Checklist stratégique avant de créer une société offshore en Irlande : les 20 points à passer au crible

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

L’Irlande continue d’attirer les entrepreneurs internationaux qui veulent combiner environnement anglophone, accès au marché européen et fiscalité compétitive. Mais ouvrir une société offshore en Irlande sans préparation est devenu illusoire. Substances économiques, registres de bénéficiaires effectifs, règles anti-abus, exigences bancaires : tout est beaucoup plus encadré qu’il y a dix ans.

Checklist avant de se lancer en Irlande

20 points essentiels pour vérifier la conformité fiscale, légale et bancaire selon les règles irlandaises actuelles

Fiscalité et société

Immatriculation de la société, numéro fiscal, taux d’imposition des sociétés, TVA, et obligations de dépôt des comptes annuels.

Bénéficiaires effectifs

Enregistrement au registre central des bénéficiaires effectifs, mise à jour des informations et accès aux sanctions en cas de non-conformité.

Banque et substance économique

Ouverture de compte bancaire irlandais, preuve de substance réelle (bureau, employés, activités) et respect des exigences de résidence fiscale.

Conformité annuelle

Déclarations de revenus, rapports de bénéficiaires, et respect des échéances de l’Revenue Commissioners et du CRO.

Sommaire de l'article masquer

Comprendre le véritable profil fiscal de l’Irlande

Avant de parler structure, il faut clarifier ce que l’Irlande offre – et ce qu’elle n’offre plus – en matière de fiscalité des sociétés.

1. Vérifier si votre activité pourra réellement bénéficier du taux de 12,5 %

Le « mythe » de l’Irlande à 12,5 % a souvent servi d’argument marketing. En pratique, ce taux ne s’applique qu’aux bénéfices issus d’une activité commerciale considérée comme une véritable « trade » exercée en Irlande.

Le régime repose sur trois taux principaux :

Type de revenu ou activitéTaux principal d’impôt sur les sociétés
Profits commerciaux (trade) réalisés en Irlande12,5 %
Revenus passifs (intérêts, royalties passives, etc.)25 %
Profits de certaines activités spécifiques (foncier, mines, etc.)25 %
Gains en capital (pour les sociétés)33 % (CGT)

Le problème pour une société offshore « légère » est que l’administration irlandaise est très attentive à la réalité de l’activité : volume d’opérations, présence humaine, prise de décisions locales, gestion de clients ou de contrats depuis l’Irlande. Une simple détention d’actifs rapportant des intérêts ou des dividendes est généralement classée comme revenu d’investissement, donc potentiellement à 25 %.

Bon à savoir :

Pour déterminer votre taux effectif, confrontez votre modèle économique aux critères suivants : s’agit-il d’un véritable business opérationnel, ou essentiellement d’un véhicule de détention ou de financement ? La réponse à cette question influence directement le taux applicable.

2. Anticiper l’impact du taux minimum mondial de 15 % (Pillar Two)

Pour les grands groupes, l’Irlande applique désormais les règles OCDE de taux minimum mondial (Pillar Two). Concrètement, un impôt « top‑up » de 15 % s’applique aux groupes dont le chiffre d’affaires consolidé dépasse 750 millions d’euros.

Taille du groupe / CA consolidéRégime applicable en Irlande
< 750 M€ de CA mondialTaux « classique » irlandais (12,5 % / 25 % / 33 %)
≥ 750 M€ de CA mondial (2 années sur 4)Top‑up tax pour amener l’imposition globale à 15 % minimum

Si votre société offshore en Irlande doit s’inscrire dans un groupe de cette taille, imaginer une optimisation durable à 12,5 % n’est plus réaliste : la mécanique de top‑up fera remonter le taux effectif à 15 % dans chaque juridiction, Irlande comprise.

S’assurer que la résidence fiscale irlandaise est défendable

Créer une structure de droit irlandais ne suffit plus : il faut démontrer que la société est effectivement résidente fiscalement en Irlande, faute de quoi une autre juridiction peut prétendre taxer ses profits.

