Prendre les transports en commun au Bangladesh, c’est plonger au cœur du pays : rues saturées, bus bondés, trains brinquebalants mais efficaces, rickshaws omniprésents, ferries sur des fleuves immenses, et désormais métro aérien ultra-moderne à Dhaka. Le système est dense, souvent chaotique, parfois déroutant, mais il permet d’aller presque partout à très petit prix.
Ce guide pratique est conçu à partir d’études académiques, de données officielles et de retours de terrain. Il offre une vue d’ensemble claire pour les voyageurs étrangers, les expatriés et les Bangladais souhaitant optimiser leurs déplacements, en tenant compte des enjeux de sécurité, d’accessibilité et d’inégalités sociales.
Comprendre le paysage des transports au Bangladesh
Le Bangladesh repose presque entièrement sur la route pour transporter personnes et marchandises. Les bus urbains et interurbains, mais aussi des millions de rickshaws, CNG (autorickshaws au gaz), motos et véhicules informels créent un trafic extrêmement dense. Trois axes structurent le système : la route, le rail et les voies navigables, complétés par quelques lignes aériennes intérieures et un métro naissant à Dhaka.
À l’échelle nationale, la route est le mode de transport dominant pour les passagers et le fret, loin devant le rail et les bateaux. Ce déséquilibre, combiné à une explosion du nombre de véhicules (notamment les motos et rickshaws électriques informels), aggrave la congestion, la pollution de l’air et l’insécurité routière.
La capitale, Dhaka, concentre ces tensions. On y circule en bus, rickshaw, CNG, taxi, voiture privée, moto, mais aussi désormais en métro aérien (MRT Line 6). La vitesse moyenne des véhicules y descend à peine au-dessus de la marche rapide, autour de 4,8 km/h, ce qui en fait l’une des villes les plus congestionnées du monde. Dans ce contexte, bien connaître les options de transport et leurs limites est essentiel.
Buses urbains : la colonne vertébrale, mais chaotique
Les bus restent le pilier des transports en commun urbains, surtout à Dhaka. Des études estiment qu’environ 47 % des déplacements quotidiens dans la métropole se font en bus, contre 14 % en voiture. Les chiffres illustrent l’ampleur du phénomène : plus de 10 millions de personnes utiliseraient chaque jour les bus locaux de la zone métropolitaine, sur plus de 300 lignes souvent superposées.
Comment fonctionnent les bus à Dhaka ?
Le réseau est dominé par des opérateurs privés, très nombreux, aux flottes inégales en qualité. L’entreprise publique BRTC (Bangladesh Road Transport Corporation) ne représente qu’une minorité des bus en circulation, même si elle gère plus d’un millier de véhicules à l’échelle nationale.
Les compagnies privées exploitent des lignes aux noms variés – Achim Paribahan, Bihanga, Balaka, Green Dhaka, Dhakar Chaka, etc. – qui relient les principaux pôles : Motijheel, Gulistan, Farmgate, Mohakhali, Mirpur, Uttara, Jatrabari, Gazipur, et de nombreux quartiers périphériques. Il n’existe pas une carte simple et officielle couvrant l’ensemble du réseau, mais des plateformes comme KoyJabo ou certaines applications locales permettent de retrouver itinéraires et correspondances.
La fourchette de prix en taka pour un trajet en bus intra-urbain à Dhaka, variant selon la distance et le type de véhicule.
Un bref aperçu des fourchettes de prix en ville permet de se repérer :
| Type de service | Fourchette de tarif typique en ville (Dhaka) |
|---|---|
| Bus urbain non climatisé | 15–40 BDT |
| Bus urbain “semi-sitting” | 20–60 BDT |
| Bus urbain climatisé (AC) | 30–80 BDT |
En pratique, il faut payer en espèces au contrôleur ou au chauffeur, à la montée ou pendant le trajet. La culture de la queue est assez faible : monter à bord nécessite souvent de se faufiler dans la foule, surtout aux heures de pointe.
