S’installer au Danemark, c’est entrer dans l’un des systèmes bancaires les plus digitalisés et sûrs au monde… mais aussi parmi les plus exigeants pour les nouveaux arrivants. Entre obligation de résidence, numéro de CPR, NemKonto, MitID, MobilePay, fiscalité élevée et frais bancaires parfois déroutants, la gestion de son argent peut vite devenir un casse‑tête pour un expatrié mal préparé.
Ce guide détaillé aide les expatriés à choisir la bonne banque et le bon compte, en optimisant les transferts internationaux, les démarches fiscales, ainsi que les projets immobiliers et de retraite.
Un environnement bancaire très sûr… et presque entièrement dématérialisé
Le Danemark compte environ 5,8 millions d’habitants, dont près de 10 % d’étrangers, et figure parmi les économies les plus compétitives et flexibles au monde. Le système financier, supervisé par l’Autorité de surveillance financière (Finanstilsynet), est réputé pour sa stabilité, sa transparence et un très haut niveau de digitalisation.
Pourcentage de résidents qui utilisent la banque en ligne dans ce pays largement sans espèces.
La contrepartie, pour un expatrié, c’est qu’il est presque impossible de “vivre en marge du système” : pour recevoir un salaire, payer son loyer, obtenir des prestations publiques ou gérer ses impôts, disposer d’un compte danois, d’un numéro de CPR et de MitID n’est pas une option, c’est une condition d’intégration.
Ouvrir un compte bancaire au Danemark : un parcours très encadré
L’un des premiers chocs pour de nombreux expatriés tient à une règle simple : on ne peut pas ouvrir un compte bancaire standard sans être résident. La nationalité importe peu, c’est le statut de résidence qui compte.
Résidence, CPR, adresse : les prérequis incontournables
Pour comprendre la logique danoise, il faut partir de la chaîne administrative suivante :
1. Vous vous enregistrez comme résident auprès de votre kommune (municipalité). 2. Vous obtenez un numéro de CPR (Centrale Personregister), identifiant personnel à 10 chiffres. 3. Ce CPR est associé à une adresse officielle au Danemark. 4. Avec ce CPR et cette adresse, vous pouvez prétendre à un compte bancaire classique. 5. Une fois le compte ouvert, vous désignez un NemKonto et obtenez MitID.
Les banques exigent généralement : des garanties, un bon dossier de crédit, des preuves de revenus, une identification valide, et d’autres documents financiers selon les critères d’accord de prêt.
Pour vous inscrire, vous devez présenter plusieurs documents : un passeport ou une carte d’identité nationale en cours de validité, la preuve de votre numéro CPR (généralement la carte de santé jaune), un justificatif d’adresse au Danemark, une preuve d’emploi ou d’inscription universitaire, et, si vous êtes ressortissant hors UE/EEE, un titre de séjour ou un visa valide.
Les lois anti‑blanchiment, renforcées depuis 2013, autorisent chaque banque à exiger des éléments complémentaires : copie certifiée de pièce d’identité, historique bancaire, preuve de provenance des fonds, etc. Certains établissements demandent un dépôt initial (souvent entre 100 et 500 DKK) pour activer le compte.
Délai, rendez‑vous et obstacles fréquents
Contrairement à ce que connaissent beaucoup d’Européens dans leur pays d’origine, il est rare de “passer à la banque” sans rendez-vous et de repartir avec un compte d’emblée fonctionnel. La pratique la plus courante consiste à : réserver un rendez-vous à l’avance pour discuter de l’ouverture de compte avec un conseiller bancaire.
– remplir un formulaire en ligne ou contacter la banque par téléphone ;
– obtenir un rendez-vous en agence (souvent quelques jours plus tard) ;
– présenter tous les justificatifs en personne ;
– attendre l’approbation interne, les contrôles KYC/AML et la création du compte.
