S’installer comme entrepreneur au Pérou attire de plus en plus d’expatriés. Le pays coche de nombreuses cases recherchées par les créateurs d’entreprise : économie émergente dynamique, monnaie relativement stable, marché intérieur de plus de 34 millions d’habitants, accès direct au Pacifique, et un cadre légal globalement accueillant pour les capitaux étrangers. Mais derrière l’image de pays “facile” pour investir, la réalité est plus technique : choix de la structure, fiscalité, visas, droit du travail, banques, obligations locales… tout doit être anticipé.
Ce guide offre une approche globale et concrète, avec des données chiffrées, pour monter un projet entrepreneurial au Pérou. Il présente les contraintes réelles tout en évitant un jargon juridique trop technique, afin d’être accessible aux expatriés.
Pourquoi le Pérou attire les entrepreneurs étrangers
Le Pérou est considéré comme l’un des marchés les plus dynamiques d’Amérique latine. L’économie repose sur des fondamentaux jugés solides : dette publique modérée, importantes réserves internationales, banque centrale crédible qui vise une inflation maîtrisée, et un appareil exportateur tiré par les mines, l’agro-industrie et de plus en plus par l’e‑commerce.
Le produit intérieur brut du pays s’élève à environ 267 milliards de dollars US.
Le pays profite aussi de plusieurs alliances régionales : le bloc de l’Alliance du Pacifique avec le Chili, la Colombie et le Mexique, la Communauté andine avec la Bolivie, la Colombie et l’Équateur, ainsi que de multiples accords de double imposition (Brésil, Canada, Portugal, Suisse, Mexique, Corée du Sud, Japon, etc.). Pour un expatrié, cela signifie un accès facilité à d’autres marchés latino‑américains et une réduction des risques de double taxation sur les dividendes, intérêts ou redevances.
La capitale concentre près de 45 % du PIB national et constitue le cœur économique, financier et logistique du pays. Son écosystème, comprenant espaces de coworking, centres d’affaires, banques et prestataires spécialisés, facilite l’implantation des nouvelles entreprises.
Atouts clés pour un créateur d’entreprise expatrié
Sans promettre un eldorado, le Pérou offre une combinaison de facteurs rarement réunis dans la région :
| Facteur | Situation au Pérou | Intérêt pour l’expatrié |
|---|---|---|
| Croissance | Économie parmi les plus dynamiques d’Amérique latine, croissance proche de 3 % | Marché en expansion, opportunités récurrentes |
| Exportations | Record de 74,7 Mds USD, forte base minière et agro‑export | Potentiel d’exporter via de nombreux accords de libre‑échange |
| Stabilité macro | Dette contenue, réserves importantes, banque centrale crédible | Moins de risque de crise monétaire brutale |
| Chômage | Environ 3,6 % | Main‑d’œuvre relativement disponible mais pas en détresse sociale |
| Banques | Système moderne, bien régulé, forte digitalisation | Ouverture de comptes et gestion quotidienne plus fluides |
| Coût de la vie | Niveau relativement bas pour la région | Budget personnel et charges salariales plus abordables |
Ce tableau masque toutefois certaines difficultés : inégalités régionales fortes, bureaucratie lourde, corruption persistante, complexité fiscale, et une géographie qui complique la logistique (Andes, Amazonie, désert côtier). Un projet sérieux doit intégrer ces contraintes dès l’étude de marché.
Comprendre le cadre légal et l’ouverture aux investisseurs étrangers
Le cadre juridique péruvien est, sur le papier, l’un des plus libéraux de la région pour les capitaux étrangers. La Constitution garantit le principe d’égalité de traitement entre investisseurs nationaux et étrangers : aucune discrimination n’est censée exister dans l’accès à la propriété, aux contrats publics ou aux financements.
La grande majorité des secteurs sont ouverts sans limitation de participation étrangère. L’investisseur expatrié peut détenir 100 % du capital d’une société péruvienne. Aucune règle spécifique de la banque centrale ne cible les investissements étrangers, et il n’existe pas de contrôle des changes : les flux en devises peuvent entrer et sortir librement, sous réserve des procédures de lutte contre le blanchiment.
