S’installer en Jamaïque pour travailler, investir dans l’immobilier ou y passer sa retraite attire de plus en plus d’expatriés. Mais derrière les plages paradisiaques et le climat tropical, le cadre fiscal reste technique, avec des règles précises sur l’impôt sur le revenu, la résidence fiscale et la taxe foncière. Tout l’enjeu, pour un non‑résident ou un nouvel arrivant, est de comprendre où s’arrête l’imposition en Jamaïque, ce qui reste imposé dans le pays d’origine, et comment éviter de payer deux fois sur les mêmes revenus.
L’impôt sur le revenu et la taxe foncière en Jamaïque pour les expatriés sont régis par l’administration fiscale locale (Tax Administration Jamaica – TAJ) et par les conventions fiscales internationales en vigueur. Il est essentiel de se référer à ces deux sources pour une compréhension précise des obligations.
Résidence fiscale en Jamaïque : la clé de voûte du système
Avant de parler de taux ou de déclarations, tout commence par une question simple en apparence : êtes‑vous, oui ou non, résident fiscal de la Jamaïque ? La réponse détermine l’étendue de l’imposition.
La Jamaïque applique un système de type « résidence » : les personnes considérées comme résidentes et domiciliées y sont imposées sur leur revenu mondial, tandis que les non‑résidents ne sont imposés que sur les revenus de source jamaïcaine. Entre les deux, un statut intermédiaire – résident mais non domicilié – joue un rôle essentiel pour les expatriés.
L’administration fiscale mauricienne considère qu’une personne est résidente fiscale pour une année civile si elle remplit l’une de ces conditions : présence physique d’au moins 183 jours dans l’année ; disponibilité d’un ‘lieu de résidence’ pour elle ou son conjoint sur l’île, avec au moins une visite annuelle ; ou des visites répétées et substantielles (en pratique, au moins trois mois cumulés par an) pendant quatre années consécutives. Le centre des intérêts vitaux (liens économiques, professionnels, familiaux et sociaux) est également examiné.
Pour les expatriés, la nuance domicile / non‑domicile est décisive. Une personne résidente mais non domiciliée en Jamaïque n’est généralement pas imposée sur ses revenus de source étrangère, tant qu’ils ne sont pas transférés (remitted) dans le pays. En revanche, toutes les rémunérations liées à un travail effectué en Jamaïque, ou pour le compte d’une activité jamaïcaine, restent imposables, quel que soit le lieu de versement.
Un non-résident n’est imposable qu’à la source jamaïcaine. Cela inclut les salaires pour un emploi exercé sur l’île, les honoraires pour des services rendus localement, les loyers issus de biens immobiliers situés en Jamaïque, les dividendes d’origine jamaïcaine et les intérêts payés par une entité résidente.
Comment fonctionne l’impôt sur le revenu pour les expatriés
L’impôt sur le revenu des personnes physiques est perçu au niveau national, sans surtaxe locale supplémentaire. L’année d’imposition correspond au calendrier (1er janvier – 31 décembre), la déclaration étant en principe à déposer en ligne avant le 15 mars de l’année suivante. Les paiements se font par acomptes trimestriels (15 mars, 15 juin, 15 septembre, 15 décembre), avec auto‑évaluation. Les intérêts de retard sont sévères : 16,62 % l’an sur les sommes impayées, plus une pénalité pouvant atteindre 50 % en cas de retard significatif ou d’insuffisance de paiement.
Pour la très grande majorité des salariés, l’impôt est prélevé à la source via le système PAYE (Pay‑As‑You‑Earn). Lorsque l’employeur est non résident ou ne pratique pas de retenue, l’expatrié doit lui‑même verser des acomptes trimestriels.
Taux d’imposition et seuils d’exonération
Le barème est relativement simple : un premier taux de 25 %, puis un taux majoré de 30 % au‑delà d’un certain niveau de revenu, avec un abattement annuel pour les résidents. Le seuil supérieur du barème, fixé à 6 millions de JMD de revenu imposable annuel (soit 500 000 JMD par mois), déclenche le taux de 30 %.
Les résidents fiscaux bénéficient d’un montant annuel exonéré (tax‑free threshold), en progression programmée sur plusieurs années. Les non‑résidents, eux, n’y ont pas droit : le taux de 25 % s’applique dès le premier dollar de revenu imposable de source jamaïcaine.