Les délais annoncés oscillent entre une semaine et trois semaines pour l’ouverture, mais de nombreux expatriés rapportent des délais plus longs lorsque :
Un refus de crédit immobilier peut survenir pour plusieurs raisons spécifiques. Premièrement, si le Contrat de Prêt Relais (CPR) est un produit récent ou n’est pas encore formalisé par la carte jaune officielle. Deuxièmement, lorsque certains documents du dossier sont manquants ou non conformes aux exigences de la banque. Enfin, si l’établissement bancaire perçoit le profil de l’emprunteur comme « risqué », en raison par exemple d’un contrat de travail à durée déterminée, d’un historique de crédit limité ou d’un statut professionnel temporaire.
Une fois le compte validé, la carte de débit (souvent une carte Dankort/Visa) et le code PIN arrivent par courrier séparé, en général sous 10 à 14 jours.
Résidents de courte durée : des conditions plus strictes
Les expatriés titulaires de contrats de travail de moins de deux ans peuvent se heurter à des conditions particulières. Par exemple, Danske Bank facture 1 000 DKK de frais spécifiques à ces clients. Plus largement, les banques considèrent souvent les étrangers sans “attaches profondes” dans le pays (famille, patrimoine, projet de long terme) comme plus risqués, ce qui peut se traduire par :
– des frais plus élevés ;
– des plafonds plus bas ;
– un accès limité voire nul aux facilités de découvert et aux crédits dans un premier temps.
Construire progressivement un historique bancaire danois – salaires réguliers, épargne, factures réglées à temps – devient donc un enjeu central.
Les éléments clés du système bancaire danois
Une fois le compte ouvert, l’expatrié découvre un écosystème très structuré, avec quelques notions incontournables.
NemKonto, Dankort, IBAN danois et MobilePay
Le NemKonto est le compte bancaire que vous enregistrez auprès de l’État pour recevoir tous les versements publics : remboursements d’impôts, allocations, bourses d’études, indemnités de chômage, pensions, etc. La plupart des gens transforment simplement leur compte courant principal en NemKonto via le site nemkonto.dk, accessible avec MitID. Les autorités ne peuvent que verser de l’argent, jamais en prélever ni consulter les opérations.
En parallèle, la carte nationale de débit, le Dankort, reste le sésame de base. Elle est souvent combinée à une fonction Visa pour les paiements et retraits à l’étranger. Son obtention s’accompagne presque toujours d’une cotisation annuelle. À noter que, contrairement à d’autres pays, les chèques n’existent pratiquement plus dans le système danois.
Pour recevoir un salaire, louer un logement ou souscrire à certains abonnements au Danemark, un IBAN local (DK) est souvent obligatoire. Les néobanques étrangères (Revolut, Wise, N26) sont pratiques pour les transferts internationaux, mais si elles ne fournissent pas d’IBAN DK, elles sont incompatibles avec des services essentiels comme NemKonto, MobilePay, ou les exigences de nombreux employeurs et propriétaires.
MobilePay incarne la culture cashless du pays : application de paiement mobile utilisée par plus de 90 % de la population, elle permet de régler entre particuliers, en magasin, en ligne, de partager une addition, de payer un vide‑grenier ou un abonnement. Pour l’utiliser, il faut un compte bancaire danois, un numéro de téléphone danois et un CPR.
MitID : la clé d’accès à toute la vie numérique
MitID, qui a remplacé progressivement NemID, est l’identifiant numérique national. Il est indispensable pour :
Au Danemark, la solution d’identification numérique NemID (et son successeur MitID) est indispensable pour de nombreux aspects de la vie quotidienne et administrative. Elle permet notamment de : se connecter à sa banque en ligne pour valider des paiements ; accéder au portail citoyen Borger.dk et aux services de santé sur Sundhed.dk ; interagir avec l’administration fiscale via skat.dk ; gérer son compte bancaire officiel (NemKonto) et sa boîte de courrier électronique officielle e‑Boks ; et signer numériquement des contrats (logement, travail, crédit) avec une valeur juridique pleine et entière.
