Comprendre le droit du travail à Madère : salaires, contrats, temps de travail et télétravail

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Le droit du travail à Madère repose sur le même socle que dans le reste du pays : le Code du travail portugais (Loi 7/2009), complété par des décrets régionaux lorsque la Constitution l’autorise, notamment pour le salaire minimum. Mais la région autonome se distingue par plusieurs spécificités importantes, en particulier sur la rémunération minimale, la pratique de la négociation collective et la protection sociale des familles.

Bon à savoir :

Cet article s’appuie sur les données les plus récentes des autorités portugaises (DGERT, ACT) et sur la réglementation régionale en vigueur pour fournir un panorama pratique du droit du travail applicable à Madère.

Sommaire de l'article masquer

Un cadre juridique national appliqué à l’échelle régionale

Le point de départ incontournable, y compris pour les entreprises installées dans le Madeira International Business Centre (MIBC/IBC), est le Code du travail portugais. Ce texte définit la relation de travail comme un contrat par lequel une personne physique fournit une activité à une entreprise, contre rémunération, sous l’autorité et la direction de l’employeur. Toutes les règles relatives à la formation du contrat, à son exécution (temps de travail, congés, santé et sécurité, non‑discrimination) et à sa cessation (licenciement, indemnités, préavis) sont fixées dans ce Code.

Attention :

Une clause contractuelle contraire à une disposition impérative est nulle, y compris à Madère. Lorsqu’une convention collective est rendue applicable à tout un secteur par une Portaria de Extensão, ses dispositions ne peuvent être étendues si elles sont contraires aux normes d’ordre public.

La région peut en revanche, dans le cadre constitutionnel, améliorer certaines garanties. C’est le cas pour le salaire minimum régional, fixé par décret législatif de l’Assemblée législative de la Région autonome, et supérieur au minimum national.

Contrats de travail à Madère : formes, durée et période d’essai

Le droit portugais reconnaît plusieurs types de contrats, applicables tels quels à Madère. Le contrat à durée indéterminée constitue la forme « normale » d’emploi. Les contrats temporaires sont strictement encadrés et exigent un motif légal.

Les principaux types de contrats

On distingue principalement :

le contrat à durée indéterminée (contrat permanent) ;

le contrat à durée déterminée (terme certain) ;

– le contrat à durée indéterminée mais liée à un événement (terme incertain) ;

– les contrats à temps partiel, de travail temporaire via agence, ou de télétravail, qui obéissent à des exigences de forme écrite spécifiques.

Astuce :

Un contrat de travail permanent n’a pas légalement besoin d’être écrit, bien qu’il soit fortement conseillé de formaliser par écrit ses conditions essentielles. En revanche, tout contrat à durée déterminée ou indéterminée de type temporaire doit impérativement être conclu par écrit. Ce contrat temporaire doit également être justifié par une nécessité temporaire réelle, comme le remplacement d’un salarié absent, un surcroît exceptionnel d’activité, un nouveau projet, le lancement d’une activité ou un premier emploi, et doit respecter une durée minimale légale.

Les contrats à terme peuvent comporter :

– un terme certain, avec une date de fin prévue à l’avance ;

– un terme incertain, lié par exemple à la fin d’un chantier ou à la cessation de la raison qui a justifié l’embauche.

Bon à savoir :

Si un contrat de travail ne respecte pas les exigences légales de forme (écrit), de justification ou de durée, il est automatiquement requalifié en contrat à durée indéterminée (CDI). Cette règle s’applique également à Madère. La requalification a des conséquences importantes, notamment sur la protection contre le licenciement et le calcul des indemnités dues.

Durée maximale des contrats temporaires

La loi impose des limites de durée, renouvellements compris. On peut synthétiser ainsi :

Type de contrat à termeNombre maximal de renouvellementsDurée totale maximale (cas général)Cas spécifiques
Durée déterminée – premier emploiJusqu’à 3 renouvellements18 moisRéservé aux primo‑demandeurs d’emploi
Durée déterminée – nouvelle activité / < 750 salariésJusqu’à 32 ansEntreprises en lancement ou de taille moyenne/petite
Durée déterminée – autres casJusqu’à 33 ansRègle générale, hors primo‑emploi et lancement
Durée indéterminée (terme incertain)Sans notion de renouvellement6 ansÀ l’issue, requalification en CDI

Si un contrat temporaire se poursuit plus de 10 jours après l’échéance du terme sans réaction de l’employeur, la relation est également présumée passer en durée indéterminée.

