S’installer au Fidji, ce n’est pas seulement changer de décor tropical. C’est aussi plonger dans un univers culinaire d’une richesse rarement égalée dans le Pacifique. Entre racines iTaukei (fidjiennes), influences indo-fidjiennes, touches chinoises, japonaises, coréennes ou italiennes, la table fidjienne raconte à elle seule l’histoire du pays. Pour un expatrié, apprendre à manger « local » est sans doute l’un des moyens les plus rapides de comprendre la culture, de se faire des amis et de se sentir vraiment chez soi.
Ce guide pratique se concentre sur Suva, la capitale culinaire, et couvre les lieux pour manger, les plats à goûter, les achats alimentaires, ainsi que les comportements à adopter dans un village ou lors d’une cérémonie de kava.
Une scène culinaire étonnamment cosmopolite
Suva est souvent décrite comme le plus grand carrefour culturel du Pacifique Sud. Cela se voit immédiatement dans l’assiette. En quelques rues, on passe d’une table de kokoda servi dans une noix de coco à un curry indo-fidjien brûlant, puis à un teppanyaki japonais, une pizza à la fidjienne ou un bibimbap coréen.
Près de 40 % de la population des Fidji est d’origine indienne, contribuant à la diversité culinaire du pays.
Autre particularité : un mouvement réel de « farm-to-table ». Le pays cultive une grande partie de ses légumes, les marchés regorgent de produits locaux, et plusieurs restaurants de Suva, comme KANU ou certains cafés coréens, mettent en avant des ingrédients fidjiens sourcés directement auprès des fermes et des pêcheurs.
Manger dehors reste par ailleurs assez abordable, surtout si l’on sort des grands resorts. Dans Suva, un curry copieux tourne autour de 10 à 15 FJ$, une assiette plus travaillée oscille entre 20 et 40 FJ$, et même un dîner haut de gamme, avec vin ou cocktails, reste largement en dessous des niveaux européens.
Comprendre les bases de la cuisine fidjienne
Pour s’approprier la gastronomie locale, il est utile de connaître les grands piliers de la cuisine iTaukei et indo-fidjienne. La plupart des repas que vous prendrez, que ce soit dans un village, chez des amis ou au marché de Suva, reposent sur un socle commun d’ingrédients et de techniques.
Les incontournables de la table fidjienne
Depuis des siècles, l’alimentation locale s’organise autour de ce que la terre et la mer offrent en abondance. Les racines et tubercules – les kakana dina, les « vrais aliments » – tiennent une place centrale.
On retrouve ainsi partout le taro (dalo), la racine la plus prestigieuse pour les grandes occasions, la cassava (tavioka), devenue la plus cultivée et consommée au quotidien, les patates douces (kumala), très bon marché, ou encore l’igname (uvi), particulièrement valorisée lors des récoltes traditionnelles. À cela s’ajoutent le breadfruit (uto), les bananes plantain, le riz (apport indien) et, omniprésent, le cocotier – véritable arbre de vie, qui fournit eau, chair, lait et crème.
Côté légumes, les feuilles réclament autant d’attention que les racines : rourou (feuilles de taro), bele (sorte d’épinard hibiscus), ota (fougère de rivière), amarante, duruka (une « asperge » de canne sauvage) et, côté mer, le nama, surnommé « caviar des Fidji », petites grappes de sea-grapes qui croquent sous la dent.
La mer est la principale source de protéines, avec une grande variété de poissons (mahi-mahi, walu, snapper, pakapaka), de crustacés (crabes de mangrove, mud crab, homards du Pacifique), de poulpes, de coquillages et d’oursins comestibles (cawaki). Il est important de noter que les tortues sont strictement protégées. Par ailleurs, les requins et les gros poissons de récif sont évités, à la fois pour des raisons symboliques (liées au dieu de la mer Dakuwaqa) et sanitaires (en raison du risque de ciguatera).
L’assaisonnement reflète les échanges avec l’Inde et la Chine : lait de coco (lolo), oignons, ail, gingembre, piments, lime, feuilles de curry, mélanges d’épices (cumin, coriandre, garam masala), soja et sauce d’huître. Dans les placards, les boîtes de corned beef, sardines, thon, haricots ou lait concentré complètent les produits frais.