Dans la majorité des cas, c’est la banque qui se charge de vous guider dans l’obtention de MitID une fois que votre CPR et votre compte sont en place. Vous devrez généralement vous présenter en agence ou à un centre citoyen (Borgerservice) avec :
– votre passeport ou pièce d’identité ;
– votre carte de santé jaune (CPR) ;
– un justificatif d’adresse danoise.
L’application MitID sur smartphone est le mode d’authentification standard, complété, pour les personnes qui en ont besoin, par des dispositifs physiques (boîtier de codes, lecteur audio ou puce à haut niveau d’assurance).
Comparer les banques : grands acteurs, banques régionales et néobanques
Le paysage bancaire danois est concentré : quelques grandes institutions cumulent plus de 70 % de parts de marché, mais une constellation de banques régionales et d’acteurs 100 % digitaux occupe aussi le terrain. Pour un expatrié, le choix se joue entre :
– la solidité et la couverture des grands réseaux ;
– la proximité et parfois la souplesse des établissements plus petits ;
– la simplicité et la rapidité des néobanques.
Principales banques traditionnelles
Plusieurs institutions couvrent tout le territoire avec une offre de comptes courants, d’épargne, de crédits et de services en anglais :
| Banque | Profil / points saillants |
|---|---|
| Danske Bank | Plus grande banque du pays, environ 250 agences, forte avance digitale, appli en anglais |
| Nordea Bank Danmark | Groupe nordique, plus de 60 devises pour transferts internationaux, services expats |
| Jyske Bank | Historique, réseau d’ATMs développé, forte expertise en crédit immobilier |
| Nykredit / Realkredit Danmark | Spécialistes du crédit hypothécaire, aussi comptes courants |
| Sydbank | Réseau national, compte courant “Sydbank Privat” |
| Arbejdernes Landsbank | Banque coopérative, comptes de base gratuits |
| Spar Nord Bank | Acteur ancien, comptes salaires, présence régionale forte |
| Lån & Spar Bank | Partenariats avec syndicats (IDA, Djøf), conditions privilégiées pour certains membres |
Plusieurs de ces établissements – notamment Nykredit Bank, Arbejdernes Landsbank, Sydbank, Spar Nord Bank et Realkredit Danmark – proposent des comptes de base sans frais mensuels de tenue de compte. Nykredit Bank et Sydbank sont signalées comme offrant en plus une carte de crédit gratuite associée.
Les banques régionales danoises, telles que Djurslands Bank ou Ringkjøbing Landbobank, sont souvent recommandées pour les nouveaux arrivants. Elles offrent généralement un meilleur accompagnement personnalisé que les grandes banques, bien que leur réseau d’agences soit plus limité géographiquement.
Offres étudiantes et partenariats syndicaux
Les étudiants internationaux – à condition d’avoir un CPR et une attestation d’inscription – bénéficient souvent d’offres dédiées, avec frais réduits voire nuls. À titre d’exemples :
| Banque | Frais mensuels / trimestriels pour compte étudiant (exemples) |
|---|---|
| Djurslands Bank | 8 DKK par mois |
| Nordea | 90 DKK par trimestre |
| Jyske Bank | 60 DKK par mois |
| Nombreuses autres | 0 DKK pour les étudiants |
Certaines banques nouent des accords avec des syndicat professionnels. Lån & Spar Bank, par exemple, travaille avec IDA (ingénieurs, IT, sciences) ou Djøf (droit, économie, sciences sociales) pour proposer des comptes rémunérés jusqu’à 4 % pour les membres, ou des prêts aux conditions avantageuses.
Néobanques et fintechs : utiles mais pas toujours suffisantes
Les solutions 100 % en ligne séduisent les expats avant et après leur arrivée, notamment pour la simplicité d’ouverture et le faible niveau de frais. Les acteurs majeurs cités sont :
Pour les résidents ou expatriés au Danemark, plusieurs solutions en ligne existent pour gérer son argent, avec ou sans numéro CPR.
Néobanque danoise avec licence locale. Permet une ouverture de compte entièrement en ligne (CPR nécessaire). Compte de base gratuit avec une rémunération pouvant aller jusqu’à 1%.
