Comprendre les pratiques religieuses locales au Danemark : guide utile pour expatriés

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’installer au Danemark, c’est entrer dans un pays paradoxal : officiellement luthérien, massivement sécularisé, très tolérant mais plutôt réservé dès qu’il s’agit de foi. Pour un expatrié, la religion ne va pas structurer le quotidien comme dans d’autres régions du monde, mais elle reste profondément mêlée à l’identité nationale, au calendrier, aux rites familiaux et à certains débats de société. Comprendre ce paysage aide à éviter les faux pas, à mieux lire l’actualité locale et, si on le souhaite, à trouver une communauté de croyants.

Bon à savoir :

Ce guide s’appuie sur des données de recherche récentes, incluant des statistiques, le cadre légal, les pratiques de la Folkekirken (Église du peuple), la vie des minorités religieuses, ainsi que les fêtes et codes sociaux liés au religieux.

Un pays très luthérien… et très peu pratiquant

Le Danemark est l’un des pays les plus sécularisés au monde, tout en restant officiellement un État confessionnel. L’Église évangélique-luthérienne, appelée Folkekirken ou Église du Danemark, est inscrite dans la Constitution comme Église du peuple et bénéficie d’un statut particulier.

D’un point de vue administratif, la majorité des habitants en sont membres. En 1984, plus de 91 % de la population était inscrite à la Folkekirken ; en 2024, cette proportion est descendue à environ 71,2 %. Le mouvement est donc clairement à la baisse, mais, même aujourd’hui, être « membre de l’Église » reste la situation par défaut.

19

Seulement 19 % des Danois considèrent la religion comme importante dans leur vie quotidienne.

En pratique, la Folkekirken fonctionne à la fois comme institution religieuse et comme infrastructure civique : elle tient les registres d’état civil, gère une grande partie des cimetières, accueille les grandes étapes de la vie (baptêmes, confirmations, mariages, funérailles) et anime des activités sociales ou culturelles. On peut payer un impôt d’Église optionnel (kirkeskat) pour financer cette structure, maintenir les bâtiments et avoir facilement accès aux rites.

Quelques repères chiffrés

Le tableau ci-dessous donne une idée de l’évolution de l’appartenance à l’Église du Danemark et de la place des grandes religions dans le pays.

IndicateurApproximation / RésultatSource / Période
Membres de la Folkekirken (1984)91,6 % de la populationStatistiques officielles
Membres de la Folkekirken (2019)74,7 %Statistiques officielles
Membres de la Folkekirken (2024)71,2 %Estimations récentes
Part se déclarant athée (2013)Juste en dessous de 20 %Sondages nationaux
Religion « importante dans la vie »19 %Gallup 2009
Croient en Dieu28 %Eurobaromètre 2010
Croient en une force ou esprit47 %Eurobaromètre 2010
Ne croient ni en Dieu ni en esprit24 %Eurobaromètre 2010
Musulmans (2020, estimation centrale)~4,4 % de la population (≈ 256 000)Estimations de chercheurs
Catholiques (2017)47 673 membresÉglise catholique au Danemark
Juifs (population d’origine juive)Environ 6 000Communauté juive
Bouddhistes pratiquants (2009)~20 000Université d’Aarhus
Hindous (2020)~40 000Estimations démographiques
Sikhs~4 000Estimations
Néopaïens Forn Siðr~500 membres enregistrésDonnées officielles

Pour un expatrié, cela signifie deux choses importantes. D’une part, mentionner sa propre croyance ne choque pas, mais n’attendez pas que la foi structure les échanges du quotidien. D’autre part, la religion reste un marqueur d’identité nationale : être « danois et luthérien » fait encore partie du récit collectif, même pour des gens peu croyants.

Un cadre légal : liberté de religion mais Église d’État

La Constitution danoise garantit la liberté de culte. Chacun peut se réunir pour pratiquer sa religion, tant que cela ne heurte ni l’ordre public ni la bienséance. Nul ne peut perdre de droits civiques à cause de ses convictions religieuses, et personne ne peut être emprisonné pour ses croyances.

Attention :

Plusieurs articles constitutionnels accordent un statut privilégié à l’Église luthérienne du Danemark. Elle est reconnue comme l’Église du peuple, soutenue par l’État. Le monarque a l’obligation d’en être membre, un ministre des Affaires ecclésiastiques en est responsable, et les évêques sont des agents publics rémunérés en partie par des fonds étatiques.

