Les erreurs à éviter quand on veut créer une société « offshore » au Portugal

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

On entend souvent parler de « société offshore » au Portugal, et plus particulièrement à travers le régime du Madeira International Business Centre (MIBC), aussi appelé Centro Internacional de Negócios da Madeira (CINM). Sur le papier, l’idée d’une structure à 5 % d’impôt sur les sociétés fait rêver. Dans la pratique, ceux qui abordent le sujet avec une vision « paradis fiscal » ou « boîte aux lettres » se retrouvent très vite face à l’administration portugaise, au fisc de leur pays de résidence, ou… à une banque qui refuse d’ouvrir le compte.

Bon à savoir :

Cet article passe en revue les principaux pièges concrets à éviter lors de la création d’une société offshore au Portugal. Il se fonde sur le cadre réel du MIBC, du droit portugais et des règles internationales actuelles, en mettant l’accent sur la substance, la fiscalité et la conformité, plutôt que sur le marketing.

Comprendre ce que le Portugal (et Madeira) sont… et ne sont pas

Avant même de parler de taux d’imposition, le premier piège consiste à se tromper de décor. Madeira n’est pas un « territoire exotique » en marge des règles internationales, et le Portugal n’est pas un îlot détaché de l’Union européenne.

Attention :

Juridiquement, Madère est une région autonome du Portugal, pleinement intégrée à l’UE et à l’OCDE. La Zona Franca da Madeira abrite le MIBC/CINM, un régime fiscal spécifique explicitement reconnu par la Commission européenne comme compatible avec les aides d’État. Ce n’est ni un paradis fiscal, ni une juridiction non coopérative, ni un centre offshore classique.

L’erreur fréquente consiste à traiter Madeira comme une île « hors système ». En réalité :

Exemple :

Une société portugaise, comme une Sociedade por Quotas (Lda) ou une Sociedade Anónima (SA), est entièrement régie par le droit portugais des sociétés, le droit du travail, la TVA de l’UE et les directives européennes. Elle doit également se conformer aux règles internationales contre l’évasion fiscale, notamment BEPS, CFC, ATAD, DAC6 et CRS.

Le MIBC propose simplement un régime fiscal distinct, avec un taux réduit de 5 % sur certains profits, là où le taux normal de l’impôt sur les sociétés en région de Madeira est de 13,3 % (réduction de 30 % par rapport au taux de droit commun du continent, fixé à 19 % pour 2026). Mais rien n’exonère des obligations comptables, déclaratives et de substance.

Se tromper sur ce point, c’est bâtir un projet sur une fiction : une « offshore » sans substance dans un territoire qui, juridiquement, n’est pas offshore.

Le faux mirage de la fiscalité à 5 % : comment fonctionne réellement le MIBC

Autre piège récurrent : croire que toute société constituée à Madeira serait automatiquement taxée à 5 % sur ses bénéfices. C’est inexact à plusieurs niveaux.

D’un côté, toute société portugaise implantée à Madeira bénéficie du régime général de la région, soit un taux de 13,3 % sur les bénéfices imposables (et 8,75 % sur la première tranche de 50 000 € pour certaines PME dans la région). De l’autre, le régime MIBC, encadré par l’article 36‑A du Code des avantages fiscaux (EBF), permet un taux de 5 % pour des sociétés licenciées, mais uniquement sur des profits bien définis et sous conditions.

Les conditions structurantes sont triples :

1. Exercer une activité économique réelle à Madeira Il ne s’agit pas seulement d’un siège social « virtuel », mais d’une activité opérationnelle : locaux, contrats, facturation, gestion, etc.

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Le nombre maximal d’emplois locaux à temps plein requis pour le palier supérieur de la licence MIBC à Madère.

3. Investir dans des actifs fixes Si l’entreprise crée moins de six emplois dans les six premiers mois, elle doit investir au moins 75 000 € en immobilisations (corporelles ou incorporelles) dans les deux premières années. Ces actifs doivent être stables, intégrés dans la structure productive locale et rester à Madeira pendant la durée d’application du régime (ou toute leur durée de vie utile).

