Histoire du pays au Danemark

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

L’histoire du pays au Danemark ressemble à une longue fresque où s’enchaînent paysages de glace, tumulus de l’âge du bronze, drakkars en mer du Nord, canons pointés vers Copenhague, usines fumantes et écoles gratuites pour tous. Elle est à la fois celle d’un petit royaume coincé entre mer du Nord et mer Baltique, et celle d’un État qui a su, mieux que beaucoup d’autres, transformer crises politiques, défaites militaires et chocs économiques en tremplins pour se réinventer.

Bon à savoir :

Pour comprendre le Danemark contemporain, il faut remonter à une époque antérieure aux Vikings. Son évolution, de la chasse au renne à la société technologique actuelle, et des raids vikings à son rôle dans l’Union européenne, a façonné une monarchie parlementaire prospère, pionnière du modèle social nordique et de la transition écologique.

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Des premières occupations humaines à l’âge des Vikings

Le sol danois garde la mémoire de la présence humaine depuis la fin de la dernière glaciation. Il y a environ 12 000 ans, lorsque les glaces se retirent, des groupes de chasseurs-cueilleurs s’installent sur ce qui n’est pas encore un archipel mais une péninsule bardée de lacs et de forêts. Les archéologues appellent les premiers occupants stables la culture maglemosienne. Ils dressent des campements saisonniers, exploitent la faune et la flore d’un territoire où, vers 7 000 av. J.-C., apparaissent chênes, ormes et noisetiers, en même temps que sangliers et cervidés.

Le squelette connu sous le nom d’« homme de Koelbjerg », daté autour de 8 000 av. J.-C., est le plus ancien reste humain retrouvé au Danemark. Il signale déjà l’ancienneté d’une occupation qui va se diversifier : cultures de Kongemose, d’Ertebølle puis des vases à entonnoir (Funnelbeaker) se succèdent, marquant l’introduction de l’agriculture autour de 4 000 av. J.-C. À cette époque, dolmens, tombes de pierres et grands tumulus dessinent un paysage funéraire encore bien visible dans la campagne danoise.

1500

C’est à partir de cette date, vers 1500 av. J.-C., que le Danemark entre dans l’âge du bronze nordique, comme en témoignent les objets en bronze et or trouvés dans les tumulus.

La période de l’âge du fer scandinave offre au passage un matériau exceptionnel aux historiens : les « corps des tourbières ». Le Tollund Man ou le Grauballe Man, conservés dans les marais, sont le témoignage saisissant de sacrifices humains ou de pratiques rituelles qui interrogent encore les chercheurs.

En parallèle, les sources écrites venues de l’extérieur commencent à mentionner les Dani. Dès le VIᵉ siècle, l’historien Jordanès raconte comment les Danes auraient chassé les Hérules et pris leurs terres. Plus tard, des poèmes anglo-saxons comme Widsith ou Beowulf font apparaître ce peuple du nord qui, quelques siècles après, va déferler sur les côtes européennes.

La naissance d’un royaume et la christianisation

À partir du VIIIᵉ siècle, l’histoire du pays au Danemark bascule vers ce qu’on appellera l’âge des Vikings. Les défenses de terre du Danevirke, près de la ville marchande d’Hedeby, sont déjà en place au milieu du VIIIᵉ siècle et protègent la frontière méridionale. Les chroniques franques décrivent, à partir de 804, un roi Gudfred qui semble dominer l’essentiel des territoires correspondant au Danemark médiéval. Pour la première fois, un pouvoir royal unifié affleure dans les textes.

Exemple :

La royauté danoise initiale était païenne et guerrière, comme en témoigne le chef Hygelac, cité par Grégoire de Tours pour ses expéditions infructueuses contre les Francs au VIᵉ siècle. Le tournant religieux commence avec des missionnaires tels qu’Ansgar au IXᵉ siècle, mais c’est véritablement au siècle suivant que la conversion au christianisme devient un facteur politique décisif pour la consolidation du royaume.

Gorm l’Ancien, qui règne autour de 936–958, est le premier souverain danois clairement attesté par les sources. Son fils Harald Blåtand (Harald à la Dent Bleue) reprend un royaume déjà puissant, étendu de la ligne du Danevirke aux îles danoises et à la Scanie. Harald est l’homme de la double fondation : il unifie durablement les Danois et les chrétient officiellement autour de 965. Ce double acte est gravé sur la grande pierre de Jelling, souvent surnommée le « certificat de naissance » du Danemark. L’inscription y proclame qu’il a « fait chrétien les Danois » et « gagné la Norvège », marquant à la fois une ambition territoriale et une légitimation religieuse.

Attention :

La christianisation a permis au roi de s’allier avec le Saint-Empire romain germanique et de stabiliser la monarchie grâce à l’Église. Au début du XIIᵉ siècle, le royaume est devenu le siège d’une province ecclésiastique indépendante pour toute la Scandinavie.

Les Vikings, maîtres de l’Atlantique Nord

Entre le IXᵉ et le XIᵉ siècle, les Vikings danois bouleversent l’équilibre de l’Europe du Nord. Ils pillent et commercent dans les îles Britanniques, en Irlande, dans le nord de la France, en Espagne, au Portugal et en Italie, jusqu’aux rivages de la Méditerranée. Ils établissent le Danelaw dans le nord-est de l’Angleterre, des comptoirs en Irlande, fondent la Normandie et participent à des expéditions vers l’Islande, le Groenland et même le Vinland, identifié aujourd’hui à Terre-Neuve.

