Investir dans l’immobilier aux Maldives quand on est expatrié

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Aux Maldives, l’immobilier fait rêver autant qu’il interpelle. Entre villas sur pilotis à plusieurs millions de dollars, appartements urbains très rentables autour de Malé et nouveaux programmes de résidence par investissement, l’archipel est devenu une destination à part pour les expatriés investisseurs. Mais le cadre juridique est strict, les baux sont temporaires et les enjeux climatiques omniprésents.

Bon à savoir :

Ce guide détaille les aspects clés pour les expatriés : les règles spécifiques de propriété, les types de biens accessibles, les rendements potentiels, la fiscalité applicable, les conditions d’obtention de visa, les risques à considérer et les bonnes pratiques de due diligence à suivre.

Comprendre le contexte économique et immobilier

Les Maldives sont un archipel de 1 192 îles coralliennes dans l’océan Indien, organisé en 26 à 27 atolls selon les classifications. Le pays abrite entre 523 000 et 600 000 habitants, avec une très forte concentration dans la région du Grand Malé, cœur administratif, économique et démographique.

L’économie repose massivement sur le tourisme, qui génère environ 28 % du PIB directement et jusqu’à 70 % si l’on inclut les retombées indirectes. En 2024, plus de 2 millions de visiteurs ont été enregistrés, la plupart logeant dans des complexes haut de gamme. Le PIB avoisine 5,7 milliards de dollars, avec une croissance attendue entre 5,2 % et 7 % par an d’ici 2027.

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C’est la surface émergée totale des Maldives, expliquant la rareté du foncier et les prix élevés de l’immobilier.

Les données de performance montrent une progression des prix sur longue période, avec des phases plus ou moins dynamiques.

PériodeHausse annuelle moyenne des prix
2010 – 20154 à 5 %
2016 – 20206 à 8 %
2020 – 20223 à 5 %
Depuis 20238 à 10 %

À ce contexte s’ajoutent deux éléments structurants pour un expatrié investisseur : une monnaie stable (le rufiyaa est arrimé au dollar autour de 15,42 MVR pour 1 USD) et une politique gouvernementale résolument pro-investissement, portée par la stratégie « Vision 2040 » qui vise à diversifier l’économie via l’immobilier, les services financiers islamiques, les technologies et les énergies renouvelables.

Ce que les étrangers peuvent (et ne peuvent pas) acheter

Le point de départ, souvent déroutant pour un expatrié, est constitutionnel : aux Maldives, la propriété foncière en pleine propriété (freehold) est réservée aux citoyens maldiviens. En pratique, cela signifie qu’un étranger ne peut pas détenir le sol, sauf exception rarissime dans des régimes très spécifiques de zones économiques spéciales.

Pour les non‑nationaux, l’outil central est le bail à long terme, ou leasehold. On n’achète donc pas « la terre », mais un droit d’usage pour une durée déterminée, généralement entre 50 et 99 ans. À l’expiration, le terrain et les constructions reviennent à l’État (ou au bailleur principal), sauf renégociation éventuelle, jamais garantie.

Attention :

Le cadre juridique applicable mélange la loi foncière nationale, le droit du tourisme et des règles spécifiques à l’investissement étranger. Les textes clés incluent notamment ces différents domaines.

Texte / cadre juridiqueRôle principal pour l’investisseur étranger
ConstitutionRéserve la pleine propriété du foncier aux citoyens maldiviens
Land Act (2002, révisée 2015)Organisation de l’allocation, vente, transfert et location des terres
Tourism Act (2/99, multiples amendements)Régit les îles‑resorts, les baux touristiques, les sous‑locations
Foreign Investment Act / Maldives Investment ActCadre général des investissements étrangers et accords d’investissement
Special Economic Zones Act (2014)Régime dérogatoire pour très grands projets (fiscalité, durée, etc.)
Integrated Tourism Model (2019)Autorise des projets mixtes avec composante résidentielle pour étrangers

