S’installer au Liban, c’est entrer dans un pays où la religion ne se limite pas aux lieux de culte. Elle structure une grande partie de la vie sociale, du calendrier des jours fériés aux mariages, en passant par la politique, les salutations du quotidien et jusqu’à l’habillement dans certains quartiers. Pour un expatrié, comprendre ce paysage religieux complexe n’est pas un luxe culturel, mais un véritable outil d’intégration et de sécurité sociale.
Ce guide explique le fonctionnement des principales communautés religieuses et décrit la vie religieuse sur le terrain. Il fournit des conseils pratiques sur le comportement à adopter dans les mosquées et les églises, la tenue vestimentaire appropriée, les sujets de conversation à éviter, et la manière de s’intégrer tout en respectant les limites culturelles et religieuses.
Un pays organisé autour de 18 communautés religieuses
Pour saisir les pratiques religieuses au Liban, il faut d’abord comprendre que l’État reconnaît officiellement 18 communautés religieuses. Ce ne sont pas de simples catégories spirituelles : chaque groupe dispose de ses institutions, de ses tribunaux religieux et d’un poids politique bien réel.
Les grandes familles religieuses
En pratique, le paysage est dominé par trois grands ensembles : musulmans (sunnites et chiites), chrétiens (avec une mosaïque d’Églises) et Druzes, auxquels s’ajoutent de très petites minorités juives et autres.
Les estimations les plus récentes pour les citoyens libanais dessinent un pays quasiment tranché en trois blocs de taille comparable, même si les chiffres varient selon les sources :
| Groupe principal | Estimation basse (%) | Estimation haute (%) |
|---|---|---|
| Musulmans (sunnites, chiites, autres) | ~54 | ~68 |
| Chrétiens (toutes Églises) | ~30,5 | ~40,5 |
| Druzes | ~4,5 | ~5,6 |
| Autres (Alawites, Ismaéliens, etc.) | ~0,6 | ~1 |
À cela s’ajoute une population réfugiée considérable – surtout syrienne et palestinienne – largement sunnite, qui fait monter la proportion globale de musulmans si l’on regarde l’ensemble des résidents plutôt que les seuls citoyens.
L’État reconnaît notamment :
– Côté musulman : sunnites, chiites, Druzes, Alawites, Ismaéliens.
– Côté chrétien : Maronites, Grecs orthodoxes, Grecs-catholiques (Melkites), Arméniens apostoliques et catholiques, Latins (catholiques de rite romain), Syriaques orthodoxes et catholiques, Chaldéens catholiques, Assyriens (Église de l’Orient), Coptes orthodoxes, protestants/évangéliques.
– Une communauté juive, aujourd’hui réduite à quelques dizaines de personnes.
Cette reconnaissance juridique est concrète : chaque communauté religieuse dispose de ses propres tribunaux pour administrer les questions liées au statut personnel, telles que le mariage, le divorce, la garde des enfants et les successions.
Une géographie des croyances
Les appartenances religieuses s’inscrivent fortement dans l’espace. Pour un expatrié, cela se traduit par des ambiances très différentes d’un quartier ou d’une ville à l’autre.
On peut résumer grossièrement ainsi :
| Région / zone | Communauté(s) dominante(s) | Atmosphère religieuse et sociale |
|---|---|---|
| Beyrouth-Ouest (Hamra…) | Majorité sunnite, milieu mixte et universitaire | Relativement libéral, cafés et vie nocturne, mixité marquée |
| Beyrouth-Est (Achrafieh…) | Majorité chrétienne (surtout maronite et grecque orthodoxe) | Ambiance « européenne », bars, églises très présentes |
| Banlieue Sud (Dahieh) | Majorité chiite | Très conservatrice, affichage religieux marqué |
| Mont-Liban (Chouf, Matn…) | Mélange Druzes, chrétiens | Villages de montagne, pratiques religieuses visibles, codes sociaux plus traditionnels |
| Nord (Tripoli et environs) | Forte présence sunnite, quartiers très conservateurs | Pratiques islamiques très visibles, tenue vestimentaire à adapter |
| Sud (Saïda, Tyr…) | Mosaïque sunnite et chiite, poches chrétiennes | Zones balnéaires plus libres, quartiers intérieurs plus conservateurs |
– À cela s’ajoutent les bastions spécifiques :
– Les Maronites dominent une grande partie du Mont-Liban et des régions montagneuses.
