Fiscalité au Pérou pour les expatriés : impôt sur le revenu et taxe foncière décodés

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’installer au Pérou, acheter un appartement à Lima ou louer un logement à Cusco ne se résume pas au choix du quartier ou à la négociation du loyer. Pour un expatrié, comprendre comment fonctionne l’impôt sur le revenu et la fiscalité immobilière est déterminant, tant pour le budget quotidien que pour des projets d’investissement à moyen ou long terme. Le système péruvien est moins complexe qu’il n’y paraît, à condition de bien distinguer trois notions clés : la résidence fiscale, la nature des revenus et la différence entre impôt national et taxes municipales.

Comprendre la résidence fiscale au Pérou

Au Pérou, la fiscalité des personnes physiques ne repose pas sur la nationalité mais sur la notion de « domicile fiscal ». Un étranger peut ainsi devenir résident fiscal sans être résident au sens migratoire strict, et à l’inverse rester non‑domicilié même avec un visa de longue durée, dès lors qu’il ne remplit pas le critère de présence.

Bon à savoir :

Une personne est considérée comme domiciliée fiscalement au Pérou si elle y passe plus de 183 jours sur une période de 12 mois, sans que ces jours doivent être consécutifs. Le jour d’arrivée et le jour de départ comptent comme des jours de présence, mais pas comme des jours d’absence. De plus, des absences temporaires de moins de 183 jours n’interrompent pas la continuité de la résidence.

La bascule de statut ne se fait pas en temps réel, mais au 1er janvier de l’année suivante. Un expatrié qui franchit le seuil des 183 jours en juillet sera considéré comme non‑domicilié jusqu’au 31 décembre, puis résident fiscal à partir du 1er janvier suivant. De même, une personne perd sa qualité de résident après plus de 183 jours d’absence sur une période de 12 mois ; cette perte est en principe actée au début de l’année suivante, sauf cas particulier où la personne acquiert formellement la résidence dans un autre pays (visa de longue durée, contrat de travail d’au moins un an visé par un consulat péruvien).

Astuce :

Cette distinction a un impact direct sur l’étendue de l’imposition : un résident fiscal est imposable au Pérou sur l’ensemble de ses revenus mondiaux, tandis qu’un non‑résident ne paie l’impôt que sur ses revenus de source péruvienne (salaires pour un travail effectué au Pérou, loyers d’un bien local, plus‑values immobilières, etc.).

Le système suit l’année civile, du 1er janvier au 31 décembre, avec une déclaration annuelle généralement exigée entre mars et avril de l’année suivante, via le formulaire 710 auprès de l’administration fiscale SUNAT (Superintendencia Nacional de Aduanas y de Administración Tributaria).

L’impôt sur le revenu des expatriés : barème des résidents et taux des non‑résidents

L’impôt péruvien sur le revenu des personnes physiques repose sur un barème progressif, exprimé non pas en montants fixes mais en « Unidad Impositiva Tributaria » (UIT). L’UIT est une unité de référence révisée chaque année par le gouvernement : elle valait 4 950 PEN en 2023, 5 150 PEN en 2024 et doit atteindre 5 500 PEN en 2026.

Barème des résidents : une progressivité appuyée sur les UIT

Pour les personnes domiciliées, les revenus du travail (salaires, revenus indépendants) et les revenus de source étrangère sont soumis à un barème en cinq tranches. Celui‑ci reste stable dans sa structure, seule la valeur de l’UIT évoluant au fil des ans.

Tranche de revenu annuel (en UIT)Taux applicable
Jusqu’à 5 UIT8 %
De plus de 5 à 20 UIT14 %
De plus de 20 à 35 UIT17 %
De plus de 35 à 45 UIT20 %
Au‑delà de 45 UIT30 %

Avant d’appliquer ce barème, le résident bénéficie d’un abattement automatique équivalent à 7 UIT sur ses revenus d’activité (salaires ou revenus indépendants). Il peut, sous conditions, déduire jusqu’à 3 UIT supplémentaires correspondant à certaines dépenses payées au Pérou : loyers, honoraires de professionnels indépendants, notes d’hôtels et de restaurants lorsque la réglementation le permet.

