S’expatrier en Arabie saoudite, c’est entrer dans un univers à la fois en pleine transformation et profondément enraciné dans la tradition islamique. Le pays s’ouvre, modernise son économie, assouplit certains usages… tout en restant l’un des environnements sociaux, religieux et professionnels les plus spécifiques au monde. Comprendre ces codes avant de partir n’est pas un luxe : c’est une condition essentielle pour éviter les faux pas, travailler efficacement et s’intégrer sans heurts.
Ce guide détaille les principaux aspects culturels à anticiper : l’importance de la religion, de la famille et du réseau (wasta), les codes de communication et vestimentaires, la place des femmes, l’impact du Ramadan, ainsi que les dynamiques de travail et de vie quotidienne pour les expatriés.
Un pays en mutation rapide, mais à l’identité très ancrée
L’Arabie saoudite vit un moment charnière. Vision 2030, vaste plan de transformation, cherche à diversifier une économie longtemps dépendante du pétrole — qui représente encore près de 90 % des revenus de l’État — vers les télécoms, la pétrochimie, l’énergie, la santé ou le tourisme. L’initiative Future Investment Initiative, surnommée « Davos in the Desert », symbolise cette ambition de s’ériger en hub économique mondial.
L’Arabie saoudite mène des réformes sociales majeures, incluant l’assouplissement des règles sociales et du pouvoir de la police religieuse, le développement des loisirs et l’ouverture au tourisme via des visas et des événements culturels. Un tournant significatif concerne les droits des femmes, avec l’octroi du droit de conduire, la possibilité d’obtenir un passeport et un assouplissement du code vestimentaire légal.
En parallèle, la société reste profondément structurée par l’islam, l’autorité, la famille et les tribus, avec une culture du consensus et de la hiérarchie très marquée. Les expatriés – qui représentent environ la moitié de la main-d’œuvre, soit près de 13 millions de personnes – viennent bousculer et enrichir ce paysage, sans en effacer les lignes de force.
Pour un futur expatrié, cela signifie qu’il faudra naviguer dans un environnement hybride : modernité assumée, mais conservatisme réel dans les valeurs et les comportements quotidiens.
Religion, calendrier et rythme de la vie quotidienne
L’islam est la religion d’État et imprègne tous les aspects de la vie publique et privée. Deux éléments structurants doivent être intégrés d’emblée : la centralité de la prière et l’importance du calendrier islamique.
La journée est rythmée par cinq appels à la prière. Les commerces, surtout en dehors des grandes zones très touristiques, peuvent interrompre leurs activités à ces moments-là. Le vendredi, jour de grande prière (Jumu’ah), est sacré : c’est la pièce maîtresse du week-end local.
Le pays suit le calendrier hégirien (lunaire) pour ses principales fêtes religieuses, qui avancent de 10 à 12 jours chaque année par rapport au calendrier grégorien. Les deux célébrations majeures sont l’Aïd al-Fitr, marquant la fin du Ramadan, et l’Aïd al-Adha, lié au pèlerinage du Hajj et au sacrifice rituel. Ces événements influencent considérablement la vie quotidienne, affectant le rythme de travail, les déplacements, l’ambiance dans les rues et les réunions familiales.
Ramadan : un mois qui change tout pour les expatriés
Pour les musulmans, Ramadan est un mois de jeûne et de spiritualité. Entre l’aube et le coucher du soleil, les adultes en bonne santé s’abstiennent de manger, boire (y compris de l’eau) et fumer. Ils veillent aussi à éviter disputes, commérages, mensonges ou comportements jugés pécheurs, et intensifient prières, lecture du Coran et actes de charité.
Pour les expatriés, le Ramadan en pays musulman implique des ajustements concrets. La loi prévoit une réduction du temps de travail pour les salariés musulmans (6 heures par jour, maximum 36 heures par semaine). En conséquence, de nombreuses entreprises adaptent leurs horaires pour l’ensemble du personnel, avec des ouvertures plus tardives, des pauses prolongées et un pic d’activité reporté en soirée. La vie nocturne s’anime particulièrement, marquée par des rassemblements familiaux, des marchés nocturnes et des restaurants ouverts jusqu’à une heure avancée.