Période d’essai

Tous les contrats peuvent prévoir une période d’essai, sauf si elle est expressément écartée. Elle permet aux deux parties de rompre le contrat sans motif ni indemnité, sous réserve de respecter un préavis minimal lorsque la période d’essai est longue.

Les durées maximales sont les suivantes :

Type de contratCatégorie de fonctionDurée maximale de la période d’essai
CDICadres dirigeants et assimilés240 jours
CDIFonctions techniques complexes, hautes responsabilités, poste de confiance180 jours
CDIAutres salariés90 jours
CDD / CTT ≥ 6 moisTous30 jours
CDD / CTT < 6 moisTous15 jours

Lorsque la période d’essai dépasse 60 ou 120 jours, l’employeur doit respecter un préavis minimal de 7 ou 15 jours en cas de rupture à son initiative, ou verser une compensation équivalente.

Temps de travail, heures supplémentaires et organisation des horaires

Le Code du travail fixe, pour Madère comme pour le continent, un plafond légal de 8 heures par jour et 40 heures par semaine pour le temps de travail normal, de jour comme de nuit. Ces limites peuvent toutefois être modulées par la négociation collective ou par des accords prévus par la loi.

Organisation « standard » du temps de travail

Dans la pratique, de nombreuses entreprises madériennes appliquent un horaire de type « administratif » avec une longue pause méridienne, par exemple :

Plage horaireContenu
09h00 – 13h00Travail
13h00 – 15h00Pause déjeuner
15h00 – 19h00Travail
Total hebdomadaire40 heures

L’employeur doit afficher de façon visible le tableau des horaires. Tout travail au‑delà de ces limites constitue des heures supplémentaires, soumises à des majorations et à des plafonds annuels.

Heures supplémentaires : règles et rémunération

En principe, le recours aux heures supplémentaires est réservé à des situations exceptionnelles : accroissement temporaire d’activité, force majeure, prévention ou réparation de dommages graves pour l’entreprise. Le salarié est en principe tenu d’exécuter ces heures, sauf motif valable, mais il conserve le droit de refuser en cas d’abus.

Les principales règles sont les suivantes :

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Limite annuelle d’heures supplémentaires pour les entreprises de moins de 50 salariés, pouvant être portée à 200 heures par accord collectif ou en cas de force majeure.

La rémunération des heures supplémentaires dépend du moment où elles sont effectuées et du volume déjà accompli dans l’année. Le schéma le plus courant est le suivant :

SituationMajoration minimale par rapport au taux horaire normal
1re heure (ou fraction) un jour ouvrable+25 % (soit 125 %)
Heures suivantes un jour ouvrable+37,5 % (soit 137,5 %)
Jour de repos hebdomadaire ou jour férié+50 % (soit 150 %)
Au‑delà de 100 h/an – jour ouvrable+50 % (1re heure), +75 % (suivantes)
Au‑delà de 100 h/an – repos/férié+100 %

Les heures supplémentaires peuvent aussi être compensées, en tout ou partie, par des jours de repos équivalents, si la convention collective ou l’accord d’entreprise le prévoit.

Certaines catégories sont protégées : les femmes enceintes, les mères allaitantes et les parents d’enfants de moins de 12 mois ne peuvent être obligés à effectuer des heures supplémentaires.

Régimes de flexibilité : adaptabilité et « banque d’heures »

La loi permet d’adapter le temps de travail via différents mécanismes, souvent négociés au niveau des conventions collectives :

Bon à savoir :

Deux dispositifs légaux permettent d’allonger la journée de travail au-delà des 8 heures standard. Le régime d’adaptabilité autorise jusqu’à 12 heures par jour sur une période de référence (4 à 12 mois), à condition que la moyenne hebdomadaire ne dépasse pas 48 heures. La banque d’heures (banco de horas), établie par accord collectif, permet d’ajouter jusqu’à 4 heures supplémentaires par jour (maximum 12h) et d’atteindre 60 heures par semaine, en respectant une moyenne annuelle de 48 heures.

Un accord individuel peut aussi permettre de concentrer le travail sur 4 jours hebdomadaires, en prolongeant la journée jusqu’à 12 heures, sous réserve des limites de repos quotidien et hebdomadaire.

