S’installer à Wallis et Futuna pour travailler, c’est accepter un pari assez atypique : un micro-marché de l’emploi dominé par le secteur public, une vie insulaire chère et isolée, mais un cadre de vie paisible, une fiscalité quasi inexistante et des besoins réels de compétences. Pour un expatrié – surtout français, mais aussi européen ou extra‑européen – le territoire peut représenter soit une parenthèse de carrière très bien rémunérée, soit une base pour un projet entrepreneurial ou un mode de vie de « digital nomad » dans le Pacifique sud.
Cet article détaille le marché de l’emploi local, les conditions de vie matérielles, les différents statuts administratifs disponibles pour les expatriés, ainsi que les compétences nécessaires pour une adaptation réussie sur le territoire.
Un territoire minuscule… et une économie très administrée
Wallis et Futuna est une collectivité d’outre‑mer française perdue au milieu du Pacifique, à environ 10 000 km de la métropole. Trois îles principales (Wallis/Uvea, Futuna et Alofi, en grande partie inhabitée), une vingtaine d’îlots, un peu plus de 11 000 habitants, une capitale – Mata‑Utu – et trois royaumes coutumiers (Uvea, Alo, Sigave) qui coexistent avec les institutions de la République.
L’économie locale est peu diversifiée et fortement dépendante des fonds publics français, avec les emplois formels concentrés dans l’administration et les services non marchands. Parallèlement, une économie de subsistance (agriculture familiale, pêche, artisanat) demeure vitale pour une large part de la population.
Quelques ordres de grandeur
On comprend mieux l’étroitesse du marché de l’emploi en regardant les chiffres clés.
| Indicateur | Valeur approximative |
|---|---|
| Population totale | ≈ 11 200 habitants |
| Actifs occupés | ≈ 4 000 travailleurs |
| Salariés enregistrés | 2 065 |
| Part du public dans l’emploi | ≈ 60–70 % |
| Taux d’emploi (15–64 ans) | 46 % (54 % hommes, 39 % femmes) |
| Chômage officiel | 13,1 % |
| Chômage des moins de 25 ans | 42,7 % |
| PIB par habitant | ≈ 12 000 USD |
| Salaire minimum (SMIG) | 93 500 XPF / mois (≈ 930 USD) |
Seuls environ 20 % des habitants disposent d’un emploi rémunéré. Deux tiers des salariés travaillent dans le secteur public ou parapublic. Le privé existe, mais sur des niches étroites : commerce, services, construction, artisanat, agriculture et pêche.
Pour un expatrié, cela signifie une chose simple : les emplois salariés locaux, surtout dans le privé, sont rares et fortement contingentés. Les vraies portes d’entrée se trouvent ailleurs : dans la fonction publique (notamment pour les Français), dans les grandes institutions (santé, éducation) ou via l’entrepreneuriat et les activités à distance.
Coût de la vie et salaires : un équilibre délicat
Avant de parler opportunités, il faut regarder le nerf de la guerre : combien coûte la vie sur place, et quels revenus peut espérer un expatrié ?
Un coût de la vie élevé pour un territoire lointain
La vie à Wallis et Futuna est globalement chère, ce qui est logique pour un archipel très isolé et ultra‑dépendant des importations. Les comparaisons internationales montrent un niveau de prix global proche de la France métropolitaine, voire légèrement supérieur, mais avec une structure très différente : loyers plus bas, alimentation et biens importés nettement plus chers.
D’après les données disponibles, pour un mode de vie « moyen », les budgets en dollars US sont les suivants :
| Profil | Mensuel avec loyer | Mensuel hors loyer | Annuel avec loyer | Annuel hors loyer |
|---|---|---|---|---|
| Célibataire | 2 615 USD | 1 765 USD | 31 380 USD | 21 180 USD |
| Couple | 3 792 USD | 2 942 USD | 45 504 USD | 35 304 USD |
| Famille (2+2) | 5 369 USD | 4 264 USD | 64 428 USD | 51 168 USD |
En version « budget serré », un célibataire peut descendre autour de 1 335 USD par mois (loyer compris), une famille de quatre à environ 2 740 USD. À l’autre bout de l’échelle, une vie confortable ou « premium » peut facilement grimper à 4 700–9 600 USD par mois selon la taille du foyer.