Exemple :

Pour illustrer le mécanisme de calcul avec les valeurs récentes de l’UIT, on peut rapprocher les abattements applicables et le barème de l’impôt, le tout exprimé dans la monnaie locale du pays concerné. Cela permet une visualisation concrète de l’interaction entre la déduction forfaitaire (l’abattement) et la tranche d’imposition.

Année fiscaleValeur d’une UIT (PEN)7 UIT (abattement de base)3 UIT (dépenses déductibles)
20194 20029 40012 600
20234 95034 65014 850
20245 15036 05015 450
20265 50038 50016 500

Pour un expatrié devenu résident, cela signifie que l’impôt ne frappe en pratique que la part de revenu excédant l’équivalent de 7 UIT, voire 10 UIT si les dépenses éligibles sont suffisantes et correctement documentées.

Non‑résidents : un taux unique de 30 % sur la source péruvienne

Les non‑domiciliés sont soumis à un traitement beaucoup plus simple, mais plus lourd : un taux unique de 30 % appliqué au revenu brut de source péruvienne. Ce taux s’applique aux salaires versés pour des prestations effectuées sur le territoire, aux honoraires d’indépendants, ainsi qu’à une large partie des revenus de capitaux lorsque les règles spécifiques ne prévoient pas un autre taux.

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Taux effectif de retenue à la source pour certains prestataires indépendants non-résidents après une déduction forfaitaire de 20 %.

Pour un expatrié fraîchement arrivé, la période de non‑domiciliation (avant d’avoir cumulé 183 jours sur 12 mois et jusqu’au 31 décembre suivant) peut donc se traduire par une imposition particulièrement lourde en cas de rémunération versée depuis le Pérou.

Les cinq catégories de revenus imposables : salaires, indépendants, loyers, plus‑values…

Le droit fiscal péruvien classe les revenus en cinq catégories. Cette classification détermine les taux, certaines déductions et la manière de déclarer.

La première catégorie regroupe les revenus tirés de la location ou sous‑location de biens immobiliers et de certains biens mobiliers. Un élément central pour les propriétaires : lorsque le loyer déclaré est trop faible, la loi impose un revenu présumé minimum correspondant à 6 % de la valeur municipale (autovalúo) du bien. Autrement dit, un appartement officiellement évalué à 400 000 PEN génère au minimum 24 000 PEN de revenus imposables par an, même si le loyer facturé est inférieur.

Attention :

Pour les particuliers domiciliés, les plus-values sur valeurs mobilières sont taxées à un taux effectif d’environ 5 % (via un calcul appliquant 6,25 % sur 80 % du gain brut). Les dividendes distribués par des sociétés péruviennes sont soumis à une retenue à la source de 5 %, applicable tant aux résidents qu’aux non-résidents.

La troisième catégorie vise les revenus professionnels exercés sous forme d’entreprise (commerce, industrie, prestations de services). Il s’agit en pratique du domaine de l’impôt sur les sociétés, avec un taux standard de 29,5 % sur le bénéfice net. C’est ce régime qui s’applique aussi, par exemple, à une société de type S.A.C. (Sociedad Anónima Cerrada) créée par un expatrié pour porter son activité.

La quatrième catégorie concerne les revenus indépendants perçus directement par la personne (consultants, médecins, avocats, formateurs, directeurs d’entreprise rémunérés par des « dietas », etc.). Ils sont soumis, pour les résidents, au barème progressif après l’abattement de 7 UIT, avec en plus une déduction forfaitaire de 20 % des honoraires bruts, plafonnée à 24 UIT. Les indépendants doivent émettre des reçus électroniques et, au‑delà d’un certain seuil mensuel (par exemple 3 609 PEN), verser un acompte d’impôt de 8 %.

Revenus de travail salarié

Cette section détaille les revenus issus d’une activité salariée et leur mode d’imposition.

Types de revenus concernés

Salaires, primes, commissions, gratifications et participation aux bénéfices.

Régime d’imposition

Imposés selon le barème progressif, après déduction forfaitaire de 7 UIT et, le cas échéant, de 3 UIT supplémentaires pour dépenses personnelles.

Traitement particulier des expatriés salariés

Pour un salarié expatrié, de nombreuses prestations fournies par l’employeur peuvent être totalement exonérées, à condition d’être prévues dans un contrat de travail formellement approuvé par les autorités du travail. Cela vaut notamment pour l’hébergement et la nourriture du salarié et de sa famille pendant les trois premiers mois au Pérou, les billets d’avion aller et retour, les voyages de congés vers le pays d’origine, ainsi que les frais de déménagement et de transport du mobilier au début et à la fin du contrat.