Pour des raisons de sécurité nationale, l’investissement étranger direct est restreint dans certains secteurs spécifiques. Ces domaines incluent les armes, la sécurité privée, les transports maritime et aérien, certains médias, ainsi que les zones géographiques situées à moins de 50 km des frontières. Pour investir dans ces secteurs, une autorisation expresse, souvent accordée par décret suprême, est obligatoire.
Par ailleurs, un régime original de “Contrats de stabilité juridique” permet aux grands investisseurs de verrouiller pour dix ans les règles fiscales et de change qui leur sont applicables. Les montants requis sont élevés : 10 millions de dollars pour la mine et les hydrocarbures, 5 millions pour les autres secteurs. Cela reste donc réservé aux projets de grande ampleur, mais cette possibilité illustre la volonté du pays d’offrir un horizon de prévisibilité à long terme.
Choisir la bonne forme juridique pour son projet
Au Pérou, toutes les sociétés doivent adopter une forme prévue par la Loi générale des sociétés. Pour un expatrié, le choix de la structure est central : il conditionne la gouvernance, la protection du patrimoine personnel, l’accès aux visas et la fiscalité.
Les grandes familles de structures
Plusieurs options se démarquent dans la pratique.
| Forme | Caractéristiques principales | Pour quel type de projet ? |
|---|---|---|
| S.R.L. (Sociedad Comercial de Responsabilidad Limitada) | Responsabilité limitée, 2 à 20 associés, capital en “participations” non négociables, transfert encadré | Petites sociétés de services, cabinets, activités familiales |
| S.A.C. (Sociedad Anónima Cerrada) | Société par actions fermée, max. 20 actionnaires, conseil d’administration facultatif, direction flexible | Start‑ups, PME avec quelques associés, joint‑ventures contrôlées |
| S.A. (Sociedad Anónima) | Société anonyme “classique”, jusqu’à 750 actionnaires, conseil d’administration obligatoire | Entreprises de taille moyenne à grande, groupes structurés |
| S.A.A. (Sociedad Anónima Abierta) | Société anonyme ouverte, au moins 751 actionnaires ou offre publique, cotation obligatoire | Grands groupes, introduction en bourse |
| Sucursal (succursale) | Établissement secondaire d’une société étrangère, sans personnalité juridique propre | Filiale de représentation ou d’exécution de contrats, quand on veut rester sous la bannière de la maison‑mère |
| E.I.R.L. (Empresa Individual de Responsabilidad Limitada) | Entreprise individuelle à responsabilité limitée | Solo‑entrepreneurs, artisans structurés |
| Empresa Individual (entreprise individuelle “simple”) | Pas de personnalité morale distincte, responsabilité illimitée | Activités très petites, indépendants débutants |
Dans de nombreux cas, la S.A.C. ou la S.R.L. sont les options les plus adaptées à un expatrié : responsabilité limitée, souplesse de gestion, image professionnelle face aux partenaires et banques.
Le seuil de capital requis pour demander un visa d’investisseur au Pérou est d’environ 140 000 dollars.
Ce que permet chaque structure au quotidien
La S.R.L. convient à un petit nombre d’associés qui privilégient la stabilité. Les “participations” ne sont pas des actions librement négociables : les cessions sont plus formelles (acte public, enregistrement) et la liste des associés est publique. En contrepartie, la gouvernance est directe, avec un ou plusieurs gérants.
La Société par Actions Simplifiée (S.A.C.) offre une structure souple, sans obligation d’avoir un conseil d’administration, ce qui la rend adaptée aux projets entrepreneuriaux de taille modeste. Son dirigeant peut être un directeur général unique, même de nationalité étrangère, à condition qu’il dispose du statut migratoire approprié.
La S.A. impose un conseil d’administration d’au moins trois membres, un formalisme accru et se prête mieux à des montages avec plusieurs investisseurs ou à des opérations sur le marché des capitaux.