Les principaux postes de dépenses mensuelles se situent dans des fourchettes de prix spécifiques.
| Poste de dépense | Fourchette mensuelle (USD) |
|---|---|
| Loyer résidence principale | 500 – 1 300 |
| Électricité | 40 – 220 |
| Eau courante | 25 – 70 |
| Internet + TV | 80 – 135 |
| Téléphone mobile | 60 – 160 |
| Alimentation | 350 – 980 |
| Transports | 30 – 320 |
| Loisirs / sorties | 60 – 560 |
| Santé (assurance, soins, médicaments) | 95 – 600 en cumulé |
Les produits importés peuvent coûter trois à quatre fois plus cher qu’en métropole. Quelques exemples, convertis depuis le franc Pacifique (XPF) :
| Produit | Prix moyen (XPF) | Prix moyen (USD) |
|---|---|---|
| Bouteille d’eau 1,5 L | ≈ 488 | ≈ 4,29 |
| Cappuccino standard | ≈ 854 | ≈ 7,51 |
| Coca‑Cola 0,33 L | ≈ 610 | ≈ 5,36 |
| Repas bon marché au restaurant | ≈ 1 220 | ≈ 10,73 |
| Dîner pour 2 au restaurant moyen | ≈ 12 199 | ≈ 107,25 |
| Paquet de cigarettes Marlboro | ≈ 1 830 | ≈ 16,09 |
| Jeans Levi’s 501 | ≈ 24 397 | ≈ 214,50 |
La comparaison avec d’autres territoires est éclairante : globalement, le coût de la vie (loyer inclus) est environ 37 % plus bas qu’en Polynésie française, mais quasiment au même niveau que la France métropolitaine (0,3 % plus cher). Les loyers sont en revanche bien plus faibles qu’en Polynésie ou à Singapour, alors que l’alimentation et certains biens sont plus coûteux que dans l’Hexagone ou la plupart des pays européens.
Salaires moyens et pouvoir d’achat
Le salaire moyen brut à Wallis et Futuna tourne autour de 3 800 USD par mois (fourchette observée : 1 500 à 7 500 USD). Le salaire net moyen après impôts – notion particulière dans un territoire sans impôt sur le revenu – est estimé à environ 3 217 USD.
Ce revenu est :
– environ 115 % supérieur au coût mensuel moyen de la vie d’une personne seule hors loyer ;
– plus de 3,5 fois supérieur au budget « minimal » estimé pour une personne seule hors loyer.
Dit autrement, un salarié payé au niveau moyen qui bénéficie d’un logement raisonnable peut dégager une capacité d’épargne significative, surtout grâce à l’absence d’impôt sur le revenu.
Pour les fonctionnaires français en poste, la situation est encore plus favorable : grâce aux majorations outre‑mer, leur rémunération est en pratique plus que doublée. Sur ce point, le territoire devient clairement attractif pour qui est prêt à accepter l’isolement et le coût de la vie.
Particularité majeure : une fiscalité (presque) inexistante
C’est l’un des arguments chocs pour les expatriés à hauts revenus et les investisseurs : à Wallis et Futuna, il n’y a pas de fiscalité directe.
Concrètement :
– pas d’impôt sur le revenu ;
– pas d’impôt sur les sociétés ;
– pas de TVA ;
– pas d’impôt sur la fortune, ni de taxe sur les plus‑values.
Les recettes publiques annuelles, provenant principalement des droits de douane, s’élèvent à environ 2,5 milliards de XPF.
Les salariés ne supportent que 6 % de cotisations sociales, affectées exclusivement aux retraites. Les dépenses de santé et d’éducation sont, elles, intégralement couvertes par la puissance publique.