– Les Grecs orthodoxes sont bien implantés au nord de Beyrouth et dans des districts comme Zghorta, Bcharré, Koura, Batroun.
– Les Druzes occupent surtout le Chouf, Aley, Wadi al-Taym et certains faubourgs de Beyrouth.
Savoir où l’on se trouve, et qui y vit majoritairement, permet d’ajuster discours, tenue et comportements.
Le système politique confessionnel : quand la foi devient institution
Au Liban, la religion n’est pas une affaire strictement privée. Depuis l’indépendance, le pays repose sur un système de partage du pouvoir entre confessions, appelé « confessionnalisme ». Dans les faits, cela signifie que la plupart des grandes fonctions de l’État sont réservées à des communautés religieuses précises.
La clé de voûte a été un accord informel conclu en 1943, le Pacte national. Il a consacré une répartition des postes clés :
| Poste institutionnel | Réservé à… |
|---|---|
| Président de la République | Maronite |
| Premier ministre | Sunnite |
| Président de la Chambre des députés | Chiite |
| Vice‑Président du Parlement | Grec orthodoxe |
| Vice‑Premier ministre | Grec orthodoxe |
Le Parlement est lui-même partagé à parts égales entre musulmans et chrétiens depuis les accords de Taëf (1989), qui ont rééquilibré une représentation auparavant favorable aux chrétiens selon le vieux recensement de 1932.
Pour un expatrié, deux éléments pratiques découlent de ce système : la possibilité de bénéficier d’une couverture de sécurité sociale dans le pays d’accueil via le formulaire S1, et le maintien des droits à pension dans le pays d’origine tout en cotisant dans le pays d’expatriation.
1. La religion reste omniprésente dans le discours politique, dans les médias et jusque dans les conversations de café. 2. Les sujets politiques et religieux sont extrêmement sensibles. En soirée ou au bureau, mieux vaut éviter les débats sur tel parti, telle milice ou telle figure religieuse, surtout si vous ne maîtrisez pas finement l’histoire du pays.
La religion dans la vie quotidienne : rites, calendrier et sociabilité
Au-delà des institutions, la religiosité réelle des Libanais est élevée. Des sondages indiquent qu’une très large majorité affirme essayer de vivre selon les préceptes de sa tradition. Ça se voit dans la densité de mosquées et d’églises, dans la vigueur des fêtes religieuses, et dans le rythme de la semaine.
Un calendrier rythmé par les fêtes de plusieurs religions
Le Liban est l’un des rares pays au monde à cumuler autant de jours fériés religieux issus de différentes traditions. Le calendrier officiel mélange fêtes musulmanes sunnites et chiites, grandes dates chrétiennes de plusieurs rites, et commémorations nationales.
Pour un expatrié, ces jours fériés signifient souvent : la possibilité de découvrir de nouvelles traditions et cultures, de passer du temps avec d’autres expatriés, et de profiter du temps libre pour voyager.
– bureaux administratifs fermés,
– banques et écoles à l’arrêt,
– trafic modifié,
– et parfois manifestations ou célébrations de rue.
Le 25 mars, fête de l’Annonciation, est un exemple concret d’harmonie interreligieuse. Jour marial pour les chrétiens et important pour les musulmans qui vénèrent également Marie, le Liban en a fait une fête nationale commune. À cette occasion, des sanctuaires mariaux ouvrent leurs portes aux fidèles des deux religions, en faisant un symbole affiché de coexistence.
Autre illustration : la période de Pâques est fêtée deux fois, selon les calendriers occidental (catholique, protestant) et oriental (orthodoxe). Résultat : deux Vendredis saints, deux dimanches de Pâques, deux lundis chômés. De nombreuses familles assistent à des messes nocturnes dans les villages de montagne, suivies de traditions populaires comme le « tape-œufs ».
Côté musulman, l’Eid al-Fitr qui marque la fin du Ramadan, et l’Eid al-Adha, la grande fête du sacrifice, donnent lieu à plusieurs jours fériés consécutifs, avec visites familiales, charité, repas copieux et distributions de confiseries.