3. Résidence d’incorporation et gestion centralisée : vérifier où se situe le « cerveau » de la société

Depuis 2015, une société incorporée en Irlande est en principe résidente fiscale irlandaise, sauf si une convention fiscale bilatérale la considère comme résidente ailleurs. Parallèlement, une société étrangère peut devenir résidente irlandaise si sa « central management and control » (CMC) se situe en Irlande.

Les autorités et les tribunaux regardent très concrètement :

Où se tiennent les réunions du conseil d’administration.

Où sont prises les décisions stratégiques (investissements, contrats majeurs, politique commerciale).

Où résident les administrateurs qui, en pratique, dirigent.

Attention :

Si les décisions réelles sont prises à Londres, Dubaï ou New York par des dirigeants non résidents, votre structure peut être requalifiée comme résidente ailleurs, ou perçue comme une coquille sans substance par les administrations partenaires.

Avant d’ouvrir la société, il faut donc décider où seront réellement prises les décisions et organiser la gouvernance en conséquence.

4. Évaluer le risque de double résidence et l’application des conventions fiscales

L’Irlande a signé un large réseau de conventions de non‑double imposition couvrant les principaux pays développés et émergents. C’est un atout pour une société offshore, mais cela implique aussi un contrôle plus strict des cas de double résidence.

Quelques éléments essentiels :

Élément à analyserConséquence potentielle
Société irlandaise dirigée en pratique depuis un autre ÉtatRisque que ce second État la considère comme résidente
Clause de « tie‑breaker » dans le traité bilatéralLa résidence peut être tranchée par lieu de direction effective ou accord mutuel
Structure sans substance locale claireExposition aux mesures anti‑abus (GAAR, PPT, CFC)

Avant la constitution, il est prudent de vérifier, pays par pays, comment la convention avec l’Irlande traite la résidence, et ce que cela implique pour votre structure : flux de dividendes, intérêts, plus‑values, éventuelle retenue à la source allégée ou non.

Tester la solidité du projet face aux règles anti‑abus

L’Irlande a intégré la plupart des normes internationales BEPS et européennes (ATAD). Une société offshore qui se contente de loger des profits sans activité réelle est aujourd’hui dans le radar.

5. Passer votre projet au filtre de la GAAR irlandaise

La règle générale anti‑abus (GAAR) irlandaise considère comme « transaction d’évitement fiscal » tout montage procurant un avantage fiscal significatif lorsqu’il est raisonnable de considérer que l’objectif principal n’est pas commercial mais fiscal.

En pratique, l’administration peut :

Requalifier les opérations.

Recalculer l’impôt comme si le montage n’existait pas.

Appliquer des surtaxes pouvant atteindre 30 % de l’avantage fiscal annulé.

Bon à savoir :

Les contrôles liés à l’évitement ne sont soumis à aucune limite de temps stricte. Ainsi, un schéma artificiel mis en place aujourd’hui peut être remis en cause plusieurs années plus tard.

Avant de créer la société, il faut donc documenter :

– Les raisons économiques du choix de l’Irlande (clients, fournisseurs, présence UE, employabilité locale, etc.).

– La réalité de l’activité envisagée.

– L’absence de « mismatch » artificiel ou de montage purement circulaire.

6. Vérifier l’impact des règles CFC pour les sociétés mères dans d’autres pays

L’Irlande a ses propres règles CFC, mais votre État de résidence (en tant qu’actionnaire) a probablement les siennes. Le principe est similaire : empêcher la délocalisation artificielle de bénéfices vers des filiales faiblement imposées.

Pour la société irlandaise :

– Les règles CFC irlandaises visent les profits d’entités contrôlées dans des juridictions à fiscalité faible, lorsque des « significant people functions » sont exercées en Irlande.

– À l’inverse, si votre société mère est établie dans un autre pays de l’OCDE ou de l’UE, ce pays peut intégrer dans sa base imposable les bénéfices d’une filiale irlandaise considérée comme faiblement taxée et artificielle.

