S’installer aux îles Marshall, ce n’est pas seulement découvrir un archipel du Pacifique perdu entre lagons et atolls. C’est aussi entrer dans une société où la religion, la coutume (manit) et la vie quotidienne sont profondément entremêlées. Pour un expatrié, comprendre ces codes n’est pas un détail : c’est la clé pour être bien accueilli, éviter les faux pas, et participer pleinement à la vie communautaire.
Ce guide aborde les pratiques religieuses, les codes sociaux et les liens entre spiritualité, terre et mer, essentiels pour s’intégrer avec respect dans l’archipel.
Un pays massivement chrétien, mais pas uniforme
Aux îles Marshall, la religion dominante est le christianisme. Les données de recensement montrent un paysage religieux extrêmement homogène, même si plusieurs Églises coexistent.
Poids du christianisme dans la société
Les chiffres récents confirment que la quasi-totalité de la population se revendique chrétienne. Lors du recensement de 2021, environ 96,2 % des habitants déclaraient appartenir à l’une des quatorze grandes dénominations chrétiennes. Une enquête antérieure, en 1999, trouvait déjà plus de 97 % de chrétiens.
Pour un regard extérieur, cela se traduit très concrètement : les églises sont partout, les prières rythment les réunions publiques, et le calendrier officiel intègre plusieurs fêtes à caractère religieux. La plupart des Marshallais natifs sont chrétiens, et la majorité des croyants non chrétiens sont des résidents étrangers.
On peut résumer les grandes tendances ainsi :
| Indicateur (année) | Valeur approximative |
|---|---|
| Part de la population chrétienne (1999) | ~97,5 % |
| Part de la population chrétienne (2021) | ~96,2 % |
| Part sans affiliation religieuse | 1,1–1,5 % selon les sources |
| Pop. se déclarant autre religion (2021) | 2,7 % |
Même si la pluralité existe, le christianisme est donc le référent religieux quasi universel dans la vie publique.
Les principales Églises chrétiennes
Historiquement, ce sont les missionnaires protestants qui ont introduit le christianisme en 1857. La première Église à s’implanter durablement est l’Église congrégationaliste, devenue aujourd’hui la United Church of Christ – Congregational in the Marshall Islands (UCCCMI). Elle reste la plus influente, mais les autres dénominations ont pris une place importante, surtout à partir du XXᵉ siècle.
Il s’agit de l’écart en années entre les deux principales années de référence utilisées pour l’analyse, soit 1999 et 2021.
| Dénomination (principales) | Part de la population (1999) | Part de la population (2021) |
|---|---|---|
| United Church of Christ – Congregational (UCCCMI) | 54,8 % | 47,9 % |
| Assemblies of God (pentecôtiste) | 25,8 % | 14,1 % |
| Église catholique | 8,4 % | 9,3 % |
| The Church of Jesus Christ of Latter-day Saints (Mormons) | 2,1 % | 5,7 % |
| Bukot nan Jesus (dérivé des Assemblies of God) | 2,8 % | 3 % |
| Full Gospel Churches of the Marshall Islands | 0,7 % | 5 % |
D’autres groupes chrétiens, moins nombreux, sont présents : baptistes, adventistes du septième jour, Salvation Army, Églises évangéliques diverses, Témoins de Jéhovah, etc. La plupart disposent de lieux de culte et parfois d’écoles privées.
Pour un expatrié, cela signifie que : il doit s’adapter à une nouvelle culture, un nouvel environnement et souvent une nouvelle langue. Cela implique également de construire un nouveau réseau social et de naviguer dans des systèmes administratifs différents.
– la majorité des collègues et voisins sont pratiquants d’une forme de christianisme,
– les rites (prières, chants, lectures bibliques) sont familiers à presque tout le monde,
– la participation à la vie d’Église structure les réseaux sociaux, l’entraide et parfois la politique locale.
