L’idée de lancer son activité en Finlande séduit de plus en plus d’entrepreneurs mobiles. Pays ultra‑digitalisé, très stable politiquement, avec un écosystème start‑up parmi les plus dynamiques d’Europe, la Finlande cumule les atouts pour qui veut bâtir un projet international tout en profitant d’un cadre de vie sûr et prévisible. Mais s’implanter sur un marché nordique, de petite taille et très structuré, ne s’improvise pas. Entre choix de la forme juridique, fiscalité, coût de la vie, financement public et questions de résidence, les paramètres à maîtriser sont nombreux.
Ce guide s’adresse aux expatriés qui envisagent de créer leur entreprise en Finlande, que ce soit pour tester un concept, bâtir une start‑up deeptech ou développer une filiale européenne. L’objectif est de donner une vision concrète des étapes, des contraintes et surtout des leviers à activer pour maximiser ses chances de réussite.
Pourquoi choisir la Finlande pour entreprendre
La Finlande se distingue d’abord par un environnement politico‑économique d’une grande stabilité, une corruption quasi inexistante et une administration très transparente. L’économie est fortement tournée vers l’innovation, avec un investissement public massif en R&D et une culture technologique profonde. L’adoption très précoce du numérique a façonné un pays où presque tous les services publics sont accessibles en ligne et où la signature électronique a pleine valeur juridique.
Pour un entrepreneur étranger, l’installation est facilitée par des démarches majoritairement en ligne, une documentation officielle souvent disponible en anglais, et une culture mature de la conformité (incluant le RGPD). De plus, il bénéficie d’un accès direct au marché unique européen et à ses 450 millions de consommateurs.
Les secteurs porteurs sont clairement identifiés : TIC, gaming, clean tech, énergie verte, biotechnologies, santé numérique, cybersécurité, e‑commerce, cloud, mais aussi industries de transformation et technologies industrielles avancées. L’écosystème start‑up, notamment autour de Helsinki, Espoo et Tampere, est extrêmement actif, avec des réussites internationales comme Supercell ou Wolt et une forte présence d’investisseurs en capital‑risque.
Pour autant, la Finlande reste un petit marché, très concurrentiel, avec des consommateurs exigeants et des coûts de main‑d’œuvre élevés. Pour une activité B2C grand public, la localisation en finnois ou en suédois devient rapidement incontournable, et la logistique vers les zones plus reculées peut faire grimper les coûts. Le pays récompense les projets sérieux, bien préparés, capables de s’inscrire dans la durée.
Comprendre le marché et le coût de la vie
S’implanter exige d’anticiper non seulement la demande et la concurrence, mais aussi le niveau de dépenses nécessaires pour vivre et opérer au quotidien. La Finlande est souvent perçue comme chère, mais les données dressent un tableau plus nuancé.
Le coût de la vie y est plus élevé que dans un peu plus de la moitié des pays du monde, tout en restant inférieur à celui des États‑Unis ou du Royaume‑Uni sur plusieurs postes, notamment le logement. Les loyers sont par exemple très nettement en dessous des niveaux américains : plus de 50 % moins chers selon certains indices comparatifs.
Pour un entrepreneur expatrié, la question centrale reste : de quel revenu mensuel a‑t‑on besoin pour vivre correctement tout en consacrant des ressources au développement de son entreprise ?
Ordres de grandeur des budgets de vie
Les estimations varient selon les villes et le style de vie, mais on peut dégager des fourchettes indicatives (hors dépenses purement professionnelles).
| Profil | Budget mensuel approximatif (hors loyer, en €) | Commentaire |
|---|---|---|
| Personne seule | 900 – 1 700 | Niveau “sobre” à “confortable” selon la ville |
| Couple | 1 200 – 1 800 | Hors logement et garde d’enfants |
| Famille de 4 | 1 500 – 2 800 | Hors loyer, selon mode de garde et loisirs |
| Étudiant seul | ≈ 900 – 950 | Niveau de vie étudiant moyen |
En ajoutant le loyer, un célibataire vivant dans une grande ville peut viser un budget global compris entre 1 700 € et 2 500 € par mois pour un niveau de vie raisonnable. Les exigences de ressources fixées pour certains permis de séjour (autour de 1 000 € par mois et plus) reflètent d’ailleurs cet ordre de grandeur.