Pour un expatrié imposable en France ou ailleurs, cette configuration ouvre des marges de manœuvre, même s’il faut évidemment vérifier sa résidence fiscale et les conventions applicables. La loi Girardin (Lodeom) offre par ailleurs jusqu’en 2025 des niches de réduction d’impôt pour ceux qui investissent dans des projets productifs sur le territoire, via des montages qui peuvent financer près de 36 % du coût d’un projet.
Où sont les emplois pour les expatriés ?
Sur un marché aussi restreint, toutes les opportunités ne se valent pas. Plusieurs canaux se dessinent selon le profil : fonction publique d’État, recrutement local dans la santé ou l’éducation, implantation dans le privé, création d’entreprise ou travail à distance.
Fonction publique et postes d’expatriés français
Pour les citoyens français, Wallis et Futuna est sans doute l’une des affectations les plus avantageuses financièrement au sein de l’outre‑mer, avec en contrepartie une insularité extrême et un environnement très particulier.
Enseignement : un vivier majeur de postes
Le système éducatif est un gros employeur. On compte environ 570 personnels dans l’éducation, dont 397 enseignants, pour un peu plus de 2 700 élèves du primaire au lycée. Le ratio est très favorable : 10,4 élèves par enseignant. Une majorité de professeurs viennent de métropole sous forme de détachement, pour deux ans renouvelables une fois.
Les avantages pour ces enseignants détachés sont considérables :
– application d’un coefficient de 2,05 sur le traitement indiciaire, l’indemnité de résidence et les compléments familiaux, soit une augmentation d’environ 105 % de la rémunération de base ;
– indemnité de réinstallation équivalente à 9 mois de salaire pour chaque période de deux ans ;
– majoration de 10 % pour le conjoint et de 5 % par enfant à charge.
Le détachement n’interrompt pas la carrière : l’avancement d’échelon se poursuit normalement, et le retour en métropole se fait généralement dans l’académie d’origine.
Les postes d’enseignement à Wallis et Futuna sont limités et très demandés. Les informations sur les vacances de postes sont diffusées par le ministère de l’Éducation nationale. Pour une rentrée scolaire en février (calendrier de l’hémisphère sud), il est conseillé de se renseigner dès le printemps précédent.
Santé : un petit système très public
L’Agence de Santé de Wallis‑et‑Futuna emploie environ 200 personnes. Le dispositif repose sur :
– 8 médecins généralistes (5 à Wallis, 3 à Futuna),
– 5 médecins hospitaliers,
– 1 radiologue,
– 3 dentistes,
– 1 pharmacien,
– 1 biologiste,
– du personnel infirmier et paramédical.
Il n’existe pas de médecine libérale : tous les professionnels exercent dans le cadre public, au sein de l’hôpital Sia à Wallis (42 lits, bloc opératoire, réanimation, maternité, imagerie, pharmacie), de l’hôpital Kaleveleve à Futuna (16 lits, sans chirurgie ni maternité) ou des dispensaires de district.
Là encore, les profils sont très majoritairement français, avec des contrats spécifiques. La combinaison d’une rémunération majorée, d’un coût de logement relativement raisonnable, d’un système de santé gratuit pour la famille et d’une fiscalité inexistante rend ces postes recherchés, en particulier pour des médecins, dentistes ou infirmiers souhaitant une expérience outre‑mer.
Administration, justice, services techniques
Au‑delà de l’éducation et de la santé, l’appareil administratif de l’État et du territoire emploie de nombreux fonctionnaires : préfecture, services de l’État (finances, douanes, sécurité, justice), collectivités locales, établissements publics.
Les chiffres de l’emploi public varient selon les sources, mais on estime qu’en incluant les emplois d’État et les contrats locaux, près des deux tiers des salariés évoluent dans la sphère publique ou parapublique.
Pour un cadre ou un agent public français, Wallis et Futuna se présente comme une affectation possible dans le déroulé d’une carrière outre‑mer, souvent sur des durées de deux à quatre ans, avec les mêmes mécanismes de majoration de traitement.