Minorités religieuses et pluralisme
Malgré la domination des Églises chrétiennes, il existe aussi de petites communautés d’autres religions : baha’is, Ahmadiyya musulmans, hindous, juifs, membres de l’Iglesia ni Cristo, ainsi que quelques athées ou personnes sans religion. Ces groupes représentent chacun des fractions infimes de la population (souvent bien en deçà de 1 %).
La communauté Ahmadiyya gère la seule mosquée des Îles Marshall, à Majuro, qui sert à la fois de lieu de culte et de centre d’actions sociales (soutien scolaire, campagnes de santé, dons de sang via l’ONG Humanity First). Cependant, elle rencontre des difficultés d’accès à certaines infrastructures publiques et fait face à des attitudes de méfiance dans la société.
Globalement, le cadre juridique protège la liberté de religion, mais dans la pratique, l’environnement reste fortement centré sur des références chrétiennes. Pour un expatrié non chrétien, il est possible de vivre sa foi, mais il est prudent de bien mesurer le contexte majoritaire, surtout dans les villages.
Liberté religieuse et rôle de l’État : un christianisme très présent, mais pas officiel
La Constitution des îles Marshall garantit la liberté de pensée, de conscience et de religion, et interdit la discrimination fondée sur la croyance. Aucun culte n’a de statut officiel, et l’État n’exige pas l’enregistrement des groupes religieux. Toutefois, certaines pratiques institutionnelles montrent combien le christianisme est ancré dans la culture publique.
Cadre légal : droits et limites
Plusieurs éléments sont importants à connaître :
La Constitution garantit le libre exercice de toutes les religions. Ce droit peut être soumis à des « restrictions raisonnables » pour protéger l’ordre public, la santé, la sécurité ou les droits d’autrui, à condition qu’elles soient minimales. Aucune loi ne peut criminaliser une pratique uniquement parce qu’elle exprime une croyance spécifique. Par ailleurs, les groupes religieux peuvent obtenir le statut d’organisation à but non lucratif pour bénéficier d’exemptions fiscales, et les importations destinées à un usage religieux, éducatif ou caritatif sont exonérées de droits de douane.
Les indices internationaux classent le pays au maximum (4/4) pour la liberté religieuse, et il n’apparaît pas sur les listes de pays où les croyants subissent de fortes persécutions.
Religion et pouvoir public au quotidien
En pratique, les frontières entre culture, religion et institutions sont poreuses. Plusieurs traits frappent les nouveaux arrivants :
Aux Îles Marshall, la prédominance chrétienne est visible dans les rituels officiels et les fondements de l’État. La majorité des cérémonies publiques, comme les réunions gouvernementales ou les activités scolaires, sont encadrées par des prières chrétiennes. Le calendrier national inclut trois jours fériés d’origine chrétienne : le Vendredi saint, le Gospel Day (célébrant l’arrivée du christianisme) et Noël. Enfin, la Constitution elle-même affirme cette dimension en débutant son préambule par l’invocation : « NOUS, PEUPLE DE LA RÉPUBLIQUE DES ÎLES MARSHALL, plaçant notre confiance en Dieu… ».
En revanche, l’école publique n’inclut pas d’instruction religieuse spécifique ni de prières pendant les cours. L’enseignement confessionnel est plutôt du ressort des écoles gérées par les Églises (catholiques, UCC, Assemblies of God, adventistes, baptistes, Bukot nan Jesus, etc.), soutenues partiellement par des fonds publics distribués selon le nombre d’élèves, les résultats scolaires et l’accréditation.
Pour un expatrié qui travaille dans l’administration, l’enseignement ou les ONG, il faut s’habituer à ces prières protocolaires. Il n’est pas attendu que vous participiez activement si cela contredit vos convictions, mais un comportement silencieux et respectueux est indispensable.
Aller à l’église : codes, attentes et langues
Aux îles Marshall, la messe ou le culte dominical n’est pas seulement un moment de prière : c’est un rendez-vous social central. Dans de nombreux villages, la vie s’organise autour de l’église, et le pasteur ou le prêtre occupe un rang comparable à celui d’un chef traditionnel.
