Histoire du pays au Bangladesh, des premières traces humaines à l’État moderne

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Le territoire de l’actuel Bangladesh est l’un des espaces historiques les plus denses d’Asie. Delta géant à la confluence du Gange et du Brahmapoutre, carrefour entre Inde, Asie du Sud-Est et monde de l’océan Indien, il a vu se succéder cultures préhistoriques, royaumes bouddhiques et hindous, sultanats indo-musulmans, empire moghol, domination coloniale britannique, partition de l’Empire des Indes, Pakistan oriental, puis naissance de la République populaire du Bangladesh. Retracer l’histoire du pays au Bangladesh, c’est donc raconter une longue continuité de peuplements, de pouvoirs et de résistances, mais aussi une succession de fractures – religieuses, linguistiques et politiques – qui ont façonné l’identité bengalie contemporaine.

Des premières communautés agricoles à l’urbanisation ancienne

Bien avant l’apparition des royaumes connus par les chroniques, le delta du Bengale est déjà occupé par des communautés humaines. Des outils du Paléolithique, exhumés notamment à Mainamati ou dans la région de Sylhet, témoignent d’une présence datant de plus de 20 000 ans. À partir d’environ 4 000 ans, les archéologues identifient des habitats de l’Âge du cuivre, parfois sous forme d’habitations en fosses, associés à des céramiques et à la métallurgie du cuivre.

Bon à savoir :

Au IIᵉ millénaire av. J.-C., le delta se structure en villages rizicoles organisés, attestés par des maisons alignées, une poterie abondante puis l’usage du fer. Dès le XVIIᵉ–XVIᵉ siècle av. J.-C., la culture de la « céramique noire et rouge » montre une occupation continue. Ces communautés sont issues du mélange de diverses vagues migratoires (indo-aryennes, tibéto-birmanes, dravidiennes, austroasiatiques).

Peu à peu, différentes phases archéologiques se succèdent : Néolithique (sédentarisation agricole), Chalcolithique (âge du cuivre et mégalithes funéraires), puis Âge du fer avec apparition d’outils et d’armes en fer, d’outils d’irrigation et de monnaies primitives. Vers le premier millénaire avant notre ère, la culture de la « Northern Black Polished Ware » (NBPW) signale une deuxième vague d’urbanisation dans l’Inde du Nord, à laquelle la région bengalie participe pleinement. On y voit émerger villes fortifiées, réseaux d’échanges et premières entités politiques durables.

Cités antiques et royaumes régionaux

L’histoire du pays au Bangladesh prend un tournant décisif avec l’essor de véritables centres urbains. Parmi eux, Mahasthangarh, près de Bogra, est sans doute le plus emblématique. Identifié dès le XIXᵉ siècle par les pionniers de l’archéologie britannique, le site est reconnu comme la plus ancienne ville connue du pays. Il s’agit de Pundranagara, capitale du royaume de Pundra mentionné jusque dans le Rigveda. Des remparts massifs ceinturent une citadelle d’environ cinq kilomètres de périmètre, avec tertres de palais, temples, stûpas bouddhiques et vestiges d’habitations.

Les couches archéologiques montrent une occupation continue d’au moins quinze siècles, des IIIᵉ–IIᵉ siècles avant notre ère jusqu’au XVᵉ siècle de notre ère, peut-être plus tôt encore. Une inscription en brahmi, datable des IIIᵉ–IIᵉ siècles avant notre ère, atteste l’intégration du royaume à l’empire maurya, ce qui ancre Mahasthangarh au cœur des premiers grands États indiens.

Exemple :

Les sites archéologiques de Wari-Bateshwar, près de Narsingdi, et de Chandraketugarh attestent d’une urbanisation précoce dans le delta du Bengale. Wari-Bateshwar, identifié par certains chercheurs comme l’emporium de Sounagoura décrit par Ptolémée, révèle des remparts, un plan de rues, des monnaies frappées et des objets importés prouvant des échanges commerciaux étendus jusqu’en Asie du Sud-Est et dans le monde romain. Plus à l’ouest, Chandraketugarh, culturellement lié à la même région, correspondrait au royaume des Gangaridai, connu dans les sources gréco-romaines pour avoir résisté à Alexandre le Grand.

L’archéologie contemporaine, portée par les travaux de l’université de Jahangirnagar ou de l’International Centre for Study of Bengal Art, a contribué à renouveler l’image de cette antiquité bengalie : loin d’être un simple arrière-pays rural, la région apparaît comme un maillon important des réseaux urbains et commerciaux. Pundranagara, Wari-Bateshwar, Chandraketugarh ou encore Vikrampur dessinent une constellation de villes participant à la route de la soie et au commerce maritime.