Qualité de service et sécurité
Les bus urbains sont décrits par nombre d’études comme désorganisés, mal entretenus, souvent surchargés et peu sécurisés. Il n’y a pas assez de véhicules pour absorber la demande, ce qui entraîne des véhicules bondés au point de devenir dangereux.
Les problèmes régulièrement signalés incluent :
Les véhicules circulent souvent sans contrôle technique à jour. Les conduites sont agressives, avec des compétitions entre bus concurrents pour récupérer des passagers, entraînant des arrêts et démarrages brusques, parfois pendant que les passagers montent ou descendent. Il existe une absence quasi totale d’aménagements pour les personnes à mobilité réduite. Enfin, le harcèlement sexuel, notamment envers les femmes dans les bus bondés, est un problème récurrent.
Les autorités ont tenté à plusieurs reprises de réformer ce secteur en instaurant, par exemple, un salaire minimum pour les conducteurs ou la billetterie électronique, mais ces efforts ont jusqu’ici peu modifié la réalité quotidienne.
Pour qui les bus urbains sont-ils adaptés ?
Ils conviennent surtout :
– aux personnes à budget très limité ;
– aux habitués qui connaissent les lignes, les arrêts et les usages implicites ;
– à celles et ceux qui n’ont pas peur de voyager debout dans la foule.
Ils sont moins adaptés :
– aux personnes âgées, aux personnes handicapées ou aux personnes avec enfants en bas âge ;
– à ceux qui recherchent un niveau de sécurité et de confort élevé ;
– aux voyageurs étrangers non accompagnés qui ne parlent pas bengali, en particulier la nuit.
Pour un·e visiteur·se étranger·e, il est souvent plus raisonnable d’utiliser les bus urbains de manière limitée, sur des tronçons simples, éventuellement accompagné d’un·e local·e, et de leur préférer métro, rickshaw, CNG ou taxis pour des trajets plus complexes.
Bus interurbains : réseau dense et très bon marché
Pour se déplacer d’une ville à l’autre, les bus interurbains (intercity ou inter-district) sont omniprésents et très fréquents. La plupart des lignes convergent vers Dhaka, véritable hub national. Pour relier deux villes de province entre elles, il faut souvent passer par la capitale ou trouver les rares lignes directes.
Types de bus et confort
On distingue trois grandes catégories :
– bus non climatisés, les plus rustiques, mais aussi les moins chers ;
– bus climatisés (AC), de type coach, plus confortables, souvent avec sièges inclinables ;
– services “luxury” ou “executive”, avec davantage d’espace, parfois des snacks et des écrans.
Les grandes compagnies privées, comme Hanif Enterprise, Green Line, Shyamoli, Sakura ou encore certaines lignes BRTC, couvrent la plupart des grandes destinations. Les prix restent très abordables :
| Relation (au départ de Dhaka) | Tarif non AC (approx.) | Tarif AC (approx.) |
|---|---|---|
| Dhaka – Chittagong | 550–1150 BDT | 900–2200 BDT |
| Dhaka – Cox’s Bazar | 900–1100 BDT | 1200–2400 BDT |
| Dhaka – Sylhet | 550–590 BDT | 1200–1400 BDT |
| Dhaka – Rajshahi | 650–750 BDT | 900–1200 BDT |
| Dhaka – Khulna | 550–700 BDT | 800–1400 BDT |
| Dhaka – Barishal | ~600 BDT | 800–1200 BDT |
Le temps de trajet est extrêmement variable en raison du trafic, des conditions de route et des arrêts fréquents. Pour tout trajet interurbain, il est prudent de réserver la journée entière, même si, sur la carte, la distance semble modeste.
Où acheter les billets et comment réserver
Les “gares routières” sont souvent de grands carrefours ou des zones de marché, plutôt que des terminaux fermés classiques. À Dhaka, les trois grands pôles sont en général Gabtoli, Mohakhali et Saidabad, auxquels s’ajoutent des zones comme Sayedabad, Kalyanpur ou les stations proches de la Padma Bridge pour les liaisons vers le sud-ouest.