Le privé local : commerce, services, construction, artisanat
En dehors des structures publiques, quelques secteurs privés emploient des salariés, principalement locaux mais parfois ouverts à des profils expatriés expérimentés.
Panorama de la diversité des entreprises selon leur taille et leur statut juridique
Entreprises de moins de 10 salariés, représentant la grande majorité du tissu économique.
Entreprises employant entre 10 et 249 salariés, moteur de l’emploi et de l’innovation.
Sociétés ayant entre 250 et 4999 salariés, jouant un rôle clé dans l’exportation.
Entreprises de 5000 salariés et plus, souvent des groupes internationaux.
Travailleurs indépendants sous un régime simplifié, en forte croissance.
Répartition entre les structures à responsabilité illimitée et les sociétés (SARL, SAS, etc.).
| Secteur d’activité | Part des entreprises | Part de l’emploi approximative |
|---|---|---|
| Commerce | 31 % | ≈ 31 % |
| Autres services marchands | 28 % | ≈ 28 % |
| Agriculture / élevage / pêche | 19 % | ≈ 19 % |
| Artisanat productif | 12 % | ≈ 12 % |
| Construction | 11 % | ≈ 11 % |
Le commerce et les services marchands représentent plus de la moitié des entreprises (57,5 %). Cela couvre :
– distribution et import‑export,
– garages et réparation automobile,
– hôtellerie‑restauration,
– transport, logistique,
– services aux entreprises (comptabilité, informatique, conseil).
Les postes ouverts à des expatriés se concentrent souvent sur des fonctions de direction, de gestion ou d’expertise (comptabilité, management, informatique, ressources humaines) lorsque les compétences locales manquent. Mais il faut garder à l’esprit que le marché est tout petit : en 2018, on comptait seulement 303 salariés dans le commerce et 428 dans les services marchands.
Tourisme, agriculture, pêche : potentiel plus que réalité
On cite régulièrement le tourisme comme « secteur stratégique » pour l’avenir de Wallis et Futuna. De fait, l’archipel dispose de lagons préservés, d’une culture polynésienne très vivante, d’une quasi‑absence de tourisme de masse (à peine une centaine de visiteurs par an). Mais en pratique l’activité reste embryonnaire, freinée par la faiblesse des liaisons aériennes et la petite taille du marché.
Sur Wallis, on recense seulement trois hôtels, un internat, une maison d’hôtes et quelques chambres d’hôtes, pour moins de 200 lits touristiques. Futuna n’a pas d’hôtel. Des opportunités existent pour qui souhaite développer des structures d’hébergement de petite capacité, des circuits de plongée, de randonnée ou d’écotourisme, mais il s’agit clairement de niches à construire patiemment, plus que de gisements d’emplois salariés déjà structurés.
Dans les territoires océaniens, les secteurs de l’agriculture et de la pêche sont principalement orientés vers l’autoconsommation, avec des productions locales comme le taro, l’igname, le manioc, les fruits tropicaux, l’élevage de porcs et de chèvres, ainsi que la pêche lagonaire ou hauturière. Bien qu’un potentiel d’exportation existe pour certains produits (fruits, légumes, poisson, coprah, artisanat), celui-ci est limité par des contraintes majeures : les coûts logistiques élevés, la petite échelle des productions et la forte concurrence régionale.
Pour un expatrié, ces secteurs sont surtout porteurs si l’on vient avec un projet entrepreneurial solide (exploitation agricole innovante, transformation de produits, filières courtes, valorisation « premium » à l’export) et une bonne capacité d’investissement.
Emplois à distance et télétravail international
Un aspect souvent sous‑estimé du territoire est sa connexion numérique. Depuis 2018, le câble sous‑marin Tui Samoa fournit un accès internet à haut débit, complété par une couverture 4G mobile. Cela change la donne pour les métiers du numérique et les indépendants à distance.