Plats emblématiques à connaître absolument
Pour un expatrié, quelques plats servent de boussole : ils reviennent partout, du buffet d’hôtel au lovo de village. Savoir les reconnaître (et les prononcer) est une excellente porte d’entrée.
Le lovo est sans doute l’expérience la plus marquante. Ce four enterré, cousin de l’imu hawaïen ou du hangi maori, consiste à chauffer de grosses pierres dans une fosse, à y déposer des viandes, poissons, légumes et racines enveloppés de feuilles de bananier, puis à recouvrir le tout de végétaux et de terre. Le repas cuit lentement pendant plusieurs heures, prend un goût fumé, et sort incroyablement fondant. On y glisse du poulet, du porc, du poisson, des dalo, cassava, breadfruit, mais aussi des palusami (feuilles de taro farcies à la crème de coco et parfois au corned beef) ou des desserts comme le vakalolo.
Le kokoda est considéré comme le plat national des Fidji. C’est une version locale du ceviche, préparée avec du poisson très frais (traditionnellement du walu ou du mahi-mahi) coupé en cubes et mariné dans du jus de lime ou de citron jusqu’à ce qu’il devienne opaque. Il est ensuite mélangé à une sauce au lait de coco (miti), contenant des oignons, des tomates, du piment et des herbes fraîches. Historiquement, le plat était parfois salé avec de l’eau de mer, mais le lait de coco est aujourd’hui l’ingrédient principal. Il est généralement servi dans une demi-noix de coco ou un gros coquillage, accompagné de morceaux de cassava (manioc) bouillie.
Autour de ces deux piliers gravitent une constellation de plats :
– le rourou, mijoté de feuilles de taro dans le lait de coco, qui rappelle un peu un épinard à la crème très parfumé ;
– le fish-in-lolo ou fish suruwa, poisson cuit dans une sauce coco épicée, parfois proche d’un curry léger ;
– les palusami, ballots de feuilles de taro garnies de crème de coco, oignon et éventuellement de viande en boîte ou de poisson, cuits au four ou au lovo ;
– les préparations « vakalolo », où crustacés (ura vakalolo), poulpe (kuita vakalolo) ou même desserts de cassava sont mijotés dans un mélange coco-sucre-épices.
Côté sucré, les Fidji ne manquent pas d’idées : vakalolo de cassava, puddings caramélisés (purini/pudini), cassava cakes à la texture collante, gâteaux à la noix de coco, ou encore bila, pain de cassava fermenté plusieurs jours, mêlé à sucre et coco, puis cuit dans des feuilles. La plupart sont vendus sur les marchés ou préparés pour de grandes occasions.
La dimension indo-fidjienne
Impossible de comprendre la gastronomie locale sans aborder la cuisine indo-fidjienne, très présente surtout à Suva et Nadi. Importés à l’époque coloniale pour travailler la canne à sucre, les Indiens ont apporté currys, dhal, roti et naan, qui se sont parfaitement ancrés dans le paysage.
Dans les petites gargotes, un repas typique associe une base (riz ou roti), du dhal, des currys de légumes variés et des viandes. Certains établissements adaptent les grands classiques de la cuisine du Nord de l’Inde, comme le tandoori ou le butter chicken, en utilisant des produits locaux tels que le poisson du Pacifique.
Les épices sont généralement plus franches que dans la cuisine iTaukei, et le niveau de piment peut surprendre. Mieux vaut demander « mild » lors des premières sorties, quitte à monter en puissance ensuite.
La Chine, la Corée, le Japon… et le reste du monde
Le poids de la communauté chinoise se lit dans la profusion de restaurants cantonais ou sino-fidjiens. À Suva, Fong Lee Seafood ou The Great Wok of China servent poissons entiers frits, hot pots pimentés, fruits de mer à la vapeur dans un style qui rappelle Hong Kong mais avec des poissons du Pacifique et des légumes locaux.
Les amateurs d’Asie de l’Est trouveront aussi leur bonheur chez Daikoku pour un vrai teppanyaki ou un plateau de sashimi, dans les buffets coréens de Seoul Restaurant, ou dans les adresses de la chaîne Grace Kitchen, connue pour son fried chicken épicé et ses nouilles. Un pho fumant chez An Pho ou un bibimbap bien garni permettent aussi de varier les plaisirs au quotidien.