À cela s’ajoutent plusieurs paramètres que de nombreux investisseurs découvrent trop tard :

Astuce :

Le taux de 5 % ne s’applique qu’aux profits issus de transactions avec des non‑résidents ou d’autres sociétés du MIBC. Il est soumis à un plafond annuel indexé sur le nombre d’emplois créés : au‑delà, l’excédent est taxé à 13,3 %. Les bénéfices réalisés avec des résidents portugais restent soumis au régime normal.

Une société peut donc parfaitement être licenciée MIBC et voir seulement une partie de ses profits imposée à 5 %, le reste l’étant à 13,3 %. Penser que « tous les bénéfices seront systématiquement à 5 % » conduit à des plans d’affaires irréalistes.

Tableau – Comparaison simplifiée des régimes d’imposition à Madeira

Type de société / régimeBase de taxation principaleTaux applicable (2026)
Société « classique » à MadeiraBénéfice imposable global13,3 %
PME éligible – première tranche (Madeira)Premiers 50 000 € de bénéfice8,75 %
Société licenciée MIBC – revenus qualifiésProfits issus d’activités internationales (non‑résidents, autres MIBC) dans les plafonds liés à l’emploi5 %
Société licenciée MIBC – revenus non qualifiés / au‑delà du plafondProfits hors champ ou dépassant le plafond13,3 %

Sous‑estimer cette mécanique – revenus qualifiés / non qualifiés, plafonds indexés aux emplois – est l’un des grands risques. Un montage qui repose sur l’idée d’une taxation intégrale à 5 % est voué à être corrigé par l’administration, parfois avec intérêts de retard et pénalités.

Ignorer les délais et la fenêtre d’opportunité du MIBC

Le MIBC n’est pas un régime éternel ni illimité. Il est encadré temporellement.

Les points clés à retenir :

de nouvelles sociétés peuvent encore obtenir une licence MIBC au moins jusqu’au 31 décembre 2026 ;

– après cette date, sauf prolongation législative, les nouveaux entrants n’auront plus accès au taux de 5 % mais uniquement au régime régional standard (13,3 %) ;

– les avantages fiscaux du MIBC sont garantis jusque fin 2033 pour les licences obtenues dans la fenêtre autorisée (même si certains textes parlent d’une échéance 2028, ce qui reflète des décalages de version législative).

Les étapes clés pour obtenir la licence MIBC

Découvrez les points essentiels à anticiper pour éviter les retards dans votre projet de licence à Madère.

Préparation du dossier

Vérifier l’éligibilité de l’activité, concevoir une structure conforme (types de sociétés, CAE, plan d’emplois, investissement) via la société de développement de Madeira (SDM).

Constitution et enregistrement

Constituer la société, l’enregistrer et la rendre opérationnelle, tout en respectant les exigences locales et réglementaires.

Ouverture bancaire et installations

Prévoir plusieurs semaines pour l’ouverture du compte bancaire, les procédures KYC et l’installation des moyens matériels nécessaires.

Les praticiens conseillent généralement d’anticiper largement et de viser une finalisation du dossier avant la mi‑décembre 2026, pour éviter tout incident de dernière minute. Lancer le processus en pensant qu’il s’agira d’une simple formalité de quelques jours est une erreur courante.

Sous‑estimer la substance : le piège n°1 pour une société « offshore » au Portugal

Le cœur de la stratégie portugaise, comme celle de l’UE, est de conditionner tout régime préférentiel à une substance réelle : emplois, investissement, activité effective, prise de décision sur place.

Dans le cas du MIBC, cette exigence se traduit par :

la création d’un à six emplois dans les six premiers mois, avec maintien dans la durée ;

– un investissement minimal de 75 000 € en actifs fixes sur deux ans pour les structures ne créant pas six postes ;

– un lieu de gestion et de décision effectif à Madeira (conseils d’administration, direction, signatures de contrats stratégiques effectués sur place) ;

– des locaux réels – pas de simple boîte postale – qui correspondent à la taille et à la nature de l’activité (bureaux, entrepôt, atelier, etc.) ;

– une comptabilité qui distingue clairement les revenus qualifiés (activités avec non‑résidents et MIBC) des revenus non qualifiés.

Ces exigences ne sont pas théoriques : l’administration peut tester la substance tant au moment de l’entrée qu’au fil des années. Il est donc indispensable de documenter soigneusement cette réalité.