Banque allemande avec licence européenne. Ouverture via application mobile et visioconférence. Attention, l’IBAN fourni n’est pas danois.
Compte multi‑devises paramétrable sans CPR. Permet de conserver plus de 40 devises, avec une carte de paiement dédiée et des transferts internationaux peu coûteux.
Solution prépayée très pratique pour voyager et éviter certains frais de change. Là encore, l’IBAN fourni n’est pas danois.
Le point crucial à garder en tête est l’absence d’IBAN danois pour Revolut, Wise, N26. Cela les rend généralement inadaptées comme compte principal pour un expatrié installé au Danemark : la plupart des employeurs, des bailleurs, du système NemKonto et de MobilePay exigent un IBAN commençant par DK. Ces outils complètent donc un compte danois, mais ne s’y substituent pas.
Une exception à noter : certains établissements de monnaie électronique, comme Payset, proposent des IBAN danois à des non‑résidents, notamment pour des comptes professionnels, moyennant des frais mensuels.
Frais bancaires, taux d’intérêt et coût de la vie : à quoi s’attendre ?
Les banques danoises ont la réputation – méritée – de facturer de nombreux services. Pour un expatrié habitué à des comptes gratuits et des découverts “inclus”, l’ajustement peut être rude.
Tenue de compte, cartes et retraits
La plupart des comptes courants sont assortis de frais mensuels ou trimestriels de tenue de compte, souvent compris entre 20 et 70 DKK, avec des exceptions pour les étudiants et quelques comptes “de base”. À cela s’ajoutent :
– des cotisations annuelles pour les cartes de débit/crédit, fréquemment entre 60 et 150 DKK ;
– des frais de retrait dans les distributeurs d’autres banques (5 à 10 DKK par retrait en général) ;
– des frais supplémentaires pour les retraits et paiements à l’étranger (souvent 1,5 % en zone euro, 2 % hors zone euro).
Les banques traditionnelles facturent généralement des frais de 30 à plus de 100 DKK pour un virement international, en plus d’appliquer des marges de change variables. Pour réaliser des économies, il est conseillé de comparer avec des services spécialisés comme Wise ou Revolut, qui proposent souvent des tarifs bien plus compétitifs pour les transferts d’argent à l’étranger.
Intérêts, découverts et dépôts élevés
La politique monétaire est pilotée par Danmarks Nationalbank, dont le taux directeur a récemment été relevé autour de 2,85 %. Malgré cela, les taux versés sur l’épargne courante restent modestes, et certaines banques appliquent même des taux négatifs au‑delà de certains seuils de dépôt. Un exemple cité évoque une ponction d’environ 0,7 % par an sur les montants dépassant 100 000 DKK ou 500 000 DKK selon les conditions, soit près de 2 800 DKK annuels pour 500 000 DKK d’avoirs.
Le taux d’intérêt annuel des facilités de découvert bancaires, réservées aux clients solides, se situe entre 8% et 15%.
Coût de la vie et budget de départ
Le niveau de vie danois est élevé, et cela se reflète dans le budget d’installation d’un expatrié. À titre d’illustration, un étudiant peut prévoir chaque mois :
| Poste de dépense | Fourchette indicative mensuelle (DKK) |
|---|---|
| Loyer | 3 000 – 6 500 |
| Alimentation | 2 000 – 3 500 |
| Assurance | 300 |
| Transport | 300 |
| Dépenses personnelles | 2 000 |
À l’arrivée, il faut rajouter la caution de logement (souvent trois mois de loyer), l’équipement de base (meubles, vélo – de 400 à 2 000 DKK pour un modèle d’occasion), et le temps où vous ne disposez pas encore d’un compte danois opérationnel. Planifier ses transferts depuis le pays d’origine en amont se révèle donc stratégique.
Fiscalité danoise : ce que l’expatrié doit intégrer dans sa gestion financière
On ne peut pas parler de gestion financière au Danemark sans évoquer la fiscalité, qui pèse fortement sur les revenus mais finance en contrepartie santé, éducation et protection sociale.