Sous Sweyn Forkbeard (Svein à la Barbe Fourchue), fils de Harald Bluetooth, et surtout sous Cnut le Grand, le royaume atteint son apogée. Cnut assemble un « empire de la mer du Nord » comprenant l’Angleterre, le Danemark et la Norvège, avec une influence notable sur le littoral allemand. Ce vaste ensemble reste fragile et, après la mort de Cnut et de ses successeurs, l’Angleterre se détache définitivement de la sphère danoise.

La fin de l’âge viking est souvent associée à la mort de Knud IV, dit « le Saint », en 1086 ou au tournant que constitue la conquête normande de l’Angleterre en 1066. Dans tous les cas, le Danemark entre alors dans une phase plus « européenne », marquée par la féodalisation, les croisades baltes et la montée de la puissance aristocratique.

De la christianisation à la Kalmar Union

Après la consolidation du royaume au XIIᵉ siècle, marqué par la figure de Valdemar le Grand et de l’évêque Absalon, le Danemark devient une grande puissance de la Baltique. Absalon, en fortifiant le village de Havn, jette les bases de la future Copenhague. Valdemar Iᵉʳ et ses successeurs entreprennent des expéditions contre les païens du sud de la Baltique, soumettent en 1168 la principauté de Rügen et contrôlent un temps le Mecklembourg et la Poméranie dans les années 1180.

Cette expansion danoise vers le sud est brisée à la bataille de Bornhöved en 1227. Le royaume y perd la plupart de ses conquêtes allemandes, ne conservant la principauté de Rügen que jusqu’en 1325. Mais le souvenir d’un Danemark puissant dans l’espace baltique va nourrir longtemps la mémoire nationale.

Astuce :

À l’intérieur du royaume, la monarchie met en place un système féodal qui renforce le pouvoir des grandes familles nobles. Ce rapport de force s’inverse à la fin du XIIIᵉ siècle, lorsque la noblesse impose au roi une charte, considérée comme la première constitution du pays. Sous le règne désastreux de Christophe II, les terres de la couronne sont progressivement engagées. Cette instabilité culmine après sa mort en 1332, conduisant à une période de huit ans sans roi, où le territoire est contrôlé par des comtes provinciaux.

C’est Valdemar IV, élu roi en 1340 après l’assassinat du puissant Gerhard III de Holstein-Rendsburg, qui restaure peu à peu l’unité du pays et retrouve par étapes les provinces perdues. Sa fille Margrethe Iʳᵉ va, elle, propulser le Danemark au cœur d’un projet bien plus ambitieux : l’union de toute la Scandinavie.

La Kalmar Union : une Scandinavie unie sous le roi danois

En 1397, à Kalmar, les couronnes de Danemark, de Norvège et de Suède (qui englobe alors la majeure partie de l’actuelle Finlande) sont réunies sur la tête du jeune Éric de Poméranie, petit-neveu adopté de Margrethe Iʳᵉ. C’est la naissance de la Kalmar Union, une union personnelle qui rassemble aussi les dépendances norvégiennes : Islande, Groenland, Féroé, Orcades, Shetland.

Formellement, chaque royaume conserve ses lois, ses institutions et son statut d’État souverain. Dans les faits, la politique étrangère et une partie des grandes orientations sont dictées par un monarque qui réside surtout au Danemark, appuyé sur l’aristocratie danoise. L’union repose sur un double corpus de textes, révélateur de ses tensions internes : une charte de couronnement favorable à un pouvoir monarchique fort et héréditaire, et un projet de charte d’union qui insiste sur l’autonomie des royaumes et un rôle important des conseils aristocratiques. Cette dualité ouvre la voie à un conflit permanent entre la volonté centralisatrice du roi à Copenhague et les élites suédoises ou norvégiennes, soucieuses de défendre leurs prérogatives.

L’Union de Kalmar

Un tableau permet de visualiser l’architecture politique de la Kalmar Union et son extension territoriale.

ÉlémentContenu principal
Royaumes membresDanemark, Norvège, Suède (incluant la majeure partie de la Finlande actuelle)
Territoires dépendantsIslande, Groenland, îles Féroé, Orcades, Shetland (sous la couronne norvégienne au sein de l’Union)
Nature de l’unionUnion personnelle : monarchie commune, États juridiquement distincts
Durée globaleDe facto 1397–1523, avec plusieurs crises et interruptions
Centre de gravitéCopenhague et la noblesse danoise dominent l’appareil politique

L’un des enjeux majeurs de l’union est la confrontation avec la Ligue hanséatique, puissante coalition de villes marchandes germaniques qui domine les échanges en mer Baltique et en mer du Nord. Les rois danois cherchent à contrôler les routes commerciales et instituent, à partir d’Éric de Poméranie, un péage sur les navires traversant l’Øresund – le fameux « droit du Sund », qui restera en vigueur jusqu’au XIXᵉ siècle et assurera d’importantes recettes au royaume.

L’Instabilité de l’Union de Kalmar

Les tensions et révoltes qui ont progressivement affaibli la domination danoise au sein de l’union, particulièrement en Suède.

Révolte d’Engelbrekt Engelbrektsson

La grande révolte des années 1430 qui a contesté le pouvoir danois en Suède.

Régence de Sten Sture l’Ancien

Une période de régence qui a affaibli la présence danoise en Suède.

Régence de Sten Sture le Jeune

Une autre régence qui a contribué à l’affaiblissement progressif du pouvoir danois.

L’épisode le plus fameux est celui du bain de sang de Stockholm en 1520. Le roi danois Christian II, après avoir vaincu les forces suédoises, fait exécuter plus de 80 nobles et notables suédois. L’événement choque le pays et provoque la guerre de libération menée par Gustav Vasa. Ce dernier entre à Stockholm en 1523 et est élu roi de Suède : la Kalmar Union vole en éclats. Le Danemark renonce formellement à ses prétentions sur la Suède en 1570.