Dans tous les cas, la loi impose :

– un repos journalier minimal de 11 heures consécutives entre deux journées de travail ;

– une pause après 5 heures consécutives de travail, d’une durée d’au moins 30 minutes pour les journées supérieures à 6 heures ;

– au moins un jour de repos hebdomadaire, généralement le dimanche, qui peut être déplacé dans certains secteurs.

Congés payés, jours fériés et vacances à Madère

Le droit aux congés annuels payés est particulièrement protégé : il ne peut pas être remplacé par une simple indemnité, sauf en fin de contrat. À Madère, les règles nationales s’appliquent, avec quelques spécificités liées aux jours fériés locaux.

Congés annuels

Chaque salarié a droit à 22 jours ouvrables de congés payés par an. Pour la première année d’embauche, l’acquisition se fait au rythme de :

2 jours ouvrables de congés par mois complet de contrat, jusqu’à 20 jours maximum ;

la prise effective n’est possible qu’après 6 mois complets de service.

Attention :

Au moins 10 jours de congés doivent être pris de manière consécutive (sauf accord contraire) pour assurer un vrai repos. De plus, si l’année civile se termine dans les six premiers mois d’emploi, un plafond de 30 jours de congés pour cette année civile s’applique, en cumulant les droits de la première et de la deuxième année.

En cas de rupture du contrat, le salarié a droit :

à l’indemnisation des jours de congés non pris, y compris au titre de l’année de rupture ;

au versement proportionnel de la prime de vacances.

Jours fériés nationaux et régionaux

Le Portugal compte 12 jours fériés nationaux obligatoires. À ceux‑ci s’ajoutent, à Madère, deux jours fériés régionaux obligatoires et des jours municipaux.

Parmi les jours spécifiquement mentionnés pour la région figurent notamment :

CommuneFête municipale (jour férié local)
Santa Cruz15 janvier
Ribeira Brava29 juin
Ponta do Sol8 septembre
Porto Moniz22 juillet
Porto Santo24 juin
Funchal21 août
Machico8 mai
Santana25 mai
São Vicente22 janvier
Calheta24 juin
Câmara de Lobos16 octobre

Ces dates s’ajoutent aux fériés nationaux comme le Jour du Portugal, la fête de la République, Noël, etc. Trois jours fériés « optionnels » peuvent également être chômés selon usage local ou accord collectif.

Le travail un jour férié est rémunéré avec une majoration d’au moins 150 % ou compensé par un repos équivalent, selon les règles sur les heures supplémentaires.

Rémunération à Madère : salaire minimum, 13e et 14e mois, charges sociales

La rémunération au Portugal est structurée autour d’un salaire de base mensuel, complété par deux « mois » supplémentaires obligatoires : la prime de vacances et la prime de Noël. Madère ajoute à ce cadre un salaire minimum régional plus élevé que celui du continent.

Salaire minimum : un avantage régional

Le salaire minimum est un élément central de la politique sociale madérienne. Il se définit comme un montant brut mensuel garanti, avant retenues de cotisations sociales (11 % à la charge du salarié) et d’impôt sur le revenu (IRS). Il s’impose à tous les employeurs, y compris lorsque des conventions collectives ou contrats individuels prévoient un montant inférieur.

L’évolution récente du salaire minimum à Madère peut être résumée ainsi : le salaire minimum a connu des augmentations significatives au cours des dernières années, reflétant une volonté de soutenir les travailleurs et de s’adapter à l’évolution du coût de la vie dans la région. Ces ajustements visent à améliorer le niveau de vie des citoyens et à réduire les disparités économiques.

AnnéeSalaire minimum mensuel à MadèreÉcart avec le minimum continentalBase juridique
2013494,70 €Supérieur au minimum national (485 €)Décret régional en vigueur
2021682,00 €+31,12 € par rapport à 2020Décision régionale
2022723,00 €+18 € par rapport au national (705 €)Décret régional avec effet rétroactif
2023785,00 €Supérieur au nationalDécret législatif régional 11/2023/M
2024850,00 €Supérieur au nationalDécret régional
2025915,00 €Plus élevé que le national (870 €) et les Açores (913,50 €)Décret législatif régional 20/2024/M
2026980,00 €Environ 6,5 % au‑dessus du national (920 €)Décret législatif régional 1/2026/M

En 2026, payé sur 14 mensualités, ce minimum équivaut à environ 940 € par mois. Les autorités régionales ont annoncé un objectif d’atteindre 1 200 € de minimum régional à l’horizon 2029, avec des jalons projetés de 1 050 € en 2027, 1 130 € en 2028 et 1 213 € en 2029. Depuis 2015, l’augmentation cumulée du salaire minimum à Madère dépasse 78 %, soit environ 400 € de plus par mois.