Un carrefour du commerce afro-eurasien

Parce qu’elle ouvre sur la baie du Bengale et contrôle les estuaires du Gange, du Brahmapoutre et de la Meghna, la région actuelle du Bangladesh devient très tôt un pivot du commerce de l’océan Indien. Des auteurs romains signalent un vaste port naturel dans le sud-est du delta, l’actuelle région de Chittagong. Des amphores romaines, des monnaies impériales, mais aussi des perles en verre et pierres semi-précieuses – parfois d’origine alexandrine – ont été retrouvées dans diverses fouilles. L’économie du delta repose sur la riziculture, mais aussi sur une production textile précoce, notamment de mousseline de coton fine, qui fera plus tard la renommée mondiale de Dhaka.

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Les monnaies de trois grands empires (sassanide, omeyyade, abbasside) découvertes sur des sites archéologiques témoignent de l’insertion durable dans les circuits commerciaux transrégionaux.

De Pala à Sena : bouddhisme, hindouisme et âge d’or artistique

Après l’époque maurya et gupta, puis les royaumes régionaux, la plaine bengalie devient le centre d’importantes dynasties : les Pala, de tradition bouddhique, puis les Sena, hindous. Les Pala, à partir du VIIIᵉ siècle, bâtissent un empire s’étendant sur une partie du nord de l’Inde. Ils patronnent un bouddhisme savant, monastique et international, qui rayonnera jusqu’au Tibet et en Asie du Sud-Est.

Attention :

Le site archéologique de Paharpur au Bangladesh, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, abrite Somapura Mahavihara, l’un des plus grands monastères au sud de l’Himalaya. Son architecture cruciforme unique, ses 177 cellules monastiques et ses nombreuses décorations en terre cuite et en pierre illustrent le raffinement de l’art Pala. Le site témoigne d’une influence architecturale qui s’est étendue jusqu’en Birmanie, à Java et au Cambodge.

À l’est, la région de Mainamati, près de Comilla, concentre plus de 50 sites bouddhiques, parmi lesquels Shalban Vihara, Kutila Mura ou Ananda Vihara. Entre le VIIᵉ et le XIIᵉ siècle, ces monastères et stûpas constituent un autre foyer majeur de la culture bouddhique bengalie. Inscriptions sur plaques de cuivre, monnaies, statuettes de bronze – parfois monumentales, comme une image de Vajrasattva – illustrent l’intensité intellectuelle et artistique de ces centres.

Astuce :

Après les Pala, la dynastie Sena, d’origine brahmanique, a favorisé un hindouisme dévotionnel tout en préservant une certaine pluralité religieuse. Cette période a vu la construction du temple de Dhakeshwari à Dhaka, attribué au roi Ballala Sena. Elle a également été cruciale pour la stabilisation de la langue bengalie, de son écriture, et d’une tradition littéraire et artistique distinctive, dont on retrouve plus tard les influences dans des temples comme ceux de Puthia ou de Kantajew.

Conquête islamique et essor du sultanat du Bengale

À la fin du XIIᵉ et au début du XIIIᵉ siècle, les conquêtes turco-afghanes venues du nord-ouest atteignent le delta du Bengale. Bakhtiyar Khilji s’empare de la capitale Gauda entre 1202 et 1204, au nom du sultan de Delhi, Muhammad de Ghor. S’ouvre alors une longue phase où la région, bien que lointaine, est rattachée à l’autorité de Delhi, non sans épisodes d’autonomie de gouverneurs locaux.

Cette période voit une diffusion progressive de l’islam, portée par des militaires, des administrateurs, mais aussi des soufis. Des lieux comme Sylhet, conquis au début du XIVᵉ siècle, deviennent des foyers d’implantation de cette nouvelle religion, sans effacer pour autant les pratiques bouddhiques et hindoues.

En 1352, un tournant majeur se produit : Shamsuddin Ilyas Shah unifie trois petits sultanats – Lakhnauti, Sonargaon et Satgaon – et fonde un sultanat du Bengale pleinement indépendant, qui s’étend sur une grande partie de l’actuel Bangladesh, du Bengale occidental indien et jusqu’à certaines régions de l’actuelle Birmanie (Rakhine). Il se proclame « Shah de Bangalah », expression qui signale aussi une première affirmation politique du terme « Bengal ».

Le Sultanat du Bengale

Sous les dynasties Ilyas Shahi et Hussain Shahi, le sultanat devient une puissance régionale majeure, prospère et au commerce florissant, décrit par les voyageurs comme l’un des pays les plus riches pour le négoce.

