Fiscalité d’une société offshore en Irlande : impôts, TVA et dividendes

Monter une structure « offshore » en Irlande n’a plus grand-chose à voir avec les montages opaques d’autrefois. Le pays reste attractif par son impôt sur les sociétés à 12,5 % et son appartenance à l’Union européenne, mais il applique désormais les nouveaux standards internationaux de l’OCDE, avec un taux effectif minimum de 15 % pour les grands groupes. Comprendre comment se combinent impôt sur les sociétés, TVA et retenue à la source sur les dividendes est donc devenu indispensable pour tout entrepreneur ou investisseur qui envisage d’utiliser l’Irlande comme plateforme internationale.

Bon à savoir :

L’Irlande applique un impôt sur les sociétés de 12,5 %, sous réserve du nouveau régime Pillar Two. Pour la TVA, le reverse charge s’applique aux opérations transfrontalières. Les dividendes sont soumis à une retenue à la source de 25 %, avec de nombreuses exemptions à connaître.

Impôt sur les sociétés : 12,5 %, 15 % ou 25 % selon les cas

La première chose à saisir lorsqu’on parle de société offshore en Irlande, c’est que le pays ne connaît pas un taux unique d’impôt sur les sociétés, mais plusieurs. Le taux « vedette » de 12,5 % n’est qu’une partie du tableau.

Les trois grands taux d’impôt sur les sociétés

Le système irlandais repose sur une distinction fondamentale entre revenus « trading » (activités commerciales actives) et revenus passifs ou non‑trading.

Pour une société résidente irlandaise ou une structure offshore effectivement imposable en Irlande, les taux sont, en synthèse :

Type de revenu / régime Taux d’imposition en Irlande
Bénéfices d’exploitation « trading » (activité commerciale) 12,5 %
Certains dividendes étrangers de source trading qualifiée 12,5 %
Revenus passifs / non‑trading (intérêts, loyers, certains dividendes, profits de possessions situées hors d’Irlande, activités foncières, exploration minière, etc.) 25 %
Plus-values (capital gains) 33 %
Minimum effectif pour grands groupes (règles OCDE Pillar Two) 15 % (via impôt « top‑up »)

Le taux de 12,5 % s’applique aux bénéfices issus d’un commerce exercé en Irlande de manière active, régulière et dans un but lucratif. La notion de « trade » n’est pas définie précisément dans la loi, mais dans la pratique, une société qui a une activité opérationnelle réelle (vente de biens, prestations de services, développement logiciel, consulting, etc.) avec substanced économique en Irlande sera considérée comme réalisant des profits trading.

Attention :

Les revenus passifs (intérêts, dividendes de portefeuille, loyers, gains d’investissement) sont imposés à 25 %. Une société offshore détenant des actifs financiers ou immobiliers sans personnel ni activité réelle en Irlande relève de ce taux, même si elle est structurée comme société irlandaise.

Enfin, les plus‑values sont imposées distinctement, à 33 %, que la société soit irlandaise ou qu’elle y soit imposée pour des cessions d’actifs imposables.

Le maintien stratégique du taux de 12,5 %… mais sous surveillance internationale

L’Irlande a bâti une grande partie de son modèle économique sur ce fameux taux à 12,5 % pour les profits trading, en vigueur depuis 2003. De grands groupes technologiques comme Google ou Facebook ont historiquement installé leurs sièges européens sur place pour cette raison. Même après avoir rejoint l’accord OCDE sur la fiscalité internationale (les deux « Piliers »), le gouvernement irlandais a réaffirmé sa volonté de conserver ce taux pour la quasi‑totalité des sociétés.

Cette position a été rendue possible par une clause clé de l’accord OCDE : le taux minimum effectif de 15 % ne concerne que les groupes dont le chiffre d’affaires mondial atteint au moins 750 millions d’euros dans au moins deux des quatre derniers exercices. Concrètement, plus de 99 % des entreprises exerçant en Irlande échappent à ce plancher de 15 % et continuent d’être taxées à 12,5 % sur leurs bénéfices trading.

160 000

Environ 160 000 entreprises, employant 1,8 million de personnes, restent soumises à un taux d’imposition de 12,5 %, tandis qu’environ 1 500 sociétés étrangères et une cinquantaine de grands groupes irlandais, représentant 500 000 salariés, passent au nouveau taux de 15 %.

