Créer une société offshore en Irlande à distance : comment ça marche vraiment ?

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

L’idée de créer une société offshore en Irlande à distance attire de plus en plus d’entrepreneurs, freelances et investisseurs qui veulent un pied dans l’Union européenne, un environnement pro‑business et un cadre fiscal compétitif, sans avoir à se déplacer ni à s’installer sur place. Mais entre marketing des prestataires, exigences légales irlandaises et durcissement massif des règles anti‑blanchiment au niveau de l’UE, la question devient : est‑ce vraiment possible… et à quelles conditions ?

Bon à savoir :

Oui, il est possible de créer et exploiter entièrement à distance une société irlandaise, mais cela ne signifie ni anonymat, ni absence de substance, ni exemption de conformité. La distinction entre une structure légitime et un montage artificiel repose sur des détails clés : résidence des dirigeants, obligations de transparence, lieu de gestion effective, substance économique, et l’arrivée prochaine d’un nouveau règlement européen anti-blanchiment directement applicable.

Une société irlandaise à distance : possible en droit, exigeant en pratique

La loi irlandaise ne demande pas que les fondateurs vivent en Irlande, ni même dans l’Espace économique européen. Le Companies Act 2014 autorise une ou plusieurs personnes à constituer une société pour tout objet licite, sans condition de résidence. C’est ce qui rend, en théorie, la création d’une société irlandaise « offshore » accessible à un entrepreneur installé en Afrique, au Moyen‑Orient ou en Amérique latine, sans jamais mettre les pieds à Dublin.

Mais plusieurs garde‑fous viennent encadrer cette liberté, notamment pour les non‑résidents.

Attention :

Toute société irlandaise doit avoir au moins un administrateur résidant physiquement dans l’EEE (plus de 183 jours par an dans un État membre), indépendamment de la nationalité. À défaut, elle doit souscrire un bond « Section 137 » de 25 000 €, valable deux ans, émis par un assureur ou un établissement financier habilité.

Ensuite, chaque société doit avoir un siège social physique en Irlande, accessible pour les livraisons et la consultation de documents. Les boîtes postales sont interdites. En pratique, de nombreux fondateurs non‑résidents recourent à un prestataire de « virtual office », à condition que l’adresse corresponde à des locaux réels et que l’opérateur soit titulaire d’une licence de prestataire de services fiduciaires (TCSP) au titre de la législation anti‑blanchiment.

Astuce :

Les administrateurs et bénéficiaires effectifs doivent être clairement identifiés. Les directeurs titulaires d’un numéro PPS irlandais doivent le fournir. Les autres doivent obtenir un Identified Person Number (IPN) via un formulaire dédié, accompagné d’une vérification notariale de l’identité.

Autrement dit, le montage 100 % anonyme et purement « boîte aux lettres » n’est plus compatible ni avec le droit irlandais, ni avec les standards internationaux de substance économique.

Comment se déroule concrètement une création de société à distance ?

Depuis la numérisation complète du portail CORE (Companies Online Registration Environment), l’intégralité des formalités auprès du Companies Registration Office (CRO) peut être réalisée en ligne, depuis n’importe quel pays.

Un schéma typique de constitution à distance passe soit par un expert‑comptable irlandais, soit par un agent de formation de sociétés. Plusieurs acteurs structurent leur offre pour les fondateurs non‑résidents avec un parcours en quelques grandes étapes.

De la consultation à l’incorporation : un processus largement industrialisé

Une séquence fréquence se présente ainsi, entièrement réalisable à distance :

1. Entretien initial En général, un appel vidéo de 30 à 45 minutes permet de clarifier le profil du projet : type de business, pays de résidence des fondateurs, modèle de revenus, base de clientèle, besoin éventuel de directeur EEE, de bond Section 137, d’adresse virtuelle ou de structuration de groupe. Cet échange sert aussi de première prise d’information pour les obligations de connaissance client (KYC).

Exemple :

Le fondateur remplit un questionnaire sécurisé de 10 à 15 minutes (données civiles, coordonnées, activité, options de nom de société), puis téléverse une pièce d’identité et un justificatif de domicile. Les prestataires irlandais, comme les banques, doivent effectuer des contrôles anti-blanchiment : origine des fonds, profil de risque et nature des services envisagés.