Fréquence et formats des offices
La plupart des Marshallais pratiquants assistent à un service au moins une fois par semaine, généralement le dimanche. Certains groupes, comme les adventistes du septième jour, se réunissent le samedi, avec un programme structuré (école du sabbat, culte, étude biblique). D’autres Églises proposent :
– des cultes dominicaux matinaux (par exemple à 10 h en anglais dans certaines communautés),
– des réunions en semaine (par exemple le mercredi à 20 h),
– des offices en marshallais dans l’après-midi (souvent vers 13 h).
Les horaires peuvent varier, et il est toujours prudent de vérifier les heures actualisées auprès de la paroisse ou de la communauté locale, car les changements ne sont pas toujours annoncés largement.
Les services se déroulent principalement en marshallais, parfois en anglais dans certains contextes. Si vous ne comprenez pas la langue, il est apprécié de rester silencieux et attentif, de suivre les mouvements de l’assemblée (se lever, s’asseoir, chanter) et de respecter la solennité du moment pour montrer votre considération.
Tenue vestimentaire : modestie et respect
L’un des points où les expatriés commettent le plus souvent des maladresses est l’habillement. Dans un décor tropical, la tentation est forte d’adopter une tenue très décontractée. Or, aux îles Marshall, la modestie vestimentaire reste une norme culturelle forte, particulièrement dans les contextes religieux et villageois.
Pour les hommes :
– en contexte informel, shorts et T-shirt sont parfaitement acceptables ;
– pour aller à l’église, à une réunion officielle ou dans un bureau gouvernemental, on attend :
– au minimum un pantalon long,
– une chemise à col (manches courtes acceptées),
– pas de short dans les lieux de culte ni aux cérémonies formelles ;
– la lavalava (pagne formel) associée à une chemise boutonnée est aussi une tenue respectable.
Pour les femmes :
En public, portez des jupes ou robes couvrant les genoux. Couvrez les épaules en dehors des plages. Les tenues de bain (maillot, short court, haut de bikini) sont réservées aux zones de baignade, pas aux villages ou rues. Pour les églises, prévoyez une robe/jupe longue et un haut couvrant, avec éventuellement un châle. Les tenues traditionnelles marshallaises, comme le *Pachi*, sont également appropriées.
De façon générale, mieux vaut être légèrement plus habillé que pas assez. Une tenue dite « semi-formelle » pour l’office dominical marque votre respect envers la communauté qui vous accueille.
Attitude pendant le service
L’étiquette à l’église est simple mais stricte :
– arriver à l’heure est un signe élémentaire de respect ;
– éteindre ou mettre en silencieux le téléphone ;
– éviter de discuter pendant les prières et les lectures ;
– ne pas sortir sans nécessité en plein sermon ;
– suivre l’exemple des fidèles (se lever, chanter, s’agenouiller) dans la mesure où vous vous en sentez à l’aise.
Concernant les photos, la règle tacite est claire : ne jamais photographier pendant un rite sans autorisation explicite. Si vous souhaitez garder un souvenir d’un intérieur d’église ou d’une cérémonie, demandez d’abord au responsable religieux ou à votre hôte. Beaucoup accepteront, mais considéreront l’initiative spontanée comme intrusive.
La prière dans la vie quotidienne : repas, réunions et soirées
La pratique religieuse ne se limite pas aux murs de l’église. Aux îles Marshall, prières et bénédictions ponctuent les repas, les rencontres et même certains moments de la journée.
Avant de manger : le bénédicité omniprésent
Dire une prière avant de manger est extrêmement courant. Que ce soit dans une famille, lors d’un kemem (grande fête du premier anniversaire d’un enfant), au sein d’une réunion d’Église ou même à l’occasion d’un repas de travail, il est probable qu’une bénédiction soit prononcée avant de commencer à manger.
