S’installer au Burkina Faso tant qu’expatrié, c’est accepter un pari à la fois exigeant et fascinant. Le pays combine une hospitalité réputée, une vie culturelle intense et des opportunités réelles dans l’humanitaire, le développement, l’éducation ou les mines. Mais il cumule aussi une insécurité très élevée, des infrastructures limitées, un système de santé fragile et un cadre de vie parfois rude. Avant de faire vos cartons, il est crucial d’avoir une vision lucide de ce qui vous attend.
Ce guide synthétise des informations diplomatiques, économiques et pratiques pour évaluer la faisabilité d’un projet d’expatriation et le préparer de manière professionnelle.
Comprendre le pays avant de partir
Le Burkina Faso est un État enclavé d’Afrique de l’Ouest, sans accès à la mer, d’une superficie d’environ 274 000 km². Il est entouré par le Mali, le Niger, le Bénin, le Togo, le Ghana et la Côte d’Ivoire. Le pays a obtenu son indépendance de la France en 1960, après avoir longtemps porté le nom de Haute-Volta. Le choix du nom actuel, « Burkina Faso », mêle le mooré et le dioula et se traduit par « pays des hommes intègres ».
La capitale Ouagadougou concentre administration, économie et culture avec environ 2,45 millions d’habitants.
Le pays est classé parmi les plus pauvres du monde, avec un PIB par habitant très faible, une fertilité extrêmement élevée (près de 6 enfants par femme) et un taux de pauvreté dépassant les 40 %. L’économie repose surtout sur l’agriculture (plus de 70 % des emplois), notamment le coton, et sur l’exploitation aurifère, qui fournit jusqu’à 70–80 % des exportations.
La structure politique a connu de nombreux coups d’État. Le pays est aujourd’hui dirigé par une junte militaire, dans un contexte de transition prolongée. Malgré ce climat, le Burkina Faso reste membre de plusieurs organisations régionales et internationales comme la CEDEAO, l’UEMOA ou encore l’OMC, et cherche à attirer des investisseurs, notamment dans l’immobilier, l’énergie et les infrastructures.
Sécurité : un facteur déterminant
Le premier paramètre à considérer, avant même le climat ou le coût de la vie, est la sécurité. Plusieurs gouvernements occidentaux (États-Unis, Royaume-Uni, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, entre autres) classent le Burkina Faso en niveau maximal d’alerte, avec des consignes « ne pas voyager ». Certains appellent même leurs ressortissants à quitter le pays dès que possible.
Cette position se justifie par un faisceau de risques : terrorisme, enlèvements, banditisme routier, instabilité politique et capacité limitée des forces de sécurité à contrôler l’ensemble du territoire.
Menace terroriste et enlèvements
Le pays est l’un des plus touchés au monde par le terrorisme selon l’indice mondial du terrorisme. Des groupes affiliés à Al-Qaïda (JNIM) et à l’État islamique (notamment ISGS) mènent des attaques régulières, y compris contre des cibles civiles. Les opérations se concentrent surtout dans le nord, l’est, le Sahel et certaines zones frontalières, mais la capitale elle-même a été frappée à plusieurs reprises.
Des attentats (cafés, hôtels, ambassades) et des enlèvements (Occidentaux, humanitaires, journalistes) sont perpétrés par des groupes armés utilisant explosifs, véhicules piégés ou attaques directes. Ces groupes ciblent explicitement les étrangers pour rançon ou revendications politiques, certains enlèvements ayant une issue tragique.
Criminalité et banditisme
En parallèle, la criminalité « classique » reste élevée. Les vols à l’arraché, agressions à moto, cambriolages de domiciles, car-jackings et braquages sur les routes sont fréquemment signalés, particulièrement la nuit. Certains quartiers de Ouagadougou, comme Balkiui et Rayongo (Arrondissement 11), sont déconseillés par l’ambassade des États‑Unis pour leurs taux de criminalité historiquement élevés.
Sur les axes routiers interurbains, des bandes armées installent des barrages illégaux, tirent en l’air pour immobiliser les véhicules, dépouillent passagers et conducteurs et peuvent recourir à la violence. Les bus publics ont déjà été arrêtés et pillés. Des régions comme l’est, au-delà de Koupéla vers Fada N’Gourma, sont signalées comme particulièrement à risque.
