Fiscalité des expatriés : impôt sur le revenu et taxe foncière au Danemark

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’installer au Danemark ne se résume pas à trouver un logement et un vélo. Pour un expatrié, comprendre comment fonctionnent l’impôt sur le revenu et la taxe foncière est tout aussi crucial que de maîtriser les bases de la langue. Le système danois est réputé lourd, mais il est aussi très structuré et relativement prévisible, à condition de connaître les grands principes: différence entre résidence fiscale pleine et limitée, régime spécial pour expatriés qualifiés, cumul impôt sur la propriété et impôt sur le revenu, et mécanismes pour éviter la double imposition.

Résidence fiscale et champ de l’imposition

Le point de départ, au Danemark, c’est votre “lien” avec le pays. La loi ne s’intéresse pas à votre passeport mais à votre présence et à votre logement. Si vous disposez d’un domicile au Danemark utilisable en continu, ou si vous y séjournez au moins six mois d’affilée (les courts voyages de vacances à l’étranger n’interrompent pas cette période), vous êtes en général considéré comme résident fiscal à part entière. Une autre formulation utilisée par l’administration est le seuil de plus de 183 jours sur une période de douze mois.

Bon à savoir :

Les résidents fiscaux sont imposés sur leur revenu mondial, sauf disposition contraire d’une convention. Les non-résidents ne sont soumis qu’à une imposition limitée sur leurs revenus de source danoise, tels que les salaires pour un travail local, les revenus immobiliers locaux, les dividendes de sociétés danoises, les redevances et les pensions danoises.

L’entrée dans la résidence fiscale commence le jour de votre première arrivée, dès lors que vous avez un logement disponible ou que votre séjour se prolonge. Elle prend fin lorsque vous quittez le pays et que vous n’y gardez plus de logement à disposition (vente du bien, fin du bail, location de longue durée à un tiers). De simples séjours de vacances après votre départ n’y changent rien.

Astuce :

Pour un expatrié propriétaire d’un logement au Danemark mais résidant à l’étranger, la détention du bien entraîne une responsabilité fiscale limitée au Danemark. Cette imposition concerne uniquement les revenus fonciers générés et la taxe sur la valeur du bien (ejendomsværdiskat). Elle ne déclenche pas une imposition mondiale sur l’ensemble de vos revenus.

S’enregistrer: numéro fiscal, carte d’impôt et déclarations

Dès qu’un étranger commence à travailler pour une entreprise danoise ou pour une succursale danoise d’un groupe étranger, il doit obtenir un numéro d’identification fiscale (CPR ou numéro personnel) et une carte d’impôt. Cette demande peut se faire en ligne jusqu’à soixante jours avant le début de l’emploi. Les employeurs de ressortissants hors UE/EEE doivent, en parallèle, obtenir un permis de travail avant l’entrée en fonction.

Attention :

Une fois inscrit, vous devez déposer une ‘évaluation de revenu prévisionnelle’ (forskudsopgørelse) sur E‑tax (TastSelv). Ce document, qui indique vos revenus attendus, déductions et situation familiale pour l’année à venir, permet à votre employeur de retenir le bon montant d’impôt et de cotisation marché du travail chaque mois. Toute modification de salaire, de situation familiale ou de déductions doit être mise à jour dans ce prévisionnel.

L’année fiscale est calendaire. Au printemps suivant, vers mars, vous recevez en ligne un avis d’imposition annuel (årsopgørelse) déjà prérempli à partir des données transmises par les employeurs, les banques, les caisses de retraite et les administrations. Votre rôle est de le vérifier, de compléter ce qui manque (par exemple des revenus étrangers ou une propriété à l’étranger) et de le valider.

5.3

Taux d’intérêt annuel appliqué aux dettes d’impôt payées entre le 1er janvier et le 1er juillet de l’année suivant l’échéance.

Architecture de l’impôt sur le revenu: ce que paie un expatrié

Le système danois repose sur plusieurs couches: impôts d’État, impôt municipal, contribution au marché du travail, éventuellement impôt d’Église, plus des prélèvements distincts sur les revenus du capital et des actions. Le tout forme un barème progressif parmi les plus élevés au monde, mais avec un plafond sur le taux marginal.

