S’installer au Cap-Vert séduit de plus en plus d’expatriés : climat doux, stabilité politique, fiscalité relativement lisible, potentiel immobilier et touristique important. Mais une fois l’enthousiasme du départ passé, une question très concrète arrive vite : comment gérer son argent au quotidien, investir, recevoir ses revenus de l’étranger ou rapatrier ses profits en respectant les règles locales ?
Le système financier du Cap-Vert est plus structuré et sûr qu’attendu pour un petit État insulaire. En comprenant son fonctionnement, ses contraintes réglementaires et ses spécificités pratiques, il est possible d’y établir une stratégie bancaire solide, que ce soit pour un séjour de quelques années ou à long terme.
Cet article propose une plongée détaillée dans la gestion financière des expatriés au Cap-Vert : banques locales, ouverture de compte, transferts internationaux, comptes multi-devises, financement immobilier ou professionnel, fiscalité et protection des dépôts. Le tout à partir d’informations issues d’analyses techniques, de textes réglementaires et de retours de terrain.
Panorama du système bancaire pour un expatrié au Cap-Vert
Le secteur financier est supervisé par la banque centrale, le Banco de Cabo Verde (BCV), créée en 1975 et basée à Praia, sur l’avenue Amílcar Cabral. C’est elle qui pilote la politique monétaire, encadre les banques commerciales, autorise les transferts internationaux importants et délivre les agréments pour les institutions financières, y compris digitales.
Le paysage bancaire est dominé par quelques acteurs de taille significative, mais reste relativement concentré et prudent. Les banques sont jugées liquides, résilientes et globalement alignées sur les normes internationales de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme (AML/CFT).
Les principales banques accessibles aux expatriés
Plusieurs banques commerciales opèrent au Cap-Vert et sont ouvertes aux résidents étrangers. Elles partagent des caractéristiques communes (présence d’agences, distributeurs automatiques, cartes, banque en ligne), mais chacune a sa culture, son niveau de digitalisation et ses publics cibles.
Un aperçu synthétique de quelques institutions majeures et leurs rôles principaux.
Responsable du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Composé de 15 membres, dont 5 permanents ayant un droit de veto.
Organisation travaillant à la stabilité financière mondiale, au commerce international et à la réduction de la pauvreté.
Fournit des prêts et des aides financières aux pays en développement pour des projets de capital.
Agence de l’ONU chargée de diriger et coordonner les questions de santé internationale.
Organe judiciaire principal des Nations Unies, chargé de régler les différends entre États.
| Banque | Type / Particularité | SWIFT | Siège (Praia) |
|---|---|---|---|
| Banco Comercial do Atlântico (BCA) | Plus grande banque, très populaire auprès des locaux | BCATCVCV | Av. Amílcar Cabral |
| Caixa Económica de Cabo Verde (CECV) | Banque historique, partiellement publique, réputée fiable | CECVCVCV | Av. Amílcar Cabral |
| Banco Cabo-Verdiano de Negócios (BCN) | Banque plus petite, service personnalisé, appréciée des expatriés | BCNACVCV | Av. Amílcar Cabral |
| Banco Inter-Atlântico (BIA) | Banque orientée corporate, bon service relationnel | BIAICVCV | Av. Cidade de Lisboa |
| Banco BAI Cabo Verde (BAI) | Filiale d’un grand groupe angolais | BAINCVCV | Av. Cidade de Lisboa |
| Banco Internacional de Cabo Verde (BICV) | Banque à vocation internationale | BICVCVCV | Av. Cidade de Lisboa |
| Ecobank Cabo Verde | Banque panafricaine, forte dimension internationale | ECOCCVCV | Av. OUA |
| Novo Banco de Cabo Verde | Banque plus récente, orientée digital | NBCCVCV | Av. Cidade de Lisboa |
La plupart des banques ont des agences sur les îles les plus peuplées (Santiago, São Vicente, Sal, Boa Vista), avec un réseau de distributeurs automatiques « Vinti4 ». Pour un expatrié, le choix d’une banque se fait souvent sur des critères très concrets : délais en agence, disponibilité de personnel parlant éventuellement anglais ou français, qualité des interfaces en ligne, facilité d’accès aux services internationaux.