Même si vous n’êtes pas musulman, manger, boire ou fumer en public à la lumière du jour pendant Ramadan est perçu comme un manque de respect, voire passible de sanctions. De nombreux établissements de restauration ferment leurs salles en journée ou servent uniquement à emporter, parfois derrière des rideaux pour ne pas heurter les jeûneurs. Des espaces fermés peuvent être aménagés dans les entreprises pour que les non-jeûneurs puissent s’alimenter discrètement.
Les formules de salutation changent également : on souhaite « Ramadan Mubarak » ou « Ramadan Kareem », puis « Aïd Mubarak » ou « Aïd Sa‘id » pour les fêtes.
Ce mois, à la fois exigeant et festif, structure fortement la vie sociale et professionnelle. S’y adapter – en respectant les règles de bienséance, en gérant son propre rythme de travail et de sommeil – fait partie intégrante de l’expérience saoudienne.
Une société hiérarchique, familiale et patriarcale
La société saoudienne est largement patriarcale et hiérarchisée. Le respect des aînés, des figures d’autorité et des chefs de famille est central. Les décisions, y compris en entreprise, remontent généralement vers le sommet ; le pouvoir est concentré entre les mains de quelques décideurs, souvent des hommes seniors.
La famille, la tribu et le clan restent les cadres de référence principaux. Ils structurent les réseaux d’entraide, le soutien économique, les alliances professionnelles. Cette centralité familiale nourrit une culture de la loyauté et de la solidarité intra-groupe, mais aussi une certaine méfiance envers les « outsiders » – qu’il s’agisse d’étrangers ou de Saoudiens non issus du même réseau.
Pour un expatrié, cela se traduit parfois par une séparation implicite entre « nous » et « eux » au sein des entreprises : conditions d’emploi différenciées selon la nationalité ou l’origine, salaires indexés davantage sur le passeport que sur les compétences, et une tendance à réserver certains postes stratégiques aux nationaux.
Expatrié
Parallèlement, une politique de « Saudisation » vise à favoriser l’emploi local en réservant des quotas de postes aux Saoudiens et en encourageant leur promotion. Cela peut engendrer des tensions avec les expatriés, qui peuvent se sentir fragilisés ou remplaçables, notamment dans les secteurs fortement réglementés.
La compréhension de cette logique de groupe – où l’on protège d’abord les siens – est cruciale pour ne pas interpréter à travers un prisme strictement occidental ce qui relève d’un système de valeurs différent.
Comprendre le wasta : les connexions avant la règle
Un concept clé pour décoder la vie professionnelle et administrative est celui de wasta. Le terme renvoie à l’influence, aux relations, à l’intermédiation : avoir du wasta, c’est pouvoir s’appuyer sur un réseau de proches, d’alliés ou de notables pour obtenir un service, accélérer une procédure, décrocher un emploi ou un contrat.
Historiquement, cette pratique trouve ses racines dans l’organisation tribale. Aider un parent ou un allié n’est pas considéré comme du favoritisme, mais comme un devoir d’honneur. Ne pas utiliser son *wasta* pour un proche peut être perçu comme une faute morale.
Concrètement, cela signifie qu’une démarche administrative qui pourrait prendre des semaines peut être réglée en une demi-heure si la « bonne personne » intervient. À l’inverse, s’en tenir aux seuls canaux formels, sans réseaux, expose à des lentours et à des incohérences déroutantes pour un expatrié habitué à des procédures impersonnelles.
La pratique du ‘wasta’ (relations d’influence) peut conduire à des recrutements ou des avantages basés sur les connexions plutôt que sur le mérite, favorisant le népotisme et la corruption. En réponse, l’Arabie saoudite a renforcé ses contrôles avec la création de la Commission nationale anticorruption (Nazaha) et le lancement de vastes campagnes de récupération d’actifs.
Pour les entreprises étrangères, il y a un équilibre délicat à trouver : comprendre que le relationnel et les recommandations sont incontournables, sans franchir les lignes rouges du droit anticorruption international. S’appuyer sur des partenaires locaux fiables, formaliser les processus de sélection et documenter les décisions permet de composer avec le wasta sans en subir les effets toxiques.
Travail, horaires et rythme professionnel : un autre temps
Le monde du travail en Arabie saoudite suit sa propre logique, à la fois dans l’organisation hebdomadaire et dans la manière de conduire les affaires.
