Histoire du pays en Arabie saoudite : des premières civilisations à l’ère du pétrole

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

L’histoire du pays en Arabie saoudite ne se résume ni au désert ni au pétrole. Elle commence avec certaines des plus anciennes traces d’occupation humaine connues, passe par l’essor de grandes civilisations arabes, voit naître l’islam puis se succéder empires, États saoudiens et puissances étrangères, avant l’unification du royaume moderne et la révolution pétrolière. Aujourd’hui, le pays se raconte aussi à travers ses sites archéologiques, ses politiques patrimoniales et ses mutations économiques accélérées.

Exemple :

L’article retrace le développement de l’Arabie saoudite sur des centaines de milliers d’années, en s’appuyant sur des données historiques et archéologiques. Il évoque des outils lithiques anciens, des sites historiques comme Diriyah, Hegra, La Mecque, Riyad, Dhahran et AlUla, jusqu’aux complexes industriels modernes de Saudi Aramco. Ce parcours illustre la transformation profonde de la région.

Des premières traces humaines aux royaumes antiques

Bien avant l’apparition d’États organisés, la péninsule arabique a abrité une présence humaine très ancienne. Des sites paléolithiques mis au jour dans l’actuelle Arabie saoudite montrent qu’elle fut une zone de passage et de peuplement bien avant que le désert ne s’impose comme image dominante.

Les chercheurs évoquent une « Arabie verte » durant certaines périodes préhistoriques, lorsque le climat plus humide permettait une faune et une flore abondantes. Des migrations de populations humaines y sont attestées entre environ 300 000 et 500 000 ans, et plusieurs gisements livrent des outils acheuléens ou du Paléolithique moyen, comme à Ti’s al Ghadah, dans le nord-ouest, ou sur le site d’An Nasim dans la région de Ha’il.

Des cultures préhistoriques à l’émergence de centres urbains

Au fil des millénaires, le mode de vie évolue vers le pastoralisme nomade. Vers 6 000 ans avant notre ère, une large expansion démographique accompagne l’installation d’humains dans le sud et l’intérieur du pays. Des monuments mégalithiques, comme une structure triangulaire de 35 mètres de long datée du septième millénaire avant notre ère à Dumat al-Jandal, signalent une organisation sociale et rituelle complexe.

Bon à savoir :

La civilisation de Dilmun, centrée sur l’actuel Bahreïn, s’étendait sur la côte est de l’Arabie saoudite, le Koweït et le Qatar. Elle contrôlait les routes maritimes du Golfe et servait d’intermédiaire commercial crucial entre la Mésopotamie, la vallée de l’Indus et l’Arabie intérieure, comme en témoignent des textes mésopotamiens du IIᵉ millénaire av. J.-C.

Plus à l’ouest, le nord-ouest saoudien voit s’épanouir les royaumes de Dedan et Lihyan, centrés sur l’actuelle al-‘Ula, puis la puissance nabatéenne, dont Hegra (Madain Salih) devient l’un des grands pôles méridionaux.

Le tableau suivant synthétise quelques grandes entités de l’Arabie ancienne dans le territoire du pays actuel.

Région principaleCivilisation / RoyaumePériode approximativeLieu emblématique actuel
Est (Al-Ahsa, golfe)DilmunIVe – Ier millénaire av. n. è.Île de Tarout, Qal’at al-Qatif, Gerrha
Nord-ouest (AlUla)Dedan / LihyanVIe – IIe siècle av. n. è.Al-‘Ula, Dadan, Jabal Ikmah
Nord-ouest (Hegra)NabataéensIer siècle av. – IIe siècle de n. è.Hegra / Al-Hijr (UNESCO)
Sud-ouest / Centre-sudRoyaume de KindaIer millénaire av. – début Ier millénaireQaryat al-Faw (UNESCO en préparation)
Est (sous empires iraniens)Provinces sassanidesIIIe – VIe siècle de n. è.Haggar (Hofuf), Vahman Ardashir (Qatif)

Un carrefour de royaumes et d’empires

L’est de la péninsule passe sous influ­ence des grands empires iraniens. Les Parthes puis les Sassanides contrôlent les rives méridionales du golfe, installant garnisons et gouverneurs à Oman, Bahreïn et dans la province de Hofuf (Haggar). Le pouvoir sassanide crée même une province méridionale englobant la côte orientale saoudienne et l’archipel de Bahreïn, subdivisée en districts comme Vahman Ardashir (Qatif).