Il est possible :
– d’acheter directement sur place, parfois le jour même ;
– de passer par les bureaux des compagnies la veille, pour s’assurer d’une place ;
– d’utiliser des plateformes de réservation en ligne comme Shohoz, bdtickets.com ou busbd.com.bd, qui permettent de comparer horaires, tarifs, types de bus et de choisir son siège.
Selon les plateformes, les paiements se font par carte bancaire (Visa, Mastercard, cartes locales), par services de mobile money (bKash, Nagad, Rocket, Upay, etc.) ou même en cash à la livraison du billet.
Après validation de la transaction, vous recevrez généralement un SMS et/ou un e-mail contenant votre e-ticket. Dans la plupart des cas, il suffit de présenter ce SMS au comptoir de la compagnie le jour du départ pour obtenir votre billet papier ou pour monter directement à bord.
Fares réglementés sur certaines liaisons
Sur certaines lignes, notamment celles qui passent par le Padma Bridge, l’Autorité des transports routiers (BRTA) a fixé des tarifs officiels après révision des péages. Une partie de ces tarifs donne une idée de l’ordre de grandeur :
| Itinéraire (au départ de Dhaka) | Tarif fixé par BRTA (par passager) |
|---|---|
| Dhaka – Bhanga – Madaripur – Barisal | ~412 BDT |
| Dhaka – Gopalganj – Khulna | ~649 BDT |
| Dhaka – Barisal – Patuakhali | ~502 BDT |
| Dhaka – Madaripur – Barisal – Patuakhali – Kuakata | ~698 BDT |
| Dhaka – Bhanga – Faridpur | ~288 BDT |
Ces fare “officiels” sont une référence utile pour repérer d’éventuels abus de prix.
Conseils pratiques pour les bus interurbains
Pour limiter les risques et améliorer le confort :
– privilégier les bus climatisés des opérateurs bien établis, surtout pour les trajets longs ;
– éviter autant que possible les trajets de nuit, plus risqués en termes d’accidents et de sécurité personnelle ;
– réserver quelques jours à l’avance en période de fêtes religieuses (Eid, Puja), où la demande explose ;
– demander un siège au milieu du bus plutôt qu’au fond, plus chahuté en cas de freinage ou de nid-de-poule.
Le rail : un réseau ancien mais incontournable
Le train offre une alternative souvent plus sûre et plus confortable que le bus pour les longues distances, même si les infrastructures souffrent de sous-investissement chronique. Le réseau, hérité pour une large part de l’époque coloniale, dépasse 3 000 km et dessert environ 43 des 64 districts du pays, via quelque 500 gares.
Bangladesh Railway en pratique
Bangladesh Railway, l’opérateur national, gère aussi bien les trains de passagers que le fret. Ses services incluent :
– des trains intercity reliant Dhaka à Chittagong, Sylhet, Rajshahi, Khulna, Rangpur, etc. ;
– des trains de banlieue entre Dhaka et Narayanganj, Gazipur, Tangail, Bhanga ;
– quelques liaisons internationales avec l’Inde (Maitree Express, Mitali Express, Bandhan Express).
Kamalapur, à Dhaka, est la grande gare centrale, d’où partent la plupart des trains longue distance. Les services sont généralement bon marché et, malgré des retards fréquents, appréciés des voyageurs pour le côté panoramique et relativement reposant comparé à la route.
Un aperçu des différentes classes de voyage typiques proposées par les compagnies aériennes et ferroviaires, pour vous aider à choisir celle qui correspond le mieux à votre confort et à votre budget.
La classe standard, offrant l’essentiel du confort pour un voyage à petit prix. Idéale pour les courts trajets ou les voyageurs au budget serré.
Un compromis entre confort et prix, avec plus d’espace pour les jambes, des services améliorés et souvent un bagage en soute inclus.