Pour un expatrié invité :
Attendez que tous les convives soient servis avant de commencer à manger. Ne débutez pas votre repas sans une invitation explicite (comme un simple « vous pouvez commencer ») ou avant qu’une prière éventuelle ne soit dite. Si une prière est prononcée, marquez votre respect en inclinant la tête ou en restant silencieux, même si vous n’êtes pas croyant.
Refuser ostensiblement de participer à ce moment – par exemple en parlant fort ou en mangeant pendant la prière – serait perçu comme une marque de mépris.
Prières d’ouverture et de clôture en réunion
De nombreuses réunions, qu’elles soient communautaires, associatives ou parfois même liées à des projets de développement, débutent et se terminent par une courte prière. Cela peut surprendre dans un cadre professionnel occidental, mais ce rituel vise à placer l’action commune sous le regard de Dieu et à favoriser l’harmonie entre participants.
Là encore, il n’est pas attendu que vous interveniez, sauf si l’on vous demande explicitement de prononcer vous-même une prière. Dans ce cas, et si vous n’êtes pas à l’aise, vous pouvez expliquer calmement que vous préférez laisser cette responsabilité à un membre local de la communauté.
Le temps de prière du soir dans les villages
Une particularité qui surprend de nombreux étrangers est la prière communautaire du soir, souvent organisée entre 18 h et 19 h dans les villages. Cette période, qui dure une dizaine à une vingtaine de minutes, est signalée par une cloche ou le son d’un coquillage (conch). Pendant ce moment :
– la circulation et les activités se calment ;
– les familles se rassemblent pour prier ;
– l’ambiance devient très silencieuse.
Si vous traversez un village pendant le temps de prière, asseyez-vous calmement et attendez la fin, en évitant de parler fort, de téléphoner ou de vous déplacer. La vie normale reprend uniquement après le signal sonore de fin.
Pour un expatrié, ce « couvre-feu spirituel » est l’un des marqueurs les plus visibles de la centralité de la foi dans le quotidien. L’ignorer – en traversant bruyamment, en faisant du jogging avec de la musique, par exemple – serait considéré comme un grave manque de considération.
Respect des hiérarchies : chefs, anciens et clergé
Aux îles Marshall, le respect est structuré par un ensemble de critères imbriqués : rang social traditionnel, fonction religieuse ou gouvernementale, âge, genre, liens de parenté. Comprendre ces codes est indispensable pour interagir de manière harmonieuse, notamment dans des contextes religieux.
Le statut du pasteur ou du prêtre
Dans un village, le ministre du culte (pasteur protestant, prêtre catholique, leader d’une autre Église) occupe une place très élevée. Il peut, en concertation avec les chefs traditionnels, fixer certaines règles communautaires, notamment pour le dimanche ou pour les moments de prière.
Cela implique pour un expatrié :
Recommandations pour interagir avec respect lors de rassemblements ou de conversations.
Il est recommandé de saluer en priorité les religieux lors d’un rassemblement.
Il convient de les vouvoyer ou d’utiliser un titre approprié (comme ‘Father’ ou ‘Pastor’ en anglais).
Il est préférable d’éviter de les contredire publiquement, surtout sur des sujets sensibles.
Lors d’un repas ou d’une cérémonie, il arrive que les leaders religieux soient servis les premiers, ou soient les premiers à prendre la parole. Suivez l’exemple des hôtes.
Les Marshallais accordent un grand respect aux aînés. Il est attendu que les plus jeunes :
Dans certaines cultures, les jeunes montrent leur respect envers les aînés en les laissant parler en premier, en évitant de les interrompre, en utilisant des formules de politesse pour s’adresser à eux, et en inclinant légèrement la tête en signe de salut.
La société marshallaise est aussi une société de rang. Les personnes de statut plus modeste doivent :
– éviter de passer devant quelqu’un de rang supérieur,
– baisser la tête et marcher légèrement derrière lui,
– ne pas se tenir debout au-dessus d’une personne assise de rang supérieur.
