Créer son entreprise aux Maldives quand on est expatrié : le guide complet

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

L’archipel fait rêver pour ses lagons turquoise, mais les Maldives sont aussi l’une des économies insulaires qui croissent le plus vite dans l’océan Indien. Pour un expatrié, y créer une entreprise signifie naviguer entre un cadre légal très spécifique, une économie ultra-dépendante du tourisme, un système bancaire strict et une culture d’affaires imprégnée d’islam et de “island time”. Autrement dit, un environnement prometteur, mais qui ne s’improvise pas.

Bon à savoir :

Ce guide couvre les aspects essentiels pour les entrepreneurs étrangers : choix de la structure juridique, conditions d’investissement, procédure de création, régime fiscal, ouverture d’un compte bancaire et obtention de visa. Il aborde également les codes culturels locaux, cruciaux pour réussir ses premières interactions professionnelles.

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Comprendre le terrain de jeu économique et institutionnel

Les Maldives sont une république présidentielle fondée sur les principes de l’islam, composée de plus de 1 000 îles regroupées en atolls. L’économie, classée revenu intermédiaire supérieur par la Banque mondiale, est dominée par les services : près de 79 % du PIB, avec un cœur quasi monolithique – tourisme – et un pilier historique – la pêche.

Le tourisme pèse directement autour de 28–30 % du PIB et, en incluant les activités connexes (transport, construction, services aux resorts), jusqu’à 70 % de l’économie. La pêche ne représente plus qu’environ 3 % du PIB mais fournit toujours beaucoup d’emplois, surtout dans les atolls périphériques. Les petites entreprises sont omniprésentes : environ 94 % des sociétés enregistrées sont des PME, dont la grande majorité sont des micro-structures et de l’auto-entrepreneuriat.

Astuce :

Le pays a maintenu une croissance économique soutenue sur plusieurs décennies, bien que cela ait entraîné un endettement public élevé et des déséquilibres extérieurs. Pour y remédier, le gouvernement et le FMI préconisent une consolidation budgétaire. Parallèlement, une politique très favorable aux investissements étrangers est préservée, soutenue par un cadre juridique structuré et des procédures de plus en plus numérisées.

Qui pilote quoi : autorités clés à connaître

Pour un expatrié entrepreneur, quelques institutions sont incontournables :

Autorité / institutionRôle principal pour un entrepreneur étranger
Ministry of Economic Development and Trade (MED)Enregistrement des entreprises, agrément des investissements étrangers, politique économique
Registrar of Companies / BusinessesEnregistrement des sociétés, partenariats et activités commerciales
Maldives Inland Revenue Authority (MIRA)Fiscalité, immatriculation fiscale, collecte des taxes
Maldives Monetary Authority (MMA)Banque centrale, régulation bancaire, contrôle AML/KYC
Capital Market Development Authority (CMDA)Régulation des marchés de capitaux et pensions
Ministry of TourismAgrément et supervision des activités touristiques (resorts, hôtels, guesthouses, marinas)

Le système juridique est hybride : droit civil, common law et principes de la charia coexistent. L’islam étant religion d’État, aucune loi ne peut être contraire aux principes islamiques, ce qui colore certains aspects du droit des affaires (propriété foncière, consommation d’alcool, etc.), même si, dans la pratique, les zones touristiques fonctionnent sur des standard très internationaux.

Quelles formes juridiques pour un étranger aux Maldives ?

Un point central : un étranger ne peut pas “faire du business” en son nom propre. Il doit passer par une entité enregistrée.

Les options réellement ouvertes sont les suivantes.

La société privée à responsabilité limitée : le véhicule standard

La forme la plus courante est la private limited company, proche de la SARL/LLC.

Caractéristiques clés :

1 à 50 actionnaires possibles

aucun capital minimum légal pour les sociétés privées

– obligation de nommer un managing director

– au moins un administrateur doit être “ordinairement résident” aux Maldives (en pratique, plus de 183 jours de présence sur 12 mois)

– actionnaires et administrateurs peuvent être des personnes physiques ou morales, y compris étrangères

Attention :

Dès qu’une société possède une part d’actionnariat étranger, elle est qualifiée de ‘foreign investment company’ et entre sous le régime de l’investissement étranger, ce qui implique des procédures spécifiques comme une autorisation préalable ou un accord d’investissement.

Pour les sociétés cotées (public limited company), on passe dans une autre ligue : capital émis et libéré minimum de 10 millions MVR pour une inscription boursière, nombre illimité d’actionnaires et obligations de gouvernance renforcées. Ce n’est en général pas la porte d’entrée d’un expatrié qui se lance.