Enfin, une poignée d’Italiens, Européens et autres expats ont ouvert des tables hybrides : Paradiso Ristorante joue la carte italienne mâtinée de touches fidjiennes, Rudy’s Italian Trattoria sert pâtes maison et vins transalpins, tandis que des lieux comme Tasty Trails ou iCrave Bistro empilent burgers, pizzas, fish & chips et currys dans un joyeux désordre.
Manger à Suva : panorama des adresses utiles pour un expatrié
S’installer dans la capitale signifie disposer d’un évantail de restaurants très large, de la cantine de marché au gastropub créatif. Quelques repères permettent de s’orienter rapidement.
Dîner avec vue sur la mer ou dans une maison coloniale
Pour une soirée « carte postale » sans quitter la ville, Tiko’s Floating Restaurant s’impose. Installé sur un bateau à Stinson Parade, le restaurant flotte littéralement sur l’eau. On y sert une cuisine de la mer avec un accent fidjien : poulpe grillé, lobster cakes, walu ou pakapaka entiers, crevettes en curry rouge, crabe aux taros à la crème. Les tarifs sont plutôt élevés pour le marché local, mais restent raisonnables pour un expatrié habitué aux prix occidentaux.
KANU, installé dans une ancienne demeure coloniale de Knolly Street ayant appartenu à une grande figure politique, propose une expérience différente. Le chef Lance Seeto y revisite les ingrédients fidjiens dans un style contemporain : menus farm-to-table, plats qui mettent en avant ota, duruka, rourou, poissons locaux, avec une belle créativité. L’endroit sert du matin au soir, avec même une soirée végane hebdomadaire.
Situé non loin, dans un hôtel de charme, le 5 Princes Restaurant propose une expérience culinaire unique sans carte fixe. Le chef cuisine exclusivement en fonction des produits frais disponibles du marché, sur réservation. C’est une adresse typique où l’on apprend à faire confiance à la qualité des ingrédients et à l’inspiration du moment.
Explorations indo-fidjiennes et asiatiques
Aux heures de déjeuner, Curry House remplit ses salles de travailleurs pressés. Pour une douzaine de dollars fidjiens, on y a droit à un plateau généreux de currys (légumes et viandes), roti, dhal, parfois pickles. L’ambiance est simple, la cuisine franc du collier, et c’est une excellente porte d’entrée dans la cuisine indo-fidjienne du quotidien. Singh’s Curry House, d’inspiration sud-indienne, est une autre option, notamment le dimanche lorsque beaucoup d’établissements sont fermés.
Pour une version plus habillée, Ashiyana, dans l’ancien Town Hall de Victoria Parade, mise sur les spécialités tandoori, tandis que Maya Dhaba, à quelques pas, reste l’une des rares tables indiennes ouvertes tard le dimanche, pratique pour un retour de week-end.
Une sélection de restaurants asiatiques populaires à Suva, allant de la cuisine japonaise aux buffets coréens et chinois, très prisés par les habitants et les expatriés.
La référence japonaise incontournable en ville.
Attirent Fidjiens et expats pour leurs buffets coréens, barbecues, nouilles et poulet frit.
Complète la palette des restaurants asiatiques très appréciés, notamment par le personnel des ambassades.
Complète la palette des restaurants asiatiques très appréciés, notamment par le personnel des ambassades.
Cuisine locale, végétarienne et cafés
Le Bar-Belle, attenant au centre national de fitness sur Queen Elizabeth Drive, est un bon point de chute pour découvrir des préparations fidjiennes dans un cadre sans chichis : plateaux de fruits de mer, grands assortiments végétariens avec rourou, ota, nama, racines bouillies, le tout servi au comptoir.
Les végétariens et véganes ne sont pas oubliés. Govinda’s Vegetarian, chaîne indo-fidjienne présente dans plusieurs food courts de Suva, propose dhal, légumes épicés, rotis et douceurs, ainsi que des glaces maison à la noix de coco ou à la mangue. Un autre repère, simplement nommé Veggie Restaurant, mêle inspirations chinoises, italiennes et internationales avec pizzas aux champignons, dumplings et plats végétaux soignés.