Ces règles se prolongent dans la sphère religieuse : un chef traditionnel ou un ancien ayant un rôle particulier dans l’Église sera traité avec une déférence visible.
La sociabilité marshallaise est réputée chaleureuse, mais repose sur des normes fines qui mêlent respect, retenue et sens de la communauté. Beaucoup de ces règles, même si elles ne sont pas explicitement religieuses, s’inscrivent dans un univers moral imprégné de christianisme.
Saluer : le rôle de « Iakwe »
Le mot marshallais que vous entendrez le plus souvent est « Iakwe » (prononcé « yakwé »). Il signifie à la fois « bonjour », « au revoir » et « amour ». Il s’emploie dans de nombreuses situations, et il est de bon ton de saluer toutes les personnes présentes en entrant dans une pièce ou un groupe.
Les marques de politesse usuelles :
– sourire largement ;
– incliner légèrement la tête, surtout devant un aîné ;
– serrer la main, de manière plutôt douce (pas de poignée de main écrasante) ;
– entre amis ou en famille, s’embrasser sur la joue ou se prendre dans les bras peut être courant.
Dire « Iakwe » avec un sourire et retirer ses lunettes de soleil pour parler sont des gestes simples qui ouvrent beaucoup de portes.
Conseil de savoir-vivre aux Îles Marshall
Gestes à éviter
Certaines attitudes sont interprétées comme franchement impolies :
– froncer les sourcils, se retourner brusquement alors que quelqu’un parle ;
– crier ou hausser la voix, surtout en public ;
– se disputer de façon visible : les engueulades publiques sont très mal vues ;
– toucher la tête de quelqu’un, même un enfant, la tête étant considérée comme une partie sacrée du corps.
Le contact physique demande prudence. Il est préférable de ne pas toucher les gens sans qu’il y ait une invitation claire. Surtout, un non-noble ne doit pas toucher une personne de sang royal ou de rang très élevé.
Dans les villages, il est considéré comme impoli de se tenir debout au-dessus de personnes assises ou de marcher par-dessus quelqu’un allongé ou assis au sol. Si l’espace est restreint, il est préférable de contourner la personne ou de lui demander poliment la permission de passer.
Conversations : sujets à privilégier et sujets délicats
Les thèmes de discussion les plus sécurisants sont :
– la famille,
– l’Église,
– la communauté,
– la pêche, la mer, les événements locaux.
Au contraire, certains sujets sont considérés comme sensibles ou inadaptés, surtout avec des personnes que vous connaissez peu :
– la mort (maladies graves, suicide, violences),
– la violence domestique ou sexuelle,
– la politique, les tensions religieuses,
– les détails intimes de la vie conjugale ou de santé.
Aborder ces thèmes nécessite une confiance déjà établie et se fera plutôt en privé. Dans la culture marshallaise, préserver l’harmonie du groupe prime sur le fait de tout dire frontalement.
Les relations hommes-femmes sont aussi entourées de codes de réserve. Les démonstrations d’affection en public entre partenaires sont mal vues. En revanche, se tenir par la main entre femmes est un geste amical courant sans connotation romantique.
Visites, cadeaux et repas : l’hospitalité comme valeur spirituelle
La générosité et le partage sont au cœur des valeurs marshallaises, nourries à la fois par la coutume (manit) et par l’éthique chrétienne. En tant qu’expatrié, vous serez sans doute régulièrement invité à des repas, fêtes de village, cérémonies religieuses.
Entrer dans une maison : gestes de respect
Quand vous êtes invité chez quelqu’un :
– regardez près de la porte : si des chaussures sont alignées, retirez les vôtres avant d’entrer ;
– ôtez votre casquette ou chapeau ;
– attendez que l’hôte dispose les nattes au sol si la maison est traditionnelle, puis asseyez-vous là où l’on vous indique.
Il est courant que les hommes s’assoient en tailleur et que les femmes replient leurs jambes sous elles, en évitant de montrer les cuisses. Étendre ses jambes vers l’avant, surtout en direction de quelqu’un, est généralement considéré comme impoli.