La succursale permet à une maison‑mère étrangère de s’implanter sans créer de nouvelle personnalité juridique locale. La responsabilité des dettes de la succursale remonte directement à la société d’origine, ce qui peut poser problème en cas de litige ou de dette fiscale. En revanche, la succursale montre aux partenaires que la structure de tête assume pleinement les engagements.
Étapes concrètes pour constituer une société
La création d’une entreprise au Pérou se déroule en plusieurs étapes formelles. Selon la complexité du dossier et la réactivité des intervenants (notaire, registre, banque, avocats), les délais annoncés vont de deux à six semaines, parfois plus si les fondateurs sont à l’étranger.
La séquence type ressemble à ceci : séquence type
La création d’une société au Pérou suit un processus administratif et juridique précis. Il commence par le choix de la forme sociale et la rédaction des statuts, suivi de la réservation du nom commercial auprès de la SUNARP (environ 6 $ pour 30 jours). Le capital initial doit être déposé sur un compte bancaire provisoire. Ensuite, un avocat rédige l’acte de constitution, qui est signé devant notaire (frais : 80 à 150 $). La société est ensuite enregistrée à la SUNARP (frais : forfait de qualification d’environ 10 $ plus une taxe proportionnelle au capital, généralement entre 50 et 150 $). Il faut obtenir le RUC (numéro fiscal) auprès de la SUNAT, légaliser les livres sociaux (environ 50 $ par livre) et demander une licence municipale. Enfin, il convient d’ouvrir un compte bancaire définitif et les comptes fiscaux nécessaires, puis d’enregistrer les salariés auprès d’EsSalud et de mettre en place la paie.
Quand les fondateurs sont à l’étranger, ils peuvent donner procuration à un tiers (citoyen ou résident péruvien) pour signer les actes. Les procurations établies hors du pays doivent être apostillées ou légalisées par un consulat péruvien, puis enregistrées localement, ce qui peut ajouter une quinzaine de jours au calendrier.
Coût de démarrage : ce qu’il faut réellement prévoir
Au-delà des idées reçues sur un “montage pour quelques dollars”, les premiers mois nécessitent un budget réaliste. Les estimations disponibles pour une création standard (hors licences de secteurs réglementés) situent le coût de la première année entre 2 000 et 4 000 dollars, parfois plus. Ce montant se décompose à grands traits comme suit :
| Poste | Fourchette indicative (USD) |
|---|---|
| Dépôt minimum en banque | 260 – 300 |
| Réservation du nom | ~6 |
| Frais de notaire | 80 – 150 |
| Droits d’enregistrement SUNARP | 60 – 150 |
| Légalisation des livres comptables (3–4 livres) | 150 – 200 |
| Honoraires juridiques / traduction | 500 – 1 000 |
| Honoraires de comptabilité annuelle pour petite structure | 1 000 – 2 500 |
Ce budget ne comprend ni les éventuels frais de visa, ni les permis sectoriels (sanitaires, environnementaux, licences spécifiques), ni le loyer des bureaux.
Une solution alternative pour tester le marché et employer légalement des collaborateurs au Pérou sans créer de structure locale.
Le prestataire EOR emploie légalement vos collaborateurs en votre nom, gérant la paie, les charges sociales et la conformité. Idéal pour valider un modèle d’affaires, constituer une équipe locale ou travailler avec des clients péruviens sans structure juridique immédiate.
Coût sous forme de forfait mensuel par salarié, généralement entre 199 et 599 dollars. Aucun frais de mise en place n’est appliqué, offrant une visibilité financière claire.
La fiscalité des sociétés et des personnes
Sur le plan fiscal, le Pérou combine un taux d’impôt sur les sociétés relativement standard pour la région (29,5 %) et une TVA (IGV) à 18 %. Le système est sophistiqué, avec de nombreuses règles de retenues à la source, de prix de transfert et de limitation de la déductibilité des intérêts.
Imposition des sociétés
Une société résidente (incorporée au Pérou ou disposant d’un établissement stable) est imposée à 29,5 % sur son bénéfice mondial. Une société non résidente sans établissement stable est en principe taxée à 30 % sur ses revenus de source péruvienne, via des retenues opérées par le payeur local.