Les autres communautés religieuses n’ont pas besoin d’être reconnues pour exister, mais le statut de « communauté reconnue » ou « approuvée » donne des avantages concrets : célébrer des mariages ayant valeur civile, gérer des cimetières spécifiques, obtenir des permis de séjour pour des responsables religieux, bénéficier de certains allégements fiscaux ou de subventions liées aux fonds de loterie nationale. Un organe d’experts rattaché au ministère de la Justice évalue les demandes de reconnaissance.

Astuce :

Un point qui surprend souvent les expatriés venant de pays strictement laïques : tous les contribuables participent indirectement au financement de la *Folkekirken* (l’Église du peuple danois), même s’ils n’en sont pas membres. Cela s’explique par le fait que l’Église assure des fonctions non confessionnelles, telles que l’enregistrement des naissances et des décès, ainsi que la gestion des cimetières. Une subvention d’État couvrant ces tâches correspond à une petite contribution annuelle moyenne pour chaque citoyen, membres et non-membres confondus.

Par ailleurs, plusieurs lois récentes ont directement ou indirectement une dimension religieuse, notamment en lien avec l’islam : interdiction générale de la dissimulation du visage dans l’espace public, encadrement de l’abattage sans étourdissement préalable, législation sur les discours de haine en contexte religieux, pénalisation du « traitement inapproprié » de textes religieux (qui vise en pratique les autodafés de Corans). Pour un expatrié musulman, juif ou simplement attaché à des formes visibles de religiosité, ces textes font partie du contexte à connaître.

La Folkekirken vue de l’intérieur : culte, rituels et vie paroissiale

Même si la pratique régulière est faible, les églises luthériennes structurent encore le territoire et la vie symbolique du pays. Il existe environ 2 200 paroisses et plus de 2 300 lieux de culte, dont beaucoup sont d’anciennes églises médiévales perchées sur des collines, visibles de loin et entourées de cimetières aménagés.

Les paroisses sont regroupées en doyennés, eux-mêmes rattachés à 10 diocèses sur le territoire du Danemark continental, plus un diocèse au Groenland. Le diocèse de Copenhague a historiquement une place particulière, l’évêque y étant considéré comme primus inter pares parmi les autres.

À quoi ressemble un service dominical typique ?

Le culte principal du dimanche, appelé højmesse (haute messe), est ouvert à tous. Il suit un canevas relativement stable : sonnerie de cloches, prière, plusieurs lectures bibliques (Évangile, Épîtres et, depuis les années 1990, un texte de l’Ancien Testament), chant de cantiques, prêche du pasteur, prière d’intercession, et, très souvent, célébration de la Sainte Cène. Il n’est pas rare qu’un baptême ait lieu pendant la même célébration.

Exemple :

Lors des offices, le pasteur porte une robe noire avec une fraise, un grand col plissé blanc, tenue prescrite par la loi et héritée de la mode post-réforme. Le langage corporel de l’assemblée est codifié : on se lève pour les lectures bibliques en signe de respect pour la Parole, et on reste assis pendant les prières et les cantiques pour favoriser le recueillement. Le pasteur alterne sa position : il se tourne vers la congrégation pour parler « de la part de Dieu » (lecture, prédication) et vers l’autel pour s’adresser à Dieu au nom des fidèles (prière).

Une pratique qui surprend parfois les nouveaux venus : l’importance du chant. Les cantiques sont choisis par le pasteur, parfois en concertation avec le musicien d’Église, et le recueil officiel fait partie de la culture commune. Beaucoup de Danois peu croyants connaissent au moins les grandes chansons de Noël ou de Pâques. Par ailleurs, les orgues historiques et le travail des organistes occupent une place centrale.

Étiquette et petite sociologie du dimanche matin

Le culte dominical est souvent célébré vers 10 heures, une habitude ancrée à l’époque où il fallait tenir compte de la traite des vaches chez les paysans et du déjeuner de midi. Dans certains endroits, les fidèles quittent rapidement l’église après l’office, dans d’autres un café de paroisse (kirkekaffe) ou un déjeuner léger prolongent le moment.

Utilisation des offrandes

Les dons collectés durant le culte sont alloués de manière transparente à des projets spécifiques, chaque semaine.