Expansion militaire

Mène des campagnes militaires jusqu’au Népal, Jaunpur, Varanasi et en Assam.

Réseau de vassaux

Entretient des États vassaux importants comme Orissa, Tripura et Arakan.

Prospérité commerciale

Royaume décrit par les voyageurs chinois et européens comme extrêmement riche et favorable au négoce.

Syncrétisme culturel et apogée hussain shahi

Les sultans du Bengale instaurent une culture de cour indo-persane, tout en s’appuyant sur les élites locales. Le persan devient langue diplomatique et littéraire, l’arabe langue religieuse, et le bengali s’impose comme langue vernaculaire et de cour. Cette cohabitation linguistique nourrit une effervescence intellectuelle remarquable : sous Ghiyasuddin Azam Shah, la correspondance avec le poète persan Hafez, les relations diplomatiques avec la Chine Ming et la traduction de grandes épopées sanskrites en bengali, comme le Ramayana, en sont de bons exemples.

Bon à savoir :

À la fin du XVᵉ et au début du XVIᵉ siècle, le sultanat du Bengale atteint son expansion territoriale maximale sous Alauddin Hussain Shah, s’étendant jusqu’en Arakan, en Odisha et en Assam. Son administration intègre à la fois des musulmans et des hindous, favorisant un climat de syncrétisme culturel. Cette période voit la construction continue de temples, le patronage des poètes bengalis à la cour et la multiplication des mosquées.

Des figures comme le général Shah Ismail Ghazi, victorieux en Assam, ou le gouverneur du Sundarbans Khan Jahan Ali, bâtisseur de Khalifatabad (Bagerhat), illustrent cette expansion. Bagerhat, avec sa célèbre mosquée aux « soixante » dômes (en réalité 77), ses mausolées et ses grands réservoirs d’eau, témoigne de cet âge d’or architectural islamique adapté au terrain marécageux. L’urbanisme y combine briques, voûtes, réservoirs, ponts et digues, montrant la maîtrise technique des bâtisseurs.

Tableau : quelques grandes capitales et centres du pouvoir avant l’époque moderne

Région / SitePériode dominante approximativeRôle principal
MahasthangarhDe l’Antiquité au Moyen ÂgeCapitale de Pundranagara, cité fortifiée
Paharpur (Somapura)VIIIᵉ–XIIᵉ siècleGrand monastère bouddhique, centre de savoir
Mainamati (Comilla)VIᵉ–XIIᵉ siècleComplexe monastique bouddhique régional
Pandua / GaudaXIVᵉ–XVIᵉ siècleCapitales successives du sultanat du Bengale
SonargaonXIVᵉ–XVIᵉ siècleCapitale, grand port fluvial et de transit
Bagerhat (Khalifatabad)XVᵉ siècleVille planifiée par Khan Jahan Ali

La fin du sultanat est progressive. Les conflits internes, l’intervention de dynasties afghanes comme les Sur, puis la poussée moghole affaiblissent le pouvoir. Les campagnes de Babur, puis surtout d’Akbar, culminent avec la défaite du dernier souverain indépendant à Rajmahal en 1576. Le Bengale cesse alors d’être un royaume autonome pour devenir une province impériale : le Bengal Subah.

Bengal Subah : une province moghole riche et convoitée

Sous les Moghols, le territoire de l’actuel Bangladesh est intégré à l’un des principaux « subahs » (provinces) de l’empire, aux côtés du Bihar et de l’Odisha. Les premiers gouverneurs doivent encore pacifier des zones peu contrôlées, notamment les confédérations de seigneurs locaux, les Baro-Bhuyans, qui mènent une guérilla efficace dans le delta oriental. Ce n’est qu’au début du XVIIᵉ siècle que l’autorité impériale se stabilise pleinement.

Le Bengal Subah est alors décrit comme le « paradis des nations » : terres extrêmement fertiles, réseau dense de villes marchandes, port de Chittagong, mousseline de Dhaka d’une finesse légendaire, abondance de riz et de sucre. Des campagnes militaires visent aussi à sécuriser les côtes contre les pirates arakanais et portugais : la prise de Chittagong par Shaista Khan au XVIIᵉ siècle illustre cet effort naval.

À partir de la fin du XVIIᵉ siècle et surtout au XVIIIᵉ siècle, l’empire moghol s’essouffle. Les gouverneurs du Bengale, devenus de fait héréditaires, prennent de grandes libertés. Murshid Quli Khan, qui transfère la capitale de Dhaka à Murshidabad, fonde un principat largement autonome, suivi par Shuja-ud-din, puis Alivardi Khan. Les Nawabs de Bengal gouvernent un espace prospère, dont l’attrait ne tarde pas à susciter les convoitises européennes.