Pillar Two : comment l’Irlande applique le minimum mondial de 15 %

L’accord OCDE, complété au niveau européen par la directive « minimum tax » (Conseil UE 2022/2523), impose un taux effectif d’au moins 15 % dans chaque juridiction où un groupe multinational en scope opère. L’Irlande a transposé ces règles dans sa législation via le Finance (No.2) Act 2023, qui insère un nouveau dispositif (Part 4A du Taxes Consolidation Act 1997).

Le mécanisme Pillar Two repose sur trois outils principaux :

l’Income Inclusion Rule (IIR), qui permet à la société mère ultime ou à d’autres entités contrôlant le groupe d’ajouter un impôt complémentaire si certaines filiales ont un taux effectif inférieur à 15 %,

l’Undertaxed Profits Rule (UTPR), une sorte de filet de sécurité pour que les profits insuffisamment taxés quelque part puissent être repris par d’autres juridictions,

– la Qualified Domestic Top‑Up Tax (QDTT), un impôt complémentaire national permettant au pays où opère la filiale de collecter lui‑même la différence jusqu’à 15 %, avant que d’autres États ne le fassent.

Astuce :

L’Irlande a choisi d’appliquer sa propre QDTT (Qualified Domestic Top-up Tax). Si le taux effectif d’une entité irlandaise d’un grand groupe est inférieur à 15 %, l’administration irlandaise percevra un impôt top-up pour combler l’écart. Cela permet à Dublin de préserver sa priorité de taxation et d’éviter qu’un autre État ne prélève cet impôt complémentaire au titre de l’IIR ou de l’UTPR.

Le calcul du top‑up ne se fait pas sur la base fiscale classique, mais sur des résultats et impôts « GloBE » issus des comptes consolidés, ajustés selon les règles OCDE. Il ne s’agit donc pas d’un nouveau taux de 15 % sur le bénéfice fiscal irlandais, mais d’un complément visant à ce que le taux effectif global au sens de Pillar Two atteigne 15 %.

Impact pratique pour une société offshore en Irlande

Pour un entrepreneur qui n’appartient pas à un groupe dépassant le seuil de 750 millions d’euros de chiffre d’affaires mondial, Pillar Two reste théorique : la société continuera de supporter 12,5 % sur ses profits trading, 25 % sur les revenus passifs, 33 % sur les plus‑values, sans top‑up.

Dans un schéma typique de société offshore irlandaise (LTD) utilisée pour opérer dans l’UE, la situation est alors la suivante :

Situation typique d’une LTD « offshore » en Irlande Traitement fiscal principal
Revenus d’exploitation (SaaS, consulting, licence logiciel, etc.) avec substance réelle en Irlande 12,5 % IS sur les bénéfices trading
Revenus d’investissements financiers ou loyers 25 % IS sur revenus passifs
Gain sur cession d’actifs immobilisés 33 % sur la plus‑value
Groupe en dessous de 750 M€ de CA mondial Pas d’application de Pillar Two / top‑up

Pour un grand groupe en revanche, la structuration doit être repensée pour intégrer ce plancher de 15 % dans chaque pays, y compris en Irlande. Les montages purement fiscaux visant à concentrer massivement des bénéfices dans le pays à 12,5 % perdent une grande partie de leur intérêt.

TVA : reverse charge, taux et pièges des opérations transfrontalières

Au‑delà de l’impôt sur les sociétés, la TVA joue un rôle central dans la fiscalité d’une société offshore en Irlande, surtout si elle vend ou achète des services et des biens à l’étranger. La règle de base est simple : la TVA irlandaise s’applique lorsque le lieu de la livraison ou de la prestation est situé en Irlande. Mais les mécanismes de localisation et de reverse charge rendent la pratique plus subtile.

Les taux de TVA en Irlande : un paysage à plusieurs niveaux

L’Irlande dispose d’un taux standard de TVA, complété par plusieurs taux réduits et des exonérations. Pour une société offshore qui facture des clients dans différents secteurs, savoir quel taux appliquer est déterminant.