3. Choix du nom et rédaction de la constitution Le nom proposé est vérifié sur la base du registre du CRO pour s’assurer qu’il n’est ni identique ni trop proche d’une société existante, et qu’il n’utilise pas de termes réglementés (comme « bank » ou « insurance ») sans autorisation ministérielle. La constitution de la société, en un document unique pour une LTD classique, est ensuite rédigée, en précisant notamment l’objet social, la structure du capital et les règles de gouvernance.

Dépôt en ligne du Form A1

Démarche d’immatriculation via le portail CORE pour les agents et entrepreneurs

Connexion et création de compte

L’agent ou l’entrepreneur se connecte au portail CORE, crée un compte et accède à l’espace de dépôt.

Remplissage du Form A1

Le Form A1 (demande d’immatriculation) est rempli en ligne, avec la constitution et les consentements des administrateurs et du secrétaire à joindre.

Signatures électroniques qualifiées

Les signatures électroniques sont acceptées, souvent via des solutions à signature qualifiée, particulièrement utilisées pour les directeurs non‑résidents.

5. Traitement par le CRO et délivrance du certificat Selon le schéma choisi, le délai varie de quelques jours à une dizaine de jours ouvrables. Le schéma prioritaire Fé Phráinn vise un certificat d’incorporation sous cinq jours pour un dossier complet et conforme ; le schéma standard affiche plutôt un délai autour de dix jours. Des formules express, via certains agents, annoncent des approbations en 48 heures en cas de dossier parfaitement préparé.

6. Immatriculation des bénéficiaires effectifs (RBO) Indépendamment du CRO, les bénéficiaires effectifs (généralement ceux qui détiennent ou contrôlent plus de 25 % du capital) doivent être enregistrés dans le Registre central des bénéficiaires effectifs dans les cinq mois suivant l’incorporation. Là encore, les non‑résidents doivent au préalable disposer d’un IPN.

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Nombre d’étapes clés à franchir pour l’enregistrement fiscal et le démarrage opérationnel d’une société en Irlande.

Dans la pratique, les acteurs les plus digitalisés annoncent un délai global de 9 à 12 jours entre le dépôt du Form A1 et l’ouverture d’un compte bancaire opérationnel, même pour des fondateurs non résidents.

Coûts typiques d’une création à distance

La constitution d’une société à distance implique plusieurs couches de coûts : frais administratifs du CRO, honoraires de l’agent de formation, coût éventuel du bond Section 137, adresse de siège social et services juridiques et comptables annexes.

Le tableau ci‑dessous donne un ordre de grandeur des principaux postes pour un fondateur non‑résident.

Poste de coût principalFourchette indicative (année 1)
Frais officiels du CRO (Form A1 en ligne)~50–100 €
Package de formation de base (agent en ligne)150–300 €
Service complet formation + secrétariat + RBO500–1 200 €
Bond Section 137 (non‑EEE, 2 ans, 25 000 €)1 500–2 000 €
Adresse de siège social / virtual office150–500 € / an
Premier budget de conformité comptable + fiscale2 400–4 200 € / an

Selon la complexité du projet et la localisation des fondateurs, la facture totale de la première année se situe souvent entre 3 000 et 5 000 €, mais peut être optimisée en combinant dépôt direct via CORE et prestations ciblées.

Irlande « offshore » : attractivité fiscale, mais sous haute surveillance

L’attrait de l’Irlande dans les stratégies internationales ne tient pas qu’à son appartenance à l’UE ou à son anglais comme langue de travail. Le facteur fiscal joue un rôle central, même si le pays refuse l’étiquette de paradis fiscal.

La fiscalité irlandaise repose sur trois grands piliers : un taux d’impôt sur les sociétés de 12,5 % sur les revenus « trading » (activité opérationnelle), un taux de 25 % sur les revenus passifs, et toute une panoplie de régimes favorables à l’investissement et à la propriété intellectuelle, dont certains permettent, dans certains cas et avec une substance suffisante, de descendre vers des taux effectifs proches de 2,5 % sur des profits liés à l’exploitation d’actifs immatériels.