Parler debout dans la maison de quelqu’un est aussi mal perçu : on préfère que la conversation se fasse assis, dans un cadre plus égalitaire et moins dominateur.
Offrir et recevoir : le rôle du don
Apporter un petit cadeau lorsqu’on visite une famille ou une communauté est un geste apprécié. Nourriture, fruits, ou objets artisanaux font très bien l’affaire. Aux îles Marshall, le don est rarement unilatéral : il s’inscrit dans une logique de réciprocité et de soutien mutuel. Vous constaterez que les familles qui reçoivent donnent également beaucoup, à leurs voisins, aux membres de l’Église, aux proches.
Lorsqu’on vous offre à manger ou à boire, il est poli d’accepter, au moins symboliquement. Refuser peut être perçu comme un manque de respect ou un rejet de l’hospitalité. Si vous ne pouvez vraiment pas consommer ce qui est proposé, exprimez votre gratitude pour l’offre et expliquez brièvement et poliment la raison de votre refus, par exemple pour des raisons de santé ou d’allergie.
– accepter, si possible, au moins une petite portion : refuser systématiquement peut être perçu comme un rejet ;
– éviter de gaspiller ce qui est servi, tant la nourriture est associée à l’honneur de l’hôte ;
– dans les grands repas, des règles peuvent préciser qui mange en premier (par exemple le chef traditionnel ou le pasteur) : observez et imitez.
Là encore, le repas n’est pas seulement un moment convivial : il a souvent une dimension rituelle, voire sacrée, compte tenu de la prière qui l’ouvre et du statut des convives.
Modestie, corps et espace : des règles qui touchent aussi le religieux
Beaucoup de règles corporelles ou d’occupation de l’espace reflètent à la fois des héritages préchrétiens (respect du sacré, tabous) et des normes chrétiennes contemporaines (pudeur, hiérarchie).
Tenue générale en dehors de l’église
En ville ou dans les zones touristiques, les codes vestimentaires se sont un peu assouplis, mais dans les villages ou les contextes communautaires, la modestie reste la règle :
– éviter les vêtements très moulants ou transparents ;
– couvrir les épaules et les cuisses ;
– adapter la tenue dès qu’on s’éloigne des plages ou des hôtels internationaux.
La retenue vestimentaire recommandée s’applique non seulement aux cérémonies religieuses, mais également aux débats communautaires et aux célébrations culturelles.
Position du corps et symbolique
S’asseoir par terre sur une natte (mat) est courant lors de réunions de famille ou de village. Dans ce contexte :
– les hommes s’assoient généralement en tailleur ;
– les femmes replient leurs jambes sur le côté, en veillant à ne pas dévoiler leurs jambes au-dessus du genou ;
– pointer ses pieds vers quelqu’un ou sur un objet symboliquement important (par exemple certains autels, objets rituels) peut être mal pris.
Différentes pratiques, comme le fait de ne pas passer au-dessus de la tête de quelqu’un, rappellent que le corps est entouré d’une dimension sacrée et de tabous persistants, même si la population est officiellement chrétienne.
Terre, mer et sacré : une spiritualité enracinée dans l’environnement
Un aspect souvent sous-estimé par les expatriés est la profondeur du lien spirituel qui relie les Marshallais à leurs terres, leurs récifs et leurs lagons. Même si le discours public est aujourd’hui principalement chrétien, de nombreuses îles, atolls ou portions de récifs gardent un statut particulier, hérité des croyances préchrétiennes.
L’idée de lieux sacrés et de « mo »
Traditionnellement, certaines zones – îlots, récifs, bosquets, sources – sont considérées comme sacrées ou dangereuses. Le concept de mo (tabou) englobe ces espaces et ressources soumis à des interdits, souvent décrétés par les chefs pour des raisons spirituelles, écologiques ou sociales.