Les partenariats : souples mais à manier avec prudence

Les partnerships sont possibles pour les étrangers, sous deux formes :

general partnership : au moins deux partenaires, responsabilité illimitée sur les dettes du partenariat

limited liability partnership (LLP) : responsabilité limitée à l’apport, partenaires pouvant être personnes physiques ou morales

Bon à savoir :

La création d’un Limited Liability Partnership (LLP) à Singapour nécessite un managing partner résidant habituellement dans le pays et un accord de partenariat conforme au Partnership Act. Ce type de structure est particulièrement adapté pour les cabinets de conseil, les structures professionnelles ou les joint-ventures recherchant de la flexibilité. Il est crucial pour l’investisseur de bien comprendre le régime de responsabilité, notamment dans le cas d’un general partnership où la responsabilité peut être illimitée.

Re-registration, succursale et SEZ : options plus techniques

Un groupe étranger déjà structuré peut : optimiser ses ressources, développer des synergies, renforcer sa présence sur le marché local et faciliter les échanges culturels. Grâce à sa structure, le groupe peut également mitiger les risques associés à l’entrée dans un nouvel environnement commercial.

ré-enregistrer sa société étrangère pour opérer aux Maldives

ouvrir une branche (branch), avec des obligations proches d’une société locale

À compter du 1er janvier 2025, toute société étrangère réenregistrée doit désigner un agent local résident, chargé de la conformité et point de contact avec l’administration.

Enfin, pour des investissements massifs (au-delà de 150 millions USD), le régime des Special Economic Zones (SEZ) ouvre la voie à des statuts spéciaux (zones industrielles, hubs logistiques, centres financiers offshore), avec un package d’exonérations fiscales.

Ce que les étrangers ont le droit de faire… et ce qui leur est interdit

Les Maldives n’appliquent pas une liberté générale d’entreprendre aux étrangers. L’accès aux secteurs est encadré par la Foreign Investment Act (Law 11/2024) et la Foreign Direct Investment Policy, qui classent les activités en zones ouvertes, restreintes ou fermées.

Conditions d’éligibilité et secteurs fermés

Un “foreign person”, au sens de la loi, comprend toute personne non citoyenne et toute entité immatriculée hors des Maldives. Pour qu’un étranger soit autorisé à opérer, il doit entrer dans l’un des cas suivants :

Exigences pour l’établissement d’une entreprise

Conditions principales à remplir pour créer une entreprise dans ce cadre juridique spécifique.

Secteur d’activité

L’entreprise doit exercer une activité de services professionnels (droit, santé, comptabilité, finance, etc.) ou une activité de grossiste (wholesale).

Capital et garantie

Le capital social doit être supérieur à 1 million USD, avec un dépôt de garantie de 100 000 USD sur un compte désigné par l’État.

Certificat de solvabilité

Obtention obligatoire d’un certificat de solvabilité/crédibilité délivré par une banque acceptée par le gouvernement.

Certaines activités sont tout simplement réservées aux Maldiviens, notamment :

commerce de détail (retail trade)

petits guesthouses dans la plupart des îles habitées

– certains services de transport local de petite taille

– une partie des activités de pêche artisanale

Le principe est clair : laisser aux locaux le champ des “small businesses” de proximité, et ouvrir aux étrangers les segments capitalistiques, exportateurs ou intensifs en expertise.

Part de capital étranger et ticket d’entrée

Les plafonds de participation étrangère varient selon les secteurs. Quelques exemples typiques :

Secteur / activitéPart étrangère maximaleInvestissement minimum indicatif
Resort touristique (I1)Jusqu’à 100 %Négociable, souvent ≥ 1 000 000 USD
Guesthouse dans des zones autorisées (I6)49 %250 000 USD
Transport maritime (H2)49 %1 000 000 USD
Transport aérien passagers (hors fret) (H3)100 %5 000 000 USD
Construction de bâtiments (F1a)65 %Contrat unique ≥ 5 000 000 USD

De manière générale, les seuils d’investissement initial sur cinq ans vont de 250 000 USD à 5 millions USD selon l’activité. À cela s’ajoute, pour la plupart des projets sous régime “standard” d’investissement étranger, une redevance administrative de 5 000 USD à régler à l’État lors de l’approbation.

Pas à pas : le parcours pour créer sa société aux Maldives

Pour un expatrié, la création d’entreprise suit un enchaînement assez précis. Il vaut mieux penser ce processus comme un projet coordonné : investissement, juridique, fiscal, bancaire et immigration s’imbriquent.