Concrètement, un expatrié peut investir dans différents types d’actifs, mais toujours dans un cadre balisé par l’État et les autorités du tourisme :

villas sur pilotis ou en bord de plage, au sein de resorts ou de résidences de marque

– appartements ou condos dans des complexes touristiques intégrés

– appartements urbains dans le Grand Malé, principalement à Hulhumalé

– villas ou chambres dans des programmes de type « managed residences » ou appart‑hôtels

– droits de sous‑bail au sein d’une île‑resort (via une structure de copropriété ou de strata‑title)

À l’inverse, acheter une maison individuelle sur une île locale pour un usage purement résidentiel, comme on le ferait dans de nombreux pays, n’est généralement pas possible pour un étranger. Les investissements attendus doivent contribuer à l’économie, notamment via le tourisme.

Les principaux modèles d’investissement immobilier

Dans ce cadre, plusieurs montages se sont structurés au fil du temps, adaptés aux différents profils d’expatriés investisseurs.

Le bail de resort (master lease) et sous‑baux

Premier niveau : les grands opérateurs (chaînes hôtelières, fonds, développeurs) obtiennent auprès de l’État un bail long terme sur une île ou un lagon entier. Ce « master lease » court souvent sur 50 ans, parfois jusqu’à 99 ans, avec un loyer annuel à verser à l’État (tourism land rent, typiquement 8 à 10 USD par m² et par an pour la surface louée).

Sur cette base, l’opérateur construit un resort et peut :

– soit exploiter l’ensemble en propre

– soit céder des sous‑baux de villas ou d’appartements à des acheteurs individuels (système proche d’une copropriété en sous‑sol de bail, via un titre de strata‑lease)

L’expatrié qui achète une villa dans ce schéma devient titulaire d’un droit locatif sur l’unité jusqu’à la fin du bail principal. Il peut parfois utiliser le bien quelques semaines par an, le reste du temps celui‑ci est loué à des touristes via le resort, avec partage des revenus.

Les résidences de marque et appartements intégrés

De nombreux projets combinent hôtel et résidences : c’est le cas par exemple de Baccarat Hotel & Residences, Zamani Islands, Aman Residences ou de programmes comme Samana Ocean Views by Elie Saab.

Exemple :

L’investissement immobilier locatif en France attire les expatriés pour plusieurs raisons : la stabilité du marché, des avantages fiscaux potentiels comme le régime de la location meublée non professionnelle (LMNP), et la possibilité de préparer un retour au pays en constituant un patrimoine. Par exemple, un expatrié en Asie peut acheter un studio à Paris pour le louer, bénéficiant ainsi d’un revenu complémentaire en euros et d’un bien qui peut lui servir de logement à son retour.

marque internationale rassurante

gestion locative clé en main

standard de construction et de services très élevés

– possibilité d’intégrer un programme de résidence par investissement (visa spécial résident pour un achat d’au moins 250 000 USD dans un projet approuvé)

Les rendements bruts annoncés sur ces produits varient en général entre 5 % et 9 % selon la typologie : plutôt 5 à 7 % pour les villas sur pilotis ultra‑luxe, 6 à 8 % pour des résidences en resort intégré, jusqu’à 7 à 9 % pour des appartements touristiques bien placés.

Joint‑ventures et sociétés locales

Pour des projets plus ambitieux (développement hôtelier, acquisition d’un bail d’île, projet dans une zone économique spéciale ou township durable), il est fréquent de passer par une société maldivienne détenue majoritairement par des étrangers (jusqu’à 95 %) et à 5 % minimum par un partenaire local.

Astuce :

Ce schéma d’investissement, plus complexe et coûteux, nécessite un investissement minimum souvent à partir de 1 million de dollars pour un projet hôtelier, 100 millions pour certaines zones économiques spéciales, et 500 millions pour un « sustainable township ». Il offre en contrepartie un contrôle accru pour l’investisseur professionnel ou le family office.