Catégorie / secteur Taux de TVA applicable en Irlande
Taux standard (services généraux, la plupart des biens) 23 %
Services de restauration, hôtels, certains services touristiques 9 %
Restaurants, catering, coiffure (à partir du 1er juillet 2026, dans le cadre du budget 2026) 9 % (au lieu de 13,5 %)
Services de coiffure et de nettoyage (hors mesure spécifique) 13,5 %
Fournitures agricoles (bétail) 4,8 %
Vêtements pour enfants, livres imprimés 0 %
Exportations de biens 0 %

Les services médicaux, l’enseignement, les services financiers et d’assurance, la location de biens immobiliers (sauf exceptions), les activités de paris et de jeux, certains événements sportifs et culturels non commerciaux sont exonérés de TVA. Exonération signifie absence de TVA collectée, mais aussi impossibilité (totale ou partielle) de déduire la TVA payée en amont, ce qui est particulièrement important pour une holding ou une structure d’investissement offshore.

Lieu de taxation : où la TVA doit‑elle être déclarée ?

Pour déterminer si une facture émise par une société irlandaise doit comporter de la TVA irlandaise, il faut d’abord localiser la prestation ou la livraison.

Quelques principes structurants :

– Pour les biens, le lieu de la livraison est en général là où se trouvent physiquement les marchandises au moment de la vente.

– Pour les prestations B2B (business to business), la règle de base place le lieu de la prestation là où est établi le client professionnel.

– Pour les prestations B2C (vers des particuliers), la localisation dépend du type de service, mais, pour de nombreux services « classiques », c’est l’État du prestataire qui prévaut.

Exemple :

Une société irlandaise qui facture des services à une entreprise établie dans un autre État membre de l’UE peut, dans beaucoup de cas, émettre une facture sans TVA (taux 0 %), en mentionnant le reverse charge. Le client doit alors s’auto‑facturer la TVA dans son propre pays.

Inversement, lorsqu’une société irlandaise reçoit des prestations d’un fournisseur étranger, c’est en général elle qui doit auto‑liquider la TVA irlandaise via le mécanisme du reverse charge, même si la facture étrangère ne mentionne aucune TVA.

Reverse charge : quand le client devient redevable de la TVA

Le reverse charge consiste à transférer l’obligation de déclarer et de payer la TVA du fournisseur vers le client. Ce mécanisme est central pour les sociétés offshore en Irlande, car il évite d’obliger chaque prestataire étranger à s’enregistrer à la TVA dans tous les pays où il a des clients.

En Irlande, le reverse charge intervient notamment dans les cas suivants :

Services B2B fournis par un prestataire non établi en Irlande à un client assujetti irlandais, lorsque le lieu de la prestation est l’Irlande,

Acquisitions intracommunautaires de biens,

– Certaines opérations domestiques jugées à risque (par exemple, travaux de construction sous‑traités, livraisons de quotas carbone, ventes de métaux de récupération, etc.).

Lorsqu’une société irlandaise achete un service auprès d’un prestataire étranger, et que la règle B2B place la prestation en Irlande, le fournisseur n’ajoute aucune TVA. La société irlandaise doit alors :

TVA irlandaise : obligations clés

Les trois étapes essentielles pour gérer la TVA sur vos services en Irlande

Calculer la TVA applicable

Calculez la TVA irlandaise due, généralement au taux standard de 23 % sur le montant hors taxes.

Déclarer la TVA collectée

Reportez ce montant comme TVA collectée dans la case T1 de votre déclaration VAT3.

Déduire la TVA (si éligible)

Si le service est utilisé pour des activités ouvrant pleinement droit à déduction, déduisez le même montant en case T2 comme TVA déductible.

Pour une entreprise pleinement taxable (qui facture la TVA sur ses ventes et a droit à une déduction intégrale), la manœuvre est neutre : la TVA due et la TVA récupérable se compensent. Pour une entreprise exonérée (par exemple, une structure qui ne réalise que des opérations financières ou d’assurance), la TVA auto‑liquidée ne peut pas être déduite ; le montant inscrit en T1 devient alors un coût définitif.

Le détail est loin d’être anecdotique pour une société offshore qui servirait de plate‑forme de services financiers, d’investissement ou de holding : chaque service acheté à l’étranger peut générer une taxe réelle de 23 %, même sans perception de TVA sur ses propres revenus.

TVA et ventes internationales : B2C, services numériques, seuils européens

Les sociétés offshore en Irlande ciblent souvent des clients situés dans d’autres pays de l’UE, en particulier via l’e‑commerce et les services numériques. Dans ce domaine, les règles européennes ont évolué pour imposer ce qu’on appelle la TVA au lieu de consommation.