Pour organiser votre travail, vos déplacements ou vos démarches administratives, il est utile de garder une vue d’ensemble :
| Type de fêtes | Exemples marquants | Conséquences pratiques pour un expatrié |
|---|---|---|
| Musulmanes (sunnites et chiites) | Ramadan (période), Eid al-Fitr, Eid al-Adha, Achoura, Mawlid (naissance du Prophète), Nouvel An hégirien | Horaires de travail aménagés, fermeture de nombreux commerces certains jours, ambiance nocturne particulière pendant le Ramadan |
| Chrétiennes (plusieurs rites) | Noël, Épiphanie arménienne, Saint-Maron, Vendredi saint, Pâques (occidentale et orthodoxe), Assomption | Offices bondés, processions locales, déplacements difficiles vers certains sanctuaires |
| Fêtes communes ou nationales | Anniversaire de l’Annonciation, Indépendance, commémoration de Rafic Hariri | Cérémonies officielles, rassemblements politiques ou religieux |
Il est recommandé de vérifier chaque année les dates précises, notamment pour les fêtes musulmanes liées au calendrier lunaire, qui sont parfois annoncées comme « tentatives » jusqu’à l’observation du croissant.
Au Liban, la paroisse, la mosquée de quartier ou la khalwa druze ne sont pas seulement des lieux de prière. Ils jouent souvent le rôle de centre social : aide aux plus démunis, activités pour la jeunesse, soutien scolaire, clubs sportifs, associations caritatives.
Pour un expatrié, ces structures peuvent devenir des portes d’entrée précieuses vers la société locale. Elles facilitent la rencontre avec les habitants, la découverte des coutumes et la création d’un réseau social et professionnel dans le nouveau pays de résidence.
– Les églises – en particulier internationales ou francophones / anglophones – offrent souvent des groupes pour jeunes professionnels, des activités pour enfants, et des rendez-vous sociaux ouverts.
– Les mosquées, surtout dans les quartiers urbains, peuvent indiquer des associations locales, des réseaux de solidarité, ou simplement servir de point de contact culturel si vous êtes musulman ou intéressé par la découverte de l’islam.
– Les institutions druzes, plus fermées sur le plan doctrinal, mènent néanmoins des actions éducatives et sociales visibles (orphelinats, écoles, maisons de retraite).
La recherche sur les expatriés montre que l’intégration dans une communauté de foi – même ponctuelle – réduit fortement le sentiment de solitude et aide à décoder plus vite les codes culturels. Au Liban, où la religion structure encore de nombreux aspects de la vie, cet effet est particulièrement tangible.
Pratiques musulmanes au quotidien : ce que voit l’expatrié
Avec une population majoritairement musulmane (sunnite et chiite) et une ville comme Beyrouth où près des deux tiers des habitants sont musulmans, l’islam marque fortement le paysage sonore et visuel.
Appel à la prière et rythme de la journée
Dans la capitale comme dans la plupart des villes, l’appel à la prière (adhan) ponctue les journées. Il retentit cinq fois, même si, dans les faits, tous les fidèles ne se rendent pas systématiquement à la mosquée. Les horaires sont déterminés selon des méthodes de calcul précises – à Beyrouth, c’est souvent la méthode « Umm al-Qura » (utilisée à La Mecque) qui sert de référence, avec, pour la prière de l’après-midi (Asr), un calcul basé sur la longueur de l’ombre selon les écoles juridiques majoritaires.
Ce qu’il faut garder à l’esprit :
– Pendant l’adhan, il est apprécié de baisser le ton dans les lieux publics, surtout dans les zones conservatrices.
– De nombreuses administrations et commerces fonctionnent normalement, mais les vendredis midi, l’horaire de la grande prière peut modifier les rythmes, particulièrement autour des grandes mosquées.
Mosquées emblématiques de Beyrouth
Plusieurs mosquées servent de repères urbains autant que religieux.
La mosquée Mohammad Al-Amin de Beyrouth s’étend sur un complexe d’environ 11 000 mètres carrés.
Autre lieu important : la Grande mosquée Al-Omari, née au VIIe siècle sur les ruines d’un temple païen, transformée en église par les Croisés, puis redevenue mosquée sous les Mamelouks. On y lit encore les couches successives d’architecture byzantine, croisée et mamelouke, notamment dans son portail et son minaret. C’est l’un des plus anciens lieux de culte de Beyrouth, mais il a souffert de la guerre civile.
Dans les quartiers modestes, des mosquées comme Al Salam (atmosphère calme, intérieur blanc et or, étages multiples) et l’Emir Mansour Assaf (bâtie sur un ancien monastère, classée monument archéologique) jouent un rôle crucial. Elles offrent un cadre spirituel et social, notamment pendant le Ramadan avec des conférences religieuses et des repas de rupture du jeûne pour des centaines de fidèles.