Le week-end se déroule du vendredi au samedi, le dimanche étant le premier jour ouvré. La législation fixe à 8 heures par jour et 48 heures par semaine le maximum légal. Dans les faits, beaucoup de bureaux fonctionnent de 8 h à 18 h, parfois 7 h à 19 h, avec une longue coupure méridienne (souvent de 12 h à 16 h). Il n’est pas rare que la journée s’étende jusqu’en soirée pour rattraper ces heures de pause.
C’est la limite légale hebdomadaire d’heures de travail que peuvent approcher les expatriés en Arabie Saoudite, notamment dans l’hôtellerie-restauration ou les services domestiques.
Le tableau ci-dessous donne une idée des écarts moyens d’heures travaillées par semaine selon quelques catégories :
| Catégorie de salariés | Heures moyennes par semaine (approx.) |
|---|---|
| Salariés saoudiens | 41 |
| Salariés non saoudiens | 47 |
| Femmes non saoudiennes | 48 (proche du maximum légal) |
| Femmes saoudiennes | 39 |
| Secteur éducation | 37 |
| Hébergement et restauration | 49 |
À cette intensité s’ajoute une conception du temps différente : la prise de décision est souvent plus lente, les calendriers évoluent au gré des imprévus, les réunions commencent volontiers en retard et sont entrecoupées de visites ou de coups de téléphone. Les temps informels – café, thé, discussions sociales – sont partie intégrante du processus et non des « pertes de temps ».
Pour un expatrié habitué à l’efficacité mesurée à la minute, l’ajustement peut être rude. Pourtant, sans cette patience et cette disponibilité relationnelle, beaucoup de dossiers n’avancent pas. Apprendre à intégrer cette temporalité propre – tout en continuant à respecter ses propres contraintes – est l’un des défis majeurs de l’intégration professionnelle.
Communication, face et codes relationnels
La culture de la communication en Arabie saoudite est fortement orientée vers l’harmonie, la préservation de la dignité (saving face) et l’évitement de la confrontation frontale. Dire « non » crûment est rare ; on lui préfère des formules comme « Inch’Allah », « on verra », « pas de problème » qui, selon le ton et le contexte, peuvent signifier exactement l’inverse.
Dans certaines cultures, les non-dits, les métaphores et le langage corporel (comme un sourire figé, un silence prolongé ou une digression répétée) peuvent signifier un refus implicite. Il est crucial pour un expatrié d’apprendre à décoder ces signaux subtils pour éviter les malentendus.
Les salutations sont très codifiées. On ouvre la conversation par « As-Salamu Alaykum » (et l’on répond « Wa ‘alaikum assalaam »), souvent suivi d’un échange sur la santé, la famille, les voyages. Plonger d’emblée dans le concret d’un contrat ou d’un problème opérationnel est mal vu. Laisser le temps à cette « mise en relation » est essentiel pour bâtir la confiance.
Les poignées de main entre hommes sont fréquentes, parfois prolongées et peuvent être accompagnées de la main gauche posée sur l’avant-bras droit pour marquer la chaleur du contact. Entre hommes proches, des bises sur les joues sont également possibles. Avec les femmes, la règle est de ne pas prendre d’initiative : c’est à elle de tendre la main si elle le souhaite. Si ce n’est pas le cas, un léger salut ou le geste de poser la main sur le cœur sont des alternatives appropriées.
À cette dimension non verbale s’ajoute la question des sujets tabous. La politique, la religion, la famille royale, les finances personnelles sont à éviter, surtout dans un cadre professionnel ou avec des interlocuteurs peu connus. En revanche, la famille (en termes généraux), la santé, le sport ou la culture sont des terrains sûrs pour briser la glace.
L’anglais est largement utilisé dans les affaires, mais apprendre quelques expressions arabes – au moins les salutations basiques, « merci » (shukran), « s’il vous plaît » (min fadlik) – envoie un signal de respect très apprécié.
Hiérarchie, titres et gestion de la critique
Le rapport à l’autorité est un autre point de divergence majeur avec des cultures plus égalitaires. Les organisations saoudiennes adoptent volontiers des structures pyramidales, avec une forte dépendance aux décisions du sommet. Les cadres intermédiaires peuvent se montrer réticents à trancher sans aval explicite de la direction, ce qui rallonge les circuits de validation.