Investissement urbain dans le Grand Malé

Pour un expatrié qui souhaite une approche plus « classique », l’urbanisation rapide du Grand Malé ouvre une autre voie. Malé est l’une des capitales les plus denses au monde : plus de 250 000 habitants sur environ 8 km², des loyers exorbitants (plus de 1 000 USD/mois pour une simple chambre) et des prix de vente souvent entre 5 000 et 10 000 USD par m².

La véritable zone de développement, cependant, est Hulhumalé, île artificielle et extension planifiée de la capitale, reliée par pont à l’aéroport et à Malé. On y trouve :

des appartements modernes entre 250 000 et 900 000 USD selon surface et emplacement

une demande locative forte, portée par les classes moyennes, les travailleurs du tourisme et les expatriés

des rendements bruts annoncés entre 7 % et 10 %

Les données disponibles indiquent des rendements précis dans certains sous‑secteurs de Hulhumalé, comme le montre le tableau suivant.

Zone d’HulhumaléRendement brut moyen estimé
Centre8,23 %
Périphérie8,08 %
Ratio prix/loyer (global)~12

Pour un expatrié en quête de flux de trésorerie réguliers plutôt que d’une villa ultra‑luxe, ce segment urbain peut se révéler plus accessible et plus liquide.

Où investir : zoom sur les atolls et zones clés

L’archipel offre des réalités très différentes selon les atolls. Tous n’ont ni la même clientèle, ni les mêmes niveaux de prix, ni les mêmes perspectives de valorisation.

Grand Malé : Malé, Hulhumalé et environs

Le Grand Malé concentre presque la moitié de la population nationale, la plupart des services, emplois, infrastructures et connexions aériennes. C’est le cœur économique, mais aussi un marché locatif saturé, notamment pour le résidentiel.

Les prix à Malé même:

– se situent généralement entre 5 000 et 10 000 USD/m²

– peuvent dépasser nettement ces niveaux pour les meilleurs emplacements (front de mer, proximité des centres d’affaires)

Investir à Hulhumalé

Hulhumalé, une ville nouvelle conçue avec un indice de « vivabilité » développé avec le PNUD, offre un cadre structuré, des programmes immobiliers neufs et des rendements locatifs attractifs.

Rendements attractifs

De nombreux projets offrent des rendements locatifs supérieurs à 8 %.

Projets exemplaires

Exemples de programmes : Savya Stars ou The Marina Residence.

Accessibilité

Logements (studios ou T1) disponibles à partir d’environ 250 000 à 300 000 USD.

Atolls touristiques historiques

Les atolls proches de Malé restent le cœur battant du tourisme resort de luxe :

Kaafu Atoll (Nord et Sud Malé) : zone historique, proximité de l’aéroport, densité de resorts. Le prix d’une villa sur pilotis haut de gamme peut dépasser 3,5 millions de dollars.

Ari (notamment Sud Ari) : réputé pour ses requins‑baleines toute l’année, mix de resorts milieu de gamme et luxe.

Baa Atoll : réserve de biosphère de l’UNESCO, haut lieu d’écotourisme. Les resorts y affichent souvent des taux d’occupation au‑delà de 80 % et attirent une clientèle fortunée et sensible aux enjeux environnementaux.

Noonu Atoll : abrite Soneva Jani, symbole de l’ultra‑luxe. Des villas sur l’eau peuvent s’y vendre à partir de 3 millions de dollars, jusqu’à plus de 10 millions.