Créer une société offshore en Irlande sans substance réelle risque alors d’activer les règles CFC du pays de la maison‑mère, neutralisant l’optimisation espérée.

Construire une substance économique crédible

Les autorités irlandaises comme les banques ne se satisfont plus d’une simple boîte aux lettres. L’existence de locaux, de personnel et de décisions prises sur place devient un prérequis pour bénéficier des taux attractifs et de l’accès aux conventions fiscales.

7. Définir un niveau de substance proportionné à votre activité

Même si le droit irlandais ne prévoit pas, noir sur blanc, une obligation de substance pour toutes les sociétés, la pratique fiscale et prudentielle y revient systématiquement. Plusieurs points sont examinés :

Astuce :

Pour démontrer une présence économique réelle, il faut disposer de locaux identifiables (bureau ou co-working avec bail en bonne et due forme), employer du personnel impliqué dans l’activité (gestion commerciale, support technique, gestion de contrats) et garantir que les dirigeants résidents participent activement aux décisions opérationnelles.

Pour une activité réellement opérationnelle (SaaS, e‑commerce, services financiers, gestion d’actifs), un niveau minimal comprend typiquement :

Élément de substanceExigence pratique typique
Direction localeAu moins un directeur résidant en Irlande/EEE
Équipe sur place1–3 employés qualifiés selon la taille du projet
LocauxContrat de location ou centre d’affaires identifié
Compte bancaire actifIBAN irlandais avec flux réguliers

Les coûts annuels de cette substance de base pour une holding ou une société IP significative peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros. Il faut donc intégrer ce paramètre dans le business plan avant d’ouvrir la société.

8. Organiser la prise de décision en Irlande

Au‑delà du décor, l’administration scrute qui décide vraiment. Les points clés sont :

– Où se tiennent les réunions de conseil (physiquement, pas en visio depuis l’étranger avec simple ratification formelle sur place).

– Qui négocie et signe les contrats commerciaux.

– Qui gère les relations clients et fournisseurs au quotidien.

Une structure où des « directeurs de paille » irlandais signent mécaniquement des décisions prises ailleurs est vulnérable à la fois aux règles de résidence, à la GAAR et aux exigences de substance.

Avant la constitution, il est donc nécessaire de : préparer un projet de loi, étudier les différentes options, consulter les experts et impliquer les parties prenantes.

Choisir des administrateurs disposant d’un véritable pouvoir de décision.

Planifier une gouvernance où les décisions stratégiques se prennent réellement à Dublin ou ailleurs en Irlande.

– Prévoir la documentation (procès‑verbaux, agendas, preuves de présence) démontrant cette réalité.

Structurer correctement la société irlandaise

L’Irlande offre plusieurs formes juridiques. Pour un entrepreneur étranger, la Private Company Limited by Shares (LTD) est le format standard, y compris pour une société offshore.

9. Valider les contraintes de direction : EEA‑resident director ou bond

La loi irlandaise exige qu’au moins un administrateur soit résident dans l’Espace économique européen. La résidence se détermine par des critères de présence physique (183 jours ou 280 jours sur deux ans), et non par la nationalité.

Si aucun directeur ne remplit ce critère, il faut :

25000

Montant de la garantie du « Section 137 bond », valable deux ans, couvrant certains risques de non-respect des obligations fiscales et sociales.

Option choisieConditions principalesCoût indicatif / contraintes
Directeur résident EEEPrésence physique suffisante dans l’EEEHonoraires d’administrateur
Section 137 bondAucun directeur résident EEE~1 500–2 000 € pour 2 ans

Ne pas respecter ces règles est pénalement sanctionné. Ce point doit donc être verrouillé avant de déposer le dossier d’incorporation.

10. Préparer correctement le dossier d’incorporation auprès du CRO

Pour immatriculer une LTD, le Companies Registration Office (CRO) exige un ensemble d’informations et de documents, notamment :

Exemple :

La demande d’immatriculation en Irlande exige un nom distinct, une adresse physique du siège social (pas de boîte postale), la liste des administrateurs et du secrétaire avec identités et adresses, la répartition du capital et l’identité des actionnaires, la constitution (objet et gouvernance), et, si applicable, la preuve de souscription au Section 137 bond.

