Créer une société à Malte sans jamais prendre l’avion, signer de papier original ni se présenter dans une banque locale peut sembler irréaliste. Pourtant, le cadre maltais a été profondément modernisé ces dernières années, au point de permettre une constitution 100 % en ligne… à condition d’accepter que tout ne soit pas “virtuel”, notamment dès qu’il est question de banque et de substance économique.
Pour un entrepreneur non résident, il est crucial de différencier les activités réellement réalisables à distance de celles nécessitant une présence physique sur l’île, afin d’être accepté par les banques, le régulateur et les administrations étrangères.
Une création de société désormais entièrement digitale
La première bonne nouvelle est claire : l’immatriculation d’une société auprès du Malta Business Registry (MBR) est aujourd’hui un processus entièrement dématérialisé.
Depuis le basculement vers la plateforme en ligne BAROS, toutes les demandes de constitution de sociétés doivent être déposées par voie électronique. Les statuts (Memorandum & Articles of Association), les formulaires d’actionnaires et de bénéficiaires effectifs, ainsi que les pièces d’identité des dirigeants sont téléversés sur le portail, et les frais de registre sont payés en ligne.
Le MBR fonctionne en flux continu : une fois le dossier complet, l’examen est rapide. Selon la complexité du dossier et la qualité de la préparation, la délivrance du Certificate of Registration et du numéro d’immatriculation peut intervenir en quelques jours ouvrables, parfois en 24 heures pour un dossier parfaitement ficelé. Les délais usuels observés varient de 2–5 jours ouvrables à environ 5–10 jours après la fin de l’onboarding.
Un Corporate Service Provider (CSP) accrédité par la MFSA gère l’intégralité du processus. L’entrepreneur fournit des scans certifiés de son passeport, des preuves d’adresse récentes, une présentation de son activité et la structure envisagée. Aucun déplacement ni signature manuscrite n’est requis pour la phase de constitution, à condition que la certification des documents soit faite par un notaire, avocat ou comptable reconnu, avec apostille si nécessaire.
Les informations et documents à préparer à distance
Pour que la constitution à distance fonctionne sans accroc, la clé reste la qualité du pack documentaire transmis au CSP et au MBR. Les autorités maltaises insistent sur un KYC/AML approfondi, en ligne avec les directives européennes. On retrouve systématiquement :
Vous devez fournir pour chaque dirigeant, actionnaire et UBO : une pièce d’identité valide (passeport ou carte d’identité), un justificatif de domicile de moins de trois mois (facture ou relevé bancaire), un CV pour les fondateurs non résidents, un business plan ou une note d’activité détaillée incluant le modèle économique et les licences, un schéma de la structure capitalistique jusqu’aux UBO, les déclarations de bénéficiaires effectifs pour toute personne détenant au moins 25 % du capital, ainsi que les justificatifs de provenance des fonds et du patrimoine en cas de montants significatifs.
Les documents doivent être fournis en original ou en copies certifiées conformes. S’ils ne sont pas en anglais, une traduction certifiée est exigée. Pour les certifications délivrées par des professionnels non européens, une apostille peut être demandée.
Le MBR soumet dirigeants et bénéficiaires effectifs à un screening KYC automatisé incluant la recherche de mentions négatives dans la presse, des contrôles de sanctions et de personnes politiquement exposées (PEP), ainsi que la vérification d’éventuels dossiers en souffrance. Toute incohérence ou pièce manquante peut bloquer la constitution.
Un autre avantage, pour une création à distance, est que les exigences de capital social demeurent relativement modestes pour une société privée standard. Le minimum d’authorized share capital se situe à 1 164,69 / 1 165 euros, dont au moins 20 % doit être libéré à l’incorporation, soit environ 233 euros. En pratique, on rencontre fréquemment un capital libéré standard de 232,94 à 240 euros.
Du côté des frais, le poste “constitution” (frais gouvernementaux + honoraires professionnels) se place généralement entre 2 500 et 5 000 euros pour une structure simple. Si l’on ajoute le coût du siège social, du secrétaire et de l’assistance bancaire, la première année tourne plutôt entre 5 000 et 12 000 euros. Les coûts récurrents (comptabilité, audit, secrétariat social, domicile légal…) oscillent ensuite autour de 5 000 à 15 000 euros par an selon la complexité.