État d’urgence et restrictions
Un état d’urgence couvre de larges parties du territoire, notamment le Centre-Est, l’Est, le Centre-Nord, le Nord, le Sahel, la Boucle du Mouhoun, les Hauts-Bassins et les Cascades. Cela se traduit par des pouvoirs accrus pour les forces de sécurité (contrôles renforcés, restrictions de circulation, perquisitions) et par la suspension de certains droits, comme le droit de manifester.
De nombreuses organisations internationales interdisent à leur personnel de quitter Ouagadougou, sauf en cas de nécessité absolue et sous escorte. Les voyageurs individuels dépourvus de dispositif de sécurité sont considérés comme particulièrement vulnérables.
Que signifie concrètement ce contexte pour un expatrié ?
S’installer au Burkina Faso aujourd’hui, c’est accepter de vivre avec des contraintes sécuritaires fortes. Concrètement, cela implique souvent :
– de limiter drastiquement les déplacements hors de la capitale, voire à l’intérieur même de la ville après la tombée de la nuit ;
– de suivre à la lettre les consignes sécurité de votre employeur (ONG, agence onusienne, ambassade, etc.) ;
– de rester en lien permanent avec votre ambassade et de vous inscrire sur les systèmes d’alerte (comme STEP pour les Américains) ;
– d’intégrer un coût non négligeable pour la sécurité (gardiennage, véhicules sécurisés, évacuation possible, etc.) dans votre projet.
Pour de nombreux profils, le Burkina Faso ne sera envisageable que dans le cadre d’une mission encadrée par une organisation disposant de protocoles de sécurité solides, plutôt que dans une logique d’expatriation « individuelle » classique.
Climat, environnement et cadre de vie
Au-delà de la sécurité, le climat et l’environnement constituent un autre élément clé dans l’adaptation quotidienne.
Le Burkina Faso connaît un climat tropical avec deux grandes saisons bien marquées : une saison des pluies, en général de mai à septembre, et une saison sèche d’octobre/novembre à mars/avril. Les précipitations annuelles peuvent atteindre 900 mm selon les zones. Durant la saison sèche, un vent chaud et poussiéreux venu du Sahara, l’harmattan, abaisse fortement l’humidité mais dégrade la qualité de l’air.
Dans la capitale, le climat est de type savane tropicale, avec des températures élevées toute l’année. Elles atteignent un pic en avril, dépassant régulièrement 37 °C, voire 40 °C en journée. Les nuits sont rarement fraîches, bien que décembre et janvier soient plus supportables, avec des minimales autour de 18 °C.
L’air à Ouagadougou est classé en moyenne comme de qualité modérée. À cela s’ajoutent deux contraintes majeures pour un expatrié :
L’eau du robinet n’est pas potable : il faut prévoir de l’eau minérale ou filtrée pour la boisson et parfois la cuisine. Par ailleurs, les coupures d’électricité sont fréquentes : disposer d’un groupe électrogène ou d’une installation solaire est presque un standard dans les logements d’expatriés.
Les parcs urbains comme le Parc Urbain Bängr‑Weoogo offrent une respiration verte en centre-ville, tandis que des sites comme le Laongo Sculpture Symposium, à une trentaine de kilomètres de Ouaga, témoignent d’un paysage de savane ponctué de rochers et de sculptures monumentales. Mais l’accès à la nature est aussi contraint par les enjeux de sécurité, notamment dans les parcs nationaux.
Culture, langues et codes sociaux
Pour beaucoup d’expatriés, la dimension culturelle est un des attraits majeurs du Burkina Faso. Le pays est réputé pour la richesse de ses traditions, de son artisanat, de sa musique et de son cinéma.
Langues et communication
Le français est la langue officielle, utilisée dans l’administration, l’éducation et la vie publique. Mais plus de 60 langues locales sont parlées, parmi lesquelles le mooré (langue des Mossi) et le dioula, très présents dans les échanges quotidiens. Environ 40 % de la population parle le mooré.
L’anglais est peu répandu en dehors des milieux internationaux (ONG, missions diplomatiques, écoles internationales). Pour un expatrié non francophone, le frein linguistique peut être réel. À l’inverse, pour un francophone, la transition linguistique est facilitée, même s’il peut être utile d’apprendre quelques mots de mooré ou de dioula pour renforcer les liens avec les collègues et le voisinage.