Le processus standard prend 5 à 10 jours ouvrables une fois le dossier complet, mais les retards sont fréquents si des éléments sont manquants ou peu clairs. Mieux vaut anticiper :

L’obtention d’un Identified Person Number (IPN) pour chaque directeur non résident.

La préparation des justificatifs d’identité et de domicile.

L’utilisation éventuelle d’un agent spécialisé pour sécuriser la procédure.

11. Anticiper les coûts de création et de fonctionnement de base

En plus des honoraires d’avocats ou de conseils, plusieurs coûts structurels récurrents sont à prévoir :

Poste de coût annuel / ponctuelFourchette indicative (hors honoraires sur mesure)
Frais de dépôt CRO (incorporation)~50 €
Service de siège social150–400 € / an
Section 137 bond (si nécessaire)600–1 200 € / an (sur base de 2 ans)
Services de secrétariat juridique / agent local150–500 € / an
Tenue de comptabilité et audit (si requis)Variable selon taille

Pour une société offshore sérieuse, additionnez ces postes à ceux de la substance (locaux, personnel, direction) pour avoir un budget réaliste.

Naviguer dans le registre des bénéficiaires effectifs

La transparence sur l’ayant‑droit économique est désormais la norme en Europe, et l’Irlande ne fait pas exception. Une société offshore n’est plus un écran opaque : les administrations et certains professionnels peuvent accéder à l’identité de ses bénéficiaires.

12. Comprendre le fonctionnement du registre irlandais des bénéficiaires effectifs

L’Irlande maintient plusieurs registres de bénéficiaires effectifs, dont un pour les compagnies et un pour certaines entités financières (Certain Financial Vehicles, CFV). Pour ces véhicules, la Central Bank of Ireland tient un registre central, accessible selon différents niveaux :

Niveaux d’accès au registre

Répartition des droits d’accès selon les catégories d’utilisateurs

Accès illimité (Tier One)

Autorités compétentes : police, cellule de renseignement financier, fisc, Banque centrale, etc.

Accès restreint

Pour les « designated persons » : banques, avocats, comptables soumis aux lois anti-blanchiment.

Accès public très limité

Encadré par un test d’« intérêt légitime », avec des droits de consultation fortement restreints.

Depuis une décision de la Cour de justice de l’UE, l’accès du grand public aux informations détaillées de ces registres a été considérablement restreint. Désormais, seules certaines catégories d’acteurs peuvent obtenir les détails complets des bénéficiaires effectifs.

13. Vérifier les conséquences concrètes pour les associés et UBO

Même si les données ne sont pas intégralement publiques, les bénéficiaires effectifs d’une société offshore en Irlande seront connus :

De l’administration fiscale irlandaise.

Des autorités anti‑blanchiment (Garda Síochána, FIU, Criminal Assets Bureau, etc.).

Des banques et professionnels soumis aux règles KYC/AML.

Pour un entrepreneur recherchant discrétion mais pas l’opacité, l’Irlande reste un choix possible : les données sensibles ne sont pas librement consultables par n’importe qui, mais l’anonymat total n’existe plus.

Avant d’ouvrir la société, il faut donc accepter que : les risques financiers, la gestion du temps et les obligations légales sont des facteurs cruciaux à prendre en compte.

L’identité des UBO soit documentée avec pièces justificatives.

Toute tentative de dissimulation (nominee sans contrôle réel, montage opaque) sera très mal vue par les banques et les autorités.

Sécuriser l’accès à un compte bancaire irlandais

Sans compte bancaire opérationnel (IBAN irlandais, services de paiement), la société restera lettre morte. Or, ouvrir un compte pour une structure offshore est l’un des principaux goulots d’étranglement.