Reste alors une union binaire, Danemark–Norvège, qui durera jusqu’en 1814.

Du Danemark-Norvège à la monarchie absolue

L’union de la couronne danoise et du royaume de Norvège – avec ses dépendances atlantiques (Islande, Groenland, Féroé) – constitue à partir du XVIᵉ siècle le cadre politique central : on parle couramment de Danemark-Norvège. L’époque est marquée par deux évolutions majeures : la Réforme protestante et la montée d’un État de plus en plus centralisé, qui débouche au XVIIᵉ siècle sur l’absolutisme.

La Réforme luthérienne et la naissance de l’Église nationale

Dès les années 1520, les écrits de Martin Luther trouvent au Danemark un écho particulier. Le Nouveau Testament est traduit en danois en 1524 par Hans Mikkelsen et Christiern Pedersen, et des prédicateurs comme Hans Tausen diffusent les idées réformatrices, notamment à Viborg qui devient un foyer de contestation religieuse.

La mort du roi Frédéric Iᵉʳ en 1533 ouvre une période de guerre civile, la « guerre des comtes » (Grevens Fejde), où s’affrontent partisans catholiques et factions luthériennes autour de la succession. Christian III, favorable à la Réforme, finit par l’emporter après de durs combats et proclame en 1536 le luthéranisme religion officielle du royaume. Les biens de l’Église catholique sont confisqués, les évêques emprisonnés jusqu’à conversion et une Église nationale, la Folkekirken, est instituée par les ordonnances luthériennes de 1537.

La rupture avec Rome renforce la mainmise du pouvoir royal sur les structures ecclésiastiques, mais ne rompt pas le lien entre couronne et religion : au contraire, la monarchie se présente désormais comme le pilier de l’orthodoxie luthérienne. Le XVIIᵉ siècle sera marqué par une stricte orthodoxie religieuse, avec de lourdes sanctions contre calvinistes, zwingliens ou catholiques.

Christian IV, la guerre de Trente Ans et la bascule vers l’absolutisme

Le règne de Christian IV, commencé en 1588, illustre à la fois les ambitions et les limites du Danemark-Norvège. On le surnommera plus tard « l’architecte sur le trône danois » tant il marque le paysage du pays : création ou extension de villes, chantiers navals, forteresses, palais, et même première colonie en Inde à Tranquebar (1620). Il engage le royaume dans la guerre de Trente Ans du côté protestant, avec pour but de contenir la puissance des Habsbourg et d’asseoir l’influence danoise en Allemagne du Nord.

1658

Année du traité de Roskilde, où le Danemark cède d’importantes provinces à la Suède.

L’humiliation nourrit un vaste mouvement de réforme. En 1660, le roi Frédéric III parvient à convaincre la noblesse de renoncer à certaines prérogatives. L’ancienne monarchie élective – même si dans les faits l’aîné mâle était presque toujours choisi – devient un trône héréditaire. Cinq ans plus tard, la Loi royale (Lex Regia) consacre par écrit un pouvoir absolu, fondé sur le droit divin et la succession masculine. C’est le début de l’absolutisme danois, qui durera jusqu’en 1849.

Le contrôle de l’État se renforce alors dans tous les domaines. En 1683, un code de lois, le Danske Lov, unifie les législations provinciales. Les poids et mesures sont standardisés, des recensements sont entrepris, une réforme de l’agriculture est esquissée, même si la tentative de diversifier l’économie au-delà de l’agriculture échoue en grande partie. Autour de 1700, environ 300 grands propriétaires terriens possèdent près de 90 % de la surface agricole du pays, tandis que Copenhague ne compte qu’environ 30 000 habitants.

Expansion coloniale, réformes agraires et naissance d’une nation

L’époque moderne n’est pas seulement celle de l’absolutisme à l’intérieur. C’est aussi, comme ailleurs en Europe, celle de l’expansion outre-mer. Dans le cas danois, ce mouvement est indissociable d’une politique mercantiliste qui vise à contrôler les flux de marchandises et à alimenter un État en concurrence avec des voisins plus puissants.

Un empire colonial modeste mais global

Sous l’impulsion de Christian IV puis de ses successeurs, le Danemark se dote au XVIIᵉ siècle d’une constellation de postes et de colonies sur quatre continents. En Afrique, des forts sont établis le long de la Côte de l’Or – l’actuel Ghana –, dont le fort Christiansborg, acheté aux Suédois en 1661 près d’Accra, qui devient le centre du pouvoir danois et du trafic d’esclaves vers les Antilles. D’autres fortifications comme Fredensborg, Kongenstein ou Prinzenstein témoignent de cette présence, dont il ne reste aujourd’hui que des ruines pour la plupart, à l’exception notable du château d’Osu, résidence de présidents ghanéens après l’indépendance.

Exemple :

Au XVIIe siècle, sous l’impulsion d’Ove Gjedde, le Danemark fonde Tranquebar en Inde (1620), puis établit des comptoirs à Serampore, Masulipatnam, Balasore, Calicut et Colachel. La Compagnie danoise des Indes orientales, puis la Compagnie asiatique, s’intègrent aux réseaux commerciaux des épices, du thé et des textiles. Une tentative de colonisation des îles Nicobar, rebaptisées « Nouvelle Danemark », échoue en raison de la malaria.