Logement et implantation géographique
Le logement représente le principal poste de dépense et varie fortement d’une ville à l’autre. Pour un entrepreneur, le choix de la localisation influe à la fois sur le coût de la vie personnelle, le bassin de talents disponible et la proximité de l’écosystème.
| Ville / zone | 1 chambre centre‑ville (€/mois) | 1 chambre hors centre (€/mois) | Commentaire |
|---|---|---|---|
| Helsinki | 900 – 1 400 (fourchette mentionnée) | ≈ 700 – 1 000 | Capitale, écosystème start‑up principal |
| Espoo | Indices coût de la vie les plus élevés du pays | Idem Helsinki ou légèrement inférieur | Forte concentration technologique |
| Tampere / Oulu | 700 – 850 | En dessous des prix d’Helsinki | Villes dynamiques, plus abordables |
| Moyenne Finlande | ~780 – 790 | ~620 – 640 | Estimation globale sur plusieurs villes |
Les appartements sont le plus souvent non meublés et il faut prévoir un dépôt de garantie généralement équivalent à un à trois mois de loyer, ce qui pèse sur la trésorerie d’installation. La concurrence pour trouver un logement est forte dans les grandes villes, en particulier Helsinki, Tampere et Turku.
Pour les familles, les coûts de garde d’enfants restent relativement encadrés grâce au secteur municipal, avec des crèches publiques à tarifs indexés sur le revenu, mais l’école internationale ou la garde privée peuvent rapidement augmenter la facture.
Dépenses quotidiennes et services de base
Les prix des denrées alimentaires sont typiquement nord‑européens : plus élevés que dans le sud de l’Europe, mais pas extravagants. Un budget courses mensuel raisonnable peut tourner autour de 250 à 350 € pour une personne seule, et de 800 à 1 200 € pour une famille de quatre, en évitant les produits très transformés et en profitant des promotions.
Le coût mensuel moyen des services essentiels (utilités, internet et mobile) pour un appartement de taille moyenne en France
Les transports publics sont efficaces et bien organisés, avec des abonnements mensuels dans une fourchette de 50 à 70 € selon les zones. Dans les grandes villes, il est tout à fait possible de vivre et d’entreprendre sans voiture, ce qui libère du budget pour d’autres postes.
Résidence et immigration : le cadre pour les fondateurs étrangers
Avant même de parler de statuts juridiques, un expatrié doit s’assurer qu’il a le droit de vivre et de travailler en Finlande dans le cadre de son projet entrepreneurial. Les règles diffèrent selon que l’on vient de l’UE/EEE ou d’un pays tiers.
Les citoyens de l’UE/EEE peuvent venir créer leur entreprise sans permis de séjour spécifique. Ils doivent simplement enregistrer leur droit de résidence au‑delà de trois mois, mais peuvent démarrer leur activité sans procédure complexe.
Pour les ressortissants hors UE, deux principaux permis de séjour existent pour créer une entreprise : le permis de séjour pour entrepreneur classique et le Finland Startup Permit, spécifiquement conçu pour les projets de start-up innovantes.
Le Finland Startup Permit pour start‑up innovantes
Ce permis, lancé en 2018, vise à attirer des fondateurs non‑UE porteurs de projets technologiques ou innovants à fort potentiel de croissance internationale. Il s’adresse à des équipes de plusieurs co‑fondateurs (les candidatures solo sont en principe exclues), qui s’engagent à s’installer et à travailler à plein temps en Finlande sur leur start‑up.
Pour être éligible, l’équipe fondatrice doit détenir au moins 60 % du capital et présenter un projet original, différencié des solutions existantes, avec une trajectoire de croissance internationale crédible. Il ne s’agit pas d’un programme pour ouvrir un petit commerce de quartier ou une activité de consulting locale : le dispositif cible explicitement les futures scale‑ups.
L’étape cruciale pour obtenir un permis de séjour en Finlande via le programme Startup est d’obtenir une ‘Eligibility Statement’ (Déclaration d’Éligibilité) délivrée par Business Finland. Cette agence publique évalue rigoureusement plusieurs critères : la solidité du business model, la complémentarité et les compétences de l’équipe fondatrice, le stade de développement de la startup, les preuves de traction (comme un prototype ou l’acquisition des premiers clients) et la capacité future à lever des fonds. Il est impératif de noter qu’un avis négatif de Business Finland entraîne le rejet automatique de la demande de permis de séjour.