Une monnaie locale arrimée à l’euro
La devise officielle est l’escudo capverdien (CVE). Particularité majeure : cette monnaie est arrimée à l’euro à un taux fixe, dans le cadre d’un régime de change stable soutenu par des réserves en devises confortables. Pour un expatrié européen, ce peg réduit considérablement le risque de change au quotidien et facilite la comparaison des prix.
La monnaie locale est l’escudo cap-verdien (CVE), avec des billets de 200 à 5 000 CVE et des pièces de 5 à 100 CVE. Elle n’est utilisable qu’au Cap-Vert, il est donc inutile d’en acquérir avant votre arrivée. Bien que l’euro soit souvent accepté dans les zones touristiques, le CVE reste la monnaie de référence pour les dépenses courantes.
Ouvrir un compte bancaire au Cap-Vert quand on est expatrié
Pour gérer ses dépenses locales, payer son loyer, encaisser un salaire local ou investir, un compte bancaire dans le pays devient très vite indispensable. Bonne nouvelle : le Cap-Vert autorise l’ouverture de comptes aux non-résidents, y compris aux touristes.
Conditions d’ouverture pour un particulier
L’ouverture de compte se fait en principe en personne, dans une agence locale. La règle générale ne prévoit pas d’ouverture 100 % à distance pour un non-résident, même si certains établissements (notamment Ecobank) proposent des montages avec mandataire local et envoi ultérieur des origines.
Les pièces habituellement demandées sont les suivantes :
– Passeport en cours de validité.
– Numéro d’identification fiscale capverdien (NIF).
– Formulaire d’ouverture de compte signé.
– Adresse locale (même sommaire : quartier, ville) et numéro de téléphone local.
– Parfois un justificatif de domicile ou de profession (déclaration d’employeur, attestation d’activité).
Le NIF (Numéro d’Identification Fiscale) est indispensable pour toute démarche administrative au Cap-Vert. Il s’obtient gratuitement et rapidement (en 5 à 10 minutes) à la « Casa do Cidadão », sur simple présentation de votre passeport. Ce numéro est requis pour les opérations bancaires, la fiscalité, la souscription de contrats de services et l’achat immobilier. Il ne crée pas d’obligation fiscale par lui-même, mais sert à vous identifier auprès des administrations cap-verdiennes.
Les banques demandent aussi un premier dépôt minimal. Les montants varient selon les établissements et le type de compte.
| Banque / compte | Dépôt minimum indicatif | Devise |
|---|---|---|
| Compte courant standard (plusieurs banques) | 2 000 à 10 000 CVE | CVE |
| Compte non-résident Ecobank | 5 000 CVE ou 50 EUR ou 50 USD | CVE / EUR / USD |
| Compte entreprise BCN | 10 000 CVE | CVE |
En pratique, beaucoup d’expatriés rapportent une ouverture de compte en 30 minutes à une heure, à condition d’avoir tous les documents et un NIF. La carte bancaire (débit) et le code PIN sont ensuite produits sous une à deux semaines et doivent être récupérés en agence. L’envoi international des cartes n’est généralement pas proposé.
Barrière linguistique et expérience en agence
L’environnement bancaire fonctionne en portugais, langue officielle du pays. Les employés ne sont pas tenus de parler anglais ou français ; en trouver un qui maîtrise ces langues relève parfois de la chance. Pour un expatrié non lusophone, venir avec un contact local ou prévoir les termes clés en portugais peut simplifier les démarches.
Certaines banques, comme le Banco Caboverdiano de Negócios ou Banco Inter-Atlântico, sont souvent perçues comme plus « humaines » et avec moins de files d’attente que les grandes banques populaires comme BCA. Choisir une banque de taille moyenne peut permettre de gagner du temps et de bénéficier d’une relation client plus fluide.
Comptes pour émigrés et non-résidents
Le Cap-Vert compte une diaspora importante, et plusieurs banques ont développé des produits spécifiques pour les émigrés et non-résidents. Ces comptes sont pensés pour ceux qui résident à l’étranger, mais veulent garder un lien financier avec le pays (épargne, transfert vers la famille, préparation d’un retour ou d’un investissement).
Les conditions typiques pour ouvrir un compte d’émigré incluent :
– Passeport et NIF.
– Preuve d’adresse et de résidence à l’étranger.