Impôt sur le revenu, AM-bidrag et plafond global
Le système danois repose sur une combinaison de contributions :
– une contribution au marché du travail (AM‑bidrag) de 8 % prélevée sur tous les revenus d’activité ;
– un impôt d’État progressif, avec un taux de 12,01 % au‑delà d’un premier seuil de revenu annuel et 15 % supplémentaires au‑delà d’un second seuil ;
– un impôt communal, variant selon la municipalité, de 22,5 % à 27,8 % ;
– éventuellement une taxe d’Église pour les membres (environ 0,6 % en moyenne).
En pratique, le taux effectif d’imposition sur le revenu du travail oscille le plus souvent entre 41 % et 52,07 %. Un “plafond fiscal” empêche la taxation marginale de dépasser 52,07 %, hors contribution AM, imposition des actions, impôts fonciers et taxe d’Église.
Les salariés versent une contribution mensuelle de 94,65 DKK à la sécurité sociale. Cette somme est déductible de l’impôt sur le revenu.
Dispositifs spécifiques pour expatriés qualifiés
Pour les chercheurs et salariés hautement qualifiés, une “Expat Scheme” très attractive existe : pendant sept ans, le revenu peut être imposé à un taux forfaitaire de 27 % auquel s’ajoute la contribution AM de 8 %, soit environ 32,84 % au total. Ce régime est toutefois strictement encadré :
– salaire mensuel minimum élevé (plus de 60 000 DKK, avec seuil actualisé régulièrement) ;
– emploi auprès d’un employeur danois ou d’une succursale danoise d’une société étrangère ;
– absence de résidence fiscale au Danemark dans les dix années précédentes.
Il existe aussi un régime de taxation simplifié à 30 % (35,6 % avec AM) pour certains travailleurs détachés de courte durée (“Work Force Hire”).
Résidence fiscale, comptes étrangers et déclarations
Dès lors qu’un individu devient résident au sens fiscal – soit en acquérant un logement, soit en séjournant plus de six mois consécutifs au Danemark – il est soumis à l’imposition de l’ensemble de ses revenus mondiaux. Il doit alors déclarer :
Pour être en conformité avec la réglementation fiscale, vous devez déclarer les éléments suivants détenus hors de votre pays de résidence.
Déclarez tous vos comptes courants, d’épargne ou autres, ouverts dans des établissements bancaires situés à l’étranger.
Déclarez vos actions, obligations, parts de fonds d’investissement et autres valeurs mobilières détenues hors du pays.
Déclarez vos propriétés immobilières situées à l’étranger, ainsi que les loyers perçus et les impôts locaux payés.
Déclarez vos contrats de retraite, d’assurance-vie ou d’assurance-santé souscrits auprès d’organismes étrangers.
Déclarez vos dettes, prêts et autres emprunts que vous avez contractés auprès de créanciers établis à l’étranger.
Les revenus et valeurs doivent être convertis en couronnes danoises, d’après le taux au jour du paiement ou un taux moyen annuel fourni par Danmarks Nationalbank. Des formulaires spécifiques encadrent la déclaration de pensions et d’actifs étrangers, avec des délais précis.
Les conventions de non‑double imposition, nombreuses – y compris avec des pays comme la France ou les États‑Unis, repartissent les droits d’imposer entre États et permettent d’éviter la double taxation, via crédit d’impôt ou exemption. Pour les citoyens américains résidant au Danemark, les règles américaines continuent à s’appliquer parallèlement, ce qui rend souvent nécessaire l’appui de spécialistes.
Transferts internationaux et multi‑devises : optimiser les coûts depuis et vers le Danemark
Beaucoup d’expatriés arrivent avec des comptes actifs dans leur pays d’origine, des obligations (crédits à rembourser, charges familiales) et la nécessité de transférer régulièrement de l’argent. Or, les banques danoises classiques facturent les virements internationaux et appliquent des marges sur le taux de change.