Mana Coffee se distingue par son engagement durable (emballages biodégradables) et son ambiance de repaire d’expats, proposant petit-déjeuner complet, pâtisseries maison, café de qualité et kava. D’autres adresses comme Coffee Hub, Lazy Beans Café, Ginger Kitchen au musée, ou Café Noir offrent des alternatives agréables pour travailler ou se détendre, souvent avec wifi, prises électriques et parfois de la musique live.
Bars, nightlife et boissons locales
Les soirées à Suva se terminent souvent autour d’un verre plutôt que d’un nouveau plat. Traps Bar, O’Reilly’s ou Bad Dog Café sont quelques-unes des adresses les plus fréquentées pour écouter de la musique, danser ou simplement discuter autour d’une bière locale (Fiji Gold, Fiji Bitter, Victoria Wines pour le vin importé, ou même des références artisanales plus rares).
Il ne faut pas oublier que l’âge légal pour boire est de 18 ans, que la plupart des bars appliquent ce seuil, et que certains restaurants indiens, par respect religieux, ne servent tout simplement pas d’alcool.
Marchés, street food et courses du quotidien
Vivre au Fidji sans fréquenter les marchés, c’est se priver de la moitié de l’expérience. Pour un expatrié, apprendre à se repérer dans les étals de fruits, légumes et poissons est essentiel, à la fois pour la qualité des produits et pour l’intégration sociale.
Suva Municipal Market et poissonnerie : le cœur battant de la ville
Le Suva Municipal Market, à l’angle d’Usher Street et Rodwell Road, est l’un des plus vastes marchés du Pacifique. Sur deux niveaux, on y trouve des piles de dalo, cassava, kumala, montagnes de bananes, mangues, papayes, ananas, y compris des variétés peu connues des Occidentaux comme le dawa (longane fidjien), l’ivi (châtaigne de Tahiti) ou encore tarawau, petits fruits acidulés vendus en sachets.
Le tableau ci-dessous donne une idée du type de produits à guetter et de leur saisonalité approximative.
| Produit | Type | Période d’abondance approximative | Usage courant |
|---|---|---|---|
| Dalo (taro) | Racine | Toute l’année, pic en saison sèche | Bouilli, lovo, rourou (feuilles) |
| Cassava (tavioka) | Racine | Toute l’année | Bouillie, frite, desserts de cassava |
| Kumala | Racine | Mai à juin | Bouillie, rôtie, frites |
| Breadfruit (uto) | Fruit/féculent | Saison humide | Lovo, bouilli, frit |
| Mangue | Fruit | Octobre à mars | Fraîche, jus, desserts |
| Papaye (pawpaw) | Fruit | Meilleure de mai à octobre | Petit-déjeuner, jus |
| Ananas | Fruit | Novembre à mars | Frais, jus |
| Duruka | Légume (inflores.) | Avril à mai | Cuit dans coco (vakalolo), curry |
| Nama | Algues | Variable, selon zones | Salades, garniture |
| Dawa | Fruit | Mars à mai | Grignotage, en-cas |
En contrebas, entre Stinson Parade Road et Scott Street, le Suva Fish Market déborde chaque samedi matin de walu, pakapaka, petits poissons de récif, daniva (sardines locales), salala (petits maquereaux), poulpes, crabes, oursins cawaki. C’est ici que l’on comprend vraiment ce que signifie cuisine de la mer. Acheter un poisson entier, le faire nettoyer sur place, et le préparer ensuite en kokoda ou en curry à la maison fait partie des plaisirs simples de la vie d’expatrié.
Autres marchés et food courts à connaître
Les grands centres commerciaux de Suva – MHCC, Harbour Centre, Tappoo à FNPF Plaza, Dolphins Food Court, Damodar City ou encore Village 6 – abritent chacun un food court avec des stands indo-fidjiens, chinois, fast-food, parfois des stands végétariens comme Govinda’s. Ces espaces, très fréquentés à midi, permettent de manger pour 10 à 20 FJ$ en testant un peu de tout.