De grandes plateformes internationales répertorient déjà Wallis et Futuna dans leurs listes de pays éligibles à des postes 100 % télétravail. On y trouve des offres de :
– développeurs (front‑end, back‑end, DevOps, cloud, Linux),
– ingénieurs sécurité,
– ingénieurs machine learning,
– designers produits,
– rédacteurs et créateurs de contenu,
– traducteurs,
– spécialistes du support client ou du succès client,
– consultants.
Ces offres ne sont pas spécifiquement liées au marché local, mais la possibilité de travailler depuis l’archipel en étant employé (ou freelance) d’une entreprise basée ailleurs ouvre une voie réaliste pour des expatriés hautement qualifiés qui souhaitent concilier carrière internationale et vie insulaire.
Pour ces profils, deux atouts majeurs :
– un fuseau horaire adapté à une partie de l’Asie‑Pacifique ;
– la fiscalité locale (absence d’impôt) sous réserve du statut de résidence fiscale, à manier avec prudence et avec conseil spécialisé.
Créer son activité : contraintes et aides
Sur un territoire où les emplois salariés sont limités, entreprendre est une option souvent plus réaliste, à condition de bien mesurer la taille du marché et les coûts.
Cadre administratif et obligations
Tout projet d’entreprise passe par l’obtention d’une patente, délivrée par la Chambre de Commerce, d’Industrie, des Métiers et de l’Agriculture (CCIMA). Cette patente conditionne le droit d’exercer et donne lieu au paiement d’une redevance annuelle, variable selon le secteur.
Les démarches incluent :
– l’inscription au registre du commerce et des sociétés (qui permet d’obtenir un extrait Kbis) ;
– la publication d’un avis dans un bulletin officiel ;
– l’enregistrement auprès des caisses locales pour les cotisations (très limitées) ;
– éventuellement les demandes d’aides à l’investissement.
Pour un ressortissant français, la création d’entreprise à l’étranger suit des logiques similaires à la métropole, mais dans un environnement juridique et fiscal souvent simplifié. Pour un citoyen d’un autre pays, il est nécessaire de disposer d’un titre de séjour valide et, selon les cas, d’une autorisation de travail spécifique.
Aides financières et incitations
Le territoire a mis en place plusieurs dispositifs pour encourager l’investissement productif :
– le Code Territorial d’Aide à l’Investissement (CTAI), qui peut financer jusqu’à 50 % d’un projet, dans la limite de 5 millions de XPF par dossier ;
– un programme de subvention du fret, couvrant une part des surcoûts de transport pour les matières premières importées ou l’acheminement des produits vers la France ou entre Wallis et Futuna ;
– la loi Girardin, qui permet à des investisseurs métropolitains de bénéficier de réductions d’impôts en finançant des projets outre‑mer, incluant ceux de Wallis et Futuna.
Ces mécanismes sont particulièrement pertinents pour les activités à forte intensité de capital, comme les ateliers, la transformation agroalimentaire, les équipements touristiques ou la logistique, où les surcoûts liés au transport et à l’importation peuvent constituer un frein majeur.
Taille du marché : atout ou handicap ?
Le principal défi reste la taille minuscule du marché domestique : à peine 11 000 habitants, dont un nombre limité de ménages aisés. Beaucoup de jeunes adultes émigrent vers la Nouvelle‑Calédonie ou la métropole, ce qui réduit encore la base de consommateurs.
Cela signifie que : cela implique une conséquence ou une interprétation.
– les modèles économiques purement tournés vers le marché local doivent être extrêmement ciblés et sobres en coûts fixes ;
– la capacité à vendre à l’extérieur (export de biens, prestations de services à distance, tourisme international) est déterminante pour dépasser la saturation du marché intérieur.
Dans ce contexte, les idées à potentiel sont souvent hybrides : un socle de clientèle locale couplé à des débouchés régionaux (Nouvelle‑Calédonie, Fidji, Samoa, Australie, Nouvelle‑Zélande) ou métropolitains.