On peut résumer quelques paramètres standards pour une private limited company maltaise dans le tableau suivant :
| Élément | Exigence / Fourchette typique |
|---|---|
| Capital social autorisé minimum | ≈ 1 165 € |
| Capital libéré minimum | ≈ 233 € (20 % du capital autorisé) |
| Nombre minimal de directeurs | 1 |
| Nombre minimal d’actionnaires | 1 (société unipersonnelle acceptée) |
| Délais d’incorporation | 2 à 10 jours ouvrables (dossier complet) |
| Frais MBR (constitution simple) | ≈ 100–245 € en e‑filing (plus si capital élevé) |
| Coût 1ère année (avec assistance) | ≈ 5 000–12 000 € |
| Coût annuel récurrent | ≈ 5 000–15 000 € |
Toute cette mécanique — collecte KYC, rédaction des statuts, dépôt en ligne, obtention du certificat d’immatriculation — peut être pilotée intégralement à distance.
La frontière entre “remote” et “réel” : la substance maltaise
C’est lorsque l’on quitte le terrain purement juridique de l’incorporation pour entrer dans celui, plus politique, de la “substance” que l’illusion de la société 100 % distante rencontre ses limites.
Les autorités maltaises comme les administrations fiscales étrangères ont cessé de tolérer les structures purement formelles : une boîte postale, un directeur fantôme, quelques factures émises pour des services prétendument rendus à l’étranger. Aujourd’hui, une société maltaise sans substance réelle est perçue comme un risque, voire comme un passif.
Concrètement, pour qu’une entité soit considérée comme véritablement résidente à Malte et puisse défendre son régime fiscal (par exemple l’accès au taux effectif autour de 5 % via le système de remboursement), plusieurs critères doivent être réunis.
– lieu de direction effective en Malte : la majorité des réunions de conseil doit se tenir sur l’île, avec procès‑verbaux rédigés localement, montrant que les décisions stratégiques sont prises depuis Malte ;
– présence d’au moins un directeur résident maltais, idéalement un directeur exécutif réellement impliqué ;
– vraie adresse de bureau à Malte : un simple mail‑box dans un centre de domiciliation ne suffit pas si l’on revendique une substance robuste ; un bail commercial d’au moins 12 mois, accompagné du contrat et de la pièce d’identité du bailleur, est attendu dans le “substance file” présenté aux banques ;
– factures de services (eau, électricité, internet) au nom de la société à cette adresse réelle ;
– ressources humaines locales : au minimum un directeur ou un salarié résident maltais, enregistré auprès de JobsPlus et de l’administration fiscale (numéro d’employeur, formulaires P11, etc.) ;
– comptabilité, registres sociaux et audit tenus à Malte par un cabinet local ;
– utilisation active d’un compte bancaire maltais pour les flux opérationnels.
Créer une société depuis l’étranger (Berlin, Paris, Montréal) est possible, mais il est indispensable d’établir des éléments concrets à Malte pour ouvrir un compte bancaire et éviter d’être perçu comme une coquille vide par les autorités fiscales.
L’ouverture de compte bancaire : le vrai nœud du “remote”
La question la plus sensible, pour un projet purement à distance, reste l’accès à un compte professionnel. Sans compte bancaire, une société maltaise ne peut ni déposer son capital social, ni facturer, ni payer ses fournisseurs. Or, la politique des banques locales est devenue nettement plus stricte.
Ce qui est possible à distance avec les EMIs
Une première catégorie d’acteurs facilite la vie des fondateurs non résidents : les établissements de monnaie électronique (EMI) comme Wise Business, Revolut Business ou Bunq. Ces plateformes permettent d’ouvrir, entièrement en ligne, des comptes multi‑devises avec IBAN européen, cartes et outils de paiement intégrés.
Ces comptes ne sont pas toujours émis depuis Malte mais constituent une solution transitoire (“stop‑gap”) très largement utilisée. En 2026, la configuration gagnante fréquemment recommandée pour une PME maltaise consiste à combiner un compte dans une banque maltaise avec un ou deux comptes EMI de type Wise et Revolut Business, disponibles plus vite et gérables à 100 % en ligne.
Pour les premières semaines d’activité, ou tant que la substance maltaise n’est pas complètement en place, ces EMIs permettent déjà d’encaisser des paiements clients et de régler des dépenses. L’onboarding y est généralement plus rapide et plus souple qu’en banque traditionnelle.