– Preuve d’activité ou de revenu à l’étranger (contrat de travail, permis de séjour, attestation d’employeur).
– Parfois certificat d’une autorité consulaire attestant d’une résidence et d’un emploi à l’étranger de plus d’un an.
Les banques peuvent accepter des dossiers initiés depuis l’étranger via formulaires en ligne ou consulats, mais exigent souvent l’envoi d’originaux ou de copies certifiées pour valider définitivement l’ouverture.
Certaines offres, comme celles de Caixa Económica, visent clairement cette clientèle : comptes d’épargne pour émigrés, comptes en devises (euro, dollar) associés à des facilités de transfert vers ou depuis l’étranger et avantages fiscaux sur les intérêts.
Compte bancaire d’entreprise : un passage obligé pour investir
Pour les expatriés qui souhaitent créer une activité ou investir dans l’immobilier à titre professionnel, la banque est au cœur du processus. La réglementation est toutefois stricte : aucune entreprise étrangère non enregistrée localement ne peut ouvrir de compte courant au Cap-Vert.
La logique est simple : pour avoir un compte entreprise, il faut d’abord constituer une société capverdienne. Cela vaut autant pour un projet immobilier structuré en société que pour une activité commerciale ou de services.
Liaison entre immatriculation et compte bancaire
La création d’une société (généralement une Sociedade por Quotas – Lda, équivalent d’une SARL, ou une Sociedade Anónima – SA) suit un schéma standard :
– Définition des statuts et du capital social.
– Ouverture d’un compte bancaire provisoire.
– Dépôt du capital initial sur ce compte.
– Enregistrement de la société au registre du commerce.
– Activation complète du compte une fois la société immatriculée.
Le capital souvent recommandé pour une entreprise au Cap-Vert pour des raisons de crédibilité, bien que le minimum légal soit symbolique.
Les documents exigés par la banque pour un compte professionnel incluent notamment :
– Certificat d’immatriculation (Certidão de Registo Comercial).
– Statuts / pacte social.
– NIF de la société et des associés / administrateurs.
– Pièces d’identité des représentants et bénéficiaires effectifs.
– Justificatifs d’adresse.
– Éventuellement business plan ou description détaillée de l’activité dans le cadre de la procédure « Know Your Business » (KYB).
Les banques disposent d’un délai d’environ 30 jours pour demander des compléments d’information après l’ouverture d’un compte. Pendant cette période, le compte existe mais son fonctionnement est souvent limité au dépôt du capital initial.
Accès au crédit : prudence des banques
Les statistiques montrent qu’environ 44 % des entreprises au Cap-Vert citent l’accès au financement comme un obstacle majeur. Les banques prêtent, mais de manière très conservatrice, en exigeant des garanties solides, des revenus démontrés et un historique financier structuré.
Pour un expatrié entrepreneur, cela signifie :
– Peu ou pas de traitement de faveur.
– Nécessité de présenter des justificatifs de revenus (souvent du pays d’origine) et des garanties réelles.
– Taux d’intérêt relativement élevés pour les crédits immobiliers aux non-résidents (autour de 7–8 % dans certains cas) et exigences d’apport de 30–40 %.
Des sociétés de microcrédit existent pour les petits projets (jusqu’à 2 500 USD environ), mais les taux atteignent 3–4 % par mois, ce qui les rend adaptés uniquement à des besoins très spécifiques et de court terme.
Gérer plusieurs devises : comptes CVE, euros, dollars, livres
Un des atouts du système bancaire capverdien pour les expatriés est la possibilité d’ouvrir des comptes dans plusieurs devises au sein de la même banque. Les comptes en CVE restent la base pour la vie quotidienne, mais les comptes en euros, en dollars américains ou en livres sterling sont possibles dans de nombreux établissements.
Pourquoi ouvrir un compte en devises au Cap-Vert ?
Pour un expatrié qui perçoit un salaire ou des revenus en euros, dollars ou livres, un compte en devise présente plusieurs avantages :
Conserver la devise d’origine permet de réduire l’exposition au risque de change, de recevoir des virements internationaux sans conversion automatique en CVE et de faciliter les transferts sortants vers l’étranger. De plus, cela peut optimiser la fiscalité des intérêts, certains produits comme les comptes d’émigrés bénéficiant d’exonérations ou de faibles taux d’imposition.
