S’implanter en Albanie intéresse de plus en plus d’entrepreneurs européens : fiscalité allégée, charges salariales modestes, accès simple au marché balkanique et à l’Union européenne via les accords commerciaux… Mais pour transformer cette opportunité en projet solide, il faut comprendre précisément le cadre juridique, fiscal et bancaire albanais.
Ce guide synthétise les règles applicables, les options de structuration, les coûts à prévoir et les dispositifs de résidence pour la création d’une société en Albanie. Il s’appuie sur le droit en vigueur et intègre les mesures déjà votées pour les prochaines années, offrant une vision actualisée jusqu’en 2026.
Comprendre l’environnement des affaires
L’Albanie se positionne comme une économie émergente d’Europe du Sud‑Est. La croissance reste soutenue, les réformes pro‑business s’enchaînent, et les flux d’IDE ont atteint des records récents. La législation commerciale est largement alignée sur les standards de l’Union européenne, ce qui rassure les investisseurs habitués au droit continental.
Plusieurs éléments structurent cet environnement.
Taux unique d’impôt sur les sociétés en Albanie, avec un régime à 0 % pour les petites entreprises jusqu’à fin 2029.
De l’autre, l’Albanie reste un marché en transition, où la corruption, l’informalité, les lenteurs administratives ou les contentieux fonciers existent. Le cadre légal protège les investisseurs, mais son application peut être inégale. L’enjeu, pour un créateur d’entreprise étranger, est donc de profiter des avantages tout en se couvrant face aux risques, notamment en s’entourant très tôt d’un avocat et d’un comptable locaux.
Le cadre juridique pour les investisseurs étrangers
Le socle de la réglementation des sociétés repose sur plusieurs textes clés:
– la loi sur les sociétés commerciales (Loi n° 9901/2008 « On Entrepreneurs and Commercial Companies »)
– la loi sur l’investissement étranger (Loi n° 7764/1993)
– la loi sur le Centre national d’enregistrement, devenu Centre national des affaires (Loi n° 9723/2007)
– la loi n° 29/2023 sur l’impôt sur le revenu, entrée en vigueur début 2024
Les lois albanaises garantissent un traitement identique pour les investisseurs étrangers et nationaux. Aucun secteur économique n’est complètement fermé aux étrangers, qui peuvent détenir 100% du capital sans obligation de partenaire local, y compris pour les grands projets.
Le régime d’investissement garantit:
– l’absence de distinction fiscale entre acteurs locaux et étrangers
– la protection contre l’expropriation, sauf raisons d’intérêt public compensées équitablement
– le droit de rapatrier capital et bénéfices
– la non‑exigence d’autorisation générale préalable pour investir
Seules quelques activités (médias audiovisuels, santé, professions juridiques…) sont soumises à des règles spécifiques ou des licences renforcées, mais sans interdiction de participation étrangère.
Choisir la structure juridique adaptée
La question centrale de tout projet de création d’entreprise en Albanie est le choix de la forme sociale. Le droit albanais propose une palette relativement classique, dont certaines options sont particulièrement intéressantes pour les fondateurs étrangers.
La société à responsabilité limitée (Sh.p.k.) – la forme reine
La Sh.p.k. (Shoqëri me Përgjegjësi të Kufizuar), équivalent de la SARL/LLC, est la forme utilisée par la très grande majorité des PME et des fondateurs étrangers.
Elle offre:
– un capital minimum légal symbolique: 100 ALL (moins de 1 €)
– une responsabilité limitée des associés au montant de leurs apports
– une grande flexibilité dans la répartition des parts et des bénéfices
– la possibilité d’avoir un seul associé (Sh.p.k. unipersonnelle) ou jusqu’à 40 associés
– aucune obligation de résidence en Albanie pour les gérants ou actionnaires
– 100 % de détention étrangère sans contrainte
En pratique, les investisseurs préfèrent déclarer un capital plus crédible (entre 1 000 et 5 000 €) pour inspirer confiance aux banques et partenaires commerciaux, même si la loi n’exige qu’une somme symbolique.
Les apports au capital d’une société peuvent être effectués en numéraire (argent) ou en nature (biens matériels, actifs incorporels, etc.). Il est important de noter que les prestations de services ne sont pas acceptées comme forme d’apport. Une fois libéré, ce capital devient le fonds de roulement de l’entreprise et peut être utilisé pour financer ses dépenses d’exploitation courantes.