Conçue pour les voyageurs professionnels, offrant des sièges plus larges, un accès aux salons, des repas raffinés et une priorité à l’embarquement.
L’expérience de voyage ultime, avec des suites privées, un service haut de gamme, une gastronomie fine et un confort exceptionnel.
| Classe | Description | Ordre de prix (exemples) |
|---|---|---|
| Shovon | Classe économique, banquettes simples | dès ~40 BDT sur courtes |
| Shovon Chair | Siège individuel, non climatisé | inférieur aux classes AC |
| Snigdha | Voiture climatisée, sièges inclinables | ~600 BDT selon trajet |
| AC Chair | Siège climatisé, confort supérieur | ~700 BDT et plus |
| AC Berth | Couchette climatisée pour les nuits | ~1 100 BDT et plus |
Billetterie : numérique et guichets
Pour réserver, plusieurs options coexistent :
– se rendre directement au guichet de la gare (notamment Kamalapur) pour acheter un billet papier, avec ou sans réservation de siège ;
– utiliser la billetterie en ligne officielle de Bangladesh Railway (eticket.railway.gov.bd) après inscription ;
– passer par l’application officielle Rail Sheba, disponible sur Android et iOS.
L’enregistrement en ligne requiert un numéro de téléphone bangladais et un identifiant (numéro de carte d’identité nationale, passeport ou acte de naissance). Après avoir choisi la gare de départ et d’arrivée, la date et la classe, l’utilisateur paie via carte bancaire ou services de paiement mobile. Le billet électronique est envoyé par SMS et/ou e-mail et peut être présenté sur smartphone, accompagné d’une pièce d’identité.
Les billets peuvent généralement être réservés jusqu’à une dizaine de jours à l’avance, ce qui est fortement recommandé avant les périodes d’affluence. Des réductions existent pour les étudiants, les personnes âgées (60 ans et plus) et les groupes, mais certaines doivent être demandées directement aux guichets.
Avantages et limites du train
Les atouts :
– tarifs très compétitifs, parfois inférieurs à ceux des bus pour de longues distances ;
– risque d’accident en général moindre que sur la route ;
– possibilité de voyager de nuit en couchette (AC Berth) pour optimiser le temps ;
– possibilité de profiter du paysage, en particulier vers Sylhet ou la côte.
Les limites :
– retards fréquents, parfois importants ;
– réseau incomplet (plusieurs districts non desservis, trajets parfois indirects) ;
– confort très variable selon les trains et les classes ;
– accessibilité faible pour les personnes à mobilité réduite, malgré quelques aménagements ponctuels.
Pour un·e voyageur·se prudent·e, le train est souvent à privilégier sur les longues distances par rapport au bus de nuit, sous réserve de bien anticiper billets et horaires.
Métro de Dhaka : le nouveau visage du transport de masse
La Dhaka Metro Rail représente la grande innovation des transports bangladais. Elle marque la première véritable infrastructure de transport de masse moderne dans le pays. Pour l’instant, une seule ligne est opérationnelle, MRT Line 6, mais plusieurs autres sont en chantier.
MRT Line 6 : ce qu’il faut savoir
La ligne 6 est une ligne entièrement aérienne qui traverse Dhaka du nord au sud sur un peu plus de 20 km. Elle relie la zone d’Uttara au nord à Motijheel au cœur du centre économique, en passant par des nœuds majeurs comme Agargaon, Farmgate, Shahbag ou Secretariat.
Principales caractéristiques pratiques :
Le métro de Dhaka comptera environ 16 stations, toutes surélevées, pour desservir la ville.
Les stations sont modernes, avec portiques, portes palières sur les quais, caméras, détecteurs de bagage, et surtout des aménagements d’accessibilité plus poussés que dans le reste du système de transport : ascenseurs, rampes, guidage tactile, boutons en braille, toilettes accessibles.