Les Européens dans le delta : des comptoirs au pouvoir

Dès le XVIᵉ siècle, des marins portugais installent un comptoir à Chittagong et une colonie à Satgaon. Ils deviennent des acteurs du commerce régional, parfois impliqués dans la piraterie. À partir du XVIIᵉ siècle, Hollandais et Français s’implantent à leur tour. Mais c’est la Compagnie anglaise des Indes orientales qui s’impose progressivement.

Les Anglais s’installent sur le Hooghly dès les années 1630, obtiennent des exemptions de taxes auprès des Nawabs et fondent en 1690 la ville de Calcutta. En 1717, un décret impérial leur offre des droits de perception de taxes dans plusieurs villages autour de cette ville. Sous des gouverneurs comme Shaista Khan, les Nawabs tentent de maintenir un équilibre, mais le rapport de force bascule au milieu du XVIIIᵉ siècle.

Les Anglais et les Nawabs du Bengale

Siraj-ud-Daulah, dernier Nawab indépendant, veut réduire l’influence anglaise. Il s’empare de Calcutta en 1756, mais les forces de la Compagnie, commandées par Robert Clive, reprennent la ville. Le 23 juin 1757, à Plassey (Polashi), la trahison d’alliés clés – Mir Jafar, soutenu par le banquier Jagat Seth – livre la victoire à Clive. Cette bataille est souvent considérée comme le début effectif de la colonisation britannique de l’Inde. Quelques années plus tard, la victoire de la Compagnie à Buxar (1764) contre une coalition indo-moghole confirme sa suprématie, et l’empereur Shah Alam II lui concède les droits de collecte fiscale sur le Bengale, le Bihar et l’Odisha.

La période coloniale : exploitation, famines et éveil politique

Pendant près de deux siècles, la région passée sous domination britannique change de visage. L’espace contrôlé est d’abord désigné sous le nom de Présidence du Bengale, immense entité administrative englobant de larges territoires. L’objectif de la Compagnie, puis du Raj britannique, est clair : faire du Bengale une source de revenus pour l’Empire.

Réformes agraires et choc économique

La réforme la plus déterminante est sans doute le « Permanent Settlement » de 1793, mis en œuvre par le gouverneur général Cornwallis. Elle érige les zamindars – grands propriétaires terriens, souvent brahmanes urbains – en propriétaires héréditaires, tenus de verser un montant fixe et élevé de taxes à l’administration coloniale. Les paysans (raiyats), jusque-là détenteurs de droits coutumiers, perdent toute sécurité foncière et sont soumis à une exploitation intense.

La pression fiscale ne se relâche pas, même en cas de disette ou d’inondation. La combinaison de réquisitions, de corruption et de dérèglement des circuits commerciaux provoque des catastrophes d’ampleur inouïe. La famine de 1769-1770 emporte environ dix millions de personnes. Celle de 1943, en pleine Seconde Guerre mondiale, est en grande partie liée à une gestion coloniale cynique, qui détourne les ressources alimentaires au profit de l’effort de guerre.

Exemple :

La politique coloniale britannique a provoqué l’effondrement de l’artisanat textile local, comme les mousselines de Dhaka, ruinant de nombreux artisans à cause du dumping des cotonnades industrielles anglaises. Parallèlement, elle a imposé l’expansion de cultures d’exportation comme le jute et l’indigo, souvent par la contrainte, déclenchant des révoltes paysannes, notamment l’insurrection contre la culture de l’indigo dans les années 1850-1860.

Naissance d’élites et de mouvements politiques

La domination britannique s’appuie sur une nouvelle élite urbaine, la bourgeoisie lettrée bengalie, ou bhadralok. Formée dans les écoles et universités anglophones de Calcutta et, plus tard, de Dhaka, cette classe adopte certains idéaux libéraux – droits, parlementarisme – et devient le fer de lance des premières revendications autonomistes. Dans le même temps, les vieux aristocrates musulmans, privés de patronage étatique, voient leurs positions décliner, ce qui alimente des tensions communautaires.

Bon à savoir :

En 1905, les Britanniques partitionnent la province du Bengale, officiellement pour des raisons administratives. Cette séparation entre districts à majorité musulmane à l’est (capitale Dhaka) et districts à majorité hindoue à l’ouest (centrés sur Calcutta) est perçue comme une stratégie de ‘diviser pour régner’. Elle déclenche un vaste mouvement de protestation (Swadeshi), avec des boycotts de produits britanniques et l’essor de sociétés révolutionnaires.