La société par actions (Sh.a.) – pour les gros projets
La Sh.a. (Shoqëri Aksionare), assimilable à une SA/JSC, est pensée pour les projets de grande envergure, les secteurs régulés (banque, assurance, télécom…) ou les entreprises ayant vocation à lever des fonds auprès d’un grand nombre d’actionnaires.
Elle se caractérise par:
– un capital minimum élevé:
– fermé (sans offre publique): 2 000 000 ALL ou 3 500 000 ALL selon les sources (de l’ordre de 16 000 à 30 000 €)
– ouvert (offre publique): 10 000 000 ALL (environ 80 000 €)
– l’obligation de libérer au moins 25 à 30 % du capital en numéraire lors de la constitution
– la nécessité d’un organe de gouvernance plus lourd (conseil d’administration ou conseil de surveillance) dès qu’il y a plusieurs actionnaires
– l’obligation de faire auditer les comptes annuels
Cette structure convient aux banques, compagnies d’assurance, grandes industries ou groupes souhaitant éventuellement recourir au marché financier local.
Entreprise individuelle (Person Fizik) – à manier avec prudence
L’entreprise individuelle (Person Fizik) est la forme la plus simple mais la plus risquée sur le plan patrimonial.
Ses caractéristiques principales:
– pas de capital minimum
– responsabilité illimitée de l’entrepreneur sur ses biens personnels
– imposition à l’impôt sur le revenu (et non à l’impôt sur les sociétés)
– procédure d’enregistrement très rapide via le portail e‑Albania
Important pour un étranger: l’enregistrement comme Person Fizik exige un permis de résidence albanais; ce statut n’est donc pas immédiatement accessible à un non‑résident.
Fiscalement, grâce à la réforme de l’impôt sur le revenu, les entrepreneurs individuels bénéficient d’un régime à 0 % d’impôt sur les bénéfices jusqu’à 14 millions ALL de chiffre d’affaires annuel, en principe jusqu’au 31 décembre 2029, puis basculent dans une taxation progressive (15 % puis 23 % sur le bénéfice net au‑delà).
Succursale et bureau de représentation
Un groupe étranger qui souhaite tester le marché albanais ou garder une structure très intégrée peut opter pour:
La succursale (Dege e Shoqërisë së Huaj) est une simple émanation de la société mère, qui en reste entièrement responsable. Elle est imposée à 15 % sur ses revenus albanais, avec un taux de 0 % possible si son chiffre d’affaires local est inférieur à 14 millions ALL. Le bureau de représentation, quant à lui, est strictement limité à des activités de liaison et de prospection, sans possibilité de facturation ou d’activité commerciale. Il n’est donc généralement pas soumis à l’impôt sur les sociétés.
Ces formes sont utiles pour des activités de repérage de marché ou de coordination régionale, mais la moindre activité commerciale exige ensuite une conversion en Sh.p.k. ou en succursale.
Partenariats et sociétés de personnes
Le droit albanais prévoit également: les dispositions relatives à la protection des droits de l’homme, la propriété intellectuelle, et les normes environnementales.
– la société en nom collectif (General Partnership)
– la société en commandite (Limited Partnership)
Elles sont peu utilisées par les investisseurs étrangers, car elles impliquent une responsabilité illimitée pour au moins un des associés et n’apportent pas d’avantage fiscal déterminant par rapport à la Sh.p.k.
Étapes concrètes de création d’une société
La procédure de constitution en Albanie est relativement rapide et centralisée. Le Centre national des affaires (QKB) joue le rôle de guichet unique, enregistrant d’emblée la société au registre du commerce, auprès de l’administration fiscale et des organismes de sécurité sociale.
1. Préparation et choix du nom
La première étape consiste à choisir la forme juridique (souvent Sh.p.k.), définir le capital, la répartition des parts et désigner l’administrateur.
Le nom de la société doit ensuite être vérifié auprès du QKB pour éviter les doublons. Cette vérification se fait en ligne, avec possibilité de réserver le nom pour une durée pouvant aller jusqu’à 30 jours.