Le tableau ci‑dessous résume les principaux paramètres récents du système pour les résidents.
| Année d’imposition | Seuil annuel exonéré (JMD) | Seuil mensuel (JMD) | Taux normal jusqu’à 6 M JMD | Taux au‑delà de 6 M JMD |
|---|---|---|---|---|
| 2024 | 1 500 096 | 125 008 | 25 % | 30 % |
| 2025 | 1 700 088 | 141 674 | 25 % | 30 % |
| 2026 | 1 799 376 | 149 948 | 25 % | 30 % |
| 2027 | 1 902 360 | 158 530 | 25 % | 30 % |
| 2028 | 2 003 496 | 166 958 | 25 % | 30 % |
Ce seuil exonéré n’est applicable qu’aux contribuables considérés comme résidents fiscaux en Jamaïque. Un expatrié non résident qui perçoit un salaire pour une mission ponctuelle ou des loyers sur un bien immobilier jamaïcain ne peut pas l’utiliser.
Une franchise de 250 000 JMD peut s’appliquer sur certains revenus pour les retraités ou personnes âgées bénéficiant de pensions éligibles.
Traitement des revenus d’emploi et avantages en nature
Pour les expatriés, le volet le plus concret de l’impôt est souvent la taxation du salaire et des avantages en nature. Le principe est large : toutes les rémunérations en lien avec un travail effectué en Jamaïque, ou pour le compte d’une activité jamaïcaine, sont imposables, y compris pour un résident non domicilié, et ce quel que soit le pays de versement.
Cela inclut le salaire de base, les primes, indemnités de vie chère, allocations logement, avantages en nature (voiture de fonction, logement fourni, prise en charge de frais scolaires, etc.). L’administration considère que les « benefits in kind », qu’ils soient en numéraire ou en nature, constituent un revenu imposable.
La législation encadre certains avantages de manière forfaitaire. Ainsi, pour l’usage privé d’un véhicule de société, la valeur imposable est fixée dans une fourchette allant de 30 000 à 140 000 JMD par an, selon le coût du véhicule, son âge et la proportion d’utilisation privée. Les logements fournis par l’employeur sont également taxés, avec une valorisation qui dépend notamment du loyer de marché ou des coûts engagés par l’entreprise.
Pour les uniformes et autres avantages non monétaires, la règle fiscale générale est d’imposer le coût complet de leur fourniture. Cependant, des tolérances existent : certains travailleurs peuvent bénéficier d’un montant annuel non imposable d’environ 5 739 JMD pour les uniformes et de 3 395 JMD pour les frais de blanchisserie. Il est important de noter que ces plafonds sont considérés comme purement symboliques.
Les expatriés bénéficiant de dispositifs de « tax equalisation » – lorsque l’employeur compense l’écart entre la fiscalité du pays d’origine et celle de la Jamaïque afin que la charge globale reste équivalente – profitent d’un traitement favorable : le remboursement de cet excédent d’impôt n’est pas imposable en Jamaïque.
Revenus de placements, dividendes, intérêts et plus‑values
Un élément souvent apprécié des investisseurs étrangers est l’absence de véritable impôt sur les plus‑values en Jamaïque. La vente d’un actif détenu à titre privé ne déclenche pas d’impôt spécifique sur la plus‑value. Toutefois, si la cession intervient dans le cadre d’une activité professionnelle, le gain peut être requalifié en revenu d’entreprise, donc soumis à l’impôt sur le revenu.
Pour les investisseurs, la fiscalité se concentre surtout sur les dividendes et les intérêts. Les dividendes ordinaires versés par une société résidente à un actionnaire personne physique résidente sont soumis à une retenue à la source de 15 %, opérée par la société distributrice. Cette retenue constitue un impôt final : le dividende ne se réintègre pas dans l’assiette de l’impôt sur le revenu, et il n’est pas possible de compenser d’éventuelles pertes avec ces revenus ni de déduire les frais engagés pour les percevoir.
Les dividendes de préférence qui sont déductibles pour la société émettrice sont, eux, imposés comme un revenu ordinaire pour le bénéficiaire, au barème de 25 % / 30 %.
Présentation des taux de retenue à la source applicables aux dividendes perçus par des personnes physiques non résidentes en France.
Les dividendes supportent une retenue à la source de 25 % pour les non-résidents.
Pour les personnes physiques non résidentes, ce taux est ramené à 15 % suite à une réforme récente.