Bon à savoir :

Pour les salariés à temps partiel, le salaire minimum régional est calculé au prorata de leur durée contractuelle. Aucune catégorie (jeunes, stagiaires, travailleurs au pourboire) ne peut être rémunérée en dessous de ce seuil. Des exceptions strictement encadrées existent pour certains apprentis ou travailleurs handicapés, sous réserve de plafonds de réduction et d’une certification officielle.

Salaire et compléments obligatoires

Au‑delà du minimum, la rémunération au Portugal, y compris à Madère, suit un schéma en 14 paiements annuels :

– 12 mensualités ordinaires ;

– 1 prime de vacances équivalente à un mois de salaire de base, versée avant la prise du congé ;

– 1 prime de Noël équivalente à un mois de salaire de base, versée avant le 15 décembre.

Ces deux primes ne peuvent pas être utilisées pour « gonfler » artificiellement le salaire de base afin de prétendre au respect du minimum légal. Le salaire de base mensuel lui‑même doit atteindre au moins le minimum régional applicable.

Bon à savoir :

Certaines conventions collectives, par exemple dans les secteurs de l’hôtellerie, de la construction ou de la banque, peuvent fixer des salaires minimaux supérieurs au SMIC légal. L’employeur a l’obligation d’appliquer le montant le plus avantageux pour le salarié, c’est-à-dire le plus élevé entre le minimum légal et celui prévu par la convention collective applicable à l’entreprise.

Cotisations sociales et fiscalité

Le régime de sécurité sociale impose une contribution globale de 34,75 % du salaire brut, répartie comme suit :

23,75 % à la charge de l’employeur ;

11 % à la charge du salarié.

L’employeur est tenu de : respecter les obligations légales et contractuelles envers ses employés.

immatriculer ses salariés auprès de la Sécurité sociale (obtention d’un numéro NISS) ;

déclarer et verser les cotisations entre le 10 et le 20 du mois suivant ;

– retenir à la source l’impôt sur le revenu (IRS), selon un barème progressif tenant compte du niveau de revenu et de la situation familiale.

Le non‑paiement du salaire minimum, ou le défaut de versement des cotisations sociales, constitue une infraction très grave, sanctionnée par l’ACT par des amendes pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros pour les grandes entreprises, et exposant les dirigeants à une responsabilité personnelle.

Santé, sécurité et conditions de travail

Le droit à des conditions de travail sûres et saines est fortement protégé au Portugal. À Madère, l’Autoridade para les Condições du Travail (ACT) contrôle l’application des normes, tandis que la législation nationale détaille les obligations de prévention, de formation et de surveillance médicale.

Principes généraux de prévention

Les employeurs doivent appliquer les principes généraux de prévention : éviter les risques, les évaluer lorsqu’ils ne peuvent être évités, combattre les risques à la source, adapter le travail à la personne, informer et former les salariés. Concrètement, ils sont tenus de :

Bon à savoir :

L’employeur est tenu de réaliser des évaluations de risques pour tous les postes et de mettre en œuvre des mesures pour les éliminer ou les réduire. Il doit fournir gratuitement les équipements de protection individuelle nécessaires et assurer une formation adaptée aux risques. L’organisation de services de santé au travail avec des médecins accrédités est obligatoire, incluant des examens médicaux à l’embauche, périodiques, lors d’un changement de poste, après une longue absence ou à la demande du salarié.

Les entreprises doivent également disposer de moyens de premiers secours, de systèmes de détection incendie et de procédures pour les situations de danger grave et imminent, en particulier dans les secteurs à risque (construction, industrie, mines, pêche, etc.).

Rôle de l’ACT et procédures en cas d’accident

L’ACT peut être saisie par tout salarié en cas de manquement présumé, via une plainte, y compris en ligne. En cas d’accident du travail grave ou mortel, l’employeur doit notifier l’ACT dans les 24 heures. Dans le secteur du bâtiment, si l’employeur ne le fait pas, l’entreprise exécutante, voire le maître d’ouvrage, a l’obligation subsidiaire de signalement.