2. Rédaction des statuts et acte de constitution
Les documents essentiels sont:
– l’acte de fondation (Akti i Themelimit)
– les statuts (Statuti i Shoqërisë)
Pour une Sh.p.k. unipersonnelle, ces deux documents peuvent être réunis en un seul. Ils doivent préciser notamment:
Les éléments constitutifs essentiels à fournir lors de la création d’une société en Albanie.
La dénomination sociale et l’objet social, ce dernier devant être défini à l’aide des codes d’activités NACE Rev. 2.
L’adresse du siège social en Albanie, documentée par un bail, une promesse de bail ou un titre de propriété.
Le montant du capital social et la répartition détaillée des parts entre les associés.
La durée prévue de la société ainsi que les règles de prise de décision et de nomination de l’administrateur.
Tous les documents provenant de l’étranger (passeports, extraits Kbis de sociétés mères, décisions d’organe, etc.) doivent être traduits en albanais par un traducteur assermenté, puis notariés. Selon les pays, une apostille ou une légalisation consulaire s’ajoute.
3. Apport et certificat bancaire
Même si le capital minimum de la Sh.p.k. est de 100 ALL, il doit être souscrit et libéré avant l’enregistrement. Pour une Sh.a., au moins 25–30 % du capital en numéraire doit être effectivement versé à la banque avant la constitution.
La banque émet un certificat confirmant le versement du capital, document indispensable pour le dossier QKB. En pratique, on ouvre souvent un compte transitoire pour y déposer ce capital, qui sera converti ensuite en compte courant de la société après immatriculation.
4. Dépôt de la demande au QKB
Le dossier d’immatriculation comprend typiquement:
Liste des pièces justificatives nécessaires pour constituer une entreprise en bonne et due forme.
Le formulaire standard QKB, à compléter en ligne ou sur support papier.
L’acte de fondation et les statuts de la société, dûment signés.
Copies des cartes d’identité ou passeports des associés et de l’administrateur (apostillées et traduites si étrangers).
Le certificat bancaire attestant de l’apport du capital social.
Justificatif d’adresse du siège social (bail, accord du propriétaire, etc.).
Le pouvoir notarié si les démarches sont effectuées par un représentant local.
La demande peut être déposée par les fondateurs ou par un avocat/proxy muni d’une procuration. L’enregistrement en ligne via le portail e‑Albania est courant, surtout avec l’assistance d’un professionnel disposant d’une signature électronique albanaise.
En situation normale, le QKB traite le dossier en 1 à 2 jours ouvrables; certaines sources mentionnent jusqu’à 4 semaines dans des cas plus complexes, mais la plupart des créations simples sont finalisées en 24–72 heures.
À l’issue, la société reçoit:
– un certificat d’enregistrement
– un numéro unique d’identification (NIPT/NUIS), qui fait office de numéro fiscal
L’enregistrement auprès de l’administration fiscale et des caisses sociales est automatique via le guichet unique QKB.
5. Ouverture du compte bancaire d’exploitation
Même si un compte transitoire a pu être utilisé pour le capital, il faut ouvrir un compte bancaire opérationnel au nom de la société.
La plupart des banques albanaises demandent:
Liste des documents essentiels à fournir pour constituer un dossier complet et faciliter le processus d’ouverture.
Le certificat de QKB (Qualité de KYC Banking) et le NIPT (Numéro d’Identification du Personnel Tenu).
Les statuts et l’acte constitutif de l’entreprise, certifiés conformes.
Les passeports des administrateurs et des UBOs (bénéficiaires effectifs).
Le bail commercial ou tout autre document prouvant l’adresse du siège social.
Une brève description de l’activité de l’entreprise, pouvant inclure un business plan ou des justificatifs de provenance des fonds.
La présence physique de l’administrateur est très souvent exigée lors de l’ouverture, même si certains établissements commencent à tester des procédés de KYC en visioconférence. Sans résidence albanaise, ce déplacement reste quasiment incontournable pour la signature définitive des contrats de compte.
Le délai varie de quelques jours à deux semaines selon la banque et la complexité du dossier.