Les conventions fiscales peuvent réduire davantage ce taux, par exemple à 10 % dans certains cas prévus par les traités.
Le traitement des intérêts est différent : les intérêts versés par des « prescribed persons » (notamment les banques commerciales) à des résidents jamaïcains subissent une retenue de 25 %, qui s’impute ensuite sur l’impôt sur le revenu calculé au barème. Pour un non‑résident, la règle est également une retenue de 25 % sur les intérêts payés par un débiteur résident, là encore susceptible d’être abaissée par une convention fiscale.
Pour les expatriés résidents mais non domiciliés, les revenus de placements réalisés à l’étranger ne sont imposables en Jamaïque que s’ils sont transférés dans le pays. L’expatrié doit donc arbitrer entre le rapatriement de ses revenus et l’optimisation de sa charge fiscale globale, en tenant compte aussi de la fiscalité de son pays d’origine.
Au‑delà de l’impôt stricto sensu, un salarié expatrié doit tenir compte de plusieurs contributions obligatoires qui s’ajoutent aux retenues PAYE. Elles financent la sécurité sociale locale, le logement, la formation et l’éducation.
Les principales charges sont les suivantes :
| Contribution | Part salariale (employé) | Part patronale (employeur) | Assiette principale |
|---|---|---|---|
| Impôt sur le revenu (PAYE) | 25 % / 30 % | 0 % | Rémunération imposable après abattement |
| National Insurance Scheme (NIS) | env. 2,5 % à 3 % | env. 2,5 % à 3 % | Emoluments jusqu’à un plafond annuel |
| National Housing Trust (NHT) | 2 % | 3 % | Emoluments bruts |
| Education Tax | 2,25 % | 3,5 % | Rémunération après NIS et pension |
| HEART (formation) | 0 % | 3 % | Masse salariale |
Les contributions NIS et NHT sont intéressantes à suivre, car les expatriés peuvent parfois récupérer une partie des sommes versées. Les contributions NHT des salariés sont ainsi remboursables au bout d’environ sept ans, et un travailleur étranger peut demander le remboursement lorsqu’il quitte définitivement la Jamaïque. Les parts patronales, elles, restent acquises au système et sont déductibles fiscalement pour l’employeur.
Notons qu’il n’existe pas d’accord de « totalisation » entre la Jamaïque et les États‑Unis, ce qui peut conduire certains Américains à cotiser à la fois au système jamaïcain (NIS) et au régime de sécurité sociale américain pour leurs revenus indépendants.
Taxe foncière en Jamaïque : fonctionnement et impact pour les expatriés propriétaires
La Jamaïque n’utilise pas le terme de « taxe foncière » au sens français, mais le système de property tax joue le même rôle : il s’agit d’un impôt annuel dû sur tous les terrains, qu’ils accueillent ou non une construction, et qui finance les services locaux (routes, éclairage public, collecte des déchets, etc.).
L’un des points essentiels pour les investisseurs étrangers est que la taxe est calculée sur la valeur non bâtie du terrain, dite « site value » ou « unimproved value », telle qu’elle figure sur le rôle d’évaluation foncière (Property Valuation Roll). La dernière grande révision a été menée en 2013 et reflète les valeurs au 1er juillet 2013.
La taxe est due par la personne en possession du bien au moment où elle devient exigible, qu’il s’agisse du propriétaire enregistré, d’un usufruitier, d’un occupant ou d’un créancier en possession. En présence de plusieurs personnes en possession, l’administration peut réclamer la totalité à l’une ou l’autre.
Barème et calcul de la taxe foncière
Depuis la réforme entrée en vigueur au 1er avril 2017, le barème combine un montant minimal et des tranches progressives par bandes de valeur. Pour les terrains dont la valeur non bâtie ne dépasse pas 400 000 JMD, la taxe est fixée à 1 000 JMD forfaitaires. Au‑delà, une série de tranches s’applique, avec des taux allant d’environ 0,5 % jusqu’à 1,3 % sur la partie la plus élevée.
Protection des petits propriétaires avec une charge symbolique, et montée en puissance graduelle pour les biens les plus valorisés, notamment dans les zones résidentières prisées de Kingston ou des grandes stations balnéaires.
Philosophie du barème d’imposition foncière
Pour donner un ordre de grandeur, des exemples officiels ont montré que certains petits lots à Portmore pouvaient voir leur taxe même baisser après la réforme, tandis que de grandes propriétés valorisées à plus de 20 millions de JMD subissaient une hausse significative de la charge annuelle.