Atolls émergents à fort potentiel de plus‑value

D’autres atolls plus éloignés représentent des paris de valorisation à moyen terme, portés par de nouveaux aéroports domestiques ou des politiques d’incitation :

AtollCaractéristiques et prix indicatifsRendement ou potentiel estimé
RaaRelativement proche de Malé, baux 49 ans, incitations TVARendements 5–7 %, env. 900 USD/ft²
ShaviyaniRécifs préservés, nouvel aéroport domestiqueCroissance projetée jusqu’à 30 %/3 ans
LhaviyaniÀ 50 min d’hydravion, villas < 1 500 USD/ft²Rendements 8–9 %
AdduSud du pays, aéroport intl, ponts entre îlesVillas 500 000 à 1,5 M USD

Pour un expatrié, ces atolls émergents se prêtent bien à des stratégies de plus‑value combinées à un rendement locatif modéré, notamment via des résidences intégrées à des resorts.

Îles locales touristiques

Un autre segment se développe sur les îles habitées ouvertes au tourisme : Maafushi (budget), Thulusdhoo (surf / nomades digitaux), Dhigurah (plongée et nature), ou encore de nombreuses îles dans Addu et d’autres atolls.

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Le loyer mensuel maximum pour une location à long terme dans les hébergements dominants des îles, tels que les guesthouses et petits hôtels.

Prix, rendements et scénarios de retour

Sur le papier, l’immobilier maldivien combine appréciation des prix et rendements locatifs élevés, surtout si l’on compare aux marchés matures d’Europe ou d’Amérique du Nord.

Les benchmarks disponibles permettent de dégager les ordres de grandeur suivants.

Type de bien / emplacementRendement locatif brut typique
Villas sur pilotis de marque (segment premium)5 – 7 %
Villas en front de mer4 – 6 %
Résidences intégrées en resort6 – 8 %
Appartements en resort7 – 9 %
Appartements urbains (Grand Malé / Hulhumalé)7 – 10 %
Guesthouses bien placées8 – 12 %

En parallèle, les projections d’appréciation des prix sur cinq ans suggèrent :

6 à 8 % par an pour les propriétés de marque premium

5 à 7 % pour les atolls de Malé Nord et Sud

7 à 9 % pour Baa Atoll

8 à 10 % pour les atolls émergents type Lhaviyani, Raa

4 à 6 % pour les appartements urbains du Grand Malé

Plusieurs études et exemples de projets (comme Coral Residences) évoquent des hausses de 15 % avant livraison puis des retours annualisés de 8 à 10 % sur la décennie suivant la mise en service.

Études et exemples de projets immobiliers (ex: Coral Residences)

Il faut cependant distinguer le rendement brut et le rendement net : dans un environnement marin agressif, avec du personnel à loger et à rémunérer, des frais d’exploitation importants et une part de revenu reversée à l’opérateur, la marge s’effrite. Les charges opérationnelles peuvent absorber 25 à 35 % du chiffre d’affaires, et il est prudent de réserver chaque année 2 à 3 % de la valeur du bien pour l’entretien lourd.

Au final, beaucoup d’analyses convergent vers un rendement net « réaliste » compris entre 4 % et 6 % pour des villas insulaires de qualité, davantage pour de bons appartements urbains ou guesthouses très efficaces.

Cadre fiscal : un environnement attractif mais technique

L’un des grands atouts des Maldives tient à la fiscalité perçue comme légère pour les personnes physiques : pas d’impôt sur le revenu des particuliers, pas de taxe sur la fortune, pas de droit de succession spécifique, et pas d’impôt sur les plus‑values immobilières tel qu’on le connaît dans de nombreux pays.

En pratique, ce tableau idyllique doit être nuancé par plusieurs couches d’imposition indirecte ou corporative.

Impôts et taxes clés pour un investisseur étranger

Pour un expatrié qui investit via une société ou dans un schéma touristique, les principaux prélèvements sont les suivants.