Cela signifie pour vous :
Il est essentiel de toujours demander l’autorisation avant d’accéder à un terrain ou de prélever des ressources naturelles (fruits, fleurs, légumes, poissons), car ceux-ci appartiennent souvent à des propriétaires privés, des familles ou des clans locaux. Ne vous aventurez jamais sur une île ou un terrain sans vous être assuré que l’accès est autorisé.
Refuser de respecter ces règles peut être perçu non seulement comme une transgression sociale, mais aussi comme une entorse aux équilibres spirituels, même si les habitants vous parleront en termes de « coutume » plutôt que de religion.
Entre anciennes croyances et christianisme
Avant la christianisation, les Marshallais vivaient dans un univers peuplé de dieux, d’esprits de la nature, d’ancêtres agissants, de forces bénéfiques ou malveillantes. Une partie de ces croyances s’est estompée avec le temps, mais certaines pratiques persistent, parfois sous des formes christianisées.
Certaines personnes combinent encore des pratiques traditionnelles avec des approches modernes pour la prise de décision ou la santé. Par exemple, pour prendre une décision, elles peuvent consulter un verset biblique ouvert au hasard. En matière de santé, il est fréquent de combiner la médecine moderne avec les soins des guérisseurs traditionnels, qui utilisent des plantes, des prières et des rituels.
Dans ce contexte, il est essentiel pour un expatrié travaillant dans la santé, le développement ou la recherche de :
– ne pas ridiculiser ces croyances ;
– éviter de demander de renoncer à la médecine traditionnelle ;
– chercher plutôt des compromis en expliquant que les traitements modernes ne s’opposent pas forcément à la foi, mais peuvent être compris comme un autre don de Dieu.
Festivals, fêtes religieuses et culturelles : quand la foi occupe la rue
Le calendrier marshallais comporte plusieurs journées officielles et célébrations où religion et culture se mêlent.
Gospel Day : l’arrivée du christianisme
Gospel Day, célébré le premier vendredi de décembre, commémore l’arrivée des premiers missionnaires protestants au milieu du XIXᵉ siècle. Cette journée ressemble à un mélange de fête religieuse et de jour d’action de grâce :
Le matin, des services religieux avec cantiques et sermons retracent l’histoire de la christianisation et ses effets. Ensuite, des processions sillonnent les rues, avec des voitures décorées, des distributions de bonbons aux enfants, des banderoles et des décorations inspirées de Noël. Chaque Église organise souvent sa propre parade, par exemple, l’Église UCC le matin, et d’autres Églises l’après-midi et en soirée.
Assister à ces défilés, marcher avec une communauté ou simplement regarder depuis le trottoir, c’est participer à l’un des moments où la dimension religieuse de l’identité marshallaise s’exprime le plus dans l’espace public.
Manit Day et autres fêtes
Manit Day, célébré le dernier vendredi de septembre, met à l’honneur la culture traditionnelle : chants, danses, courses de pirogues, concours d’artisanat. Même si ce n’est pas à proprement parler une fête religieuse, la narration de l’histoire du peuple, des ancêtres et de la relation à la terre est fortement imprégnée de spiritualité.
Certaines journées commémoratives, bien que d’origine politique ou historique comme la Fête de la Constitution, la Journée du souvenir des victimes des essais nucléaires ou la Fête de la Libération, intègrent des éléments religieux. Leurs cérémonies associent souvent prières, chants d’Église et interventions de leaders religieux aux discours officiels.
Pour un expatrié, ces fêtes sont des occurrences privilégiées de :
– découvrir les danses et chants traditionnels,
– observer la participation interconfessionnelle,
– mesurer comment mémoire historique, foi chrétienne et coutume se superposent.
Vivre sa propre foi (ou non-foi) aux îles Marshall
Reste une question sensible : comment être soi-même dans un contexte si baigné de religion, quand on est agnostique, athée ou adepte d’une foi minoritaire ?