Code vestimentaire et attitude dans les mosquées
L’accès des non-musulmans aux mosquées varie. Certaines accueillent volontiers des visiteurs en dehors des heures de prière, d’autres préfèrent limiter l’entrée. Dans tous les cas, en tant qu’étranger :
– Il faut systématiquement enlever ses chaussures avant d’entrer dans la salle de prière, en les laissant sur des étagères ou en les gardant dans un sac.
– Le téléphone doit être éteint ou en mode silencieux.
– On évite de parler fort, de se déplacer devant quelqu’un qui prie, ou de prendre des photos sans autorisation explicite (et jamais de femmes sans accord clair).
– Il est recommandé de se tenir à l’arrière de la salle, debout ou assis discrètement, sans reproduire les gestes de prière si l’on n’est pas musulman.
Côté tenue, les exigences sont strictes, mais claires :
| Visiteur | Exigences de base dans une mosquée libanaise |
|---|---|
| Femme | Cheveux couverts (foulard), bras et jambes entièrement couverts, vêtements amples. Certains grands lieux touristiques prêtent des abayas, mais mieux vaut prévoir un foulard. |
| Homme | Pantalon long obligatoire, épaules couvertes (pas de débardeur), vêtements relativement sobres. |
Le vendredi, jour de grande prière, de nombreuses mosquées ferment leurs portes aux touristes. Pour une visite culturelle, privilégiez la fin de matinée en semaine, bien avant la prière de midi.
Ramadan et autres temps forts
Pendant le mois du Ramadan, une partie des musulmans s’abstient de manger, boire et fumer de l’aube au coucher du soleil. La loi n’oblige pas les non-musulmans à jeûner, mais une certaine discrétion s’impose, surtout dans les zones conservatrices : éviter de boire une bouteille d’eau ostensiblement en pleine rue à Tripoli ou dans la banlieue sud, par exemple.
En contrepartie, les soirées prennent une tonalité particulière : cafés pleins, restaurants qui servent après l’iftar, salons de narguilé animés jusqu’à tard. En tant qu’expatrié, participer à un repas de rupture du jeûne dans une famille ou une association locale est souvent une expérience d’intégration très forte.
Autre moment clé dans certaines régions chiites : Achoura, journée de deuil commémorant le martyre de l’imam Hussein à Karbala. Elle donne lieu à des processions, des sermons, des distributions de nourriture (comme le plat collectif « harissa ») et une atmosphère très recueillie.
Pratiques chrétiennes au Liban : diversité des Églises et vie paroissiale
Le Liban est aussi un des rares pays du Moyen-Orient à compter une importante minorité chrétienne enracinée, dotée d’institutions puissantes et très visibles, notamment dans l’éducation et la santé.
Une mosaïque de traditions chrétiennes
La plus importante Église est la maronite, née autour de la figure de saint Maron au IVe siècle. Elle est orientale par ses origines syriaques, mais pleinement unie à Rome : son patriarche, élu par les évêques et installé à Bkerké (au nord de Beyrouth), demande officiellement la communion au pape après son élection. La liturgie maronite conserve l’usage de l’araméen dans certaines prières.
À côté d’elle, la communauté grecque orthodoxe joue un rôle de premier plan, notamment dans les professions libérales et le commerce urbain. Elle suit la tradition byzantine, avec une forte présence dans le nord du pays et dans certains quartiers de Beyrouth.
Les Grecs-catholiques Melkites sont rattachés à Rome tout en conservant le rite byzantin et des pratiques proches de l’orthodoxie. Leurs offices religieux se déroulent en arabe et en grec dans des églises ornées d’icônes, mais sans statues. Leur patriarche d’Antioche réside à Ayn Traz, près de Beyrouth.
S’ajoutent encore les Églises arméniennes (apostolique et catholique), la latinité (catholiques de rite romain), les Syriaques, les Chaldéens, l’Église assyrienne de l’Orient et diverses Églises protestantes évangéliques.
Pour un expatrié, cela se traduit par un maillage dense d’églises, chacune avec son calendrier, sa langue liturgique et ses horaires.
Aller à l’église à Beyrouth : pratique concrète
La plupart des paroisses chrétiennes de la capitale proposent des messes en plusieurs langues : arabe bien sûr, mais aussi français et anglais, en particulier dans des quartiers comme Achrafieh ou Hamra.