Les musulmans, représentés notamment par le Nawab Salimullah de Dhaka, y voient au départ une opportunité de promotion administrative. C’est dans ce contexte qu’est fondée, en 1906, la Ligue musulmane à Dhaka. Mais l’annulation de la partition en 1911, sous la pression des nationalistes hindous, laisse un profond ressentiment chez les élites musulmanes de l’est, convaincues d’avoir été sacrifiées. Cette blessure va peser sur les débats ultérieurs autour de la partition de l’Inde.

Tableau : deux grandes partitions de la région bengalie

Année de mise en œuvreNature de la partitionEntités créées / effets principaux
1905Réorganisation colonialeProvince d’« Eastern Bengal and Assam » (capitale Dhaka) et Bengale occidental avec Bihar & Orissa ; annulée en 1911
1947Partition de l’Empire des IndesDivision du Bengale en Bengale occidental (Inde) et Bengale oriental (Pakistan oriental), sur base religieuse

En 1947, lorsque l’Empire britannique se retire, la question du sort du Bengale se pose à nouveau. Des leaders comme Suhrawardy ou Sarat Chandra Bose défendent un projet de Bengale uni et indépendant, échappant à la fois à l’Inde et au Pakistan. Mais le Congrès et la Ligue musulmane privilégient une partition le long de lignes religieuses. Les votes des assemblées et un référendum à Sylhet aboutissent au partage du Bengale : l’ouest rejoint l’Union indienne, l’est devient une province du nouvel État du Pakistan, sous le nom de Bengale oriental.

Du Pakistan oriental à la naissance du Bangladesh

Le nouveau Pakistan, né en 1947, est géographiquement et culturellement fragmenté. Entre le Pakistan occidental et le Pakistan oriental s’étire plus de 1 000 kilomètres de territoire indien. Les deux ailes diffèrent par la langue, la culture, l’économie. Rapidement, les habitants du Bengale oriental ressentent une marginalisation : ils fournissent la majorité démographique du pays, mais le pouvoir politique, économique et militaire est concentré à l’ouest.

Le Mouvement pour la langue : naissance d’un nationalisme bengali

La première grande confrontation se cristallise autour de la langue. Dans les années qui suivent l’indépendance, les dirigeants centraux déclarent que l’ourdou sera l’unique langue d’État, au nom d’une identité islamique commune. Pour les Bengalis, majoritaires dans la population pakistanaise, cette décision nie leur culture et leur langue maternelle.

Bon à savoir :

Dès 1948, des étudiants, intellectuels et associations au Pakistan oriental (futur Bangladesh) militent pour la reconnaissance officielle du bengali. Le mouvement culmine le 21 février 1952 lorsque la police tire sur une manifestation étudiante à Dhaka, faisant des morts, les premiers « martyrs de la langue ». Un mémorial, le Shaheed Minar, est érigé puis pérennisé pour commémorer ces événements.

Le mouvement linguistique, qui se poursuit jusqu’au milieu des années 1950, aboutit finalement à la reconnaissance du bengali comme langue d’État du Pakistan au même titre que l’ourdou. Mais son impact va bien au-delà : il consolide un sentiment national bengali distinct, fondé moins sur la religion que sur la langue, la culture et une mémoire commune de la répression. L’UNESCO a reconnu cette portée en faisant du 21 février la Journée internationale de la langue maternelle.

Vers la rupture : marginalisation, Six Points et crise de 1970

Au fil des décennies, le ressentiment du Pakistan oriental s’alimente à d’autres sources : faible représentation dans l’armée et la bureaucratie, investissements économiques jugés insuffisants, sentiment d’exploitation. En 1966, Sheikh Mujibur Rahman, leader charismatique de la Ligue Awami, formule un programme en six points demandant une large autonomie économique et politique pour le Pakistan oriental. Accusé de complot, arrêté dans l’« affaire d’Agartala », il devient une figure centrale de la résistance.

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Nombre de sièges remportés par la Ligue Awami sur les 169 alloués au Pakistan oriental lors des premières élections générales de 1970.

Mais les dirigeants de l’Ouest, dont Zulfikar Ali Bhutto, refusent de le laisser accéder au pouvoir. Le président Yahya Khan reporte indéfiniment la réunion de l’Assemblée. Une grève générale et un vaste mouvement de non-coopération éclatent au Pakistan oriental. Le 7 mars 1971, dans un discours historique à Dhaka, Sheikh Mujib résume le sentiment populaire : la lutte, dit-il, est désormais une lutte pour la libération, pour l’indépendance.