Conditions de vie : un « package » très particulier
Au‑delà du salaire ou des perspectives de carrière, la vie quotidienne à Wallis et Futuna est un facteur décisif pour un expatrié – et souvent le point qui fait la différence entre une expérience réussie et un retour prématuré.
Logement, transport, installation
Les loyers sont relativement modérés comparés à d’autres territoires du Pacifique. On trouve par exemple :
– des maisons ou appartements standard autour de 80 000 à 120 000 XPF par mois ;
– un T3 meublé aux environs de 100 000 XPF.
Pour un célibataire, les estimations locales avancent un budget type mensuel :
– 80 000–100 000 XPF de loyer,
– 50 000 XPF d’alimentation,
– 10 000–20 000 XPF de charges (eau, électricité).
Pour une famille de quatre :
– 100 000 XPF de loyer,
– 140 000 XPF de nourriture,
– 15 000–25 000 XPF de charges.
L’achat d’un véhicule est pratiquement indispensable en l’absence de transports en commun (hors bus scolaires). L’essence oscille autour de 180–200 XPF le litre. Les autorités recommandent de prévoir un budget d’installation initial de 25 000 à 35 000 USD, principalement pour le véhicule et l’ameublement. L’acheminement de mobilier par fret maritime prend plusieurs semaines, voire quelques mois.
Santé et éducation : deux gros points forts
Pour les familles, deux dimensions pèsent lourd : l’école et la santé. Sur ces deux sujets, Wallis et Futuna se distingue nettement.
L’éducation est entièrement gratuite de la maternelle au lycée, suivant le système français et incluant parfois un enseignement des langues locales. La santé est également totalement gratuite pour les résidents (soins, médicaments), avec les évacuations sanitaires prises en charge pour les pathologies lourdes.
En contrepartie, l’offre de soins spécialisée est limitée, et certains actes (prothèses dentaires, orthodontie, médicaments en vente libre) ne sont pas couverts. Mais pour un expatrié en famille, la combinaison « système de santé publique gratuit + école gratuite de qualité française » pèse très lourd dans l’équation économique.
Isolement, coût psychologique et ajustement culturel
Les recherches sur l’expatriation montrent que les échecs ne viennent pas tant du travail lui‑même que des difficultés d’adaptation personnelle et familiale. À l’échelle mondiale, près de la moitié des missions à l’étranger échoueraient principalement pour des raisons d’adaptation personnelle, conjugale ou familiale, bien avant les questions de compétences professionnelles.
À Wallis et Futuna, ces facteurs sont amplifiés :
– isolement géographique extrême (plus de 30 heures de voyage pour rejoindre Paris, peu de rotations aériennes, absence de liaisons maritimes régulières pour les passagers) ;
– société très communautaire et très catholique, où la « coutume » structure la vie sociale ;
– sentiment de déconnexion vis‑à‑vis du reste du monde, surtout si la connexion internet n’est pas optimale ou si l’on est habitué aux grandes métropoles.
Les travaux de recherche sur l’ajustement des expatriés identifient trois grandes dimensions d’adaptation :
– l’ajustement au travail (comprendre les attentes professionnelles, les modes de management, les rythmes) ;
– l’ajustement interactionnel (qualité des relations avec les collègues et la population locale) ;
– l’ajustement général (logement, nourriture, transports, loisirs, normes culturelles).
Plusieurs traits non techniques sont prédictifs d’une bonne adaptation à l’étranger : l’empathie culturelle, la flexibilité, la capacité à gérer ses émotions, l’extraversion et l’ouverture d’esprit. À l’inverse, une faible tolérance à l’incertitude culturelle ou une forte dépendance à un certain niveau de services urbains peut rendre l’isolement difficile à vivre.
Les études sur le « choc culturel » décrivent souvent une courbe en trois temps :
1. « lune de miel » : euphorie des débuts, découverte des paysages, exotisme ; 2. phase de crise : frustrations liées aux difficultés pratiques (achats, démarches, isolement numérique, soins, rythme local), incompréhensions culturelles, possible repli sur soi ; 3. phase d’ajustement : appropriation des codes sociaux, constitution d’un réseau amical, routines de vie.
