Située au nord-ouest de l’Albanie, au pied des Alpes albanaises et au bord du plus grand lac des Balkans, Shkodër attire de plus en plus les curieux, les voyageurs… et quelques investisseurs. La ville cumule une histoire millénaire, un patrimoine culturel dense et un environnement naturel spectaculaire, tout en restant nettement moins chère que Tirana, Vlorë ou Sarandë. Mais derrière cette image de “pépinière d’opportunités”, la réalité immobilière est beaucoup plus contrastée : marché peu liquide, rendements souvent modestes, cadre légal exigeant et données économiques encore fragiles.
Cet article analyse le marché immobilier de Shkodër en croisant les données chiffrées, les observations de terrain, le cadre juridique et les projets d’infrastructure. Son objectif est d’évaluer la pertinence réelle d’un investissement dans cette ville et d’identifier le type d’investisseur auquel cette opportunité est la mieux destinée.
Shkodër, carrefour du nord albanais
Shkodër est l’une des plus anciennes villes d’Albanie et un centre culturel historique du pays. La municipalité couvre 873 km² et regroupe 11 unités administratives (dont la ville de Shkodër et Velipojë sur la côte). Environ 203 600 habitants vivent dans la municipalité, dont un peu plus de 100 000 dans la ville même ; 43 % de la population réside en zone rurale, qui représente 98 % du territoire municipal.
La ville se situe à 98 km de Tirana, la capitale albanaise.
L’environnement naturel est un atout majeur : le lac de Shkodër, dont 149 km² sont en territoire albanais, est classé réserve biogénétique d’importance européenne ; la Buna et la Kiri structurent un vaste système hydrographique ; le parc national de Theth (2 630 ha) est l’un des plus importants du pays, cœur du tourisme de montagne et de randonnée. Velipoja, au sud-ouest de la municipalité, offre 14 km de plage de sable.
La ville cumule ainsi trois atouts structurants pour l’immobilier : une position de carrefour nord–sud et est–ouest, un environnement naturel exploitable touristiquement (lac, mer, montagne), et un statut de centre économique régional pour le nord de l’Albanie.
Une économie en transition, entre potentiel et fragilité
Shkodër est présentée par les autorités comme l’un des principaux moteurs du développement économique du nord du pays. On y compte 5 509 entreprises, dont 1 210 grandes et 4 299 petites, avec 25 058 personnes employées (32 % dans le public, 68 % dans le privé). Les secteurs dominants sont le commerce, les services, l’industrie manufacturière et la construction (53 entreprises dans ce dernier secteur).
L’économie locale repose à la fois sur : la production, la distribution et la consommation de biens et de services au sein d’une certaine communauté.
Panorama des principales activités économiques de la région, alliant industrie, agriculture et services en plein développement.
Un tissu industriel varié dans la zone périphérique : chaussures, confection textile, matériaux électriques, duralumin, bois, tabac, viande et agroalimentaire.
Une base rurale forte (43% de la population) avec agriculture, élevage, lait, miel, oliviers, produits forestiers et pêche (environ 13 000 quintaux de poisson par an dans le lac).
Un secteur dynamique porté par la finance (14 banques, microcrédit, assurances), la santé, l’éducation, le commerce et surtout le tourisme.
Le coût du travail est parmi les plus bas de la région, avec une main-d’œuvre relativement qualifiée grâce aux écoles professionnelles et à l’université locale. La connaissance de l’italien, de l’anglais et de l’allemand est un atout apprécié des investisseurs étrangers.
Dans le même temps, le contexte reste celui d’un pays à faible PIB par habitant, marqué par une forte émigration, une corruption perçue comme élevée et un système judiciaire saturé de litiges fonciers. Shkodër se situe dans l’une des régions au PIB par tête les plus faibles d’Europe. Cette dualité – potentiel de croissance et fragilité structurelle – se retrouve directement dans le marché immobilier.