Importance des salutations et du respect
La société burkinabè valorise fortement la communauté, le respect des anciens et la courtoisie. Les salutations sont fondamentales : on prend le temps de demander des nouvelles de l’interlocuteur et de sa famille, parfois enchaînées en plusieurs langues. Ne pas saluer ou aller « droit au but » est souvent perçu comme une impolitesse grave.
La gestuelle est codifiée : il faut éviter de montrer quelqu’un du doigt, privilégier la main droite pour donner, recevoir ou manger, car la main gauche est souvent jugée impure. Dans les foyers, il est courant de se déchausser avant d’entrer et de se laver les mains avant et après le repas.
Religion, mœurs et sujets sensibles
L’islam est majoritaire (autour de 50–60 % de la population), le christianisme (principalement catholique et protestant) est largement représenté, et les pratiques traditionnelles restent importantes. Les codes de pudeur sont globalement conservateurs. Les tenues très moulantes ou courtes, en particulier pour les femmes, peuvent susciter désapprobation ou attention indésirable, surtout en dehors des zones très urbaines.
La société criminalise les rapports homosexuels et leur ‘promotion’, avec des peines de prison et de lourdes amendes. Les attitudes homophobes sont répandues et toute manifestation d’affection en public, y compris hétérosexuelle, est mal perçue.
Dans ce contexte, la discrétion est de mise sur les orientations sexuelles et sur les opinions politiques. Les critiques publiques du régime, de l’armée ou des coutumes locales sont à éviter. Pendant le Ramadan, il est recommandé de ne pas manger ni boire ostensiblement dans la rue en journée, par respect pour les personnes à jeun.
Vie culturelle et loisirs
Malgré ces contraintes, Ouagadougou jouit d’une vie culturelle intense. La ville accueille FESPACO, le plus grand festival de cinéma africain, ainsi que le Salon International de l’Artisanat de Ouagadougou (SIAO), qui attire des artisans de tout le continent. Le Grand Marché (Rood Woko), le Village Artisanal et le marché de Sankariare sont des lieux privilégiés pour découvrir masques, bogolans, sculptures sur bois, bijoux en perles ou poteries.
Les musées nationaux, le Palais du Moro-Naba et la cérémonie hebdomadaire du Moro-Naba offrent un aperçu des traditions mossi. La musique, mélange de rythmes locaux, de reggae, de soukous ou de hip-hop, occupe une place centrale dans la vie nocturne… dans les limites imposées par la sécurité, qui restreint densément les sorties tardives.
Emploi, secteurs porteurs et conditions de travail
À la différence d’une destination comme Dakar ou Abidjan, le Burkina Faso attire relativement peu d’expatriés du fait du contexte sécuritaire et du niveau de développement. Ceux qui s’y installent le font très majoritairement dans le cadre d’un contrat avec une organisation étrangère ou une entreprise présente localement.
Où travaillent les expatriés ?
Les principaux employeurs d’étrangers sont :
– les organisations internationales (ONU, Banque mondiale, Banque africaine de développement, agences spécialisées) ;
– les ONG humanitaires et de développement ;
– les missions diplomatiques et consulaires ;
– le secteur minier (or en particulier), qui fait appel à des ingénieurs, géologues, spécialistes en sécurité ou en environnement ;
– les établissements d’enseignement, notamment les écoles internationales ou certaines universités privées ;
– certains acteurs de la santé ou de la microfinance.
À côté de ces grandes structures, quelques expatriés se lancent dans l’entrepreneuriat (consulting, services, commerce import-export), mais la faiblesse du pouvoir d’achat local et l’environnement administratif exigeant limitent ce type de projets.
Permis de travail et démarches
Pour travailler légalement, il faut un permis de travail. La règle générale est que ce permis doit être sponsorisé par un employeur burkinabè (entreprise locale, filiale, ONG enregistrée, etc.). L’employeur doit démontrer qu’aucun candidat local ne peut occuper le poste, ce qui peut être sensible dans un pays où le chômage est important.
Le contrat de travail d’un étranger doit être préalablement autorisé par la Direction du Travail, avec des délais de traitement pouvant s’étendre sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois. De plus, dans certains secteurs, particulièrement ceux où le taux de chômage est élevé, les autorités peuvent imposer des restrictions supplémentaires à l’accès à l’emploi pour les travailleurs étrangers.