Le revenu est ventilé en trois grandes catégories. Le revenu personnel regroupe salaires, primes, avantages en nature, revenus d’indépendant, pensions. Le revenu en capital rassemble intérêts, certains gains de change et plus‑values imposables hors actions. Le revenu de capitaux mobiliers (share income) comprend dividendes et plus‑values sur actions.

Exemple :

Sur un revenu personnel danois, on applique d’abord une cotisation obligatoire au marché du travail (AM‑bidrag) de 8 %. Ensuite, les impôts d’État progressifs s’ajoutent : un impôt de base de 12,01 % sur le revenu net au-delà de l’abattement personnel, un impôt intermédiaire de 7,5 % au-delà d’environ 696 956 DKK (avant AM), un impôt supérieur de 7,5 % au-delà d’environ 845 543 DKK (avant AM), et enfin un impôt ‘top‑top’ de 5 % au-delà d’environ 2,82 millions de DKK (avant AM).

À ces couches nationales se superpose un impôt municipal à taux unique, qui dépend de la commune mais tourne en moyenne autour de 25,0 %. Les membres de l’Église nationale paient aussi un petit impôt d’Église, environ 0,6 % en moyenne. En cumulant ces composantes, le taux marginal sur le revenu personnel peut approcher 57 % à 60,5 % pour les tranches les plus élevées, même si ce plafond légal exclut certains prélèvements spécifiques comme la taxe sur la valeur des actions ou la taxe foncière sur la valeur du logement.

Fiscalité des revenus de capitaux au Danemark

Présentation des règles d’imposition applicables aux différents types de revenus de capitaux mobiliers.

Dividendes et plus-values sur actions

Imposition selon un barème progressif : 27 % jusqu’à un seuil (79 400 DKK pour un célibataire, seuil doublé pour un couple marié) et 42 % au-delà de ce seuil.

Autres revenus de capital

Intérêts, gains sur obligations et certains gains de change sont imposés à un taux pouvant atteindre 42 %.

Le régime spécial des expatriés: un forfait à 27 %

Face à cette progressivité, de nombreux expatriés sont attirés par le régime spécial de l’article 48E, souvent appelé “régime chercheurs/expatriés”. Il permet, pendant une durée maximale de 84 mois (7 ans au total, éventuellement fractionnable), d’être imposé à un taux forfaitaire de 27 % sur le salaire brut et certains avantages, auxquels s’ajoute la cotisation marché du travail de 8 %, soit un prélèvement global d’environ 32,84 % sur la rémunération couverte.

Ce régime n’est pas réservé aux professeurs d’université. Il vise deux grandes catégories: les chercheurs, pour lesquels la qualification scientifique et le poste doivent être approuvés, et les salariés hautement rémunérés (key employees). Dans ce second cas, la condition clé est un salaire mensuel brut minimal garanti, fixé à 78 000 DKK en 2025 puis abaissé à 65 400 DKK en 2026, hors contribution propre à l’ATP. Cet objectif doit être atteint en moyenne sur l’année, ce qui signifie qu’un mois non payé (congé sans solde, par exemple) peut faire tomber l’employé en dessous du seuil et lui faire perdre le régime.

Bon à savoir :

Le calcul du seuil de salaire inclut le salaire en espèces, l’indemnité de logement en cash, la valeur fiscale de la voiture de fonction, du téléphone et d’Internet, l’assurance santé payée par l’employeur et les cotisations patronales à certains régimes de retraite imposables (article 53A). Sont exclus : un logement fourni gratuitement, les cotisations à une retraite fiscalement différée et les bonus non garantis.

Pour être éligible, l’expatrié ne doit pas avoir eu de résidence ou de responsabilité fiscale au Danemark au cours des dix années précédant l’emploi, sauf dérogations ponctuelles (séjours académiques de courte durée, par exemple). Il doit être employé par une entité danoise ou un établissement stable danois d’une entité étrangère; les indépendants et freelances sont exclus. L’employeur doit déposer la demande (formulaire 01.012) dans le mois suivant la prise de fonction, et déclarer les rémunérations sous un code spécifique dans le système de paie.