Coût de la vie et salaires : une ville abordable
Shkodër se distingue par un coût de la vie inférieur à la moyenne albanaise : environ 17,4 % moins cher, selon des données agrégées. Pour une personne seule, le budget mensuel total (loyer inclus) se situe entre 558 et 852 dollars, dont 474 à 479 dollars hors logement. Pour une famille de quatre, les dépenses mensuelles, logement compris, sont estimées entre 1 737 et 1 870 dollars.
Les salaires nets moyens en Albanie s’élèvent à environ 487-580 dollars (soit 48 700 ALL en lek), ce qui suffit à peine à couvrir les dépenses mensuelles d’une personne seule. Cet écart modéré entre les revenus et le coût de la vie limite le pouvoir d’achat de la demande locative locale. Par conséquent, le marché immobilier ne peut pas aligner ses loyers sur les niveaux pratiqués à Tirana ou sur la côte adriatique sans risquer de se détacher de la réalité économique du pays.
Les charges de logement restent modestes : pour un appartement de 85 m², les factures de base (électricité, chauffage, eau, déchets) oscillent entre 38,8 et 77,6 dollars par mois pour une personne, 59,8 à 95 dollars pour une famille. L’internet haut débit (50–60 Mbps et plus) coûte environ 15 à 17 dollars. Le tout contribue à rendre la ville attractive pour des profils à revenus internationaux (digital nomads, retraités étrangers, télétravailleurs).
Niveaux de prix : Shkodër, marché “bon marché” à l’échelle albanaise
Les différentes sources convergent : les prix à Shkodër restent sensiblement inférieurs à ceux de Tirana ou des villes balnéaires très demandées. Mais ils ne sont pas uniformes, et il faut distinguer nettement centre, vieux quartier, périphérie et constructions récentes.
Tableau 1 – Ordres de grandeur des prix immobiliers à Shkodër
| Segment de marché | Prix indicatifs au m² (achat) | Commentaire synthétique |
|---|---|---|
| Vieille ville, maison à rénover | ≈ 1 300 €/m² avant travaux | Exemple : 170 000 € pour 130 m², rénovation nécessaire |
| Vieille ville, coût total après rénovation | ≈ 1 500 €/m² (achat + travaux) | Rénovation estimée à 150 €/m² |
| Appartement récent, très bon emplacement (centre) | ≈ 600 €/m² | Exemple : 63 000 € pour 98 m², immeuble d’environ 10 ans |
| Appartements anciens, hors centre | ≈ 400 €/m² | Logements défraîchis, peu attractifs |
| Nouveaux projets “standards européens”, hors centre | ≈ 1 000 €/m² | Cible classe moyenne/diaspora |
| Fourchette large mentionnée dans d’autres sources | 900–1 800 €/m² | Selon emplacement et qualité |
Ces chiffres sont corroborés par des données plus agrégées, qui évaluent les prix entre 600 et 1 000 €/m² pour les “zones émergentes” comme Shkodër, et jusqu’à 1 800 €/m² pour les biens les mieux situés.
Prix moyen d’un appartement de 100 m² à l’échelle nationale en Albanie.
Marché locatif : des loyers modérés, des rendements très variables
Les loyers à Shkodër reflètent ce niveau de prix raisonnable et le pouvoir d’achat local limité. Dans la pratique, pour la location de longue durée :
Tableau 2 – Loyers moyens mensuels à Shkodër (location classique)
| Type de logement | Emplacement | Loyer mensuel moyen (USD) | Observations |
|---|---|---|---|
| 1 chambre (T1) | Centre-ville | ≈ 294–348 | Données agrégées |
| 1 chambre (T1) | Hors centre | ≈ 209–318 | |
| 3 chambres (T3) | Centre-ville | ≈ 336–357 | |
| 3 chambres (T3) | Hors centre | ≈ 327–352 | L’écart centre/hors centre est faible |
Convertis en euros, ces loyers restent bas, souvent autour de 200–300 € pour un appartement familial. Une autre source donne des exemples chiffrés : un appartement de 98 m² sur la place principale, acheté 63 000 €, pourrait se louer environ 225 € par mois une fois meublé.