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Plus de cent tombeaux monumentaux subsistent à Hegra, faisant du site le premier bien saoudien classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Pendant ce temps, dans le centre de la péninsule, le royaume de Kinda fédère des tribus du Najd et établit sa capitale à Qaryat al-Faw, un carrefour caravanier situé à la lisière du désert du Rub al-Khali. Ce centre urbain ancien est aujourd’hui reconnu comme un paysage culturel majeur, récemment inscrit sur la Liste du patrimoine mondial.

Le berceau de l’islam et l’ère des califats

Au début du VIIe siècle, un bouleversement majeur naît en Arabie occidentale. À La Mecque, ville de commerce et de pèlerinage de la région du Hedjaz, la prédication du prophète Muhammad aboutit à la formation d’une première communauté musulmane. Son émigration à Yathrib, future Médine, marque la naissance d’un État islamique centré sur la péninsule.

Attention :

En quelques décennies, les conquêtes des premiers califes ont étendu l’islam de la péninsule Ibérique à l’Inde. Bien que le centre politique des grands califats se soit ensuite déplacé hors d’Arabie, les villes saintes de La Mecque et Médine sont restées le cœur symbolique et spirituel du monde musulman.

Après cette expansion rapide, l’intérieur de la péninsule revient largement à des structures tribales. À partir du Xe siècle, la région du Hedjaz est dirigée par les chérifs de La Mecque, lignage hachémite issu de la famille du Prophète, qui reconnaissent tour à tour l’autorité de différentes puissances régionales, notamment des califats et plus tard de l’Empire ottoman.

L’Arabie sous domination ottomane

En 1517, le sultan ottoman Selim Ier prend le contrôle de La Mecque et Médine, intégrant le Hedjaz, l’Asir et l’oasis orientale d’al-Hasa à son empire. Le rôle central des Ottomans est d’assurer la sécurité des villes saintes et des grands itinéraires du pèlerinage, depuis Damas et Le Caire vers La Mecque. Le souverain prend le titre de « Serviteur des Deux Lieux saints », formule que reprendront plus tard les rois saoudiens.

Astuce :

L’autorité ottomane en Arabie était variable selon les régions. Les côtes et le Hedjaz étaient directement administrés par des gouverneurs et des garnisons. En revanche, le Najd central restait largement sous le contrôle de chefferies tribales arabes. À l’est, la région d’al-Hasa échappait parfois aux Ottomans, qui durent la reconquérir aux XVIIIe et XIXe siècles. L’intérieur des terres voyait se succéder de petites dynasties locales, telles que les Uyunides, les Usfurides, les Jarwanides, les Jabrides et les Bani Khalid.

C’est dans ce contexte d’un pouvoir impérial lointain et d’un morcellement interne que va émerger, au milieu du XVIIIe siècle, la première entité saoudienne.

Les trois États saoudiens : des oasis de Diriyah à la capitale Riyad

L’histoire politique du pays en Arabie saoudite est souvent présentée comme celle de trois États saoudiens successifs, tous portés par la même dynastie, les Al Saoud, et par une alliance durable avec les héritiers du réformateur religieux Muhammad ibn Abd al-Wahhab.

Le Premier État saoudien : Diriyah et l’alliance religieuse

Au milieu du XVIIIe siècle, l’émirat de Diriyah, une oasis du Najd fondée au XVe siècle par Mani’ al-Muraydi, prend une importance nouvelle. Son émir, Muhammad bin Saoud, conclut en 1744 un pacte décisif avec le prédicateur Muhammad ibn Abd al-Wahhab. Ce dernier prône un retour aux sources de l’islam et un rejet des pratiques considérées comme des innovations ou de l’idolâtrie. L’alliance entre la maison de Saoud et la famille d’Al ash-Sheikh (descendance d’Ibn Abd al-Wahhab) fournit une base idéologique à l’expansion politique.