Le permis initial est en général accordé pour deux ans, renouvelable jusqu’à quatre ans. Il permet de faire venir son conjoint et ses enfants. Il n’implique pas de montant d’investissement minimal dans la société, mais chaque fondateur doit prouver qu’il dispose de ressources suffisantes pour couvrir ses dépenses personnelles (souvent autour de 1 000 à 1 200 € net par mois, sur la durée visée).
Choisir la forme juridique de son entreprise
Une fois la question du séjour clarifiée, l’étape cruciale consiste à choisir la structure juridique la plus adaptée au projet et au profil du fondateur. La Finlande offre une palette de formes d’entreprises, certaines très légères, d’autres plus structurées et crédibles aux yeux des partenaires.
Panorama des formes d’entreprises
Les principales formes sont les suivantes.
| Forme juridique | Caractéristiques clés | Pour quel profil ? |
|---|---|---|
| Toiminimi (entreprise individuelle) | Pas de capital minimum, formalités allégées, responsabilité illimitée de l’entrepreneur | Freelances, micro‑activité, test de marché |
| Avoin yhtiö (Ay, société en nom collectif) | Au moins 2 associés, tous responsables indéfiniment des dettes | Petites activités en duo, souvent familiales |
| Kommandiittiyhtiö (Ky, société en commandite) | 1 associé gérant à responsabilité illimitée + 1 commanditaire à responsabilité limitée à son apport | Investisseurs silencieux, structuration simple d’un partenariat |
| Osakeyhtiö (Oy, société à responsabilité limitée privée) | Pas de capital minimum légal, responsabilité limitée, gouvernance structurée, très crédible | PME, start‑up, projet de croissance |
| Julkinen osakeyhtiö (Oyj, société anonyme publique) | Capital minimum 80 000 €, au moins 3 administrateurs, possible cotation | Grandes entreprises, projets de levée de fonds importants |
| Coopérative, fondation | Structures spécifiques pour projets collectifs ou non lucratifs | Coopératives, structures d’impact |
| Succursale de société étrangère | Pas de personnalité juridique propre, responsabilité portée par la maison mère | Groupes étrangers testant le marché finlandais |
Pour un entrepreneur expatrié avec des ambitions de croissance, la forme Osakeyhtiö (Oy) est, de loin, la plus répandue et la plus adaptée. Elle combine flexibilité, image professionnelle et protection du patrimoine personnel. Pour un freelance ou pour tester une activité de services de manière très simple, le statut de toiminimi reste une option, avec en contrepartie un risque illimité en cas de dettes.
Comment arbitrer entre les options
Le choix du statut dépend de plusieurs critères : niveau de risque, ambitions de développement, besoin d’investisseurs, exigences de vos partenaires (banques, grands comptes), et simplicité de gestion souhaitée.
L’entreprise individuelle est une structure idéale pour démarrer rapidement une activité à faible coût, car elle ne nécessite aucun capital social à verser. Cependant, elle présente des risques majeurs, comme l’engagement de l’ensemble du patrimoine personnel du fondateur en cas de dettes. De plus, cette forme juridique peut limiter les perspectives de croissance, en rendant plus difficile l’obtention de gros contrats auprès de certaines entreprises ou la levée de fonds auprès d’investisseurs.
La société à responsabilité limitée (Oy), elle, demande un peu plus de formalités et des frais de constitution, mais ne nécessite plus de capital minimum légal : on peut déclarer un capital modeste, ou même symbolique, à condition qu’il soit entièrement libéré avant l’immatriculation. C’est la forme la plus crédible auprès des clients, des investisseurs et des autorités.
Pour les grandes entreprises visant un financement sur les marchés de capitaux, la forme Oyj est nécessaire car elle permet l’émission publique d’actions. En pratique, la plupart des expatriés débutent avec une société privée (Oy), avec la possibilité d’évoluer vers une Oyj si l’entreprise change d’échelle.