Œuvres sociales

Soutien à des actions caritatives et sociales, au Danemark ou à l’étranger.

Projets de jeunesse

Financement d’initiatives et d’activités dédiées aux jeunes.

Projets missionnaires

Soutien à l’évangélisation et aux actions missionnaires.

Pour un expatrié, participer à un culte ne pose aucun problème, même si l’on n’est pas membre de l’Église. On se conforme simplement aux gestes du reste de l’assemblée : se lever, s’asseoir, chanter si l’on en a envie. On communie ou non en fonction de sa conscience et de sa tradition. Les pasteurs sont en général habitués à expliquer brièvement la liturgie aux nouveaux arrivants, surtout dans les grandes villes.

Une Église très féminisée et plutôt inclusive

La Folkekirken se distingue par une forte présence des femmes dans le clergé : plus de la moitié des pasteurs sont des femmes, et plusieurs diocèses sont dirigés par des évêques féminins. L’ordination féminine est permise depuis 1948, la première femme évêque ayant été consacrée dans les années 1990.

Depuis 2012, les mariages entre personnes du même sexe peuvent être célébrés dans les églises luthériennes. La loi laisse une marge de conscience aux pasteurs, qui peuvent refuser de présider un tel mariage, mais l’institution dans son ensemble propose un rituel officiel pour ces unions. Dans les faits, une majorité de pasteurs se déclarent favorables à ces célébrations, tandis qu’un courant conservateur minoritaire s’y oppose.

Église luthérienne

Pour des expatriés LGBT+ croyants, cela signifie qu’il est possible, selon la paroisse, de trouver un cadre liturgique relativement accueillant, dans un pays où le discours public est majoritairement favorable à l’égalité des droits.

Les grandes fêtes religieuses dans le calendrier danois

Même si la foi est discrète, le calendrier danois reste largement structuré par les grandes fêtes chrétiennes. Des jours fériés officiels jalonnent l’année, les administrations ferment, les magasins suivent des horaires restreints, et de nombreuses coutumes populaires, parfois très sécularisées, gardent un ancrage religieux.

De Noël à Pâques : un cycle très marqué

Le temps de Noël est certainement le plus important. La période de l’Avent commence le quatrième dimanche avant Noël : les familles allument chaque semaine une bougie de la couronne de l’Avent, utilisent des calendriers (papier, chocolat, télévision) pour compter les jours, et les villes allument leur grand sapin le premier dimanche d’Avent. La notion de hygge — ambiance chaleureuse, lumière douce, convivialité — est partout associée à ce temps.

Le 13 décembre, la fête de sainte Lucie venue de Suède donne lieu à des processions d’enfants portant des bougies et chantant un cantique spécifique. Puis vient le cœur des fêtes de Noël, qui au Danemark se situe le soir du 24 décembre, non le 25. La plupart des familles participent à un office l’après-midi, souvent la célébration la plus fréquentée de l’année, avant de partager un dîner traditionnel composé de porc, canard ou oie rôtis, pommes de terre caramélisées, chou rouge et sauce brune.

Le dessert, risalamande (riz au lait sucré) servi avec coulis de cerises chaudes, cache une amande entière. Celui qui la trouve reçoit un petit cadeau, fréquemment un cochon en massepain. Après le repas, la famille se tient la main et tourne autour du sapin illuminé en chantant des chants de Noël, avant d’ouvrir les cadeaux. Dans ce contexte, l’iconographie du Père Noël (Julemanden), supposé venir du Groenland, se mélange à celle des lutins domestiques (nisser) pour lesquels on laisse parfois une assiette de bouillie.

Durant tout le mois de décembre, la saison des Julefrokoster (déjeuners/soirées de Noël) bat son plein : entreprises, associations, familles organisent ces repas très codifiés, avec buffet de spécialités, bière de Noël (Juleøl), vin chaud (gløgg), et une sociabilité qui mêle tradition religieuse diffuse et fête laïque.

Bon à savoir :

À Pâques, plusieurs jours sont fériés : Jeudi saint, Vendredi saint, le dimanche et le lundi de Pâques. Les Danois profitent souvent de cette période pour des déjeuners familiaux ou entre amis, avec des plats traditionnels comme le poisson, les œufs, l’agneau et du snaps (eau-de-vie). Pour les enfants, les activités incluent la chasse aux œufs cachés et la décoration d’œufs durs. Une tradition typiquement danoise est l’envoi de gækkebreve, des lettres anonymes et découpées accompagnées d’un poème. Si le destinataire ne devine pas l’expéditeur, il lui doit un œuf en chocolat.