Un wagon en tête de train est réservé aux femmes et enfants, ce qui constitue un progrès important dans un pays où le harcèlement dans les transports est massivement documenté. Des policiers dédiés au métro patrouillent à bord et dans les stations.
En pratique, le métro est considéré comme : un moyen de transport rapide et efficace dans les grandes villes.
– rapide ;
– fiable ;
– relativement peu cher ;
– sûr et confortable, en particulier comparé aux bus urbains.
Le métro de Dhaka présente actuellement une couverture restreinte, avec une seule ligne en service. Cette ligne ne dessert qu’une partie de la ville et n’offre pas de connexion directe à l’aéroport ni à toutes les grandes gares routières. Cependant, elle est accessible à pied de certains hubs importants, tels que Gulistan/Arambagh et la gare ferroviaire de Dhaka.
Cartes de paiement : MRT Pass et Rapid Pass
Le système de billet repose sur deux types de cartes à puce :
– la carte MRT Pass, dédiée au métro ;
– la carte Rapid Pass, pensée comme un système intégré pour plusieurs types de transport (bus BRTC, certaines lignes fluviales, chemin de fer, BRT, etc.).
La Rapid Pass est une carte NFC rechargeable, vendue environ 400 BDT, dont 200 BDT directement crédités dessus. Elle s’achète et se recharge dans des agences de banques partenaires, à plusieurs points de vente dans Dhaka (Gulshan-2, Banani, Shahbag, Motijheel, Rampura, etc.) et aux distributeurs du métro.
Les autorités ont annoncé vouloir imposer progressivement la Rapid Pass sur tous les modes de transport de la capitale, mais la mise en œuvre est encore partielle, et la carte reste sous-utilisée par rapport à son potentiel. Pour un·e usager·e fréquent·e du métro et des bus BRTC, elle est pourtant très pratique : moins de files d’attente, 10 % de réduction sur certains trajets, contrôle simplifié des dépenses transport.
En complément des bus et des trains, une galaxie de petits modes de transport remplit les interstices du réseau : rickshaws à pédales, CNG (auto-rickshaws au gaz), taxis classiques et services de réservation via application (Uber, Pathao, etc.). À Dhaka, on les croise à chaque coin de rue.
Rickshaws : l’icône de Dhaka
Dhaka est souvent décrite comme “la capitale mondiale du rickshaw”. Ces tricycles à pédales décorés, omniprésents, assurent la majeure partie des trajets courts dans les quartiers denses. Ils représentent plus de la moitié des déplacements motorisés ou non dans la ville selon certaines études du début des années 2010.
Leur avantage :
– prix très bas pour de courtes distances ;
– bonne capacité à se faufiler dans les ruelles et ruelles encombrées ;
– mode de transport typique, très ancré dans la culture locale.
Leur limite :
– absence totale de protection en cas d’accident ;
– temps de trajet parfois long quand le trafic est très dense ;
– négociation systématique du prix, sans compteur.
Pour les personnes en fauteuil roulant, les rickshaws ne sont pratiquement jamais adaptés. Certains tire-rickshaws refusent même les clientes ou clients en fauteuil, ou demandent un supplément pour charger/décharger le fauteuil, ce qui aggrave l’exclusion.
CNG (auto-rickshaws) : compromis vitesse/prix
Les CNG sont des trois-roues motorisés alimentés au gaz compressé, très répandus dans les grandes villes. Ils permettent des trajets plus longs ou plus rapides que les rickshaws à un tarif encore raisonnable.
Il est important de garder à l’esprit les éléments clés mentionnés dans le contenu. Assurez-vous de bien comprendre et d’intégrer ces points pour une compréhension complète du sujet.
– les véhicules sont officiellement équipés de compteurs, mais beaucoup de conducteurs refusent de les activer et préfèrent négocier un forfait ;
– les tarifs usuels à Dhaka restent modestes pour un trajet urbain, souvent dans une fourchette 50–200 BDT ;
– sécurité et confort sont moyens : véhicule ouvert, pas de ceinture.