1. Obtenir l’approbation d’investissement étranger

Avant même d’incorporer, il faut déposer un dossier de Foreign Investment auprès du MED, via le Business Portal (business.egov.mv). Deux voies existent :

Automatic route : pour les activités “standardisées”, délais annoncés autour de 2 jours ouvrables

Government route : pour les projets politiquement sensibles, atypiques ou de grande ampleur, avec un délai de 5 à 14 jours (et, dans les faits, certaines sources évoquent 2–3 semaines)

L’issue positive se matérialise par une lettre d’approbation détaillant le périmètre d’activité autorisé. Après enregistrement de l’entité, un Foreign Investment Agreement (FIA) est signé avec le MED – sauf pour certains projets touristiques de type bail de terrain directement géré par le Ministry of Tourism.

2. Choisir et réserver son nom, puis incorporer

L’étape suivante consiste à :

Exemple :

Pour créer une société à Maurice, il faut d’abord réserver un nom de société via le portail en ligne, généralement sous 24 heures, avec une validité de réservation de 14 jours. Ensuite, il est nécessaire de préparer les documents constitutifs, notamment les statuts (Memorandum & Articles of Association), la déclaration du managing director et la désignation de la personne responsable de la fiscalité. Enfin, il faut rassembler les pièces d’identité des actionnaires et administrateurs, comme des copies de passeports, et, le cas échéant, les résolutions si les actionnaires sont des personnes morales.

Pour une société nouvelle, le dossier comprend typiquement : un business plan, des projections financières, des études de marché, des informations sur l’équipe dirigeante, et une stratégie de marketing.

l’approbation d’investissement étranger

les statuts signés

la déclaration du managing director

la déclaration du responsable fiscal

les pièces d’identité de tous les actionnaires et administrateurs

le reçu de paiement des frais de dossier (environ 300 USD)

Les montants usuels sont les suivants :

Poste de coût de constitutionMontant indicatif
Frais de demande d’enregistrement de société~ 300 USD (env. 3 840 MVR)
Frais d’enregistrement (one-off)~ 80 USD
Timbre / revenue stamp500 MVR (env. 32 USD)
Frais annuels d’enregistrement de société~ 130 USD pour une société privée
Enregistrement du nom commercial100 MVR
Adresse de siège (registered office)200–500 USD / an
Honoraires juridiques ou de conseil500–1 500 USD (selon complexité)

Une fois le certificat d’incorporation délivré, l’entreprise est officiellement enregistrée auprès du Registrar of Companies.

3. Signer l’accord d’investissement et obtenir les licences sectorielles

Avec la société créée, l’investisseur signe le Foreign Investment Agreement avec le MED, qui fixe les droits et obligations spécifiques (durée, périmètre d’activité, quotas d’emploi local, éventuellement concessions fiscales négociées).

Dans des secteurs réglementés – au premier rang desquels le tourisme – cette étape s’accompagne de licences spécifiques, par exemple :

3

Il s’agit du nombre de démarches administratives clés requises pour un projet touristique aux Maldives : l’agrément par le ministère du Tourisme, le bail de terrain et, si nécessaire, la validation d’une Étude d’Impact Environnemental.

4. Immatriculation fiscale et obligations comptables

Tout business doit s’enregistrer auprès de la MIRA pour obtenir un Tax Identification Number. La fiscalité des entreprises se structure notamment autour :

– d’un impôt sur les sociétés à 15 % au-delà de 500 000 MVR de bénéfice imposable (taux 0 % en dessous), et de 25 % pour les banques

– de la Goods and Services Tax (GST) :

8 % pour les biens et services hors tourisme

17 % pour le secteur touristique (T-GST)

– d’une retenue à la source de 10 % sur certains paiements vers des non-résidents (loyers, redevances, intérêts, dividendes, services techniques…) et de 5 % sur les contrats de prestataires non-résidents

La tenue comptable doit suivre les normes IFRS ou équivalentes, avec conservation des pièces au moins cinq ans. Les entreprises dépassant 10 millions MVR de chiffre d’affaires sont soumises à audit annuel obligatoire.

5. Ouvrir un compte bancaire professionnel local

Sans compte bancaire maldivien, impossible de fonctionner : une société ne peut ni opérer, ni importer, ni payer ses impôts. Les entreprises touristiques, immobilières, agences de voyage, hôtels, ou encore les projets d’investissement ont obligation de disposer d’un compte local.