Les horaires sont variés, notamment le dimanche :
Dans de nombreuses paroisses, les horaires des messes le dimanche sont répartis tout au long de la journée. Cela commence généralement par des premières messes tôt le matin (par exemple à 7 h 30 ou 8 h), suivies d’offices en milieu de matinée (comme à 9 h, 10 h ou 11 h). Certaines églises proposent également une messe de mi-journée, vers midi ou 12 h 30. Enfin, pour anticiper le dimanche, des vigiles sont souvent célébrées le samedi soir, généralement à 17 h ou 18 h, et parfois à 18 h 30.
Certaines paroisses publient leurs horaires sur des sites web, ce qui facilite la recherche pour les expatriés francophones ou anglophones. Il existe par exemple des réseaux de communautés francophones catholiques ou des paroisses très actives en ligne.
Le déroulement des offices est relativement classique pour un chrétien habitué aux liturgies orientales ou catholiques : chants, lectures, homélie, communion. Dans certaines Églises orientales, la structure est plus solennelle, avec icônes, encens et chants byzantins.
Côté tenue, le principe est la « respectabilité d’église » :
| Lieu chrétien | Tenue recommandée pour expatriés |
|---|---|
| Églises et paroisses urbaines | Épaules et genoux couverts, vêtements propres. Pas besoin de voile pour les femmes, mais éviter les décolletés marqués et les mini‑jupes. |
| Monastères de montagne et sanctuaires (Qadisha, Harissa, etc.) | Tenue plus stricte : jambes et épaules couvertes, pour hommes et femmes. Certains moines refusent l’entrée en short ou débardeur. |
Pour les expatriés chrétiens, ces communautés jouent souvent un rôle clé dans la vie sociale : groupes bibliques, activités de charité, réseaux professionnels, événements pour enfants. Même pour les non-chrétiens, assister à une messe dans une grande basilique maronite ou dans une église grecque orthodoxe, en particulier lors des grandes fêtes, est une expérience culturelle majeure.
Les Druzes : une présence discrète mais centrale
Beaucoup d’étrangers entendent parler des Druzes sans bien saisir qui ils sont. Pour le dire simplement, il s’agit d’une communauté religieuse issue de l’ismaélisme au XIe siècle, aujourd’hui autonome, qui ne se considère ni comme musulmane ni comme chrétienne.
Une foi ésotérique, fermée aux conversions
Les Druzes se désignent comme « al-Mouwahhidoun », les unitariens, insistant sur l’unicité radicale de Dieu. Leur religion s’est structurée autour du calife fatimide al-Hakim bi-Amr Allah, considéré comme manifestation divine, et d’un corpus d’« Épîtres de la Sagesse » réservé à une élite d’initiés.
Quelques traits essentiels :
La communauté druze est fermée : on y naît, sans possibilité d’y entrer ou d’en sortir. Sa doctrine est ésotérique, réservée à une minorité de sages (les ‘uqqâl), tandis que la majorité des fidèles (les juhhâl) n’y a pas pleinement accès. Les Druzes ne pratiquent pas les piliers de l’islam (prière quotidienne, pèlerinage, jeûne du Ramadan) et privilégient une éthique stricte (véracité, solidarité) sur les rituels. Ils croient en la transmigration des âmes, qui se réincarnent immédiatement au sein de la communauté jusqu’à atteindre une forme de perfection.
Les rassemblements religieux se tiennent généralement le jeudi soir, dans des bâtiments sobres appelés khalwat ou majlis, plutôt que le vendredi.
Au Liban, les Druzes représentent environ 5 % de la population. Ils sont concentrés dans les villages de montagne de régions comme le Chouf, Aley, Rashaya ou Hasbaya. Dans certaines villes (Aley, Baakline, Hasbaya), ils forment la majorité. Historiquement, ils ont joué un rôle décisif dans la construction du Liban moderne, en co-gérant la montagne avec les Maronites à partir du XVIIIe siècle.
Pour un expatrié, plusieurs éléments sont à noter : l’adaptation culturelle, la gestion administrative (visa, permis de travail), la logistique du déménagement, la couverture santé à l’étranger, la fiscalité internationale et la préparation psychologique au changement de vie.
– La communauté est réputée soudée, avec de fortes solidarités internes et un réseau d’institutions (écoles, œuvres sociales, maisons de retraite).
– Les mariages mixtes sont extrêmement rares et souvent mal acceptés, y compris avec des chrétiens bien intégrés.