Les frais d’entretien et de carburant d’un véhicule mis à disposition par l’entreprise pour un usage essentiellement professionnel peuvent également échapper à l’imposition dans les mains du salarié. Ce régime d’exonérations ciblées constitue un levier important de négociation contractuelle pour les cadres détachés.

Revenus immobiliers et plus‑values : ce que doit savoir un expatrié propriétaire

La fiscalité péruvienne de l’immobilier repose sur trois piliers : l’impôt sur les loyers, l’impôt sur les plus‑values lors de la revente et les taxes municipales annuelles (taxe foncière) ou ponctuelles (taxe de mutation).

Louer un bien au Pérou : taux de 5 % pour les résidents, retenues pour les non‑résidents

Pour les personnes domiciliées, les revenus locatifs (première catégorie) bénéficient d’un régime simplifié : un taux effectif de 5 % sur le montant imposable. En pratique, l’administration applique un taux nominal de 6,25 % sur une base nette correspondant à 80 % du loyer, ce qui revient à 5 % du brut. Dans certains cas, un petit montant de revenus peut être exonéré, mais la règle structurante reste ce taux forfaitaire.

Pour les non‑résidents, la situation est plus contrastée dans les sources, mais le schéma de base est celui d’une retenue à la source. Les textes généraux prévoient un taux de 30 % sur le revenu brut, sans déduction possible. Cependant, des pratiques et interprétations plus récentes évoquent une retenue finale de 5 % dans le cas de loyers perçus par des non‑résidents lorsque le locataire ou un gestionnaire professionnel effectue la retenue directement. Dans la mesure où ces points techniques relèvent d’interprétations administratives évolutives, un expatrié propriétaire gagnera à s’appuyer sur un conseil local pour sécuriser le taux applicable et la manière de déclarer.

Bon à savoir :

Pour un expatrié qui loue un bien à un proche en dessous du prix du marché, l’administration fiscale peut calculer un revenu locatif théorique. Ce calcul se base sur une règle constante : un revenu présumé minimal équivalant à 6% de la valeur municipale du bien.

Vendre un bien : l’impôt sur la plus‑value immobilière

Lors de la revente d’un bien immobilier, le régime diffère selon le statut du vendeur et l’usage du bien.

Pour un résident, la plus‑value réalisée sur un immeuble qui n’est pas la résidence principale est soumise à un impôt définitif de 5 %. La base imposable correspond, en principe, à la différence entre le prix de vente et le coût d’acquisition augmenté des dépenses d’amélioration justifiées. Une exonération importante s’applique aux biens acquis avant le 1er janvier 2004, ainsi qu’à la vente de la résidence principale (casa habitación) lorsque le bien a été utilisé exclusivement à des fins d’habitation pendant au moins deux ans.

Pour un non‑résident, plusieurs sources mentionnent deux régimes : d’une part, un taux de 30 % sur le prix de cession brut en tant que revenu de source péruvienne (approche ancienne et très pénalisante) ; d’autre part, un taux de 5 % sur la plus‑value nette, sous réserve de certaines formalités auprès de la SUNAT. En pratique, un vendeur non‑résident doit souvent obtenir un numéro fiscal péruvien (RUC) et faire certifier son prix d’acquisition (devolución del capital invertido) pour éviter que l’impôt ne s’applique à l’intégralité du prix de vente. Là encore, l’accompagnement par un notaire et un fiscaliste locaux est presque indispensable.

Lorsque les ventes de biens immobiliers deviennent fréquentes (par exemple, trois ventes ou plus dans la même année), l’administration peut requalifier l’activité en commerce immobilier relevant de la troisième catégorie, imposé au taux plein de 29,5 % comme un bénéfice d’entreprise.

Administration fiscale française

Taxe foncière (Impuesto Predial) : une taxe municipale progressive

La taxe foncière péruvienne, appelée Impuesto Predial, est prélevée par les municipalités sur la valeur cadastrale des biens situés sur leur territoire. Cette valeur d’auto‑évaluation (autovalúo) est souvent comprise entre 60 et 80 % de la valeur de marché. Le propriétaire au 1er janvier de l’année est redevable de la taxe pour l’ensemble de l’année, même s’il vend ensuite le bien.