Modalités de paiement et pénalités
La taxe foncière est exigible chaque année le 1er avril, pour une période de douze mois. Les propriétaires disposent de plusieurs options de paiement, appréciables pour les expatriés gérant leurs biens à distance. Ils peuvent régler le montant en une fois, ou étaler en deux échéances semestrielles (1er avril et 1er octobre) ou quatre échéances trimestrielles (1er avril, 1er juillet, 1er octobre, 1er janvier). Un paiement effectué dans le courant du mois où l’échéance tombe est considéré comme effectué à temps.
Les arriérés sont sanctionnés. En cas de non‑paiement dans le mois d’avril, une pénalité de 10 % du montant de la taxe s’ajoute. Au‑delà de 30 jours après la date de recouvrement (1er avril, 1er juillet, 1er octobre ou 1er janvier selon la formule choisie), des intérêts courent au taux de 15 % par an sur le principal restant dû. Dans certains documents récents, on retrouve la même logique de taux élevés que pour l’impôt sur le revenu, autour de 16,62 % l’an dans le cadre général de la fiscalité jamaïcaine.
Pour les expatriés, la facilité de paiement en ligne est un atout non négligeable : le portail de la TAJ permet de consulter la valeur foncière, le montant de taxe due sur sept ans et de payer par carte bancaire, en utilisant le numéro d’évaluation (valuation number) du bien.
Exemptions, allégements et cas particuliers
Le système prévoit des allégements ciblés, notamment pour les personnes âgées, les ménages modestes ou les terrains à vocation agricole. Trois grands dispositifs se distinguent : le « statutory relief » en cas de difficultés financières ou lorsque la taxation paraît disproportionnée par rapport à l’usage réel du terrain ; le « agricultural derating », qui peut réduire de moitié la taxe pour des terres principalement agricoles pendant plusieurs années ; le « special discretionary relief », réservé aux situations de véritable détresse (pensionnés, personnes handicapées, etc.).
Certaines catégories de biens sont purement et simplement exemptées de taxe foncière : lieux de culte, cimetières et presbytères ; établissements d’enseignement (écoles primaires, secondaires, universités) ; terrains appartenant à l’État ou aux autorités locales ; hôpitaux, sous conditions ; bâtiments et terrains utilisés exclusivement à des fins caritatives, sociales ou culturelles. Ces dispositions concernent surtout des institutions, mais un expatrié engagé dans un projet caritatif ou culturel structuré peut être indirectement concerné.
Un mécanisme particulier concerne les anciens « quit rents » : lorsqu’une cette redevance foncière historique a été rachetée, le bien bénéficie d’un crédit équivalent sur la taxe foncière, qui peut être racheté pour une somme égale à dix fois le montant annuel.
Contestation des évaluations et contentieux
Un propriétaire – résident ou expatrié – qui estime que la valeur de son terrain est surévaluée dispose d’un délai de 60 jours à compter de la réception de l’avis d’évaluation pour déposer une objection auprès du Commissaire aux évaluations foncières (Commissioner of Land Valuations). Le motif peut porter sur la valeur elle‑même, sur la description des parcelles incluses ou sur l’identité du propriétaire mentionné.
Pendant l’instruction, il est recommandé de payer au moins 75 % du montant calculé sur la base de la nouvelle valeur ou d’une estimation raisonnable pour limiter les pénalités. En cas de révision à la baisse, le trop-perçu est imputé sur les périodes futures ou remboursé. Une réévaluation à la hausse génère quant à elle des arriérés assortis d’intérêts.
Si la décision du Commissaire ne satisfait pas le contribuable, un recours est possible devant la Revenue Court, puis, en dernier ressort, devant la Cour d’appel, moyennant le versement d’une garantie.
Pouvoirs de recouvrement de l’administration
Les pouvoirs de recouvrement sont étendus, ce qui incite fortement à ne pas négliger ses taxes foncières. Le Collecteur des impôts peut engager des poursuites judiciaires, faire saisir des biens mobiliers (y compris des valeurs ou titres) et, en ultime recours, conduire à la vente forcée du bien immobilier en cas d’arriérés persistants. Il peut également faire inscrire un caveat (sorte d’hypothèque judiciaire) sur le titre de propriété, bloquant toute vente ou hypothèque tant que la dette n’est pas apurée.