Depuis Diriyah, le Premier État saoudien étend son contrôle sur la majeure partie du Najd, puis vers l’est, jusqu’à la côte du golfe, et vers le sud-ouest, en Asir. Au tournant du XIXe siècle, ses forces s’emparent même de Karbala en Irak, détruisent des sanctuaires chiites, puis prennent La Mecque et Médine, remettant directement en cause l’autorité ottomane sur les villes saintes.

Alarmé, le sultan ottoman charge son puissant vassal d’Égypte, Muhammad Ali Pacha, de reprendre la région. Les campagnes menées par ses fils Tusun, puis Ibrahim Pacha, reconquièrent le Hedjaz, progressent dans le Najd et assiègent Diriyah. Après plusieurs mois de siège, la capitale est détruite en 1818, et le dernier imam, Abdullah bin Saoud, est exécuté à Constantinople.

L’épisode marque la fin du Premier État saoudien, mais non de la dynastie.

Historien

Le Second État saoudien : Riyad comme nouveau centre

Quelques années plus tard, la famille Al Saoud parvient à revenir au pouvoir dans le Najd. En 1824, Turki bin Abdullah reprend Riyad, qu’il choisit comme nouvelle capitale, Diriyah ayant été ravagée et en partie désertée. Ce Second État saoudien, connu comme l’Émirat du Najd, reprend nombre des structures du premier, avec une référence constante à la doctrine wahhabite, mais sans l’ampleur territoriale de l’époque de Diriyah.

Le règne de Faisal bin Turki, qui gouverne à deux reprises et jusqu’en 1865, est la période la plus stable. Il parvient à consolider l’autorité sur le Najd, étendre son influence vers l’est, sur al-Ahsa et Qatif, et même intervenir dans le golfe, au Qatar ou à Bahreïn. Toutefois, l’État reste pris entre les influences ottomanes, les ambitions britanniques dans le golfe et les rivalités internes.

Après la mort de Faisal, ses fils s’affrontent pour le pouvoir. La longue guerre civile qui oppose Abdullah et Saud, puis implique des branches collatérales de la famille, affaiblit l’émirat. Le rival de toujours, l’émirat de Jabal Shammar dirigé par les Al Rashid depuis Ha’il, en profite pour s’imposer.

La défaite décisive survient en 1891, lors de la bataille de Mulayda. Les forces d’Ha’il l’emportent et le dernier imam, Abdul Rahman bin Faisal, doit fuir. Il mène sa famille en exil, d’abord dans le Rub al-Khali, puis en Irak ottoman, et finalement au Koweït, sous la protection du cheikh Mubarak. Le Second État saoudien s’éteint, mais son héritier, le jeune Abdulaziz, n’a pas renoncé.

Le Troisième État saoudien et l’unification de la péninsule

C’est depuis son exil koweïtien qu’Abdulaziz bin Abdul Rahman Al Saoud (connu aussi sous le nom d’Ibn Saoud) lance, en 1902, l’expédition qui va changer le destin du pays. À la tête d’un petit groupe, il marche sur Riyad et s’empare du fort de Masmak, tuant le gouverneur rattaché aux Al Rashid. Ce coup d’éclat est considéré comme l’acte fondateur du Troisième État saoudien.

L’unification de la péninsule arabique par Ibn Saoud

À partir de Riyad, Ibn Saoud mène pendant trois décennies une série de campagnes militaires et politiques pour unifier la plus grande partie de la péninsule arabique.

Consolidation du Najd

Il consolide d’abord sa mainmise sur la région du Najd, le cœur historique de son pouvoir.

Conquête d’al-Hasa (1913)

En 1913, il arrache l’oasis stratégique d’al-Hasa aux Ottomans, s’assurant un accès au Golfe Persique.

Fondation de la puissance future

Cette conquête pose, sans le savoir à l’époque, la première pierre de la future puissance pétrolière du royaume.