Les banques maltaises : exigences et présences physiques
Du côté des banques classiques, le paysage est beaucoup plus étroit. Quatre établissements seulement acceptent aujourd’hui, de manière significative, d’ouvrir de nouveaux comptes pour des sociétés maltaises de type PME : Bank of Valletta, HSBC Malta, MeDirect Malta et APS Bank.
L’accès aux banques maltaises exige une preuve d’activité économique réelle sur place. Aucune banque n’ouvrira de compte sans démonstration concrète de substance, ce qui implique de constituer un dossier comprenant les éléments requis.
– un bail de bureaux commerciaux à Malte pour minimum 12 mois, à une adresse autre qu’une simple boîte de service ;
– au moins une facture de service public au nom de la société sur cette adresse ;
– la preuve de ressources humaines locales : directeur ou employé résident maltais, inscription JobsPlus, enregistrement en tant qu’employeur ;
– une lettre d’engagement d’un comptable ou d’un CSP local autorisé ;
– un plan de flux bancaires réaliste, détaillant mois par mois les encaissements et décaissements prévus, en les reliant à des contrats ou bons de commande.
Le solde minimum requis peut atteindre 100 000 euros pour certaines offres bancaires haut de gamme.
Le tableau ci‑dessous donne un aperçu des fourchettes de coûts et délais, toutes banques et prestataires confondus :
| Élément | Fourchette / Pratique observée |
|---|---|
| Frais d’ouverture de compte | 0 à > 1 000 € (banques) ; souvent 0 € chez les EMIs |
| Frais mensuels | ≈ 10 à 100 € selon banque et type de compte |
| Solde minimum | 0 à 100 000 € selon profil et offre |
| Délais d’ouverture (banques) | ≈ 8 à 16 semaines pour une société étrangère |
| Délai type de bout en bout | ≈ 4 à 8 semaines avec dossier complet et suivi serré |
La dimension “à distance” se heurte ici à une contrainte de présence personnelle : pour Bank of Valletta, HSBC Malta et APS Bank, un entretien en personne avec au moins un directeur est la norme. MeDirect se distingue en acceptant un entretien vidéo, ce qui en fait souvent la voie la plus rapide vers un IBAN maltais pour une société détenue par des étrangers. Mais même chez MeDirect, l’exigence de substance locale et de documentation KYC très complète demeure.
Autrement dit, on peut préparer 100 % du dossier à distance, passer par un consultant qui pré‑filtre le dossier auprès d’un chargé de compte, échanger par e‑mail et visioconférence. Mais, sauf exception très encadrée, un représentant de la société devra tôt ou tard être physiquement à Malte pour l’entretien de conformité dans les grandes banques locales.
Le parcours type pour l’ouverture de compte
Le processus de demande de compte pro maltais suit généralement une séquence assez standardisée :
1. Appel de cadrage avec un consultant pour choisir la banque et vérifier la faisabilité. 2. Préparation du pack KYC et du substance file (statuts, certificats, registres, bail, factures). 3. Pré‑présentation anonymisée au responsable bancaire pour un feu vert de principe. 4. Dépôt formel de la demande avec documents corporate et individuels, et paiement des frais d’onboarding. 5. Réponse aux RFI sous 5 à 10 jours ouvrés. 6. Entretien avec le directeur : en personne pour Bank of Valletta, HSBC Malta, APS Bank ; en visio pour MeDirect. 7. Examen final, attribution de l’IBAN, activation de l’e‑banking, envoi de la carte et instructions de premier dépôt.
Les délais de décision après l’entretien varient : environ 4 semaines pour MeDirect, parfois jusqu’à 14 semaines pour Bank of Valletta. Au total, il faut compter en pratique 4 à 8 semaines entre le lancement du projet bancaire et la réception d’un IBAN opérationnel, lorsque le dossier est piloté de manière proactive.
Constitution à distance : les étapes concrètes
Même si la création peut se faire sans présence physique, elle reste une vraie procédure juridique en plusieurs séquences, qui ne tolère pas l’improvisation. Les grandes étapes sont bien balisées.