Ces mécanismes, combinés aux conventions fiscales, ont conduit à des flux massifs d’optimisation, au point que certains travaux estiment que les dispositifs de BEPS irlandais concentrent des montants supérieurs à ceux de l’ensemble des centres caribéens, pesant sur le déficit commercial transatlantique.

Analyse des flux d’optimisation fiscale

L’Irlande répond à ces critiques en mettant en avant deux arguments. D’une part, le pays ne remplit la définition OCDE de 1998 d’un « tax haven », qui repose sur quatre critères (absence ou quasi‑absence d’impôt, absence d’échange d’informations, manque de transparence, tolérance de sociétés « boîtes aux lettres » sans substance). Aucun État membre de l’OCDE, à part une juridiction caribéenne à une date donnée, n’entrait d’ailleurs dans cette catégorie. D’autre part, le droit irlandais – notamment via le Criminal Justice (Money Laundering and Terrorist Financing) Act 2010 et la transposition successive des directives anti‑blanchiment – est aligné sur les standards internationaux de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme.

Attention :

Le faible taux d’imposition irlandais n’est accessible qu’avec une activité tangible : personnel local, coûts engagés, décisions prises sur place et gouvernance documentée. À défaut, les revenus passifs sont taxés à 25 % et la société risque une requalification fiscale dans le pays des dirigeants via les règles de société étrangère contrôlée ou les conventions fiscales.

Substance économique : la fin des « coquilles vides » à distance

À l’échelle mondiale, les travaux BEPS de l’OCDE ont imposé une logique de substance : pour bénéficier d’un régime fiscal privilégié, une entité doit démontrer une activité économique réelle dans la juridiction. Les textes nationaux convergent autour d’un triptyque : être dirigée et gérée localement, y exercer ses activités génératrices de revenus (Core Income‑Generating Activities, CIGA), et disposer de ressources (employés, locaux, dépenses) proportionnées.

Bon à savoir :

L’Irlande ne fixe pas de seuils chiffrés pour la pure détention, mais l’absence de présence locale affecte la récupération de TVA et le taux d’imposition (12,5 % trading vs 25 % passif). Pour une exploitation de PI ou un holding animant un groupe, il faut des équipes dédiées, locaux, réunions sur place et R&D locale pour bénéficier de régimes comme la Knowledge Development Box.

Dans ce contexte, l’idée d’une société offshore irlandaise créée à distance et gérée sans aucune empreinte locale devient illusoire. Même si l’incorporation technique est possible en ligne, la soutenabilité fiscale du montage dépendra des éléments matériels présents en Irlande.

Substance : ce que regardent concrètement les autorités

Les exigences de substance sont relativement convergentes entre juridictions :

Les décisions stratégiques doivent être prises en Irlande, par un conseil se réunissant physiquement dans le pays, avec un quorum d’administrateurs présents sur place. Les réunions par téléphone depuis l’étranger ou l’emploi de « directeurs de paille » basés ailleurs sont explicitement considérés comme insuffisants.

Les activités qui génèrent les revenus doivent se dérouler dans le pays : décisions d’investissement pour un fonds, gestion du risque pour une compagnie d’assurance, gestion de trésorerie pour une entité de financement, etc.

– La société doit employer, directement ou via des prestataires locaux, suffisamment de personnes qualifiées au regard de son volume d’activité, disposer de bureaux et engager des dépenses opérationnelles significatives.

Pour une petite structure de services ou de e‑commerce, cela peut se traduire par un ou deux salariés en Irlande, un bureau ou un coworking, un budget de fonctionnement de quelques dizaines de milliers d’euros par an. Des études donnent pour ordre de grandeur des coûts annuels entre 30 000 et 80 000 dollars pour des opérations commerciales réelles en Irlande.

Le tableau suivant illustre, par comparaison, la fourchette de coûts de substance dans plusieurs juridictions à fiscalité attractive.

Juridiction / régimeCoût annuel typique de substance (plain‑vanilla)
Zone franche EAU15 000–30 000 USD
Îles Caïmans / BVI / Bermudes8 000–50 000 USD
Chypre10 000–25 000 USD
Irlande (activité réelle)30 000–80 000 USD+
Malte15 000–30 000 USD
Maurice (GBC)15 000–40 000 USD
Îles Anglo‑normandes / Man20 000–50 000 USD
Singapour20 000–60 000 USD

Ces montants ne sont pas des exigences légales en tant que telles, mais des ordres de grandeur observés pour des structures qui souhaitent être crédibles face aux administrations fiscales.