Dans les Caraïbes, les îles de Saint-Thomas (1671), Saint-Jean (1718) et Saint-Croix (achetée en 1733) forment les Indes occidentales danoises, qui deviennent un centre de production sucrière basé sur le travail forcé d’esclaves africains. On estime qu’environ 110 000 Africains ont été transportés sur des navires danois, soit près de 2 % du commerce transatlantique des esclaves. Le Danemark-Norvège décide d’abolir la traite en 1792 – mesure effective en 1803 –, mais l’esclavage n’est supprimé dans les colonies qu’en 1848, à la suite de révoltes.

Un tableau permet de saisir l’ampleur et l’orientation de cet empire colonial.

RégionPrincipales possessions et postesRôle économique dominantSort final
Afrique (Gold Coast)Fort Christiansborg, Fredensborg, Kongenstein, PrinzensteinTraite d’esclaves, commerce de l’or et produits tropicauxCession au Royaume-Uni en 1850
Asie (Inde & Nicobar)Tranquebar, Serampore, autres comptoirs, NicobarCommerce des épices, textiles, thé, relais vers la ChineVente au Royaume-Uni en 1845–1848
Caraïbes (Indes occidentales danoises)Saint-Thomas, Saint-Jean, Saint-CroixSucre, rhum, tabac, coton, esclavageVente aux États-Unis en 1917
Atlantique NordIslande, Groenland, îles FéroéPêche, chasse, missions religieuses, stratégieParties du Royaume jusqu’au XXᵉ siècle

La phase la plus florissante de ce commerce est parfois appelée florissante handelsperiode : grâce à une neutralité habilement exploitée pendant la guerre d’Indépendance américaine, les guerres révolutionnaires et napoléoniennes, la flotte marchande danoise engrange des profits exceptionnels. Copenhague devient le grand centre de redistribution de produits coloniaux dans la Baltique. Mais ce modèle est condamné à terme par les bouleversements géopolitiques.

Les guerres napoléoniennes et la rupture avec la Norvège

La neutralité danoise vole en éclats en 1801, quand la Royal Navy attaque la flotte danoise à Copenhague pour briser sa participation à la ligue des neutres armés. En 1807, les Britanniques bombardent à nouveau la capitale et brûlent une grande partie de la ville, s’emparant de la marine danoise pour empêcher qu’elle ne tombe aux mains de Napoléon. Le coût des guerres et du blocus, ajouté à une gestion financière fragile, conduit le gouvernement à la banqueroute en 1813.

Bon à savoir :

À la suite du traité de Kiel, la Norvège est cédée à la Suède, mettant fin à quatre siècles d’union avec le Danemark. Le Danemark conserve ses anciennes possessions norvégiennes de l’Atlantique : l’Islande, le Groenland et les îles Féroé. Cette perte est un traumatisme majeur pour le royaume danois, le réduisant à une taille plus modeste et l’obligeant à repenser son avenir.

Réformes agraires et naissance d’un capitalisme paysan

Paradoxalement, c’est dans la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle, sous l’influence des Lumières, que se jouent les transformations internes les plus profondes. Un courant réformateur animé par des figures comme le prince héritier Frédéric (futur Frédéric VI) ou le médecin réformateur Struensee – même si ses mesures seront vite annulées – ouvre la voie à une remise en cause de l’ordre foncier.

Entre 1784 et 1815, le servage est aboli, l’openfield médiéval démantelé, les grandes exploitations seigneuriales morcelées, et une masse croissante de paysans devient propriétaire de sa terre. La liberté du commerce, l’éducation obligatoire (introduite en 1814), la promotion d’une agriculture plus scientifique – appuyée par des sociétés agricoles, des écoles et, plus tard, une université agricole – accompagnent ce grand basculement.

Ces réformes créent un groupe solide de paysans-propriétaires, les gårdmænd, qui deviendront la colonne vertébrale de la société rurale danoise et un acteur politique de premier plan. Ils disposent d’outils collectifs puissants : coopératives, caisses de crédit, associations professionnelles. Cette architecture, qui apparaît au XIXᵉ siècle, est l’un des ressorts décisifs de l’industrialisation danoise.

Industrialisation, démocratisation et question nationale

À partir des années 1830–1840, le Danemark s’engage progressivement dans la modernité industrielle et politique. Comme ailleurs en Europe, les idées libérales se diffusent, la bourgeoisie urbaine réclame des réformes, la paysannerie organisée conteste les vieilles oligarchies, et les techniques nouvelles (chemins de fer, machines à vapeur, télégraphe) transforment le paysage économique.

De l’absolutisme à la monarchie constitutionnelle

Sous la pression des mouvements de 1848, le roi Frédéric VII accepte de renoncer à l’absolutisme. Le 5 juin 1849, une constitution (la « constitution de Juin ») instaure une monarchie constitutionnelle avec un Parlement bicaméral, une presse libérée et des libertés fondamentales affirmées. Le Danemark s’aligne alors sur les tendances libérales du continent.

Ce changement politique n’empêche pas l’éclatement de conflits identitaires majeurs autour du Schleswig et du Holstein, duchés à population mixte danophone et germanophone, liés depuis des siècles à la couronne danoise mais intégrés au système germanique. Deux guerres – la première guerre de Schleswig (1848–1851) et surtout la seconde guerre de Schleswig (1864) – opposent le Danemark aux puissances allemandes.

40

Pourcentage du territoire danois perdu après la défaite de 1864 face à la Prusse et à l’Autriche.

La question du Schleswig ne sera partiellement réglée qu’après la Première Guerre mondiale, lorsqu’un plébiscite en 1920 permet à la partie nord du Schleswig de rejoindre le Danemark, dessinant la frontière actuelle.