Bon à savoir :

Pour les expatriés, le salaire et les avantages couverts par le régime spécifique sont imposés à la source à un taux unique de 27% (plus 8% d’AM), sans déclaration annuelle ni déductions possibles. Les autres revenus (intérêts, dividendes, loyers) restent soumis aux règles fiscales ordinaires.

Ce régime est souvent utilisé comme outil d’attractivité: pour un expert étranger fortement rémunéré, il réduit le taux effectif par rapport à la progressivité classique. Mais il suppose une planification rigoureuse, notamment si le salarié est amené à travailler à l’étranger: un résident imposé sous 48E ne peut pas, en principe, effectuer plus de 30 jours de travail par an dans un autre pays si cette activité transfère le droit d’imposer au pays étranger au titre d’une convention fiscale.

Le régime “hiring-out of labour” à 30 %

À côté du régime 27 %, il existe un autre mécanisme, le “work force hire scheme”, destiné aux salariés formellement employés par une société étrangère mais mis à disposition d’une entreprise danoise. Dans ce cas, si le séjour ne dépasse pas six mois consécutifs ou 183 jours sur douze mois, la rémunération pour le travail effectué au Danemark peut être imposée à un taux forfaitaire de 30 %, plus la cotisation de 8 %, soit environ 35,6 % au total. Là encore, aucune déduction n’est admise. L’entreprise danoise qui “reçoit” le salarié est considérée comme employeur économique et doit retenir l’impôt.

Ce dispositif est particulièrement important pour les consultants, techniciens ou personnels délégués par des groupes étrangers pour des missions industrielles ou informatiques de durée limitée.

Déductions et abattements: ce qui allège la facture

En dehors des régimes à taux fixes, le système danois repose aussi sur une série d’abattements et de déductions qui allègent partiellement la charge réelle, y compris pour les expatriés soumis aux règles ordinaires.

Bon à savoir :

Chaque adulte bénéficie d’un abattement personnel (personfradrag) de 51 600 DKK en 2025. Au sein d’un couple marié, le surplus inutilisé de cet abattement peut être transféré au conjoint. De plus, un abattement spécifique pour emploi (employment allowance) s’applique sur les revenus du travail, calculé en pourcentage du salaire et plafonné à environ 63 000 DKK.

Les frais liés au travail et à la génération de revenus imposables au Danemark sont, dans certaines limites, déductibles: trajets domicile‑travail au‑delà d’une distance quotidienne minimale, déplacements professionnels entre sites, cotisations à une caisse d’assurance‑chômage et à un syndicat, parfois certains frais de formation ou de documentation technique. Des règles assez détaillées fixent les montants au kilomètre ou les plafonds annuels des déductions.

Bon à savoir :

Les cotisations aux régimes de retraite agréés sont déductibles du revenu, avec un plafond annuel (ex: 65 500 DKK en 2025). Les primes d’assurance-vie sont déductibles sans plafond. La croissance des avoirs de retraite est soumise à une taxe (PAL) de 15,3 %, prélevée à la source par l’organisme de pension.

Les intérêts d’emprunt, y compris ceux d’un prêt hypothécaire lié à un bien, sont considérés comme un revenu en capital négatif et viennent réduire la base imposable dans cette catégorie. Cette règle joue un rôle central pour les expatriés qui financent un logement au Danemark ou à l’étranger.

Impôt sur les biens immobiliers: valeur du bien et taxe foncière

Posséder un bien immobilier au Danemark n’entraîne pas seulement un impôt sur le revenu des loyers: il existe une fiscalité spécifique sur la “valeur du bien” et sur la valeur du terrain, qui s’applique aussi aux expatriés propriétaires.

Tout propriétaire occupant sa résidence principale au Danemark paie une taxe d’État sur la valeur de son bien, la “property value tax” (ejendomsværdiskat). Cette taxe est calculée en pourcentage de la valeur publique du bien, qui englobe terrain et bâtiment, après un abattement de prudence de 20 %. Le barème est progressif: 0,51 % jusqu’à 9,2 millions de DKK de valeur (niveau indicatif utilisé en 2024) et 1,4 % au‑delà de ce seuil. Pour les très anciennes valeurs, des barèmes historiques subsistent dans certains textes, mais pour les nouveaux systèmes de valorisation la logique est proche: appliquer un pourcentage à la valeur estimée du bien, en tenant compte d’une marge prudente.