Panorama du système bancaire et ouverture de compte

Le paysage bancaire maldivien est modeste en taille – huit banques – mais strictement encadré par la Maldives Monetary Authority. L’orthodoxie en matière de lutte anti-blanchiment (AML) et de connaissance client (KYC) est élevée, ce qui complique parfois la vie des étrangers… tout en assurant une certaine stabilité.

Les principales banques présentes aux Maldives

BanqueType / origineParticularités institutionnelles
Bank of Maldives (BML)Banque publique localeCréée en 1982, majorité détenue par l’État
Maldives Islamic Bank (MIB)Banque islamiqueCréée en 2011, majorité ICD + gouvernement
Commercial Bank of Maldives (CBM)Banque privéeDepuis 2016, JV locale + Commercial Bank of Ceylon
Bank of Ceylon (BOC)Succursale étrangèrePrésente depuis 1981
State Bank of India (SBI)Succursale étrangèreDepuis 1974
Habib Bank Limited (HBL)Succursale étrangèreDepuis 1976
HSBCSuccursale étrangèreDepuis 2002
Mauritius Commercial Bank Maldives (MCB)Filiale bancaire étrangèreSuccursale en 2008, filiale à 100 % dès 2010

La majorité de ces établissements ont leur siège à Malé, véritable hub économique et financier, où les délais sont plus courts et l’offre de services plus large. Multi-devises (MVR, USD, EUR, GBP), e-banking, SWIFT, financements commerciaux et crédits d’exploitation sont accessibles.

Qui peut ouvrir un compte professionnel ?

Toute entité immatriculée aux Maldives peut en principe ouvrir un compte :

entreprise individuelle (pour les Maldiviens)

partenariats

sociétés privées ou publiques

foreign investment companies

Les étrangers et sociétés étrangères peuvent également ouvrir des comptes (personnels ou professionnels) sous réserve de satisfaire les exigences AML/KYC. Certaines banques distinguent les comptes résidents (titulaire avec visa non-touriste) et non-résidents.

À noter : pour les sociétés privées et publiques, le Company Secretary doit être de nationalité maldivienne, et toutes les personnes clés (administrateurs, actionnaires, bénéficiaires effectifs, signataires) doivent être identifiées.

Processus d’ouverture : de la checklist au premier virement

La démarche est loin du “compte en 10 minutes” des fintechs occidentales. Elle suit en général plusieurs étapes :

– 1. Préparation du dossier :

– formulaire d’ouverture de compte et formulaires KYC complétés

résolution du conseil d’administration autorisant l’ouverture et désignant les signataires (format spécifique à chaque banque)

– certificat d’immatriculation, statuts, structure actionnariale

– pièces d’identité originales des dirigeants, actionnaires, UBOs et signataires

– justifications sectorielles :

– lettre de consentement du Ministry of Tourism pour les activités touristiques

– Foreign Investment Agreement pour les autres secteurs

– certificat d’immatriculation fiscale (MIRA)

– derniers états financiers audités pour les sociétés existantes, ou comptes de gestion pour les structures récentes

relevés bancaires des trois derniers mois si l’entreprise a déjà des comptes ailleurs

– 2. Prise de rendez-vous :

notamment chez Bank of Maldives, les rendez-vous peuvent être pris en ligne sur des créneaux couvrant les 10 prochains jours ouvrés

– si aucun slot n’est disponible, il faut réessayer le lendemain

Bon à savoir :

Toutes les personnes signataires doivent se présenter physiquement en agence pour déposer leur spécimen de signature manuscrite. Pour les sociétés complexes (avec des actionnaires personnes morales, des partenariats, des coopératives, etc.), la présence au Business Centre de Malé est souvent requise.

– 4. Analyse de conformité et délais :

– en l’absence de complication, activation possible en 2 jours ouvrés pour certains comptes simples

– de façon générale, l’ouverture d’un compte professionnel prend 7 à 15 jours ouvrés

– pour les sociétés à capitaux étrangers, avec due diligence renforcée, certains témoignages évoquent 15 à 30 jours ouvrés (2 à 4 semaines)

Pour donner un ordre d’idée, les coûts bancaires sont souvent dans cette fourchette :

Service bancaireFourchette de prix indicative
Frais d’ouverture de compte50–150 USD
Dépôt minimum d’ouverture (standard)Environ 500 USD (MCB demande 50 000 MVR ou 5 000 USD)
Frais de tenue de compte (mensuels)10–20 USD (30–50 USD pour les offres “premium”)
Virement SWIFT entrant10–20 USD
Virement SWIFT sortant10–20 USD

Focus : les solutions digitales et islamiques

Certaines banques se démarquent pour les non-résidents.