Les dividendes distribués à des non‑résidents supportent une retenue de 5 %. Pour les intérêts, redevances, services techniques ou numériques, les taux varient fortement selon la nature de la prestation, le lien de dépendance entre les parties et l’existence éventuelle d’une convention de non‑double imposition.
Quelques repères utiles :
| Type de flux vers un non‑résident (hors conventions) | Taux standard de retenue |
|---|---|
| Dividendes / distribution de bénéfices | 5 % |
| Intérêts sur prêts “éligibles” entre non liés | 4,99 % |
| Intérêts entre parties liées | 30 % |
| Redevances | 30 % |
| Services techniques (avec rapport d’audit) | 15 % |
| Services numériques | 30 % |
| Autres services | 30 % |
| Cession de valeurs mobilières via Bourse de Lima | 5 % |
| Cession de valeurs hors bourse | 30 % |
Des conventions signées avec le Canada, le Chili, le Brésil, le Mexique, le Portugal, la Suisse, la Corée du Sud, le Japon, et, plus récemment, le Royaume‑Uni permettent parfois d’abaisser ces retenues, sous conditions (niveau de participation, nature de l’investisseur, etc.). Par ailleurs, le pays a ratifié la convention multilatérale de l’OCDE (MLI), qui modifie progressivement plusieurs traités existants.
Les intérêts déductibles sont limités à 30% de l’EBITDA fiscal de l’année précédente. L’excédent non déductible peut être reporté sur quatre exercices. Pour les pertes fiscales, deux systèmes existent : un report intégral sur quatre ans, ou un report indéfini avec une compensation annuelle limitée à 50% du bénéfice.
TVA, taxes diverses et incitations
L’IGV (équivalent TVA) à 18 % s’applique à la plupart des ventes de biens et services. Certaines activités (exportations notamment) sont exonérées ou à taux zéro, avec droit à remboursement de crédit de TVA. Un régime permet même aux nouvelles sociétés de récupérer la TVA sur leurs investissements avant le démarrage officiel de l’exploitation.
Taux de l’impôt temporaire sur l’actif net applicable au-delà d’un million de sols péruviens.
En parallèle, des régimes incitatifs ciblent certains secteurs ou régions : taux d’IS réduits dans la région amazonienne, avantages fiscaux pour l’agrobusiness, l’aquaculture, la foresterie, zones économiques spéciales assorties d’exonérations d’IS et de TVA, ou encore sur‑déduction des dépenses de R&D à hauteur de 150–175 % pendant une période limitée.
Fiscalité personnelle de l’entrepreneur expatrié
Pour les personnes physiques, tout tourne autour de la notion de “domicile fiscal”. Un expatrié devient résident fiscal s’il passe plus de 183 jours au Pérou durant une période de douze mois, l’effet prenant en compte à partir du 1ᵉʳ janvier de l’année suivante. Un résident est imposé sur son revenu mondial, un non‑résident uniquement sur ses revenus de source péruvienne.
Pour les résidents, l’impôt est progressif (de 8% à 30%) après un abattement de base de 7 UIT. Des déductions supplémentaires (jusqu’à 3 UIT) sont possibles pour certaines dépenses. Les non-résidents sont soumis à un taux forfaitaire de 30% sur leurs revenus de source locale.
Les dividendes reçus par une personne physique résidente sont taxés, mais bénéficient d’un régime particulier : les plus‑values sur actions et certains revenus de capitaux peuvent être imposés à un taux effectif de 5 %. Là encore, les conventions internationales peuvent influer sur l’imposition finale si l’entrepreneur conserve des attaches fiscales dans son pays d’origine.
Pour les expatriés américains, s’ajoute l’obligation de déclarer l’intégralité de leurs revenus mondiaux au fisc des États‑Unis, avec le recours possible à l’exclusion de revenus de source étrangère et au crédit d’impôt pour impôts payés au Pérou.