Bon à savoir :

Au Danemark, chaque commune prélève une taxe foncière (grundskyld) sur la valeur du terrain nu. Cette taxe peut atteindre jusqu’à 3 % appliqués à 80 % de la valeur du terrain, le taux exact variant selon la commune. De plus, dans certaines zones proches des grandes villes, des surtaxes spécifiques peuvent s’ajouter pour certains usages commerciaux afin de financer les infrastructures locales.

La taxe sur la valeur du bien ne concerne que les logements occupés par leur propriétaire. Si vous détenez un immeuble donné intégralement en location, vous ne payez en principe que la taxe foncière municipale; le rendement locatif, lui, est imposé comme revenu ordinaire. Dans tous les cas, ces taxes immobilières sont recouvrées via votre avis d’imposition annuel et sont intégrées à votre compte d’impôt, même si elles ne sont pas techniquement des “impôts sur le revenu”.

Bon à savoir :

Depuis 2024, le Danemark applique un nouveau système automatique de valorisation immobilière géré par l’Agence d’évaluation des biens. Des valeurs préliminaires pour 2022 sont publiées, les valeurs définitives suivront. Pour les propriétaires ayant acquis leur logement avant fin 2023 et subissant une forte hausse de taxe, des mécanismes de transition existent : une remise temporaire ou la transformation de la hausse en un ‘prêt de gel de taxe’ (boligskattelån), un prêt à intérêt remboursable à la vente du bien. Pour ce prêt, une sûreté (hypothèque ou garantie bancaire) est requise, notamment pour les hausses de 2025 ou 2026, avec des délais fixés par l’Agence.

Les montants de taxe immobilière attendus pour l’année suivante peuvent être consultés dans l’évaluation prévisionnelle de revenu, ce qui permet aux expatriés propriétaires de planifier leur trésorerie.

Propriétés à l’étranger: attention à la double imposition

Une spécificité souvent mal comprise par les expatriés est que le Danemark impose aussi la valeur des biens immobiliers situés à l’étranger lorsque le propriétaire est résident fiscal danois. Si vous vivez fiscalement au Danemark et possédez une maison en Suède, un appartement en France ou une villa en Espagne, vous êtes tenu de calculer une “valeur de marché” de ces biens et de payer la property value tax danoise au même taux que pour un logement situé au Danemark.

Astuce :

Comme il n’existe pas d’évaluation publique danoise pour ces biens, l’administration fiscale applique une méthode spécifique. La valeur retenue est la plus basse parmi trois dates de référence : la valeur estimée au 1er janvier de l’année précédente, celle au 1er janvier 2001 majorée de 5%, ou celle au 1er janvier 2002. En pratique, le calcul démarre souvent du prix d’achat, qui est ensuite indexé à l’aide d’indices officiels (indices locaux du pays concerné, indice OCDE des prix du logement ou indice danois des maisons de vacances). Le résultat est converti en couronnes danoises (DKK) en utilisant le taux de change de fin d’année publié par la Banque nationale du Danemark. Le montant final est arrondi au millier de DKK le plus proche.

Depuis 2025, cette valeur de marché doit être recalculée et déclarée tous les deux ans, dans les années impaires (2025, 2027, etc.). Pour les années 2025 et 2026, la base de calcul est la valeur du bien au 1er janvier 2024, calée sur le calendrier des valorisations danoises. L’administration applique parfois un “principe de précaution” en réduisant de 20 % la valeur calculée dans certains cas (par exemple lorsqu’une estimation ou une évaluation étrangère homologuée est utilisée), afin de tendre vers une base prudente, à l’image de la décote de 20 % appliquée aux biens situés au Danemark.