Tableau – Éléments à documenter dans un dossier de substance MIBC

DimensionExemples de preuves attendues
Création et maintien d’emploisContrats de travail, inscriptions à la Sécurité sociale régionale, bulletins de salaire, organigrammes
Investissement de 75 000 €Factures d’acquisition, registre des immobilisations, démonstration du rôle des actifs dans l’activité
Lieu de gestion effectifProcès‑verbaux de conseil, agendas de réunions, présence physique des dirigeants à Madeira
Locaux et opérationsContrats de bail, factures d’énergie, photos et description des installations, justification de leur adéquation à l’activité
Segmentation des revenusComptabilité analytique distinguant revenus qualifiés et non qualifiés, calcul des plafonds liés à l’emploi

Penser qu’une société du MIBC pourrait se résumer à une structure « coquille vide » est incompatible avec le cadre actuel. Les structures purement artificielles sont expressément écartées du bénéfice du taux réduit.

Se tromper de forme sociale et de structure : Lda, SA, SGPS, succursale…

Un autre terrain miné concerne le choix de la forme juridique. Au Portugal (et donc à Madeira), les formes les plus courantes sont :

Bon à savoir :

Au Portugal, la Sociedade por Quotas (Lda) exige un capital minimum légal de 1 € par part, mais il est conseillé de viser 2 000 à 5 000 € pour la crédibilité bancaire. La Sociedade Anónima (SA) requiert un capital de 50 000 €, dont 30 % libéré à la constitution. La holding pure (SGPS) est strictement réservée à la détention de participations. La succursale permet d’étendre une société étrangère existante.

Le piège typique consiste à :

choisir une Lda « au rabais » avec un capital symbolique, puis se heurter à des banques qui regardent la structure comme sous‑capitalisée ;

– monter une SGPS par effet de mode, sans mesurer qu’elle implique un objet social exclusivement tourné vers la gestion de participations et des obligations d’audit systématique ;

– lancer une activité avec une forme individuelle (entrepreneur) en visant ensuite une croissance ou un accès au MIBC, alors que c’est typiquement un véhicule inadapté à une structuration internationale.

Bon à savoir :

La forme de la société influence la gouvernance et l’éligibilité à certains avantages fiscaux, notamment la participation exemption sur dividendes et plus-values de filiales, qui suppose en général certaines conditions liées à cette forme.

une détention d’au moins 10 % du capital ou des droits de vote de la filiale ;

une durée de détention minimale de 12 mois ;

– une filiale soumise à un impôt comparable à au moins 60 % du taux portugais de référence et non résidente d’une juridiction « blacklistée ».

Confondre ces paramètres, c’est prendre le risque de monter une structure qui ne bénéficiera pas des exonérations attendues, ou qui tombera sous le coup des règles anti‑abus portugaises et européennes.

Négliger les obligations de siège réel, de NIF et de représentations fiscales

Une société portugaise, qu’elle soit ou non sous régime MIBC, doit :

avoir un siège statutaire unique situé sur l’île (pour une structure MIBC à Madeira) ;

disposer de locaux réels, pas d’une simple boîte postale ;

assurer que la direction effective se trouve à l’endroit déclaré.

À côté de cela, chaque associé et chaque dirigeant doit obtenir un NIF (Número de Identificação Fiscal), le numéro d’identification fiscale portugais. Ce NIF est requis avant quasiment tout acte significatif au Portugal : ouverture de compte bancaire, acquisition ou location d’un bien, signature de contrats de services, demande de visa de résidence, et bien sûr constitution de société.

Attention :

Les ressortissants hors UE/EEE doivent, dans la plupart des cas, désigner un représentant fiscal au Portugal pour l’obtention et la gestion du NIF, sinon l’administration refusera l’attribution ou jugera l’enregistrement non conforme. L’obligation peut être aménagée en adhérant à un canal de notification électronique (Portail des Finances, boîte ViaCTT), mais elle reste en pratique un point de friction.