6. Fiscalisation et obligations post‑création
Depuis la réforme de la facturation électronique, toute société doit:
– obtenir un certificat numérique pour la fiscalisation (environ 4 000 ALL par an)
– s’équiper d’un logiciel de facturation agréé (compter 540 à 1 620 € par an)
– mettre en place une comptabilité conforme aux normes IFRS, en langue albanaise
L’administration fiscale peut également exiger l’enregistrement du bénéficiaire effectif (registre UBO), et la société doit déclarer ses salariés à la sécurité sociale avant leur première journée de travail, sous peine d’amendes lourdes (jusqu’à 300 000 ALL par salarié en cas de manquement).
Coûts de création et de fonctionnement : ordre de grandeur
Le coût officiel d’enregistrement au QKB est très faible: souvent gratuit ou limité à 100 ALL pour un certificat papier. Mais l’essentiel du budget se situe ailleurs: notaire, traductions, apostilles, honoraires de conseils, logiciels fiscaux, comptabilité…
Exemple de fourchette pour une Sh.p.k. simple (un associé, sans salariés)
| Poste de coût | Montant estimatif (€/an ou ponctuel) |
|---|---|
| Notaire (actes de constitution, signatures) | 50 – 200 € |
| Traductions assermentées | 72 – 162 € |
| Apostilles / légalisations | 20 – 150 € par document |
| Procuration spéciale (si création à distance) | 50 – 150 € |
| Services d’un cabinet pour la constitution | 500 – 2 000 € (ou forfait ~990 €) |
| Certificat numérique (fiscalisation) | ~36 € / an (4 000 ALL) |
| Signature électronique (si nécessaire) | ~40 € / an (4 800 ALL) |
| Logiciel de facturation | 540 – 1 620 € / an |
| Comptabilité (Sh.p.k. basique) | 1 635 – 4 360 € / an |
| Frais bancaires et tenue de compte | 60 – 240 € / an |
| Sécu sociale de l’administrateur indépendant | ~1 855 € / an |
En cumulant ces postes, le coût total de première année pour une petite Sh.p.k. sans salariés se situe généralement entre 4 300 et 8 500 €, hors capital social. Pour une Sh.a., il faut ajouter le coût de l’audit obligatoire (2 000 à 5 000 € par an) et une comptabilité plus lourde, ce qui porte la première année souvent au‑delà de 7 000 à 17 500 € (capital exclu).
Fiscalité des sociétés et entrepreneurs
Le régime fiscal albanais combine un taux facial d’IS compétitif (15 %) et de multiples incitations ciblées sur les petites entreprises, certains secteurs stratégiques ou les zones de développement.
Impôt sur les sociétés et régimes allégés
Depuis la loi n° 29/2023, le système repose sur un barème simple:
– entreprises (Sh.p.k., succursales, Person Fizik assimilés) avec chiffre d’affaires brut ≤ 14 millions ALL: taux de 0 % jusqu’au 31 décembre 2029
– au‑delà de ce seuil: IS à 15 % sur le bénéfice imposable
Le bénéfice imposable est calculé de manière classique: produits imposables – charges déductibles (y compris amortissements). Les sociétés résidentes (constituées en Albanie ou y ayant leur direction effective) sont imposées sur leurs revenus mondiaux; les non‑résidentes ne supportent l’IS que sur leurs revenus de source albanaise.
Les pertes constatées à partir de 2024 sont reportables sur cinq exercices consécutifs, sous réserve qu’il n’y ait pas de changement de propriété ou de droits de vote d’au moins 50 % (sinon la créance de perte est perdue).
Certaines activités bénéficient, en plus, d’incitations sectorielles:
Découvrez les principaux régimes fiscaux avantageux applicables à certains secteurs d’activité en Tunisie, conçus pour stimuler l’investissement et la croissance économique.
Bénéficiez d’un taux d’imposition réduit à 5 % jusqu’à fin 2029 pour les activités d’agro‑tourisme, les coopératives agricoles et l’industrie automobile.
Les sociétés de logiciels et d’IT enregistrées avant 2024 profitent d’un impôt sur les sociétés à 5 % jusqu’à fin 2025.
Les hôtels 4 ou 5 étoiles à marque internationale ayant obtenu un statut spécial sont exonérés d’impôt sur les sociétés pendant 10 ans à compter de leur démarrage.