Être non pratiquant dans un pays très pratiquant
Ne pas être chrétien ou ne pas fréquenter l’église n’est pas illégal ni formellement stigmatisé. Quelques pourcents de la population se déclarent d’ailleurs sans religion. Toutefois, dans la vie quotidienne, surtout en dehors des milieux très internationaux, la pression implicite à participer à la vie religieuse peut être forte :
Votre présence au culte dominical est encouragée et votre absence répétée peut susciter des questions, généralement par curiosité bienveillante. Cependant, dans certaines communautés, les pasteurs exercent une influence forte, pouvant aller jusqu’à exiger des dons importants et menacer d’exclure les membres qui ne contribuent pas suffisamment financièrement.
Pour maintenir de bonnes relations :
– expliquez simplement, sans entrer dans de grands débats, vos limites en matière de participation ;
– acceptez ponctuellement certaines invitations, ne serait-ce que pour les grands événements (mariages, deuils, Gospel Day) ;
– respectez toujours les lieux, les rituels, même si vous n’y adhérez pas spirituellement.
Pratiquer une autre religion
Les minorités non chrétiennes existent, mais leur visibilité et leur acceptation varient. La communauté Ahmadiyya musulmane, par exemple, a rapporté des difficultés d’accès à certains services publics et des manifestations de méfiance, souvent alimentées par des confusions avec des discours internationaux sur le terrorisme.
Si vous êtes vous-même musulman, hindou, juif ou autre, il est possible de :
– pratiquer en privé, au domicile ;
– vous raccorder à de petites communautés existantes (mosquée Ahmadiyya, groupes baha’is, etc.) si vous partagez leurs orientations.
En revanche, le prosélytisme agressif peut être mal perçu, davantage encore quand il s’agit de religions peu connues localement. La plupart des Marshallais restent toutefois hospitaliers et curieux, et le dialogue interreligieux, même s’il est discret, existe.
En résumé : les clés d’une intégration respectueuse
Vivre aux îles Marshall, c’est accepter que religion, coutume et vie sociale forment un tout difficile à séparer. Pour un expatrié, quelques principes simples permettent de naviguer sereinement dans cet univers :
Pour une intégration harmonieuse, il est essentiel de considérer le dimanche et les temps de prière (notamment le soir) comme des moments de calme à respecter. Adoptez une tenue vestimentaire modeste, surtout dans les villages et les lieux de culte. Saluez chaleureusement, parlez doucement et évitez les démonstrations d’affection en public. Traitez les pasteurs, prêtres, anciens et chefs traditionnels avec une déférence visible. Acceptez l’hospitalité en répondant par de petites attentions et en évitant le gaspillage alimentaire. Enfin, renseignez-vous toujours avant de vous rendre dans des endroits potentiellement sacrés, de pêcher ou de cueillir des fruits.
En respectant ces codes, vous découvrirez une société qui, derrière sa forte religiosité, se montre extrêmement accueillante envers ceux qui font l’effort de comprendre sa manière de lier foi, terre, océan et communauté. C’est souvent en partageant un repas, en restant silencieux pendant une prière de village, ou en assistant à un chant d’église en marshallais que les barrières tombent et que l’on commence vraiment à se sentir chez soi aux îles Marshall.
Vous souhaitez vous expatrier à l'étranger : contactez-nous pour des offres sur mesure.
Décharge de responsabilité : Les informations fournies sur ce site web sont présentées à titre informatif uniquement et ne constituent en aucun cas des conseils financiers, juridiques ou professionnels. Nous vous encourageons à consulter des experts qualifiés avant de prendre des décisions d'investissement, immobilières ou d'expatriation. Bien que nous nous efforcions de maintenir des informations à jour et précises, nous ne garantissons pas l'exhaustivité, l'exactitude ou l'actualité des contenus proposés. L'investissement et l'expatriation comportant des risques, nous déclinons toute responsabilité pour les pertes ou dommages éventuels découlant de l'utilisation de ce site. Votre utilisation de ce site confirme votre acceptation de ces conditions et votre compréhension des risques associés.
Découvrez mes dernières interventions dans la presse écrite, où j'aborde divers sujets.