Les symboles religieux explicites — Résurrection, Passion — restent présents dans les prédications et dans certains chants, mais pour une grande partie de la population, ces jours sont surtout synonymes de vacances, repas et loisirs, ce qui n’empêche pas le maintien d’usages comme la mise en berne des drapeaux le Vendredi saint.

Jours fériés, mémoire nationale et religion

Plusieurs autres jours mêlent référence religieuse et commémoration historique. L’Ascension du Christ est fériée, tout comme la Pentecôte, qui marque liturgiquement la naissance de l’Église chrétienne. D’autres journées, comme la Fête de la Constitution ou la libération du pays en 1945, entraînent l’usage officiel du drapeau et peuvent s’accompagner d’offices religieux ou de prières particulières.

Bon à savoir :

Le ‘Grand jour de prière’ (Store Bededag), célébré le quatrième vendredi après Pâques, n’est plus un jour férié au Danemark depuis 2024. Cette ancienne fête religieuse était marquée par la consommation de petits pains chauds la veille et des promenades sur les remparts de Copenhague pour écouter les cloches. Bien que le jour férié ait été supprimé, certaines de ces traditions gastronomiques et culturelles persistent, illustrant la transition d’une fête religieuse vers une coutume populaire.

Pour un expatrié, le message est simple : même si vous ne vous intéressez pas à la religion, ces dates régissent l’organisation du travail, de l’école, des transports, et structurent de nombreuses invitations ou événements sociaux. Les jours fériés ne sont pas déplacés s’ils tombent le week-end. Il est donc utile de garder un œil sur le calendrier liturgique, ne serait-ce que pour planifier vos déplacements ou comprendre pourquoi tout est fermé.

Minorités religieuses : islam, judaïsme, catholicisme et autres présences

Derrière la façade luthérienne, le Danemark d’aujourd’hui est religieusement diversifié. L’islam est la deuxième religion, suivie par le catholicisme, diverses Églises protestantes libres, le judaïsme, le bouddhisme, l’hindouisme, le sikhisme et des courants néopaïens.

L’islam : deuxième religion du pays

L’islam représente autour de 4 à 5 % de la population, soit environ un quart de million de personnes. La plupart vivent dans les grandes villes, en particulier dans la région de Copenhague, à Aarhus et à Odense. Historiquement, la présence musulmane massive remonte aux années 1960-1970, avec l’arrivée de travailleurs originaires de Turquie, du Pakistan, du Maroc ou de Yougoslavie, puis de réfugiés venus d’Iran, d’Irak, de Somalie, de Bosnie et d’Afghanistan.

185

Le Danemark compte aujourd’hui près de 185 mosquées ou salles de prière.

Pour un expatrié musulman, il n’est donc pas difficile de trouver un lieu de prière dans les grandes agglomérations, d’autant que des applications comme HalalTrip recensent les mosquées et salles de prière. Les cinq prières quotidiennes peuvent être accomplies dans tout endroit propre, avec un simple tapis dans un bureau ou un parc, ce qui est tout à fait possible dans le contexte danois. La grande prière du vendredi (jumu‘a) se tient dans les mosquées, dirigée par un imam, souvent dans la langue de la communauté d’origine ou en danois.

La pratique religieuse varie, mais les études disponibles montrent qu’une part importante des musulmans danois attache de l’importance à la prière et à la transmission de la foi aux enfants. Dans le même temps, une proportion notable se déclare non pratiquante, et un nombre croissant de musulmans sont nés au Danemark, parfois avec une identité à double ancrage, danoise et religieuse.

Bon à savoir :

La liberté de culte est protégée, mais plusieurs lois récentes encadrent certaines pratiques : l’abattage rituel sans étourdissement préalable est interdit, la dissimulation du visage (niqab, burqa) dans l’espace public est prohibée et peut entraîner une amende, et des textes répriment les discours haineux en contexte religieux. Le port du hijab, lui, reste légal et courant.