Pour un expatrié, cela signifie qu’un manquement prolongé au paiement de la taxe foncière peut non seulement entraîner des coûts financiers élevés, mais aussi contraindre la vente ou empêcher toute opération sur son bien, y compris une revente ou un refinancement.
Autres taxes liées à l’immobilier : droits de mutation, droits de timbre et coûts de transaction
La détention d’un bien immobilier ne se limite pas à la taxe foncière. Lors de l’achat ou de la vente d’un bien en Jamaïque, plusieurs taxes et frais s’ajoutent, qui doivent être intégrés dans le plan d’investissement global d’un expatrié.
Un impôt de mutation (transfer tax) s’applique aux transferts de terrains, immeubles bâtis, titres et actions. Pour les transactions entre vifs, le taux courant est de 2 % de la valeur de marché ou du prix, avec des règles spécifiques en cas de succession (taux réduit de 1,5 % au‑delà d’un certain seuil, exonération possible sur la résidence principale, etc.). Sur le marché boursier local, les transactions sur titres cotés à la Jamaica Stock Exchange sont exonérées de cette taxe.
Le droit de timbre est un impôt prélevé sur les actes juridiques, notamment les actes de vente immobilière. Historiquement proportionnel, il s’élevait par exemple à 4 % sur les transferts immobiliers et 1 % sur les transferts d’actions de sociétés jamaïcaines, augmentant ainsi le coût d’acquisition. Bien qu’une réforme ait temporairement plafonné ces droits pour éviter une double imposition trop lourde, ce prélèvement représente toujours un coût significatif lors de chaque transaction.
Du point de vue pratique, un investisseur étranger doit compter, sur une transaction standard, des coûts totaux de l’ordre de 10 % à 11 % du prix du bien, une fois additionnés les droits de mutation, les honoraires d’avocat (2 % à 3 %), les frais de notaire et la commission d’agent immobilier (souvent autour de 6 % à la charge du vendeur selon les usages locaux). Cet effet de « roundtrip cost » est important dans la stratégie d’achat‑revente à court terme.
Doublons d’imposition et conventions fiscales : la situation des expatriés
Un expatrié ne vit pas dans un vide fiscal. Lorsqu’il s’installe en Jamaïque, il reste souvent redevable d’impôts dans son pays d’origine, au moins sur certains types de revenus. Pour éviter que les mêmes sommes soient taxées deux fois, la Jamaïque a signé des conventions de non‑double imposition avec de nombreux États, notamment le Canada, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Japon, le Mexique, la Norvège, l’Espagne, la Suisse, les Émirats arabes unis, le Royaume‑Uni et les États‑Unis, ainsi qu’un accord multilatéral avec plusieurs pays de la CARICOM.
Taux de retenue à la source plafonné sur les dividendes dans le traité entre la Jamaïque et les États-Unis si la société bénéficiaire détient au moins 10 % des droits de vote.
En pratique, un expatrié résidant en Jamaïque et imposable à la fois dans le pays d’accueil et dans son État d’origine peut utiliser le mécanisme de crédit d’impôt étranger (foreign tax credit) pour imputer l’impôt jamaïcain payé sur son impôt dû dans le pays d’origine, dans la limite de ce que celui‑ci aurait prélevé sur les mêmes revenus. La plupart des conventions jamaïcaines intègrent ce principe.
Le cas particulier des Américains installés en Jamaïque
Les citoyens américains et détenteurs de carte verte restent redevables de l’impôt fédéral américain sur leurs revenus mondiaux, même s’ils vivent à plein temps en Jamaïque. Ils doivent déposer chaque année une déclaration (Form 1040), déclarer tous leurs revenus mondiaux, et respecter les obligations de déclaration de comptes financiers étrangers (FBAR, Form 8938, etc.) si les seuils sont dépassés.
Pour limiter la double imposition, les citoyens américains en Jamaïque peuvent utiliser plusieurs mécanismes : l’exclusion des revenus du travail à l’étranger (FEIE), l’exclusion des dépenses de logement à l’étranger, et le crédit d’impôt étranger (Form 1116) qui impute l’impôt jamaïcain payé. La convention fiscale bilatérale, combinée à ces dispositifs, réduit souvent le risque, malgré une clause de sauvegarde permettant généralement aux États-Unis d’imposer leurs citoyens comme si le traité n’existait pas.