Réservation du nom et choix de la forme
Tout commence par le choix d’un nom social. Le MBR met à disposition un moteur de recherche pour vérifier la disponibilité du nom envisagé et s’assurer qu’il ne heurte ni des droits antérieurs ni des termes protégés. Pour une private limited company, la dénomination doit se terminer par “Limited” ou “Ltd”.
La réservation peut se faire en ligne, généralement pour trois mois, moyennant des frais modestes (quelques dizaines d’euros). Parallèlement, on choisit la structure juridique : société privée à responsabilité limitée (la forme la plus courante), société publique, partenariat, succursale, ou encore, pour un entrepreneur individuel, statut de self‑employed sans inscription au MBR (sauf enregistrement d’un nom commercial).
La private limited est très avantageuse car elle n’impose aucune condition de nationalité ou de résidence pour les actionnaires et directeurs. Un non-européen peut détenir 100 % des parts et diriger seul sa société.
Rédaction des statuts et constitution du dossier
Une fois le nom réservé et la forme décidée, vient la rédaction des statuts (Memorandum & Articles of Association). Ces documents fixent :
– l’objet social et les activités envisagées ;
– le capital autorisé et le capital émis ;
– l’identité des souscripteurs (actionnaires initiaux) ;
– la composition du conseil d’administration ;
– la désignation du secrétaire de société ;
– l’adresse du siège social à Malte.
Le dossier d’incorporation intègre en parallèle :
– le formulaire de déclaration de bénéficiaires effectifs (formulaire BO1), listant tout UBO détenant ou contrôlant au moins 25 % ;
– le certificat bancaire attestant du dépôt du capital libéré (environ 233 euros pour le minimum), sur un compte temporaire au nom de la société “en formation” ;
– le cas échéant, l’acte notarié de constitution lorsque les signataires ne se présentent pas en personne au MBR ;
– l’ensemble des pièces d’identité et preuves d’adresse certifiées pour chaque actionnaire, directeur et UBO.
Pour les structures complexes avec sociétés étrangères intermédiaires, le MBR exige des certificats de bonne situation, extraits récents de registre de commerce, organigrammes détaillés et parfois un avis juridique sur la chaîne de propriété.
Tout ce travail peut être accompli à distance, via des échanges de mails et de plateformes sécurisées avec un cabinet maltais qui prépare les modèles de statuts, les formulaires normalisés et les check‑lists KYC.
Dépôt électronique et enregistrement
Une fois le dossier complet, le CSP procède au dépôt électronique via le portail BAROS du MBR. Les statuts signés, le BO1, le certificat bancaire, l’acte notarié éventuel et l’ensemble des pièces KYC sont téléversés. Les frais de registre, calculés sur le capital autorisé et la nature du dépôt (électronique ou papier), sont acquittés en ligne.
Si tous les documents sont corrects, le MBR peut approuver et immatriculer la société le jour même ou dans les jours suivants. Un Certificate of Registration et un numéro d’immatriculation (C‑number) sont délivrés, puis la société est automatiquement enregistrée auprès du Commissioner for Revenue pour obtenir un numéro fiscal, et elle peut demander un numéro de TVA si son activité le justifie ou pour récupérer la TVA sur ses achats.
Formalités post‑constitution
Dès l’émission du certificat, plusieurs démarches doivent être enclenchées, encore une fois gérables à distance mais exigeant un suivi :
– inscription TVA (ou en régime exonéré si seuils non atteints) ;
– immatriculation comme employeur auprès de l’administration fiscale et de JobsPlus si des salariés sont envisagés ;
– ouverture du compte bancaire professionnel (local + EMIs) ;
– mise en place d’une comptabilité locale, désignation de l’auditeur et, le cas échéant, du conseiller fiscal ;
– déclarations de bénéficiaires effectifs actualisées auprès du MBR en cas de changement d’actionnariat.
À ce stade, beaucoup d’entrepreneurs découvrent que la banque constitue le goulot d’étranglement. L’erreur fréquente consiste à traiter l’ouverture du compte comme une formalités de fin de parcours, alors qu’il s’agit du maillon le plus lent. Dans une démarche à distance, il est judicieux de planifier dès le départ le calendrier des déplacements éventuels à Malte pour les entretiens bancaires.
Fiscalité : pourquoi la tentation d’une création “remote” est forte
Si tant d’entrepreneurs internationaux s’intéressent à Malte malgré ces exigences, c’est parce que la combinaison régime fiscal + appartenance à l’UE reste très attractive.