Bien que les marchés de Nadi, Namaka, Lautoka, Sigatoka, Savusavu ou Rakiraki soient réputés à l’échelle nationale, un expatrié résidant à Suva peut facilement subvenir à ses besoins quotidiens en fréquentant le Municipal Market et les petites échoppes de quartier de la capitale.
Supermarchés, épiceries et spécialités
En ville, l’offre de supermarchés est surprenante pour un petit pays. New World IGA, Shop N Save, RB Patel, Extra Supermarket, Morris Hedstrom ou Rajendras FOODTOWN se partagent l’essentiel du marché, avec des horaires souvent étendus (jusqu’en soirée). On y trouve un mélange de produits locaux et d’importations surtout néo-zélandaises et australiennes, parfois américaines (notamment chez Cost-U-Less à Suva).
À Suva et ses environs, plusieurs supermarchés sont particulièrement appréciés des expatriés pour leur confort et leur sélection de produits. Les enseignes comme MH Superfresh (Tamavua), MH Premium (Flagstaff), MH Plus (Laucala Beach Estate), True Mart (Veisari), Kundan Singh (Princes Road), Damodar City et Best Buys (Garden City) offrent des allées larges et climatisées. On y trouve un large choix de produits frais, surgelés, de fromages, de céréales, ainsi que quelques options sans gluten ou véganes.
Les épiceries chinoises ou « orientales » – Oriental Market à Downtown Boulevard, Yon Tong sur Marks Street, Lazy Chef’s Pantry à Flagstaff – complètent l’offre avec des sauces asiatiques, des nouilles, des condiments japonais, des produits italiens ou des charcuteries importées. Enfin, Victoria Wines, seule grande maison spécialisée dans le vin, alimente les caves des expats avec des références australiennes, néo-zélandaises et d’autres régions.
Le tableau suivant donne un aperçu des types de commerces alimentaires utiles à Suva et environs.
| Type de commerce | Exemples / chaînes | Points forts principaux |
|---|---|---|
| Supermarché généraliste | New World IGA, Shop N Save, RB Patel, Extra | Large choix, horaires étendus, produits importés |
| Épicerie chinoise/asiatique | Oriental Market, Yon Tong, Lazy Chef’s Pantry | Condiments asiatiques, produits « exotiques » |
| Deli / épicerie fine | Lazy Chef’s Pantry | Produits italiens, asiatiques, fromages, charcuterie |
| Caviste | Victoria Wines | Vins NZ/Australie, dégustations mensuelles |
| Convenience store (« dairy ») | Nombreux de quartier | Dépannage, horaires tardifs, prix plus élevés |
| Marché municipal | Suva Municipal Market, Suva Fish Market | Produits ultra-frais, prix directs au producteur |
Pour les viandes, le supermarché n’est pas toujours le meilleur choix. De nombreuses boucheries locales, souvent certifiées halal, proposent des coupes plus variées et parfois une meilleure qualité : Wahley’s Butchery, Yaqara/South Pacific Butchering, ou encore des poissonneries spécialisées comme Farmfresh Fish ou Island Ika, qui livrent parfois à domicile.
Goûter la culture : kava, sevusevu, repas de village
Au Fidji, manger ne se résume pas à ce qu’il y a dans l’assiette. Un repas est aussi un moment social, parfois rituel. Pour un expatrié, participer à une cérémonie de kava ou à un lovo de village constitue souvent un tournant : après cela, on ne voit plus la cuisine locale de la même façon.
Le kava, ou yaqona, est une boisson préparée à partir de la racine du Piper methysticum, séchée puis réduite en poudre. Mélangé à de l’eau froide dans un grand bol en bois (tanoa) et filtré, il donne un liquide brun, au goût terreux et légèrement amer, qui engourdit la langue et détend profondément sans altérer la clarté d’esprit. On le boit dans une moitié de noix de coco (bilo), à tour de rôle.
La cérémonie du kava, comme le sevusevu, est un rituel de bienvenue essentiel. Les visiteurs doivent offrir des racines de kava pour demander symboliquement l’autorisation d’entrer, de séjourner ou d’effectuer certaines activités. Pendant la cérémonie, il est important de s’asseoir au sol, jambes croisées, avec les épaules couvertes et sans chapeau ni lunettes.