Pour éviter les abus, il est conseillé d’annoncer sa destination, de proposer un tarif basé sur une estimation réaliste (ou sur le tarif Uber/Pathao pour trajet similaire), et de refuser en cas de demande manifestement excessive.
Taxis et voitures avec chauffeur
Les taxis “classiques” existent, surtout à Dhaka et Chittagong, sous forme de véhicules noirs ou jaunes. Les jaunes sont plus récents, souvent climatisés et plus chers. En théorie, ils sont équipés de compteurs, mais la négociation du prix avant de monter reste de mise.
Pour les étrangers ou les séjours professionnels, la location d’une voiture avec chauffeur via des agences locales ou des enseignes internationales (comme Europcar ou Hertz) est souvent recommandée par les hôtels et les entreprises. Bien que plus onéreuse, cette option offre un niveau de sécurité, de flexibilité et de confort nettement supérieur, particulièrement adapté aux déplacements fréquents ou en périphérie urbaine.
Ride-hailing : Uber, Pathao et autres
Les services de VTC et de moto-taxi par application se sont rapidement imposés dans les grandes villes. Uber est présent dans de nombreuses villes, y compris Dhaka, Chittagong, Cox’s Bazar, Sylhet, et multiplie les services (UberX, Uber Moto, Uber CNG, etc.). Pathao, acteur local, propose également des courses en moto, voiture, et des services de livraison.
Les atouts :
– géolocalisation, estimation du tarif à l’avance, possibilité de suivre la course ;
– moins de négociation directe avec le chauffeur ;
– en général plus de transparence et de sécurité que les taxis ou CNG informels.
Les bémols :
– quasi-exclusivité du paiement en espèces dans la pratique locale, malgré la présence d’options digitales dans les apps ;
– saturation du marché, notamment pour les motos, avec une concurrence féroce et des revenus parfois instables pour les conducteurs ;
– tarification dynamique (surge) parfois perçue comme abusive, ce qui a poussé les autorités à encadrer les prix.
Pour un·e visiteur·se, Uber ou Pathao constituent néanmoins une excellente solution pour se déplacer en ville : l’interface est familière, le suivi de course rassurant, et les tarifs restent très compétitifs comparés aux standards occidentaux.
Transports fluviaux : ferries, launches et “Rocket Steamer”
Pays de fleuves, le Bangladesh s’est historiquement développé autour des voies navigables. Si la part des passagers transportés par bateaux a diminué (de 16 % en 1975 à environ 8 % au milieu des années 2000), les ferries restent essentiels, surtout vers le sud et le sud-ouest.
Ferries et “launches”
Les grands bateaux de passagers, appelés localement “launches”, relient Dhaka à des villes comme Barisal, Bhola, Patuakhali ou Khulna. Longtemps, ils ont été la principale voie d’accès à ces régions, avant l’amélioration des routes et l’ouverture du Padma Bridge, qui a considérablement réduit le temps de trajet par la route.
Aujourd’hui, les launches (petits bateaux) ont perdu de leur intérêt pratique face aux bus, souvent plus rapides et moins chers. Cependant, les ferries restent essentiels pour traverser certains grands cours d’eau, notamment grâce à leurs services roll-on/roll-off (embarquement/débarquement des véhicules) sur des itinéraires clés.
L’expérience “Rocket Steamer”
Parmi les expériences emblématiques, le “Rocket Steamer” – bateau à aubes historique – relie Dhaka à Khulna via Barisal en environ 26 à 30 heures. C’est moins un moyen rapide de se déplacer qu’un voyage culturel et touristique, très apprécié des amateurs de lenteur et de paysages fluviaux.
Avion : utile mais pas structurant pour les déplacements internes
Le pays dispose de trois aéroports internationaux et plusieurs aéroports domestiques. Hazrat Shahjalal International Airport à Dhaka concentre la quasi-totalité du trafic aérien, toutes les liaisons intérieures reliant Dhaka aux autres grandes villes (Chittagong, Sylhet, Cox’s Bazar, etc.). Il n’existe pas de vols directs entre deux villes de province.