Type de taxe / chargeTaux ou fourchette indicative
GST sur l’achat immobilier (hors tourisme)6 % du prix d’acquisition
GST secteur tourisme (services touristiques)16 % (hausse vers 17 % programmée)
Taxe « Green Tax »6 à 12 USD / nuitée touristique (selon type d’hébergement)
Tourism Land Rent (bail principal)8 – 10 USD/m²/an (pour les îles‑resorts)
Taxe sur les bénéfices des sociétés0 % jusqu’à 500 000 MVR, puis 15 % au‑delà
Taxe sur les sociétés pour les banques25 %
Retenue à la source non‑résidents10 % sur certains paiements (loyers, redevances, etc.)
Frais d’enregistrement du bail / transactionEnviron 0,1 – 0,2 % + coûts fixes (1 000 – 3 000 USD)

Pour les étrangers, les coûts de transaction totaux (droits, avocats, notaires, agences, enregistrement, change) tournent généralement autour de 8 à 12 % du prix d’achat. À cela s’ajoute le fait que la majeure partie des loyers touristiques passe par la structure d’exploitation (resort, opérateur), qui garde souvent 40 à 60 % du revenu brut au titre de la gestion, du marketing et des services.

Bon à savoir :

Bien qu’il n’existe pas d’impôt spécifique sur les plus-values, les profits générés via une société maldivienne peuvent être soumis à l’impôt sur les bénéfices, à un taux de 15 % au-delà d’un seuil de 500 000 MVR (Rufiyaa maldiviennes). Il est fortement recommandé de consulter un expert fiscal local pour optimiser la structure d’investissement.

Visas et résidence par investissement : l’atout supplémentaire

L’immobilier maldivien ne se résume pas à une simple opération financière. Depuis 2021, puis avec le lancement d’un programme plus ambitieux en 2025 en partenariat avec Henley & Partners, l’archipel utilise aussi la pierre comme levier de résidence pour investisseurs.

Plusieurs dispositifs coexistent :

Special Resident Visa : accessible pour l’achat d’un bien d’au moins 250 000 USD dans un projet approuvé. Le visa est valable 5 ans, renouvelable tant que le bien est détenu, et peut inclure la famille proche.

Investor Visa : pour un investissement d’au moins 250 000 USD dans une entreprise enregistrée aux Maldives, avec visa jusqu’à 5 ans renouvelable.

Programmes premium : avec des seuils entre 5 et 10 millions de dollars, combinant investissements immobiliers et projets d’entreprise, visant clairement une clientèle ultra‑haut de gamme.

Ces visas ne débouchent ni sur une résidence permanente, ni sur la citoyenneté. La naturalisation reste possible seulement après 12 ans de résidence continue, sous condition d’être musulman, de parler le dhivehi et d’accepter l’exclusivité de la citoyenneté maldivienne pour les nouveaux naturalisés.

Pour un expatrié, l’intérêt immédiat est surtout pratique et fiscal :

installation facilitée comme résident, sans obligation de présence minimale stricte

réunification familiale possible (conjoint, enfants, parfois parents et grands‑parents)

– accès plus simple au système bancaire local et à certains services

– possibilité d’adosser la résidence à un actif immobilier productif de revenus

Financement : pourquoi le cash domine

Le recours au crédit local reste très limité pour les étrangers. Les banques maldiviennes, dominées par la Bank of Maldives (BML), privilégient les résidents et les citoyens, et les taux sont élevés : les taux hypothécaires à long terme dépassent fréquemment 12 % l’an.

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L’apport minimal requis pour les produits islamiques de financement immobilier, dont les taux de profit s’élèvent à 9-11 %.

Face à cela, plus de 70 % des acheteurs internationaux paient comptant. À défaut, les expatriés investisseurs privilégient souvent :

le refinancement d’actifs immobiliers dans leur pays d’origine

des lignes de crédit (home equity, crédits lombards)

les plans de paiement échelonnés proposés par les promoteurs (30 à 50 % d’apport, taux 5 à 8 % sur 3 à 5 ans)

Avant d’opter pour un montage à crédit, il est crucial d’intégrer le coût de la dette à la projection de rendement net : un investissement offrant 5 à 6 % de rendement net ne supportera pas aisément un financement à 10 ou 12 %.