La guerre de Libération : génocide et naissance d’un État

Dans la nuit du 25 mars 1971, la junte pakistanaise lance l’« Opération Searchlight » : un plan militaire visant à écraser le mouvement bengali. Les unités pakistanaises prennent d’assaut Dhaka, ciblant les dortoirs de l’université, les quartiers d’intellectuels, les militants politiques et la minorité hindoue. De nombreuses villes du Pakistan oriental sont en proie à des massacres. Cette campagne est aujourd’hui décrite par de nombreux historiens comme un génocide, notamment en raison du système d’exécutions de masse et des violences sexuelles massives contre les femmes bengalies.

Exemple :

Peu après minuit, Sheikh Mujibur Rahman est arrêté à Dacca mais a auparavant proclamé l’indépendance du Bangladesh. Des annonces sont ensuite diffusées à la radio, notamment par M. A. Hannan et le major Ziaur Rahman depuis Kalurghat, affirmant la souveraineté du pays au nom de Sheikh Mujib. Les leaders de la Ligue Awami fuient en Inde pour former un gouvernement provisoire en exil, dirigé par Tajuddin Ahmad (Premier ministre), Syed Nazrul Islam (président intérimaire) et le général M. A. G. Osmani (commandant en chef des forces).

La résistance s’organise. Des soldats bengalis déserteurs, des policiers, des volontaires civils se regroupent dans la « Mukti Bahini », l’Armée de la libération. Sur le terrain, la guerre s’articule autour de deux dynamiques : une guérilla généralisée destinée à harceler l’armée pakistanaise, sabotant ponts, voies ferrées et installations stratégiques ; et la construction graduelle de forces régulières, divisées en secteurs militaires. Des opérations spectaculaires, comme les attaques navales de l’opération Jackpot, visent les navires pakistanais dans les ports de Chittagong, Mongla, Narayanganj ou Chandpur.

L’ampleur de la répression provoque un exode colossal. Entre 10 et 15 millions de personnes, en majorité hindoues mais aussi musulmanes, fuient vers les États indiens frontaliers. Des dizaines de millions d’autres sont déplacées intérieurement. L’Inde, confrontée à cette crise humanitaire, ouvre ses frontières, installe des camps de réfugiés et offre un soutien logistique à la Mukti Bahini. À partir de mai 1971, l’armée indienne commence à former des combattants bengalis dans des camps frontaliers.

Bon à savoir :

En décembre 1971, l’Inde intervient directement après des attaques aériennes pakistanaises. Soutenues par l’armée régulière du Bangladesh et les guérilleros, les forces indiennes contournent les défenses pour converger vers Dhaka, mettant fin au conflit en moins de deux semaines.

Le 16 décembre 1971, encerclées et coupées de leurs renforts, les forces pakistanaises d’Orient capitulent à Dhaka. Le lieutenant-général Niazi signe l’acte de reddition devant le général indien Jagjit Singh Aurora. Plus de 90 000 soldats pakistanais sont faits prisonniers, dans la plus grande reddition militaire depuis la Seconde Guerre mondiale. La veille, une opération de terreur ciblée, le massacre des intellectuels du 14 décembre, avait coûté la vie à des professeurs, médecins, écrivains, ingénieurs bengalis, assassinés par des milices pro-pakistanaises Al-Badr et Al-Shams.

Le Bangladesh sort de la guerre dévasté, avec des centaines de milliers de morts – voire davantage selon certaines estimations – et des centaines de milliers de femmes victimes de viols de guerre. Mais il est désormais un État indépendant, fondé sur un nationalisme bengali et sur l’aspiration à un ordre politique plus juste.

La construction d’un État : espoirs, dérives et instabilité

En janvier 1972, Sheikh Mujibur Rahman est libéré de sa détention au Pakistan et revient triomphalement à Dhaka. Le nouveau pays adopte très vite une constitution, en vigueur à partir de décembre 1972, qui fait de la République populaire du Bangladesh un État parlementaire laïc, fondé sur le nationalisme, la démocratie, le socialisme et la sécularité. Les premières élections de 1973 donnent à la Ligue Awami une majorité écrasante.

Attention :

Le gouvernement tente de reconstruire le pays par des nationalisations et un plan quinquennal, mais l’inexpérience, la corruption, les séquelles de la guerre et une famine en 1974 causant des dizaines de milliers de morts entravent gravement les efforts et érodent l’autorité du pouvoir.