Créer sa société en Finlande : étapes, délais et coûts
La réputation de la Finlande en matière de simplicité de création d’entreprise n’est pas usurpée. La procédure est fortement digitalisée, encadrée par des délais relativement courts et des règles claires.
Une société n’existe juridiquement qu’au moment de son inscription au registre du commerce (Finnish Trade Register) géré par le Finnish Patent and Registration Office (PRH). Avant cette immatriculation, elle ne peut ni conclure valablement de contrats en son propre nom, ni détenir de droits. Les actes signés “au nom” de la société en formation engagent personnellement les personnes qui les signent, jusqu’au transfert automatique des obligations à la société lors de l’enregistrement.
Les grandes étapes de constitution d’un Oy
Le processus repose sur un ensemble de documents fondateurs, dont certains doivent obligatoirement être rédigés en finnois ou en suédois (statuts notamment). La structure type est la suivante.
| Étape | Contenu essentiel | Points de vigilance |
|---|---|---|
| Rédaction du Memorandum of Association | Contrat fondateur, liste des actionnaires, nombre d’actions souscrites, prix de souscription, modalités de paiement, composition du conseil | Doit être signé par tous les fondateurs, en respectant les délais et mentions obligatoires |
| Rédaction des Articles of Association | Dénomination sociale, commune de domiciliation, objet social, éventuelles clauses de restriction de cession, langues du nom commercial | Document en finnois ou suédois, possibilité de prévoir un nom commercial multilingue |
| Constitution des organes | Nomination du board (au moins 1 membre + 1 suppléant pour un Oy privé), éventuel directeur général, commissaires aux comptes si requis | Guider le choix des administrateurs en fonction des règles de résidence EEE |
| Libération du capital (si déclaré) | Versement en numéraire sur un compte spécifique en banque finlandaise ou apport en nature valorisé par un commissaire | Les apports en nature ne peuvent pas être du travail ou des services |
| Dépôt de la demande d’immatriculation | Notification au Trade Register avec tous les justificatifs, y compris attestation de versement des apports et déclaration de conformité | Délai de 3 mois après signature du Memorandum, sinon la procédure tombe |
Les frais administratifs pour l’immatriculation d’une société à responsabilité limitée se situent autour de 370 € pour un dépôt papier ou électronique, avec un léger rabais possible selon l’option retenue en ligne. Chaque nom commercial secondaire entraîne un surcoût. Pour une succursale de société étrangère, le montant demandé est similaire.
Budget fréquent pour l’ensemble des documents de base, incluant rédaction d’actes, traduction assermentée et accompagnement juridique.
Les délais annoncés pour l’enregistrement d’un Oy tournent autour de trois à quatre semaines, mais les demandes électroniques correctement préparées peuvent parfois être traitées plus vite. Le registre est tenu de statuer dans un délai maximal de 21 jours pour un dépôt standard, et dans les cinq jours ouvrables pour certaines procédures intégralement en ligne.
Après l’enregistrement de l’entreprise, un identifiant unique (Business ID ou Y‑tunnus) lui est attribué. Ce numéro est essentiel et doit être utilisé pour toutes les démarches administratives, notamment avec les services fiscaux, la sécurité sociale et les différents registres.
Gouvernance, administration et obligations de présence
La loi fixe des règles précises quant à la composition des organes de gestion et à la résidence des dirigeants. Un Oy privé doit disposer d’un conseil d’administration comprenant au minimum un membre effectif et un membre suppléant. Pour un Oyj, le nombre minimal d’administrateurs passe à trois.
Au moins un membre du conseil doit résider dans l’Espace économique européen. Si ce n’est pas le cas, une autorisation spécifique du PRH est nécessaire. Il n’existe toutefois aucune obligation de nationalité finlandaise pour les administrateurs. De la même manière, le directeur général doit, en principe, être résident de l’EEE, à défaut de quoi un permis particulier est requis.
Les réunions du conseil ou des assemblées d’actionnaires ne sont pas tenues de se dérouler physiquement en Finlande : les outils numériques et la visioconférence sont tout à fait admis, ce qui facilite la gestion pour des fondateurs multi‑localisés.