Industrialisation et révolution coopérative

Au milieu du XIXᵉ siècle, l’économie danoise reste largement agricole, mais les signes d’industrialisation se multiplient. La loi sur la liberté du commerce (Næringsfrihedsloven) de 1857 supprime les privilèges des villes de marché et des corporations, ouvrant la voie à une véritable économie de marché. Les premiers chemins de fer apparaissent dès 1847 entre Copenhague et Roskilde, et le réseau s’étend rapidement. Les ports sont modernisés, notamment Esbjerg, construit après la perte des ports de Schleswig, qui devient une porte d’exportation vers la Grande-Bretagne.

Bon à savoir :

Confrontée à la concurrence des céréales américaines et russes à partir des années 1870, l’agriculture danoise a opéré une reconversion majeure. Les paysans ont abandonné la production de grains pour se concentrer sur l’élevage bovin et porcin destiné à l’exportation, utilisant désormais le grain comme nourriture pour le bétail plutôt que comme produit principal.

Pour réussir ce virage, les agriculteurs s’organisent en coopératives. Le premier laiterie coopérative est fondée en 1882. En 1909, on en compte plus de 1 100. Le principe est simple : les producteurs deviennent copropriétaires de l’outil de transformation, chacun dispose d’une voix quel que soit le nombre de vaches possédées, et les bénéfices sont redistribués au prorata des livraisons. Le lactosérum et les résidus de beurre servent à nourrir les porcs, ce qui accroît la production de bacon. De grandes coopératives d’abattage et de transformation apparaissent à leur tour.

Un tableau résume cette mutation agraire et industrielle.

Années clés / tendanceSituation et évolution principales
Vers 1840–1870« Période du grain » : forte exportation de céréales, surtout vers le Royaume-Uni
À partir des années 1870Chute des prix du grain (concurrence USA/Russie)
Années 1880–1914Conversion à l’élevage laitier et porcin, explosion du modèle coopératif
Début XXᵉ siècleBeurre et bacon représentent la majeure part de la valeur agricole exportée
1914L’agriculture assure encore ~60 % des exportations totales

Cette transformation s’accompagne de progrès techniques impressionnants : centrifugeuses à crème, machines agricoles, nouvelles variétés, engrais, formation dans des écoles d’agriculture. De petites entreprises de machinisme agricole apparaissent en province, nourrissant une industrie manufacturière qui se développe parallèlement dans la capitale : chantiers navals, fonderies, sucreries, cimenteries, brasseries.

Bon à savoir :

Au tournant du XXᵉ siècle, Copenhague était le centre industriel du Danemark, marqué par la présence de grands groupes comme Burmeister & Wain dans la construction navale et la mécanique. Cependant, le tissu productif restait majoritairement composé de petits ateliers et d’entreprises familiales, souvent fortement liés au monde rural.

Mouvements sociaux et démocratie parlementaire

La modernisation économique s’accompagne de tensions sociales croissantes. Prolétariat urbain et rural s’organisent en syndicats à partir des années 1880. En 1878, les sociaux-démocrates deviennent un parti indépendant, et en 1884 deux de leurs représentants font leur entrée au Folketing, la chambre basse.

Le moment fondateur du modèle danois de relations professionnelles est le compromis de septembre 1899. Après une série de conflits qui mobilisent des dizaines de milliers de travailleurs et se traduisent par d’énormes pertes de salaire et d’heures de travail, un accord est conclu entre la fédération des syndicats (De Samvirkende Fagforbund) et l’organisation patronale. Les employeurs reconnaissent le droit des salariés à s’organiser ; en échange, les syndicats acceptent le principe du droit de direction de l’employeur. Ce pacte fonde un système de négociation collective sans forte intervention de l’État, qui perdure jusqu’à aujourd’hui.

Politiquement, la vie publique se pluralise. Le passage à un régime parlementaire, en 1901, consacre la suprématie du Parlement sur le roi. La réforme constitutionnelle de 1915 élargit encore la démocratie en accordant le droit de vote aux femmes, aux domestiques et aux ouvriers agricoles, et en instaurant la représentation proportionnelle. Le Danemark devient ainsi l’un des premiers pays au monde à introduire le suffrage féminin à l’échelon national.

Guerres mondiales, occupation et État-providence

Le XXᵉ siècle secoue le pays à travers deux guerres mondiales, une occupation étrangère, puis l’essor d’un État-providence d’envergure, construit graduellement sur le socle des réformes sociales du début du siècle.

Neutre en 1914–1918, occupé en 1940–1945

Pendant la Première Guerre mondiale, le Danemark réussit à rester neutre, tout en étant soumis aux tensions économiques d’un conflit prolongé, notamment en matière de ravitaillement et de commerce extérieur. L’issue de la guerre lui est favorable sur un point essentiel : le traité de Versailles prévoit qu’une partie du Schleswig fasse l’objet d’un plébiscite. En 1920, la population du Nord-Schleswig vote en majorité pour le rattachement au Danemark, ce qui permet de corriger partiellement la défaite de 1864.

La Seconde Guerre mondiale constitue un trauma plus direct. Le 9 avril 1940, malgré une déclaration de neutralité, l’Allemagne nazie envahit le Danemark au petit matin dans le cadre de l’opération Weserübung. L’armée danoise résiste par endroits, mais le gouvernement capitule en moins de six heures, considérant que la poursuite du combat mènerait à une destruction massive. S’ouvre alors une période singulière d’occupation « modèle » : le roi Christian X et le gouvernement restent en place, l’administration est largement danoise, et le pays est présenté par Berlin comme un « front de la crème » (Sahnefront), confortable et calme.