Face aux troubles internes, Sheikh Mujib déclare l’état d’urgence, puis modifie la constitution en 1975 pour instaurer une présidence exécutive et un parti unique, le BAKSAL. Les partis d’opposition sont interdits, les médias encadrés. Cette dérive autoritaire provoque de fortes tensions au sein de l’armée et de la société. Le 15 août 1975, des officiers renversent et assassinent Sheikh Mujibur Rahman, ainsi que de nombreux membres de sa famille. Ce coup d’État ouvre une longue période d’instabilité, jalonnée de putschs et de contre-putschs, où les militaires jouent un rôle central.

Bon à savoir :

À la fin des années 1970, le général Ziaur Rahman devient président. Il réoriente le pays vers un nationalisme plus islamisé, remet en cause la laïcité originelle, libéralise l’économie et ouvre aux investissements étrangers. Il fonde le BNP et s’appuie sur l’armée. Son assassinat en 1981 déstabilise le pays. En 1982, le général Hussain Muhammad Ershad prend le pouvoir par un coup d’État, instaure une présidence militaire et crée le Jatiya Party pour donner une façade civile à son régime.

Durant les années 1980, malgré des élections contestées et un retour formel à la constitution de 1972, le régime reste autoritaire. Une modification constitutionnelle en 1988 fait de l’islam la religion d’État, marquant le recul officiel de la sécularité. Les oppositions, menées par la BNP de Khaleda Zia (veuve de Ziaur Rahman) et la Ligue Awami de Sheikh Hasina (fille de Sheikh Mujib), multiplient manifestations et boycotts. Une puissante mobilisation populaire finit par renverser Ershad en 1990, ouvrant une nouvelle phase démocratique.

Démocratie difficile, alternance et crises contemporaines

Les élections de 1991, organisées par un gouvernement intérimaire neutre, ramènent un parlementarisme qui semblait perdu : la BNP de Khaleda Zia forme un gouvernement, soutenu par le parti islamiste Jamaat-e-Islami. Une réforme constitutionnelle rétablit un régime parlementaire avec un président largement honorifique.

Mais les années suivantes sont marquées par une polarisation croissante entre BNP et Ligue Awami, rivalité qui structure la vie politique bangladaise jusqu’au XXIᵉ siècle. Grèves générales, boycotts du Parlement, accusations de fraude et instrumentalisation de la justice se succèdent. Pour garantir des élections crédibles, une innovation institutionnelle majeure est introduite : le principe de gouvernement intérimaire non partisan chargé d’organiser les scrutins.

Bon à savoir :

Après des élections en 1996 et 2001, la confrontation politique reprend vers 2005, marquée par des violences, la montée de l’islamisme radical, des scandales de corruption et un conflit sur le gouvernement intérimaire. Cela conduit en janvier 2007 à l’instauration d’un état d’urgence, un gouvernement intérimaire soutenu par l’armée, la suspension de l’activité politique et l’arrestation des leaders des grands partis pour corruption.

Les élections de décembre 2008, enfin tenues, donnent une victoire écrasante à la Ligue Awami conduite par Sheikh Hasina. Son gouvernement abolit ensuite le système des gouvernements intérimaires, ce que l’opposition considère comme une garantie supprimée contre la fraude. Malgré des critiques sur la concentration du pouvoir, la Ligue Awami remporte les élections de 2014 et 2018, la première étant largement boycottée par le BNP, la seconde entachée d’accusations de manipulation.

Bon à savoir :

Le pays fait face à une série de crises récentes, incluant des catastrophes industrielles (incendie de Tazreen, effondrement du Rana Plaza), des attentats terroristes (Holey Artisan Bakery en 2016), l’afflux de réfugiés rohingyas depuis 2017 et la pandémie de COVID-19. Parallèlement, les institutions héritées de la période coloniale (administration, justice, parlement) structurent toujours la vie politique, mais sont marquées par une bureaucratie encombrante, de la corruption et un accès inégal à la justice.

En parallèle, le Bangladesh réinvestit son histoire. Les procès pour crimes de guerre de 1971, engagés à partir de 2010, ont visé des membres de Jamaat-e-Islami accusés de collaboration avec l’armée pakistanaise. La reconnaissance internationale du 21 février comme Journée de la langue maternelle consacre le rôle fondateur du Mouvement pour la langue. Les monuments de la guerre d’indépendance, les musées de la Libération et les commémorations du 16 décembre (Jour de la Victoire) renforcent une mémoire nationale explicitement arrimée à 1971.