La réglementation impose toutefois que les comptes en devises ne soient alimentés que par des transferts en provenance de l’étranger ou d’autres comptes en devises dans des institutions locales autorisées. On ne peut donc pas alimenter directement un compte en euros en déposant des billets de CVE au guichet.
Frais, change et cartes bancaires
Les banques facturent généralement un forfait annuel de tenue de compte, modéré. Par exemple, Ecobank indique un frais annuel de 1 000 CVE, 10 EUR ou 10 USD selon la devise. Il est impératif de clarifier la politique de change de chaque banque avant de recevoir un virement : certaines peuvent appliquer des marges ou convertir automatiquement dans une devise donnée si les instructions ne sont pas explicites.
Côté moyens de paiement, les banques capverdiennes proposent :
– Cartes de débit Vinti4 pour les retraits et paiements domestiques.
– Cartes Visa et Mastercard, de débit ou de crédit, utilisables à l’international.
– Possibilité sur certaines cartes de désactiver les opérations en ligne ou à l’étranger pour des raisons de sécurité.
La production des cartes prend en général une quinzaine de jours, et leur retrait s’effectue sur place. Pour l’expatrié qui voyage souvent, il est stratégique de conserver aussi des cartes internationales émises par des acteurs comme Wise ou Revolut, afin de diversifier ses canaux d’accès à la trésorerie.
Paiements au quotidien : cash, cartes, mobile
Le Cap-Vert reste une économie largement basée sur le cash, surtout dans les marchés, les petits commerces, les taxis ou les services informels. Toutefois, la pénétration des cartes et des paiements électroniques progresse, notamment dans les zones urbaines et touristiques.
Les diffuseurs automatiques « Vinti4 » sont présents dans les grandes villes et zones touristiques, avec une meilleure couverture sur Santiago, São Vicente, Sal et Boa Vista. Sur les îles plus petites ou rurales, les retraits peuvent être plus compliqués, ce qui incite à anticiper et à ne pas dépendre d’un seul distributeur.
Les cartes Visa et Mastercard sont de plus en plus acceptées dans les hôtels, restaurants et grandes surfaces, tandis qu’American Express reste rare. Les paiements sans contact et par portefeuille mobile se développent, mais l’usage du cash reste prédominant. Des solutions locales de mobile money et de portefeuilles numériques émergent, soutenues par les efforts du régulateur et de certaines banques pour moderniser les infrastructures de paiement.
Pour les nouveaux arrivants, l’équilibre raisonnable consiste généralement à :
– Ouvrir un compte et obtenir une carte locale pour les dépenses récurrentes.
– Conserver une carte internationale (Wise, Revolut, banque d’origine) pour les retraits en devises et les voyages.
– Garder un peu d’espèces (CVE et éventuellement euros) pour les situations où la carte n’est pas acceptée.
Transferts internationaux et rapatriement de fonds
Pour un expatrié, la connexion entre son pays d’origine et le Cap-Vert passe par les transferts internationaux : versement de salaire, envoi de fonds à la famille, injection de capital dans une société locale, ou rapatriement de profits et dividendes vers l’étranger.
SWIFT, IBAN et contraintes réglementaires
Les banques capverdiennes sont connectées au système SWIFT depuis longtemps, ce qui permet de recevoir et d’envoyer des virements internationaux classiques. Les comptes disposent d’IBANs utilisables pour recevoir des virements, notamment depuis l’Europe.
Cependant, le cadre réglementaire encadre strictement les sorties de capitaux :
– Les virements sortants en ligne sont très limités ou interdits : il faut généralement se rendre en agence pour initier un transfert international.
– Toute conversion significative de CVE en devises et tout transfert au-delà d’un certain seuil doivent être autorisés par le Banco de Cabo Verde.
– Les transferts de devises supérieurs à 1 million de CVE pour les résidents font l’objet d’une vérification préalable par la banque centrale.
Délai maximal en jours pour délivrer une autorisation de transfert lié à un investissement après dépôt d’un dossier complet
Transferts de salaire et petits montants
Les transferts de salaires depuis un employeur étranger vers un compte personnel au Cap-Vert ne posent généralement pas de difficulté. Les banques locales ne demandent pas systématiquement de justificatifs détaillés pour ce type de flux, tant qu’ils restent cohérents avec le profil du client.