Attention :

Les propriétaires doivent déclarer l’achat, la valeur fiscale, les impôts payés localement, les intérêts d’emprunt et les revenus locatifs de leurs biens situés à l’étranger. Ces informations doivent être saisies dans les sections ‘Revenus étrangers’ et ‘Biens à l’étranger’ de la déclaration en ligne, avant la date limite du 1er juillet.

Pour limiter la double imposition, le Danemark permet en principe d’imputer sur la property value tax due une partie des taxes foncières effectivement payées à l’étranger, à condition qu’il s’agisse bien d’impôts annuels sur la propriété bâtie. C’est le cas, par exemple, de la “Fastighetsavgift” suédoise pour la partie occupée par le propriétaire, de l’IBI espagnole ou des taxes foncière et d’habitation françaises pour la fraction occupée par le propriétaire. En revanche, les droits de mutation, frais d’enregistrement hypothécaire ou taxes sur les prêts ne sont pas pris en compte.

Bon à savoir :

Pour les personnes intégralement imposables au Danemark, une exonération de la taxe sur la valeur du bien peut s’appliquer pour certains biens situés en France et acquis avant fin 2007, en vertu des accords fiscaux franco-danois.

Sur le plan de l’impôt sur le revenu, les loyers perçus d’un bien étranger restent imposables au Danemark, même si l’État de situation prélève aussi un impôt. On applique alors les règles ordinaires sur les revenus fonciers (déduction des charges, amortissements éventuels selon le régime choisi). Si le bien est loué sur plus de douze mois consécutifs, l’activité de location peut devoir être déclarée comme une “activité commerciale étrangère” plutôt que simple propriété, ce qui modifie le traitement des intérêts d’emprunt associés.

Acheter un logement au Danemark: conditions et coûts

Pour l’expatrié qui envisage d’acheter un logement au Danemark, il est important de distinguer les règles civiles d’acquisition et les conséquences fiscales. Sur le plan juridique, les étrangers ont souvent besoin d’une autorisation du ministère de la Justice pour acheter un bien résidentiel, sauf dans certains cas pour les citoyens de l’UE/EEE ou pour les sociétés européennes acquérant des locaux pour leur activité professionnelle. Par ailleurs, plusieurs communes imposent une “obligation de résidence” (bopælspligt) sur les logements, qui empêche d’en faire une résidence secondaire laissée vide: le bien doit être effectivement habité à titre principal dans un certain délai après l’achat.

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Le taux de TVA applicable à la vente de terrains nus et de constructions neuves dans un cadre professionnel en France.

Fiscalement, l’acquisition d’une résidence principale n’entraîne pas d’impôt direct immédiat, mais elle vous expose à la taxe sur la valeur du bien et à la taxe foncière évoquées plus haut. En cas de revente, la plus‑value réalisée sur une résidence effectivement utilisée comme logement personnel est en principe exonérée d’impôt, ce qui rapproche le régime danois du traitement classique des résidences principales dans d’autres pays européens. En revanche, la cession d’un bien d’investissement (immeuble locatif, terrain) peut générer une plus‑value imposable: chez les particuliers, au barème du revenu ou des capitaux, pouvant monter jusqu’à 42 %; chez les sociétés, au taux de l’impôt sur les sociétés, fixé à 22 %.

Double imposition: le rôle des conventions fiscales

La plupart des expatriés ne viennent pas au Danemark “fiscalement vierges”. Ils restent soumis, au moins formellement, aux règles de leur pays d’origine, à commencer par les citoyens américains qui doivent déposer une déclaration fédérale quel que soit leur lieu de résidence. Pour éviter qu’un même revenu ne soit taxé deux fois sans limitation, le Danemark a conclu un vaste réseau de conventions de non‑double imposition, dont une avec les États‑Unis entrée en vigueur au début des années 2000.

Bon à savoir :

Les conventions fiscales déterminent quel État a le droit principal d’imposer chaque type de revenu (salaires, dividendes, intérêts, etc.) et comment l’autre État ajuste sa fiscalité. Pour un salarié expatrié au Danemark, le Danemark impose généralement le salaire, tandis que le pays d’origine accorde un crédit d’impôt pour l’impôt danois payé ou exempte le revenu sous conditions. Les revenus de biens immobiliers restent quant à eux imposables dans l’État où se situe le bien, avec une possibilité de crédit d’impôt du côté danois.