Ouvrir un compte bancaire professionnel : la vraie épreuve
Paradoxalement, l’étape la plus délicate pour un expatrié créant une entreprise en Finlande n’est pas l’immatriculation au registre, mais l’ouverture du compte bancaire de la société. Les établissements financiers finlandais appliquent des politiques KYC et anti‑blanchiment particulièrement strictes, avec des vérifications approfondies sur l’origine des fonds, l’activité, la structure de propriété et l’identité des bénéficiaires effectifs.
Principaux acteurs bancaires et documents requis pour ouvrir un compte professionnel pour une entreprise en Finlande.
Nordea, OP Financial Group (Osuuspankki), Danske Bank et Aktia sont les principaux établissements pour les comptes professionnels.
Des alternatives plus numériques existent, comme Narvi ou Satchel.eu, pour la gestion bancaire professionnelle.
Extrait du registre du commerce, statuts, PV de nomination, pièces d’identité et justificatifs de domicile pour les dirigeants et bénéficiaires effectifs.
Un business plan détaillé et parfois des références bancaires sont également demandés par les établissements.
Les documents qui ne sont pas en finnois, suédois ou anglais doivent être traduits par un traducteur certifié, et les papiers émanant de l’étranger peuvent nécessiter une apostille ou une légalisation. Il faut aussi prévoir un dépôt minimum (souvent entre 100 et 200 €) et des frais d’ouverture (par exemple autour de 100 € dans certaines banques) ainsi que des frais mensuels de tenue de compte qui peuvent dépasser 15 à 30 €.
Pour un fondateur non résident, la banque demande souvent un entretien physique pour l’ouverture du compte, bien qu’une préparation en ligne soit possible. Le délai du processus varie généralement de 2 à 6 semaines. Pour une société de type Oy, l’ouverture d’un compte dédié au capital social peut être une condition préalable à l’immatriculation définitive.
Il est important de noter qu’avoir un compte en Finlande n’entraîne pas automatiquement une résidence fiscale dans le pays, ni pour la société, ni pour les dirigeants. La qualification fiscale repose sur d’autres critères (lieu de direction effective, établissement stable, durée de présence, etc.).
Fiscalité des entreprises et des personnes : les grandes lignes
La Finlande pratique une fiscalité des sociétés relativement simple : un taux unique de 20 % sur le bénéfice imposable, sans distinction de taille d’entreprise. Les sociétés résidentes sont imposées sur leurs revenus mondiaux ; les non‑résidentes, en revanche, ne sont taxées que sur leurs revenus de source finlandaise, typiquement ceux rattachables à un établissement stable sur le territoire.
TVA, seuils et obligations déclaratives
Le système de TVA repose sur un taux standard élevé, avec des taux réduits pour certains biens et services. Les pourcentages ont évolué dans le temps, mais les ordres de grandeur sont clairs : un taux plein autour de 24–25 %, et des taux réduits pour l’alimentaire, la presse, les livres, certains produits de santé ou les transports.
L’enregistrement à la TVA devient obligatoire au‑delà d’un certain seuil de chiffre d’affaires annuel. Les montants récemment mentionnés se situent à 15 000 € puis 20 000 €, avec une exonération possible pour les petites structures en dessous de 20 000 €. Les obligations déclaratives peuvent être mensuelles, trimestrielles ou annuelles selon le volume d’activité, avec la possibilité pour les petites entreprises de bénéficier de régimes de déclaration par trimestre ou à l’année.
Les déclarations fiscales (TVA, salaires, impôt sur les sociétés, etc.) doivent être effectuées en ligne via le portail MyTax. Un retard peut entraîner des majorations et pénalités, pouvant atteindre jusqu’à la moitié du montant de l’impôt dû dans les cas les plus graves.
Impôt sur les bénéfices, dividendes et conventions fiscales
Outre le taux fixe de 20 % sur les bénéfices des sociétés, il faut prendre en compte la fiscalité des dividendes distribués aux actionnaires. Pour les personnes physiques résidentes, la part imposable varie selon que les dividendes proviennent d’une société cotée ou non cotée, avec un régime particulier basé sur la valeur nette de l’entreprise. En pratique, une grande partie des dividendes de sociétés non cotées peut bénéficier d’une taxation favorable dans certaines limites.