Les données comparatives par type d’appartement indiquent, pour Shkodër :
Tableau 3 – Rendements moyens par typologie (données comparatives nationales)
| Type d’appartement | Prix moyen (achat) | Loyer moyen mensuel | Rendement brut estimé |
|---|---|---|---|
| Studio | 36 000 € | 171 € | ≈ 5,69 % |
| 1 chambre | 50 000 € | 188 € | ≈ 4,51 % |
| 2 chambres | 65 000 € | 200 € | ≈ 3,69 % |
| 3 chambres | 73 000 € | 213 € | ≈ 3,51 % |
La rentabilité moyenne brute tourne donc autour de 4,3–4,4 % pour la location longue durée, légèrement au-dessus de 3–4 % pour certains biens en centre, mais très loin des 6–8 % qu’on peut viser sur certains marchés des Balkans.
Les données de prix et de loyers indiquent des rendements bruts modestes pour l’investissement locatif résidentiel classique à Shkodër. Le ratio prix/loyer est d’environ 31,5 dans le centre (rendement brut ~3,17%) et 21,6 en périphérie (rendement brut ~4,62%). Un investisseur recherchant un rendement brut spectaculaire à court terme n’en trouvera donc pas dans ce marché.
Short-term rentals et tourisme : un gisement réel mais loin d’être un Eldorado
L’essor du tourisme en Albanie – plus de 6 millions de visiteurs étrangers à mi-année récente, hausse de plus de 20 % sur un an au niveau national – commence à se diffuser à Shkodër, en particulier comme porte d’entrée vers les Alpes albanaises (Theth, Valbona) et comme base pour explorer le lac partagé avec le Monténégro.
L’offre de locations type Airbnb reste encore modeste à l’échelle du territoire, mais significative :
Environ 326 annonces actives sont recensées dans la grande région de Shkodër, dominées par des logements entiers et caractérisées par une forte saisonnalité.
Tableau 4 – Indicateurs clés Airbnb à Shkodër (ordres de grandeur)
| Indicateur | Grande région Shkodër | Comté de Shkodër |
|---|---|---|
| Nombre d’annonces actives | ≈ 326 | ≈ 80 |
| Part de logements entiers | ≈ 88,3 % | ≈ 92,5 % |
| ADR (tarif nuit moyen, pic) | ≈ 73 $ (août) | ≈ 57 $ (juillet) |
| ADR médian annuel | ≈ 46 $ | ≈ 43 $ |
| Revenu médian mensuel | ≈ 412 $ | ≈ 378 $ |
| Revenu mensuel top 10 % | > 1 459 $ | ≈ 896 $ |
| Taux d’occupation moyen (pic) | ≈ 44,3 % | ≈ 48 % |
| Taux d’occupation médian | ≈ 26 % | ≈ 27 % |
Ces chiffres montrent qu’un petit nombre de biens très bien positionnés (vue sur le lac, design soigné, emplacement central, gestion professionnelle) tirent correctement leur épingle du jeu. Mais pour la plupart des logements, la saison haute est courte, la saison intermédiaire timide, et les mois de mars ou novembre quasiment plats.
Un investisseur a étudié la transformation d’une maison de 130 m² en vieille ville en quatre studios Airbnb. Avec un prix d’achat de 170 000 € et des travaux de rénovation estimés à 19 500 € (soit 150 €/m²), le coût total d’investissement s’élève à environ 195 000 €. En tablant sur un prix maximum de 30 € la nuitée et une occupation de 50 nuits par an et par studio, le revenu brut annuel serait d’environ 6 000 €. Après déduction des charges, frais de gestion et impôts (environ la moitié du revenu brut), le rendement net annuel chuterait en dessous de 2 %.
Autrement dit, le tourisme crée convenablement de la demande locative, mais le niveau de prix des biens (en particulier ceux achetés cher par la diaspora) et la saisonalité limitent la rentabilité nette. Les projets très orientés Airbnb doivent être modélisés avec beaucoup de prudence.