Les entreprises implantées dans des zones de développement technologique et économique (zones franches) profitent d’une réduction de 50 % de l’IS pendant 5 ans, tandis que le « Mountain Package » accorde, pour les premiers projets éligibles, une exonération totale d’IS, d’IR, de taxe d’infrastructure et de taxes locales durant 10 ans dans des zones rurales ou montagneuses.
TVA et autres impôts
Le régime de TVA est classique:
– taux standard à 20 %
– taux réduit à 6 % sur certains services touristiques et hôteliers
– taux réduit à 10 % sur certains intrants agricoles
– taux zéro pour les exportations de biens et de nombreux services exportés (IT, logiciels…)
L’immatriculation à la TVA est obligatoire dès que le chiffre d’affaires soumis à TVA dépasse 10 millions ALL sur 12 mois glissants. En dessous, l’inscription reste facultative, mais peut être intéressante pour récupérer la TVA sur les investissements.
Les retenues à la source les plus courantes sont: les impôts sur le revenu, les cotisations sociales, les contributions à la retraite, les paiements pour l’assurance chômage.
Nombre de conventions de non double imposition signées par le pays pour alléger la retenue à la source de 8 % sur les dividendes versés à des non-résidents
Les particuliers supportent: les charges fiscales et les cotisations sociales.
– une IR progressive sur les salaires: 13 % jusqu’à 2 040 000 ALL annuels, 23 % au‑delà
– 8 % sur les dividendes, 15 % sur la plupart des revenus de capitaux mobiliers et plus‑values
Enfin, les entreprises supportent des taxes locales variables selon l’activité et la commune (20 000 à 550 000 ALL annuels), ainsi que des cotisations sociales sur les salaires (environ 16,7 % pour l’employeur, 11,2 % pour le salarié).
Résidence fiscale et engagements déclaratifs
Une personne physique devient résidente fiscale albanaise si elle reste plus de 183 jours par an en Albanie. Elle doit alors déclarer ses revenus mondiaux selon la loi n° 29/2023.
Les sociétés doivent: respecter les lois et règlements, promouvoir la transparence, assurer la responsabilité sociale, innover et s’adapter au marché, encourager la diversité et l’inclusion.
– déposer leur déclaration annuelle d’IS avant le 31 mars de l’année suivante
– verser des acomptes sur la base de l’impôt de l’année précédente
– respecter les obligations de TVA (déclarations périodiques)
– tenir une comptabilité conforme aux IFRS, en albanais, et faire certifier les états financiers par un comptable agréé
– déposer la déclaration de bénéficiaire effectif au plus tard le 31 mars
Les sanctions pour manquements (facturation, tenue de livres, retards de paiement) sont significatives, avec des pénalités fixes et proportionnelles.
Résidence, visas et permis pour entrepreneurs et investisseurs
Créer une société en Albanie n’impose pas d’avoir un permis de résidence; un étranger peut rester actionnaire et même administrateur depuis l’étranger, tant que les obligations fiscales et légales sont remplies. En revanche, rester dans le pays plus de 90 jours sur 180, travailler physiquement pour la société ou ouvrir un compte bancaire personnel nécessite un statut migratoire adapté.
Durée de séjour sans résidence
Les ressortissants de pays dispensés de visa (dont de nombreux États européens) peuvent rester jusqu’à 90 jours sur toute période de 180 jours, avec un simple passeport en cours de validité. L’Albanie n’est pas membre Schengen, mais accepte les détenteurs d’un visa Schengen valide pour des séjours jusqu’à 90 jours également.
Au‑delà de 90 jours, un permis de séjour est requis.
Typologie des permis de séjour
La loi sur les étrangers n° 188/2013, modifiée par la loi n° 79/2021, a modernisé les catégories:
Le système français comprend plusieurs permis de séjour liés à l’emploi. Le permis de type A est non renouvelable et accordé pour une durée déterminée. Le permis unique de type B est renouvelable, de durée limitée, et combine le droit de séjour et de travail. Le permis unique de type C est de durée indéterminée, correspondant à une résidence permanente. Enfin, la Blue Card AL (et sa variante AL‑C) est spécifiquement destinée aux travailleurs hautement qualifiés.