Risques spécifiques : climat, politique, marché des baux

Investir aux Maldives, c’est accepter une combinaison de risques que l’on retrouve rarement réunis ailleurs.

Vulnérabilité climatique et environnementale

Le pays est le plus plat du monde : altitude moyenne 1,5 mètre, point culminant naturel à 2,4 mètres. Près de 80 % des îles se situent à moins d’un mètre au‑dessus du niveau actuel de la mer. Les projections de hausse du niveau marin (0,5 à 0,9 mètre d’ici 2100) laissent planer des scénarios où une large partie de l’archipel deviendrait inhabitable ou menacée.

Les récifs coralliens, qui constituent l’atout touristique majeur, sont eux‑mêmes fragilisés : environ 60 % auraient déjà subi des épisodes importants de blanchissement. À cela s’ajoutent les tempêtes saisonnières (notamment en mai et octobre) et le risque de tsunamis, comme celui de 2004.

Le gouvernement consacre une part massive de son budget à l’adaptation (jusqu’à la moitié du budget de l’État selon certaines estimations), développe des projets de villes flottantes ou d’îles artificielles, et impose de plus en plus de normes de durabilité aux nouveaux développements (énergies renouvelables à au moins 60 % pour les « sustainable townships », gestion stricte des déchets, protections côtières, etc.).

Attention :

Pour un investisseur, il est essentiel d’intégrer une analyse technique très poussée au moment de la due diligence.

l’élévation et la topographie du site

les protections contre l’érosion et la houle

les normes de construction adoptées (matériaux, ancrages, protections marine)

les engagements concrets du projet en matière de durabilité

Nature périssable des baux

Un bail de 50 ou 99 ans est un actif qui se déprécie mécaniquement à mesure que les années passent. La valeur de revente à 20 ans de la fin de bail n’aura rien à voir avec celle d’un bail « frais » de 95 ans restants.

Dans les faits, cela se traduit par :

une courbe de valeur non linéaire, avec une érosion accélérée dans les dernières décennies de bail

– une dépendance forte à la capacité de renégocier un renouvellement avec l’État ou le bailleur à l’échéance, ce qui n’est jamais garanti

une base d’acheteurs potentiels plus restreinte pour des baux arrivant à maturité

Astuce :

Avant d’investir, il est indispensable de connaître la durée restante du bail principal, les clauses de renouvellement éventuel, la politique historique de l’État en matière de reconduction, ainsi que la perception du marché sur ce type d’actifs.

Risque politique et réglementaire

Les Maldives ont connu plusieurs épisodes de tensions politiques, et leur système judiciaire est parfois critiqué par les observateurs internationaux pour un manque d’indépendance. Dans un pays où l’État reste propriétaire du sol, la sécurité juridique des baux à long terme repose en grande partie sur la stabilité des institutions.

En parallèle, le cadre réglementaire évolue : renforcement des obligations de transparence sur les bénéficiaires effectifs, nouvelles lois sur la conversion de devises, réforme de la fiscalité touristique, ajustements des conditions de visa pour les investisseurs…

Cela impose une veille juridique et fiscale constante, ainsi que le recours à un cabinet local de confiance, habitué à naviguer dans ces changements.

Marché de revente étroit

Le marché immobilier maldivien, surtout pour les villas ultra‑luxe sur pilotis ou les résidences très haut de gamme, reste étroit. La demande est internationale, mais le nombre d’acheteurs potentiels reste limité. Les délais de revente peuvent s’étendre sur 6 à 12 mois, parfois davantage.

Pour un expatrié, il vaut mieux considérer cet investissement comme une position de long terme (10 ans et plus), combinant rendement locatif et éventuelle plus‑value, plutôt que comme un actif hautement liquide.