– Le code vestimentaire est plus marqué pour les ‘uqqâl : turban blanc et moustache pour les hommes, voile blanc opaque pour les femmes pieuses.
En revanche, dans la vie quotidienne, beaucoup de Druzes se fondent dans l’environnement arabe environnant. Dans les villages mixtes, ils célèbrent volontiers des fêtes comme Noël avec leurs voisins chrétiens, illustrant une longue histoire de cohabitation.
Au Liban, la tenue vestimentaire est l’un des signaux les plus visibles de respect – ou de décalage – vis‑à‑vis de la culture locale. Il n’existe aucune loi imposant un code vestimentaire général, mais les attentes sociales varient considérablement entre un bar de Gemmayzeh et un souk de Tripoli.
En ville, à Beyrouth
Certains quartiers de Beyrouth, surtout à l’est (Achrafieh, Gemmayzeh, Mar Mikhaël) et dans le centre-ville, affichent une esthétique très proche des grandes villes méditerranéennes : shorts, robes légères, tenues de soirée sophistiquées. Les jeunes, notamment, adoptent les codes globaux, y compris crop tops ou tenues de clubbing dans les bars et boîtes.
Dans ce contexte, un expatrié peut s’habiller de manière assez libre, en gardant à l’esprit que sortir en tenue de plage dans la rue reste mal vu.
En revanche, dès que l’on se déplace :
– vers la banlieue sud chiite,
– dans certains quartiers sunnites populaires de Tripoli ou Saïda,
– ou dans des villes de l’intérieur,
il est attendu que les femmes couvrent au minimum épaules et genoux, avec des vêtements amples, et que les hommes renoncent aux shorts.
Dans les villages et zones rurales
Hors des grands centres, notamment dans la Bekaa, le Nord, le Sud intérieur ou les montagnes, l’habit fait vraiment le moine. Pour les femmes, un pantalon ou une jupe longue, un haut couvrant les épaules et le buste, et un foulard à portée de main constituent un bon standard. Pour les hommes, un pantalon long et un t-shirt ou une chemise suffisent.
Ce type de tenue :
– limite les regards insistants,
– réduit les risques de malentendu,
– facilite les invitations chez l’habitant.
Les chaussures fermées sont plus adaptées pour la visite de terrains accidentés et de sites archéologiques.
Sur les plages et dans les stations balnéaires
La côte libanaise affiche un double visage :
– Les clubs de plage privés (autour de Beyrouth, Jounieh, Batroun, etc.) fonctionnent sur un mode très libéral : bikinis, maillots courts, cocktails au bord de la piscine. Certains interdisent même les burkinis.
– Les plages publiques, comme Ramlet al-Baida à Beyrouth ou certains tronçons près de Tyr, attirent souvent des familles conservatrices : de nombreuses femmes s’y baignent en vêtements couvrants ou en burkini. Porter un bikini dans ces contextes peut provoquer malaise ou remarques.
En pratique, il est judicieux :
– de réserver les maillots échancrés aux clubs privés,
– d’utiliser un paréo ou une robe longue pour transiter entre la plage et les quartiers habités, surtout dans des villes plus conservatrices.
Visiter mosquées, églises et monastères : mode d’emploi
Pour un expatrié, les lieux de culte libanais ne sont pas seulement des espaces religieux, mais aussi des monuments historiques et des points d’observation privilégiés de la société. Encore faut-il y entrer avec les bons codes.
Principes communs à tous les lieux de culte
Que l’on visite une mosquée, une église ou une khalwa druze, quelques règles universelles s’appliquent :
– adopter une tenue couvrante et sobre,
– parler à voix basse,
– couper son téléphone,
– demander la permission avant de photographier, en particulier des personnes,
– respecter les zones interdites aux visiteurs, même si l’on ne comprend pas la logique.
Observer d’abord, imiter ensuite : regarder comment se comportent les fidèles locaux est souvent le meilleur guide.
Dans les mosquées
On l’a vu, des règles spécifiques s’ajoutent : retrait des chaussures, couvre-chef pour les femmes, séparation des espaces de prière entre hommes et femmes, etc.
Dans de nombreuses grandes mosquées du Moyen-Orient fréquentées par des touristes, des horaires de visite précis sont établis, et un personnel peut être dédié à l’accompagnement des groupes. À Beyrouth, il est recommandé de se renseigner à l’avance, soit auprès d’un office de tourisme, soit directement auprès de l’administration de la mosquée si ses coordonnées sont disponibles.