Il est donc rare et difficile de « venir d’abord et chercher un job sur place ». La quasi-totalité des expatriés arrivent avec un contrat ou une lettre de mission déjà validée, parfois assortie d’un visa de travail obtenu avant l’arrivée.
Conditions salariales et avantages
Le salaire moyen local à Ouagadougou tourne autour de 350–450 USD nets par mois selon les sources, soit un niveau très bas au regard des prix de certains biens importés. Les rémunérations d’expatriés se situent en général très au-dessus, mais elles s’accompagnent souvent des responsabilités et de l’exposition liées au contexte.
Les packages d’expatriation proposés par les grandes organisations peuvent inclure :
Les postes à l’étranger s’accompagnent souvent d’un ensemble d’avantages spécifiques destinés à compenser les conditions de vie et de travail, et à assurer le bien-être du personnel et de sa famille.
Une prime financière attribuée pour compenser la difficulté du poste et les conditions de vie particulières (instabilité, éloignement, climat, etc.).
Une indemnité de logement ou la mise à disposition d’un logement de fonction sécurisé, adapté aux standards locaux.
Une prise en charge médicale complète incluant une assurance internationale et une garantie d’évacuation sanitaire en cas de besoin.
La prise en charge des frais de scolarité pour les enfants dans des écoles internationales reconnues.
Parfois, la mise à disposition d’un véhicule de fonction, d’un chauffeur et d’un dispositif de sécurité personnel.
Le niveau de ces avantages reflète la reconnaissance des difficultés du terrain. À l’inverse, des contrats locaux ou semi-expatriés (sans package complet) peuvent s’avérer difficiles à vivre, surtout pour une famille.
Culture du travail
La culture professionnelle au Burkina Faso, influencée par les traditions communautaires, privilégie la relation et l’harmonie plus que la confrontation directe. Les échanges démarrent généralement par de longues salutations et des questions sur la famille. La prise de décision peut être plus collective et plus lente que dans des environnements anglo-saxons.
La hiérarchie est marquée. On évite de contredire un supérieur en public. Les critiques passent souvent par des formulations indirectes, parfois avec des proverbes ou des anecdotes. Pour un manager expatrié, il faut s’adapter à ces codes, valoriser le respect et la patience, et apprendre à lire les signaux non verbaux (silences, intonations, mimiques) qui complètent le discours.
Logement et quartiers d’expatriés
La quasi-totalité des expatriés résident à Ouagadougou. La ville compte plusieurs quartiers où se concentre la communauté internationale, avec des niveaux de confort et de sécurité adaptés aux standards occidentaux.
Les zones les plus prisées incluent :
Présentation de quelques quartiers notables de la capitale burkinabè, décrivant leurs caractéristiques principales et leur attractivité.
Quartier planifié abritant les institutions gouvernementales et des ambassades. Caractérisé par des villas modernes, une forte présence sécuritaire et l’un des secteurs les plus chers de la ville.
Quartier résidentiel verdoyant et paisible, particulièrement apprécié des familles d’expatriés pour sa proximité avec l’école internationale ISO.
Secteurs animés à proximité du Centre culturel français, offrant un mélange d’habitations individuelles et d’immeubles, ainsi qu’un accès pratique aux services et espaces culturels.
Les logements d’expatriés sont souvent des villas spacieuses, entourées de murs, avec gardiennage, parfois une piscine, des climatiseurs et un groupe électrogène. Les cuisines peuvent toutefois rester assez basiques, la culture locale privilégiant l’emploi de personnel domestique.
Ordres de grandeur des loyers
Les montants varient selon la surface, le standing et l’emplacement, mais on peut dégager quelques fourchettes :
| Type de logement | Localisation | Loyer mensuel estimatif (USD) |
|---|---|---|
| Appartement 1 chambre, centre-ville | Ouagadougou (centre) | 400–450 |
| Appartement 1 chambre, hors centre | Quartiers périphériques | 200–260 |
| Appartement / villa 3 chambres, centre | Zones expat centrales | 700–1 200 |
| Villa standard pour expatriés | Quartiers prisés | 800–1 500 |
| Villa 3 chambres haut de gamme | Ouaga 2000 / Zone du Bois | 1 300–2 500 |
La plupart des baux exigent le paiement de 3 à 6 mois de loyer d’avance, plus éventuellement une caution. Les transactions se font en francs CFA. Il est vivement conseillé de passer par un agent immobilier ou un service de relocation recommandé par votre employeur ou la communauté expatriée, afin d’éviter les mauvaises surprises sur la qualité du bâti, l’accès à l’eau, l’électricité ou le titre de propriété.