Pour les entités (sociétés) recevant des dividendes, ceux‑ci sont souvent exonérés, ce qui rend la Finlande attractive pour structurer des holdings au sein de l’UE. Le pays a signé de nombreuses conventions de non‑double imposition, ce qui limite les risques de triple taxation dans des structures internationales.
Fiscalité personnelle des expatriés
Sur le plan personnel, les résidents sont imposés sur leurs revenus mondiaux, avec une imposition composite : un impôt d’État progressif (jusqu’à plus de 40 % sur les tranches les plus élevées), un impôt municipal proportionnel dont le taux varie selon la commune, et diverses contributions (église, radiotélévision, assurance maladie, retraite, chômage).
Les non-résidents sont généralement imposés uniquement sur leurs revenus de source finlandaise via un système de retenue à la source à taux fixe. Par exemple, le taux standard pour les salaires est de 35 %, avec la possibilité de certaines déductions. Un régime préférentiel existe pour les experts étrangers hautement rémunérés (dont le salaire dépasse un seuil mensuel défini) : ils peuvent opter pour un taux forfaitaire plus bas, mais cette option exclut toute possibilité de déductions.
Pour un entrepreneur expatrié dirigeant et actionnaire de sa société finlandaise, il est essentiel de bien calibrer sa rémunération entre salaire, dividendes et éventuellement avantages en nature, en tenant compte de sa résidence fiscale, des règles de sécurité sociale, des conventions internationales et des régimes spéciaux éventuels. Dans les situations complexes (multi‑pays, télétravail prolongé depuis l’étranger, etc.), l’appui d’un fiscaliste connaissant à la fois le droit finlandais et le droit du pays d’origine est vivement recommandé.
Comptabilité, audit et conformité : ce qu’implique la gestion au quotidien
La Finlande impose à toutes les entreprises et travailleurs indépendants une obligation de tenir une comptabilité conforme à la loi nationale (Accounting Act) et aux normes finlandaises de présentation des états financiers (FAS). Les sociétés cotées doivent en outre appliquer les normes IFRS pour leurs comptes consolidés.
La quasi‑totalité des entreprises, y compris les petites structures, doivent utiliser la comptabilité en partie double. Seuls certains entrepreneurs individuels de très petite dimension peuvent s’en affranchir. Les comptes annuels (bilan, compte de résultat, annexes, rapport de gestion) doivent être préparés chaque année et déposés au registre du commerce dans les quatre mois suivant la clôture.
Seuil du total de bilan en dessous duquel une petite société peut être dispensée de commissaire aux comptes.
La tenue de la comptabilité est de la responsabilité de la direction, mais en pratique la plupart des entrepreneurs externalisent cette fonction à un cabinet comptable (tilitoimisto). Les logiciels cloud de comptabilité et de facturation sont largement utilisés, avec des solutions locales (Procountor, Visma) et des outils internationaux. La digitalisation facilite aussi l’interfaçage avec l’administration fiscale et les obligations de reporting (Incomes Register pour les salaires, déclarations TVA, etc.).
Financement, subventions et soutien public aux entrepreneurs
Un des grands atouts de la Finlande pour un expatrié créateur d’entreprise tient à la densité de ses dispositifs publics de soutien. L’État et les régions injectent des montants importants dans les jeunes entreprises, que ce soit sous forme de subventions, de prêts, de garanties ou d’investissements en capital.
Panorama des principaux acteurs publics
Plusieurs organismes occupent un rôle central dans le paysage.
| Organisme | Rôle principal | Type de soutien |
|---|---|---|
| Business Finland | Agence nationale d’innovation et d’internationalisation | Subventions R&D, aide à l’export, accélérateurs deeptech, statut de start‑up innovante |
| ELY Centres | Centres régionaux de développement économique, transports et environnement | Subventions à l’investissement, aides à l’emploi, conseils |
| Finnvera | Société nationale de financement | Prêts, garanties de prêts bancaires, crédits export |
| Tesi | Investisseur public en capital‑risque | Investissements directs et via fonds dans des entreprises de croissance |
| Finnpartnership, Finnfund | Financement de projets dans les pays en développement | Subventions d’étude, investissements à impact |
| TE Services | Services publics de l’emploi | Allocation de démarrage (starttiraha), subventions salariales |
Pour un expatrié, l’accès à ces dispositifs est en principe possible dès lors que l’entreprise est immatriculée en Finlande et que le fondateur y réside légalement. Les fondations de la politique d’innovation sont fortement inclusives : le pays cherche activement à attirer des talents étrangers et ne réserve pas ses aides aux seuls citoyens.