Dans les églises et monastères
Les règles sont plus souples, mais tout aussi importantes :
Dans les églises et lieux de pèlerinage, hommes et femmes gardent généralement la tête découverte, sauf choix personnel. Il est conseillé d’éviter les épaules nues et les shorts, particulièrement dans les sanctuaires anciens. Il convient de retirer sa casquette pour entrer. Les visiteurs peuvent allumer un cierge et s’asseoir dans un banc, mais doivent s’abstenir de gestes liturgiques s’ils n’en connaissent pas la signification.
Dans certains monastères reculés, notamment dans la vallée de la Qadisha ou sur des sites comme Harissa (Notre-Dame du Liban), les moines et responsables n’hésitent pas à refuser l’entrée à des visiteurs jugés « trop décontractés » – débardeurs, mini‑shorts, etc. Mieux vaut donc prévoir un vêtement de rechange dans un sac.
Accéder aux espaces druzes
Les lieux proprement religieux druzes (khalwat) sont en général moins ouverts aux visiteurs étrangers que les mosquées ou églises. Dans certains villages, il est néanmoins possible de visiter les alentours, voire l’intérieur dans un cadre guidé ou interreligieux. Là aussi, la clé est de passer par un contact local de confiance, et d’adopter une attitude très respectueuse.
Savoir se comporter : salutations, gestes et sujets sensibles
Au-delà des codes vestimentaires, la gestuelle et les formes de politesse associées à la religion jouent un rôle essentiel dans l’interaction quotidienne.
Saluer correctement
La poignée de main est universelle, mais avec nuances :
Entre hommes, la poignée de main est ferme et franche. Dans les milieux conservateurs, entre un homme et une femme, il est poli pour l’homme d’attendre que la femme tende la main en premier ; sinon, un signe de tête avec une salutation verbale est approprié. Entre proches, les bises alternées sur les joues (en commençant par la droite) sont courantes, surtout entre femmes ou entre hommes en milieu non conservateur.
Les expressions religieuses dans les salutations ne posent généralement pas de problème, même pour un non-musulman ou un non-chrétien, si elles sont utilisées avec tact. Dire « As-salam alaykoum » dans un contexte musulman est perçu positivement.
Gestes à éviter
Certains gestes anodins ailleurs sont interprétés comme grossiers :
En contexte interculturel, certains gestes anodins en Occident peuvent être perçus comme très impolis. Évitez notamment de pointer quelqu’un du doigt, de montrer ostensiblement la plante de vos pieds en vous asseyant, ou d’utiliser le geste de la main paume vers l’avant et doigts écartés pour signifier ‘stop’, car ces actions peuvent être offensantes dans de nombreuses cultures.
Préférer un signe plus doux, main vers le bas, est mieux perçu.
Sujets de conversation à manier avec prudence
Quelques lignes rouges émergent, liées à l’histoire récente :
– les clivages politiques confessionnels (alliances entre partis sunnites, chiites, maronites, etc.),
– les milices et groupes armés,
– la guerre civile,
– les tensions sunnites-chiites ou la situation palestinienne et syrienne,
– la question des mariages mixtes et de la conversion religieuse.
Les Libanais abordent ces sujets entre eux, mais avec une connaissance fine des sensibilités en présence. En tant qu’expatrié, surtout au début, il est plus sage d’écouter que de donner un avis tranché.
Mariage, famille et religion : ce qui se joue en coulisses
Même si l’expatrié n’a pas vocation à entrer dans les tribunaux religieux locaux, comprendre leur rôle aide à décoder de nombreuses conversations.
Pas de mariage civil sur place
Au Liban, il n’existe pas de mariage civil célébré par l’État. Chaque communauté gère son propre droit matrimonial. Deux chrétiens maronites se marient devant l’Église maronite, deux sunnites devant un tribunal sunnite, deux chiites devant un juge chiite, etc. Les conséquences touchent tous les aspects : héritage, garde des enfants, pensions alimentaires.
Les couples mixtes sont particulièrement confrontés au système :
Il est fréquent que la famille exige une conversion religieuse pour valider l’union. Une femme qui épouse un homme d’une autre secte est souvent perçue comme une plus grande menace pour la cohésion du groupe qu’un homme dans la situation inverse. En l’absence de conversion, certains couples doivent se rendre à l’étranger (souvent à Chypre) pour un mariage civil, reconnu ensuite au Liban, bien que cette démarche puisse rencontrer des obstacles administratifs.