En revanche, pour de petits montants, les virements bancaires via SWIFT peuvent s’avérer coûteux, entre frais fixes prélevés par la banque capverdienne et éventuels intermédiaires. Des témoignages font état de frais pouvant représenter une part importante (jusqu’à environ 8 % sur 300 euros, selon un exemple) pour des réceptions de faibles montants.
Pour ces cas, il est souvent plus pertinent d’utiliser des services spécialisés :
– Western Union ou MoneyGram pour des retraits en cash rapides.
– Wise, Xe, Revolut ou Remitly pour des virements bancaires avec taux de change souvent plus compétitifs que ceux du réseau SWIFT utilisé via les banques traditionnelles.
Des études comparatives indiquent que pour des transferts d’argent, notamment de montants modérés vers le Cap-Vert, les opérateurs spécialisés comme Wise ou Revolut appliquent des marges de change et des frais globaux inférieurs à ceux pratiqués par les banques traditionnelles.
Rapatrier ses profits et dividendes
Pour les expatriés investisseurs, la question clé est la sortie des fonds : comment rapatrier légalement des profits immobiliers, des dividendes d’une société locale ou le produit d’une cession ?
Le principe est simple, mais exigeant : pour bénéficier du droit de convertir la monnaie locale en devises et de transférer les sommes à l’étranger, l’investissement initial doit avoir été :
– Déclaré et enregistré comme investissement étranger auprès du Banco de Cabo Verde, généralement via Cabo Verde TradeInvest (CVTI).
– Conforme et à jour sur le plan fiscal.
Sans enregistrement, la banque centrale peut refuser la sortie des fonds. À l’inverse, si l’investissement est bien enregistré, l’investisseur a le droit, une fois les impôts locaux acquittés, de rapatrier :
– Bénéfices nets d’exploitation.
– Dividendes distribués.
– Intérêts.
– Redevances (royalties).
– Capital résultant de la cession ou du remboursement de l’investissement.
Pour un expatrié, cela signifie qu’il faut traiter la phase d’entrée (structure juridique, déclarations, voies de financement) avec autant de sérieux que la sortie, sous peine de se retrouver bloqué lorsque l’on voudra rapatrier ses gains.
Multi-comptes et cartes internationales : combiner local et global
Une bonne gestion financière au Cap-Vert passe souvent par une combinaison de comptes locaux et de solutions internationales. Les comptes multi-devises proposés par des acteurs comme Wise, Revolut, ou même certains services d’une banque comme Caixa pour sa clientèle d’émigrés, s’intègrent particulièrement bien dans cette stratégie.
Comptes multi-devises internationaux
Les comptes multi-devises type Wise ou Revolut permettent de :
Conserver des soldes dans plusieurs devises (USD, EUR, GBP, etc.) permet de recevoir des virements comme un « local » grâce à des coordonnées bancaires de plusieurs pays. Vous pouvez ainsi convertir vos fonds au taux du marché (ou proche) avec des frais souvent transparents et réduits, et utiliser une carte de débit internationale (Visa ou Mastercard) pour payer ou retirer de l’argent dans plus de 150 pays.
Pour un expatrié installé au Cap-Vert, l’intérêt est double :
– Minimiser le coût des transferts depuis le pays d’origine vers un compte local en CVE.
– Garder une réserve de devises solides (euro, dollar) en dehors du système bancaire local, ce qui diversifie le risque et facilite les déplacements internationaux.
Ces comptes ne se substituent pas aux comptes locaux – indispensables pour payer loyer, charges, salaires locaux, impôts – mais les complètent utilement pour optimiser change et frais.
Produits bancaires locaux pour la diaspora
Certaines banques capverdiennes, en particulier Caixa Económica, ont développé une offre ciblée pour les émigrés et résidents à l’étranger :
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Ouvrez un compte d’épargne bénéficiant parfois d’une exonération d’impôt sur les intérêts perçus.
Gérez vos finances internationales avec des comptes spéciaux en euros ou dollars, facilitant les transferts vers et depuis l’étranger.
Effectuez des envois de fonds rapidement via les services Western Union, accessibles en agence ou par téléphone.