Maldives Islamic Bank (MIB) propose des comptes étrangers non-résidents avec :

– onboarding entièrement digital (ouverture et vérification à distance)

– plateforme en ligne complète reliée à SWIFT (consultation de solde, suivi des transactions, virements)

carte Visa Platinum avec acceptation internationale et avantages (dont Priority Pass)

frais de maintenance annuels réduits (~100 USD) et absence de limite spécifique sur les retraits

Mauritius Commercial Bank (MCB) offre des comptes courants résidents et non-résidents, avec un ticket d’entrée plus élevé (50 000 MVR ou 5 000 USD de dépôt initial).

Pour un expatrié ne pouvant pas se déplacer immédiatement, ces options, combinées à des cabinets de conseil locaux, peuvent accélérer la mise en place opérationnelle.

Coûts, taxes et rentabilité : ce que l’expatrié doit anticiper

Se lancer aux Maldives exige d’entrer dans un système fiscal à la fois simple dans ses taux et touffu dans ses formalités. Plusieurs éléments doivent figurer au business plan dès le départ.

Principales taxes applicables aux sociétés

Les composantes majeures sont les suivantes :

Impôt / contributionTaux standard et particularités
Corporate Income Tax15 % au-delà de 500 000 MVR de bénéfice imposable (0 % en dessous)
Bank Profit Tax25 % pour les banques commerciales
Goods and Services Tax (secteur général)8 %
Tourism GST (T-GST)17 % pour les activités touristiques (taux relevé à ce niveau à l’horizon 2026)
Withholding Tax non-résidents10 % sur certaines sommes (loyers, redevances, intérêts, services techniques…)
Withholding contractors non-résidents5 % sur les paiements de contrats
Green Tax (touristes)12 USD/nuit en resort, 6 USD/nuit dans les petites structures en îles habitées
Pension (Maldives Retirement Pension Scheme)7 % du salaire pour l’employeur et 7 % pour l’employé (obligatoire pour locaux, volontaire pour étrangers 16–65 ans)

Les dépenses sont déductibles si elles sont engagées exclusivement pour générer le revenu, avec un ensemble de règles sur les intérêts, la thin capitalization et les pertes reportables (jusqu’à 5 ans).

Bon à savoir :

Pour les projets de grande envergure dans une Zone Économique Spéciale (SEZ), les incitations peuvent inclure une exemption totale de l’impôt sur les bénéfices (Business Profit Tax) et de la taxe sur les biens et services (GST), l’absence de retenue à la source, ainsi qu’une grande flexibilité pour recruter de la main-d’œuvre étrangère.

Régime fiscal des investisseurs individuels

Pour les particuliers, l’impôt sur le revenu est progressif, avec des tranches à 0 %, 5,5 %, 8 %, 12 % et 15 %, et retenue à la source côté employeur au-delà de 60 000 MVR de rémunération mensuelle. Les non-résidents ne sont imposables que sur leurs revenus de source maldivienne.

À ce stade, il n’existe pas d’impôt sur la fortune ni de droits de succession, ce qui rend certains montages patrimoniaux attractifs, même si les règles internationales (BEPS, CFC, CRS) limitent de plus en plus les stratégies de pure optimisation.

Visas et immigration : travailler légalement dans son propre business

Créer une société ne dispense pas de se conformer au cadre migratoire. Le Maldives Immigration Act (Law 1/2007) structure les différents statuts.

Tourisme et business de courte durée

Visa touriste : délivré gratuitement à l’arrivée pour 30 jours, prolongeable jusqu’à 90 jours. Permet de prospecter, mais pas d’exercer une activité rémunérée.

Meeting Visa : 14 jours, non prolongeable, dédié aux conférences et réunions approuvées par une autorité publique. Il ne peut pas être converti en Business Visa sur place.

Business Visa : visa temporaire multi-entrées pour activités professionnelles non salariées (négociations, audit, réunions clients, missions ponctuelles…). Valable 30 à 90 jours par séjour, pour un cumul maximal de 180 jours par année civile. La demande se fait via le Business Portal du MED, avec un numéro GSR, une lettre d’invitation de l’entreprise maldivienne, les preuves de moyens, d’hébergement, etc. Compter 5 à 10 jours de traitement et un coût autour de 750 MVR.