Attention :

Cette politique, dite ‘samarbejdspolitikken’, a d’abord permis d’atténuer la brutalité de l’occupation nazie et de préserver le niveau de vie. Après 1943, elle a cédé la place à une logique croissante de résistance. Elle reste un sujet central de débats historiques et moraux.

La démission du gouvernement le 29 août 1943, après un ultimatum allemand exigeant l’introduction de la peine de mort pour sabotage et la répression des grèves, met fin au « protectorat ». L’armée allemande prend le contrôle direct, les forces navales danoises sabordent une grande partie de leur flotte pour éviter sa capture, et la police danoise est finalement dissoute en 1944, nombre de policiers étant déportés. Parallèlement, le mouvement de résistance se structure, menant actions de sabotages, renseignement et aide aux personnes persécutées.

L’épisode le plus marquant est le sauvetage des Juifs danois. À l’automne 1943, avertis des préparatifs de déportation grâce au diplomate allemand Georg Ferdinand Duckwitz, des réseaux danois organisent en quelques semaines l’évacuation par mer de l’essentiel de la communauté juive du pays, en direction de la Suède neutre. Sur environ 7 000 à 8 000 Juifs, seuls 400 à 500 sont arrêtés ; plus de 90 % survivent. Cet épisode a valu au collectif du mouvement de résistance danois d’être honoré comme « Juste parmi les Nations » à Yad Vashem.

5000

Nombre total de Danois morts en lien avec la Seconde Guerre mondiale, incluant les victimes de l’occupation et les volontaires engagés du côté allemand.

Construction progressive de l’État-providence

Dès l’entre-deux-guerres, le Danemark amorce une politique sociale ambitieuse, notamment sous l’influence des gouvernements sociaux-démocrates dirigés par Thorvald Stauning. Le compromis de Kanslergade, conclu en 1933 entre sociaux-démocrates, agrariens et radicaux, est souvent vu comme l’acte de naissance du modèle social danois : dévaluation de la monnaie, soutien à l’agriculture et extension des assurances sociales forment un ensemble destiné à lutter contre la crise et le chômage.

Après 1945, dans un contexte de reconstruction européenne et de croissance économique soutenue, cet édifice social se consolide et s’étend. La constitution de 1953 transforme le Parlement en une assemblée unique, le Folketing, introduit la succession féminine sur le trône (permettant plus tard l’accession de Margrethe II) et renforce le cadre parlementaire.

Bon à savoir :

L’État-providence danois est un système social-démocrate universel, financé par une fiscalité élevée et progressive. Il garantit un accès égal à des services comme la scolarité gratuite, les soins de santé, les allocations familiales, les retraites publiques, l’indemnisation du chômage et un soutien important à la garde d’enfants. Il se distingue par le rôle central de l’État et l’absence quasi-totale de conditions de ressources.

La montée en puissance de ce modèle est spectaculaire dans les chiffres : la part des dépenses de santé et de services sociaux dans le PIB passe d’environ un quart dans les années 1970 à plus de un tiers au début du XXIᵉ siècle. Le taux d’activité des femmes devient l’un des plus élevés d’Europe, soutenu par un système de garde d’enfants subventionné où près de 98 % des enfants de 3 à 5 ans fréquentent une structure d’accueil.

Ce système ne va pas sans tensions, notamment dans les années 1970, quand la crise pétrolière et le ralentissement économique provoquent une explosion des dépenses publiques, un chômage élevé et un débat intense sur le « coût » de l’État social. Les gouvernements successifs – qu’ils soient sociaux-démocrates ou conservateurs – vont dès lors chercher à ajuster le modèle sans le remettre frontalement en cause : réformes de l’assurance-chômage, de l’âge de la retraite, développement des politiques actives de l’emploi et poursuite d’une ouverture économique très marquée.

L’âge d’or culturel : un pays en crise qui invente sa modernité

Un paradoxe traverse l’histoire du pays au Danemark : certains de ses moments de plus grande créativité culturelle coïncident avec des périodes de crise politique et de difficultés économiques. C’est particulièrement vrai pour ce qu’on appelle la « période dorée » danoise, la guldalderen, qui s’étend grosso modo de 1801 à 1864.

Contexte : bombardements, faillite et amputations

La période commence de manière dramatique : bombardements de Copenhague en 1801 et 1807, destruction de quartiers entiers, perte de la flotte, faillite d’État en 1813, cession de la Norvège en 1814. La capitale, encore enfermée dans ses remparts, oscille autour de 100 000 habitants. Les campagnes sortent à peine des grandes réformes agraires, tandis que le pays digère ses revers militaires.

Pourtant, c’est dans cet environnement que de nouvelles idées, venues du romantisme allemand, trouvent un terrain fertile. En 1802, le philosophe Henrik Steffens donne à Copenhague une série de conférences qui introduisent les concepts du romantisme : unité organique de la nature et de l’esprit, importance du peuple et de la langue dans la définition de la nation, valeur créatrice de l’individu. Des auteurs comme Adam Oehlenschläger et N. F. S. Grundtvig s’emparent de ces idées et les adaptent au contexte danois.

En parallèle, la reconstruction de Copenhague après les incendies de 1794–1795 et les bombardements de 1807 offre un immense chantier aux architectes. Sous l’impulsion de C. F. Hansen et, plus tard, de Michael Gottlieb Bindesbøll, la ville se couvre de bâtiments néoclassiques d’une sobriété presque austère : palais de justice, églises, maisons d’habitation, musée Thorvaldsen. Les rues sont élargies, les alignements repensés. Copenhague gagne l’ossature que l’on connaît aujourd’hui.