À Wallis et Futuna, la transition entre ces phases peut être accentuée par :
– la lenteur des démarches (poste, approvisionnements, travaux) ;
– l’importance de la structure coutumière (chefferies, cérémonies, obligations sociales) ;
– la faible offre de loisirs « urbains » (restaurants, cinémas, centres commerciaux).
Les expatriés qui réussissent à s’y ancrer durablement sont souvent ceux qui :
– s’impliquent dans la vie collective (associations, paroisses, clubs sportifs) ;
– acceptent d’apprendre quelques mots de wallisien ou de futunien ;
– adoptent un rythme de vie moins centré sur la consommation et davantage sur les relations humaines, la nature, la famille.
Conditions d’accès : nationalité, visas, permis de travail
Sur le plan administratif, les règles d’accès au travail sont directement liées au statut de collectivité française.
Français : libre accès, pas de visa ni permis
Les citoyens français peuvent entrer, résider et travailler à Wallis et Futuna sans visa ni permis de travail, avec un passeport ou une simple carte d’identité. Ils relèvent du droit français (adapté localement) en matière de contrat de travail, de minimum salarial, de temps de travail, de congés, etc.
Citoyens de l’UE / AELE : séjour libre, travail encadré
Les ressortissants de l’Union européenne et de l’AELE (Suisse, Norvège, Islande, Liechtenstein) peuvent également entrer sans visa avec une carte d’identité ou un passeport valide et séjourner aussi longtemps qu’ils le souhaitent. En revanche, l’exercice d’une activité salariée nécessite l’obtention d’une autorisation de travail délivrée par la préfecture de Wallis et Futuna.
Autres nationalités : visas spécifiques et permis de travail
Les ressortissants de nombreux pays (États‑Unis, Canada, Australie, Nouvelle‑Zélande, Japon, Singapour, plusieurs pays du Pacifique) bénéficient d’une exemption de visa pour des séjours de courte durée (jusqu’à 90 jours en six mois) pour motif touristique ou professionnel non salarié. Au‑delà, ou pour travailler, un visa et un permis de travail spécifiques sont requis.
Un visa délivré pour Wallis et Futuna ne permet pas d’entrer dans l’espace Schengen ou en France métropolitaine, et inversement. Les demandes doivent être effectuées via les ambassades ou consulats de France. Les exigences peuvent inclure un passeport valide au moins six mois et parfois un certificat de vaccination contre la fièvre jaune pour les voyageurs en provenance de zones à risque.
Quelles compétences et quels profils s’en sortent le mieux ?
Au vu de la taille du marché et des contraintes, certaines catégories d’expatriés ont plus de chances de trouver des conditions intéressantes à Wallis et Futuna.
Fonctionnaires et contractuels publics
– Enseignants (premier et second degré, notamment en disciplines générales ou techniques où les besoins sont réguliers).
– Médecins, chirurgiens, anesthésistes, dentistes, pharmaciens, infirmiers, sages‑femmes, manipulateurs radio.
– Cadres de la fonction publique d’État et territoriale : finances publiques, douanes, justice, ingénierie, sécurité civile, santé publique.
Pour les profils concernés, l’archipel propose un ensemble d’avantages significatifs : une forte majoration de salaire, la prise en charge potentielle du logement, ainsi que la gratuité de la scolarité et des soins de santé, le tout dans un cadre fiscal très avantageux. Cependant, cet environnement comporte des contraintes à anticiper, notamment en matière de mobilité familiale, de scolarité post-baccalauréat (nécessairement hors du territoire) et d’isolement géographique.
Cadres du privé et experts techniques
Dans le secteur privé, il existe des besoins ponctuels en :
– comptabilité, audit, contrôle de gestion,
– gestion de projets de construction et BTP,
– direction d’hôtels ou de structures touristiques,
– experts en télécommunications et systèmes d’information,
– responsables de commerce / grande distribution.