Dans ce contexte, la manière d’adresser ses interlocuteurs prend une importance particulière. Les titres professionnels (Docteur, Ingénieur) ou honorifiques (Sayyid, Sayyida, Sheikh, Sheikha) sont régulièrement employés. Il est bien vu de s’en enquérir en amont et de les utiliser systématiquement.
La critique doit être rare, mesurée et surtout exprimée en privé. Contredire publiquement un collègue ou relever une erreur de manière ostentatoire est une offense grave, car cela touche à son honneur. À l’inverse, la constance et la fiabilité dans son discours renforcent la confiance.
Ce mode de fonctionnement peut surprendre les expatriés qui valorisent la confrontation directe d’idées comme moteur d’efficacité. Ici, préserver la relation prime souvent sur la performance immédiate. Il faut apprendre à donner du feedback de manière enveloppée, constructive, et à choisir soigneusement le lieu, le moment et la formulation.
Négociations et réunions : la patience comme stratégie
Les réunions d’affaires en Arabie saoudite ont rarement le caractère linéaire et cadré que connaissent beaucoup d’Occidentaux. Il est courant de fixer un rendez-vous plusieurs semaines à l’avance, mais de voir l’horaire exact fluctuer au dernier moment. L’expatrié est attendu ponctuellement, mais ne doit pas se formaliser si on le fait patienter ou si la discussion commence plus tard que prévu.
Une rencontre suit un rituel précis : elle débute par un accueil chaleureux, la dégustation d’un café arabe épicé (qahwa) et de dattes, ainsi que des échanges de politesses. Le sujet principal n’est abordé qu’après avoir établi ce lien relationnel. L’ordre du jour est flexible, et les digressions font partie intégrante de la conversation.
Les négociations sont rarement expéditives. Les offres initiales peuvent être très hautes ou très basses, comme point de départ tactique. Plusieurs tours de discussions, parfois espacés de longues périodes de réflexion, sont nécessaires. Interrompre brutalement une négociation ou hausser le ton pour « forcer » une décision est un très mauvais calcul.
Lors d’un échange, il faut s’attendre à des interruptions fréquentes (appels téléphoniques, visiteurs, pauses prière). La compétence interculturelle consiste à rester imperturbable, à savoir reprendre le fil de la conversation et à répéter calmement ses arguments sans montrer d’irritation.
Les cartes de visite, un détail qui n’en est pas un
Dans ce contexte où le statut, le titre et le réseau comptent, la carte de visite garde un poids symbolique fort. Elle doit être impeccablement présentée, de préférence bilingue avec une face en arabe. On la tend de la main droite, en veillant à ce que le côté en arabe soit visible par le destinataire. Celui-ci prendra généralement le temps de la regarder et la déposera sur la table, plutôt que de la ranger immédiatement.
Négliger ce rituel – carte approximative, tendue négligemment de la main gauche, sans traduction arabe – peut être interprété comme un manque de professionnalisme ou de respect.
Rôle des femmes : avancées, limites et réalités du terrain
La place des femmes dans la société saoudienne évolue rapidement, sous l’impulsion de Vision 2030. L’objectif affiché est de porter leur participation au marché du travail à 30 %. Déjà, près d’un quart de la main-d’œuvre saoudienne est féminine, et environ 40 % des entrepreneurs du pays sont des femmes, avec une croissance spectaculaire de cette proportion sur la dernière décennie.
Une progression marquée par des symboles forts dans divers secteurs de l’économie et de la société saoudienne.
Nomination d’une femme à la présidence de la Bourse saoudienne (Tadawul), un symbole historique dans le monde financier.
Développement et soutien actif de programmes dédiés à l’entrepreneuriat féminin pour stimuler l’innovation et la création d’entreprise.
Essor remarquable de marques de mode ou de services fondées et dirigées par des entrepreneures saoudiennes.
Développement de circuits touristiques et culturels exclusivement réservés aux femmes, répondant à une demande spécifique.
Pour autant, l’égalité n’est pas acquise. Les écarts de rémunération restent considérables, avec des salaires féminins en moyenne 56 % inférieurs à ceux des hommes. Le monde du travail demeure largement masculin, surtout dans les postes de direction et dans certains secteurs. Les femmes, y compris expatriées, doivent souvent redoubler de détermination pour être prises au sérieux, intervenir en réunion ou négocier des conditions d’emploi équitables.