Pour les services numériques B2C (applications, streaming, e‑books, etc.), le lieu de taxation est en principe le pays de résidence du client final. Tant que le volume total des ventes B2C transfrontalières dans l’UE reste inférieur à 10 000 € par an, la société irlandaise peut appliquer la TVA irlandaise. Au‑delà de ce seuil cumulé, elle doit, en principe, appliquer la TVA du pays du client, ce qui implique soit de s’enregistrer dans chaque État, soit d’utiliser le guichet unique OSS (One‑Stop Shop).

Ainsi, une société offshore basée en Irlande, qui vend des services numériques à des particuliers en France, en Allemagne et en Espagne, devra surveiller attentivement ce seuil de 10 000 € et, une fois dépassé, facturer la TVA au taux français, allemand ou espagnol suivant la localisation du client.

Société offshore en Irlande

TVA et groupes : la fin des groupes TVA « internationaux »

L’Irlande autorise la constitution de groupes TVA, permettant à plusieurs sociétés étroitement liées sur les plans financier, économique et organisationnel d’être traitées comme un seul assujetti. Jusqu’ici, des entités étrangères pouvaient être intégrées dans ces groupes (par exemple, des succursales étrangères d’entreprises irlandaises), ce qui évitait la taxation de certaines opérations internes.

Cependant, un tournant important est prévu : à compter du 19 novembre 2025, seules les entités établies en Irlande pourront faire partie d’un groupe TVA irlandais. Les succursales ou sièges sociaux situés à l’étranger seront exclus. Un régime transitoire court jusqu’au 31 décembre 2026, mais à terme, les flux entre établissements irlandais et non‑irlandais ne seront plus ignorés pour la TVA. Ils pourront devenire imposables, avec dans certains cas, application du reverse charge.

Pour une société offshore utilisant un montage avec des succursales ou des bureaux dans plusieurs pays, la modification des règles de groupe TVA signifie qu’il faudra re‑cartographier les flux internes et vérifier si des auto‑liquidations de TVA irlandaise deviennent nécessaires lorsque des services sont rendus à ou depuis l’Irlande.

Seuils d’immatriculation TVA : non‑résidents vs entreprises locales

Pour les sociétés résidentes en Irlande, il existe des seuils de chiffre d’affaires au‑delà desquels l’immatriculation à la TVA est obligatoire. Les principaux repères sont :

Nature de l’activité (entreprise résidente) Seuil annuel approximatif d’immatriculation obligatoire
Fourniture de biens 75–85 000 € (selon définitions et périodes de référence)
Fourniture de services 37 500–42 500 €
Acquisitions intracommunautaires de biens 41 000 €
Ventes à distance / e‑commerce B2C intra‑UE 10 000 € (seuil OSS européen)

En revanche, pour une entreprise non établie en Irlande (par exemple une véritable société offshore qui n’y a ni siège ni établissement stable, mais vend des biens stockés en Irlande ou y fournit des services), il n’existe pas de seuil : le premier euro de vente taxable impose l’immatriculation à la TVA, sauf à pouvoir recourir aux mécanismes européens (OSS pour certains services ou ventes à distance). C’est un point essentiel pour les structures qui utilisent l’Irlande comme hub logistique pour l’UE.

Dividendes et distributions : retenue à la source de 25 %, exemptions et participation exemption

Le troisième pilier de la fiscalité d’une société offshore en Irlande concerne le traitement des dividendes, à la fois :

ceux que la société irlandaise verse à ses actionnaires,

ceux qu’elle perçoit de filiales étrangères.

Dividendes versés par une société irlandaise : une retenue de 25 % très modulable

Les distributions effectuées par une société résidente irlandaise (y compris une LTD « offshore ») sont, par principe, soumises à une retenue à la source appelée Dividend Withholding Tax (DWT), au taux de 25 %. Ce taux standard s’applique aux dividendes et autres distributions, qu’elles soient versées à des résidents irlandais ou à des non‑résidents.

En pratique, ce prélèvement opéré par la société distributrice n’est pas toujours définitif :

– pour un actionnaire résident irlandais, le DWT vient en déduction de son impôt final sur le revenu ou l’impôt sur les sociétés,

– pour un non‑résident, la retenue de 25 % est souvent le dernier mot de l’Irlande, sauf si une convention fiscale ou une directive de l’UE impose un taux réduit, voire une exemption.

La loi irlandaise prévoit de nombreuses situations dans lesquelles la société peut payer le dividende « brut », sans retenir de DWT, à condition de détenir et de conserver une documentation appropriée.