14. Évaluer votre profil de risque bancaire avant de déposer une demande

Les banques irlandaises appliquent un filtrage rigoureux des non‑résidents et des structures internationales. Elles examinent :

Le pays de résidence des actionnaires et dirigeants.

Le secteur d’activité (certains domaines sont considérés comme plus risqués).

La source des fonds et du patrimoine.

Le lien économique avec l’Irlande (clients, fournisseurs, équipes, projets locaux).

Avant même de choisir la banque, il est utile d’analyser honnêtement votre dossier :

Activité claire, légale, compréhensible ?

Justificatifs de revenus et de patrimoine solides ?

Projections d’activité cohérentes avec le profil de la société ?

Bon à savoir :

Un projet sans business plan clair ni preuve de substance a très peu de chances de passer les contrôles AML/KYC. Les filtres de conformité exigent des éléments concrets et vérifiables pour valider la légitimité du projet.

15. Préparer un dossier KYC bancaire complet dès le départ

Les institutions financières irlandaises exigent un ensemble de documents détaillés pour une société nouvellement créée, notamment :

Pièce d’identité (passeport ou équivalent) pour tous les administrateurs, signataires et UBO.

– Justificatif de domicile récent.

– Certificat d’incorporation, constitution, organigramme capitalistique.

Description précise de l’activité, avec business plan, chiffre d’affaires prévu, volume de transactions, pays impliqués.

– Preuve de la source des fonds (relevés bancaires personnels, contrats, cession d’actifs, etc.).

– Preuves de relations commerciales (contrats, factures, correspondances, site web, présence en ligne).

Bon à savoir :

Les banques peuvent demander des références bancaires ou professionnelles de longue date, et ces exigences augmentent avec le caractère international du profil.

16. Comprendre les étapes de l’ouverture de compte pour non‑résident

Le processus suit généralement plusieurs phases :

1. Éligibilité : analyse de votre profil (résidence, activité, risques pays). 2. Préparation documentaire : collecte des pièces d’identité, statuts, business plan, preuves de fonds. 3. Choix de la banque : selon votre secteur, votre exposition internationale, le volume de transactions prévu. 4. Soumission et due diligence : vérification des identités, des UBO, screening AML, analyse du modèle d’affaires. 5. Clarifications : la banque peut demander des contrats, factures, prévisions financières supplémentaires. 6. Activation : une fois approuvé, vous obtenez un IBAN irlandais, l’accès en ligne et, si besoin, des cartes ou facilités de crédit.

Anticiper ces étapes et préparer un dossier complet réduit le risque de refus ou de délai excessif.

Maîtriser les notions de résidence fiscale personnelle et de conformité

La société offshore ne vit pas en vase clos. Votre propre résidence fiscale et vos obligations dans votre pays d’origine doivent être alignées avec la structure irlandaise.

17. Comprendre comment votre présence personnelle en Irlande est comptabilisée

Pour les personnes physiques, la résidence se détermine essentiellement par le nombre de jours passés en Irlande :

183 jours ou plus sur une année : résident.

Ou 280 jours cumulés sur deux années, avec au moins 30 jours la seconde année.

Même si vous ne comptez pas devenir résident, il est prudent de suivre le nombre de jours passés sur place, surtout si vous dirigez l’entreprise et assistez physiquement à des réunions fréquentes. Un basculement involontaire dans la résidence fiscale irlandaise pourrait modifier profondément votre situation personnelle (impôt sur vos revenus mondiaux).

18. Anticiper les déclarations fiscales et obligations de reporting

Une fois la société créée, plusieurs obligations régulières s’imposent :

Attention :

Les déclarations de résultats et le paiement de l’impôt sur les sociétés, les dépôts de comptes annuels, la mise à jour du registre des bénéficiaires effectifs, ainsi que d’éventuels formulaires de déclaration pour les comptes bancaires étrangers côté actionnaires (ex. Form 11 pour certains résidents irlandais) doivent être traités.

L’Irlande a également transposé les normes d’échange automatique d’informations (CRS, FATCA). Les banques irlandaises demanderont donc votre résidence fiscale, et ces informations pourront être transmises à votre administration d’origine.