Un élément central de cette expansion est la création et l’encadrement des Ikhwan, milice religieuse composée de Bédouins sédentarisés dans des colonies agricoles, les hijra. Installés près de puits et d’oasis, dotés de mosquées, d’écoles et d’armes, ces colons sont formés par des prédicateurs wahhabites et transformés en une armée réputée pour son zèle et sa rudesse. Ils jouent un rôle décisif dans la conquête de l’Asir, de Ha’il, puis du Hedjaz.

En 1921, la défaite définitive des Al Rashid permet à Ibn Saoud de proclamer le sultanat du Najd. Entre 1924 et 1925, ses forces, dominées par les Ikhwan, s’emparent de Taif, puis de La Mecque, Médine et enfin Jeddah. La monarchie hachémite du Hedjaz s’effondre. En janvier 1926, Ibn Saoud prend le titre de roi du Hedjaz, avant de devenir aussi roi du Najd. Le nouvel ensemble prend le nom de Royaume du Hedjaz et du Najd.

La carte politico-territoriale de cette période est complexe. Le tableau ci-dessous résume l’évolution des entités contrôlées par Ibn Saoud jusqu’à la création du royaume unifié.

PériodeTitre d’Ibn SaoudEntité politique principale
1902 – 1913Émir de RiyadÉmirat de Riyad
1913 – 1921Émir du Najd et d’al-HasaÉmirat du Najd et d’al-Hasa
1921 – 1926Sultan du NajdSultanat du Najd
1926 – 1927Roi du Hedjaz, Sultan du NajdRoyaume du Hedjaz et sultanat du Najd
1927 – 1932Roi du Hedjaz et du NajdRoyaume du Hedjaz et du Najd
À partir de 1932Roi d’Arabie saouditeRoyaume d’Arabie saoudite

Sur le plan international, la puissance en ascension doit composer avec l’Empire britannique, qui domine le golfe et protège l’Irak, la Transjordanie et le Koweït. En 1915, le traité de Darin fait de ses territoires un protectorat britannique, en échange d’un soutien financier. Après la Première Guerre mondiale et la dislocation de l’Empire ottoman, Londres va progressivement transférer son soutien des Hachémites vers les Saoud, tout en tentant de contenir l’ardeur expansionniste des Ikhwan.

La milice refuse d’accepter l’arrêt des conquêtes vers les protectorats britanniques et multiplie les incursions en Irak, en Transjordanie ou au Koweït, provoquant des bombardements aériens britanniques et une grave crise interne. La rupture culmine en 1929, lorsque les Ikhwan se soulèvent ouvertement. Ibn Saoud, appuyé par des forces dotées de moyens modernes et par l’aviation britannique, les bat lourdement à Sabilla. Le mouvement est brisé, ses chefs emprisonnés, et les survivants intégrés plus tard dans ce qui deviendra la Garde nationale.

Une fois l’opposition interne neutralisée, Ibn Saoud peut formaliser l’unification. Le 23 septembre 1932, un décret royal proclame la naissance du Royaume d’Arabie saoudite, unifiant sous un même nom le Najd, le Hedjaz, l’Est (al-Ahsa) et le sud-ouest (Asir, Jizan, Najran). Ce jour deviendra la fête nationale, célébrée chaque année.

Une économie de pèlerinages et d’oasis avant l’or noir

Au moment de la proclamation du royaume, le pays reste pauvre. L’économie repose sur l’agriculture oasienne, l’élevage, le commerce caravaniers et, surtout, les revenus du pèlerinage à La Mecque et Médine. Les taxes perçues sur les flux de pèlerins constituent une part majeure des recettes de l’État.

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Le nombre annuel de pèlerins à La Mecque avant l’effondrement causé par la Grande Dépression à partir de 1929.

C’est dans ce contexte de pénurie que l’attention d’Ibn Saoud se tourne vers une ressource encore hypothétique : le pétrole.

La découverte du pétrole : de la concession à la « Prosperty Well »

L’idée qu’il puisse exister des hydrocarbures en Arabie s’inspire des découvertes réalisées dans la région. En 1908, un gisement a été mis au jour à Masjid-i-Sulaiman, en Perse. En 1932, c’est au tour de Bahreïn, juste en face de la côte saoudienne, où la filiale de la Standard Oil of California (SOCAL), BAPCO, découvre du pétrole à Jabal al-Dukhan.