Droit du travail : embaucher et gérer une équipe locale
Créer une entreprise au Pérou implique rapidement d’embaucher du personnel. Le droit du travail local, assez protecteur, doit être intégré dans le business plan en termes de coûts et de gestion.
Contrats, temps de travail et salaires
Les contrats sont régis par le décret législatif 728, la loi de productivité et de compétitivité au travail, et divers textes sur la durée du travail, la santé et la sécurité. Les contrats à durée indéterminée sont la règle, les contrats à durée déterminée étant possibles sous conditions (motif objectif, durée maximale cumulée de cinq ans, forme écrite obligatoire).
La semaine de travail standard est de 48 heures, soit 8 heures par jour sur 6 jours ou un aménagement équivalent. Le salaire minimum mensuel est aujourd’hui de 1 130 sols, avec un minimum majoré de 35 % pour le travail de nuit et de 25 % pour les travailleurs du secteur minier. La rémunération moyenne nationale tourne autour de 450 dollars par mois, avec des niveaux plus élevés à Lima.
En France, les heures supplémentaires effectuées au-delà de la durée légale du travail sont majorées : d’au moins 25 % pour les deux premières heures, puis d’au moins 35 % pour les heures suivantes. De plus, travailler un jour férié ou un jour de repos hebdomadaire ouvre généralement droit à une rémunération double. Il est important de noter que certaines catégories, comme les cadres dirigeants ou les salariés non soumis à un horaire contrôlé, peuvent être exclues du bénéfice de ces majorations, à condition que cette exclusion soit clairement justifiée.
Le coût global d’un salarié dépasse nettement le salaire brut, notamment du fait des cotisations santé et des primes légales.
| Élément | Charge pour l’employeur | Observations |
|---|---|---|
| Assurance santé publique (EsSalud) | ~9 % du salaire brut | Ou contribution à un assureur privé EPS à taux légèrement réduit |
| Pension (ONP ou AFP) | 0 % employeur – 12,5‑13 % salarié | Retenue à la source et versement par l’employeur |
| CTS (compensation pour temps de service) | Environ 9,72 % du salaire annuel | Dépôts en mai et novembre sur un compte au nom du salarié |
| Gratifications (primes de juillet et décembre) | 2 salaires mensuels par an | Primes obligatoires, avec contribution additionnelle à EsSalud |
| Congés payés | 30 jours calendaires par an | Payés au salaire habituel, indemnisés à la rupture s’ils sont non pris |
| Participation aux bénéfices | 5 à 10 % du bénéfice imposable | Obligatoire dès 20 salariés, taux selon le secteur |
| Allocation familiale | 10 % du salaire minimum | Pour les salariés ayant des enfants à charge |
En prime, la loi impose une assurance vie obligatoire, un système rigoureux de santé et sécurité au travail, et de multiples congés (maladie, maternité, paternité, adoption). Les congés maternité sont rémunérés sur 98 jours (49 avant, 49 après l’accouchement), financés principalement par EsSalud.
Le licenciement ‘à volonté’ n’existe pas. L’employeur doit justifier une cause réelle liée à l’aptitude (incompétence, maladie, condamnation) ou à la conduite (faute grave, absentéisme, divulgation de secrets). Sans cause valable, il risque une indemnité pouvant atteindre 12 mois de salaire ou la réintégration du salarié.
Embauche de travailleurs étrangers
Pour un expatrié, un point crucial est la limitation légale de la part de salariés étrangers dans l’entreprise : en principe, pas plus de 20 % de l’effectif et pas plus de 30 % de la masse salariale. Des exceptions existent pour des profils hautement qualifiés, des postes de direction ou certains secteurs, mais elles impliquent de monter un dossier argumenté auprès des autorités du travail.
De manière générale, un étranger doit disposer d’un visa de travail ou de résident pour être employé légalement, y compris dans sa propre société. Travailler avec un simple visa touristique est illégal et expose l’entreprise à des sanctions importantes, sans compter les risques pour la situation migratoire de l’intéressé.