Un marché peu liquide, fortement influencé par la diaspora
L’un des traits les plus marquants du marché de Shkodër est sa très faible liquidité. Un témoignage évoque une des principales agences de la ville qui ne parvient à vendre qu’un bien par mois en moyenne. Même si ce chiffre n’a pas de valeur statistique absolue, il traduit un ressenti : les transactions sont rares, lentes, souvent dépendantes de réseaux informels.
Une part importante des acheteurs immobiliers à Tirana provient de la diaspora albanaise installée en Italie, Allemagne, France ou Scandinavie. Ces acheteurs paient souvent en cash, parfois sans recherche de rentabilité, motivés par un attachement à la ville ou par la volonté de sécuriser un patrimoine « au pays ». Cette dynamique a pour conséquence que les prix dans certains segments (centres-villes, bâtiments neufs, maisons de caractère) ne reflètent pas la capacité réelle du marché locatif ou touristique à générer des revenus, ce qui se traduit par des rendements locatifs bas.
Le marché est en outre fragmenté : beaucoup de biens ne sont pas publiés sur Internet, les négociations passent par des réseaux familiaux ou amicaux, et la transparence des prix reste très relative. Pour un investisseur étranger, cela rend plus difficile l’accès aux “bonnes affaires” sans s’appuyer sur des intermédiaires locaux fiables.
Environnement légal et fiscal : ouvert, mais exigeant
Sur le papier, l’Albanie est plutôt accueillante pour les investisseurs étrangers dans l’immobilier urbain. Les non-résidents peuvent acheter des appartements, maisons et biens commerciaux avec des droits proches de ceux des citoyens : acheter, revendre, louer, transmettre par succession. Résidence en Albanie non requise pour acquérir, mais l’achat n’octroie pas automatiquement un titre de séjour (même s’il peut faciliter une demande en justifiant d’un ancrage dans le pays).
Les étrangers ne peuvent pas détenir directement des terres agricoles au-delà de certaines limites. Pour ce type d’acquisition, il est nécessaire de passer par une société albanaise ou par un montage où l’investissement est au moins trois fois supérieur à la valeur du terrain. Cette restriction est moins problématique pour l’immobilier résidentiel dans des zones comme Shkodër intra-muros ou Velipoja, mais elle redevient centrale pour les terrains nus, ruraux ou périurbains.
La fiscalité sur l’immobilier reste modérée dans l’ensemble :
Taux de l’impôt sur le revenu locatif et sur les plus-values immobilières en Albanie
Les taux d’imposition sur le bénéfice des sociétés (15 %) et l’impôt sur le revenu progressif (0 %, 13 %, 23 %) peuvent concerner les structures d’investissement ; la fiscalité agricole est spécifique mais ne touche guère un investisseur purement urbain.
Sur le plan pratique, le processus d’achat se fait obligatoirement devant notaire, avec vérification du titre et enregistrement auprès du cadastre. Mais la faiblesse historique des registres fonciers est un danger réel : plus de 70 % des affaires civiles en justice portent sur des litiges de terre ; des centaines de milliers de bâtiments ont été construits sans permis ; la régularisation avance lentement. D’où une recommandation claire pour tout investisseur à Shkodër : ne jamais sauter l’étape du contrôle approfondi de la propriété (titres, servitudes, éventuels co-indivisaires, conformité urbanistique), idéalement via un avocat local expérimenté.
Financement et taux d’intérêt : un marché très “cash”
L’Albanie est une économie encore très largement dominée par le cash : plus de 90 % des paiements se font en espèces, et les transactions immobilières ne font pas exception, même si les paiements supérieurs à 1 000 € doivent, en principe, transiter par virement bancaire pour des raisons de conformité.