Ces postes sont en quantité très limitée, mais ils apparaissent lors de projets d’infrastructures ou de phases de modernisation (ports, hôpitaux, télécoms, énergie).
Entrepreneurs et indépendants
Les profils qui peuvent le mieux « créer » leur opportunité sont :
Deux types de profils sont particulièrement adaptés : les entrepreneurs capables de développer un projet viable sur un marché local restreint (comme la production agroalimentaire, les ateliers de transformation, les services spécialisés ou le micro‑tourisme) et/ou orienté vers l’exportation ; ainsi que les freelances du numérique, consultants, ingénieurs et créatifs qui travaillent déjà à distance avec des clients et souhaitent simplement déplacer leur lieu de vie dans le Pacifique.
Pour ces derniers, l’enjeu n’est pas l’accès au marché local, mais la gestion pratique (connectivité, décalage horaire, résidence fiscale, sécurité sociale) et l’intégration dans une communauté réduite.
En résumé : un eldorado discret, mais sélectif
Le marché du travail à Wallis et Futuna ne ressemble ni à celui d’une grande capitale, ni à celui d’un paradis fiscal offshore saturé de services financiers. C’est un micro‑marché public, adossé à la France, avec peu de postes mais des conditions très avantageuses pour ceux qui entrent dans les bonnes cases : fonctionnaires, soignants, enseignants, cadres spécialisés, entrepreneurs solides ou télétravailleurs très qualifiés.
Son attractivité repose sur un triptyque aussi puissant qu’exigeant :
Les avantages matériels sont significatifs : salaires publics sur-majorés, fiscalité quasi nulle, santé et éducation gratuites, et loyers modérés par rapport aux revenus. Cependant, des contraintes lourdes existent : coût de la vie élevé, forte dépendance aux importations, isolement géographique extrême, marché local très restreint et perspectives de carrière limitées sur place. L’environnement de vie est singulier, marqué par une culture polynésienne vivante, une structure coutumière forte, une communauté très soudée et une nature préservée, mais avec très peu de vie urbaine et un rythme de vie très éloigné des standards métropolitains.
Pour un expatrié, la vraie question n’est donc pas seulement « y a‑t‑il du travail ? », mais plutôt :
– ai-je le profil qui correspond aux rares postes ouverts ou la capacité à créer mon propre emploi ?
– suis-je prêt à vivre sur une île de 8 000 habitants (Wallis) ou 3 000 (Futuna), à plus de 10 000 km de mon pays d’origine ?
– ma famille est-elle prête à ce changement radical, et sur quelle durée ?
Si la réponse est oui, Wallis et Futuna peut devenir bien plus qu’une ligne exotique sur un CV : une expérience de vie intense, financièrement avantageuse, culturellement déroutante, qui oblige à réinventer sa relation au travail, au temps et à la communauté.
Un retraité de 62 ans, avec plus d’un million d’euros de patrimoine financier bien structuré en Europe, souhaite transférer sa résidence fiscale vers Wallis et Futuna pour alléger sa fiscalité, diversifier ses investissements et garder un lien fort avec la France. Budget : 10 000 euros pour un accompagnement complet (conseil fiscal, formalités de mobilité, structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après étude de plusieurs options (Polynésie française, Nouvelle-Calédonie, Andorre, Maurice), la stratégie retenue consiste à cibler Wallis et Futuna, territoire français sans impôt sur le revenu local pour les résidents et bénéficiant du cadre juridique français, tout en offrant un coût de vie inférieur à la métropole et un environnement préservé. La mission comprend : audit fiscal pré-départ (exit tax, reports d’imposition), organisation du transfert de résidence fiscale vers un TOM, maintien maîtrisé des liens français (sécurité sociale, banques), structuration des comptes entre métropole et Pacifique, et mise en relation avec un réseau local francophone (avocat, notaire coutumier, experts immobiliers). Ce dispositif permet d’optimiser la retraite, la transmission et la protection du patrimoine en limitant les risques de double imposition et de contrôle.
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