La loi prévoit un taux nominal d’impôt sur les sociétés de 35 %, mais Malte applique un système d’imputation intégrale : l’impôt payé par la société est crédité au niveau des actionnaires. Pour la plupart des structures de trading détenues par des non‑résidents, un mécanisme de remboursement permet à l’actionnaire de récupérer 6/7 de l’impôt payé, soit 30 % du bénéfice. L’impôt économique final sur le profit distribué se rapproche ainsi d’environ 5 %.
Pour obtenir ce taux effectif, la configuration la plus fréquente consiste à mettre en place un duo :
– une société maltaise de trading qui génère les revenus opérationnels ;
– une société maltaise holding détenant les parts de la première, recevant les dividendes et le remboursement d’impôt.
Ce montage augmente la complexité et les coûts (deux entités à administrer, deux audits, davantage de conformité), et suppose d’avancer la trésorerie fiscale — les 35 % étant payés avant remboursement. Mais il permet, lorsqu’il est correctement structuré et assorti d’une substance maltaise réelle, d’atteindre un taux effectif voisin de 5 %, sans retenue à la source sur les dividendes vers les actionnaires non résidents.
Malte offre une large convention de non‑double imposition avec plus de 70 à 80 pays, une participation exemption sur les dividendes et plus‑values de participations qualifiées, ainsi que l’absence de retenue à la source sur dividendes, intérêts et redevances vers des non‑résidents sous conditions. Cet ensemble crée un cadre très compétitif pour les holdings régionales, les services financiers, la fintech et l’iGaming.
C’est précisément parce que ce modèle fiscal est connu (et parfois contesté) que les autorités maltaises et les fiscalités étrangères exigent une substance élevée. Fonder sa stratégie uniquement sur la promesse d’un “taux à 5 %” sans respecter la logique économique (création de valeur à Malte, vraie présence, gouvernance locale) est l’une des erreurs les plus coûteuses.
Compliance renforcée et nouvelles règles AML : l’impact sur le “remote”
Les exigences de conformité se sont notablement durcies au 1er janvier 2026, avec la mise en œuvre de nouveaux standards anti‑blanchiment et de transparence des bénéficiaires effectifs. Une période transitoire court jusqu’au 30 juin 2026 pour la mise à jour des dossiers existants, mais les nouvelles relations d’affaires sont d’ores et déjà soumises aux règles les plus strictes.
Pour toute nouvelle société, cela signifie : la nécessité de s’établir rapidement sur le marché, de définir une stratégie claire, et d’attirer des clients.
Un dossier de bénéficiaires effectifs complet est requis dès l’origine, sans quoi les banques doivent suspendre l’ouverture de compte. Les chaînes de détention avec holdings étrangères nécessitent une documentation couche par couche (certificats de registre apostillés, statuts certifiés). Le seuil des contrôles renforcés (EDD) est abaissé pour les relations risquées (crypto, paiements, haute valeur, pays à haut risque). Les CSP et banques doivent instaurer un re‑screening continu des personnes physiques et morales (PEP, sanctions, presse défavorable).
Pour un projet de création de société à Malte piloté entièrement à distance, cela se traduit par une phase préparatoire plus lourde : il ne suffit pas d’envoyer un passeport et un justificatif de domicile, il faut préparer un véritable dossier de vie économique (origine des fonds, historique bancaire, références professionnelles, etc.).
La conséquence concrète est double : la faisabilité d’une constitution 100 % distante augmente (grâce à la digitalisation des registres), mais la liberté de rester “invisible” diminue nettement. L’époque où l’on pouvait créer une société maltaise depuis l’étranger avec un minimum de questions est révolue.
Ce qu’il est raisonnablement possible de faire entièrement à distance
En recoupant tous ces éléments, il est possible de tracer une frontière assez précise entre ce qui est réellement faisable à distance et ce qui ne l’est pas ou plus.
Peuvent être gérés à 100 % en ligne, sans présence physique :
Prise en charge complète des démarches administratives, juridiques et financières pour l’immatriculation d’une société maltaise
Préparation et envoi des documents d’identité, preuve d’adresse et parcours des fondateurs ; conception des statuts, business plan et notes d’activité.