Les banques albanaises proposent des prêts hypothécaires, avec des conditions plus avantageuses pour les résidents aux revenus locaux que pour les non-résidents. Les taux pour un prêt sur 20 ans sont d’environ 5% à Shkodër, mais peuvent atteindre 7 à 9% au niveau national, selon la devise, le profil et l’année. Le ratio prêt/valeur (LTV) est généralement compris entre 60% et 70%, nécessitant un apport personnel conséquent.
Pour un étranger, obtenir un financement local est possible mais compliqué : la plupart des investisseurs immobiliers étrangers opérant à Shkodër le font donc en fonds propres. Cette structure de marché accentue encore le poids de la diaspora (forte capacité de paiement cash) et limite la spéculation à crédit comme on peut l’observer dans d’autres pays.
Infrastructures : un levier de valorisation à moyen terme
Plusieurs projets locaux et nationaux peuvent, à terme, modifier l’attractivité de certains secteurs de Shkodër et donc la valeur immobilière.
Parmi les programmes phares :
Montant en euros du financement de l’Union européenne pour le programme d’infrastructure et de tourisme en Albanie, via la BERD.
Ces programmes, s’ils sont menés à bien, peuvent renforcer la valeur de certains microsecteurs : front de lac rénové, accès routiers améliorés vers Theth et les Alpes, meilleure desserte de Velipoja. Pour un investisseur patient, se positionner à proximité de ces axes, avant la pleine réalisation des travaux, peut constituer un pari sur l’appréciation du capital plutôt que sur le rendement locatif immédiat.
Qui investit (et qui devrait investir) à Shkodër ?
Trois grandes catégories d’acteurs se dessinent.
D’abord, la diaspora albanaise, qui reste le moteur principal des achats. Ces acquéreurs privilégient souvent l’affect et la sécurité patrimoniale au rendement financier : appartement pour les vacances d’été, maison familiale rénovée, petit immeuble pour loger ou aider des proches, etc. Leur comportement soutient les prix sur certains segments, sans recherche de rentabilité fine.
Les investisseurs étrangers à Shkodër sont principalement des Italiens, Allemands, Français et Britanniques, souvent des nomades digitaux ou des retraités. Ils sont attirés par le faible coût de la vie, la nature et un rythme de vie à échelle humaine. Pour eux, l’immobilier représente à la fois un logement et un moyen de diversification patrimoniale à un prix d’entrée abordable.
Enfin, quelques développeurs ou opérateurs touristiques plus structurés s’intéressent aux anciens bâtiments du centre historique, aux friches industrielles ou aux zones de développement identifiées par la municipalité (ancien aéroport, zone industrielle, axe Velipoja – Rrjoll, centre-ville, front de lac). La stratégie consiste à créer des hébergements de charme, des guesthouses ou des petites unités hôtelières ciblant l’éco-tourisme et le tourisme culturel. Là encore, la logique est moins celle d’un rendement locatif brut stricto sensu que celle d’un projet de long terme, adossé à la montée en puissance du tourisme régional.
Avantages objectifs pour un investisseur
Plusieurs éléments plaident en faveur d’un investissement immobilier à Shkodër, sous certaines conditions.
D’abord, les prix d’entrée restent bas à l’échelle européenne et même albanaise. Là où 160 000 € achètent à peine 100 m² dans la moyenne nationale, la même somme permet à Shkodër de financer un projet de rénovation ambitieux ou plusieurs appartements de taille moyenne dans des secteurs corrects.
Ensuite, la qualité de vie et le coût de la vie offrent un avantage compétitif pour des profils à revenus internationaux. Un digital nomad ou un retraité étranger peut vivre confortablement à Shkodër, avec une bonne connexion internet, des services de base accessibles et une offre culturelle non négligeable (musées, théâtre, festivals), pour un coût global nettement inférieur à l’Europe de l’Ouest.
Le potentiel touristique est réel à moyen terme, grâce à la proximité du Monténégro (dont le tourisme haut de gamme est en forte croissance), une nature encore préservée, une image de « prochaine destination à la mode », et la multiplication des projets d’infrastructure soutenus par l’UE et la BERD. À mesure que le tourisme se développe, la demande pour des hébergements de qualité, des maisons rénovées et des pensions familiales est susceptible d’augmenter.