Due diligence : ce qu’un expatrié doit absolument vérifier

L’ampleur des enjeux impose une due diligence autrement plus rigoureuse que pour l’achat d’un appartement dans une grande ville occidentale. Plusieurs volets doivent être couverts systématiquement.

Vérifications juridiques

D’abord, clarifier la structure de propriété :

qui est titulaire du bail principal de l’île ou du terrain ?

quel est le terme exact du bail et sa durée restante ?

– quels sont les droits du sous‑bailleur (le promoteur ou le resort) à céder des sous‑baux ?

– le projet est‑il bien enregistré auprès du Ministère du Tourisme et des autorités foncières ?

Il est essentiel de disposer :

du contrat de bail principal (ou au moins d’un extrait détaillé)

du projet de contrat de vente et de sous‑bail

– des autorisations touristiques et environnementales (EIA validée par l’Environmental Protection Agency)

– des statuts de la copropriété ou du régime de strata‑title dans lequel s’insère le bien

Bon à savoir :

Un avocat maldivien spécialisé en immobilier doit impérativement analyser les documents, vérifier l’absence d’hypothèques ou d’entraves, et s’assurer du respect des obligations de l’opérateur envers l’État (loyers du bail principal, taxes, etc.). Tout défaut à ce niveau peut en effet avoir des répercussions sur la validité et la sécurité des sous‑baux.

Analyse économique et financière

Sur le plan financier, il faut : privilégier l’épargne, réduire les dettes, et investir judicieusement.

– comparer le prix au m² ou au pied carré avec des transactions récentes dans des projets comparables (même atoll, même segment)

– analyser les prévisions de rendement de l’opérateur : hypothèses de taux d’occupation, niveaux de tarifs journaliers, répartition des revenus entre propriétaire et gestionnaire

– intégrer les charges : management fees (souvent 40–60 % du CA), entretien structurel, réserves travaux, taxation (GST sur les revenus, taxes environnementales), coûts de mise sur le marché (OTA, marketing)

Dans le cas d’un achat sur plan, il faut en outre évaluer :

la solidité financière du promoteur

– son historique de livraison (par exemple, des projets comme Coral Residences ont déjà montré des hausses de prix pré‑livraison de l’ordre de 15 % en six mois, mais ce genre de performance n’est pas transposable partout)

– le calendrier de paiement et les garanties d’achèvement

Inspection physique et environnementale

Une inspection technique indépendante est recommandée, même pour un bien neuf :

Critères de construction pour villas sur pilotis

Les éléments essentiels à vérifier pour garantir la durabilité et la sécurité d’une villa sur pilotis en milieu marin.

Fondations et structures

Qualité des pieux et des structures marines conçues pour supporter la villa sur l’eau.

Résistance aux éléments

Résistance aux vents et aux embruns, assurée par des matériaux de qualité et des protections anticorrosion.

Installations techniques

Systèmes d’eau, d’électricité et de traitement des eaux usées adaptés à un environnement isolé.

Protection et élévation

Élévation par rapport au niveau de la mer et dispositifs de protection comme les digues, enrochements et brise-lames.

Pour les grands projets, les rapports d’ingénierie côtière et les études d’impact environnemental donnent des indications précieuses sur la résilience du site face à l’érosion et aux tempêtes.

Conformité fiscale et de change

Enfin, il convient de vérifier comment seront collectés et reversés :

la GST sur les loyers touristiques

la Green Tax sur les séjours

les redevances et taxes spécifiques (tourism land rent, éventuelles retenues à la source sur les paiements vers l’étranger)

Et de s’assurer auprès de sa banque et de ses conseillers que les flux (entrée de capitaux pour l’achat, sortie de dividendes ou loyers) sont compatibles avec les règles de change et les obligations de déclaration dans son pays de résidence fiscale.

Pour quel profil d’expatrié l’immobilier maldivien a‑t‑il du sens ?