Dès 1922, Ibn Saoud a rencontré le géologue néo-zélandais Frank Holmes, qui obtient une première concession sur une vaste zone de l’Est en 1923. Faute de résultats et de moyens, cette concession est résiliée en 1928. L’appétit des grandes compagnies reste toutefois intact, et SOCAL, qui n’est pas liée aux contraintes de l’« accord de la ligne rouge » limitant d’autres firmes dans l’ex-empire ottoman, se positionne rapidement.

Exemple :

Au printemps 1933, des négociations s’ouvrent à Jeddah entre le gouvernement saoudien, représenté par le ministre des Finances Abdullah Suleiman, et les émissaires de la compagnie américaine SOCAL, l’ingénieur Karl Twitchell et l’avocat Lloyd Hamilton. Ces derniers sont appuyés par le conseiller britannique H. St. John B. Philby. Face à la concurrence de l’Iraq Petroleum Company, c’est finalement SOCAL qui remporte l’accord.

Le 29 mai 1933, une concession est signée, accordant à la société californienne des droits d’exploration sur environ 930 000 km² de la province orientale pour soixante ans. Les termes incluent un prêt en or de 50 000 livres, une redevance annuelle de 5 000 livres en or et des royalties futures. Un décret royal de juillet 1933 confirme l’accord. SOCAL crée une filiale dédiée : la California Arabian Standard Oil Company (CASOC).

Persuadé du potentiel géologique, il insiste pour forer plus profondément le puits n°7, au Dammam Dome, malgré les surcoûts et les risques, après que les six premiers puits près de Dammam et Dhahran aient déçu par leurs faibles débits et problèmes techniques.

Max Steineke, chef géologue américain

En mars 1938, la ténacité est récompensée. À une profondeur d’environ 1 440 mètres, le puits Dammam n°7 jaillit enfin avec un débit commercial : 1 585 barils dès le premier jour, plus de 3 800 barils six jours plus tard. À la fin du mois, la production dépasse ce niveau quotidien. En octobre, la mise en production commerciale est officiellement annoncée. Le puits, bientôt baptisé « Prosperity Well », fonctionnera jusqu’en 1982, cumulant plus de 32 millions de barils extraits.

La découverte bouleverse la trajectoire du pays. Une industrie entière se met en place. Un oléoduc relie Dammam au nouveau terminal de Ras Tanura, sur la côte du golfe, long d’environ 70 kilomètres. En mai 1939, le roi Abdulaziz lui-même inaugure la première exportation, embarquée sur le pétrolier D.G. Scofield. L’or noir saoudien commence son voyage vers les marchés mondiaux.

De CASOC à Aramco : expansion pétrolière et mutation du pays

La Seconde Guerre mondiale ralentit l’essor, mais ne l’interrompt pas. En 1941, un nouveau champ est découvert à Abqaiq. En 1944, CASOC devient l’Arabian American Oil Company, plus connue sous le nom d’ARAMCO. Trois ans plus tard, deux majors américaines, Standard Oil of New Jersey (future Exxon) et Socony-Vacuum (future Mobil), entrent au capital, respectivement à hauteur de 30 % et 10 %, rejoignant SOCAL et Texaco.

La production s’envole : plus de 21 millions de barils sont extraits en 1945, puis environ 500 000 barils par jour en 1949. La construction du gigantesque champ de Ghawar, découvert en 1948, et de Safaniya, le plus grand champ offshore du monde, découvert en 1951, confèrent au pays une place centrale dans le système énergétique mondial. En 1958, la production quotidienne dépasse le million de barils ; en 1962, les volumes cumulés franchissent les 5 milliards.

Bon à savoir :

L’exploitation pétrolière a radicalement amélioré les finances du royaume, avec une explosion des revenus de l’État. Cela a permis des investissements massifs dans les infrastructures, l’éducation et la santé. Le transfert du siège d’ARAMCO de New York à Dhahran en 1952 symbolise le recentrage des opérations. Enfin, l’accord de 1950 instaure un partage équitable des bénéfices entre la compagnie et l’État saoudien, marquant une forme de nationalisme économique.