Judaïsme : une petite communauté très ancienne

La communauté juive est présente depuis le XVIIᵉ siècle. Elle reste numériquement modeste – autour de 6 000 personnes d’origine juive, dont environ 1 700 membres de la Communauté juive officielle – mais son histoire est profondément liée à celle du pays. La Grande Synagogue de Copenhague, inaugurée en 1833, demeure un centre religieux majeur.

Un épisode marquant de l’histoire nationale est la fuite de la majorité des juifs danois vers la Suède durant l’occupation allemande, avec l’aide de nombreux Danois non juifs. Cet épisode participe encore aujourd’hui à l’auto-représentation du pays comme refuge tolérant, même si la situation actuelle est plus nuancée, avec une vigilance nécessaire contre l’antisémitisme, notamment dans le contexte international.

Pour un expatrié juif, Copenhague offre donc une vie communautaire organisée avec synagogues, institutions et associations, tandis que le reste du pays propose seulement des présences ponctuelles.

Catholicisme, protestantismes libres et autres traditions

Les catholiques constituent la plus grande minorité chrétienne : près de 50 000 membres en 2017, avec une croissance de plus de 25 % en dix ans, principalement grâce à l’immigration (Polonais, Philippins, Latino-Américains, etc.). Ils disposent de paroisses réparties dans les principales villes et pratiquent librement leurs sacrements.

200

Un recensement spécifique a identifié plus de 200 « Églises de migrants » fonctionnant dans diverses langues et traditions au Danemark.

Les bouddhistes – environ 20 000 pratiquants selon certaines estimations – sont à la fois des convertis occidentaux attirés par le bouddhisme tibétain ou zen, et des réfugiés ou immigrants venus du Vietnam, du Sri Lanka, de Chine. On trouve des temples et centres de méditation, dont un temple theravāda thaï à proximité de Copenhague. L’hindouisme regroupe environ 40 000 personnes, principalement originaires du Sri Lanka et de l’Inde, avec des temples et associations culturelles. Les sikhs, environ 4 000, disposent de gurdwaras et de réseaux communautaires.

Enfin, un courant néopaïen, Forn Siðr, a obtenu en 2003 la reconnaissance officielle comme communauté religieuse. Il rassemble quelques centaines de personnes intéressées par les anciens cultes nordiques et gère notamment un lieu cultuel sur l’île de Fionie. Pour un expatrié, cet élément rappelle que la diversité religieuse danoise ne se limite pas au seul face-à-face entre lutheranisme et islam.

Être croyant expatrié au Danemark : pratiques et ressources

La question clé pour beaucoup d’expatriés est pratique : comment continuer à vivre sa foi dans un pays très sécularisé mais juridiquement ouvert ?

Rejoindre une communauté locale

Pour les chrétiens, le plus simple est souvent de s’adresser à une paroisse luthérienne, même si l’on est d’une autre confession. De nombreuses églises proposent des activités ouvertes : concerts, groupes de discussion, catéchèse pour les enfants, cafés linguistiques, repas communautaires. Dans les grandes villes, certaines paroisses ont des cultes ou événements en anglais ou dans d’autres langues, spécialement pensés pour les internationaux.

Il existe aussi des structures explicitement tournées vers les migrants, comme des centres interculturels chrétiens et des réseaux d’Églises de migrants. Des conférences, des repas interculturels, des cultes multilingues, des groupes d’étude biblique et des cafés de langues y favorisent la rencontre entre Danois et nouveaux arrivants.

Bon à savoir :

Pour les musulmans au Danemark, les mosquées urbaines sont le principal point d’ancrage, proposant souvent des cours d’arabe, de religion et des activités de jeunesse. Elles présentent une diversité de congrégations, allant de mosquées mono-ethniques (turques, somaliennes, bosniaques…) à des assemblées plus cosmopolites. Concernant les funérailles, sept cimetières danois disposent de sections musulmanes, et un cimetière islamique distinct existe en banlieue de Copenhague, facilitant ainsi leur organisation.

Les autres traditions religieuses – juive, hindoue, bouddhiste, sikh, bahá’íe – disposent de leurs lieux et associations, surtout dans et autour de Copenhague. Des bases de données universitaires et administratives recensent les communautés reconnues, ce qui peut aider à les identifier.

Utilisation des lieux luthériens pour des événements privés

Beaucoup de Danois, y compris peu croyants, tiennent à marquer les grandes étapes de la vie dans une église luthérienne : baptême des enfants, confirmation à l’adolescence, mariage, funérailles. Les expatriés peuvent en théorie faire de même, sous réserve de respecter les conditions fixées par la paroisse.