Les conventions prévoient également des “règles de départage” de la résidence fiscale (tie‑breaker rules) lorsqu’une personne peut être considérée résidente des deux pays. L’analyse se fait par étapes: logement permanent disponible, centre des intérêts vitaux (lieu de la famille, du travail, des principaux intérêts économiques), lieu de séjour habituel, nationalité, et parfois accord amiable entre administrations.

Bon à savoir :

Pour bénéficier d’un crédit d’impôt étranger, vous devez déclarer et documenter chaque impôt payé à l’étranger. Le crédit est limité au montant de l’impôt danois dû sur le même revenu ; les crédits inutilisés ne sont ni remboursables ni reportables. Pour réduire une retenue à la source danoise via une convention fiscale, il faut fournir un certificat de résidence fiscale étrangère à l’administration danoise à l’aide des formulaires dédiés.

Ce que signifie concrètement être expatrié imposable au Danemark

Vu de loin, la fiscalité danoise peut sembler écrasante. Mais pour un expatrié, la question n’est pas seulement le taux; c’est la combinaison entre:

le statut de résidence fiscale (pleine ou limitée),

le régime choisi (ordinaire, 27 %, 30 % “workforce”),

la situation patrimoniale (propriétés au Danemark et à l’étranger),

– et la présence ou non de conventions fiscales.

Exemple :

Un salarié hautement qualifié recruté à l’étranger et éligible au régime d’imposition forfaitaire à 27% peut voir son taux effectif devenir inférieur à celui de nombreux cadres danois. Cependant, cela implique de renoncer à certaines déductions et de contrôler strictement son niveau de salaire et ses jours travaillés hors du Danemark. À l’inverse, un expatrié non éligible à ce régime relève de l’imposition progressive classique. Il bénéficie alors d’un éventail plus large de déductions (retraite, intérêts d’emprunt, frais professionnels) et peut prétendre à une exonération sur la plus-value de sa résidence principale.

Côté immobilier, l’élément clé pour un expatrié est de se rappeler que le Danemark regarde non seulement ce qui se passe sur son territoire mais aussi, dès que vous devenez résident fiscal, ce que vous possédez ailleurs. Une maison de vacances en Espagne, un appartement à Paris ou un chalet en Suède doivent être portés à la connaissance de Skattestyrelsen, valorisés selon des méthodes précises, et intégrés dans le calcul de la taxe sur la valeur du bien. Cette extension ne signifie pas que vous payerez mécaniquement deux fois la même taxe: les impôts fonciers étrangers peuvent, dans de nombreux cas, être imputés sur votre dette danoise. Mais elle impose une discipline documentaire et un suivi attentif des indices de prix et des taux de change.

Bon à savoir :

Pour mieux comprendre les interactions, il est recommandé de visualiser les paramètres clés décrits.

Synthèse des principaux impôts sur le revenu applicables aux expatriés

ÉlémentRègle / taux indicatifObservations principales
Cotisation marché du travail8 % du revenu personnelS’applique avant les impôts d’État et municipaux
Impôt d’État de base12,01 %Sur le revenu personnel net au‑delà de l’abattement
Impôt intermédiaire7,5 % au‑delà d’un seuil élevéIntroduit pour les revenus élevés
Impôt supérieur7,5 % au‑delà d’un deuxième seuilCible les hauts revenus
Impôt top‑top5 % au‑delà d’un niveau très élevéPour les très hauts revenus
Impôt municipal~25 % en moyenneVarie selon la commune
Impôt d’Église~0,6 % en moyennePour les membres de l’Église nationale
Régime expatrié (section 48E)27 % + 8 % AM (≈ 32,84 %)Sur salaire et certains avantages, sans déductions
Régime “workforce hire”30 % + 8 % AM (≈ 35,6 %)Pour personnel mis à disposition par un employeur étranger
Taxation des dividendes/actions27 % jusqu’à un seuil, 42 % au‑delàSeuil doublé pour couples mariés
Taxation du capital (intérêts…)Jusqu’à 42 %Inclut intérêts, gains sur obligations, etc.