Réservation du nom de société, dépôt électronique au MBR, réception du certificat d’immatriculation et des copies certifiées des statuts ; enregistrement fiscal, TVA et démarches d’employeur.
Ouverture de comptes EMI (Wise Business, Revolut Business, Bunq) pour les premiers flux ; suivi comptable, tenue des registres et réunions de conseil par visioconférence en complément des sessions physiques à Malte.
En revanche, il est illusoire de compter sur un modèle 100 % en ligne pour :
Pour ouvrir un compte bancaire à Malte, il faut accepter un entretien vidéo pour MeDirect ou, souvent, se déplacer sur l’île pour les dirigeants. Une substance crédible est obligatoire : bail, bureau réel, au moins un employé local et présence physique régulière des décideurs. Enfin, la gouvernance par visioconférence seule est risquée : les administrations étrangères vérifient le lieu réel des décisions, ce qui peut remettre en cause la résidence fiscale maltaise.
Pour nombre de projets, la démarche la plus réaliste ressemble donc à un “remote d’abord, puis ancrage” : on prépare et on incorpore tout à distance, on initie des comptes EMIs pour les besoins immédiats, puis on planifie un ou plusieurs séjours à Malte pour finaliser le compte bancaire, installer un bureau, embaucher ou nommer un directeur résident et établir une vraie base opérationnelle.
Erreurs fréquentes des fondateurs non résidents
Les rapports d’expérience et la pratique des cabinets locaux mettent en lumière une série de pièges dans lesquels tombent régulièrement les étrangers qui veulent “faire Malte” sans se déplacer.
Parmi les erreurs les plus répandues :
Évitez ces erreurs : choisir Malte uniquement pour le taux de 5 % sans comprendre le remboursement conditionnel ; traiter la société comme une offshore sans substance ; transférer brutalement l’activité sans prix de transfert réaliste ; négliger l’ouverture de compte bancaire ; sous-estimer la conformité (UBO, comptes audités, TVA, AML, DAC6) ; vouloir rester directeur tout en vivant à l’étranger, risquant une requalification fiscale.
Les professionnels locaux insistent au contraire sur une approche plus pragmatique : commencer par vérifier si Malte a un sens économique (clients, partenaires, activités sur place), puis bâtir sur cette logique une structure solide, même si cela implique de réduire l’avantage fiscal apparent.
Alors, est‑ce vraiment possible ?
Si l’on s’en tient à la question stricte — créer une société à Malte à distance — la réponse est sans ambiguïté : oui. La procédure d’incorporation est désormais entièrement digitalisée, ne requiert ni signature physique ni présence, et peut être finalisée en quelques jours avec l’aide d’un CSP. L’obtention d’un numéro fiscal, d’un enregistrement TVA, la mise en place de comptes EMIs et de services d’expertise comptable locaux peuvent tous être orchestrés à distance.
Un business maltais peut être créé à distance, mais pour être durable et fiscalement avantageux, il doit être enraciné localement avec un compte bancaire maltais, sans contestation de résidence.
Trois réalités s’imposent :
Pour ouvrir un compte professionnel à Malte, la société doit disposer d’un bureau réel, d’un directeur ou salarié local, de factures de services publics à son nom et d’un plan d’activité crédible. Les autorités étrangères sanctionnent les structures sans substance, ce qui expose à une requalification fiscale ou à l’application des règles CFC. La conformité impose un suivi continu : registre des bénéficiaires effectifs, contrôles AML, DAC6 et nouvelles obligations en 2026, rendant obsolète l’idée d’une société « clé en main » gérée à distance sans surveillance.
En pratique, le scénario le plus efficace pour un entrepreneur non résident ressemble à ceci : il fait constituer sa société et organise tous les enregistrements fiscaux et réglementaires à distance, s’appuie dès le départ sur un ou deux comptes EMIs et, une fois le projet validé, programme un séjour à Malte pour rencontrer les banquiers, signer un bail, recruter au moins une ressource locale ou mandater un directeur résident actif.
Créer une société à Malte à distance est donc non seulement possible, mais pensé pour l’être. Construire une activité maltaise sérieuse qui résiste à l’examen des banques et des administrations exige en revanche de sortir de la vision 100 % virtuelle et d’accepter que, tôt ou tard, une partie de l’entrepreneuriat se vive aussi sur l’île.
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