La première délivrance est en principe limitée à un an maximum, sauf pour les citoyens UE, américains ou du Kosovo, qui peuvent se voir octroyer directement un permis de 5 ans. Après 5 années de résidence légale continue, accès à la résidence permanente (type C) possible, puis à la citoyenneté sous conditions (présence annuelle > 180 jours et maîtrise élémentaire de la langue albanaise).
Permis pour investisseurs et entrepreneurs
Pour les créateurs d’entreprise, la voie la plus fréquente est le permis de séjour pour activité économique indépendante ou pour investissement:
– il faut d’abord obtenir un visa D de long séjour
– puis déposer une demande de permis unique de type B auprès du ministère de l’Intérieur (depuis l’étranger pour une première demande)
Les conditions incluent:
Documents et conditions clés nécessaires pour créer et opérer légalement une entreprise en Albanie, que ce soit sous forme de Sh.p.k. ou autre structure.
Création d’une société (ex: Sh.p.k.) ou autre forme légale dûment immatriculée auprès des autorités albanaises.
Présentation d’un plan d’affaires complet démontrant la viabilité et la durabilité économique du projet.
Ouverture d’un compte bancaire local au nom de la société ou, pour certaines procédures, à titre personnel.
Présentation de fonds suffisants (ex: minimum 500 000 ALL sur compte pour un investisseur individuel selon certaines procédures).
Fourniture de justificatifs (diplômes, certifications, licences) en lien avec l’activité envisagée.
Preuve d’un hébergement stable via un contrat de location ou un acte de propriété en Albanie.
Documents attestant d’une activité concrète : contrats, factures émis/reçus, relevés bancaires d’opérations.
Les entrepreneurs obtiennent généralement un permis d’un an, renouvelable. Le texte prévoit qu’un investisseur qui maintient les critères (montant d’investissement défini, ratio d’employés albanais – cinq Albanais pour un étranger, niveau de salaire moyen, rentabilité et conformité fiscale) peut renouveler chaque année et demander la résidence permanente au bout de cinq ans.
Pour maximiser les chances d’obtenir un permis de travail pluriannuel, valable jusqu’à 5 ans, il est essentiel de présenter une entreprise bien structurée et un projet économique concret. Les candidats sans projet économique tangible sont généralement moins favorisés.
Digital nomads et travailleurs à distance
L’Albanie a créé un dispositif spécifique pour les nomades digitaux, destiné aux freelances et salariés à distance dont l’activité reste tournée vers l’étranger. Ce programme prévoit:
– un visa ou permis spécifique pour travailleur « digital mobile »
– une procédure de permis de travail assez allégée pour les indépendants non européens
– une fiscalité avantageuse pour les revenus de prestations exportées, grâce au taux de 0 % sur les exportations de services (TVA) et au régime forfaitaire de 15 % sur le bénéfice net des indépendants
En pratique, beaucoup de nomades digitaux combinent:
– création d’une Sh.p.k. à faible chiffre d’affaires (sous le seuil de 14 millions ALL) pour bénéficier du taux d’IS à 0 %
– permis de séjour en tant que travailleur indépendant ou digital nomad
Ce montage nécessite toutefois un accompagnement local pour rester dans le cadre légal, notamment en matière de résidence fiscale et de conventions de double imposition.
Comptabilité, licences et conformité sectorielle
Une fois la société créée et fiscalisée, l’essentiel du travail se joue dans le suivi de la conformité.
Comptabilité et audit
Toutes les sociétés doivent tenir une comptabilité en albanais, conforme aux normes internationales (IFRS), avec:
– bilan
– compte de résultat
– tableau de flux de trésorerie
– annexes explicatives
Les états financiers annuels sont transmis à l’administration fiscale avant le 31 mars. Une Sh.a. est toujours soumise à un audit légal; une Sh.p.k. y devient soumise lorsque son chiffre d’affaires dépasse 100 millions ALL ou que ses actifs franchissent 50 millions ALL.
Fourchette mensuelle des honoraires de comptabilité pour une petite Sh.p.k., hors frais de logiciel et certificats numériques.
Licences et autorisations
Certaines activités exigent une licence ou autorisation spécifique, parfois délivrée via le portail e‑Albania, parfois par des autorités sectorielles spécialisées.