Une société offshore en Irlande ne permet pas de « sortir du radar » des administrations, au contraire : la traçabilité est désormais au cœur du système.

Vérifier la cohérence du projet avec les règles internationales anti‑coquilles

L’Union européenne prépare des mesures spécifiques visant les « shell companies », c’est‑à‑dire les entités sans substance réelle utilisées pour tirer parti de régimes fiscaux avantageux. Même si le projet n’est pas encore totalement transposé, il s’inscrit dans une tendance claire.

19. Tester votre structure au regard des critères de coquille (substance test)

Le futur dispositif européen prévoit un faisceau d’indices :

Part élevée de revenus passifs (intérêts, dividendes, redevances).

– Manque de locaux propres, d’employés ou de direction sur place.

Absence de compte bancaire actif au sein de l’UE.

Les entreprises déclarées « sans substance » pourraient se voir :

Conséquences d’un statut non conforme

Mesures pouvant être appliquées en cas de non-respect des obligations fiscales ou réglementaires.

Refus de certificats de résidence

Refuser certains certificats de résidence, limitant ainsi les justificatifs nécessaires pour bénéficier de certains droits.

Perte des avantages fiscaux

Refuser l’accès aux avantages des conventions de non‑double imposition, entraînant une imposition potentiellement plus lourde.

Échange automatique renforcé

Faire l’objet d’un échange automatique d’informations renforcé, avec une transparence accrue sur les données financières.

Même si ces règles visent d’abord des structures de pure détention, une société offshore en Irlande qui ne dispose d’aucune substance réelle risque tôt ou tard d’entrer dans cette catégorie. Il est donc sage de bâtir dès le début une présence crédible.

20. Vérifier que le modèle d’affaires crée une vraie valeur ajoutée en Irlande

Au final, la question clé est simple : que fait votre société irlandaise, concrètement, que vous ne pourriez pas faire ailleurs ? Si la réponse se limite à « bénéficier du taux de 12,5 % », la structure sera fragilisée à moyen terme.

Quelques pistes pour renforcer la légitimité du projet :

Localiser des activités à forte valeur ajoutée en Irlande (R&D, gestion de propriété intellectuelle avec équipe dédiée, centre de services européen).

Développer une base de clients ou de fournisseurs significative dans l’UE via l’Irlande.

– Associer la société irlandaise à des fonctions stratégiques (siège régional, centre de décision opérationnel).

Cette approche demande plus d’investissement initial, mais elle permet :

D’accéder plus sereinement au taux de 12,5 % sur des profits commerciaux.

De sécuriser l’accès aux conventions fiscales.

De réduire le risque de requalification par les autorités étrangères.

Conclusion : l’Irlande reste attractive, mais l’ère de la « simple boîte aux lettres » est révolue

Ouvrir une société offshore en Irlande peut toujours être une décision pertinente, à condition de la penser comme une véritable implantation et non comme un simple véhicule d’arbitrage fiscal.

La checklist à passer avant de déposer les statuts tient en quelques questions structurantes :

Astuce :

Avant de choisir l’Irlande, posez-vous cinq questions clés : votre activité y est-elle réellement commerciale ou simplement passive ? Disposez-vous d’une substance concrète (direction, bureaux, équipe) sur place ? Vérifiez que les règles de résidence, les dispositifs anti-évitement (GAAR, CFC) et l’obligation de registre des bénéficiaires ne contredisent pas votre objectif. Assurez-vous de pouvoir ouvrir un compte bancaire irlandais compte tenu de votre profil et des exigences KYC/AML. Enfin, testez la robustesse de votre projet face aux standards internationaux qui visent à combattre les sociétés écrans ou coquilles vides.

En répondant honnêtement à ces questions, et en intégrant les 20 points de contrôle développés ci‑dessus, la création d’une société offshore en Irlande devient un projet structuré, soutenable et beaucoup moins exposé aux mauvaises surprises fiscales ou bancaires.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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