L’allocation de démarrage (starttiraha)
Parmi les mécanismes les plus concrets pour un entrepreneur individuel ou un petit projet, l’allocation de démarrage tient une place à part. Versée par les services de l’emploi (TE Offices ou, dans certaines villes, par la municipalité), cette aide vise à sécuriser le revenu personnel du créateur pendant les premiers mois d’activité afin qu’il puisse se consacrer pleinement au lancement de son entreprise.
Montant brut mensuel versé pour l’allocation chômage de base, correspondant à environ 37 € par jour ouvrable.
Pour y avoir droit, il faut être domicilié en Finlande, créer son entreprise sur le territoire, devenir entrepreneur à plein temps, démontrer des compétences suffisantes pour le projet et prouver que l’aide est nécessaire à sa subsistance. L’administration examine également le potentiel de viabilité économique de l’entreprise et l’impact sur la concurrence locale. Surtout, il ne faut pas avoir commencé l’activité à plein temps avant la décision : la demande doit précéder le lancement effectif.
L’allocation de démarrage ne finance pas les dépenses opérationnelles de la société (équipement, marketing, salaires d’employés). Son utilité principale est de libérer une partie de la trésorerie personnelle du fondateur, ce qui peut s’avérer déterminant pour sa stabilité financière, notamment dans un pays au coût de la vie significatif.
Les financements Business Finland
Pour des projets innovants, portés par des start‑up ambitieuses, Business Finland propose une gamme de programmes couvrant différentes phases : validation de concept, R&D, pilotage, internationalisation, accélération deeptech, ou encore soutien aux jeunes entreprises innovantes à forte croissance.
Sans entrer dans les innombrables détails de chaque instrument, quelques principes se dégagent. La plupart des subventions couvrent une fraction substantielle des dépenses de projet (50 à 70 %, parfois 75 %), à charge pour l’entreprise de financer le reste sur fonds propres ou via d’autres sources. Beaucoup de ces aides ne sont pas considérées comme de minimis, ce qui laisse de la marge pour cumuler plusieurs dispositifs sans saturer les plafonds d’aides d’État.
Financement pouvant dépasser un million d’euros pour les jeunes entreprises innovantes en phase de traction.
Pour un fondateur expatrié, l’enjeu principal n’est pas tant l’éligibilité que la qualité du dossier : business plan robuste, équipe crédible, potentiel d’exportation et valeur ajoutée technologique sont scrutés de près. Il est souvent judicieux de se faire accompagner par un conseiller d’un ELY Centre ou d’une agence d’accompagnement à la création (Uusyrityskeskus, NewCo Helsinki…) pour monter ces dossiers.
Prêts, garanties et financement bancaire
Finnvera intervient comme bras armé de l’État pour faciliter l’accès au crédit bancaire des PME. Elle propose différents types de prêts (démarrage, croissance, digitalisation, projets verts…) et surtout des garanties pouvant couvrir jusqu’à 80 % d’un prêt accordé par une banque commerciale. Cela réduit considérablement le risque pour la banque et augmente les chances de financement pour la jeune entreprise.
Pour un expatrié qui ne dispose pas encore d’historique de crédit ou d’patrimoine local, ces instruments peuvent faire la différence. Il convient cependant de garder à l’esprit que les prêts doivent être remboursés : les subventions non remboursables restent généralement conditionnées à des projets d’innovation ou d’exportation.
Écosystème, réseaux et culture business : s’intégrer pour réussir
La réussite d’un projet entrepreneurial en Finlande ne tient pas seulement à des variables légales ou fiscales. Elle repose largement sur la capacité du fondateur à s’insérer dans l’écosystème, à comprendre les codes culturels et à bâtir des relations de confiance avec ses partenaires, clients et investisseurs.
Un écosystème start‑up de premier plan
Helsinki s’est hissée parmi les écosystèmes de start‑up les plus innovants d’Europe, notamment dans les domaines du gaming, de la deeptech, de la cybersécurité, de la healthtech et des logiciels B2B. Des hubs comme Maria 01, présenté comme l’un des plus grands campus start‑up d’Europe, accueillent des centaines de jeunes pousses, d’accélérateurs, d’investisseurs et de partenaires corporates.