Le prix moyen en dollars d’un vol intérieur aller simple au Bangladesh, comme sur les liaisons Dhaka – Cox’s Bazar ou Dhaka – Sylhet.
Pour un·e voyageur·se pressé·e devant couvrir de longues distances en peu de temps, l’avion est utile, mais l’essentiel de la mobilité de la population passe par les transports terrestres et fluviaux.
Sécurité, harcèlement et vulnérabilités : ce que disent les études
Un aspect central, souvent minimisé dans les guides purement pratiques, concerne la sécurité et les inégalités d’accès, en particulier pour les femmes, les personnes âgées et les personnes handicapées.
Harcèlement et violences dans les transports
Des études menées par des ONG et des organismes officiels montrent une réalité préoccupante : plus de huit femmes sur dix déclarent avoir déjà subi du harcèlement sexuel dans les transports publics. Les agressions vont des remarques et contacts non sollicités aux violences plus graves, parfois commises par des membres du personnel de transport.
Les bus bondés sont particulièrement mis en cause, de même que certains trains. Un rapport officiel relève qu’une part significative des violences sexistes en espace public survient dans les transports ou aux abords des gares et arrêts.
Les recommandations de terrain pour les femmes incluent :
Pour voyager en toute sécurité, il est recommandé d’éviter de se déplacer seule la nuit. Privilégiez les compartiments ou voitures réservés aux femmes lorsqu’ils existent, comme les wagons dédiés dans le métro. Asseyez-vous près d’autres femmes ou de familles lorsque c’est possible. Gardez sur vous les numéros d’urgence (comme le 999) et envisagez d’utiliser des applications de sécurité locales. En cas d’incident, signalez-le immédiatement au conducteur, aux autres passagers ou, si possible, aux autorités.
Personnes âgées et personnes handicapées : exclusion silencieuse
Des recherches menées à Dhaka, notamment dans des quartiers comme Lalbagh et Rayer Bazar, mettent en évidence l’ampleur de l’exclusion des personnes âgées des transports en commun. Les principaux problèmes identifiés sont :
Les personnes âgées rencontrent de graves difficultés dans les transports publics, incluant la montée dans des bus surchargés qui ne s’arrêtent pas complètement, le refus de certains conducteurs de marquer l’arrêt demandé, l’absence d’infrastructures adaptées comme des rampes ou des trottoirs praticables aux abords des stations, et des véhicules (bus, rickshaws, CNG) non équipés pour accueillir un fauteuil roulant.
Pour les personnes en fauteuil roulant ou à mobilité fortement réduite, la situation est encore plus critique. Malgré l’existence de lois imposant des sièges réservés (5 % pour les personnes handicapées, 30 % pour les femmes, enfants et personnes handicapées au total) et de circulaires ministérielles sur l’accessibilité des ports ou des bâtiments, les aménagements effectifs restent rares.
La Dhaka Metro Rail fait figure d’exception en étant équipée d’ascenseurs et de dispositifs d’accessibilité plus complets, ce qui en fait, pour l’instant, le seul transport public véritablement praticable pour beaucoup de personnes à mobilité réduite – au prix de la limitation géographique de son tracé.
Lois, politiques et initiatives : vers un système plus inclusif ?
Le Bangladesh a ratifié la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées et adopté des lois spécifiques encadrant leurs droits et leur protection. Ces textes prévoient notamment des quotas de sièges réservés dans les transports et des aménagements d’accessibilité dans les bâtiments publics.
Dans le secteur des transports au Bangladesh, plusieurs acteurs collaborent pour améliorer l’accessibilité. Des ministères, la BRTA, les autorités portuaires, les corporations municipales et des ONG telles que BRAC ou B-SCAN sont impliqués. Des projets soutenus par la Banque mondiale ont permis des réalisations concrètes : la rénovation de trottoirs et de carrefours, l’élaboration de visions stratégiques pour une meilleure accessibilité, et des réflexions sur le déploiement de bus adaptés, équipés de rampes et d’emplacements dédiés aux fauteuils roulants.