Visas et statut migratoire de l’entrepreneur
Créer une société au Pérou ne donne pas automatiquement le droit d’y résider ni d’y travailler. Les règles migratoires sont gérées par la Superintendencia Nacional de Migraciones et obéissent à une logique propre, parfois différente de celle des pays d’origine des expatriés.
Touriste, homme d’affaires, investisseur : faire la différence
Un ressortissant étranger peut entrer au Pérou avec un visa de tourisme (ou sans visa pour certaines nationalités) et, muni d’un permis spécial délivré en quelques minutes par Migraciones, signer des contrats ou des actes de constitution de société. Mais ce permis ne lui permet ni de gérer officiellement la société devant l’administration fiscale, ni d’exercer une activité rémunérée.
Pour rester moyen ou long terme et piloter effectivement son entreprise, plusieurs options existent selon le profil du projet :
Différents types de visas permettant de séjourner au Pérou, avec des conditions et des droits variables concernant l’activité professionnelle.
Fondé sur un apport de capital important dans une société péruvienne.
Pour être dirigeant salarié de sa propre société.
Pour certaines missions spécifiques.
Retraité, regroupement familial, etc. Attention : toutes ne donnent pas le droit de travailler.
Le visa d’investisseur requiert notamment un capital social minimum de 500 000 sols investi dans une entreprise locale, la création d’emplois péruviens et l’intégration de ces informations dans l’acte public de constitution. Ce visa est en principe valable un an, renouvelable, mais ne donne pas automatiquement la possibilité d’être salarié : il peut être nécessaire de cumuler avec un statut de travailleur résident si l’on souhaite percevoir un salaire de sa propre société.
Parcours type d’un entrepreneur étranger
Concrètement, beaucoup d’expatriés suivent une trajectoire progressive : première venue comme touriste ou visiteur d’affaires pour valider l’idée, étude de marché et rencontres, puis création de la société avec l’aide d’un avocat local, dépôt de capital et ouverture de compte, avant de basculer sur un visa d’investisseur ou de salarié expatrié une fois le projet structuré.
Pour des procédures comme l’obtention d’un visa de travail de directeur général au Pérou, une planification minutieuse est cruciale. Il faut anticiper les interdépendances : l’enregistrement du contrat de travail au ministère du Travail nécessite que la société soit déjà constituée et immatriculée à la SUNAT. Parallèlement, l’ouverture d’un compte bancaire peut exiger que le représentant légal soit déjà résident, ce qui dépend du visa. La solution passe souvent par la désignation préalable d’un représentant légal local (un avocat ou un associé péruvien de confiance) pour initier les démarches et briser ce cercle vicieux.
Banques, financements et gestion de trésorerie
Le système bancaire péruvien est moderne, concentré autour de quelques grands noms (BCP, Interbank, BBVA, Scotiabank, Banco de la Nación, etc.), et largement digitalisé. Pour une société, l’ouverture d’un compte professionnel est obligatoire pour fonctionner légalement (paiement des impôts, salaires, opérations commerciales).
Ouvrir un compte bancaire d’entreprise
Pour un compte corporate, la banque exigera généralement :
Pour constituer une société au Pérou, il est impératif de fournir un ensemble de documents spécifiques. Ceux-ci incluent l’acte de constitution et les statuts à jour, un extrait récent du Registre public attestant de l’existence de l’entité et des pouvoirs de ses représentants, ainsi que la carte RUC de la société. L’identification du représentant légal (DNI péruvien ou carné de extranjería) est également nécessaire. Si le signataire des actes n’est pas un gérant statutaire, un pouvoir dûment enregistré est requis. Enfin, conformément à la réglementation de lutte contre le blanchiment d’argent, des informations détaillées sur les bénéficiaires effectifs (UBO) détenant au moins 10 % du capital doivent être communiquées.
La présence physique du représentant est en principe obligatoire pour les formalités d’ouverture, y compris la vérification biométrique et l’enregistrement de la signature. Les documents issus de l’étranger doivent être traduits et apostillés.
Les comptes peuvent être ouverts en sols, en dollars, et parfois en euros. Un dépôt mimimum est généralement demandé (autour de 260 à 500 dollars selon les banques). Par la suite, la société doit également ouvrir un compte de “détractions” au Banco de la Nación pour s’acquitter de mécanismes de retenue d’IGV sur certaines ventes de services ou de biens sensibles.