Travailler dans sa société : Employment Approval et Work Visa

Pour un expatrié fondateur qui souhaite diriger son entreprise au quotidien :

Bon à savoir :

Pour embaucher un étranger aux Maldives, l’employeur doit d’abord obtenir une autorisation préalable (Employment Approval) auprès de Maldives Immigration, valable 90 jours. Sur cette base, un Work Visa est ensuite délivré, après la réalisation d’un examen médical obligatoire et la souscription à une assurance santé spécifique.

Les procédures se font via la plateforme Xpat Online (workpermit.egov.mv), avec une obligation pour l’employeur de faire la demande de Work Visa dans les 15 jours suivant l’arrivée du salarié sur le territoire. Le visa de travail doit toujours être valide tant que la personne réside et travaille aux Maldives.

La dimension culturelle : sans elle, vos plans resteront sur le papier

Même le meilleur business plan se heurte à un mur si l’on ignore la culture locale. Le monde des affaires maldivien est un mélange de coutumes islamiques, de hiérarchie asiatique et de pratiques internationales importées par le luxe touristique.

Communication et négociation : lire entre les lignes

La communication est souvent indirecte et à haut contexte. Dire “non” frontalement est perçu comme impoli ; on lui préfèrera des formulations comme “ce sera difficile” ou “nous allons voir”. Le non-verbal, les silences, la gestuelle comptent autant que les mots.

Les premiers rendez-vous servent souvent à faire connaissance plutôt qu’à conclure. S’intéresser à la famille, à l’île d’origine, aux histoires de mer est aussi important que de parler ROI. Une approche trop pressante ou impatiente peut faire dérailler une négociation avant même qu’elle ne commence.

Hiérarchie et relations personnelles

La société et les entreprises sont fortement hiérarchisées. L’âge, le niveau d’études et le statut social sont très respectés. Dans de nombreuses structures, les décisions sont prises au sommet – par un dirigeant, une famille propriétaire ou un conseil restreint – après consultation informelle des subordonnés.

Bon à savoir :

Dans une communauté d’affaires petite et interconnectée, construire un réseau de confiance est crucial. Une signature obtenue sur recommandation d’un partenaire local influent est souvent plus efficace qu’un dossier parfait envoyé à froid, car les introductions valent de l’or.

Religion, horaires et codes sociaux

L’islam structure le rythme quotidien :

Astuce :

Dans les pays musulmans, il est important de tenir compte des rites religieux dans la vie professionnelle. Cinq prières quotidiennes sont observées, nécessitant des pauses dans la journée de travail. Le vendredi est un jour dédié à la prière et au repos, entraînant souvent la fermeture ou une réduction des horaires des bureaux. Pendant le mois sacré du Ramadan, les horaires officiels sont généralement allégés. Il est crucial de respecter le jeûne de ses interlocuteurs en s’abstenant de manger, de boire ou de fumer en public durant la journée.

La tenue doit rester modeste sur les îles habitées et dans les bureaux : épaules et genoux couverts pour les femmes, pantalons longs et chemise pour les hommes. Sur les îles resort, les codes sont plus internationaux, mais les employés restent soumis à des standards professionnels stricts.

Pour les interactions :

poignée de main douce, mais les hommes attendent que la femme tende la main la première

salutations islamique “As-salaam alaikum” fortement appréciée

toujours utiliser la main droite pour donner, recevoir ou manger

La maîtrise de quelques mots de dhivehi et le respect de ces codes créent très vite un climat de confiance.

Défis structurels : ce que le prospectus ne dit pas

Créer une entreprise aux Maldives ne se résume pas à une belle plaquette d’île privée. Plusieurs contraintes lourdes ressortent des études institutionnelles, notamment pour les PME.

Accès au financement : un verrou encore puissant

Les travaux de la Maldives Monetary Authority et des organisations internationales soulignent que :

le système bancaire est encore peu développé et très concentré

la plupart des atolls n’abritent qu’une seule agence bancaire, voire aucune

environ deux tiers des entrepreneurs n’ont jamais emprunté à une banque

Les obstacles :

garanties exigées difficiles à fournir (peu de foncier en propriété, actifs mobiliers comme bateaux souvent non pris en collatéral)

faiblesse de la tenue de comptes et des états financiers chez les petits entrepreneurs

– aversion au risque, particulièrement chez les femmes entrepreneures, très présentes mais souvent cantonnées à l’informel

80

C’est le pourcentage de micro-entreprises qui fonctionnent sur fonds propres ou prêts familiaux.