Patrimoine et mémoire : une histoire inscrite dans la pierre

L’histoire du pays au Bangladesh ne se lit pas seulement dans les livres ou les archives, mais aussi dans un paysage saturé de sites. Trois d’entre eux sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO : la ville-mosquée historique de Bagerhat, les ruines du monastère bouddhique de Paharpur et la partie bangladaise des Sundarbans, plus grande mangrove du monde. D’autres, comme Mahasthangarh ou Mainamati, figurent sur la liste indicative et pourraient rejoindre un jour ce cercle.

Exemple :

Les temples hindous de Puthia, la mosquée étoilée de Dhaka, le palais d’Ahsan Manzil, les églises arménienne et portugaise de la capitale, les gurdwaras sikhs et les résidences de la noblesse zamindar illustrent un mélange d’influences sénas, sultanales, mogholes, coloniales et modernes. Cette diversité reflète l’histoire du territoire, marquée par le bouddhisme monastique, l’hindouisme dévotionnel, l’islam impérial, le christianisme missionnaire, ainsi que les courants modernistes laïques et nationalistes.

Tableau : principaux sites emblématiques et périodes associées

Site / MonumentsPériode dominanteSignification historique principale
MahasthangarhAntiquité – Moyen ÂgePremière grande ville connue, capitale de Pundranagara
Somapura Mahavihara (Paharpur)Période Pala (VIIIᵉ–XIIᵉ)Centre majeur du bouddhisme mahayana, influence architecturale régionale
Complexe de Mainamati (Shalban Vihara…)VIIᵉ–XIIᵉ siècleFoyer monastique bouddhique oriental
Ville-mosquée de Bagerhat (Khalifatabad)XVe siècle (Sultanat)Urbanisme islamique pré-moghol, mosquée aux « soixante » dômes
Lalbagh Fort, mosquées mogholes de DhakaXVIIᵉ siècle (Moghols)Architecture impériale, stratégie fluviale
Temples de Puthia et KantajewXVIᵉ–XIXᵉ sièclesApogée de l’architecture temple bengalie, art de la terre cuite
Ahsan Manzil, maisons zamindarXIXᵉ siècle (Raj britannique)Résidences des élites locales sous le régime colonial
Shaheed Minar, monuments de 1971XXᵉ siècleMémoire du Mouvement pour la langue et de la guerre de Libération

À travers ces lieux, l’histoire du pays au Bangladesh apparaît comme un palimpseste : chaque époque laisse sa couche, souvent sans effacer la précédente. Les stupas bouddhiques voisinent avec des temples hindous, des mosquées et des églises, rappelant que l’identité bengalie s’est formée au croisement de plusieurs univers religieux et culturels.

Une longue continuité, des ruptures fondatrices

Si l’on embrasse d’un seul regard cette trajectoire, depuis les villages néolithiques alignés le long des bras du Gange jusqu’aux manifestations étudiantes du XXIᵉ siècle, un fil conducteur apparaît : l’enjeu récurrent du contrôle du delta et de la définition de l’« être bengali ». Les empires lointains – Maurya, Gupta, Delhi, Moghol, Raj britannique, Pakistan – ont tous cherché à profiter de la richesse agricole et commerciale de la région, en imposant leurs langues, leurs systèmes fiscaux, leurs normes politiques. Mais, à chaque étape, des forces locales ont émergé pour réaffirmer un espace politique propre, qu’il s’agisse des sultanats médiévaux, des Nawabs semi-indépendants, des nationalistes anticoloniaux ou des militants du Mouvement pour la langue.

Bon à savoir :

L’indépendance du Bangladesh en 1971 est l’aboutissement d’une longue histoire de résistances et d’affirmation identitaire. Elle s’est construite autour de la défense de la langue bengalie, du territoire partagé du delta et de la mémoire des luttes contre diverses formes de domination (impériale, coloniale, linguistique et politique). Aujourd’hui, la République populaire du Bangladesh, avec ses institutions héritées du modèle britannique, reste marquée par des débats récurrents sur la laïcité, la place de l’islam et des alternances politiques mouvementées, tous hérités de ces tensions fondatrices.

Comprendre l’histoire du pays au Bangladesh, c’est enfin saisir à quel point ce petit État, enclavé entre Inde et Birmanie, appartient à des histoires plus larges : celle des routes de l’océan Indien, des empires indiens et islamiques, de la mondialisation coloniale, de la décolonisation et des luttes pour l’auto-détermination. C’est ce jeu d’échelles – du village de riziculteurs de l’Âge du fer aux tractations diplomatiques de la guerre froide autour de la crise de 1971 – qui fait de l’histoire du Bangladesh un champ d’étude où se révèlent, en condensé, les grandes dynamiques de l’Asie du Sud.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

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