Côté société, un numéro fiscal spécifique (NIPC) est attribué et conditionne l’accès à la TVA, aux déclarations fiscales et à l’ouverture du compte bancaire. Oublier ou bâcler ces étapes, ou les confier à des intermédiaires sans compréhension, conduit souvent à des blocages en chaîne : impossible d’ouvrir un compte, donc de déposer le capital, donc de finaliser l’immatriculation, etc.

Mal gérer l’ouverture de compte bancaire : KYC, délais et refus

Autre piège sous‑estimé : la relation bancaire. Le Portugal applique strictement les directives européennes en matière de lutte contre le blanchiment (4e, 5e et 6e directives AML), ainsi que les standards CRS et FATCA. En pratique, cela signifie que :

l’ouverture d’un compte professionnel pour une société, notamment détenue par des non‑résidents, fait l’objet d’un examen approfondi (KYC, CDD) ;

les banques veulent comprendre l’activité, la provenance des fonds, le profil des bénéficiaires effectifs (UBO), et la cohérence entre business plan et flux attendus ;

– la relation avec des juridictions à fiscalité privilégiée ou considérées comme à risque est souvent un motif de refus.

Pour une Lda détenue par des non‑résidents, un « package » classique de documents sera demandé :

Documents requis pour l’ouverture de compte

Liste des pièces à fournir pour la constitution du dossier

Identification de l’entreprise

Certificat de registre de commerce récent (Certidão Permanente) et statuts (Pacto Social).

Enregistrements légaux

Preuves d’enregistrement fiscal et au registre des bénéficiaires effectifs (RCBE).

Information sur les dirigeants

Pièces d’identité et preuves d’adresse récentes pour tous les associés et gérants.

Description de l’activité

Écrit détaillant l’activité, les clients cibles, les volumes prévus et le choix du Portugal comme juridiction.

Origine des fonds

Documentation expliquant l’origine des fonds, incluant le capital initial et les futurs apports.

Là encore, espérer un compte ouvert en quelques jours sur la simple base d’un passeport est illusoire. Entre la constitution, la collecte de documents, les traductions éventuelles et la revue interne de conformité de la banque, il faut souvent compter entre quatre et huit semaines. Un projet « offshore » qui ne tient pas compte de ces délais se retrouve facilement sans compte opérationnel, donc sans réelle possibilité d’activité.

Oublier les obligations d’enregistrement, de déclaration et de comptabilité

Une société portugaise doit, dès la constitution :

finaliser son inscription au registre du commerce ;

publier sa création au journal officiel régional (JORAM pour Madeira) ;

– déposer une déclaration de début d’activité auprès de l’administration fiscale dans les 15 jours suivant l’immatriculation ;

– s’enregistrer à la Sécurité sociale dans les 30 jours du démarrage effectif ;

– désigner un comptable certifié (obligatoire) ;

– déclarer ses bénéficiaires effectifs dans le registre RCBE et veiller à les tenir à jour.

Attention :

Omettre une de ces obligations déclenche très vite des pénalités. Le système portugais est particulièrement strict sur la documentation des prix de transfert, la tenue de la comptabilité selon les normes SNC, l’émission de factures conformes et la déclaration de TVA.

Les amendes prévues pour des manquements peuvent être lourdes. Selon le type d’infraction (défaut de déclarations, de paiement, de documentation de prix de transfert, absence de représentant fiscal, non‑communication de flux vers des juridictions à régime privilégié, etc.), les montants vont de quelques centaines d’euros à plusieurs dizaines de milliers d’euros, voire au‑delà, avec en plus des intérêts de retard calculés à un taux annuel supérieur à 4 ou 5 %.

Attention :

Au-delà de certains seuils de chiffre d’affaires (ex. 10 M€), l’entreprise doit constituer un dossier complet sur ses transactions intragroupe, politique de prix, méthodologie et conformité au principe de pleine concurrence. Son absence en cas de contrôle expose à des amendes jusqu’à 10 000 €, majorées de 5 % par jour de retard, et à des redressements de base imposable.

Ignorer les règles CFC et les listes de juridictions à fiscalité privilégiée

Beaucoup d’entrepreneurs imaginent qu’en déplaçant leurs profits dans une société portugaise à faible imposition, ils échapperont automatiquement à l’impôt dans leur pays de résidence. C’est oublier l’existence des régimes de sociétés étrangères contrôlées (CFC) dans la plupart des pays de l’OCDE, y compris au Portugal.