Le tableau ci-dessous illustre quelques jalons clés de cette montée en puissance pétrolière.

AnnéeÉvénement pétrolier majeurIndication de production / effet
1933Concession SOCAL signéeDébut de l’exploration systématique
1938Découverte commerciale à Dammam n°7Premiers barils exportables
1941Découverte du champ d’AbqaiqExtension du cluster oriental
1945Production annuelle d’ARAMCO : 21,3 millions de barilsAncrage du pétrole dans l’économie
1949Production atteignant ~500 000 barils/jourEntrée dans la cour des grands producteurs
1950Accord de partage 50/50 avec l’ÉtatHausse des revenus saoudiens
1951Découverte de Safaniya (plus grand champ offshore)Renforcement du potentiel à long terme
1958Production brute >1 million de barils/jourMassification de l’extraction
19625 milliards de barils produits cumulésConfirmation du rôle majeur d’ARAMCO

Nationalisation progressive et naissance de Saudi Aramco

Dans les années 1970, dans le contexte d’un monde arabe en quête de souveraineté sur ses ressources, Riyad engage une montée progressive au capital d’ARAMCO. En 1973, l’État acquiert 25 % de la société, puis 60 % l’année suivante. Au tournant des années 1980, il en détient 100 %.

Le changement n’est pas seulement capitalistique. Au milieu des années 1980, l’oléoduc Est-Ouest est construit entre Dhahran et Yanbu, sur la mer Rouge, offrant une alternative stratégique au passage par le détroit d’Ormuz. En 1988, un décret royal acte la transformation d’ARAMCO en Saudi Arabian Oil Company, ou Saudi Aramco. Ali bin Ibrahim al-Naimi devient en 1984 le premier président saoudien de la compagnie, puis son premier PDG saoudien en 1988.

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L’empreinte territoriale initiale de la concession de 1933 était de près d’un million de km².

Au tournant du XXIe siècle, Saudi Aramco est devenue la plus grande compagnie pétrolière nationale du monde, avec des réserves prouvées autour de 267 milliards de barils, soit près de 19 % des réserves mondiales, et environ 12 % de la production mondiale. Le pays réalise plus de 20 % des ventes pétrolières globales et s’impose aussi comme le septième marché gazier de la planète.

En 2019, une partie du capital de Saudi Aramco est introduite en bourse. La société affiche alors des revenus annuels supérieurs à 400 milliards de dollars et des bénéfices dépassant les 100 milliards, pour une valorisation boursière autour de 1 600 milliards de dollars. De nouvelles découvertes d’hydrocarbures, comme les champs gaziers de Jafurah, Shedgum ou Samna, viennent compléter un portefeuille déjà colossal.

Le boom des années 1970 et la transformation du royaume

L’histoire contemporaine du pays en Arabie saoudite se lit aussi à travers les courbes du prix du baril. En 1973, lors de la guerre du Kippour, Riyad joue un rôle central dans l’embargo pétrolier décidé par plusieurs pays arabes contre les alliés d’Israël. Le choc est mondial. Le prix du pétrole quadruple entre 1973 et 1974, passant d’environ 1,5 dollar à plus de 10 dollars, et continue de grimper jusqu’au début des années 1980.

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Les revenus pétroliers de l’Arabie saoudite ont dépassé ce montant en milliards de dollars en 1980.

Deux grandes villes industrielles, Jubail sur la côte du golfe et Yanbu sur la mer Rouge, sont planifiées et gérées par une commission royale créée en 1975. Une entreprise publique, SABIC, voit le jour en 1976 pour développer la pétrochimie, les polymères et les engrais. À la fin des années 1980, près de 500 milliards de dollars ont été investis dans ces plans successifs.

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La production électrique en Arabie Saoudite est passée de 2 à 44 milliards de kilowattheures entre la fin des années 1960 et 1984.

Cette mutation rapide ne se fait pas sans tensions : inflation, pressions sociales, montée de courants islamistes, crises régionales. La prise de la Grande Mosquée de La Mecque par un groupe armé en 1979, puis les troubles dans la province orientale la même année, rappellent la fragilité d’un modèle soumis à de fortes secousses identitaires et politiques.