Bien que le port de l’abaya et du hijab ne soit plus une obligation légale stricte pour les étrangères, une attente de modestie vestimentaire persiste. Dans les régions plus conservatrices, les femmes sont particulièrement observées, et les environnements mixtes restent limités dans certains espaces publics.
Pour les femmes expatriées, ces réalités imposent quelques stratégies : se renseigner en détail sur la culture d’entreprise avant d’accepter une proposition, identifier des réseaux de soutien féminins (locaux ou internationaux), comprendre les codes de communication pour s’affirmer sans être perçue comme agressive, et anticiper l’impact de ces contraintes sur la vie de couple ou de famille.
Dress code, décence publique et comportements autorisés
Au-delà des règles professionnelles, la vie quotidienne est encadrée par un ensemble de normes de décence publique. Depuis l’introduction du règlement de « décence publique » en 2019, des amendes pouvant atteindre 3 000 SAR peuvent sanctionner des comportements jugés indécents (tenue trop courte, injures, gestes provocateurs, musique trop forte dans les quartiers résidentiels, etc.). La police ordinaire, et non plus la « police religieuse », est désormais chargée de ce contrôle.
Sur le plan légal, il n’existe plus de texte imposant à toutes les femmes de porter une abaya noire et un voile en permanence. Les réformes ont levé ces obligations strictes, du moins pour les étrangères. Néanmoins, la société reste conservatrice et la norme implicite reste celle d’une pudeur marquée.
Pour les femmes, les vêtements doivent être amples, opaques et couvrir au minimum les épaules, les coudes et les genoux. Les décolletés marqués, les matières transparentes et les tenues moulantes sont déconseillés. Il est courant de porter une abaya, souvent colorée et stylisée, par confort et pour éviter les malentendus. Il est également recommandé de se munir d’un foulard pour visiter les mosquées.
Pour les hommes, les épaules et les genoux doivent également être couverts dans les lieux publics. Les shorts très courts, les débardeurs et les vêtements trop moulants passent mal en dehors des espaces privés (salles de sport, piscines d’hôtel). Le port du thobe traditionnel n’est pas exigé des étrangers, mais il est omniprésent chez les nationaux.
Les enfants bénéficient d’une plus grande tolérance, mais, pour les adolescentes proches de la puberté, les familles tendent à adopter progressivement un style plus conforme aux normes locales.
Le tableau suivant résume les grandes lignes du dress code courant :
| Profil | Attentes principales en public |
|---|---|
| Femme expatriée | Vêtements amples, opaques, épaules/genoux couverts, abaya fréquente ; foulard utile pour mosquées |
| Homme expatrié | Pantalon ou bermuda long, épaules couvertes, vêtements non moulants |
| Enfant | Tenue plus libre, mais modestie accrue à l’adolescence |
Comportements en public : pudeur et respect
La retenue s’applique aussi aux gestes et interactions. Les démonstrations d’affection entre personnes de sexes opposés (baisers, étreintes, gestes trop tendres) sont très mal vues dans l’espace public. Même un simple geste comme tenir la main de son conjoint doit rester discret selon les lieux.
Entre personnes du même sexe, la proximité physique est tolérée selon les codes de pudeur, tandis que les disputes et insultes en public sont proscrites et sanctionnables. La consommation d’alcool et de drogues est strictement interdite en tout lieu, sous peine de lourdes sanctions.
La photographie est également encadrée : il est illégal de prendre des images de personnes sans leur consentement, particulièrement des femmes, ou de bâtiments sensibles (installations militaires, palais, certains sites gouvernementaux). Là encore, la prudence s’impose : mieux vaut demander l’autorisation ou renoncer à immortaliser une scène.
La table, espace clé de la sociabilité
Dans un pays où l’hospitalité est érigée en valeur cardinale, partager un repas – au travail comme dans la sphère privée – est un moment clé. Les invitations à déjeuner ou dîner scellent souvent des relations plus que la signature formelle d’un contrat.
Lors d’un repas traditionnel, il est important d’accepter au moins un peu de ce qui est offert, car un refus systématique peut être perçu comme un rejet de l’hospitalité. On mange de préférence de la main droite, même avec des couverts, la gauche étant traditionnellement réservée à l’hygiène intime. Lors du partage d’un plat commun, il convient de se servir uniquement dans la partie la plus proche de soi, sans fouiller dans l’ensemble du plat.