Bon à savoir :

Pour utiliser une église luthérienne pour un mariage ou un baptême, il est généralement nécessaire d’être membre enregistré ou de verser une contribution. Le paiement de l’impôt d’Église facilite l’accès à ces services, car il participe aux frais de fonctionnement. Les pasteurs sont ouverts au dialogue avec les couples mixtes (ex. : luthérien-catholique, croyant-non croyant) et peuvent adapter la cérémonie dans les limites permises par la liturgie officielle.

Pour les funérailles, la très grande majorité des Danois – y compris des non-pratiquants – choisit encore la formule luthérienne. En 2022, plus de 80 % des décès ont été suivis de funérailles célébrées par un pasteur de la Folkekirken. Les expatriés résidents peuvent, le cas échéant, recourir à cette possibilité, ou s’adresser à leur propre communauté religieuse si elle dispose de rituels funéraires et de parcelles de cimetière.

Normes sociales autour du religieux : ce qu’il faut savoir

Au-delà des textes et des statistiques, ce qui déroute le plus souvent les nouveaux arrivants, ce sont les codes sociaux implicites. Le Danemark combine une rhétorique de tolérance et de liberté avec une forte préférence pour la discrétion dans la sphère privée, surtout quand il s’agit de religion.

Bon à savoir :

Il est généralement impoli d’aborder d’emblée des questions sur la foi, les revenus ou la situation familiale. Dans un contexte professionnel ou avec des connaissances, il convient d’éviter les sujets sensibles comme la religion, la politique et l’argent. Il ne s’agit pas d’un tabou légal, mais d’une convention de politesse. Cette retenue est également influencée par la loi culturelle informelle du *Janteloven*, qui décourage de se mettre en avant, y compris sur le plan spirituel.

Les Danois valorisent par ailleurs la distance personnelle : on se place à environ deux longueurs de bras en conversant, on garde un ton posé, et on utilise un humour souvent sec, ironique, voire auto-dérisoire. Les explosions d’émotion ou les démonstrations religieuses très visibles peuvent surprendre.

Pour un expatrié croyant, cela ne signifie pas qu’il faille renier ses convictions ou cacher sa foi à tout prix, mais plutôt qu’il est conseillé d’éviter le prosélytisme agressif, de respecter la pluralité de positions (y compris l’athéisme) et de s’inscrire dans une logique de dialogue calme. Les chartes de bon voisinage interconfessionnel élaborées par certaines organisations mettent en avant le respect mutuel, la courtoisie et l’honnêteté dans les discussions théologiques, sans caricaturer les croyances d’autrui.

Religion, intégration et vie publique

Le paysage religieux danois ne se résume pas à la sphère privée. Il existe aussi des enjeux collectifs où la religion, notamment l’islam, est mise en avant dans le débat politique.

Le Danemark se conçoit comme une démocratie sociale très égalitaire, avec une forte confiance dans les institutions et un État-providence solide. L’arrivée de migrants venus de régions plus religieuses – surtout musulmans – a ravivé la conscience du pays de son héritage luthérien et de ses valeurs sécularisées : liberté d’expression, égalité hommes-femmes, droits LGBT+, autonomie individuelle. Ces valeurs sont souvent présentées comme « essentielles » à la danité moderne, parfois en opposition à des représentations stéréotypées des sociétés musulmanes.

Exemple :

L’affaire des caricatures de Mahomet, publiées par le journal danois Jyllands-Posten en 2005, illustre comment certaines formations politiques, comme le Parti du peuple danois, lient la défense des valeurs nationales à une critique de l’islam et de l’immigration. Ce cas met en avant l’invocation de la liberté d’expression pour critiquer les religions, y compris par des actes symboliques provocateurs. Il s’inscrit dans des débats plus larges, tels que ceux sur l’interdiction du voile intégral ou le durcissement des conditions d’accueil des imams étrangers au Danemark.

Pour autant, d’autres acteurs – Église luthérienne incluse – travaillent à la coopération interreligieuse : dîners d’amitié organisés avec des musulmans pendant le Ramadan ou à Noël, centres d’étude islamo-chrétiens, actions caritatives communes. Des projets d’intégration portés par des paroisses luthériennes, des Églises de migrants et des organisations chrétiennes interculturelles visent à créer des espaces de rencontre, de formation linguistique, de soutien social, dépassant les frontières religieuses ou ethniques.