Les virements internationaux traditionnels impliquent souvent des frais fixes et des marges de change élevées. Pour les transferts entrants, des solutions comme Wise peuvent réduire ces coûts en utilisant le taux de change réel du marché et des comptes de correspondance. Cependant, l’envoi de fonds depuis certains pays, comme le Pérou, via ces plateformes alternatives reste limité.
Accès au crédit et programmes publics
Le Pérou dispose de programmes de soutien au crédit des PME, comme le dispositif Reactiva Perú qui a injecté l’équivalent de 8,5 % du PIB sous forme de garanties de prêts aux petites et moyennes entreprises. Le gouvernement promeut également des partenariats public‑privé (PPP) pour des infrastructures, où les entreprises privées peuvent trouver des contrats importants.
Pour un expatrié, l’accès au crédit bancaire local dépendra de la solidité des garanties, de l’historique de la société, et d’éventuelles garanties apportées par des institutions publiques ou des banques d’investissement internationales. Dans de nombreux cas, les premiers mois reposent sur des apports en capitaux propres avant de pouvoir négocier des lignes de crédit ou des découverts.
Choisir son secteur et sa localisation
Le Pérou n’est pas un marché homogène. L’écart entre Lima et les régions andines ou amazoniennes est considérable en termes de pouvoir d’achat, d’infrastructures et de profils de consommateurs. Les opportunités dépendent fortement du secteur choisi.
Secteurs porteurs pour un expatrié
Plusieurs domaines se distinguent par leur potentiel :
– Mines et services associés : deuxième producteur mondial de cuivre, important exportateur d’or, d’argent, de zinc et de plomb, avec un pipeline de projets miniers de l’ordre de dizaines de milliards de dollars. Sans se lancer dans l’extraction, un expatrié peut cibler les services connexes (ingénierie, environnement, logistique, technologies, sécurité, formation).
– Agro‑industrie et agritech : pays de café, cacao, quinoa, fruits exotiques, asperges, avocats, raisins… Les projets d’irrigation et les accords de libre‑échange ouvrent un boulevard pour des plateformes d’export, des services de certification, de transformation, ou de technologies agricoles (gestion de l’eau, traçabilité, valorisation des déchets).
Le Pérou offre une grande diversité de niches touristiques exploitables, notamment autour de sites majeurs comme Machu Picchu, Cusco, la vallée sacrée, le lac Titicaca, l’Amazonie et le désert côtier. Les segments porteurs incluent le tourisme d’aventure, les retraites bien-être, les circuits culturels sur mesure, l’écotourisme et les hébergements de charme. Malgré une concurrence forte, un positionnement clair et spécialisé reste un facteur clé de différenciation.
– E‑commerce et logistique urbaine : le marché du commerce en ligne, estimé à plus de 15 milliards de dollars, connaît une croissance annuelle à deux chiffres, tirée par la diffusion du smartphone et la confiance croissante dans les paiements numériques. Les grandes plateformes (Mercado Libre, Linio, Amazon) sont présentes, mais des opportunités subsistent dans les niches, la logistique du “dernier kilomètre”, l’optimisation de livraisons dans un pays à géographie compliquée.
– Cannabis médical et produits à base de CBD : le pays a légalisé l’usage médical du cannabis, ouvrant la voie à la culture, la transformation et la recherche autour des cannabinoïdes. Combiné au faible coût du foncier dans certaines régions et à une main‑d’œuvre abordable, ce segment attire déjà des investisseurs spécialisés.
C’est le taux de bancarisation en pourcentage, indiquant que plusieurs millions d’adultes restent à intégrer dans le système financier.
Où s’implanter ?
Lima reste le point d’entrée naturel pour la plupart des expatriés. Miraflores, San Isidro, Santiago de Surco ou La Molina concentrent les bureaux, centres d’affaires, coworkings, hôtels et restaurants qui forment un environnement propice au réseautage et aux rencontres professionnelles. Les loyers y sont plus élevés, mais l’accès aux clients, aux talents et aux prestataires y est incomparable.