Logistique, dispersion géographique et coûts

L’archipel s’étend sur environ 35 000 miles carrés pour moins de 300 km² de terres émergées. Cette dispersion se traduit par :

des coûts de transport inter-îles élevés

une absence, dans de nombreuses zones, de liaisons maritimes régulières

près de la moitié des îles habitées qui ne disposent pas encore d’infrastructure portuaire adéquate (données 2011)

Bon à savoir :

Pour les activités nécessitant des flux de marchandises (distribution, BTP, commerce inter-atolls), les marges logistiques sont serrées. Seuls les gros acteurs peuvent financer leur propre flotte de transport. Les PME et les expatriés doivent intégrer ce coût dans leur stratégie de prix et de localisation.

Cadre réglementaire et instabilité relative

Sur le papier, les Maldives promeuvent un environnement business-friendly : enregistrement en ligne, guichets uniques, simplification des taxes. Dans les classements internationaux, le pays reste pourtant dans la seconde moitié pour la facilitation des affaires, avec des procédures parfois longues, un déficit de certaines lois (insolvabilité, sûretés complètes), et des changements de politique assez fréquents.

La récente refonte du droit de l’investissement étranger (Law 11/2024) illustre à la fois la volonté de modernisation et la nécessité de suivre de près l’évolution des textes. Le même constat vaut pour la lutte anti-blanchiment et la régulation des flux en devises (Foreign Currency Act 32/2024), qui impose par exemple aux établissements touristiques de reverser une partie de leurs recettes en devises à travers le système bancaire local.

Où sont les vraies opportunités pour un expatrié ?

Malgré ces contraintes, le pays regorge de niches, notamment parce que les autorités cherchent à diversifier un modèle encore trop dépendant du duo “resort de luxe + pêche”.

Tourisme, mais pas seulement resort 5 étoiles

Évidemment, la construction ou l’acquisition d’un resort, d’un hôtel ou d’une résidence intégrée reste le graal pour les gros investisseurs, avec des baux de 50 à 99 ans, des villas vendues entre 250 000 et plus de 3 millions USD pièce, et des modèles de gestion locative très rentables… sous réserve d’un opérateur solide et d’une bonne desserte aérienne.

Mais pour un expatrié avec un capital plus réduit, d’autres créneaux existent :

Domaines d’activité

Nos services couvrent les principaux secteurs du tourisme aux Maldives, en intégrant à la fois l’opérationnel, l’expérientiel et l’investissement, dans le respect du cadre légal local.

Services aux Resorts

Nous proposons des centres de plongée, des activités nautiques, du consulting F&B ainsi que des solutions technologiques pour la gestion ou l’expérience client.

Tourisme Expérientiel

Développement de circuits culturels vers les îles habitées, offres bien-être, retraites yoga ou digital detox, dans le respect des restrictions sur les guesthouses et l’alcool.

Projets Touristiques Intégrés & Résidences

Investissement dans une villa ou un appartement sous bail ‘strata’ au sein d’un complexe, pour la location via le pool géré par l’opérateur.

Numérique, services et back-office

L’avantage des activités digitales est qu’elles s’affranchissent des contraintes géographiques. Les besoins locaux sont croissants :

développement web et mobile, cybersécurité, solutions cloud adaptées aux contraintes de connectivité locale

agences de marketing digital pour hôtels, guesthouses, restaurants, prestataires de loisirs

plateformes de réservation spécialisées, marketplace pour les artisans et producteurs locaux

Ces entreprises peuvent être structurées comme des sociétés maldiviennes orientées export (clients internationaux) ou comme des hubs de services régionaux, en tirant parti du fuseau horaire et de la maîtrise de l’anglais.

Énergies renouvelables, gestion des déchets et économie bleue

Les Maldives étant particulièrement vulnérables au changement climatique, le gouvernement s’est fixé des objectifs ambitieux de décarbonation, notamment en visant 33 % de l’électricité produite via des renouvelables en quelques années. Les opportunités émergent dans :

Domaines d’action clés

Initiatives prioritaires pour un développement durable et résilient aux Maldives, intégrant innovation environnementale et valorisation des ressources locales.

Énergie solaire

Déploiement de centrales solaires flottantes et terrestres sur les îles de villégiature et habitées pour une production d’énergie renouvelable.

Stockage d’énergie

Mise en œuvre de systèmes de stockage adaptés aux micro-réseaux insulaires pour sécuriser l’alimentation électrique.

Gestion des déchets

Valorisation via le tri, le recyclage et des solutions alternatives à l’enfouissement, notamment autour de Thilafushi.

Pêche & aquaculture durables

Développement de technologies pour une pêche durable, l’aquaculture et la transformation à valeur ajoutée, dans la lignée du thon certifié MSC.