Bon à savoir :

La majorité des Danois sont tolérants envers les choix religieux individuels et ne s’immiscent pas dans les pratiques de leurs voisins. Cependant, certains signes religieux visibles, particulièrement liés à l’islam, peuvent susciter des polémiques dans les médias ou la sphère politique. Comprendre ce climat aide à adapter la manière de présenter sa foi et à décoder les controverses locales.

Conseils pratiques pour expatriés croyants ou simplement curieux

Vivre sa foi au Danemark, ou simplement comprendre comment les autres vivent la leur, suppose quelques ajustements simples.

Il est utile d’abord de repérer les jours fériés religieux, car l’économie du pays s’y adapte directement : la plupart des magasins, banques, services publics sont fermés lors des grandes fêtes chrétiennes, et même certains transports (comme les bus de Copenhague le soir du 24 décembre) sont interrompus pendant plusieurs heures.

Bon à savoir :

Même sans adhérer à sa théologie luthérienne, les paroisses de l’Église du Peuple (Folkekirken) offrent des opportunités de rencontres locales. Elles organisent des cafés de conversation, des concerts, des groupes de parents et des activités pour enfants. C’est une porte d’entrée pour élargir son réseau et découvrir un aspect de la culture danoise.

Pour ceux qui pratiquent une autre religion, la densité de communautés dans les grandes villes facilite l’insertion. Les mosquées, temples, synagogues et centres associatifs sont non seulement des lieux de culte mais aussi des espaces de rencontre, d’apprentissage linguistique, d’entraide sociale. Les autorités publiques reconnaissent formellement un certain nombre de ces communautés, ce qui leur confère une légitimité institutionnelle.

Astuce :

Il est recommandé d’aborder avec prudence le sujet de la religion dans les relations personnelles, notamment en milieu professionnel. Un bon principe est de laisser les collègues évoquer d’eux-mêmes, s’ils le souhaitent, leurs croyances ou leur absence de foi, plutôt que d’interroger directement. Pour maintenir des échanges harmonieux, privilégier des thèmes consensuels comme la culture, la nature, la cuisine, les sports ou l’actualité non polémique, ce qui correspond également à la recherche danoise de *hygge* et de conversation agréable.

Enfin, si l’on veut participer aux débats publics sur la laïcité, la place de l’islam ou l’avenir de la Folkekirken, il est utile de se rappeler que ces sujets sont déjà très chargés émotionnellement pour les Danois eux-mêmes. Un expatrié gagnera à écouter d’abord la diversité des points de vue locaux – du militant athée au pasteur luthérien, de l’imam à l’étudiante musulmane née au Danemark – avant de projeter sur le pays les catégories de son propre contexte d’origine.

En conclusion : une religiosité faible, une culture religieuse profonde

Au Danemark, la religion ne saute pas aux yeux : pas de processions de masse, peu de discours politiques explicitement religieux, une vie quotidienne très séculière. Pourtant, une fois qu’on gratte la surface, on découvre une société imprégnée de références chrétiennes, un calendrier largement organisé par les fêtes liturgiques, des églises omniprésentes dans le paysage, et un débat public où l’islam, la liberté de critiquer la religion et l’héritage luthérien reviennent régulièrement.

Bon à savoir :

Pour un expatrié, il est important de comprendre le ‘christianisme culturel’ et la sécularisation avancée de la France, tout en reconnaissant la diversité réelle des pratiques religieuses (musulmanes, juives, bouddhistes, hindoues, néopaïennes, catholiques, protestantes libres). Cette connaissance facilite l’intégration et aide à naviguer entre le respect des traditions locales et la fidélité à sa propre conscience religieuse.

Au fond, le système danois repose sur un double pari : que l’État soutienne une Église historique sans imposer une foi, et que chacun puisse vivre ses convictions ou son absence de convictions dans un climat de confiance, de protection des libertés et de discrétion mutuelle. Pour qui arrive de l’étranger, cette combinaison peut demander un temps d’adaptation, mais elle ouvre aussi un espace singulier pour habiter sereinement sa différence dans un pays où la religion se fait discrète mais n’a jamais complètement disparu du paysage.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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