Le barème est progressif, exprimé en UIT, mais généralement présenté en valeur monétaire pour plus de clarté. Si l’on prend la valeur d’une UIT à 5 150 PEN, la structure des taux est la suivante :

Tranche de valeur du bienTaux de taxe foncière
Jusqu’à 15 UIT0,2 %
De plus de 15 à 60 UIT0,6 %
Au‑delà de 60 UIT1,0 %

En convertissant ces tranches en monnaie locale avec une UIT à 5 150 PEN, on obtient :

Tranche de valeur (PEN)Taux appliqué
0 à 77 250 (≈ 15 UIT)0,2 %
77 250 à 309 000 (≈ 15 à 60 UIT)0,6 %
Au‑delà de 309 000 (plus de 60 UIT)1,0 %

La taxe est payée en général en quatre acomptes trimestriels, avec des échéances fin février, mai, août et novembre. Nombre de municipalités accordent des remises de l’ordre de 5 à 15 % en cas de paiement anticipé de la totalité de l’année. Des exonérations partielles sont prévues pour les retraités utilisant le bien comme résidence principale, par exemple sur les premiers 50 UIT de valeur, ainsi que pour certaines personnes en situation de handicap.

plusieurs milliers

Les arbitrios municipales peuvent représenter plusieurs milliers de soles par an pour un appartement de taille moyenne dans un district central de Lima.

Taxe de mutation (Alcabala) : 3 % pour l’acheteur au‑delà de 10 UIT

À l’achat d’un bien immobilier, l’acheteur doit s’acquitter d’un droit de mutation appelé Impuesto de Alcabala. Le taux est de 3 % appliqué sur la valeur du bien, après déduction d’une franchise équivalente à 10 UIT.

Si l’on retient une UIT à 5 150 PEN, l’abattement représente 51 500 PEN. En pratique, la base taxable est le plus élevé des deux montants entre le prix de vente et la valeur cadastrale, diminué de ces 10 UIT.

L’Alcabala ne s’applique pas aux ventes réalisées pour la première fois par un promoteur dans le cadre de la construction d’un immeuble neuf, lorsque la TVA (18 %) s’applique déjà sur la partie construction ; dans ce cas, l’Alcabala ne frappe que la valeur du terrain. Les donations peuvent, quant à elles, être soumises à l’Alcabala, sauf lorsqu’il s’agit d’avances d’hoirie (anticipos de legítima) exonérées.

Pour un expatrié acheteur, cette taxe vient s’ajouter aux frais de notaire (en général 0,5 à 1 % du prix), aux droits d’enregistrement au registre public (SUNARP), et aux honoraires d’avocat et d’agent immobilier. Au total, les coûts d’acquisition côté acheteur se situent souvent entre 4,5 et 5,5 % de la valeur du bien, tandis que le vendeur supporte principalement la commission d’agence (environ 3 à 5 %), ce qui porte le « round‑trip cost » global à 7,5–10,5 %.

Autres prélèvements : TVA, contributions sociales et absence d’impôts sur la fortune

Au‑delà de l’impôt sur le revenu et des taxes immobilières, la fiscalité péruvienne présente d’autres aspects importants pour un expatrié, notamment la TVA, les contributions sociales et l’absence de certains impôts fréquents dans d’autres pays.

La TVA (IGV) est fixée à 18 %, composée de 16 % d’impôt général sur les ventes et 2 % de taxe de promotion municipale. Elle s’applique aux ventes de biens, aux prestations de services, aux contrats de construction, à la première vente d’un immeuble par un promoteur et aux importations. Un expatrié entrepreneur devra s’enregistrer à la SUNAT, collecter cette TVA sur ses factures et déduire la TVA payée sur ses propres achats professionnels.

Bon à savoir :

L’employeur verse 9% de la rémunération brute à EsSalud pour la santé. Le salarié cotise environ 13% de son salaire pour sa retraite, au choix auprès de l’ONP (public) ou d’une AFP (privé), via prélèvement à la source. Il n’existe pas de cotisation spécifique pour le chômage.