Enfin, le marché étant peu concurrentiel et peu professionnalisé, un investisseur bien informé, qui s’entoure de compétences locales solides (avocat, architecte, entreprise de rénovation, gestionnaire), peut parfois obtenir de meilleures conditions de négociation que sur des marchés saturés. La culture des affaires albanaise valorise la négociation : partir 5 à 10 % sous le prix affiché est courant, surtout si l’on paie comptant.
Limites et risques à ne pas négliger
Mais les signaux d’alerte sont nombreux et doivent être pris au sérieux.
Le premier est la faible liquidité : sortir d’un investissement à Shkodër peut prendre du temps, parfois plus de dix mois pour revendre un appartement dans un contexte national déjà dynamique. Dans un marché aussi étroit, un besoin urgent de liquidités peut imposer une forte décote à la revente.
Les rendements peuvent être très modestes, comme l’illustre un rendement net inférieur à 2 % pour une maison convertie en Airbnb. Un prix d’achat élevé, une saison courte et un taux d’occupation limité suffisent à compromettre la rentabilité, même dans un environnement fiscal favorable.
Troisième limite : la qualité des données. Nombre de statistiques de loyers et de prix reposent sur un petit échantillon de déclarations, parfois moins de dix prix relevés pour certaines catégories. Il faut donc manier ces chiffres avec prudence et les confronter systématiquement à une étude de terrain (visites, entretiens, relevés de loyers réels).
Entre titres de propriété incomplets, successions complexes, constructions non régularisées et un cadastre parfois peu fiable, le risque de litige est réel. Les retards dans la mise à jour des registres, les procédures de légalisation et la lenteur judiciaire exigent une due diligence méticuleuse.
Enfin, le contexte macroéconomique et politique albanais comporte sa part d’incertitude : corruption, influence de l’économie informelle, réformes légales fréquentes. Même si le pays avance vers une meilleure intégration européenne, cet environnement ne correspond pas à tous les profils d’investisseurs.
Quelles stratégies peuvent encore avoir du sens à Shkodër ?
Dans ce paysage nuancé, certaines approches paraissent plus pertinentes que d’autres.
Une première stratégie consiste à investir pour usage personnel, avec un objectif financier secondaire. Un expatrié, un digital nomad ou un retraité qui souhaite vivre à Shkodër peut acheter un appartement de bonne qualité dans un quartier central ou proche du lac, profiter d’un coût de la vie réduit et éventuellement couvrir une partie de ses charges en louant le bien quelques mois par an. Ici, l’objectif principal n’est pas la maximisation du rendement, mais la sécurisation d’un cadre de vie à long terme.
Cette approche cible des biens à bas prix (environ 400 €/m²) en périphérie, dont la valeur pourrait augmenter grâce à de nouvelles infrastructures (routes, embellissement du littoral de Velipoja, aménagement des rives du lac à Shiroka). L’objectif est une appréciation du capital sur 5 à 10 ans, sans priorité au revenu locatif. Elle comporte un risque géographique élevé et des périodes de vacance locative potentielles.
Une troisième approche concerne la rénovation de bâtiments à valeur patrimoniale (vieille ville, maisons traditionnelles) en vue d’en faire des guesthouses ou des petits hôtels de charme. Cette stratégie colle à la politique municipale de valorisation du tourisme culturel et éco-responsable, et peut bénéficier d’un soutien implicite (facilités administratives, mise en avant dans la promotion touristique, etc.). Mais elle exige un sens aigu du produit (authenticité, design, qualité d’accueil) et une gestion opérationnelle solide, davantage que dans un simple investissement d’appartement locatif.