Lorsqu’un bilo vous est tendu, l’usage veut que vous tapiez une fois dans vos mains en disant « Bula », buviez d’un trait, puis tapiez trois fois. Il est poli d’accepter au moins la première coupe, même si le goût surprend. En cas de contrainte médicale, mieux vaut expliquer calmement la situation plutôt que de refuser sèchement.
Les effets sont généralement doux : légère somnolence, sensation de relaxation musculaire, bouche un peu engourdie. Des cas de problèmes hépatiques ont été signalés avec certaines formes concentrées ou extraits industriels, mais la consommation traditionnelle, à l’eau, en quantité modérée, est en général considérée comme peu risquée pour un adulte en bonne santé.
Visites de villages et codes à table
Outre le sevusevu, plusieurs règles de conduite sont importantes lors d’un repas dans un village. On enlève les chaussures avant d’entrer dans une maison, on s’assoit au sol, souvent en tailleur. Les femmes portent parfois un sulu (paréo traditionnel) couvrant les genoux, les épaules ne doivent pas être dénudées.
Il est courant de manger avec les mains, notamment pour les racines bouillies et certains plats en sauce ; une bassine d’eau est ensuite proposée pour se rincer. Refuser un plat ou une boisson est mal perçu : il est préférable d’accepter une petite portion et de dire « Vinaka » pour décliner un supplément. Évitez de laisser de grandes quantités dans votre assiette, car cela peut être considéré comme du gaspillage, la nourriture étant une ressource précieuse dans de nombreux villages.
Avant de commencer à manger, il est fréquent qu’un court office soit prononcé pour bénir le repas. Les hôtes auront souvent réservé les meilleurs morceaux pour leurs invités ; accepter ce geste avec gratitude et modestie aide à créer un lien de confiance.
Entre kokoda de marché et lovo de resort
Il existe plusieurs niveaux d’immersion possibles. À une extrémité du spectre, les resorts organisent des « Fijian Night » ou « Lovo Night » hebdomadaires, combinant buffet de plats cuits en four de terre, démonstration de meke (danses traditionnelles), et parfois cérémonie de kava simplifiée. C’est un bon premier contact, encadré, confortable, qui permet de goûter une large palette de recettes en une soirée.
Dans les villages reculés ou lors d’un séjour chez l’habitant, les visiteurs peuvent participer activement à la préparation traditionnelle du lovo. Cette immersion implique des gestes collectifs comme creuser le trou, ramasser le bois, chauffer les pierres, envelopper les aliments dans des feuilles et refermer le four, avant d’attendre trois ou quatre heures pour le repas. Souvent, les tâches sont partagées selon les genres : les hommes s’occupent du feu et des pierres, tandis que les femmes préparent les plats. Pour un expatrié, cette expérience représente une immersion culturelle forte et authentique.
Entre les deux, une visite matinale au Suva Municipal Market, suivie d’un déjeuner dans un petit café comme Sun Smiles (proposant des plats véganes et santé) ou au Bar-Belle, offre déjà un aperçu authentique, sans forcément quitter le confort urbain.
S’organiser au quotidien : budget, hygiène, habitudes locales
Au-delà de l’enthousiasme pour les nouveaux goûts, un expatrié doit rapidement intégrer quelques paramètres pratiques : coût moyen des repas, sécurité alimentaire, disponibilité de certains produits, rapport au temps et au service.
Combien coûte vraiment de bien manger au Fidji ?
À l’échelle du budget d’un expatrié, manger à l’extérieur au Fidji reste plutôt doux, surtout si l’on s’en tient aux adresses locales plutôt qu’aux restaurants de resorts. Un repas simple dans un snack de curry tourne autour de 10 à 15 FJ$, un plat plus élaboré dans un bistro de Suva autour de 30 à 40 FJ$, et une entrée en gastropub peut monter à 55 FJ$. Un dîner pour deux avec boissons dans un restaurant de bonne tenue revient généralement entre 40 et 75 FJ$, tandis qu’une expérience vraiment haut de gamme, vin compris, peut avoisiner les 200 FJ$.