Personnel de maison
Employer du personnel domestique (cuisinier, femme de ménage, gardien, parfois chauffeur ou nounou) est courant, voire attendu socialement, surtout pour des ménages aisés. Cela crée des emplois indispensables dans un pays marqué par la pauvreté.
Le salaire mensuel maximum pour le personnel de maison, auquel s’ajoutent des frais de sécurité pouvant atteindre 100 USD.
Coût de la vie : un pays « bon marché »… jusqu’à un certain point
Comparée à des métropoles comme New York, Séoul ou Singapour, Ouagadougou apparaît très bon marché. Les indices de coût de la vie la placent parmi les villes les moins chères du monde. Mais ce classement reflète surtout le niveau des salaires locaux. Dès qu’un expatrié cherche à maintenir un mode de vie « international » (logement confortable, scolarité privée, produits importés, sécurité renforcée), la facture monte vite.
Budget mensuel indicatif
Les estimations suivantes, basées sur des sources agrégées, donnent un ordre de grandeur :
| Profil | Budget mensuel (USD) | Commentaire |
|---|---|---|
| Vie très modeste (local) | 400–600 | Sans école internationale, logement simple |
| Célibataire expatrié « correct » | 800–1 200 | Petit logement, quelques loisirs |
| Famille de 4 « confortable » | 1 500–3 000 | Logement adapté, voiture, sorties limitées |
| Mode de vie haut de gamme | 3 000 et plus | Grande villa, école internationale, voyages |
Un repas dans un petit restaurant local coûte environ 5–6 USD, tandis qu’un dîner pour deux dans un établissement de gamme moyenne tourne autour de 20–25 USD. La fréquentation régulière de restaurants « occidentaux » ou de cafés climatisés augmente assez vite le budget.
Les produits de base locaux (riz, pain, légumes) sont abordables. En revanche, les produits importés (fromages, vins, bio, marques) et ceux vendus dans les supermarchés modernes (Marina, Scimas) peuvent être très chers par rapport aux revenus locaux.
L’électricité et l’eau pour un appartement de taille moyenne représentent environ 100–150 USD par mois, davantage si vous climatisez beaucoup. Un abonnement internet de bonne qualité se situe entre 40 et 60 USD, en complément d’un forfait mobile autour de 30 USD pour une dizaine de gigaoctets de données.
Prix d’une berline type Toyota Corolla, représentant un coût significatif pour les expatriés qui optent pour l’achat d’un véhicule.
Santé : un point de vigilance absolu
Le système de santé burkinabè est l’un des points les plus critiques pour un expatrié. La dépense publique reste inférieure à 10 % du PIB, l’espérance de vie avoisine à peine 60 ans et les taux de mortalité infantile et maternelle sont élevés. La plupart des infrastructures médicales sont basiques, l’équipement est limité, et le personnel qualifié manque, surtout en dehors des grandes villes.
Offre de soins et qualité
Le pays dispose d’un réseau d’environ 2 000 structures de premier recours (centres de santé, dispensaires, maternités), d’hôpitaux de district et de quelques hôpitaux régionaux ou universitaires à Ouagadougou et Bobo‑Dioulasso. Les hôpitaux de référence de la capitale – Yalgado Ouédraogo, Hôpital National Blaise Compaoré, Hôpital pédiatrique Charles de Gaulle, Hôpital Saint Camille, entre autres – constituent le sommet du système.
Dans le secteur privé, certaines cliniques (polycliniques, cliniques protestantes, centres médicaux internationaux) offrent un niveau de soins légèrement supérieur, avec parfois du personnel anglophone. Cependant, leurs capacités restent très inférieures aux standards européens ou nord-américains, en particulier pour les spécialités ou les urgences complexes.
En pratique, pour tout problème médical sérieux (traumatologie complexe, chirurgie importante, pathologies lourdes), beaucoup d’expatriés doivent être évacués vers un autre pays, souvent en Europe ou dans un hub médical régional mieux équipé.