Anti‑blanchiment : un cadre irlandais déjà robuste, bientôt renforcé par l’UE

L’autre grande limite à la création de sociétés « offshore » irlandaises légitimes 100 % à distance vient du cadre anti‑blanchiment, national et européen.

Un arsenal irlandais déjà étoffé

L’Irlande a transposé successivement les 3e, 4e et 5e directives anti‑blanchiment de l’UE via le Criminal Justice (Money Laundering and Terrorist Financing) Act 2010 et ses amendements de 2013, 2018 et suivants. Elle a aussi mis en œuvre la 6e directive (AMLD6), qui élargit considérablement la liste des infractions sous‑jacentes (crimes environnementaux, cybercriminalité, traite d’êtres humains, infractions fiscales, etc.) et introduit la responsabilité pénale directe des personnes morales en cas de dispositifs de contrôle inadéquats.

Bon à savoir :

Les entités assujetties incluent banques, institutions financières, avocats, comptables, prestataires crypto, plateformes de crowdfunding, marchands de biens de luxe, clubs de football professionnels et autres professionnels en contact avec des flux financiers significatifs. Elles doivent mettre en place des politiques internes, procédures et contrôles pour identifier les clients, surveiller les transactions, conserver les dossiers et signaler les opérations suspectes aux cellules de renseignement financier.

Dans ce contexte, un entrepreneur étranger qui souhaite créer une société irlandaise à distance devra s’attendre à un niveau élevé de vérifications, tant au moment de l’incorporation (par l’agent ou le conseil qui l’assiste) qu’auprès de la banque, du fournisseur de services de paiement ou de tout autre intermédiaire réglementé.

Le nouveau paquet européen AML : une marche de plus en 2027

À l’échelle européenne, le « paquet anti‑blanchiment » voté récemment va encore durcir l’environnement, avec un règlement (AMLR) directement applicable dans tous les États membres à partir de juillet 2027, sans possibilité de période de grâce, et la création d’une nouvelle autorité de supervision centralisée basée à Francfort, chargée de surveiller les 40 plus grands groupes financiers européens, dont certains ancrés en Irlande.

Attention :

Le nouveau règlement européen instaure un plafond unique de 10 000 € pour les paiements en espèces, des contrôles renforcés au-delà de 3 000 € (vérification du bénéficiaire effectif et respect des sanctions), un seuil abaissé à 15 % pour identifier le bénéficiaire effectif dans les situations à haut risque, et une diligence renforcée pour les personnes fortunées lors de transactions de grande ampleur.

Les enquêtes récentes montrent qu’une part importante des institutions irlandaises n’est pas encore prête à absorber ce choc réglementaire. Dans une étude couvrant plus de 500 institutions financières en Europe, au Moyen‑Orient et en Afrique, seulement 43 % des répondants irlandais estimaient être pleinement préparés pour l’entrée en vigueur du nouveau règlement, un chiffre certes supérieur à la moyenne régionale (33 %), mais qui laisse plus de la moitié du secteur en retard. Plus de 50 % des établissements anticipent une hausse significative de leur charge de conformité, pouvant aller jusqu’à 30 % au‑delà de leurs capacités actuelles.

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80 % des institutions irlandaises jugent leur connaissance client (CDD/KYC) seulement partiellement alignée avec les exigences provisoires du règlement.

Les tableaux suivants illustrent cette tension entre exigences croissantes et niveau de préparation.

Indicateur AML (Irlande)Valeur mesurée
Part des institutions se disant pleinement prêtes pour AMLR43 %
Moyenne EMEA33 %
Institutions prévoyant d’augmenter leurs ressources AML58 %
Celles visant +20–30 % d’effectifs AML82 % de ces 58 %
Entreprises jugeant leur CDD seulement partiellement aligné80 %
Institutions anticipant jusqu’à +30 % de charge de conformité53 %
Principales préoccupations des acteurs irlandaisPourcentage de répondants
Passage à un régime plus prescriptif (rules‑based)53 %
Collecte de données jugée excessive61 %
Hausse anticipée des coûts de conformité AML jusqu’à 30 %30 %

Pour un entrepreneur étranger, cela signifie que les banques et prestataires irlandais vont intensifier leurs contrôles, demander plus de documents, et appliquer des critères plus stricts pour accepter de nouveaux clients, surtout s’ils sont non‑résidents. La constitution de la société reste techniquement simple, mais l’accès aux services financiers et la poursuite de l’activité seront de plus en plus conditionnés à une transparence et une traçabilité irréprochables.