Employer of Record et alternatives “light”

Pour des projets de test de marché ou de petite taille, sans envie d’absorber la complexité d’une incorporation complète, les services d’Employer of Record (EOR) – comme Multiplier – peuvent être une option : l’EOR devient employeur légal des collaborateurs locaux ou expatriés, gère paie et conformité sociale, tandis que l’entreprise étrangère se concentre sur le business. Cela ne remplace pas une société locale si l’on veut contracter, facturer en MVR ou bénéficier d’accords d’investissement, mais peut constituer une première étape.

S’entourer : pourquoi l’accompagnement local n’est pas un luxe

Au vu de la technicité du droit local, de la rigueur bancaire et du contexte culturel, rares sont les projets d’expatriés qui réussissent en mode “solo”. S’appuyer sur :

un cabinet d’avocats local ou un cabinet de conseil en implantation (par exemple RCo Lawyers, Business Setup Worldwide, ou d’autres spécialistes)

un comptable familiarisé avec les exigences MIRA

un partenaire maldivien de confiance, idéalement partie prenante au capital ou au moins au conseil d’administration

aide à :

Astuce :

Pour réussir votre implantation, traduisez les exigences complexes des lois locales (Companies Act, Foreign Investment Act, etc.) en checklists opérationnelles claires. Cela vous permettra de naviguer efficacement dans les procédures des ministères et d’éviter les rejets de dossier pour un détail manquant. Parallèlement, identifiez et désamorcez dès le début les potentielles incompréhensions culturelles lors des négociations, afin d’établir une communication fluide et des relations solides.

Dans le domaine bancaire, certains consultants spécialisés, à l’image de YKG Global (qui se présente comme ayant plus de 40 ans d’expérience et plusieurs milliers de clients) proposent d’accompagner les étrangers pour la sélection de la banque, la préparation des dossiers KYC et le suivi jusqu’à l’activation du compte, ce qui peut faire gagner plusieurs semaines.

En conclusion : les Maldives, une opportunité exigeante pour expatriés aguerris

Entre le rêve d’île privée et la réalité d’un micro-État dispersé, très régulé et dépendant du tourisme, les Maldives imposent à l’entrepreneur étranger un niveau de préparation supérieur à la moyenne. L’accès sectoriel est sélectif, les seuils d’investissement significatifs dans beaucoup de niches, les règles de change encadrées, l’ouverture de compte bancaire parfois longue, et les usages business éloignés de la communication directe occidentale.

En contrepartie, le pays offre :

Attention :

Le pays offre une stabilité politique relative et une volonté explicite d’attirer l’investissement direct étranger, soutenue par un environnement fiscal compétitif (notamment pour les exportateurs et grands projets exonérés). Il dispose également d’un solide marché touristique haut de gamme avec des taux d’occupation élevés. Enfin, son écosystème de PME encore peu diversifié représente une opportunité pour le développement de services innovants.

Pour un expatrié prêt à conjuguer rigueur réglementaire, patience administrative, sens de la relation et respect du contexte islamique, créer son entreprise aux Maldives peut devenir bien plus qu’une carte postale : un véritable projet entrepreneurial à long terme, à condition d’accepter que, sur cet archipel, rien ne se bâtit sans temps, partenaires locaux solides et excellente préparation juridique et bancaire.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un chef d’entreprise français de 45 ans, expérimenté, avec un patrimoine financier bien structuré en Europe, souhaitait diversifier ses activités en créant une société aux Maldives pour optimiser sa fiscalité internationale et développer une activité de holding d’investissements touristiques ou de services numériques à destination du marché hôtelier haut de gamme.

Budget alloué : 50 000 à 100 000 euros, couvrant capital initial, frais de création, conseil juridique local et mise en place opérationnelle, sans recours au crédit.

Après analyse de plusieurs juridictions internationales (Dubaï, Singapour, Maldives), la stratégie retenue a consisté à opter pour une private limited company aux Maldives, forme souple pour non-résidents, bénéficiant d’un cadre faiblement imposé pour les activités offshore et d’un environnement aligné sur les standards internationaux de conformité. La mission a inclus : sélection du secteur porteur (gestion de villas, services IT pour resorts, conciergerie digitale), rédaction bilingue des statuts, ouverture de compte bancaire local, enregistrement auprès du Registrar of Companies, obtention du TIN et des licences nécessaires au tourisme, mise en relation avec un réseau local (avocat, comptable, prestataire de domiciliation ~3000 €/an) et structuration d’un schéma conforme aux règles françaises de non-double imposition pour l’intégrer dans une stratégie patrimoniale globale de diversification internationale.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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