Ces produits peuvent intéresser les expatriés d’origine capverdienne, mais aussi des étrangers qui entretiennent des liens financiers réguliers entre le Cap-Vert et l’extérieur, sous réserve de remplir les critères d’éligibilité (statut d’émigré, résidence à l’étranger, etc.).
Protection des dépôts et solidité du système
Pour un expatrié qui s’apprête à déposer une partie significative de son patrimoine sur un compte capverdien, la question de la sécurité bancaire est centrale. Au-delà des indicateurs de stabilité et des pratiques prudentielles, le pays dispose d’un mécanisme formel d’assurance des dépôts.
Le Fonds de garantie des dépôts
Le dispositif d’assurance des dépôts est assuré par le Fonds de Garantie des Dépôts (DGF), en place depuis 2018. Il s’agit d’un système de type « paybox plus », c’est-à-dire qu’il intervient à la fois pour indemniser les déposants et pour contribuer, dans une certaine mesure, au coût des opérations de résolution bancaire.
Les caractéristiques clés pour un expatrié sont les suivantes :
Plafond d’indemnisation par déposant et par établissement au Cap-Vert, avec des délais cibles de 7 jours ouvrables pour les montants jusqu’à 200 000 CVE et 30 jours pour le reste.
Pour des montants supérieurs au plafond, l’expatrié devra s’en remettre à la situation de solvabilité réelle de la banque, d’où l’importance de diversifier ses dépôts entre plusieurs établissements et de conserver une partie de son épargne sur des comptes dans d’autres juridictions.
Le Fonds est en phase de constitution progressive, avec un objectif d’atteindre 5 % des dépôts éligibles à terme. Le niveau actuel est encore bas, ce qui est logique pour un système jeune, mais plaide encore plus pour une approche prudente et diversifiée.
Résolution bancaire et rôle de la banque centrale
Le Cap-Vert dispose d’un régime spécial de résolution bancaire depuis 2014. La banque centrale (BCV) joue le rôle d’autorité de résolution, avec des outils tels que la vente d’activité ou la création de « bridge banks » pour traiter une éventuelle faillite sans provoquer de chaos systémique.
Le cadre de résolution bancaire portugais est actuellement moins complet que certains standards internationaux, notamment en raison de l’absence d’outils de bail-in généralisés ou de sociétés de gestion d’actifs. Des réformes sont en cours pour le renforcer. Jusqu’à présent, un cas notable a été traité en 2017 avec Novo Banco, sans impact majeur sur la stabilité du système financier.
Pour un expatrié, cela signifie que le risque systémique n’est pas nul, mais encadré. Là encore, la diversification des relations bancaires et l’usage combiné de comptes locaux et internationaux sont des réflexes de bon sens.
Fiscalité, résidence et implications bancaires
La gestion de comptes au Cap-Vert s’inscrit dans un cadre fiscal précis. La question n’est pas seulement de savoir « comment ouvrir un compte », mais aussi « comment ces flux seront-ils imposés ? ».
Résidence fiscale et imposition des revenus
Une personne physique est considérée résidente fiscale au Cap-Vert si :
– Elle séjourne dans le pays plus de 183 jours sur une année (de manière continue ou non), ou
– Elle dispose, au 31 décembre, d’un logement dans des conditions laissant supposer qu’il s’agit de sa résidence principale.
Un résident fiscal est imposable sur l’ensemble de ses revenus mondiaux. À l’inverse, un non-résident n’est imposé qu’à hauteur de ses revenus de source capverdienne. Le système d’imposition des personnes physiques au Cap-Vert est progressif.
– Une exonération de base pour les revenus nets jusqu’à 220 000 CVE.
– Des tranches d’imposition à 16,5 %, 23,1 % puis 27,5 % au-delà d’un certain seuil.
Pour les expatriés à haut revenu ou spécialisés, un régime de « résident non habituel » existe, permettant une imposition à 10 % sur certaines activités à forte valeur ajoutée exercées localement, sur une période de 10 ans, et une exonération potentielle sur certains revenus de source étrangère, à condition de respecter des critères stricts.