Parmi les principaux cas d’exonération figurent :

les sociétés résidentes irlandaises recevant des dividendes d’une autre société irlandaise,

– certaines catégories d’organismes exonérés (fonds de pension agréés, associations caritatives, certains fonds d’investissement, structures de retraite, organismes sportifs qualifiés, etc.),

les bénéficiaires non résidents (individus ou sociétés) résidant dans un pays de l’UE (autre que l’Irlande) ou dans un État ayant signé une convention fiscale avec l’Irlande, sous réserve de conditions de contrôle et d’anti‑abus,

– les sociétés non résidentes dont la classe principale d’actions est cotée sur un marché réglementé ou reconnu dans l’UE ou dans un État lié par convention, ainsi que leurs filiales détenues à 75 %.

Le concept de « relevant territory » est central : l’Irlande dispense de DWT, sous conditions, les bénéficiaires dans un État membre de l’UE ou un pays lié par convention fiscale.

L’effet combiné de ces dispositions est que, pour un grand nombre d’actionnaires étrangers, la retenue de 25 % peut être réduite à 0 % en amont, à condition que la société distributrice obtienne à temps les formulaires et certificats requis (déclarations d’exonération, certificats de résidence fiscale, etc.).

Conventions fiscales, directive mère‑fille et mesures défensives

En complément du droit interne, les conventions fiscales bilatérales et le droit de l’UE jouent un rôle important. L’Irlande a signé 78 conventions de non‑double imposition, dont 75 sont en vigueur. Ces accords s’inspirent du modèle OCDE et comportent des clauses anti‑abus, notamment la désormais classique « Principal Purpose Test » (PPT), selon laquelle un avantage conventionnel peut être refusé si l’un des principaux objectifs d’un montage était d’obtenir cet avantage.

Dans l’UE, la directive « mère‑fille » permet, sous conditions de détention minimale et de forme juridique, l’exonération de retenue à la source sur les dividendes versés entre sociétés liées de différents États membres.

Bon à savoir :

L’Irlande applique des mesures défensives sur les paiements sortants (intérêts, redevances, dividendes) vers des entités associées situées dans des juridictions non coopératives de l’UE ou à taxation nulle ou quasi nulle. Dans ces cas, les exonérations classiques peuvent être refusées et les taux usuels s’appliquent : 25 % pour les dividendes, 20 % pour les intérêts ou redevances, afin de décourager les schémas de double non-imposition.

Dividendes perçus par une société irlandaise : du 25 % à l’exonération totale

Sur le plan des revenus entrants, une société irlandaise recevant des dividendes étrangers est, en principe, imposée à 25 %. Toutefois, plusieurs dispositifs viennent atténuer, voire supprimer, cette imposition :

– Lorsque les dividendes proviennent de bénéfices trading d’une filiale résidente dans l’UE, dans un pays lié par convention fiscale, dans un État ayant adhéré à la Convention OCDE/Conseil de l’Europe d’assistance mutuelle ou encore dans certaines circonstances de détention par une société cotée, un taux réduit de 12,5 % peut s’appliquer.

– Surtout, l’Irlande a introduit une véritable « participation exemption » sur les dividendes étrangers : à compter de 2025, les distributions reçues d’une filiale détenue à au moins 5 % (droits de vote, droit aux bénéfices et aux actifs en liquidation) et résidente dans l’UE / EEE ou dans un État avec convention de non‑double imposition peuvent être totalement exonérées, sous certaines conditions.

Pour bénéficier de cette participation exemption, il faut notamment que la distributeur :

soit effectivement soumis à un impôt local (pas d’exonération générale),

– ne soit pas établi dans un pays inscrit sur la liste européenne des juridictions non coopératives,

– respecte des conditions de résidence sur une période continue de trois ans (réduite de cinq à trois ans à compter du 1er janvier 2026).

Attention :

L’exonération n’est pas automatique : la société irlandaise doit en faire la demande dans sa déclaration d’impôt sur les sociétés. Elle peut aussi choisir de rester dans le régime traditionnel des crédits d’impôt.

Pour une structure offshore qui sert de holding de tête pour un groupe international, cette participation exemption change profondément la donne : il devient possible de regrouper des dividendes de filiales européennes ou conventionnées en Irlande sans ajout d’impôt irlandais, pourvu que les conditions soient remplies.