Attention :

Tout salarié doit être couvert par une assurance accidents du travail dès le premier jour de son contrat. Travailler sans cette couverture constitue une infraction administrative lourde.

Télétravail et « droit à la déconnexion » : un volet en pleine évolution

Le Portugal a profondément modernisé son régime de télétravail avec la loi 83/2021, entrée en vigueur en 2022. Ces règles s’appliquent intégralement à Madère.

Définition et accord écrit

Le télétravail est défini comme une activité exercée sous la subordination juridique de l’employeur, mais en dehors de ses locaux, au moyen des technologies de l’information et de la communication. Cette définition couvre :

– le télétravail à 100 % ;

– les dispositifs hybrides combinant présence et travail à distance.

Un accord écrit est obligatoire, soit intégré au contrat initial, soit sous forme d’avenant. Cet accord doit préciser :

le lieu de travail à distance (adresse), considéré juridiquement comme le lieu de travail ;

– la durée de l’accord (déterminée ou indéterminée) et les modalités de renouvellement ou de dénonciation ;

– l’horaire quotidien et hebdomadaire ;

– la catégorie professionnelle, la rémunération et la mention du régime de télétravail ;

– la propriété et les caractéristiques des équipements, ainsi que la prise en charge de leur installation, maintenance et réparation ;

– les modalités de prise en charge des coûts supplémentaires (électricité, internet, équipement, etc.) ;

– la fréquence des contacts en présentiel pour limiter l’isolement.

Bon à savoir :

Un accord à durée déterminée (ADD) ne peut excéder 6 mois. Il se renouvelle automatiquement pour des périodes égales si aucune des parties ne le dénonce par écrit au moins 15 jours avant son terme. Un accord à durée indéterminée (ADI) peut être rompu par l’une des parties avec un préavis de 60 jours. Pour tout nouvel accord, les 30 premiers jours constituent une période d’essai durant laquelle chaque partie peut y mettre fin librement.

Droit de demander ou de refuser le télétravail

Un employeur ne peut pas imposer unilatéralement le télétravail à un salarié. À l’inverse, le salarié peut refuser une proposition de télétravail sans devoir se justifier et sans risque de sanction.

Certains salariés disposent toutefois d’un droit à télétravailler, sous condition que leur poste soit compatible et que l’entreprise dispose des moyens techniques nécessaires. Sont notamment concernés :

les parents d’un enfant jusqu’à 3 ans ;

les parents d’un enfant handicapé, atteint d’une maladie chronique ou d’un cancer, quel que soit l’âge, s’il vit au foyer ;

– les parents d’un enfant jusqu’à 8 ans, dans certaines configurations (famille monoparentale, lorsque seul l’un des parents peut télétravailler, ou si les deux se répartissent le télétravail sur une période de référence de 12 mois) ;

– les victimes de violence domestique ayant déposé plainte et quitté le domicile familial ;

– les aidants informels non principaux reconnus par la Sécurité sociale, pendant jusqu’à 4 ans.

Bon à savoir :

Dans les entreprises de moins de 10 salariés, le droit au télétravail pour les parents d’enfants de moins de 8 ans est exclu. Si l’employeur refuse une demande, il doit motiver sa décision par écrit. Le salarié peut ensuite saisir l’ACT (Autorité de contrôle) pour faire apprécier la légitimité de ce refus.

Équipement, frais et fiscalité

L’employeur doit fournir les équipements nécessaires (ordinateur, logiciels, systèmes de communication) ou valider les caractéristiques et le coût des équipements appartenant au salarié, tout en prenant en charge leur maintenance et réparation.

Les dépenses supplémentaires liées au télétravail doivent être remboursées. Elles peuvent l’être sous la forme :

– d’une indemnité forfaitaire mensuelle prévue par le contrat ou la convention collective ;

– d’un remboursement sur justificatifs, couvrant notamment la différence de consommation d’électricité et d’internet par rapport au mois de référence précédant le télétravail.

Un arrêté ministériel fixe des montants journaliers exonérés d’IRS et de cotisations sociales, par exemple :

Type de dépense (télétravail)Plafond d’exonération par jour
Électricité résidentielle0,10 €
Internet personnel0,40 €
Utilisation d’un ordinateur personnel0,50 €

Au‑delà de ces montants, les remboursements sont en principe considérés comme un revenu imposable.