Certains investisseurs institutionnels peuvent cibler des terrains dans des zones économiques spécifiques définies par la municipalité, comme l’ancien aéroport, la zone industrielle, les axes Shkodër–Koplik ou Shkodër–Vau Dejës, et la zone Velipoja–Rrjoll. Ces investissements, destinés au long terme, pourraient bénéficier du développement de l’industrie légère, de la logistique transfrontalière ou de l’hôtellerie balnéaire, mais nécessitent un très bon ancrage local.
Ce que Shkodër n’est pas (encore)
Pour finir, il est utile de dire clairement ce que Shkodër n’est pas.
Ce n’est pas une station balnéaire en plein boom comme Sarandë, où les prix explosent et où la saison touristique s’étend désormais sur six mois. Ce n’est pas non plus Tirana, où la pression démographique interne concentre plus de 30 % de la population nationale et où le marché immobilier bénéficie d’une demande structurelle forte.
Ce n’est pas, pour l’instant, un marché à rendements locatifs élevés dans l’absolu. Avec des rendements bruts moyens autour de 4 %, parfois 5–6 % sur des studios très bien gérés, Shkodër se situe dans le bas de la fourchette des Balkans pour l’investissement purement patrimonial.
Analyse de marché immobilier de Shkodër
Ce n’est pas enfin un marché hyper liquide : il faut accepter de s’y engager comme sur un marché de “frontière”, où la revente est plus lente, la négociation plus informelle et la réussite plus dépendante des réseaux locaux.
Conclusion : pour quel profil Shkodër peut-elle valoir le coup ?
Investir dans l’immobilier à Shkodër n’a de sens que si l’on accepte la ville pour ce qu’elle est : une cité de culture et de nature, dans un pays encore en transition, avec un marché immobilier peu mature, tiré par la diaspora et les usages mixtes (résidence secondaire, projets de vie), plus que par des calculs d’optimisation financière.
Pour un investisseur qui cherche un rendement locatif élevé, sécurisé et facilement revendable, la réponse est plutôt négative : la faible liquidité, les rendements modérés et les risques juridiques invitent à la prudence, voire à regarder d’autres destinations des Balkans mieux structurées.
Pour un investisseur patient et à l’aise avec les marchés émergents, Shkodër en Albanie peut représenter un pari intéressant. Cette stratégie nécessite de s’impliquer localement, de réaliser une due diligence rigoureuse et de valoriser un bien par la rénovation et un positionnement sur des niches (tourisme de niche, hébergement de caractère, location meublée supérieure pour expatriés et nomades). Les atouts sont un ticket d’entrée bas, une ville agréable à vivre et un horizon de valorisation prometteur, porté par une meilleure connexion du nord de l’Albanie avec ses voisins et le développement du tourisme.
En somme, Shkodër n’est ni l’Eldorado immobilier que certains discours promotionnels laissent parfois imaginer, ni une ville à fuir systématiquement. C’est un marché exigeant, qui récompense la connaissance fine du terrain, l’ancrage local et la patience bien plus que la recherche de coups rapides. Ceux qui y viendront avant tout par envie d’y vivre ou de porter un projet cohérent avec l’identité du lieu auront, à terme, plus de chances d’y réussir que ceux qui ne regardent que les chiffres de rendement.
Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine financier déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel à Shkodër, en Albanie, pour chercher du rendement locatif et une exposition à un marché émergent. Budget alloué : 400 000 à 600 000 euros, sans recours au crédit.
Après analyse de plusieurs villes albanaises (Tirana, Durrës, Vlorë), la stratégie retenue a consisté à cibler un petit immeuble ou un ensemble d’appartements à Shkodër, ville en développement touristique et universitaire, combinant rendement locatif brut cible proche de 10 % – plus le rendement est élevé, plus le risque est important – et potentiel de valorisation à moyen terme, avec un ticket global (acquisition + frais + travaux légers) d’environ 500 000 euros. La mission a inclus : sélection du quartier, mise en relation avec un réseau local (agent immobilier, avocat, comptable/fiscaliste), choix de la structure (propriété directe ou société locale) et définition d’un plan de diversification patrimoniale dans le temps.
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