Les services spécialisés comme Wise ou Revolut sont souvent mis en avant pour :
– réduire drastiquement les frais (tarification transparente, proche du taux interbancaire) ;
– accélérer les délais ;
– offrir des cartes multi‑devises sans frais de transaction supplémentaires tant qu’on dépense dans une devise déjà détenue.
Wise propose un compte permettant de détenir plus de 40 monnaies et d’obtenir des coordonnées bancaires locales dans plusieurs pays. La carte associée est utilisable dans plus de 150 pays. Cet outil est avantageux pour gérer plusieurs devises et réaliser des économies, notamment pour les expatriés sans compte local. Il est important de noter qu’il ne remplace pas un IBAN danois ni un NemKonto.
Du côté danois, les virements en couronnes vers un autre compte domestique sont généralement rapides, souvent traités dans la journée, voire instantanément grâce au système de paiements instantanés Express Clearing. Pour des paiements de montants importants (achat immobilier, par exemple), il est essentiel d’anticiper les frais, délais et plafonds, surtout si une partie du financement provient de l’étranger.
Crédits et immobilier : un système hypothécaire spécifique
Pour qui envisage de s’installer durablement au Danemark, la question de l’accès à la propriété se pose vite. Le pays dispose d’un système de crédit hypothécaire très particulier, reposant sur l’émission d’obligations par des établissements spécialisés.
Structure du financement immobilier danois
Le schéma “classique” pour l’achat d’une résidence principale se présente ainsi :
– un apport personnel d’au moins 5 % du prix d’achat – c’est le minimum réglementaire ;
– un prêt hypothécaire (realkreditlån) pouvant couvrir jusqu’à 80 % de la valeur du bien, contracté auprès d’un établissement de crédit hypothécaire (Totalkredit, Realkredit Danmark, Nykredit Realkredit, Nordea Kredit, Jyske Realkredit…) ;
– un prêt bancaire complémentaire pour la part restante (jusqu’à 15 %), souvent plus cher qu’un prêt hypothécaire.
Pour les expatriés, la réalité peut être plus rude : certaines banques exigent des apports de 20 %, 30 % voire davantage, en fonction du profil de risque, du type de visa, de l’ancienneté de la résidence et de la stabilité des revenus.
Le taux d’intérêt d’un crédit hypothécaire est fixé par le marché obligataire, via l’émission d’obligations achetées par des investisseurs, et n’est pas négociable individuellement. La banque y ajoute une marge administrative (bidragssats) pour couvrir ses risques, frais de fonctionnement et besoins en fonds propres.
Types de taux et conditions
Les emprunteurs ont accès à divers produits :
– des prêts à taux fixe, souvent sur 10, 20 ou 30 ans, plus chers mais offrant une visibilité parfaite ;
– des prêts à taux variable révisés périodiquement (F1, F3, F5, F10), avec un risque de hausse à chaque période de révision ;
– des prêts à taux flottant indexés sur des références du marché monétaire (CIBOR, CITA), avec possibilité de caper le taux ;
– des prêts “intérêts seuls” (interest‑only) permettant de ne payer que les intérêts pendant une période (jusqu’à 10 ans en général), ce qui allège la charge initiale mais allonge la durée ou augmente le coût global.
Les taux danois se situent historiquement parmi les plus bas d’Europe, même si les prêts à taux fixe avoisinaient environ 5 % ces dernières années, contre environ 3,5 % pour certains produits variables. À ces valeurs s’ajoute la marge d’administration, d’environ 1 point de pourcentage.
Critères d’octroi et documentation
Les banques appliquent des critères stricts, encadrés par Finanstilsynet. Pour espérer obtenir un crédit immobilier, un expatrié doit réunir :
Pour obtenir un prêt immobilier en France, vous devez généralement fournir : un Contrat de travail à Durée Indéterminée (CDI) ou un titre de séjour valide couvrant toute la durée du prêt ; des preuves de revenus stables (contrats de travail, fiches de paie récentes, avis d’imposition) ; un historique bancaire satisfaisant (avec peu ou pas d’incidents de paiement et une épargne régulière) ; et un taux d’endettement global raisonnable, généralement inférieur à 35% de vos revenus.