Vous noterez que l’on parle volontiers de famille, de parcours personnel, de centres d’intérêt, mais moins volontiers d’affaires pendant les premiers temps du repas. Ce n’est qu’une fois la convivialité installée que des sujets plus sérieux peuvent être abordés, et encore, pas systématiquement : certains repas resteront purement sociaux, même avec des collègues.
L’alcool étant proscrit, les boissons tournent autour de l’eau, des jus, du thé et surtout du café arabe accompagné de dattes – symbole d’accueil chaleureux. À la fin, laisser une petite quantité de nourriture dans son assiette peut signaler que l’on est rassasié, alors que finir jusqu’à la dernière miette peut être interprété comme un signe que l’hôte n’a pas suffisamment servi.
Vie d’expatrié : entre opportunités et zones de tension
L’Arabie saoudite attire depuis des décennies des expatriés du monde entier, portés par la promesse de salaires souvent attractifs et, historiquement, par l’absence d’impôt sur le revenu personnel. Les secteurs les plus demandeurs vont de l’ingénierie au pétrole, en passant par la finance, la santé, l’éducation et, de plus en plus, le tourisme et l’hôtellerie haut de gamme.
Le pays ne possède pas de syndicats classiques et certains travailleurs étrangers, notamment dans les métiers manuels, sont exposés à des abus (confiscation de passeports, heures excessives, retards de salaire). Des réformes récentes (tribunaux du travail, possibilité de changer d’employeur) tentent de corriger ces dérives, mais la réalité varie fortement selon les secteurs et les employeurs.
Pour les cadres et spécialistes qualifiés, les conditions matérielles peuvent être très confortables : logements en compounds sécurisés, écoles internationales, accès à des soins de qualité, abondance de services domestiques. Mais cette bulle expatriée peut aussi isoler, surtout pour les conjoints et les enfants, qui se retrouvent souvent à devoir adapter leur vie sociale et leur identité à un environnement très différent.
Familles expatriées : ajustements, risques et ressources
L’expatriation en Arabie saoudite ne concerne pas seulement des individus ; elle implique très souvent des familles entières. Les études sur l’ajustement des familles expatriées montrent d’ailleurs que l’échec d’une mission est fréquemment lié aux difficultés du conjoint ou des enfants à s’adapter, plus qu’aux performances professionnelles de la personne transférée.
Les conjoints – encore majoritairement des femmes – doivent souvent renoncer à leur emploi, au moins temporairement, à cause de barrières administratives, linguistiques ou culturelles. Cette perte d’identité professionnelle, combinée à la dépendance financière et à l’éloignement des réseaux de soutien habituels, peut générer isolement, frustration, voire tensions conjugales.
Les enfants et adolescents expatriés font face à des défis spécifiques comme l’apprentissage d’une nouvelle langue, l’adaptation à des codes sociaux différents et une scolarité parfois déconnectée de la culture locale, pouvant entraîner un sentiment de non-appartenance. Ils développent cependant souvent des compétences interculturelles remarquables.
Les recherches sur les « Third Culture Kids » – ces enfants ayant grandi en dehors de la culture de leurs parents – montrent qu’ils tissent leur identité autour de leurs expériences multiples et de leurs pairs expatriés, plus que d’un ancrage national unique. En Arabie saoudite, ce phénomène est particulièrement visible dans les compounds, ces résidences fermées où cohabitent familles de multiples nationalités.
Pour transformer l’expatriation en une aventure enrichissante, plusieurs actions sont essentielles : maintenir une communication ouverte au sein du couple, se préparer de manière réaliste (via une visite exploratoire, une formation interculturelle et l’apprentissage des bases de l’arabe), impliquer les enfants dans le projet, conserver les liens avec la famille restée au pays et construire activement un nouveau réseau sur place (par le biais des écoles, des associations et des groupes d’expatriés comme ceux sur WhatsApp).
De nombreuses études soulignent aussi l’importance de la cohésion familiale : lorsque tous les membres se sentent écoutés, participent aux décisions et partagent un sens commun de l’aventure, les chances de succès augmentent nettement.
Dans un pays où wasta et liens personnels dominent, le réseau est une ressource centrale. Que ce soit dans les milieux d’affaires, dans la vie associative ou au sein des grandes communautés expatriées, les opportunités professionnelles, les recommandations, mais aussi les amitiés et les solidarités passent d’abord par les relations.