Le tableau ci‑dessous donne un aperçu de quelques secteurs régulés et de leurs délais typiques:
| Secteur / activité | Délai indicatif de délivrance |
|---|---|
| Services financiers | 2 – 3 mois |
| Assurance | 3 – 6 mois |
| Pétrole & gaz (exploration / production) | 6 – 12 mois |
| Santé / cliniques / cabinets médicaux | 3 – 4 mois |
| Éducation (écoles privées, centres) | 2 – 4 mois |
| Tourisme & hôtellerie | 2 – 3 mois |
| Construction | 3 – 5 mois |
| Télécommunications | 3 – 6 mois |
| Jeux d’argent | 4 – 6 mois |
Chaque licence comporte ses propres frais (par exemple, 500 à 1 000 € pour certains services financiers, 300 à 500 € pour une licence de construction).
Banques, paiements et gestion du compte professionnel
L’ouverture et l’utilisation d’un compte bancaire professionnel constituent un volet crucial du projet.
Plusieurs banques généralistes opèrent en Albanie (Raiffeisen, BKT, Credins, OTP, Tirana Bank, Alpha Bank Albania, entre autres). Le système bancaire est supervisé par la Banque d’Albanie et conforme aux standards de Bâle, avec une garantie des dépôts jusqu’à 2,5 millions ALL par déposant et par banque.
Le processus d’ouverture évoqué plus haut obéit en outre à des exigences strictes de conformité:
La conformité implique une identification approfondie des bénéficiaires effectifs (UBO), une justification détaillée de l’origine des fonds et des flux prévus, ainsi qu’une surveillance renforcée des opérations internationales.
Les frais de tenue de compte restent modérés (60 à 240 € par an en général), mais il faut anticiper les délais: un à deux jours pour déposer le dossier, puis plusieurs jours (parfois semaines) pour validation interne.
Les transactions en devises étrangères (euro et dollar principalement) sont classiques, et la plupart des banques offrent des services SEPA, utiles pour commercer avec l’UE.
Secteurs porteurs et programmes d’incitation
Au‑delà du droit pur, la pertinence de créer une société en Albanie dépend aussi du secteur visé. Plusieurs filières font l’objet d’un intérêt particulier des autorités et de programmes de soutien.
Tourisme, immobilier et construction
Avec un littoral de plus de 360 km, des sites UNESCO et une fréquentation touristique en forte hausse (plus de 10 millions de visiteurs sur les 10 premiers mois de 2024), l’hôtellerie et l’immobilier touristique demeurent des secteurs prioritaires.
Les incitations incluent:
– exonération d’IS pour 10 ans pour les hôtels 4/5* à marque internationale ayant obtenu le statut spécial avant fin 2026
– exonérations partielles de taxes foncières et de taxes sur les infrastructures pour certains projets stratégiques
– facilités dans l’obtention de longues concessions ou de locations de terrains publics à des conditions avantageuses
Les risques résident dans la saisonalité, la saturation locale de certains segments (Riviera), et les complexités relatives aux titres de propriété.
Énergies renouvelables et industrie
L’Albanie ambitionne de devenir exportatrice nette d’énergie verte d’ici 2030, en capitalisant sur son potentiel hydro, solaire et éolien. Les investissements dans les centrales hydroélectriques de taille moyenne, les parcs solaires, les équipements de stockage et les interconnexions bénéficient:
Le projet bénéficie de mécanismes de soutien tels que des tarifs garantis et des garanties souveraines, ainsi que de financements de la BEI et de la BERD. Il permet également un accès facilité au marché européen de l’énergie grâce aux interconnexions avec la Grèce et l’Italie.
L’industrie manufacturière, notamment textile, câblage automobile et assemblage léger, profite du coût du travail réduit, de l’accès préférentiel au marché européen (accord de stabilisation et d’association) et de remboursements accélérés de TVA pour les exportateurs.
Agriculture, agro‑business et agro‑tourisme
Avec près de 40 % de sa population active dans l’agriculture et une valeur ajoutée représentant plus de 18 % du PIB, l’Albanie cherche à moderniser son secteur agro‑alimentaire.
Les aides prennent la forme de: subventions, prêts, aides fiscales, dons, accompagnements techniques et autres mesures spécifiques en fonction des besoins des bénéficiaires.