L’absence d’accord de totalisation entre les deux pays implique toutefois que les cotisations sociales ne sont pas coordonnées : un travailleur indépendant américain établi en Jamaïque peut se retrouver à payer des cotisations dans les deux systèmes pour la même activité, selon les circonstances.
Pratiques administratives, enregistrement fiscal et déclarations
Pour interagir avec le système fiscal jamaïcain, tout expatrié doit commencer par obtenir un numéro d’immatriculation fiscale, le Taxpayer Registration Number (TRN). La demande se fait au moyen d’un formulaire spécifique, accompagné d’un justificatif d’identité (passeport ou permis de conduire, certifié conforme le cas échéant). Une fois le TRN attribué, par e‑mail puis par courrier, il sert pour toutes les interactions avec l’administration : dépôt de déclarations, paiement de taxes, enregistrement de biens immobiliers, etc.
Depuis plusieurs années, la Jamaïque utilise un système de télédéclaration quasi généralisé. Les déclarations d’impôt sur le revenu des personnes physiques se font via le portail en ligne e‑Services du site de la TAJ. Après création d’un compte et rattachement du TRN, l’usager peut remplir les formulaires appropriés (S04 pour la déclaration finale, S04A pour les estimations, etc.). Il est important de noter que les entreprises individuelles doivent déposer une déclaration chaque année, y compris une déclaration « nil » en l’absence d’activité.
Les acomptes d’impôt sur le revenu sont également payables en ligne via différents canaux (carte bancaire, transferts bancaires via certaines banques). Le système autorise des paiements partiels, mais tout solde impayé au‑delà des échéances déclenche intérêts et pénalités.
Enfin, la loi impose de conserver les justificatifs comptables et fiscaux pendant au moins six ans, période durant laquelle l’administration peut déclencher un contrôle ou émettre un redressement.
Ce qu’un expatrié doit retenir pour planifier sa vie fiscale en Jamaïque
Pour un étranger qui envisage de s’installer ou d’investir en Jamaïque, la fiscalité n’est pas dissuasive, mais elle exige une préparation sérieuse. Le couple impôt sur le revenu / taxe foncière se structure autour de quelques grands principes : imposition mondiale en cas de résidence et de domicile local, imposition limitée aux revenus de source jamaïcaine pour les non‑résidents ; barème à deux taux (25 % et 30 %) avec un seuil exonéré en hausse pour les résidents ; retenues à la source significatives sur les dividendes et intérêts, atténuées par des conventions de non‑double imposition ; éventail de contributions sociales qui gonflent le coût global du travail ; taxe foncière calculée sur la valeur non bâtie du terrain avec barème progressif et pénalités lourdes en cas de retard.
L’acquisition ou la cession de biens immobiliers en Jamaïque est soumise à des droits de mutation et de timbre significatifs. De plus, les ressortissants de certains pays, comme les États-Unis, conservent des obligations fiscales spécifiques dans leur pays d’origine. Par exemple, les Américains installés en Jamaïque doivent continuer à déclarer leurs revenus mondiaux aux autorités fiscales américaines.
Une bonne compréhension des règles de résidence fiscale, une cartographie détaillée de ses flux de revenus (salaires, loyers, dividendes, intérêts) et une anticipation des charges liées à la propriété foncière sont donc indispensables pour construire un projet d’expatriation durable sur l’île, qu’il s’agisse d’y travailler, de s’y installer à la retraite ou d’y investir dans la pierre.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour réduire sa pression fiscale, diversifier à l’international (immobilier, private equity) et rester connecté à la France. Budget alloué : 10 000 euros pour un accompagnement complet (conseil fiscal international, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations ensoleillées et attractives (Jamaïque, Maurice, Portugal, République dominicaine), la stratégie retenue a consisté à cibler la Jamaïque, combinant régime fiscal avantageux pour les résidents non domiciliés (imposition surtout sur les revenus de source jamaïcaine), coût de vie inférieur à la France et environnement dollar/US-friendly intéressant pour les investissements. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax, conventions fiscales), obtention d’un permis de résidence longue durée, organisation de l’assurance santé internationale, transfert de la résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors de France, centre d’intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local (avocats, immigration, agents immobiliers) et restructuration patrimoniale internationale. Ce dispositif vise à sécuriser l’expatriation (limitation des risques de double imposition, contrôle français, adaptation culturelle) tout en maximisant les économies fiscales et opportunités de rendement.
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