Assurance et évacuation sanitaire
Pour un expatrié, une assurance santé internationale incluant les frais d’évacuation médicale n’est pas une option, c’est une condition sine qua non. Les assurances évoquées dans les sources fixent parfois la couverture évacuation à 200–500 USD par mois pour une famille, selon l’âge et les garanties. Il faut vérifier que le contrat couvre bien les pays classés « à haut risque », dont le Burkina Faso.
Les consultations de base dans le secteur public coûtent quelques dollars, tandis que dans les cliniques privées, elles peuvent s’élever à 30–50 USD (plus pour un spécialiste). Une hospitalisation peut coûter plusieurs centaines de dollars par jour. Le paiement s’effectue généralement en espèces.
Maladies et prévention
Le Burkina Faso se situe en zone d’endémie pour de nombreuses maladies :
– paludisme (très fréquent, prophylaxie et moustiquaire indispensables) ;
– maladies transmises par les moustiques (dengue, chikungunya, Zika) ;
– méningite (le pays se trouve dans la « ceinture de la méningite » africaine, avec un pic saisonnier) ;
– fièvre jaune (vaccin obligatoire pour entrer dans le pays) ;
– maladies hydriques (choléra, typhoïde, schistosomiase, leptospirose) ;
– tuberculose, VIH/Sida, hépatites A et B.
Le strict respect des précautions alimentaires (eau en bouteille, aliments bien cuits, évitement des glaçons et des crudités non contrôlées) et l’usage régulier de répulsifs anti-moustiques et moustiquaires imprégnées sont impératifs. Il est également recommandé de consulter un centre de médecine des voyages avant le départ pour mettre à jour toutes les vaccinations nécessaires.
Éducation et scolarité des enfants expatriés
Le système éducatif national, malgré un cadre théorique de gratuité et d’obligation scolaire de 6 à 16 ans, souffre d’un sous-financement chronique, de l’insuffisance des infrastructures et d’un taux d’abandon précoce très élevé. La littératie demeure l’une des plus faibles du monde.
Pour les enfants d’expatriés, le choix se porte donc presque toujours sur des établissements internationaux ou des écoles françaises homologuées.
Écoles internationales à Ouagadougou
La principale école anglophone est l’International School of Ouagadougou (ISO). Fondée en 1976, cette école indépendante, à but non lucratif, dispense un enseignement de la maternelle à la terminale, en anglais, avec un curriculum de type américain complété par le Baccalauréat International (IB) pour les classes de fin de cycle. La langue française est enseignée quotidiennement.
La bibliothèque du campus contient environ 15 000 ouvrages.
Les frais de scolarité y sont élevés à l’échelle locale : plusieurs milliers à plus de 20 000 USD par an selon le niveau, auxquels s’ajoutent des droits d’inscription et un dépôt (environ 500 USD) pour confirmer l’inscription. Pour une famille, la scolarité peut devenir le plus gros poste de dépenses, parfois supérieur au loyer.
Pour les francophones, le Lycée Saint-Exupéry à Ouagadougou et l’École française André Malraux à Bobo-Dioulasso, entre autres, dispensent le programme officiel français de la maternelle au lycée. Leurs frais de scolarité, bien que significatifs, sont généralement un peu moins élevés que ceux des écoles internationales anglophones.
Points à anticiper
Les places dans ces établissements sont limitées et les procédures d’admission peuvent inclure tests d’entrée, dossiers scolaires détaillés et frais non remboursables. Il faut donc :
– prendre contact très tôt (plusieurs mois à l’avance) ;
– intégrer le coût annuel par enfant dans votre négociation salariale ;
– vérifier si votre employeur propose une prise en charge partielle ou totale des frais de scolarité .
Mobilité et transports
Le réseau routier burkinabè totalise environ 12 500 km, dont seulement 2 000 km sont asphaltés. Les routes goudronnées se concentrent autour des grandes villes et de quelques axes majeurs. Dans l’ensemble, l’état des routes est variable, souvent médiocre, avec peu d’éclairage, des nids-de-poule et des animaux errants.
Se déplacer en ville
À Ouagadougou, le paysage urbain est dominé par les deux-roues (motos, scooters) et les petits véhicules. Le code de la route est peu respecté et la conduite peut sembler chaotique pour un nouvel arrivant.