Gérer une société irlandaise à distance : obligations, risques et points de vigilance

Une fois la société constituée, les obligations courantes commencent. Là encore, la distance n’exonère pas, et l’ignorance des délais est l’une des premières causes de sanctions et de pertes d’avantages.

Obligations annuelles : calendrier serré dès les six premiers mois

Toute société irlandaise doit déposer une déclaration annuelle (Form B1) auprès du CRO. La première est due six mois après la date d’incorporation. Aucun compte financier n’est exigé pour ce premier dépôt, mais tout retard entraîne des pénalités automatiques (100 € plus 3 € par jour de retard, plafonné à 1 200 €), et peut impacter l’exemption d’audit pour les années suivantes.

Les comptes annuels doivent ensuite être préparés et déposés au plus tard neuf mois après la clôture de l’exercice, avec un rapport de gestion et, pour les sociétés de taille significative (dépassement de certains seuils d’actif et de chiffre d’affaires), une déclaration de conformité aux obligations légales. Ces documents doivent refléter fidèlement la situation financière de la société et être conservés pendant au moins six ans.

Côté fiscal, la société doit :

Astuce :

Déposez chaque année la déclaration d’impôt sur les sociétés (CT1), même sans impôt dû. Enregistrez-vous à la TVA dès que les seuils sont franchis (ou plus tôt selon l’activité) et déposez des déclarations périodiques, souvent bimestrielles. Appliquez le régime PAYE/PRSI/USC sur les rémunérations versées, y compris les jetons de présence des administrateurs, en retenant ces montants à la source pour les reverser à l’administration fiscale.

Pour les directeurs propriétaires (qui contrôlent plus de 15 % du capital), un formulaire de déclaration personnelle (Form 11) est aussi requis chaque année, même si tous les revenus ont déjà été imposés à la source.

La table suivante résume les principales échéances après la création.

Moment après l’incorporationObligation clé
Dans les 5 moisEnregistrement des bénéficiaires effectifs (RBO)
À 6 moisPremière déclaration annuelle (Form B1, sans comptes)
À 9 mois après fin d’exerciceDéclaration CT1 d’impôt sur les sociétés
Jusqu’à 9 mois après fin d’exerciceDépôt des comptes annuels avec la déclaration B1
Tous les 2 mois env. (si TVA)Déclarations de TVA (VAT3)
Souvent mensuelDéclarations de salaires PAYE/PRSI/USC

Un fondateur non‑résident qui suppose que l’absence d’activité exonère de ces formalités se trompe : même une société dormante doit déposer sa déclaration annuelle et sa CT1. Les retards peuvent conduire non seulement à des pénalités financières, mais aussi à une radiation involontaire du registre, avec transfert potentiel des actifs à l’État.

Director resident, bond et risques spécifiques pour les non‑résidents

Pour les fondateurs à distance, deux points sont particulièrement sensibles.

Astuce :

Pour rester en règle, une société doit nommer un administrateur résident dans l’EEE ou, à défaut, souscrire un bond de 25 000 €. Ce bond sert de garantie financière à l’État pour couvrir amendes, impôts ou frais impayés en cas de défaillance. Il coûte généralement 1 500 à 2 000 € pour deux ans et doit être renouvelé tant qu’aucun administrateur EEE n’est nommé. Sans cette conformité, la société risque des amendes pouvant atteindre 5 000 € et voit son inscription au registre bloquée.

Le second point touche à la résidence fiscale de la société. Même si, depuis 2015, une société constituée en Irlande est en principe résidente fiscale irlandaise, ce statut peut être remis en cause par une convention de non‑double imposition qui l’attribue à un autre État en fonction du lieu de direction effective. Pour les sociétés étrangères gérées de facto depuis l’Irlande, c’est même la règle de droit commun : une société incorporée ailleurs mais centralement administrée et contrôlée en Irlande est réputée résidente irlandaise.