Exemple synthétique : flux de dividendes dans une structure offshore irlandaise

Imaginons une holding irlandaise qui détient 100 % d’une filiale opérationnelle en France et 60 % d’une filiale en Allemagne. Chaque filiale distribue des dividendes :

1. Au niveau local, les filiales paient l’impôt sur les sociétés dans leurs pays respectifs.
2. Les conventions fiscales franco‑irlandaise et germano‑irlandaise limitent éventuellement la retenue à la source sur ces dividendes (par exemple à 5 %, 10 % ou 15 % selon les cas).
3. En Irlande, la holding peut, sous conditions, appliquer la participation exemption sur ces dividendes, ce qui signifie aucune imposition irlandaise supplémentaire sur ces flux.
4. Si la holding irlandaise verse ensuite un dividende à sa société mère ultime située dans un autre pays de l’UE ou dans un État conventionné, cette distribution peut potentiellement être exonérée de DWT à 25 %, dès lors que les conditions de forme, de contrôle et de résidence sont remplies, ou bénéficier d’un taux conventionnel réduit.

L’Irlande se positionne ainsi comme un centre de transit fiscalement efficace pour les dividendes, mais dans un cadre désormais très encadré par les normes BEPS, les règles anti‑abus et le plancher de 15 % pour les grands groupes.

Substance, résidence et contrôles anti‑abus : la fin des sociétés purement de papier

Parler de société offshore en Irlande ne signifie plus forcément société « boîte aux lettres ». La législation irlandaise et les règles européennes ont été durcies au fil des ans pour lutter contre la planification fiscale agressive.

L’Irlande a mis en place :

Bon à savoir :

L’Irlande applique une règle générale anti-abus (GAAR) permettant de requalifier les opérations sans substance économique, avec une pénalité possible de 30 % sur l’avantage fiscal. Des règles CFC imputent en Irlande les bénéfices non distribués de filiales faiblement taxées si des fonctions clés y sont exercées. La déduction d’intérêts nets est plafonnée à 30 % de l’EBITDA (franchise de 3 M€), et s’ajoutent des règles anti-hybridation, une exit tax et la participation au MLI de l’OCDE.

Pour les projets sérieux, cela n’empêche pas d’utiliser l’Irlande comme plateforme internationale, mais oblige à démontrer une substance réelle : direction effective, réunions de conseil, personnel clé, dépenses opérationnelles locales, fonctions de décision stratégique exercées sur place. À défaut, la résidence fiscale de la société pourrait être contestée, ou les avantages attendus d’un montage pourraient être remis en cause.

Synthèse : ce qu’il faut retenir pour structurer une société offshore en Irlande

En combinant les différents volets évoqués, le profil fiscal d’une société offshore en Irlande peut se résumer ainsi :

Bon à savoir :

Pour les PME et start-ups internationales (hors groupe >750 M€), l’Irlande conserve un taux d’impôt sur les sociétés de 12,5 % sur les profits trading, avec des incitations R&D renforcées (crédit d’impôt à 35 % dès 2026 et Knowledge Development Box). Pour les grands groupes, le taux effectif grimpe à 15 % minimum sous l’effet du top-up Pilier Deux, réduisant l’avantage comparatif. En TVA, l’Irlande applique des taux standards/réduits classiques, un recours fréquent au reverse charge pour les services B2B transfrontaliers, et un durcissement des règles de groupes TVA pouvant taxer les flux internes avec l’étranger. Sur les dividendes, une retenue standard de 25 % est compensée par un large arsenal d’exonérations (directives UE, conventions, exemption pour non-résidents, nouvelle participation exemption pour dividendes étrangers). L’ensemble est encadré par des mesures anti-abus nationales, européennes et OCDE ciblant les montages artificiels ou purement fiscaux.

Pour un investisseur ou un entrepreneur, la conclusion est double. D’un côté, l’Irlande reste l’une des juridictions les plus compétitives de l’UE en matière d’impôt sur les sociétés, avec un environnement juridique stable, une large réseau conventionnel et la possibilité d’opérer en anglais au sein du marché unique. De l’autre, l’ère des sociétés offshore de pure façade est révolue : pour bénéficier durablement des avantages irlandais en matière d’impôt, de TVA et de dividendes, il faut accepter de mettre en place une présence économique solide et des structures alignées avec l’esprit autant qu’avec la lettre des nouvelles règles internationales.

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