Le tableau ci-dessous synthétise quelques repères de prix (approximatifs, susceptibles de varier).
| Type de repas / lieu | Fourchette de prix indicatif (par personne) | Commentaire |
|---|---|---|
| Curry de quartier (Curry House, etc.) | 10–15 FJ$ | Plateau curry + roti + dhal |
| Food court en ville | 10–20 FJ$ | Plats indo-fidjiens, chinois, fast-food |
| Restaurant moyen type Eden, Paradiso | 30–40 FJ$ pour un plat principal | Ajouter boissons et dessert |
| Gastropub KANU, Tiko’s | 20–55 FJ$ l’assiette | Cuisine signature, cadre travaillé |
| Buffet hôtel haut de gamme | 50–100 FJ$ et plus | Selon formule et boissons |
| Dîner complet à deux avec alcool | 40–75 FJ$ en ville | Hors établissements les plus luxueux |
Côté courses, les prix au supermarché sont en général un peu supérieurs à ceux de la Nouvelle-Zélande, nettement plus élevés que dans de nombreux pays européens pour les produits importés, mais les fruits, légumes et racines de marché restent très abordables. Acheter ses légumes au Suva Municipal Market ou à un étal de bord de route, puis compléter au supermarché pour les produits spécifiques, est souvent la meilleure stratégie.
Hygiène et sécurité alimentaire : quelques réflexes à adopter
Comme partout en zone tropicale, l’alimentation nécessite une vigilance minimale. L’eau du robinet n’est pas systématiquement potable, notamment en dehors des grandes villes ; mieux vaut boire de l’eau embouteillée, filtrée ou bouillie, y compris pour les glaçons si vous êtes sensible.
Sur les marchés comme Nadi ou Suva, soyez vigilant avec les produits crus ou pelés. Pour le poisson cru (kokoda), privilégiez les établissements réputés, vérifiez la fraîcheur, la chaîne du froid et le type de poisson utilisé. Évitez les grandes espèces de récif comme le coral trout, susceptibles de transmettre la ciguatera, une intoxication dont des cas ont été documentés.
Dans les buffets de resort, la règle est simple : ne pas toucher aux plats chauds qui ont refroidi ni aux salades qui ont tiédi au soleil. Utiliser des ustensiles propres, éviter les coquillages douteux et les glaçons d’origine inconnue diminue fortement les risques de gastro ou de salmonellose. Ces conseils valent aussi pour les repas de village : si un poisson a un goût franchement amer ou douteux, mieux vaut le laisser de côté.
Service à la fidjienne, fermetures et livraison
Les restaurants fidjiens se distinguent par la chaleur de l’accueil. La fameuse « Bula Spirit » – sourire systématique, humour, disponibilité – marque vite les esprits. En revanche, le service obéit souvent à la fameuse « Fiji Time » : les plats peuvent prendre du temps, l’organisation est parfois moins millimétrée qu’en Europe. L’important est d’y aller en l’ayant accepté, plutôt que de s’énerver sur un délai.
De nombreux restaurants, en particulier les établissements haut de gamme ou excentrés, ferment le dimanche et parfois le lundi. Il est donc prudent de consulter les horaires à l’avance. Pour certaines adresses, comme le 5 Princes, une réservation par téléphone est même nécessaire pour permettre la préparation d’un repas sur mesure.
Enfin, la livraison de repas à domicile reste assez peu développée. Il n’existe pas vraiment d’équivalent généralisé d’Uber Eats ; quelques établissements pratiquent le takeaway mais l’expatrié doit en général se déplacer pour récupérer ses commandes.
Approfondir l’expérience : cours de cuisine, visites guidées, séjours foodies
Une fois les premières semaines passées, beaucoup d’expatriés souhaitent dépasser la simple fréquentation des restaurants pour vraiment « apprivoiser » la cuisine fidjienne. Plusieurs options s’offrent à eux.
À Suva, Guided Walking Tours Suva, créé par Peter Sipeli, propose des balades mêlant histoire, architecture, marchés et arrêts gourmands. C’est l’occasion d’écouter des récits sur l’évolution de la scène culinaire locale, de comprendre pourquoi telle communauté s’est installée dans tel quartier, ou encore de découvrir des stands de marché que l’on n’aurait jamais remarqués seul.