Impact sur les choix bancaires
Ces règles se traduisent très concrètement dans la manière de structurer ses flux financiers :
Pour une gestion fiscale claire au Cap-Vert, il est conseillé de localiser les revenus de source capverdienne (salaires locaux, revenus locatifs, dividendes de sociétés locales) sur des comptes bancaires ouverts dans le pays. Pour les contribuables non-résidents fiscaux, les revenus de source étrangère peuvent être conservés sur des comptes multi-devises internationaux afin d’éviter leur « rapatriement fiscal » au Cap-Vert. Il est également crucial d’anticiper les obligations déclaratives internationales, comme celles liées au FATCA pour les citoyens américains ou à l’échange automatique de renseignements, car le pays adhère aux standards de coopération fiscale.
La présence du NIF sur tous les documents bancaires permet à l’administration fiscale capverdienne de suivre les flux domestiques. Pour un expatrié, la clé est de se faire accompagner par un conseiller fiscal ou un avocat local pour optimiser la structuration, en particulier en cas de montages immobiliers ou de sociétés.
Immobilier, investissement et résidence grâce au système bancaire
L’immobilier est un des grands moteurs de l’investissement étranger au Cap-Vert, avec une croissance portée par le tourisme et différents programmes incitatifs, dont des dispositifs de résidence liée à l’investissement.
Compte local, NIF et notaire : le triptyque immobilier
Pour acheter un bien, même à titre purement privé, un expatrié a besoin :
– D’un NIF pour figurer dans les actes.
– D’un compte bancaire local pour verser acompte, soldes et régler les taxes.
– De passer par un notaire et la Conservatória do Registo Predial pour l’enregistrement.
Les paiements se font généralement par virement local à partir d’un compte capverdien. D’où la nécessité de prévoir l’ouverture de compte suffisamment tôt et d’organiser les transferts internationaux en amont.
Les coûts additionnels (taxes et frais) représentent généralement entre 5 et 7 % de la valeur du bien immobilier.
– Droits de mutation (taxe de transmission).
– Frais de notaire.
– Frais d’enregistrement.
– Droit de timbre.
Financement et apports
Même si des financements locaux existent pour des non-résidents, ils restent difficiles à obtenir, avec :
– Exigence de dossiers très complets (revenus, historique bancaire, garanties).
– Taux d’intérêt relativement élevés.
– Exigence d’apports importants (30–40 %).
Nombre de transactions se font donc au comptant ou via des montages de financement dans le pays d’origine (par exemple, refinancement d’un bien existant en Europe pour dégager des liquidités).
Pour un expatrié, il est important de ne pas surestimer la facilité d’accès au crédit local et de vérifier très en amont, avec sa banque capverdienne, la faisabilité d’un financement éventuel.
Résidence par investissement et flux bancaires
Le Cap-Vert a mis en place un système de résidence adossée à l’investissement immobilier – parfois appelé « Green Card » – avec des seuils de montant (par exemple 80 000 euros dans certaines zones, davantage dans les régions les plus développées).
Les règles exigent que l’investissement soit conforme à des critères spécifiques, dont la nature exacte doit être précisée pour garantir la validité de l’opération.
– Réalisé en une seule opération dépassant le seuil.
– Payé via le système bancaire capverdien, ce qui suppose l’ouverture d’un compte local et des transferts par des canaux formels.
Les avantages peuvent inclure un droit de séjour de long terme et, pour les investissements les plus élevés (plus de 200 000 euros), des exonérations partielles d’impôts sur plusieurs années. Là encore, le maillon bancaire est au centre de la chaîne de preuves qui permettra plus tard de rapatrier les fonds ou de bénéficier des avantages fiscaux.
Construire une stratégie bancaire d’expatrié au Cap-Vert
Plutôt que de multiplier les comptes au hasard, l’expatrié a intérêt à penser sa configuration bancaire comme un petit « écosystème » cohérent, articulé autour de quelques axes :
– Gestion du quotidien.
– Protection et diversification de l’épargne.
– Flux internationaux entrants et sortants.
– Projets d’investissement (immobilier, entreprise).
Exemple de combinaison possible
Sans prétendre à l’universalité, on peut illustrer une stratégie typique pour un expatrié s’installant durablement au Cap-Vert :
Recommandations pour structurer ses comptes bancaires lors d’une installation au Cap-Vert, afin de gérer efficacement les dépenses locales et internationales, les transferts et l’épargne.