Bon à savoir :

Si un résident contrôle une société étrangère faiblement imposée, ses bénéfices non distribués peuvent lui être imputés. Au Portugal, cela s’applique dès 25 % de détention du capital ou des droits de vote d’une entité soumise à un régime nettement plus favorable.

Même si Madeira n’est pas un paradis fiscal et que le MIBC fonctionne à l’intérieur du cadre européen, les autorités fiscales étrangères peuvent examiner la situation au regard de leurs propres règles CFC. Ignorer cet aspect, c’est risquer un double discours : un régime préféré au Portugal, mais une imposition immédiate dans le pays de résidence.

Parallèlement, le Portugal maintient sa propre liste de juridictions à régime fiscal privilégié (plus de 70 territoires). Les relations avec ces juridictions déclenchent :

une retenue à la source aggravée (souvent 35 %) sur intérêts, dividendes ou redevances versées à ces territoires ;

– la non‑déductibilité de certaines charges payées à ces entités ;

– des taux renforcés de droits de mutation immobilière et de taxes foncières si une société basée dans ces territoires détient de l’immobilier portugais ;

– des délais de prescription étendus (jusqu’à 12 ans pour certaines opérations non déclarées).

Construire un schéma dans lequel une société de Madeira « offshore » est entremêlée avec des entités basées dans des juridictions de la liste noire portugaise revient à attirer l’attention des autorités fiscales et à multiplier les risques de sanctions.

Transposer des schémas « offshore immobilier » obsolètes au Portugal

Un cas fréquent concerne les investisseurs immobiliers qui, dans le passé, utilisaient des sociétés de Delaware, de Malte ou d’autres juridictions pour détenir de l’immobilier au Portugal, espérant optimiser les plus‑values et les droits de mutation. La législation s’est considérablement durcie.

Depuis 2018, les autorités portugaises considèrent qu’un propriétaire réel d’un bien détenu via une société étrangère est réputé détenir directement 50 % de la valeur du bien, avec des conséquences importantes :

Bon à savoir :

Les cessions de la société peuvent être en partie assimilées à une cession immobilière directe, entraînant l’application de l’IMT et de l’IMI. La plus-value est ventilée pour moitié comme gain immobilier direct (imposable à 50 % avec des taux jusqu’à 48 %) et pour moitié comme gain en capital sur actions au niveau de la société.

Pour les entités situées dans des juridictions « blacklistées », les droits de mutation et certaines taxes foncières peuvent être multipliés par des facteurs impressionnants, les taux pouvant grimper jusqu’à 7,5 % de la valeur cadastrale par an, plus une surtaxe AIMI. Un bien de 300 000 € détenu via une structure offshore peut ainsi se retrouver avec une imposition annuelle théorique de l’ordre de 22 500 à 45 000 €.

Continuer à utiliser ces montages ou en créer de nouveaux sans comprendre ce cadre revient à s’exposer à une combinaison de capital gains tax, de droits de mutation majorés et de pénalités pour non‑déclaration des bénéficiaires effectifs.

Bâcler le registre des bénéficiaires effectifs et la transparence

Le Portugal a transposé les directives européennes en matière de lutte contre le blanchiment, notamment via la mise en place du RCBE, le registre central des bénéficiaires effectifs. Toute société portugaise, y compris celles basées à Madeira, doit :

déclarer qui sont ses bénéficiaires effectifs (personnes physiques détenant ou contrôlant plus de 25 % des parts ou des droits de vote, ou exerçant un contrôle par d’autres moyens) ;

maintenir ces informations à jour et notifier toute modification dans un délai généralement de 15 jours.

50 000

Amende maximale encourue en cas de défaut de déclaration ou de fourniture d’informations inexactes, avec des sanctions allant de 1 000 à 50 000 €.

Une société « offshore » au Portugal qui chercherait à brouiller ses bénéficiaires effectifs ou à utiliser des prête‑noms superficiels se heurtera rapidement à ce dispositif, à la vigilance des banques (qui exigent une RCBE à jour pour ouvrir un compte) et aux échanges automatiques de renseignements (CRS). L’ère de la confidentialité absolue sur la propriété des sociétés est révolue.