Santé, sécurité et contrôle à distance

Les télétravailleurs bénéficient des mêmes droits en matière de santé et de sécurité au travail que les salariés sur site. L’employeur doit :

Astuce :

Pour assurer la santé et la sécurité des télétravailleurs, il est essentiel d’évaluer les risques spécifiques de leur lieu de travail à domicile. Organisez des examens médicaux avant le début du télétravail, puis régulièrement, généralement chaque année, pour mesurer ses effets physiques et psychologiques. Adaptez les instruments et procédures de prévention, comme l’ergonomie du poste, les pauses et la formation. Enfin, n’oubliez pas de déclarer l’adresse de télétravail à l’assureur accidents du travail.

L’employeur peut visiter le lieu de télétravail, uniquement pour vérifier les conditions de sécurité ou les équipements, dans une plage horaire restreinte (entre 9 h et 19 h), avec un préavis d’au moins 24 heures et le consentement du salarié, en présence de ce dernier ou d’une personne de son choix.

Droit à la déconnexion et protection de la vie privée

La loi a introduit un véritable droit à la déconnexion : l’employeur a l’obligation de s’abstenir de contacter le salarié en dehors de ses horaires de travail, en particulier pendant les périodes de repos journalier, les jours de repos et les vacances, sauf cas de force majeure ou situation d’urgence avérée. Les manquements peuvent être sanctionnés par des amendes.

La protection de la vie privée est également renforcée. Il est interdit de recourir à des dispositifs de surveillance intrusifs pour contrôler la performance du salarié, tels que :

le suivi permanent du temps passé sur chaque application ;

la captation automatique d’images d’écran ;

l’obligation de laisser la caméra allumée en permanence ;

la géolocalisation en temps réel injustifiée.

Les moyens de surveillance éventuellement utilisés doivent être proportionnés, déclarés à la Commission nationale de protection des données (CNPD) lorsqu’ils impliquent un traitement de données sensibles, et portés à la connaissance des salariés, avec indication de leurs finalités (protection des personnes et des biens, exigences propres à certaines activités).

Congés parentaux et droits des familles : un régime protecteur, avec bonus à Madère

Le système portugais de congé parental, applicable à Madère, a beaucoup évolué depuis 2009, avec une logique de partage des responsabilités entre les parents et des incitations à l’implication des pères.

Congé parental initial et congés spécifiques mère/père

Le congé parental initial dure 120 ou 150 jours calendaires, suivant le choix des parents et le niveau de rémunération souhaité. Il peut être partagé entre les deux, avec une bonification si le partage est effectif.

– La mère doit obligatoirement prendre 42 jours (6 semaines) après la naissance, pouvant avancer jusqu’à 30 jours avant l’accouchement.

– Le père dispose d’un congé réservé (Fathers‑only Parental leave), désormais de 28 jours obligatoires plus 7 jours optionnels, rémunérés à 100 %, à prendre dans les 42 jours suivant la naissance, dont 7 jours consécutifs immédiatement après la naissance.

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Le bonus de jours supplémentaires accordé si chaque parent prend au moins 30 jours consécutifs de congé parental de façon non simultanée.

150 jours à 100 % du salaire de référence ; ou

180 jours à 83 % du salaire de référence, en cas de partage répondant aux critères.

Les parents résidant à Madère bénéficient d’une majoration de 2 % des prestations de congé parental, afin de compenser le coût de l’insularité.

Prolongations et cas particuliers

Des prolongations sont prévues :

30 jours supplémentaires par enfant en cas de naissances multiples (jumeaux, triplés, etc.) ;

extension en cas d’hospitalisation de l’enfant ou de prématurité (jusqu’à 33 semaines de gestation ou besoin de soins particuliers) ;

– congés spécifiques pour les parents d’enfants atteints de cancer, de handicap ou de maladie chronique, avec des droits de congés prolongés (au moins 6 mois).

Les parents en traitement de procréation médicalement assistée (PMA/IVF) peuvent également s’absenter jusqu’à trois jours par cycle de traitement.

Bon à savoir :

En raison de l’insularité, les travailleurs à Madère bénéficient d’un délai supplémentaire pour se rendre vers les structures de soins spécialisées sur le continent, applicable à la mère et au co‑parent.