Une monarchie absolue au cœur des enjeux régionaux

Politiquement, le royaume reste une monarchie absolue, gouvernée selon une lecture conservatrice de l’islam sunnite. La constitution est définie par le Coran et la Sunna, et le pouvoir circule au sein de la descendance d’Abdulaziz. Depuis 1932, sept rois se sont succédé : Saud, Faisal, Khalid, Fahd, Abdullah et Salman, ce dernier ayant vu son fils Mohammed bin Salman s’imposer comme prince héritier et dirigeant de fait.

Se positionne à la fois comme gardien des Lieux saints, acteur majeur de l’Organisation de la coopération islamique, membre fondateur de la Ligue arabe et pilier de l’OPEP. Son alliance stratégique avec les États-Unis, consolidée en 1945 entre le roi Abdulaziz et le président Roosevelt, repose sur un échange implicite : sécurité contre approvisionnement énergétique.

Riyad sur la scène internationale

Le pays joue un rôle central dans les grandes crises pétrolières, dans la guerre froide (financement de mouvements anticommunistes, pression sur l’URSS via les prix du pétrole), puis dans les conflits régionaux, de la guerre du Golfe à l’intervention au Yémen. Il fait aussi l’objet de critiques récurrentes concernant les droits humains, le rôle de l’idéologie wahhabite dans la diffusion de courants islamistes ou encore la conduite de la guerre au Yémen.

Le patrimoine, nouveau visage de l’histoire saoudienne

Longtemps, le récit national a mis l’accent sur l’unification par les Al Saoud, le rôle de la religion et la réussite pétrolière. Mais depuis une vingtaine d’années, et plus encore avec l’initiative Vision 2030 portée par Mohammed bin Salman, le pays cherche à valoriser l’ensemble de son héritage historique, de la préhistoire aux empires antiques, en passant par Diriyah et AlUla.

La Commission du patrimoine s’emploie à inventorier, documenter et protéger les sites archéologiques. Grâce à des campagnes systématiques, le nombre de sites enregistrés dans le Registre national des antiquités atteint 11 577 en 2025, contre 8 788 deux ans plus tôt. Les technologies de télédétection, le LiDAR, la cartographie satellitaire et les relevés 3D sont massivement mobilisés. Les citoyens sont encouragés à signaler de nouvelles découvertes via des plateformes numériques et les réseaux sociaux.

L’évolution récente du recensement est résumée dans le tableau suivant.

Année / périodeNombre de sites archéologiques documentésCommentaire principal
20238 788Base avant accélération des inventaires
20249 317Poursuite des campagnes de prospection
Juin 202510 061Ajout de 744 nouveaux sites
Octobre 2025 (approx.)11 577+ 1 516 sites supplémentaires

Certaines régions se distinguent par un afflux de découvertes, comme la région de Riyad, avec plus de 1 100 nouveaux sites enregistrés récemment, ou encore al-Baha et Tabuk. À cela s’ajoutent des sites naturels et culturels déjà reconnus par l’UNESCO, dont la liste s’allonge d’année en année.

Parmi les jalons emblématiques, on peut citer :

Sites du patrimoine mondial de l’UNESCO en Arabie Saoudite

L’Arabie Saoudite abrite des sites culturels et naturels exceptionnels, témoins de civilisations anciennes et d’une histoire millénaire.

Al-Hijr (Hegra)

Première inscription UNESCO du pays, vitrine majeure de la civilisation nabatéenne.

At-Turaif, Diriyah

Cœur historique du Premier État saoudien, illustrant l’architecture najdienne en briques de terre.

Centre historique de Jeddah

Ancienne porte maritime vers le Hedjaz et la Mecque, caractérisée par son architecture traditionnelle.

Gravures rupestres de Ha’il

À Jubbah et Shuwaymis, témoignent d’une occupation humaine continue depuis plus de 8 000 ans.

Oasis d’Al-Ahsa

Plus grande oasis du monde, avec un écosystème unique de plus de 2,5 millions de palmiers dattiers.