Pour un expatrié en couple avec un Libanais ou une Libanaise, cette réalité conditionne les options de mariage, de reconnaissance légale des enfants, d’héritage ou de divorce. Il est crucial de se renseigner auprès d’un avocat spécialisé dans le statut personnel avant de s’engager.
Famille élargie et influence religieuse
La famille – souvent élargie, incluant oncles, tantes, cousins – pèse lourd dans les choix de vie. La religion est l’un des critères majeurs utilisés par les parents pour approuver ou non une relation, évaluer un projet de mariage ou décider de l’éducation des enfants. Pour nombre de Libanais, préserver l’équilibre démographique de la communauté passe littéralement par le mariage et la natalité.
Même pour un expatrié qui ne vit pas en couple avec un local, la dimension culturelle se traduit par la nécessité d’apprendre la langue, de comprendre les codes sociaux et professionnels, et de s’adapter aux coutumes du pays d’accueil pour faciliter son intégration au quotidien et dans son environnement de travail.
– des questions fréquentes sur sa propre religion,
– des invitations à des fêtes religieuses familiales (baptêmes, communions, iftars, célébrations d’Achoura, etc.),
– une certaine insistance parfois à faire participer les enfants à des activités religieuses.
Comment les expatriés peuvent s’appuyer sur les communautés religieuses
Les travaux récents sur la santé mentale des migrants montrent qu’une participation active à une communauté de foi réduit la solitude, accélère l’acculturation et augmente le sentiment de soutien social. Au Liban, où l’appartenance religieuse structure tant de dimensions de la vie, cette fonction est encore plus stratégique.
Chercher une communauté adaptée
Selon votre profil, plusieurs options se présentent :
– Églises internationales à Beyrouth proposant cultes en anglais, groupes pour « third culture kids », aide pratique à l’installation.
– Paroisses francophones bien organisées, en particulier pour les expatriés francophones.
– Mosquées habituées à recevoir des fidèles d’origines diverses, notamment dans les quartiers cosmopolites.
– Associations de dialogue interreligieux organisant conférences, camps de jeunesse, visites croisées de mosquées et d’églises.
Pour localiser des groupes communautaires à l’étranger, vous pouvez consulter des plateformes telles que les groupes Facebook d’expatriés, les répertoires d’Églises ou de mosquées, ainsi que les sites officiels dédiés à certaines communautés.
S’intégrer dans un groupe de croyants n’implique pas nécessairement de partager tout leur credo. Sociologiquement, ces groupes offrent :
– un « capital de lien » (bonding) : amitiés fortes avec des personnes qui vivent des défis similaires (relocation, éloignement familial, adaptation).
– un « capital de pont » (bridging) : accès à des réseaux professionnels, linguistiques, culturels très divers, notamment dans les Églises ou associations interreligieuses urbaines.
Participer régulièrement, même sans adhésion doctrinale complète, peut ainsi :
– accélérer l’apprentissage des codes sociaux,
– offrir des occasions structurées de pratiquer l’arabe ou le français,
– fournir des appuis concrets (aide administrative, recommandations de médecins, d’écoles, d’employeurs, etc.).
La complexité religieuse du Liban peut intimider au premier abord. Pourtant, quelques réflexes simples permettent déjà de se mouvoir avec respect et d’éviter les faux pas :
Pour évoluer avec respect dans un environnement religieux qui vous est étranger, commencez par observer les signes dominants (architecture, tenues vestimentaires) pour adapter votre tenue et vos gestes. Évitez les sujets potentiellement sensibles (conflits, figures religieuses) jusqu’à mieux cerner les sensibilités locales. Respectez scrupuleusement les règles des lieux de culte (chaussures, couvre-chef, silence). Utilisez les salutations locales avec délicatesse, en respectant les distances physiques, notamment dans les milieux conservateurs. Voyez les jours de fête comme des opportunités d’apprentissage, tout en anticipant les fermetures de services. Enfin, rapprochez-vous d’une communauté religieuse ou interreligieuse pour rompre l’isolement, obtenir des explications authentiques et créer des liens durables.
Au Liban, la religion est à la fois un marqueur d’identité, un cadre juridique, un réseau social et un patrimoine vivant. En la prenant au sérieux – sans la sacraliser ni la juger – l’expatrié ne gagne pas seulement en confort de vie. Il accède à la compréhension intime d’un pays où les clochers et les minarets dessinent, ensemble, la silhouette d’un paysage unique au monde.
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