Peinture, sculpture, architecture : un art national

La peinture danoise connaît, entre environ 1800 et 1850, une véritable floraison. Sous l’enseignement de Christoffer Wilhelm Eckersberg à l’Académie royale, une génération d’artistes forge un style national inspiré des maîtres hollandais mais imprégné d’une lumière nordique douce, à la fois précise et poétique. Les paysages, les scènes d’intérieur et les petits portraits de groupes dominent, souvent réalisés à partir de dessins minutieux d’après nature.

Il encourage cette orientation « nationale », invitant les artistes à puiser leurs sujets dans la nature et l’histoire du pays plutôt que dans les motifs italiens alors à la mode.

L’historien de l’art Niels Laurits Høyen

La sculpture, quant à elle, est dominée par la figure de Bertel Thorvaldsen, installé longtemps à Rome. Dans un style néoclassique pur, il réalise des œuvres qui trouvent un écho international : son Jason, salué par Antonio Canova, le Christ de la cathédrale de Copenhague, ou encore le lion de Lucerne en Suisse. Son musée, inauguré en 1848 à Copenhague, est un manifeste architectural moderniste pour l’époque, avec ses lignes épurées, sa cour intérieure et un rapport à l’espace urbain qui inspirera les urbanistes des générations suivantes.

Littérature, philosophie, sciences : un foisonnement

La littérature de la période est tout aussi riche. Oehlenschläger domine la poésie romantique, Ingemann signe des romans historiques et des hymnes, Grundtvig multiplie écrits religieux, historiques et pédagogiques qui influenceront profondément la conception danoise de l’école et de la nation. Hans Christian Andersen, lui, invente une forme moderne du conte, où se mêlent souvenirs personnels, observations sociales et imagination foisonnante. Sur 156 histoires, à peine une douzaine sont inspirées de contes populaires : le reste sort de sa plume, avant de conquérir le monde, traduit en plus de 150 langues.

Bon à savoir :

Au XIXᵉ siècle, la pensée hégélienne, défendue par des figures comme Johan Ludvig Heiberg et Hans Lassen Martensen, domine et influence la théologie, le droit et la critique littéraire. En opposition, Søren Kierkegaard développe une philosophie existentielle centrée sur l’individu, la subjectivité, le choix et l’angoisse. Ses œuvres majeures, telles que *Ou bien… ou bien*, *Fragments philosophiques*, *Les Œuvres de l’amour* et le *Post-scriptum définitif et non scientifique*, auront une influence considérable au-delà du Danemark au XXᵉ siècle.

Les sciences ne sont pas en reste. Hans Christian Ørsted découvre le lien entre électricité et magnétisme, posant un jalon essentiel de l’électromagnétisme moderne. Il crée une société pour la diffusion du savoir scientifique, participe à l’émergence de la météorologie et de la protection des inventions, invente des milliers de néologismes danois pour remplacer les termes grecs ou latins et esquisse une vision philosophique de l’unité de la nature.

Si la guldalderen se termine symboliquement avec la défaite de 1864, ses effets se prolongent longtemps : elle donne au pays un patrimoine culturel et une conscience de soi qui serviront de base à la construction de la nation moderne, en particulier lorsque l’ère de la démocratie parlementaire et de l’État-providence s’ouvre pleinement au XXᵉ siècle.

Du royaume agraire au pays high-tech intégré à l’Europe

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le Danemark est un petit pays agraire-industrialo-marin, relativement homogène, doté d’institutions démocratiques stables et d’un État social en forte croissance. Durant la seconde moitié du XXᵉ siècle, il va s’intégrer aux grands ensembles occidentaux, repenser sa place en Europe et, plus récemment, se poser en pionnier de la transition écologique et des biotechnologies.

Ancrage occidental : OTAN, Conseil de l’Europe, UE

Dès 1949, le Danemark est membre fondateur de l’OTAN, affirmant son insertion dans le bloc occidental face à l’Union soviétique. Il participe aussi activement à la coopération économique de l’après-guerre via l’OECE (future OCDE) et devient un membre fondateur du Conseil de l’Europe la même année.

Exemple :

Dans les années 1960, le Danemark, membre de l’AELE mais économiquement dépendant du Royaume-Uni, dépose sa candidature à la CEE en 1961 suite à celle de Londres. Après des retards dus aux vetos français, un référendum en 1972 approuve l’adhésion à près de 63%. Le Danemark rejoint officiellement les Communautés européennes le 1er janvier 1973, en même temps que le Royaume-Uni et l’Irlande.

La relation du Danemark à l’intégration européenne sera marquée par un mélange de pragmatisme économique et de scepticisme politique. En 1992, le traité de Maastricht est rejeté de peu par référendum, ce qui entraîne la négociation d’un accord spécifique (accord d’Édimbourg) octroyant au royaume quatre « opt-out » : sur la monnaie unique, la défense commune, la citoyenneté européenne et certains volets de justice et affaires intérieures. Un second référendum, en 1993, ratifie alors Maastricht avec ces garanties.

Bon à savoir :

Le Danemark conserve sa monnaie nationale, la couronne, étroitement liée à l’euro via le mécanisme de change européen, et a refusé d’adopter l’euro par référendum en 2000. Ses exemptions (opt-out) sont progressivement réévaluées : un projet d’abandon de la clause de non-participation à la politique de sécurité et de défense commune a été rejeté en 2015, mais, dans le contexte de l’invasion de l’Ukraine, les Danois ont voté en 2022 pour rejoindre pleinement la coopération de défense de l’UE.

Un tableau synthétise cette trajectoire européenne particulière.