Zone culturelle de Hima

Dans le sud-ouest, abrite des milliers d’inscriptions et de pétroglyphes couvrant 7 000 ans d’histoire.

Région d’AlUla

Carrefour de civilisations sur sept millénaires, incluant Hegra, Dadan et Jabal Ikmah.

Le royaume a ratifié la convention du patrimoine mondial en 1978, a siégé au Comité du patrimoine mondial entre 2019 et 2023, et multiplie les coopérations avec des universités et institutions étrangères (CNRS, universités belges, King Saud University, etc.). Des programmes de formation spécialisés, comme Heritage Horizon, sont mis en place pour professionnaliser les métiers de l’archéologie et de la conservation.

Cette mise en valeur est étroitement liée à la stratégie de diversification économique : développer un tourisme culturel et archéologique, créer des emplois, attirer des visiteurs étrangers, tout en renforçant le sentiment d’identité nationale autour d’un passé plus riche et plus ancien que le simple récit pétrolier.

De l’« Arabie verte » à Vision 2030 : une histoire toujours en mouvement

L’histoire du pays en Arabie saoudite peut être lue comme une succession de « strates » : préhistoire humide puis désertique, royaumes marchands, naissance de l’islam et califats, domination ottomane, construction puis destruction de deux États saoudiens, unification progressive de la péninsule sous Abdulaziz, révolution pétrolière et boom des années 1970, nationalisation d’Aramco, plans de développement, puis aujourd’hui, tentative de sortie de la dépendance au pétrole via Vision 2030.

À chaque étape, le territoire a été à la fois un espace de passage, de pèlerinage, de conquête et de négociation. Les routes des caravanes d’encens ont laissé la place aux pipelines, les forteresses en briques crues aux quartiers d’affaires, les bas-reliefs nabatéens aux tours de verre. Pourtant, la continuité est tangible : dans les ruines d’At-Turaif comme dans les gravures rupestres de Ha’il, dans l’oasis d’al-Ahsa comme dans les champs géants de Ghawar ou Safaniya, se lit la même tension entre ressources naturelles, réseaux d’échanges et constructions politiques.

Aujourd’hui, Saudi Aramco reste au cœur de l’économie nationale, avec une part majeure des revenus budgétaires, des exportations et du PIB toujours liée aux hydrocarbures. Mais le pays tente de rééquilibrer la donne, en misant sur la pétrochimie (via SABIC), les énergies alternatives, le tourisme patrimonial et les services. La mise en avant des sites antiques, des villages historiques comme Ushaiqer ou Rijal Almaa, des grandes vallées culturelles comme AlUla, participe d’une redéfinition du récit national.

Pour autant, les défis demeurent considérables : dépendance structurelle aux prix du baril, tensions géopolitiques, critiques internationales sur les droits humains, nécessité d’offrir des perspectives à une population majoritairement jeune, et de gérer l’héritage idéologique d’un État construit sur une lecture rigoureuse de l’islam, tout en ouvrant la société.

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Nombre de sites archéologiques enregistrés par la Commission du patrimoine en Arabie saoudite, illustrant la richesse historique continue du pays.

En ce sens, l’Arabie saoudite moderne, riche de ses champs pétrolifères et de ses mégaprojets, est aussi l’héritière d’un patrimoine humain qui s’étend sur des centaines de milliers d’années, et dont la redécouverte systématique est l’un des grands chantiers du présent.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements au Moyen‑Orient, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Grèce, Chypre, Émirats arabes unis, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler l’Arabie saoudite pour sa fiscalité sans impôt sur le revenu des personnes physiques, absence d’impôt sur la fortune, régime favorable pour les revenus financiers étrangers, et environnement d’affaires en forte croissance (projets Vision 2030). La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention du visa de résident et permis de séjour iqama, organisation de la couverture santé privée, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques…), accompagnement à l’installation (logement dans un compound, respect des spécificités culturelles et religieuses) et intégration patrimoniale (analyse et restructuration si nécessaire). Ce dispositif lui permet de réaliser d’importantes économies fiscales, d’investir dans l’immobilier et les projets saoudiens, tout en maîtrisant les risques (conventions fiscales, contrôle français, adaptation locale).

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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