À la lumière de tous ces éléments, l’immobilier aux Maldives n’est clairement pas un produit « grand public ». Il s’adresse à plusieurs grandes catégories d’expatriés investisseurs.

D’abord, les hauts revenus et patrimoines qui recherchent :

une diversification dans un marché touristique ultra‑premium

une résidence secondaire emblématique (villa sur l’eau, résidence de marque)

un statut de résident via un visa spécial, sans installation à temps plein

Ensuite, les entrepreneurs du tourisme et de l’hôtellerie prêts à :

développer des guesthouses, lodges ou petits hôtels sur des îles locales

assumer la dimension opérationnelle (gestion d’équipe, marketing, yield management)

profiter de rendements bruts potentiellement élevés dans les segments encore peu structurés

Enfin, les investisseurs institutionnels ou semi‑institutionnels, qui peuvent déployer des tickets à partir de 1 million de dollars, voire bien plus, dans :

des projets de resorts, marinas, îles privées

des joint‑ventures dans des zones économiques spéciales ou des townships durables

des programmes intégrés combinant immobilier, énergie renouvelable et services

Pour un expatrié individuel avec un budget plus modeste mais sensible aux rendements, les appartements urbains d’Hulhumalé ou certains programmes résidentiels approuvés dans le Grand Malé représentent souvent le meilleur compromis entre :

ticket d’entrée (250 000 à 500 000 USD)

demande locative structurelle

cadre juridique plus lisible

possibilité de visa résident par investissement

Conclusion : rêve tropical ou stratégie rationnelle ?

Investir aux Maldives n’a rien d’anodin. Le décor paradisiaque ne doit pas masquer des réalités fondamentales : un cadre juridique atypique (absence de pleine propriété), un horizon climatique incertain, une dépendance massive au tourisme international et un marché secondaire étroit.

Pour un expatrié discipliné, prêt à :

travailler avec un avocat maldivien expérimenté

accepter la nature périssable d’un bail long terme

intégrer les risques environnementaux et réglementaires

– et ne pas surexposer son patrimoine à un seul marché insulaire

l’immobilier maldivien peut toutefois jouer un rôle très spécifique dans une stratégie globale :

Bon à savoir :

Cet investissement combine un rendement locatif avec l’avantage d’une résidence personnelle. Il offre une exposition à la croissance soutenue du secteur du tourisme de luxe, particulièrement dynamique en Asie et au Moyen-Orient.

Le véritable enjeu consiste à transformer un rêve de villa sur lagon en décision d’investissement fondée sur des chiffres, des contrats et une compréhension lucide des risques. Dans ce contexte, la clé n’est pas tant de trouver « le plus beau » bien que de sélectionner « le mieux structuré » : un projet bien documenté, adossé à un opérateur solide, avec une durée de bail lisible, une fiscalité maîtrisée et une vraie stratégie de sortie à long terme.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine financier déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel aux Maldives pour combiner rendement locatif saisonnier haut de gamme et diversification géographique en Asie. Budget alloué : 400 000 à 600 000 dollars, sans recours au crédit.

Après analyse de plusieurs atolls et îles privées (Malé Nord, Malé Sud, Ari), la stratégie retenue a consisté à cibler une villa ou guesthouse haut de gamme sur une île offrant un fort flux touristique international, en visant un rendement locatif brut d’environ 8–10 % – en gardant à l’esprit que « plus le rendement est grand, plus le risque est important » – et un potentiel de valorisation lié au développement touristique, pour un ticket global (acquisition + frais + aménagements) d’environ 500 000 dollars.

La mission a inclus : sélection de l’atoll et de l’île, étude du cadre réglementaire spécifique (propriété par étrangers, baux à long terme), mise en relation avec un réseau local (agent immobilier, avocat, conseiller fiscal), choix de la structure d’investissement la plus adaptée (propriété directe, société locale ou offshore) et intégration de cet actif dans une stratégie patrimoniale globale.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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