Les grands événements comme Slush réunissent chaque année des milliers de fondateurs et d’investisseurs internationaux, avec une très forte proportion de participants issus de l’écosystème start-up et VC. Cette concentration crée un environnement riche en opportunités de rencontres, de financement et de collaborations, à condition de s’y investir activement.
Autour d’Helsinki, des villes comme Espoo ou Tampere développent aussi des pôles spécialisés, notamment en IA, technologies industrielles et santé. Pour un expatrié, assister régulièrement à des meetups, intégrer des espaces de coworking ou des programmes d’incubation et fréquenter les réseaux en ligne locaux (Slack, groupes LinkedIn, etc.) permet de combler plus rapidement le déficit de réseau.
Culture finlandaise et pratiques d’affaires
Sur le plan culturel, la Finlande présente quelques particularités qu’il est crucial d’intégrer si l’on veut bâtir une réputation solide. La communication est directe, factuelle, sans emphase inutile. Le silence n’est pas perçu comme gênant mais comme un moment de réflexion. Les décisions se prennent souvent de manière collégiale, et les organisations sont généralement peu hiérarchisées.
La ponctualité est impérative, car un retard, même minime, est perçu comme un manque de sérieux. Les discussions sont directes et factuelles, privilégiant rapidement les arguments structurés et les données. Il est crucial de respecter ses engagements, car une promesse non tenue nuit considérablement à la relation professionnelle.
Les relations d’affaires se tissent avec le temps, via la constance, la rigueur et la discrétion plutôt qu’à coups de coups d’éclat. Les codes sociaux sont marqués par l’égalité entre les sexes, la valorisation de la vie privée et la réticence à discuter de sujets personnels sensibles (salaire, religion, santé, etc.) avec des interlocuteurs nouveaux.
S’intégrer dans cet environnement suppose une certaine adaptation : modérer les modes de communication très démonstratifs, respecter la confidentialité, être précis dans les délais et les engagements, et accepter qu’une phase d’observation plus longue précède la conclusion de contrats importants.
Conclusion : un terrain exigeant mais riche en opportunités
Créer son entreprise en Finlande en tant qu’expatrié, c’est choisir un pays où l’administration est prévisible, où la corruption est quasi nulle, où les règles du jeu sont explicites et où les pouvoirs publics assument un rôle actif dans le financement et l’accompagnement des entrepreneurs. C’est aussi s’ancrer dans l’UE dans un environnement extrêmement digitalisé, avec un niveau de compétences élevé et un marché interne modeste mais sophistiqué.
En contrepartie des avantages, le fondateur doit composer avec un coût de la vie significatif, un marché domestique restreint, une culture business rigoureuse et une ouverture de compte bancaire parfois fastidieuse. Les exigences en matière de conformité, de comptabilité, d’audit et de protection des données sont également élevées.
Pour l’expatrié qui prépare soigneusement son projet, se forme à la culture locale, s’entoure de conseillers compétents (comptables, juristes, coaches d’incubateur) et s’implique dans l’écosystème, la Finlande offre cependant un terrain d’expérimentation et de croissance rare : un pays où l’on peut construire, à partir d’une base stable et soutenue, une entreprise résolument tournée vers le monde.
Un retraité de 62 ans, disposant d’un patrimoine financier européen supérieur à un million d’euros, souhaite changer de résidence fiscale pour optimiser son imposition et diversifier ses investissements, tout en gardant un lien avec la France. Budget : 10 000 € pour un accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après comparaison de plusieurs destinations (Finlande, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue consiste à cibler la Finlande pour la stabilité juridique et fiscale, la qualité de son système de santé, son environnement sécurisé et son haut niveau de services publics, tout en restant dans l’UE. La mission comprend : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax, reports d’imposition), obtention de la résidence avec location ou achat de résidence principale, coordination CNAS/CPAM et couverture locale, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (règle des 183 jours, centre des intérêts économiques), recours à la convention FR–FI contre la double imposition, mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, experts francophones) et intégration patrimoniale (analyse et éventuelle restructuration).
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