Pour des projets agro‑industriels, des régions comme San Martín, la côte nord ou certaines zones andines avec irrigation offrent des conditions climatiques et hydriques favorables. L’Amazonie, malgré les incitations fiscales, exige une approche très préparée sur les questions environnementales et logistiques.
Les zones économiques spéciales (Tacna, Ilo, Paita, etc.) permettent de bénéficier d’exonérations d’impôt sur les sociétés et de TVA sur certaines activités d’exportation ou de transformation. Un expatrié orienté vers le commerce international gagne à les examiner de près avec un conseiller local.
Réseaux, culture d’affaires et vie d’expatrié
Au Pérou, la qualité du réseau relationnel compte au moins autant que la qualité des présentations PowerPoint. Le monde des affaires valorise les contacts directs, les recommandations et les rencontres en face à face.
Des communautés comme InterNations, ExpatPeru ou divers groupes d’entrepreneurs (meetups, dîners thématiques, événements sectoriels) permettent de rencontrer à la fois d’autres étrangers et des Péruviens anglophones ou francophones. À Lima, des rencontres régulières autour de l’entrepreneuriat, de la tech, du marketing digital ou de la logistique permettent de se tenir au courant des tendances et des opportunités.
La barrière linguistique reste réelle en Espagne : bien que certains interlocuteurs parlent anglais, la majorité des démarches administratives, bancaires et juridiques se déroulent exclusivement en espagnol. Investir dans l’apprentissage de la langue, ou s’entourer d’un partenaire ou collaborateur bilingue de confiance, n’est pas un luxe mais une condition essentielle pour réussir vos projets.
Sur le plan de la sécurité, le Pérou est perçu comme un peu plus sûr que certains voisins, sans être exempt de risques (vols, arnaques, zones à éviter selon les villes). Le coût de la vie, globalement inférieur à celui de nombreux pays occidentaux, permet à un entrepreneur étranger de vivre correctement en concentrant ses ressources sur le développement de son projet.
Conclusion : transformer un projet d’expatriation en entreprise pérenne
Ouvrir une entreprise au Pérou en tant qu’expatrié n’a rien d’un parcours informel improvisé à l’arrivée à l’aéroport. Le pays offre un environnement macroéconomique favorable, une réelle ouverture aux investissements étrangers, des coûts compétitifs et de nombreuses niches encore sous‑explorées. Mais la réussite suppose une préparation rigoureuse : étude de marché, choix de structure judicieux, maîtrise de la fiscalité, anticipation des contraintes du droit du travail et sécurisation du statut migratoire.
Celui qui accepte de s’immerger dans le contexte local, de construire un réseau sur place, de respecter les règles du jeu (déclarations fiscales, formalités de travail, conformité bancaire) et de s’entourer de professionnels (avocat, comptable, conseil en immigration) a de réelles chances de transformer une idée d’expatriation en base solide pour un développement régional.
L’entrepreneur expatrié
Le Pérou ne garantit pas le succès, mais il offre un terrain de jeu suffisamment vaste et structuré pour que des projets bien pensés trouvent leur place – au carrefour de l’Amérique du Sud, des marchés du Pacifique et d’un tissu économique interne en mutation rapide.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Portugal, Grèce, Chypre, Pérou), la stratégie retenue a consisté à cibler le Pérou pour sa fiscalité territoriale (imposition principalement sur les revenus de source péruvienne), absence d’impôt sur la fortune, coût de vie nettement inférieur à celui de la France (Lima ~40% moins cher que Paris) et possibilité de diversifier en actifs latino‑américains. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence avec achat d’une résidence principale, organisation de la couverture santé internationale, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre des intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, notaire, agents immobiliers) et intégration patrimoniale. Ce type d’accompagnement permet des économies fiscales >50% sur certains revenus et une meilleure maîtrise des risques (contrôles fiscaux français, double imposition via convention FR‑PE, adaptation culturelle).
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