Enfin, le Pérou ne connaît pas d’impôt sur la fortune, ni de droits de succession ou de donation. Les transferts gratuits de biens entre personnes physiques ne sont pas considérés comme des revenus taxables, même si les donations immobilières peuvent rester soumises à la taxe d’Alcabala. Cette configuration est particulièrement intéressante pour des expatriés désireux de transmettre un patrimoine sans couche fiscale supplémentaire, même si le droit civil successoral péruvien, fondé sur la réserve héréditaire, limite les marges de manœuvre testamentaires.

Double imposition et conventions fiscales : un filet protecteur partiel

Un expatrié percevant des revenus dans plusieurs pays se trouve rapidement confronté au risque de double imposition. Le Pérou a signé un nombre limité de conventions fiscales bilatérales, principalement avec des partenaires régionaux et quelques pays de l’OCDE : Brésil, Canada, Chili, Japon, Corée, Mexique, Portugal, Suisse, ainsi qu’avec les pays de la Communauté andine (Bolivie, Colombie, Équateur) via la Décision 578.

Ces accords permettent, selon les cas, de réduire les retenues à la source sur dividendes, intérêts ou redevances, ou de réserver l’imposition à un seul État pour certains types de revenus (par exemple, les pensions publiques ou les bénéfices d’exploitation sans établissement stable). Ils prévoient aussi des mécanismes de règlement amiable des différends (procédure amiable) et des clauses de non‑discrimination.

Le Pérou a par ailleurs adhéré à la Convention multilatérale d’assistance administrative mutuelle en matière fiscale et signé l’Instrument multilatéral (MLI) de l’OCDE pour intégrer les standards BEPS dans ses conventions. Le MLI, qui devient effectif pour le Pérou à partir de 2026, modifiera certaines dispositions de traités existants, notamment sur la prévention des abus et l’amélioration de la procédure amiable.

Bon à savoir :

Pour les résidents fiscaux péruviens avec des revenus de source étrangère, l’impôt payé à l’étranger donne droit à un crédit d’impôt au Pérou. Ce crédit est limité au montant le plus faible entre l’impôt étranger payé et l’impôt péruvien théorique calculé sur ce revenu (selon le taux moyen du contribuable). De plus, les revenus en provenance des pays de la Communauté andine bénéficient d’un traitement privilégié : ils sont généralement exclus de l’assiette imposable au Pérou pour éviter toute double imposition.

Pour les ressortissants américains, la situation est particulière : il n’existe ni convention fiscale globale, ni accord de sécurité sociale (totalisation) entre les États‑Unis et le Pérou. Les citoyens et détenteurs de carte verte restent redevables de l’impôt américain sur leurs revenus mondiaux, même s’ils vivent à Lima ou Arequipa depuis des années. Ils peuvent atténuer la double imposition via le Foreign Earned Income Exclusion (exonération de revenus d’activité à l’étranger) et le Foreign Tax Credit, mais devront, en l’absence d’accord de totalisation, payer la self‑employment tax américaine sur leurs revenus indépendants, en parallèle des cotisations péruviennes éventuelles.

Obligations déclaratives, contrôles et sécurité juridique

Le fonctionnement pratique du système repose sur une combinaison d’autoliquidation et de retenues à la source. Les employeurs calculent et versent mensuellement l’impôt sur le revenu des salariés, ainsi que les contributions sociales. Les indépendants et entreprises doivent verser des acomptes mensuels d’impôt sur le revenu, sur la base d’un pourcentage du chiffre d’affaires ou d’un coefficient calculé à partir du dernier exercice clos.

Les particuliers résidents doivent déposer leur déclaration annuelle (formulaire 710) dans les délais fixés chaque année par la SUNAT, souvent étalés sur plusieurs jours en fonction du numéro d’identification fiscale (RUC). Les personnes dont le seul revenu est un salaire intégralement soumis à retenue à la source peuvent être dispensées de déclaration dans certains cas.

Attention :

Les retards de dépôt ou de paiement de déclarations fiscales entraînent des amendes et des intérêts moratoires. À partir de 2024, le taux de ces intérêts est aligné sur le taux d’intérêt légal, remplaçant le taux traditionnel d’environ 0,03% par jour. De plus, l’administration dispose de délais variables pour procéder à une reprise : 4 ans si la déclaration a été déposée, 6 ans en cas d’absence de déclaration, et jusqu’à 10 ans si des retenues à la source n’ont pas été reversées au Trésor.