La capacité d’emprunt est généralement plafonnée à 3,5 fois le revenu annuel disponible, pouvant monter à 4 fois pour certains profils jeunes et prometteurs. À l’inverse, pour des emprunteurs plus âgés, le ratio se réduit souvent à 2–3 fois.
Les banques vérifient aussi le “reste à vivre” (rådighedsbeløb), exigeant en règle générale au moins 4 000 à 5 000 DKK par mois pour chaque adulte du foyer et 2 500 DKK par enfant, après paiement des charges fixes et du crédit.
Le processus implique un volume important de documents : pièce d’identité, titre de séjour, preuves de revenus, relevés bancaires, état de dettes, descriptif détaillé du bien, rapport d’évaluation, etc. Les frais annexes – enregistrement hypothécaire (1,45 % du montant du prêt + frais fixe), honoraires juridiques, frais de dossier et de garantie – représentent souvent plusieurs milliers de couronnes.
Pour un expatrié, le recours à un avocat spécialisé en transactions immobilières et, le cas échéant, à un conseiller financier habitué aux situations internationales est vivement recommandé.
Pensions et préparation de la retraite pour expatriés
La gestion financière d’un expatrié au Danemark ne se limite pas au court terme. Le pays dispose d’un système de retraite en plusieurs “piliers” : pension d’État, retraites professionnelles et pensions privées. Pour un étranger, bien comprendre ces mécanismes aide à arbitrer entre rester dans le système danois, transférer ou conserver des droits à l’étranger.
Pension d’État (Folkepension)
La pension d’État danoise vise à garantir un revenu de base à la retraite. Pour bénéficier du montant intégral, il faut compter 40 ans de résidence sur le territoire entre 15 ans et l’âge légal de départ, actuellement fixé à 67 ans et voué à augmenter à 68 ans d’ici quelques années. En cas de durée de résidence plus courte, la pension est réduite proportionnellement (environ 1/40e en moins par année manquante, selon les sources).
Un célibataire percevait un peu moins de ce montant en couronnes danoises mensuellement avant impôt.
Pensions professionnelles et privées
Les pensions professionnelles sont très répandues : une grande majorité de contrats de travail, surtout dans les secteurs couverts par des conventions collectives, inclut une contribution à une caisse de pension, souvent à hauteur de 12 % à 18 % du salaire, cofinancée par employeur et salarié (par exemple 5 % pour le salarié, 7 % à 13 % pour l’employeur).
Ces fonds sont gérés par des institutions spécialisées (Danica Pension, PFA Pension, AP Pension, Nordea Liv & Pension, P+, ISP Pension) qui investissent en actions, obligations et autres actifs. Les versements sont généralement déductibles des impôts, les rendements sont taxés à environ 15% au sein du plan, et les pensions perçues à la retraite sont imposées comme revenus ordinaires. Un rachat anticipé peut entraîner de lourdes pénalités, avec une imposition pouvant atteindre 60%.
Les pensions privées (Ratepension, Aldersopsparing, livrentes, ou produits plus spécifiques comme les plans “53A” adaptés aux étrangers) complètent ce dispositif. Elles sont particulièrement importantes pour les travailleurs indépendants ou les expatriés qui ne resteront pas assez longtemps au Danemark pour construire des droits substantiels.
Quitter le pays pose des questions délicates : faut‑il laisser les droits dans le système danois, tenter un transfert vers un plan étranger – parfois impossible –, ou encaisser (avec forte fiscalité) pour tout rapatrier ? Des conventions de double imposition, par exemple avec la France, encadrent le traitement des pensions pour éviter qu’elles ne soient taxées deux fois.
Stratégies pratiques pour bien vivre son expatriation bancaire au Danemark
Au‑delà des règles et des chiffres, la gestion financière d’un expatrié repose sur quelques grands principes.