Cela signifie que, pour un fondateur qui pilote tout depuis son pays de résidence, la question n’est pas seulement « puis‑je créer une société irlandaise à distance ? », mais aussi « comment éviter que mon pays estime que cette société est fiscalement résidente chez lui, et non en Irlande ? ». La clé se trouve dans l’organisation concrète des décisions de gestion, des réunions du conseil et des moyens humains et matériels alloués en Irlande.

Banque et TVA : les deux écueils majeurs des projets « offshore » superficiels

Dans les faits, deux obstacles font échouer un grand nombre de projets de sociétés irlandaises créées par des non‑résidents : l’ouverture de compte bancaire et l’obtention d’un numéro de TVA européen.

Attention :

Les banques traditionnelles irlandaises demandent désormais des preuves d’activité réelle : modèle d’affaires détaillé, contrats ou lettres d’intention avec clients/fournisseurs locaux ou européens, budget prévisionnel, justificatifs d’adresse et preuves de présence locale (bureaux, salariés, prestataires). Les fondateurs à distance qui ne prévoient pas ces demandes risquent des semaines de retard ou un refus.

Les fintechs qui émettent des IBAN irlandais ou européens offrent une alternative plus rapide, mais elles restent soumises aux mêmes règles anti‑blanchiment et peuvent également demander des informations détaillées. Le recours à un prestataire déjà familiarisé avec les attentes des banques locales permet souvent de réduire les délais.

Côté TVA, l’administration fiscale n’accorde plus facilement un numéro intra‑UE à des sociétés sans ancrage : elle demande des éléments probants attestant qu’il existe un projet commercial réel, des clients identifiés, des contrats ou devis, voire un début d’activité. Une demande trop précoce, alors que rien n’est encore matérialisé, risque d’être rejetée. À l’inverse, un enregistrement tardif, après avoir dépassé les seuils ou commencé à facturer en Irlande ou dans l’UE, expose à des rappels de TVA et à des pénalités.

Alors, une société « offshore » en Irlande à distance : mythe ou option sérieuse ?

À la lumière de ce qui précède, la réponse est nuancée.

Oui, il est tout à fait possible, sur le plan juridique et pratique, de créer une société en Irlande sans jamais voyager, en s’appuyant sur le portail CORE, les signatures électroniques et des prestataires de formation et de domiciliation. L’ensemble du processus de constitution, d’enregistrement des bénéficiaires effectifs, de mise en place de la comptabilité et de l’infrastructure bancaire peut aujourd’hui être piloté en ligne, en quelques semaines.

Bon à savoir :

Il n’est plus possible de bénéficier durablement des avantages fiscaux irlandais et de l’accès au marché européen via une entité anonyme sans substance. L’arsenal anti-blanchiment, les exigences de substance économique issues des travaux BEPS et la régulation européenne directement applicable ferment progressivement ces portes.

Pour qu’un projet de société irlandaise « offshore » – au sens d’une structure internationale dirigée à distance – soit crédible et pérenne, plusieurs conditions doivent être remplies :

Astuce :

Pour établir une présence valide en Irlande, vous devez organiser une gouvernance réelle (réunions de conseil, décisions stratégiques, administrateurs impliqués), installer une empreinte économique proportionnée (salariés, bureaux, sous‑traitants locaux, dépenses de fonctionnement), accepter une transparence complète sur les bénéficiaires effectifs, l’origine des fonds et les flux financiers, anticiper les délais et exigences des banques et de l’administration fiscale en matière de TVA et de KYC, et respecter scrupuleusement les échéances de déclarations annuelles et fiscales, même en l’absence d’activité.

En d’autres termes, la question n’est plus tant « est‑il possible de créer une société offshore en Irlande à distance ? » que « suis‑je prêt à la gérer comme une vraie société irlandaise, avec toutes les obligations que cela implique, même si je n’habite pas sur place ? ». Pour qui répond oui à cette seconde question, l’Irlande reste une plateforme très attractive, mais pour qui cherche une simple façade juridique bon marché, le temps des illusions est passé.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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