Pour les cadres, les événements professionnels, les chambres de commerce bilatérales et les associations d’affaires (américaines, britanniques, germano-saoudiennes, etc.) sont des portes d’entrée privilégiées. Les plateformes comme LinkedIn jouent un rôle, mais sont souvent perçues comme impersonnelles : l’entretien des relations se fait principalement en face-à-face, autour d’un café ou d’un repas.
Dans la vie quotidienne, les groupes WhatsApp sont devenus un outil incontournable pour les expatriés : échanges d’informations pratiques, recommandations de médecins, de restaurants, d’écoles, petites annonces, soutien aux nouveaux arrivants. C’est dans ces espaces semi-privés que se tissent les liens les plus concrets, souvent plus que sur les réseaux sociaux publics.
Entre tradition et ouverture : accepter l’ambivalence
L’Arabie saoudite n’est ni un bloc figé, ni une copie en cours de fabrication des modèles occidentaux. C’est un pays en recomposition, qui tente de conjuguer son héritage religieux et tribal avec les exigences d’une économie globale, l’essor du tourisme, l’arrivée de millions d’étrangers et les aspirations d’une jeunesse de plus en plus connectée.
Pour l’expatrié, cela se traduit par une expérience parfois déroutante : cohabitation de centres commerciaux ultramodernes et de quartiers extrêmement conservateurs, mixité croissante dans certains secteurs et séparations de genre persistantes dans d’autres, conseils officiels promouvant la tolérance tandis que des pratiques sociales restent très normées.
Une préparation réussie implique de modifier certains réflexes culturels tout en conservant ses valeurs personnelles. Il est conseillé de privilégier l’observation et le questionnement sur le jugement, d’analyser les comportements locaux avant d’agir, et de se ménager des marges de manœuvre, notamment dans la négociation du contrat, l’organisation familiale, ainsi que le choix de l’employeur et du logement.
En comprenant la centralité de l’islam, le poids de la famille, la logique du wasta, les règles implicites de communication, la place particulière des femmes, la spécificité du calendrier et du dress code, vous transformerez un environnement potentiellement déroutant en terrain d’apprentissage. L’Arabie saoudite ne s’offre vraiment qu’à ceux qui acceptent d’en appréhender la complexité : exigeante, parfois dérangeante, mais aussi riche d’hospitalité, d’opportunités et de découvertes profondes.
Un futur retraité de 62 ans, disposant de plus d’un million d’euros de patrimoine financier bien structuré en Europe, souhaite transférer sa résidence fiscale en Arabie Saoudite afin de réduire sa charge imposable, diversifier ses investissements et conserver un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour un accompagnement global (conseil fiscal, formalités de résidence, structuration patrimoniale internationale, sans vente forcée d’actifs).
Après étude de plusieurs destinations (Émirats, Qatar, Oman, Arabie Saoudite), la stratégie retenue cible l’Arabie Saoudite pour son absence d’impôt sur le revenu, sa fiscalité favorable sur le capital, et les opportunités liées à Vision 2030 (immobilier, private equity, infrastructures). La mission comprend : audit fiscal pré‑départ (exit tax, reports), obtention du visa de résidence type “investisseur/expat qualifié”, organisation de la couverture santé privée, transfert de la résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours, centre d’intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, conseils francophones) et restructuration patrimoniale adaptée aux règles saoudiennes et au droit français, tout en gérant les risques de double imposition et d’adaptation culturelle.
Vous souhaitez vous expatrier à l'étranger : contactez-nous pour des offres sur mesure.
Décharge de responsabilité : Les informations fournies sur ce site web sont présentées à titre informatif uniquement et ne constituent en aucun cas des conseils financiers, juridiques ou professionnels. Nous vous encourageons à consulter des experts qualifiés avant de prendre des décisions d'investissement, immobilières ou d'expatriation. Bien que nous nous efforcions de maintenir des informations à jour et précises, nous ne garantissons pas l'exhaustivité, l'exactitude ou l'actualité des contenus proposés. L'investissement et l'expatriation comportant des risques, nous déclinons toute responsabilité pour les pertes ou dommages éventuels découlant de l'utilisation de ce site. Votre utilisation de ce site confirme votre acceptation de ces conditions et votre compréhension des risques associés.
Découvrez mes dernières interventions dans la presse écrite, où j'aborde divers sujets.