En premier lieu, anticiper. Venir avec suffisamment de liquidités sur des comptes étrangers, des cartes internationales sans surcoût majeur, et un plan clair de transferts (via Wise ou Revolut, par exemple) permet de couvrir les premières semaines, le temps d’obtenir CPR, compte danois, MitID et carte Dankort.
Ensuite, comparer. Les sites de comparaison comme Findbank.dk ou Matchbanker.dk permettent d’évaluer les offres de comptes et de crédits. Contacter plusieurs banques, demander leurs grilles tarifaires, vérifier l’existence de services en anglais et la compatibilité avec ses besoins (NemKonto, MobilePay, carte internationale) est indispensable.
Pour renforcer sa crédibilité auprès des banques, il est conseillé de faire verser son salaire sur son compte, d’y domicilier ses factures, d’éviter tout incident de paiement et d’épargner régulièrement. Adhérer à un syndicat avec des partenariats bancaires peut aussi être bénéfique. Ces actions positives permettent, à moyen terme, d’accéder plus facilement à un crédit immobilier et d’obtenir de meilleures conditions sur les prêts.
Sur le plan fiscal, déclarer rapidement ses changements de situation à Skattestyrelsen, tenir à jour sa déclaration prévisionnelle, respecter les échéances et prendre conseil en cas de revenus ou actifs étrangers non standard limite le risque de mauvaises surprises. Pour les profils complexes (double résidence fiscale, patrimoine significatif, citoyenneté américaine, etc.), l’appui d’un fiscaliste spécialisé en mobilité internationale est rarement superflu.
Pour transformer une expérience professionnelle au Danemark en atout financier durable, il est essentiel d’exploiter les outils de placement à long terme disponibles. Cela inclut les retraites professionnelles, les pensions privées, et divers placements comme les comptes-titres et l’Aktiesparekonto (offrant une fiscalité avantageuse sur les actions dans une certaine limite). L’assurance-vie, locale ou internationale, constitue également un levier important pour sécuriser et enrichir l’ensemble de votre parcours financier sur le long terme.
Dans un pays où quasiment tout passe par la banque en ligne et le numéro de CPR, la meilleure manière de “dompter” le système reste de le comprendre précisément, de choisir ses partenaires avec soin et de ne pas hésiter à négocier, notamment pour les gros engagements comme un crédit immobilier. Avec cette approche, la gestion financière au Danemark, loin d’être un obstacle, peut devenir un levier de stabilité et de prospérité tout au long de votre expatriation.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Danemark, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler le Danemark pour la stabilité juridique, la qualité des services publics et un environnement économique très sécurisé, tout en bénéficiant des dispositifs spécifiques applicables aux nouveaux résidents forts contributeurs. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence avec location ou achat de résidence principale, coordination couverture maladie (CPAM / régime danois), transfert de résidence bancaire, plan de rupture maîtrisée des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, conseiller patrimonial bilingue) et intégration patrimoniale (analyse et restructuration si nécessaire), afin de sécuriser la mobilité et la transmission.
Vous souhaitez vous expatrier à l'étranger : contactez-nous pour des offres sur mesure.
Décharge de responsabilité : Les informations fournies sur ce site web sont présentées à titre informatif uniquement et ne constituent en aucun cas des conseils financiers, juridiques ou professionnels. Nous vous encourageons à consulter des experts qualifiés avant de prendre des décisions d'investissement, immobilières ou d'expatriation. Bien que nous nous efforcions de maintenir des informations à jour et précises, nous ne garantissons pas l'exhaustivité, l'exactitude ou l'actualité des contenus proposés. L'investissement et l'expatriation comportant des risques, nous déclinons toute responsabilité pour les pertes ou dommages éventuels découlant de l'utilisation de ce site. Votre utilisation de ce site confirme votre acceptation de ces conditions et votre compréhension des risques associés.
Découvrez mes dernières interventions dans la presse écrite, où j'aborde divers sujets.