Synthèse des principales taxes immobilières pour un expatrié propriétaire

Type de taxeBase de calculTaux / caractéristiques
Property value tax (Danemark)Valeur publique du bien – 20 %0,51 % jusqu’à 9,2 M DKK, 1,4 % au‑delà (valeurs 2024)
Taxe foncière municipale (grundskyld)80 % de la valeur du terrain nuJusqu’à 3 %, selon la commune
Property value tax sur bien étrangerValeur de marché calculée selon indicesMême barème que pour un bien danois
Crédit pour impôts fonciers étrangersTaxes foncières payées à l’étrangerImputation possible, pas pour droits de mutation
Gel de taxe (“boligskattelån”)Hausse de property value taxPrêt portant intérêt, remboursable à la vente

Sans impôt sur la fortune, mais un filet large

Un élément souvent apprécié des expatriés fortunés est l’absence d’impôt général sur la fortune au Danemark. Il n’existe pas de “wealth tax” à la façon de certains pays, le patrimoine financier ou immobilier n’est pas taxé à raison de sa simple détention, en dehors de la taxe sur la valeur du logement pour les biens immobiliers. En revanche, les revenus générés par ce patrimoine – dividendes, intérêts, plus‑values réalisées, loyers – sont largement captés par l’impôt sur le revenu et les taxes spécifiques.

Bon à savoir :

Les héritages d’un résident danois sont soumis à un impôt de 15% sur la part excédant un abattement, avec une surtaxe pour les héritiers éloignés pouvant porter le taux effectif au-delà de 36%. Les dons entre proches bénéficient d’abattements annuels exonérés, au-delà desquels ils sont taxés à 15% ou 36,25%. Les dons entre époux sont totalement exonérés.

Une fiscalité lourde, mais encadrée et conventionnée

Pour un expatrié, la fiscalité danoise combine plusieurs caractéristiques rarement réunies: un niveau de prélèvement élevé, une gestion largement automatisée, une absence d’impôt sur la fortune, une couverture sociale dense, et un maillage étroit de conventions internationales qui limitent, sans l’abolir totalement, le risque de double imposition.

Astuce :

L’enjeu n’est pas d’éviter le système fiscal danois, mais d’en comprendre les règles. Il est essentiel de déterminer si vous remplissez les critères de résidence fiscale, d’évaluer l’intérêt du régime forfaitaire à 27 %, d’anticiper l’impact fiscal de l’acquisition d’un logement (au Danemark ou à l’étranger) sur votre charge globale, et de documenter soigneusement vos revenus et impôts étrangers pour bénéficier des crédits d’impôt prévus par les conventions internationales.

Pour un ménage expatrié, cette architecture se traduit concrètement par quelques questions à se poser dès le projet de départ: va‑t‑on dépasser les six mois de séjour ou disposer d’un logement permanent au Danemark? Le salaire proposé permet‑il l’accès au régime spécial et est‑il garanti dans le contrat? Possède‑t‑on déjà des biens immobiliers hors Danemark, et comment les valoriser et déclarer? Existe‑t‑il une convention fiscale entre le Danemark et le pays d’origine, et selon quelle méthode (crédit ou exemption) fonctionne‑t‑elle?

Bon à savoir :

Pour transformer la complexité fiscale en un cadre prévisible, il est essentiel de répondre de façon réaliste et d’utiliser les outils numériques du Skattestyrelsen. La clé réside dans une préparation méticuleuse en amont et une grande transparence dans la relation avec l’administration.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en conservant un lien fort avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Danemark, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler le Danemark pour sa stabilité politique et juridique, son système social performant (santé, dépendance, services aux seniors) et sa forte sécurité patrimoniale, tout en restant dans l’UE. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence avec location ou achat d’un logement principal, coordination avec la CPAM et la sécurité sociale danoise, transfert de résidence bancaire, plan de rupture maîtrisée des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local (avocat, fiscaliste, conseillers bilingues) et intégration patrimoniale globale (analyse et restructuration si nécessaire) pour concilier qualité de vie nordique et stratégie de diversification à long terme.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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