Congé parental complémentaire et temps partiel

Après le congé parental initial, chaque parent dispose d’un congé parental complémentaire de trois mois, qu’il peut prendre :

à temps plein, indemnisé à 25 % du salaire de référence si pris immédiatement à la suite du congé initial ;

– à temps partiel, en travaillant à mi‑temps, avec une prestation proportionnelle (généralement 20 à 30 % du salaire de référence) ;

– de manière échelonnée (jours ou demi‑journées).

Ce congé supplémentaire peut être utilisé jusqu’au 6e anniversaire de l’enfant. Les parents madériens touchent là encore une majoration de 2 % de la prestation.

Des droits supplémentaires existent pour les parents d’enfants jusqu’à 12 ans (ou sans limite d’âge en cas de handicap ou affection chronique) en matière d’horaires flexibles, de télétravail et de refus d’heures supplémentaires.

Rupture du contrat de travail : motifs, procédures et indemnités

Le droit portugais ne connaît pas la rupture « à volonté » : la fin du contrat suppose toujours un motif légal et le respect de procédures strictes. À Madère, ce régime s’applique intégralement.

Modes de rupture

Les principaux modes de cessation sont :

l’expiration d’un contrat à durée déterminée ou indéterminée (terme incertain) ;

la rupture d’un commun accord, par écrit, avec un délai de rétractation de 7 jours pour le salarié (sauf signature notariale) ;

– le licenciement disciplinaire pour motif grave imputable au salarié ;

– le licenciement collectif, pour motifs économiques, structurels ou technologiques ;

– le licenciement pour extinction de poste ;

– le licenciement pour inadéquation / inaptitude au poste ;

– la résolution du contrat par le salarié pour juste motif (faute de l’employeur) ;

– la démission du salarié avec préavis ;

– l’impossibilité absolue et définitive de fournir ou de recevoir le travail (invalidité, disparition de l’entreprise, etc.) ;

– la retraite du salarié.

Licenciement à l’initiative de l’employeur

Pour un contrat permanent, l’employeur ne peut rompre le contrat qu’en cas de faute grave ou de motif objectif. La faute grave doit rendre immédiatement et pratiquement impossible la poursuite du contrat. Sont notamment cités :

Attention :

Constitue une faute grave pouvant justifier un licenciement sans préavis ni indemnité : la désobéissance illégitime et répétée, les atteintes aux droits ou à la dignité des collègues, les conflits provoqués à répétition, une négligence grave dans l’exécution des tâches, un préjudice sérieux causé aux intérêts financiers de l’entreprise, la falsification de justificatifs d’absence, des absences injustifiées atteignant 5 jours consécutifs ou 10 jours interpolés par an, le non-respect délibéré des règles de santé et sécurité, ainsi que les violences ou offenses graves commises dans l’entreprise.

Pour être valable, le licenciement disciplinaire doit suivre une procédure contradictoire encadrée par le Code du travail. Le non‑respect de cette procédure entraîne l’illégalité du licenciement, ouvrant droit pour le salarié à des indemnités, au paiement des salaires de la période écoulée, et au choix entre réintégration et indemnisation fixée par le tribunal.

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Le caractère collectif d’un licenciement économique est déterminé par des seuils chiffrés spécifiques.

Taille de l’entrepriseSeuil minimal pour licenciement collectif (sur 3 mois)
Micro et petites (jusqu’à 49 salariés)2 salariés
Moyennes et grandes (50 salariés et plus)5 salariés

L’ACT participe à la procédure dans ces cas et vérifie la conformité des motifs et des critères de sélection des salariés concernés.

Rupture à l’initiative du salarié

Le salarié peut :

rompre pour juste motif, sans préavis, lorsqu’un comportement grave de l’employeur rend intolérable la poursuite de la relation (non‑paiement du salaire, atteinte à la sécurité et santé, harcèlement, atteinte grave à sa dignité, modification substantielle et durable des conditions de travail, etc.) ;

démissionner sans motif en respectant un préavis écrit :

– 30 jours pour une ancienneté jusqu’à 2 ans ;

– 60 jours au‑delà.

Il doit agir dans les 30 jours suivant la connaissance des faits justifiant la rupture pour faute de l’employeur.

Indemnités de licenciement et droits à la sortie

Les règles d’indemnisation ont été réformées à plusieurs reprises. Pour les contrats récent, les grandes lignes sont les suivantes :

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En cas d’expiration d’un CDD ou d’un CTT, l’indemnité légale est de 24 jours de salaire par année complète de service, avec des variantes selon l’ancienneté.