Découvrez les principaux dispositifs de soutien financier et fiscal disponibles pour les projets agricoles et agro-touristiques.
Financements disponibles pour les serres, les systèmes d’irrigation et la logistique du froid.
Programme de pré-adhésion de l’UE pour les projets agricoles cofinancés.
Exonérations ou taux réduits d’Impôt sur les Sociétés (5% jusqu’en 2029) pour les structures agro-touristiques ou coopératives agricoles reconnues.
Des modèles intégrés combinant production bio, transformation et accueil touristique sont fortement encouragés.
TIC, services numériques et start‑ups
La technologie et la digitalisation sont clairement identifiées comme nouveau moteur de croissance. Le secteur IT représente déjà une part croissante du PIB, avec un taux de croissance annuel à deux chiffres.
Les mesures incitatives incluent: l’augmentation des subventions, la réduction des impôts, les crédits d’impôt, et les programmes de formation.
– taux d’IS réduit à 5 % pour les sociétés de production de logiciels enregistrées avant 2024 (jusqu’à fin 2025)
– 0 % de TVA sur les services exportés (notamment développement logiciel, outsourcing)
– programmes de financement pour les PME et start‑ups (lignes de crédit dédiées, fonds de garantie jusqu’à 60 % des prêts)
L’écosystème start‑up, encore en phase d’activation, est soutenu par des stratégies publiques (Business and Investment Development Strategy, stratégie pour l’entrepreneuriat innovant) et des acteurs privés (fonds de capital‑risque, réseaux de business angels, accélérateurs, incubateurs).
Risques, points de vigilance et bonnes pratiques
Créer une société en Albanie en 2026 offre de réelles opportunités, mais ne doit pas se faire à la légère.
Plusieurs points méritent une attention particulière:
L’investissement immobilier direct par des étrangers est limité et complexe, nécessitant souvent le recours à une société (Sh.p.k.). Le cadre réglementaire, notamment fiscal, est sujet à des évolutions fréquentes, imposant des marges de sécurité dans les projections. L’économie informelle et les risques de corruption persistent, exigeant de travailler avec des intermédiaires réputés et de tout documenter rigoureusement. Enfin, malgré une législation alignée sur l’UE, la mise en œuvre administrative peut être lente, nécessitant d’anticiper les délais et de prévoir une trésorerie adaptée.
Sur le plan opérationnel, trois bonnes pratiques se dégagent:
Pour sécuriser un investissement en Albanie, il est crucial de s’entourer dès le départ d’une équipe d’experts : un avocat en droit des affaires, un comptable spécialisé en fiscalité internationale et, idéalement, un conseiller en investissement connaissant le pays. Parallèlement, il faut structurer proprement la gouvernance de l’entreprise via un pacte d’associés, des clauses de sortie, des règles de vote renforcées pour les décisions importantes, et une documentation claire des relations intra-groupe en cas de filiale locale. Enfin, une gestion proactive de la fiscalité internationale est indispensable, incluant la vérification des conventions de non double imposition, l’impact sur la résidence fiscale personnelle et les interactions avec les régimes anti-évasion (comme les règles CFC) du pays d’origine des fondateurs.
Conclusion : transformer l’opportunité en projet structuré
Le « Guide création société Albanie 2026 » montre qu’il est possible de monter une structure en quelques jours, avec un capital très faible, de bénéficier d’un IS à 0 % pendant plusieurs années pour les petites sociétés, et d’accéder à des salaires et loyers nettement inférieurs à ceux d’Europe occidentale.
Malgré une apparente facilité, l’expansion internationale implique une réelle complexité, notamment en matière d’exigences documentaires, de systèmes de fiscalisation électroniques, de licences sectorielles, ainsi que de règles migratoires et fiscales internationales.
Pour un investisseur prêt à:
– analyser finement son secteur (tourisme, IT, agro‑business, industrie, énergie…)
– choisir une structure adaptée (en général une Sh.p.k.)
– respecter rigoureusement les obligations comptables, bancaires et fiscales
– et bâtir une présence durable via un permis de séjour investi dans l’économie locale
l’Albanie peut devenir, dans la décennie qui s’ouvre, une base stratégique intéressante pour rayonner sur les Balkans et, indirectement, sur l’Union européenne.
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