Croire que l’on peut déléguer intégralement la conformité sans la comprendre

Enfin, beaucoup d’investisseurs internationaux imaginent pouvoir externaliser la totalité de la conformité à des prestataires locaux (comptables, avocats, agents de constitution) et n’en garder qu’une vision superficielle. C’est une erreur dangereuse à double titre :

1. Responsabilité légale En cas de manquement (défaillance de déclaration, montage abusif, absence de substance), c’est la société et ses dirigeants qui restent légalement responsables, pas le prestataire.

2. Déconnexion entre projections et réalité Sans compréhension des contraintes (plafonds du MIBC, limites d’application du taux de 5 %, règles CFC du pays de résidence, coûts salariaux locaux, charges sociales, etc.), les projections financières sont souvent déconnectées de la réalité.

Il est bien sûr pertinent de se faire accompagner par des professionnels, mais il est tout aussi crucial que les fondateurs comprennent les grandes lignes : comment le bénéfice est calculé, ce qui est effectivement imposé à 5 %, ce qui reste à 13,3 %, quelles charges sociales s’appliquent, comment la TVA fonctionne, et quels sont les risques en cas de défaut de substance ou de documentation.

Structurer un projet « offshore » au Portugal sans tomber dans les pièges

Malgré cette longue liste de dangers, il est tout à fait possible – et parfaitement légal – d’exploiter le cadre portugais et le MIBC pour optimiser la fiscalité d’un groupe international, à condition de respecter quelques principes de bon sens alignés sur le droit en vigueur.

Parmi ces principes, on retrouve :

Astuce :

Pour optimiser votre installation dans le MIBC, basez le projet sur une activité économique réelle justifiant emplois et investissement. Choisissez une forme sociale cohérente avec votre stratégie à moyen-long terme, en anticipant les seuils d’audit, de capitalisation et les exigences bancaires. Planifiez l’entrée avant 2026, en intégrant les délais pour les NIF, la constitution, l’ouverture de compte et l’examen par SDM. Distinguez clairement dans votre modèle d’affaires les flux internationaux éligibles au taux de 5 % des flux domestiques, tout en sachant qu’une partie des profits restera taxée au taux régional. Calibrez la structure en tenant compte des règles CFC au Portugal et dans les pays de résidence des actionnaires pour éviter une imposition immédiate inattendue. Enfin, intégrez dès le départ tous les coûts de conformité : comptabilité certifiée, déclarations fiscales, documentation des prix de transfert, registres de bénéficiaires effectifs, obligations sociales et transparence bancaire.

Conclusion : une « offshore » au Portugal n’est plus, et ne sera plus jamais, une coquille vide

Le temps des sociétés écrans anonymes fonctionnant à 0 % d’impôt dans une zone grise est passé. Le Portugal, et Madeira en particulier, proposent une alternative différente : un régime à faible taux (5 % ou 13,3 %) mais assorti d’exigences fortes de substance, de transparence et de conformité aux standards internationaux.

Les principaux pièges – croire à une fiscalité magique sans emploi ni investissement, ignorer les délais du MIBC, négliger les règles CFC, sous‑estimer la relation bancaire, copier des schémas immobiliers offshore obsolètes, ou encore faire l’impasse sur la documentation comptable et fiscale – découlent tous de la même erreur de départ : aborder le Portugal comme un paradis fiscal au sens classique.

Aborder ce pays pour ce qu’il est réellement – une juridiction de l’UE, dotée d’un régime spécial encadré et validé par la Commission européenne, mais exigeant en matière de substance – permet à l’inverse de monter une structure durable, défendable et optimisée. À condition de respecter cette réalité, une société à Madeira peut devenir un outil très efficace de structuration internationale. En l’ignorant, elle se transforme en source de contentieux, de redressements et de blocages bancaires.

Conseil en structuration internationale

L’enjeu, pour tout entrepreneur ou investisseur international, n’est donc plus de trouver l’« offshore » parfaite, mais de concevoir une implantation portugaise qui aligne fiscalité, substance économique et conformité – et d’éviter, un à un, les pièges décrits ci‑dessus.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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