Le salarié a également droit :

au paiement des salaires dus ;

aux indemnités de congés non pris et de primes (vacances et Noël) proportionnelles ;

– à un certificat de travail mentionnant les dates d’entrée et de sortie et les fonctions exercées ;

– aux documents nécessaires pour l’inscription au chômage.

En cas de licenciement jugé illégal par le tribunal, le salarié peut obtenir, outre les salaires rétroactifs, des dommages‑intérêts pour préjudice moral et matériel, et choisir entre la réintégration et une indemnisation fixée par la justice.

Certaines catégories bénéficient d’une protection renforcée, notamment les femmes enceintes, en post‑partum ou allaitantes : tout licenciement les concernant nécessite un avis préalable de la Commission pour l’égalité dans le travail et l’emploi, sous peine de nullité et de sanctions lourdes.

Négociation collective et particularités régionales

Madeire fait pleinement partie du système de négociation collective portugais, historiquement centré sur les conventions de branche. Plus de 80 % des salariés couverts le sont par un accord sectoriel, souvent étendu à l’ensemble des entreprises du secteur par des ordonnances d’extension publiées au Boletim do Trabalho e Emprego (BTE) du ministère du Travail.

Les instruments de régulation collective comprennent :

Sources du droit du travail

Au Portugal, les relations professionnelles sont régies par plusieurs sources de droit, allant de la loi aux accords négociés.

Accords d’entreprise (AEs)

Accords négociés directement entre les représentants des travailleurs et une entreprise spécifique, adaptant les conditions de travail à son contexte.

Conventions collectives de secteur (CCs)

Accords conclus au niveau d’un secteur d’activité, établissant des règles communes pour les entreprises et les travailleurs de ce domaine.

Accords multi‑entreprises

Accords collectifs négociés entre les syndicats et plusieurs employeurs, couvrant un groupe d’entreprises défini.

Ordonnances d’extension (*Portarias de Extensão*)

Instruments officiels qui étendent l’application d’une convention collective existante à des entreprises non signataires du secteur concerné.

Décisions arbitrales

Résolutions imposées par un arbitre en cas de conflit collectif persistant, servant de source de droit pour trancher le différend.

À Madère, comme ailleurs, une ordonnance d’extension ne peut pas reprendre de clauses contraires aux normes impératives du Code du travail, notamment en matière de salaire minimum régional, de durée maximale du travail, de sécurité et santé, ou de congés parentaux.

La crise économique des années 2010, puis les conditionnalités imposées par la « Troïka », ont provoqué un effondrement des renouvellements de conventions collectives, avec un taux de renouvellement tombant à 11 % de la couverture en 2013‑2014. Depuis 2015, la situation se redresse progressivement, avec une augmentation du nombre d’accords, y compris sur les thématiques d’égalité, de non‑discrimination et de protection parentale.

Conclusion : un cadre protecteur, mais exigeant en matière de conformité

Le droit du travail à Madère combine la rigueur du cadre portugais et quelques spécificités régionales fortes, au premier rang desquelles le salaire minimum, plus élevé qu’au continent, et la majoration des prestations parentales. Pour les employeurs, locaux ou étrangers, la priorité est de respecter :

Exemple :

L’employeur doit notamment respecter les règles sur les types de contrats (CDD, intérim) et leurs durées maximales pour éviter une requalification en CDI, ainsi que les limites du temps de travail, les heures supplémentaires et tenir un système de pointage fiable. Il doit garantir les droits à congés payés, fériés, parentaux et leurs indemnités, et verser au moins le salaire minimum régional (SMIC) ou les minima conventionnels sectoriels si supérieurs. Les obligations incluent aussi le cadre du télétravail, le droit à la déconnexion, la santé et sécurité (y compris au domicile en télétravail), et le respect de procédures strictes de licenciement avec les indemnités légales ou conventionnelles.

Pour les salariés, connaître ces droits permet de mieux négocier les contrats, de contester les situations irrégulières devant l’ACT ou le tribunal du travail, et de bénéficier pleinement des protections prévues, que ce soit en matière de salaire, de temps de travail, de parentalité ou de sécurité au travail. Dans un contexte où la région poursuit une politique volontariste de revalorisation des bas salaires et de soutien à l’emploi, la compréhension fine du droit du travail à Madère devient un outil essentiel, autant pour sécuriser les activités économiques que pour garantir la dignité et la qualité de vie des travailleurs.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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