AnnéeÉtape européenne cléRésultat pour le Danemark
1972–1973Référendum puis adhésion aux Communautés européennesOui à 63 %, entrée dans la CEE en 1973
1986Référendum Acte unique européenApprobation après débats au Parlement
1992–1993Double référendum sur MaastrichtNon, puis Oui avec 4 opt-out (Accord d’Édimbourg)
2000Référendum sur l’euroRefus (53,2 % contre)
2015Référendum sur l’opt-out Justice et Affaires intérieuresRefus de transformer la clause en opt-in souple
2022Référendum sur l’opt-out défense (CSDP)Abolition de l’opt-out, intégration à la CSDP

Aujourd’hui, le Danemark est un membre pleinement intégré du marché unique et de l’espace Schengen, mais conserve sa monnaie nationale et cultive une forme d’euro-scepticisme modéré : une large majorité de la population voit l’appartenance à l’UE comme positive, tout en se montrant prudente vis-à-vis de transferts supplémentaires de souveraineté.

Mutation économique : de l’agriculture à la biotech et à l’éolien

Sur le plan économique, la seconde moitié du XXᵉ siècle et le début du XXIᵉ siècle voient le Danemark passer d’un pays encore dominé par l’agriculture à une économie de services et d’industrie de pointe. L’agriculture, si elle ne représente plus qu’une faible part du PIB et de l’emploi, reste très productive et orientée vers l’exportation, portée par de grands groupes coopératifs comme Arla Foods (produits laitiers) ou Danish Crown (viande).

Bon à savoir :

L’industrie danoise a évolué des secteurs traditionnels (textile, mécanique lourde, chantiers navals) vers des domaines à haute valeur ajoutée. La pharmacie, avec des acteurs comme Novo Nordisk et le succès de traitements tels que le semaglutide, est devenue le principal moteur de croissance au 21ᵉ siècle. Le pays se distingue également dans les biotechnologies, attirant un capital-risque important, et dans les équipements industriels de pointe avec des leaders mondiaux comme Danfoss (équipements), Grundfos (pompes) et Vestas (éoliennes).

La découverte de gisements de pétrole et de gaz en mer du Nord à partir des années 1970 permet au Danemark de réduire sa dépendance énergétique et de financer une partie de ses ambitions. Très vite, toutefois, l’accent est mis sur les énergies renouvelables. L’éolien devient un pilier de la politique énergétique : dès les années 2010, le vent fournit l’équivalent de plus de 40 % de la consommation électrique du pays, tandis qu’un dense réseau de chauffage urbain et de centrales de cogénération optimise l’usage de l’énergie.

Cette transformation repose aussi sur des choix de politique économique : ancrage ferme de la couronne à une parité fixe, politiques actives de l’emploi, réformes des retraites, incitations à l’épargne et, plus récemment, stratégies de numérique et d’innovation qui placent le pays aux premiers rangs mondiaux pour la digitalisation de l’administration.

Une monarchie très ancienne dans une société très moderne

Au fil de ces siècles, une constante demeure : la monarchie. Celle-ci a profondément changé de rôle, passant d’un pouvoir absolu à une fonction essentiellement symbolique, mais elle continue de fournir un lien direct vers l’époque des Vikings. La dynastie actuelle, celle de Glücksburg – branche cadette de la maison d’Oldenbourg – fait remonter sa lignée à Gorm l’Ancien et Harald Bluetooth, ce qui en fait l’une des monarchies les plus anciennes d’Europe.

Bon à savoir :

Depuis 1953, la constitution danoise autorise la succession féminine au trône. Margrethe II, reine populaire ayant régné plus de 50 ans, a symbolisé la modernisation du pays. Son abdication volontaire en 2024, une première depuis des siècles, au profit de son fils Frederik X, illustre une monarchie flexible, adaptée à une société égalitaire et attachée au débat démocratique.

La fonction royale reste encadrée par la constitution : chef de l’État et commandant en chef des forces armées, le souverain partage le pouvoir législatif avec le Parlement et doit en pratique rester neutre politiquement. Les grandes décisions sont prises par le gouvernement responsable devant le Folketing, tandis que la famille royale assume un rôle de représentation, de continuité et de diplomatie douce.

Conclusion : un petit royaume aux épaules larges

Raconter l’histoire du pays au Danemark, c’est suivre le fil d’une trajectoire où un petit territoire a constamment joué au-dessus de son poids : empire maritime à l’époque viking, pivot scandinave de la Kalmar Union, acteur colonial présent des Caraïbes à l’Inde, victime de défaites sévères mais capable de rebondir en misant sur l’éducation, la coopération et l’innovation.

De la pierre de Jelling aux turbines offshore, du compromis de Kanslergade aux accords danois sur l’euro, du lion de Thorvaldsen aux contes d’Andersen, des coopératives laitières du Jutland aux géants de la pharmacie, cette histoire forme un ensemble cohérent : celui d’un pays qui a appris à transformer la contrainte en ressource, la défaite en moteur de réforme, la périphérie en avantage stratégique.

Aujourd’hui, alors que le Danemark poursuit sa transition écologique, renforce sa place au sein de l’Union européenne et adapte son modèle social aux défis démographiques et technologiques, ce long passé reste présent en filigrane. Comprendre comment un royaume issu de petites communautés de chasseurs-cueilleurs, devenu puissance viking puis État-providence high-tech, a su trouver une voie originale, éclaire non seulement l’histoire du pays au Danemark, mais aussi les chemins possibles pour d’autres sociétés en quête d’équilibre entre tradition, justice sociale et ouverture au monde.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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