Les moyens de transport courants incluent :
Pour vos déplacements locaux, plusieurs options s’offrent à vous, chacune avec ses avantages et inconvénients. Les minibus locaux (souvent appelés woro-woros ou assimilés) sont très bon marché, mais ils sont généralement surchargés et peu sûrs. Les taxis sont nombreux et peu coûteux, mais ils sont souvent en mauvais état et rarement équipés de compteurs, nécessitant une négociation du prix avant le trajet. Enfin, les moto-taxis sont très répandus et pratiques pour éviter les embouteillages, mais ils sont particulièrement risqués en cas d’accident.
Pour des raisons de sécurité routière et de criminalité, beaucoup d’expatriés limitent l’usage des transports collectifs et privilégient soit une voiture de fonction, soit la location ou l’achat d’un véhicule privé, parfois avec chauffeur.
Voyages interurbains : prudence maximale
Les déplacements entre villes cumulent les dangers : routes dégradées, trous, absence d’éclairage, automobilistes imprudents, trafic d’animaux et surtout risques d’attaque ou de braquage, y compris en plein jour. Nombre d’ambassades déconseillent fermement les trajets de nuit et recommandent, quand un déplacement est indispensable, de voyager de jour, en convoi de plusieurs véhicules et, si possible, avec une escorte.
Le train Sitarail relie Kaya à Abidjan (Côte d’Ivoire) en passant par Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. Cependant, cette option est peu utilisée par les expatriés, notamment en raison du contexte sécuritaire actuel.
L’aéroport international de Ouagadougou, situé à environ 3 km du centre, est la principale porte d’entrée. Il propose des liaisons vers plusieurs capitale africaines et européennes, via des compagnies comme Air Burkina, Air France ou Brussels Airlines. En cas d’évacuation, il constitue souvent le point de sortie, sous réserve de conditions sécuritaires sur la route et dans la ville.
Formalités d’entrée, visas et séjour
L’entrée au Burkina Faso pour un étranger nécessite en principe un visa, sauf pour les ressortissants de quelques pays d’Afrique de l’Ouest et certains titulaires de passeports diplomatiques ou de service.
Types de visas et e‑visa
Plusieurs catégories de visas existent :
– visa de court séjour (jusqu’à 90 jours), pour tourisme, affaires ou visite familiale ;
– visa de long séjour (3 à 12 mois) ;
– visas spécifiques pour études, formation, coopération, conférences, etc.
Un portail en ligne permet de demander un e‑visa de 90 jours pour tourisme, affaires, visites familiales ou transit. Il est électroniquement lié au passeport et n’est pas extensible sur place ; une nouvelle demande est nécessaire après expiration. Votre passeport doit être valide au moins six mois après la fin de votre séjour prévu.
Les documents requis incluent notamment formulaire rempli, photos d’identité, justificatifs de voyage (lettre d’invitation, réservation d’hôtel, billet d’avion), preuve de moyens de subsistance, certificat de vaccination contre la fièvre jaune et, dans certains cas, certificat médical et assurance santé.
Tarifs indicatifs
Les coûts varient selon la nature du visa et la nationalité du demandeur. À titre d’exemple, certaines grilles tarifaires mentionnent des montants comme :
| Type de visa | Entrées | Tarif indicatif (CFA) |
|---|---|---|
| Visa touristique | Simple | ~33 000 |
| Visa touristique | Multiple | ~55 000 |
| Visa d’affaires | Simple | ~77 000 |
| Visa d’affaires | Multiple | ~93 500 |
| Visa visites/études/formation | Simple | ~55 000 |
| Visa visites/études/formation | Multiple | ~71 500 |
| Visa express (urgence) | — | ~104 500 |
Certains consulats facturent un visa entrée multiple de 5 ans autour de 140 USD pour certaines nationalités.
La réglementation des visas pour le Burkina Faso peut évoluer rapidement, pouvant inclure des suspensions temporaires pour certaines nationalités. Il est indispensable de vérifier les conditions les plus récentes auprès de l’ambassade ou du consulat compétent avant tout départ.
Résidence et permis de séjour
Pour un séjour de longue durée, il faut demander un titre de séjour (temporaire ou permanent) auprès des autorités locales, généralement la police ou le ministère de l’Intérieur. Un premier permis temporaire, valable un à deux ans, peut être accordé sur présentation d’un dossier comprenant passeport, visa, contrat de travail ou lettre d’admission universitaire, preuves de ressources et de logement, ainsi qu’un extrait de casier judiciaire.
