superstitions régissent également certains gestes quotidiens : siffler la nuit est considéré comme portant malheur, et jeter des peaux de banane dans la rue est vu comme un signe de glissade, métaphore d’instabilité dans la vie. Pour conjurer le malheur associé à ce dernier geste, une pratique symbolique consiste à revenir sur ses pas et à se frotter les mains après avoir marché sur une peau de banane.

Pour un expatrié, rien n’oblige évidemment à adhérer à ces croyances. L’essentiel est de ne pas les tourner en dérision. Dans une société où la mémoire de l’esclavage, de la pauvreté et de l’émigration est encore vive, ces protections symboliques ont une fonction de réassurance importante.

Funérailles et deuil : un moment clé à bien aborder

Les rites autour de la mort au Cap-Vert mêlent catholicisme, traditions africaines et parfois réminiscences juives. Ils sont un moment décisif pour comprendre la dimension communautaire de la foi.

Lors d’un décès, la famille entre généralement dans une période de Nodjadu :

pendant sept jours, les proches restent à la maison, ne travaillent pas, reçoivent des visites de condoléances ;

– les visiteurs apportent de la nourriture, restent un moment, prient ou échangent des souvenirs ;

les miroirs peuvent être couverts ou retournés, signe de retrait du monde et de recueillement ;

– les membres proches de la famille portent souvent des vêtements noirs, parfois déchirent un vêtement ou portent un lien noir, pratique qui rappelle le Kriah juif (déchirure de vêtement en signe de deuil).

Ce premier temps est suivi d’une période prolongée :

Lien avec le défuntDurée de deuil vestimentaire typique
Famille élargieenviron 30 jours
Enfants, parents, conjointjusqu’à 6 mois, parfois un an
Veufs / veuves (certains cas)parfois plus longtemps

Au terme de l’année, une messe et un rassemblement autour de la tombe marquent la fin officielle du deuil, avec parfois la pose d’une pierre tombale si cela n’a pas déjà été fait.

Pour un expatrié invité à des funérailles ou à une visite de condoléances, il est conseillé :

de porter une tenue sombre et sobre,

de garder une attitude calme, d’éviter les éclats de voix, les rires sonores ou l’usage ostentatoire du téléphone,

– de suivre le mouvement (par exemple, se lever pendant les prières, se découvrir la tête si vous portez une casquette),

– de ne pas photographier les participants sans autorisation explicite.

Ces gestes simples seront perçus comme un signe fort de respect et d’intégration.

Comment s’intégrer sans renier sa propre foi (ou absence de foi) ?

Beaucoup d’expatriés s’interrogent : faut-il se « montrer religieux » pour être accepté au Cap-Vert ? La réponse est non, mais il est indispensable de respecter la religiosité des autres et de savoir naviguer dans un environnement très marqué par la foi.

Quelques repères utiles :

Bon à savoir :

Il est acceptable d’avoir une autre religion ou de ne pas être croyant, en évitant tout prosélytisme agressif ou critiques directes du catholicisme. Participer à des événements religieux (messe, procession) à titre culturel est bien vu. Dans les conversations sur la foi, il est conseillé d’écouter et d’exprimer son point de vue avec délicatesse, sans chercher à convaincre.

Si vous appartenez à une autre foi (islam, protestantisme, etc.), il est souvent possible de trouver des lieux de culte ou des groupes informels correspondant à votre tradition, surtout à Praia et Mindelo. La cohabitation entre communautés est pacifique. Informer vos proches et collègues de certaines obligations (jeûne, fêtes spécifiques, jours particuliers) est généralement bien accepté, tant que cela se fait dans le dialogue.

Conseils concrets pour expatriés : éviter les faux pas

L’ensemble de ces éléments peut sembler dense. Pour résumer ce qui importe vraiment dans la vie courante, on peut mettre en avant quelques attitudes-clés :

Astuce :

Lors de votre séjour, il est important d’accepter la forte présence de la religion dans la langue, les fêtes et les habitudes, même chez les non-pratiquants réguliers. Adaptez votre tenue vestimentaire, notamment dans les églises et villages, car une tenue de plage peut être jugée inappropriée. Demandez toujours l’autorisation avant de photographier une procession, un rituel ou un groupe en prière. Évitez toute remarque méprisante concernant les guérisseurs, les superstitions ou les pratiques religieuses, car le ton est aussi important que le fond. Enfin, profitez des fêtes religieuses pour découvrir la culture locale (musique, danse, gastronomie), tout en gardant à l’esprit leur dimension sacrée pour les habitants.

Enfin, garder en tête que le temps cap-verdien (hora cabo-verdiana), plus souple et moins pressé, imprègne aussi la pratique religieuse. Les processions peuvent commencer en retard, les offices durer plus longtemps que prévu, les discussions après la messe traîner au soleil. Accepter ce tempo fait partie intégrante de l’expérience.

En guise de conclusion : une spiritualité au cœur de l’identité cap-verdienne

Comprendre les pratiques religieuses locales au Cap-Vert, ce n’est pas simplement cocher une case « culture générale ». C’est saisir l’un des fils conducteurs de la vie quotidienne, des rapports humains, de la manière de faire la fête et d’affronter les épreuves.

Entre églises catholiques, temples protestants, mosquées discrètes, guérisseurs de quartier, processions de saints aux rythmes de tambours africains, souvenirs de traditions juives et fêtes populaires comme la Tabanka ou la Festa de São João, l’archipel offre un paysage spirituel d’une richesse rare.

Bon à savoir :

Pour un expatrié, l’écoute, l’observation et le respect des pratiques religieuses cap-verdiennes facilitent l’intégration. S’immerger ponctuellement dans ce monde de croyances et de rites permet de comprendre ce qui soude les communautés : la foi, une mémoire partagée, la résilience et une hospitalité ancrée dans cette spiritualité multiple.

En retour, apporter sa propre sensibilité – croyante ou non – avec humilité et ouverture contribue à entretenir ce climat de tolérance et de paix religieuse qui fait la réputation du Cap-Vert. Pour beaucoup d’expatriés, cette dimension spirituelle finit par devenir, plus qu’un simple décor, l’une des raisons profondes d’aimer vivre sur ces îles.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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