Ouvrir un compte en escudos cap-verdiens (CVE) dans une banque locale (ex: BCN ou BI) pour les dépenses quotidiennes, recevoir un salaire local et gérer les prélèvements domestiques.
Maintenir un ou plusieurs comptes en EUR ou USD, dans la même banque ou une autre, pour recevoir des virements de l’étranger sans conversion automatique et faciliter les transferts sortants.
Conserver un compte type Wise ou Revolut, basé dans le pays d’origine ou une juridiction tierce, pour optimiser les frais de transfert, constituer une réserve de sécurité et utiliser une carte de paiement internationale.
Évaluer l’ouverture d’un compte d’épargne local pour bénéficier de produits destinés aux émigrés ou non-résidents, selon les conditions d’intérêt et la fiscalité en vigueur.
À cela s’ajoute bien sûr un suivi régulier des évolutions réglementaires : digitalisation du système, nouvelles offres de banques digitales, adaptation des règles sur les cryptoactifs et les services financiers innovants, sur lesquels le régulateur capverdien travaille activement.
Points de vigilance
Même si le contexte est globalement stable, quelques éléments méritent une attention constante :
La plupart des opérations importantes (transferts sortants, récupération de carte, opérations en devises) exigent une présence physique en agence. Les interfaces en ligne traduites en anglais peuvent être imprécises. La maîtrise du français ou de l’anglais par le personnel n’est pas garantie ; connaître un vocabulaire financier de base en portugais est utile. Pour les montants dépassant le plafond de garantie des dépôts (1 000 000 CVE), il est conseillé de les diversifier entre plusieurs banques ou de les placer partiellement à l’étranger via des comptes multi-devises.
En résumé : un système plus robuste qu’il n’y paraît, mais à manier avec méthode
Le Cap-Vert offre aux expatriés un environnement bancaire bien plus structuré que ce que suggère parfois sa taille : monnaie arrimée à l’euro, système bancaire relativement solide et encadré, présence de grands groupes internationaux et régionaux, mécanisme d’assurance des dépôts, développement accéléré des paiements digitaux et de la fintech.
Pour tirer parti du système bancaire cap-verdien, il faut accepter ses contraintes spécifiques : ouverture de compte en personne, contrôle des sorties de capitaux, prudence extrême des banques sur l’octroi de crédit et barrière linguistique. La clé pour un expatrié réside dans une combinaison intelligente de comptes locaux et de solutions internationales, associée à une rigueur sur les aspects réglementaires : obtention du NIF (Numéro d’Identification Fiscale), enregistrement des investissements et suivi fiscal scrupuleux. Cette approche permet de sécuriser ses flux financiers, de réduire les coûts de change et de préparer sereinement ses projets personnels ou professionnels dans l’archipel.
La clé n’est pas de choisir « la meilleure banque » de manière abstraite, mais de construire un dispositif cohérent aligné sur sa situation : durée prévue de séjour, profil de revenus, appétit pour l’immobilier ou l’entrepreneuriat, et niveau de tolérance au risque. Avec ce cadre, la gestion financière à l’international au Cap-Vert devient un levier, et non une source de stress.
Un retraité de 62 ans, disposant de plus d’un million d’euros d’actifs financiers bien structurés en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale vers le Cap-Vert afin d’optimiser sa fiscalité, diversifier ses investissements et conserver un lien fort avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour un accompagnement global (conseil fiscal, démarches administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée de ses actifs.
Après analyse de plusieurs destinations (Grèce, Chypre, Maurice, Cap-Vert), la stratégie a retenu le Cap-Vert pour sa fiscalité attractive des non‑résidents, son coût de vie inférieur à la France, son environnement stable et son ouverture sur l’espace lusophone et africain. La mission a compris : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax, reports d’imposition), obtention de la résidence avec achat d’un bien principal, détachement CNAS/CPAM, transfert de la résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (séjour >183 jours au Cap‑Vert, centre des intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local (avocats, immigration, partenaires francophones) et intégration patrimoniale. L’accompagnement permet de réduire significativement la pression fiscale, sécuriser les risques (contrôles français, double imposition via convention, choc culturel) et intégrer cette mobilité dans une stratégie globale de diversification.
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