Après plusieurs années de résidence régulière (souvent 5 ans), certains étrangers peuvent demander un statut de résident permanent, sous conditions de stabilité professionnelle, de revenus et de respect des lois locales. Les procédures prennent du temps et nécessitent patience et suivi administratif.
Malgré les contraintes, de nombreux expatriés témoignent d’un fort sentiment de communauté à Ouagadougou. Les réseaux d’entraide, formels ou informels, jouent un rôle essentiel dans la réussite d’une installation.
Des plateformes comme InterNations ou des associations locales, telles que l’Ouagadougou Expat Association, organisent rencontres, activités sportives, cafés-rencontres ou événements pour familles. Des espaces de coworking, clubs sportifs (pétanque, tennis), centres culturels (notamment le Centre Culturel Franco-Burkinabè) et festivals créent aussi des occasions de sortir de son cercle professionnel.
Pour éviter l’isolement et mieux traverser les phases classiques du choc culturel (lune de miel, désillusion, ajustement, intégration), il est recommandé de rester actif socialement, de chercher à comprendre la nouvelle culture sans jugement hâtif, et d’accepter que l’adaptation soit un processus progressif.
– s’investir dans des activités de loisirs (musique, sport, photo, artisanat) ;
– fréquenter marchés et événements culturels de manière prudente mais régulière ;
– tisser des liens avec des collègues burkinabè, en respectant les codes locaux ;
– maintenir un lien solide avec ses proches à distance pour gérer le stress.
Le rythme de vie est plus lent que dans la plupart des capitales occidentales. Accepter ce tempo, s’armer de patience face aux lenteurs administratives et aux imprévus (pannes, coupures, retards) fait partie intégrante de l’expérience.
Faut-il s’installer au Burkina Faso en tant qu’expatrié ?
La réponse dépend étroitement de votre profil, de vos motivations et du cadre de votre projet. Le Burkina Faso n’est pas une destination « d’expatriation de confort ». C’est un pays où la réalité du terrain – sécurité, santé, pauvreté, infrastructures limitées – nécessite un niveau de résilience élevé et une préparation sérieuse.
L’expatriation y prend tout son sens dans des missions portées par des organisations structurées, capables de fournir environnement sécuritaire, soutien logistique, encadrement psychologique et package adapté. Pour un indépendant ou un entrepreneur isolé, la balance risque/bénéfice est souvent défavorable.
En contrepartie, ceux qui s’y installent dans de bonnes conditions y trouvent une expérience humaine intense, une immersion dans une culture chaleureuse et créative, et parfois le sentiment de contribuer concrètement à des projets de développement ou d’urgence vitaux pour les populations locales.
Expérience des expatriés dans des contextes difficiles
Avant de prendre votre décision, il est indispensable de :
– consulter attentivement les avis de voyage de votre pays ;
– discuter avec des expatriés en poste ou récemment revenus ;
– clarifier précisément ce que votre employeur prend en charge (logement, scolarité, sécurité, santé) ;
– prévoir un plan d’évacuation personnel et familial en cas de dégradation rapide de la situation.
S’installer au Burkina Faso tant qu’expatrié n’est pas un choix anodin. Bien préparé, encadré et accepté pour ce qu’il est – un défi autant qu’une opportunité – il peut néanmoins devenir l’une des expériences les plus marquantes d’une vie professionnelle et personnelle.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier de plus d’un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour réduire sa pression fiscale et diversifier ses investissements, tout en gardant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal international, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Portugal, Maroc, Sénégal, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler le Burkina Faso, combinant fiscalité plus clémente pour les non‑résidents, coût de vie très bas (Ouagadougou nettement moins chère que Paris) et environnement francophone. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, risques de requalification de domicile), obtention d’un titre de séjour avec achat ou location longue durée de résidence principale, détachement ou adhésion à une couverture santé internationale, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local (avocat, conseil fiscal, agents immobiliers, accompagnement francophone) et intégration patrimoniale. Cette approche lui permet de réaliser d’importantes économies fiscales tout en maîtrisant les risques (double imposition, sécurité juridique, adaptation culturelle).
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