La SUNAT dispose de pouvoirs de contrôle étendus, dopés par l’échange automatique d’informations financières dans le cadre du standard commun de déclaration (CRS de l’OCDE). La législation inclut une règle générale anti‑abus (GAAR) permettant de requalifier des montages principalement destinés à réduire l’impôt sans justification économique suffisante, ainsi que des dispositifs de prix de transfert et de sociétés étrangères contrôlées (CFC) pour taxer les revenus passifs logés dans des entités off‑shore contrôlées par des résidents péruviens.

Astuce :

En matière immobilière, les municipalités peuvent imposer des pénalités et intérêts en cas de non‑paiement de la taxe foncière ou des arbitrios. Après environ douze mois d’arriérés, elles peuvent même engager des procédures de saisie. Pour éviter cela et mettre à jour les registres fiscaux, les nouveaux propriétaires doivent impérativement déclarer le bien auprès de la municipalité (alta municipal).

Ce que cela signifie concrètement pour un expatrié

Au final, la fiscalité péruvienne, notamment en matière d’impôt sur le revenu et de taxe foncière, présente un visage paradoxal pour un expatrié : les mécanismes sont relativement simples, les taux sur l’immobilier (5 % sur les loyers et plus‑values pour un résident, 0,2 à 1 % de taxe foncière) restent modérés, mais les périodes de non‑résidence sont frappées par des taux bruts élevés (30 % sur de nombreux revenus) et la coordination avec la fiscalité du pays d’origine est parfois délicate, en particulier en l’absence de convention bilatérale.

Bon à savoir :

Pour un salarié expatrié, l’optimisation se joue principalement dans le contrat de travail. Il est avantageux d’y intégrer des avantages exonérés, tels que la prise en charge du logement, des billets d’avion pour le début et la fin de mission, du déménagement, ou un véhicule de fonction si le poste le nécessite. Cela permet de réduire la base imposable et, une fois le statut de résident acquis, de bénéficier pleinement des abattements en unités d’imposition (UIT).

Pour un investisseur immobilier, le Pérou offre un environnement juridiquement ouvert aux étrangers, des rendements locatifs intéressants et, sur le plan fiscal, un triptyque assez compétitif : retenue de 5 % sur les revenus locatifs pour les résidents, 5 % sur les plus‑values hors résidence principale, et taxe foncière faible en proportion de la valeur du bien. La vigilance reste cependant de mise concernant la taxe d’Alcabala, la TVA sur les achats neufs, et l’obligation de s’enregistrer auprès de la SUNAT, voire d’obtenir un RUC, même en l’absence de résidence migratoire.

Bon à savoir :

Pour un entrepreneur, la combinaison de l’impôt sur les sociétés (29,5 %), de la TVA (18 %), des contributions sociales et des règles anti‑abus nécessite une structuration réfléchie, particulièrement pour les activités internationales ou les services intra‑groupe. Les conventions fiscales, bien qu’utiles pour sécuriser ces montages, sont encore peu nombreuses comparé à d’autres juridictions.

En définitive, la clé pour un expatrié est d’anticiper : déterminer à quel moment il deviendra résident fiscal, cartographier ses sources de revenus (salaires, dividendes, loyers, plus‑values), mesurer l’impact des barèmes en UIT, et intégrer la taxe foncière et la taxe de mutation dans ses calculs d’investissement immobilier. Bien maîtrisé, le cadre fiscal péruvien permet de concilier installation confortable et optimisation raisonnable, sans pour autant recourir à des montages complexes. La condition reste de s’informer en amont et de sécuriser ses démarches auprès de la SUNAT et des autorités municipales concernées.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Pérou, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler le Pérou pour son régime fiscal favorable aux revenus étrangers, son coût de vie nettement plus bas qu’en France (Lima ~40% moins cher que Paris) et ses opportunités d’investissement immobilier en devise locale, tout en profitant d’une convention fiscale avec la France. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence péruvienne, détachement CNAS/CPAM, transfert de résidence bancaire internationale, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local (avocat, spécialiste immigration, francophones) et intégration patrimoniale. Cet accompagnement permet d’obtenir des économies fiscales significatives tout en maîtrisant les risques (contrôles français, double imposition, adaptation culturelle andine).

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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