Pour les visiteurs souhaitant s’initier à la cuisine locale, des établissements comme la Ruby’s Masterclass, située sur Queen Elizabeth Drive, proposent des cours spécialisés dans la cuisine indo-fidjienne. Ces cours enseignent des techniques telles que la préparation d’un curry de chèvre, la confection d’un roti et l’ajustement de l’utilisation du piment selon les goûts. Parallèlement, dans les resorts de la région, il est courant de trouver des ateliers d’initiation à la préparation de plats traditionnels comme le kokoda (poisson mariné) ou le lovo (repas cuit au four enterré).
Les expatriés les plus passionnés peuvent enfin choisir leur hébergement en fonction de l’accès à la cuisine. À Suva, des résidences comme Quest Suva, Studio 6 Apartments, Townhouse Apartment Hotel, Victoria Palms, Suva Motor Inn ou Capricorn Apartment Hotel offrent des kitchenettes, permettant d’expérimenter chaque semaine de nouvelles recettes à partir des trouvailles du marché. D’autres hôtels, comme le Grand Pacific ou le Holiday Inn Suva, misent davantage sur la qualité de leurs restaurants internes, notamment pour les brunchs et high teas du week-end.
S’intégrer par l’assiette : quelques conseils de terrain
En fin de compte, la gastronomie fidjienne est surtout une affaire de lien social. Quelques réflexes peuvent accélérer l’intégration d’un expatrié.
Commencer par apprendre quelques mots de base – « Bula » pour dire bonjour, « Vinaka » pour remercier, « Tilou » pour s’excuser en passant devant quelqu’un, « Sega na leqa » pour signifier qu’il n’y a pas de problème – aide énormément dans les marchés et petits restaurants. Même mal prononcés, ces mots sont appréciés.
Accepter de goûter un plat proposé par un collègue ou un voisin, même symboliquement, est généralement perçu comme un signe de respect. Montrer un intérêt sincère pour les recettes familiales peut souvent conduire à une invitation future.
À l’inverse, surjouer son admiration pour un objet ou une préparation peut être maladroit : dans la logique du « kerekere », le partage est une valeur centrale, et votre interlocuteur pourrait se sentir obligé de vous offrir ce qu’il a, même s’il en a peu. Mieux vaut garder un enthousiasme mesuré.
Enfin, soutenir les petits producteurs et restaurateurs locaux – acheter vos légumes au marché plutôt qu’au supermarché, choisir un bar à kava tenu par une famille fidjienne, privilégier les produits estampillés « Fijian Made » – contribue concrètement au tissu économique tout en ancrant votre quotidien dans la réalité du pays.
Conclusion : faire du Fidji une nouvelle « maison » culinaire
Découvrir la gastronomie locale au Fidji, ce n’est pas seulement cocher kokoda, lovo et kava sur une liste de curiosités. C’est accepter d’entrer dans un autre rapport au temps, au partage, à la nourriture. C’est comprendre pourquoi une racine de taro peut être plus chargée de symboles qu’un steak, pourquoi un bol de yaqona bu en silence soude un groupe plus sûrement qu’un apéritif mondain, pourquoi un marché bruissant dès l’aube en dit plus sur un pays que n’importe quel guide touristique.
Pour un expatrié, ces nuances font la différence entre vivre « à côté » du Fidji et vivre « avec » le Fidji. En apprenant à reconnaître les produits au marché, à manier le lait de coco, à respecter les codes d’un repas de village, à s’asseoir au sol pour boire un bilo de kava, à fréquenter aussi bien les cantines populaires que les tables créatives de Suva, on se découvre peu à peu une autre façon de manger… et peut-être une autre façon d’habiter le monde.
Expatrié en Fidji
Au Fidji, la gastronomie locale n’est pas un simple décor. C’est l’un des langages par lesquels le pays vous dit « Bula » et vous invite à rester.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en gardant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 € pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Fidji, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler les Fidji pour leur fiscalité avantageuse sur certains revenus étrangers, l’absence d’impôt sur la fortune, un coût de vie inférieur à la France et un environnement stable, propice à une retraite active proche de l’Asie et de l’Océanie. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence de long séjour avec achat de résidence principale, couverture santé internationale adaptée, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, interlocuteurs francophones) et intégration patrimoniale globale.
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