Les avancées restent cependant fragmentaires. Les études soulignent un fossé entre les textes et la mise en œuvre : rampes mal conçues ou absentes, trottoirs encombrés de déchets et de vendeurs ambulants, absence de formation des conducteurs et contrôleurs à la prise en charge des passagers vulnérables, comportements discriminatoires persistants.
Pour l’instant, ce sont surtout quelques initiatives ciblées (métro accessible, projets pilotes de bus inclusifs, intégration de la Rapid Pass sur plusieurs modes) qui dessinent les contours d’un futur plus inclusif. La majorité du système reste, lui, difficilement praticable pour les personnes âgées, les femmes seules la nuit, et une grande partie des personnes handicapées.
Culture, usages et codes sociaux dans les transports
Au-delà de la technique, comprendre les transports au Bangladesh suppose aussi d’intégrer les codes sociaux locaux. La société est hiérarchisée, conservatrice et très attentive au respect des aînés et des statuts.
Dans les transports, cela se traduit par : transports collectifs, infrastructures adaptées, et réduction des émissions de carbone.
Dans les transports et les files d’attente, les bousculades sont généralement acceptées, bien que la priorité aux personnes âgées soit valorisée. On observe une séparation des sexes dans certains espaces (comme des lignes réservées) et des salutations limitées entre hommes et femmes. En revanche, une forte proximité physique, sans connotation romantique, est courante entre personnes du même sexe.
Les étrangers, souvent très visibles, peuvent être l’objet de regards insistants sans que cela ne soit forcément hostile. Il est néanmoins conseillé :
– de rester calme, de ne pas hausser le ton même en cas de tension ;
– d’éviter les gestes perçus comme impolis (montrer la plante des pieds, pointer du doigt, faire un pouce levé, etc.) ;
– de porter une tenue modeste, surtout pour les femmes (épaules et jambes couvertes) ;
– de faire preuve de politesse à la montée dans un bus ou un train (saluer, remercier).
Vers quel futur pour les transports en commun bangladais ?
Le Bangladesh est à un tournant. D’un côté, un système très routier, saturé, à forte composante informelle (rickshaws, CNG, motos, bus privés désorganisés) ; de l’autre, l’émergence d’infrastructures de masse modernes (métro, futur BRT), de systèmes de paiement intégrés (Rapid Pass) et d’outils numériques puissants (applications de réservation, plateformes d’information comme KoyJabo).
Les plans pour Dhaka prévoient un réseau dense de cinq lignes de métro et plusieurs lignes de BRT (Bus Rapid Transit). Ces modes de transport lourds, capables chacun de transporter des dizaines de milliers de passagers par heure et par sens, formeront l’épine dorsale du système. Les bus classiques et les modes de transport informels seront réorganisés pour assurer le rabattement vers ces axes principaux.
La réussite de cette transition ne dépendra pas seulement de la construction de rails ou de viaducs, mais aussi :
Pour être efficace, la modernisation des transports doit intégrer les modes informels dans une logique de réseau, améliorer la sécurité et la qualité des services existants, concevoir des infrastructures accessibles répondant aux besoins des femmes, des personnes âgées et handicapées, et généraliser l’usage d’outils numériques fiables comme la Rapid Pass.
Pour un·e utilisateur·rice d’aujourd’hui, l’essentiel est de connaître ses options, leurs atouts et leurs risques, et de composer avec cette mosaïque de modes. En combinant métro pour les tronçons structurants, trains pour les longues distances, bus pour les intermédiaires, rickshaws/CNG pour le dernier kilomètre, et éventuellement VTC pour plus de confort et de prévisibilité, il est possible de circuler efficacement dans un pays où la mobilité est à la fois un défi quotidien et une composante clé de la vie sociale.
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